Chapitre 21

Un événement plutôt inattendu

Quand Lyra descendit de la tour de garde, elle retrouva Gandalf entrain d'observer l'horizon. Les feux d'alarmes d'Amon Dîn étaient déjà allumés. La jeune fille se posta à la droite du magicien. Il tourna la tête vers elle et lui sourit.

- Mission accomplie ! déclara-t-elle avec un immense sourire aux lèvres.

- Je le savais. J'ai toujours su que vous aviez de nombreux talents cachés. J'ai même ouïe dire vos exploits pour la relation forte qui existe entre votre Anhya et Legolas.

La jeune fille se mit à rire. Ah ces deux là ! Ils lui avaient donné du fil à retordre tout de même. Les réunir n'avait pas été une mince affaire, mais aujourd'hui, elle était fière d'elle. Et pas qu'un peu.

- Allez, venez, dit de nouveau Mithrandir.

Il se retourna et Lyra le suivit. Ils retournèrent dans les rues de Minas Tirith où Pippin les rejoignit en courant. Il avait les joues rosies par l'effort mais abordait un sourire de vainqueur.

- Peregrin Touque, mon garçon, vous êtes un héro, le félicita Gandalf.

- Merci. Mais le mérite revient également à Lyra car si elle n'avait pas été là pour détourner leur attention, j'ignore si j'y serais arrivé, répondit le hobbit.

- Et modeste avec ça, dit le magicien en riant.

- Mais c'est vrai ! s'exclama surpris Pippin.

- Je n'ai rien fait de spécial, dit Lyra. Je suis sûre qu'avec ou sans moi, vous y seriez arrivé.

Ils retournèrent à l'auberge afin que Pippin puisse se préparer pour sa « cérémonie » dans la garde du Gondor. La jeune fille les accompagna jusque là bas puis partit de son côté, afin d'explorer la fameuse citée blanche, la capital du Gondor.

Lyra progressait dans la ville avec un sourire scotché sur ses lèvres. Les habitants de Minas Tirith étaient des gens aussi charmants les uns que les autres. Les commerçants l'appelaient à son passage afin qu'elle goûte à quelques petites spécialités qu'ils vendaient. Au début, elle refusait car elle n'avait pas d'argent mais les vendeurs insistaient en lui disant que pour elle, se serait gratuit. Elle n'avait, donc, pas le courage de dire non. Bizarrement, elle se sentait comme chez elle et avait l'impression que tout le monde la connaissait déjà. Cette gaieté lui rappelait sa petite enfance quand elle passait ses étés chez ses grands-parents qui habitaient en campagne. En repensant à ses anciennes vacances, Lyra se rendit compte qu'Anhya lui manquait beaucoup. Ca faisait une semaine qu'elles étaient séparées et elle avait l'impression que ça faisait une éternité.

L'après-midi venait de débuter quand elle commençait à se diriger vers l'auberge pour rejoindre Gandalf et Pippin. Alors qu'elle entrait dans la rue marchande, une rumeur vint jusqu'à elle : les cavaliers du Gondor revenaient d'Osgiliath, poursuivis par des Nazgûls sur leurs bêtes ailées. Aussitôt, Lyra se mit à courir jusqu'aux rambardes de la citée blanche. Elle grimpa avec toutes hâtes les marches. Une fois en haut, elle écarta les soldats devant elle. Nombreux sont ceux qui rouspétèrent, mais elle les ignora. Une fois qu'elle fut devant tout le monde, elle observa l'horizon. Elle voyait nettement Gandalf sur Gripoil qui filait à toute allure vers tout un groupe de soldats dont les chevaux galopaient aussi vite qu'ils pouvaient vers Minas Tirith. Dans le ciel, les bêtes ailées attaquaient les cavaliers.

- C'est le cavalier blanc ! s'exclama un soldat.

Gandalf se rapprochait de plus en plus des soldats du Gondor dont les vies étaient de plus en plus menacées. Bientôt, une lumière blanche apparut qui eut pour effet de stopper les bêtes ailées ainsi que les Nazgûls qui redoutaient la lumière des magiciens blancs.

Quand Lyra vit que Gandalf faisait demi-tour pour regagner Minas Tirith, elle se retourna et se faufila de nouveau à travers les soldats, mais également à travers les habitants qui s'étaient approchés. La jeune fille dévala les escaliers quatre à quatre et courut jusqu'aux portes.

- Vite ! Ouvrez les portes ! ordonna-t-elle.

Les portiers de la citadelle hochèrent la tête et s'exécutèrent. A peine l'ouverture fut-elle assez large pour qu'un cheval passe, que les cavaliers entraient déjà dans Minas Tirith. Lyra voulut alors rejoindre Gandalf qu'elle vit passer, mais se retrouva mêlé à la cohue générale des habitants.

- Mithrandir ! appela un cavalier.

Il s'agissait de Faramir, le capitaine du Gondor et le frère de Boromir. Il s'approcha de Gandalf afin de lui parler en face.

- Ils ont fait une percé dans nos défenses. Ils ont pris le pont et la rive Ouest. Les bataillons d'Orques traversent le fleuve.

- C'est ce que le Seigneur Denethor avait prédit. Il a vu cet échec depuis bien longtemps, annonça un des soldats.

- Il a prédit et n'a rien fait ! s'exclama Gandalf.

- Gandalf ! Pippin ! s'exclama une voix.

Lyra apparut alors, traversant tout un groupe de personnes. Elle s'approcha de Gripoil où elle posa une main sur l'encolure.

- Tout va bien ? demanda-t-elle.

- Non, Lyra. Je crains que non, répondit Gandalf. Osgiliath est envahit. La dernière défense de Minas Tirith n'est plus.

- Alors il faut faire quelque chose ! s'exclama-t-elle.

- Oui, mais quoi ? demanda Faramir.

La jeune fille se tourna vers lui et écarquilla de grands yeux lorsqu'ils rencontrèrent ceux du capitaine du Gondor. De son côté, Faramir n'en menait pas large non plus. C'était fou comme cette demoiselle avait le regard captivant, un regard dans lequel on pouvait facilement se perdre. Quelque peu gênée par cet échange soudain, Lyra baissa les yeux et se mit à rosir. Le fils de l'Intendant se reconnecta à la réalité. Leur échange n'avait pas duré plus de trois secondes et pourtant, c'était comme si le temps avait ralenti. Ne sachant pas trop où regarder, Faramir posa ses yeux sur Pippin qui se trouvait juste en face. Il le détailla d'un regard quelque peu insistant qui n'échappa pas à Gandalf.

- Faramir ? Ce n'est pas le premier semi-homme qui croise votre chemin ?

Le capitaine du Gondor secoua négativement la tête. Pippin leva la tête vers lui et un immense sourire se dessina sur son visage. L'espoir de revoir de les revoir peut-être un jour n'était donc pas perdu.

- Vous avez vu Frodon et Sam ? demanda-t-il. Lyra ! Frodon et Sam sont en vie !

Lyra porta son attention sur Faramir. Elle avait également de la joie de dessiner sur son visage. Elle aussi était heureuse de savoir que les deux hobbits, en qui tout le monde avait placé de l'espoir, allaient bien.

- Comment vont-ils ? demanda-t-elle aussitôt.

- Bien, ils allaient bien.

- Où ? Quand ? demanda Gandalf à son tour.

- En Ithilien, il y a environ deux jours. Gandalf, ils ont emprunté la route de la Vallée de Morgul.

Le magicien blanc leva la tête vers lui, l'air grave. Si Frodon et Sam avaient prit la route de la Vallée de Morgul, cela incluait...

- Et le passage du Col de Cirith Ungol, dit-il.

Faramir hocha la tête. La joie que les trois compagnons éprouvait il y a quelques minutes plus tôt, s'envola quasiment aussitôt.

- Ca veut dire quoi ? demanda Pippin qui n'aimait pas la façon dont tournaient les choses. Qu'y a-t-il ?

- Faramir, racontez moi tout, lui demanda Gandalf.

Le soir arriva rapidement. Avec l'arrivée des cavaliers du Gondor, le serment de fidélité que devait prononcer Pippin avait été repoussé au lendemain. Gandalf avait donné rendez-vous à Faramir à leur auberge afin qu'il leur raconte sa rencontre avec Frodon et Sam ainsi que les circonstances dans lesquelles ils s'étaient séparés.

Gandalf était assis à une table en compagnie de Lyra et Pippin. Ils discutaient tranquillement de choses et d'autres. Le hobbit était ravi d'apprendre que ses deux amis étaient en vie, mais, néanmoins, restait inquiets par la tournure que la nouvelle avait prise.

Faramir arriva à l'auberge et repéra bien vite les trois compagnons. Lyra était à côté de Mithrandir et juste en face d'elle se trouvait Pippin. Il s'avança vers eux et s'assit en face de Gandalf qui l'accueillit avec un regard bienveillant. Le patron de l'auberge arriva aussitôt, leur demandant ce qu'ils souhaitaient prendre comme repas. Le magicien blanc demanda quatre assiettes avec le plat du jour.

Le silence était roi à la table. Faramir ne savait pas comment aborder le sujet. Au final, il inspira un grand coup et se lança :

- Que voulez-vous savoir exactement, Mithrandir ?

Gandalf ne dit rien. Il réfléchissait à ce qu'il allait demander en premier. Il y avait tellement de questions importantes, qu'il ignorait lui-même par où commencer.

- Pourquoi ne pas commencer par votre rencontre avec Frodon et Sam ? suggéra Lyra.

Faramir hocha positivement la tête. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Il débuta son récit. Les trois compagnons l'écoutaient en silence. De temps à autre, Gandalf hochait la tête pour montrer qu'il comprenait parfaitement ce que le capitaine du Gondor disait. Faramir évoqua également la créature qui les accompagnait et qui appelait Frodon : « Maître ». Lyra grimaça quand elle sut de qui il parlait. Pour rien au monde elle aurait voulu rencontrer Gollum et elle était bien contente de se trouver à Minas Tirith. Pourquoi Frodon faisait-il confiance à cette chose ? C'était une question dont elle n'aurait jamais de réponse. Sauf bien sur si elle posait la question au porteur de l'Anneau.

Le récit de Faramir prit fin lors de sa séparation avec les deux hobbits qui avaient pris la route menant à la Vallée de Morgul. Gandalf resta silencieux quelques instants, ne sachant pas quoi dire. Il était heureux de savoir que les semi-hommes étaient vivants, mais aussi inquiets car il ne savait guère où tout cela allait les emmener. Il se redressa sur sa chaise et conclu :

- Et bien il ne nous reste plus qu'à laisser faire le destin, et prier pour qu'il aille en la faveur de Frodon et Sam.

C'était la seule et unique possibilité. Le patron de l'auberge leur apporta leur commande et leur souhaita un bon appétit. Ils mangèrent leurs repas dans la bonne humeur. Les conversations allaient en bon train. Plusieurs fois, Lyra avait remarqué que Faramir la regardait. Mais à chaque fois qu'elle croisait son regard, il tournait la tête.

- C'était drôlement délicieux, déclara Pippin qui venait de terminer son assiette alors que tout le monde n'en était qu'à la moitié. Qu'est-ce que c'était ?

- Du calamar, répondit Gandalf.

Soudain, on entendit le bruit du couvert heurtant le sol. Surpris, les trois hommes s'arrêtèrent et tournèrent la tête vers Lyra. Elle était bloquée devant son assiette les yeux ronds. Sa main avait toujours la forme qu'elle avait lorsqu'elle tenait sa fourchette.

- Euh... Demoiselle Lyra ? s'enquit Faramir.

La jeune fille reprit ses esprits et avala sa bouchée qui eut soudain beaucoup plus de difficulté à passer. Elle ramassa sa fourchette puis poussa son assiette devant elle.

- Lyra, tout va bien ? demanda Gandalf.

Elle tourna la tête vers ses compagnons de table qui la fixait. Elle se sentit soudain gênée d'être ainsi dévisagée.

- Euh... Ex... Excusez-moi, je... le... le calamar a du mal à passer depuis... depuis un certain temps...

La jeune fille adressa un sourire d'excuse à Gandalf qui payait les frais de leur séjour. Mithrandir hocha la tête et continua son repas sans rien dire. Seuls lui et Pippin savaient pourquoi elle réagissait ainsi. Faramir, quant à lui, se conforma de la brève réponse qu'elle venait d'offrir. Pippin regarda quelques instants l'assiette que venait de repousser la jeune fille. Il releva la tête et croisa son regard. Elle sourit et regarda le plat. Elle lui fit signe de le prendre. Le hobbit ne se le fit pas dire deux fois et prit l'assiette.

L'ambiance, à l'auberge, était de plus en plus animée. Certains hommes commençaient même à chanter. C'était surement du à leurs nez qui commençaient sérieusement à devenir rouge écarlate. Pippin, après un copieux repas, s'était levé de table pour se rendre au comptoir. Il revint, tenant dans ses mains une pinte et un grand sourire aux lèvres.

- Même ici ils font des pintes ! s'exclama-t-il. Vous en voulez une, Lyra ?

- Euh... Non, merci... Je garde un assez mauvais souvenir de la boisson, répondit-elle.

- Ah oui ? Quand ? Ah, si ! Ca me revient ! A Edoras, pendant la fête !

- Que s'est-il passé à Edoras ? demanda Faramir.

Lyra le regarda légèrement surprise qu'il s'adresse à elle. Elle fut doublement surprise de voir qu'il était assis à côté d'elle. Le capitaine du Gondor attendait patiemment une réponse. La regarder en face était beaucoup plus difficile qu'il n'aurait cru, mais il ne dévia pas son regard.

- Et bien... c'est quelque peu... gênant à raconter, répondit la jeune fille.

Pippin s'éclipsa avec sa pinte discrètement, les laissant seuls afin qu'ils puissent discuter librement. Il rejoignit Gandalf au comptoir.

Lyra voyait bien que Faramir souhaitait connaître ce qu'il s'était passé dans le royaume du roi Théoden et qu'il la questionnerait surement à nouveau un peu plus tard si elle ne répondait pas.

- Avez-vous eu vent de la bataille du Gouffre de Helm ? demanda-t-elle.

Le capitaine hocha la tête. Bien sur qu'il en avait entendu parler ; le Rohan et le Gondor étaient deux pays voisins, donc il ne pouvait qu'être au courant.

- Et bien, figurez-vous que nous avons festoyé la victoire quelques jours après et Gimli, un de mes amis, m'a incité à boire de la bière en me faisant croire que ça calmerait ma blessure à l'épaule...

- Votre blessure ? s'étonna Faramir en la coupant dans son récit. Vous voulez dire que vous avez participé à la bataille ? Mais, cela ne se peut ! Seuls les hommes peuvent se battre, les femmes sont...

- Héla ! Du calme ! Zen ! On ne s'affole pas ! Je vais tout vous raconter, je crois que se sera mieux pour que vous compreniez hein ?

Le capitaine du Gondor hocha la tête un peu stupidement. Lyra inspira un bon coup et se lança dans son histoire. Tout du moins, celle que tout le monde connaissait en Terre du Milieu. Faramir l'écouta sans rien dire. Il fut surpris d'apprendre que deux jeunes filles parcourraient la Terre du Milieu et faisaient la guerre au même titre que les hommes. Jamais auparavant il n'aurait cru que c'était possible. C'était pourtant inacceptable dans la mentalité de beaucoup. Théoden était quelqu'un d'ouvert d'esprit contrairement à son père qui refuserait ce genre de chose. Pour confirmer ses dires, Lyra lui montra son épaule droite où la plaie était encore visible et qui commençait à cicatriser un peu plus vite que lorsqu'elle se baladait avec son bandage.

- Et bien, ma chère Lyra, vous avez là une histoire forte intéressante, conclut-il.

- Disons qu'elle est plutôt bien remplie, surtout depuis que nous sommes en Terre du Milieu, Anhya et moi ! Avant cela, nous avions une vie des plus banales.

- Dois-je comprendre qu'en Terre du Nord, il n'y a ni guerre, ni confit ? demanda le capitaine surpris.

- Plus ou moins... Tout du moins, avant, nous ne savions pas utiliser une épée.

Faramir éclata de rire. Lyra ne tarda pas à le rejoindre dans son fou rire.

Bientôt, il se fit tard et l'auberge était de plus en plus vide. La seule table où il y avait encore une bonne ambiance, était celle de nos trois amis qui bavardaient joyeusement en compagnie du fils de l'Intendant. Cependant, cela ne dura guère longtemps. Ils étaient fatigués et cela commençait sérieusement à se faire ressentir. Faramir retourna au château et les trois compagnons montèrent à leur chambre.

Le lendemain, la première éveillée fut Lyra. A côté d'elle, Pippin n'était plus là. Il était déjà partit pour exprimer son serment de fidélité envers le Seigneur Denethor, Intendant du Gondor. Dans le lit d'à côté, Gandalf dormait également. Les yeux grands ouverts, mais il dormait. Elle se leva sans bruit et sortit de la chambre à pas de loup. Elle descendit les escaliers et salua le patron de l'auberge quand elle passa devant lui. Il lui demanda si elle souhaitait manger quelque chose, mais elle refusa poliment.

Dehors, le temps était magnifique. Pas le moindre nuage. Elle avait entendu dire qu'aujourd'hui, il y avait le marché à Minas Tirith. Elle s'y rendit avec plaisir. La plupart des commerçants la connaissaient car ils l'avaient quasiment tous abordée la veille afin qu'elle goute à la spécialité de leur échoppe. On la saluait de chaque côté, et elle répondait à chaque fois.

Puis, un visage familier apparut au milieu de la foule. Elle s'avança vers cette personne qui lui tournait le dos à présent. Elle arriva par derrière et mit ses mains sur les yeux de Faramir.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle.

- Bonjour à vous aussi, Demoiselle Lyra, répondit-il.

La jeune fille éclata de rire et retira ses mains. Le capitaine se tourna vers elle et lui sourit.

- Comment avez-vous su ? demanda-t-elle ?

- C'est simple, seule une personne avec votre caractère agit de cette façons, et puis il y a vos mains et... et votre voix.

Lyra leva un sourcil. Ah ? Elle avait omit le détail de la voix. C'était décidé, la prochaine fois, elle changerait sa voix.

- Bon... D'accord, vous avez gagné, déclara-t-elle. Mais à une seule condition !

- Laquelle ? demanda Faramir surpris.

- Arrêtez de m'appeler « Demoiselle », et appelez-moi « Lyra » tout simplement.

- S'il n'y a que ça pour vous faire plaisir... Lyra !

- Bah voila ! C'est mieux !

Ensemble, ils firent le tour du marché en bavassant. Aux yeux de la jeune fille, le capitaine du Gondor n'était pas aussi joyeux qu'il voulait le faire croire. Cependant, elle ne dit rien. Rien, jusqu'à ce qu'elle commence à faire un monologue. Et autant dire que c'était barbant. Au bout d'un certain temps, elle s'arrêta de parler et soupira.

- Faramir ? Faramir ? Youhou ! FARAMIR !

Le fils de l'Intendant sursauta et regarda Lyra les yeux légèrement écarquillés. Il ne s'attendait pas du tout à ce qu'elle hurle ainsi son prénom. Surtout en public.

- Est-ce qu'au moins vous m'écoutiez ? Ou étais-je bel et bien entrain de faire un monologue ? demanda-t-elle les mains sur les hanches.

- Veuillez me pardonner, je... j'ai... Oubliez, et... et continuez, je vous prie. Je promets de vous écouter, répondit-il sur le tas.

- Ca ne sert à rien d'écouter si vous n'en avez pas envie.

- Ce n'est pas... tenta-t-il de dire pour sa défense.

- Et si vous me disiez plutôt ce qu'il ne va pas ? Je ne suis pas dupe vous savez.

Faramir soupira. Il avait été démasqué. Bon, en même temps, il ne faisait pas grand-chose pour le cacher, mais bon. Lyra le regardait avec un petit sourire compatissant. Elle était certaine que ça lui ferait du bien de causer un peu, plutôt que de rester dans sa petite bulle.

- Je vous écoute, dit-elle pour l'incité à raconter ses petits tracas.

- Et bien… Je suis le deuxième fils de Denethor et par conséquent, je ne suis pas son… enfin… comment dire… je ne suis pas son héritier direct. Vous voyez ce que je veux dire ?

Lyra hocha la tête. En fait, elle ne voyait pas trop quoi faire d'autre. Mais bon ça n'empêcha pas Faramir de continuer.

- Et donc, mon père a toujours placé ses espoirs dans Boromir. Il a été son préféré et le restera à jamais quoi que je fasse, même aujourd'hui. Et ce matin encore, il me l'a fait comprendre. Il a dit qu'il aurait préféré que nos places soient échangés.

La jeune fille restait silencieuse. Le capitaine du Gondor venait de vider son sac. Lyra connaissait Denethor et comprenait le point de vue de Faramir. Ca devait être terrible de savoir que son père préférait le plus grand. Elle n'était pas celle qui connaissait le mieux Boromir, ça c'était du ressort d'Anhya, mais elle savait qu'il aimait son frère. Faramir semblait anéantit et la jeune fille ne savait pas comment faire pour lui remonter le moral. Finalement, elle le prit dans ses bras, sur un coup de tête. Ce qui surpris vraiment le capitaine du Gondor qui n'était guère habitué à ce genre de geste affectif. Il passa maladroitement ses bras autour d'elle. Au bout de quelques secondes, elle se rendit compte de ce qu'elle était entrain de faire. Elle recula de deux pas en rougissant. Faramir était aussi mal à l'aise qu'elle. Il ne savait plus où se mettre.

- Ahem… Je… Excusez-moi, je… je ne sais pas ce qu'il m'a prit… s'excusa-t-elle.

- Ce… Enfin… Pas de souci… Je ne sais pas ce qu'il m'a prit également de…

Aucun des deux n'arrivait à trouver les mots pour s'excuser de ce qu'ils venaient de faire. Le silence durait. Il devenait de plus n plus gênant au fur et à mesure que le temps s'écoulait.

- Sinon… Que faisiez-vous sur le marché ? demanda Lyra tentant de réengager la conversation.

- Je me promenais. J'avais besoin de réfléchir. J'ai aussi assisté au serment de Pippin. C'est très noble de sa part de faire ce qu'il fait pour la mémoire de Boromir.

- Mouais… répondit-elle.

En y repensant, Pippin devait sans doute s'en vouloir de la mort de Boromir car il avait connu le trépas en les sauvant lui et son cousin. Cependant, il ignorait dans quoi il mettait les pieds en se mettant au service de Denethor.

Ils continuèrent leur promenade tout en discutant de choses et d'autre. Ils n'évoquèrent plus ce qu'il s'était passé quelques instants auparavant.

Trois jours s'écoulèrent. Trois jours durant lesquels Faramir et Lyra se virent fréquemment durant les journées. Il lui faisait visiter Minas Tirith, notamment les plus belles vues qu'on pouvait avoir sur le paysage environnant la citée blanche. La jeune fille découvrait la citée des rois avait émerveillement. Elle trouvait tout cela fascinant.

Le soir du troisième jour, Faramir la raccompagna à l'auberge où l'attendaient Gandalf et Pippin pour le diner. Quand elle entra dans l'auberge, le magicien blanc était assis en compagnie du semi-homme qui semblait épuisé. Elle s'assit à côté de ce dernier avec un immense sourire. A peine fut-elle assise que le patron arriva avec une assiette qu'il déposa face à elle.

- Alors ? demanda Gandalf. Votre séjour à Minas Tirith vous plait ?

- Oh oui ! Beaucoup ! Faramir m'a fait découvrir beaucoup de chose, répondit-elle avec beaucoup d'entrain.

- Ravie de vous l'entendre dire. D'ailleurs, Faramir doit être d'agréable compagnie non ?

- Oui !

Tout à coup, elle se rendit compte de ce qu'elle venait de dire. Gandalf la regardait les yeux rieurs. Elle porta une main à sa bouche et écarquilla de grands yeux. Que venait-elle de dire par là ?

Les heures s'écoulèrent. De longues heures pour Lyra qui n'arrivait pas à fermer l'œil. Elle ne cessait de penser au déroulement de ces trois derniers jours. Elle se souvenait particulièrement de la première fois qu'elle avait vue les yeux bleus de Faramir. Elle avait sentit une douce chaleur l'envahir. C'était la première fois qu'elle ressentait ce genre de chose. Ses pensées étaient plus que confuses et elle ne savait vraiment plus par où commencer. La réponse qu'elle avait fournie à Gandalf la tourmentait. Quelle idée avait-elle eu de dire ça à Mithrandir ?

Au bout de plusieurs minutes à essayer de remettre de l'ordre dans ses idées, Lyra se leva de son lit qu'elle partageait avec Pippin. Elle s'habilla discrètement et enfila ses bottes puis sortit de la chambre. L'auberge était plongée dans l'obscurité. Le patron avait dû fermer il y a quelques heures déjà. Comme il fallait s'y attendre, la porte était fermée à clé quand elle essaya de l'ouvrir. Elle soupira. Impossible de sortir dehors prendre l'air. A moins que… Une idée lumineuse traversa son esprit. Elle prit un des tabourets et se dirigea jusqu'à une des fenêtres. Elle ouvrit les battants et plaça le tabouret sous l'appui de fenêtre. Puis elle grimpa.

Dehors, l'air était frais. Une brise légère s'engouffra dans ses longs cheveux noirs. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Mission accomplie ! Elle ferma la fenêtre derrière elle de façon à pouvoir rentrer plus tard.

Elle marchait dans les rues de Minas Tirith. Tout était calme et paisible. C'était l'endroit rêvé. Sauf que d'ici quelques jours, le soi-disant « endroit rêvé » n'allait plus vraiment l'être. Le temps passait et quand Lyra sortit de ses pensées, elle remarqua alors que ses pas l'avaient conduite au château. Face à elle, l'arbre blanc du Gondor. Lyra continua de marcher jusqu'au bord de la falaise où prenait fin la cours de pavés blancs. De là où elle était, elle avait vu sur Minas Tirith. Au loin, la lumière menaçante du Mordor déchirait le ciel. Mis à part cela, tout était calme. Elle contemplait le paysage quand elle se rendit compte qu'elle tremblait. La température avait de nouveau baissé. C'est alors qu'elle sentit qu'on lui posait quelque chose sur le dos. Elle baissa les yeux et remarqua qu'il s'agissait d'une cape de voyage.

- Qu'est-ce qu'une demoiselle fait dehors à cette heure de la nuit ? demanda une voix masculine.

Lyra sursauta. L'homme qui venait de parler n'était nul autre que Faramir qui la regardait en souriant.

- Vous m'avez fait peur ! s'exclama-t-elle. Je ne m'attendais pas à vous voir. Surtout à cette heure –ci !

- Milles excuses ? Je ne m'attendais pas non plus à vous trouver ici. N'êtes-vous pas censée être à l'auberge ?

- Si, mais impossible de trouver le sommeil. Et comme je n'avais rien d'autre à faire, et bien je suis sortie. Et vous, Monsieur le capitaine du Gondor ? Que faites-vous dehors à cette heure si tardive ?

Faramir sourit et regarda un instant l'horizon. Son visage s'assombrit quelque peu, mais il se reprit très vite. Il regarda de nouveau Lyra.

- Figurez vous que le sommeil me manque à moi aussi. Je pensais qu'en marchant un peu, la fatigue viendrait, mais je me retrouve en charmante compagnie.

Il prit une mèche brune de cheveux de la jeune fille et la fit courir entre ses doigts. Lyra sentit alors le sang lui monter aux joues.

- Et… Et en quoi suis-je une « charmante compagnie » ? demanda-t-elle d'une petite voix.

- La raison me semble évidente, répondit-il.

Le cœur de la jeune fille fit un bond dans sa poitrine. De plus en plus rouge, elle baissa la tête. Faramir la lui leva en la prenant par le menton, l'obligeant à le regarder dans les yeux. Lentement, il approcha son visage. Lyra avait de plus en plus de mal à respirer tandis qu'elle le voyait se rapprocher. Etait-ce possible que… Elle ne put réfléchir plus longtemps car leurs lèvres se celèrent dans un baisé passionné. Le cœur de la jeune fille battait à cent à l'heure quand leurs lèvres se séparèrent. La rougeur de ses joues n'avait pas disparut. Faramir lui prit la main et sans un mot, ils regardèrent le paysage nocturne.