Salut ! Hum... Vous avez vu le titre. ça ne va pas être de tout repos, ce chapitre. ;).

Si tout se passe bien pour moi, j'aurais moins de temps pour écrire à partir de la mi-octobre. Je vais terminer en priorité Eclipse. Voilà, et je ferai ce que je peux pour mon autre fanfiction. C'était pas prévu quand je me suis lancée dans Parfum de Lys, sinon j'aurais attendu. Et si ça se trouve, j'arriverai à gérer. Je m'étonne parfois moi-même.

Bonne lecture !

Tornade sentimentale.

Hébété par sa nuit trop courte, Arthur s'était réveillé auprès d'un Francis boudeur. Son compagnon avait les bras croisés sur sa poitrine, ce qui l'avait obligé à caler sa tête sur son ventre.

« Je suis désolé, marmonna Arthur, encore endormi.

- Tu me fais toute une scène parce que je lui prends la main et je n'ai pas le droit de me demander ce que tu foutais dans sa chambre ?

- C'est à moi d'être jaloux. Tu n'as aucune raison de t'inquiéter.

- Tu ne réagis pas de la même manière qu'avec Antonio…

- J'aime pas Antonio.

- Ouais, grogna Francis avec des yeux étrécis. T'aimes bien, Feli.

- Mais pas du tout, se défendit Arthur. Je n'allais pas le laisser se saouler au bar et raconter des trucs sur nous à mon frère indépendantiste. Je sentais qu'il ne pouvait pas rester seul. J'ai attendu que Romano revienne.

- T'es pas quelqu'un d'altruiste. À part pour tes proches ! », lui reprocha Francis.

Sur ce, Francis se leva brutalement, le laissant s'écraser contre le matelas. Stupid frog pouvait se révéler particulièrement désagréable quand il était de mauvaise humeur. De plus, sa jalousie s'était réveillée. Ce fait rarissime inquiétait Arthur. Francis s'était toujours comporté de cette manière, quand, à bout de patience durant leur époque maudite, Arthur s'intéressait à d'autres personnes de manière tout à fait inconsciente et terminait dans leurs lits. Stupid frog sentait sa fidélité défaillir bien avant lui. Encore ensommeillé, Arthur ne comprenait pas cette brusque flambée de jalousie.

Tout allait bien avec Francis. Ils n'étaient plus dans une relation libre. Ils resteraient fidèles l'un à l'autre.

Arthur grogna dans son demi-sommeil en pensant à une vilaine main française enlaçant sa copine italienne.

Stupid frog se le reprochait encore et lui faisait la gueule.

Stupide stupid frog !

Après tout ce qu'il avait vécu la veille, il ne manquait plus que stupid frog fasse son mauvais caractère. Ses fantasmes bizarres, sa crise de jalousie, le genre de relation qu'entretenait l'un de ses amis avec deux autres hommes et la descente alcoolique de Feliciano le minaient. Tout ceci lui donnait l'impression d'être complètement paumé.

Le réveil sonna, l'obligeant à se préparer pour la réunion.

Arthur aurait aimé dormir un peu plus et mettre de l'ordre dans ses idées.

Francis boudait encore pendant le petit-déjeuner. Pour clarifier la situation, Arthur osa lui rappeler :

« Il ne se passera jamais rien de ce genre avec Feliciano.

- C'était ce que je m'étais dit à l'époque, râla Francis en s'intéressant fortement à son bol.

- Ça n'arrivera pas.

- Feliciano peut séduire n'importe qui. Il dégage quelque chose d'unique de manière totalement naturelle. Même s'il ne recherche pas particulièrement l'affection de ses semblables, il est très aimé.

- Évite de me dire ce genre de chose, s'énerva Arthur.

- Je te mets en garde. Tu agis étrangement avec lui.

- Je le considérai comme un ami, avant que j'apprenne ce qu'il s'était passé entre vous. Je ne sais pas sur quel pied danser, lui avoua Arthur. Tu ne me facilites pas la tâche, stupid frog. J'ai pas envie de le perdre… Ne te fais pas des idées stupides, stupid frog. »

Francis ne lui adressa plus la parole de toute la matinée. Il surveilla tout de même tous ses faits et gestes. De son côté, Arthur observait le trio amoureux que formaient Héraklès, Sadiq et Kiku. Apparemment, le japonais était toujours aussi peu disposé à ce que ses amants l'entourent d'affection durant son état convalescent. Héraklès lui avait apporté une tasse de son thé préféré. Sadiq avait réussi à lui prodiguer un massage des épaules. Les deux Méditerranéens se montraient particulièrement discrets dans leurs attentions, en opposition totale avec leurs caractères passionnés dans leurs relations amoureuses.

Arthur comprit alors comment il était passé à côté de l'évidence.

Ils n'avaient pas envie que ça se sache.

Il était déjà difficile d'accepter qu'une personne puisse en aimer deux autres. Arthur était bien placé pour le savoir. Francis était amoureux de lui et de Feliciano. Que trois personnes se mettent ensemble était encore plus mal vu.

Arthur se demanda ce que tout ceci pourrait donner entre Francis, Feliciano et lui. Il piqua un fard en pleine réunion qui inquiéta énormément Francis. Son compagnon lui passa sa bouteille d'eau et lui massa le dos en croyant qu'il avait avalé quelque chose de travers.

Arthur tremblait qu'il ait pu penser à une chose pareille. Quelque part, Francis ne lui appartenait pas totalement. Son cœur était également épris d'un autre. Francis et Feliciano souffraient de la situation actuelle. Particulièrement, Feliciano. Quant à lui, il ne savait pas ce qu'il voulait vraiment. Francis avait été obligé de le choisir, ce qui le mettait encore très mal à l'aise.

Non. Ce serait une mauvaise idée. Feliciano était bien plus intéressant pour Francis que lui. L'Italien avait tout pour lui. Un caractère agréable, un physique séduisant, des intérêts communs avec Francis, un intellect vif, une ancienne vie de couple, une éthique et une droiture exemplaires, une attirance sexuelle… Mauvaise idée.

Tout de même, Arthur continua à s'intéresser au trio amoureux dont il connaissait à présent l'existence. Juste par curiosité. Histoire de passer à autre chose et de bien se convaincre de la connerie monumentale du triolisme amoureux.

Malheureusement, plus il s'intéressait à eux, plus il se rendait compte que leur relation tenait, même si l'un d'eux était gravement malade.

Francis commençait à remarquer son intérêt soudain pour d'autres hommes, ce qui renfrogna son humeur. Finalement, il finit par lui adresser la parole en dehors de la réunion :

« Qu'est-ce que tu prépares comme mauvais coup ?

- Je m'inquiète pour un autre de mes amis. C'est tout.

- Kiku ?

- Exactement. Tu pourrais arrêter d'être jaloux pour rien.

- Je ne suis jamais jaloux pour rien », se défendit Francis.

Arthur l'embrassa en plein couloir de l'ONU. Il prenait rarement ce genre d'initiative. D'habitude, le Français décidait tout seul d'amorcer ce genre de geste.

« Ton inquiétude me touche. Je suis juste un peu perturbé en ce moment.

- Je le vois bien, se méfia Francis.

- Sauf que depuis qu'on est exclusivement ensemble, je ne vais pas dans les bras d'un autre. Tu le sais bien.

- Mon intuition ne se trompe jamais.

- Il y a juste quelque chose qui me tracasse. Ça va passer. »

Les mains de Francis passèrent agréablement dans le bas de son dos.

« D'accord. Je te fais confiance. »

Cette fois-ci, ce fut Francis qui l'embrassa. Arthur se sentit étrangement satisfait qu'il n'y ait pas d'Italien dans les parages immédiats. Il devait mettre cette idée dérangeante au placard au plus vite.

Le soir même, il se retrouva ainsi entre quatre yeux avec Sadiq dans un salon privé.

Pourquoi Sadiq parmi les trois ?

Très simple.

Héraklès aurait forcément répété la conversation à son frère de cœur, Francis, et peut-être même à Feliciano. Kiku se révélait bien trop proche de Feliciano et connaissait certainement son secret de l'époque napoléonienne. Il aurait facilement fait deux plus deux égal trois. Si Sadiq le lui répétait, il comprendrait certainement le nœud du problème et viendrait lui en parler. Arthur s'assurerait que leur conversation reste confidentielle avec une menace sous-jacente, parce qu'il n'avait pas envie de justifier sa curiosité à Francis et encore moins à Feliciano.

« J'ai appris au détour d'un couloir que tu couchais avec Héraklès, alors que tu es avec mon ami Kiku.

- Ce n'est pas ce que tu crois !

- Je vous soupçonne d'entretenir une relation particulière, tous les trois. Dis-m'en plus ! »

Sadiq adopta la réaction défensive de toutes les nations du monde, quand Arthur demandait des conseils relationnels de manière détournée. La circonspection. De plus, il s'agissait d'un sujet très sensible.

Ses yeux criaient : « Pourquoi moi ? »

« On va dire qu'on se tournait autour depuis un sacré bout de temps, commença prudemment Sadiq. On a décidé d'arrêter de se prendre la tête. On se mettait avec l'un et on se séparait de l'autre, selon notre humeur du moment. On s'en voulait beaucoup trop souvent. Il s'agissait d'apaiser nos tensions relationnelles de manière pratique et durable, lui révéla Sadiq.

- Hum… Et ça se passe comment ? »

Sadiq ferma les yeux dans l'espoir d'échapper à cet interrogatoire. Peine perdue. Arthur était toujours assis devant lui, attendant fébrilement des réponses.

« Je ne vais pas te cacher que c'est difficile. Kiku est très malade en ce moment et nous repousse constamment. Ceci n'empêche pas qu'on garde des sentiments amoureux pour lui et qu'on s'inquiète énormément pour sa santé. On le voit encore moins que d'habitude. C'est un équilibre très fragile.

- Je vois… Mais en temps normal ?

- Arthur. Une relation à trois est bien plus complexe qu'une relation à deux. Il faut bien réfléchir avant de s'engager dans cette voie. Il faut peser le pour et le contre, ce qu'on risque de perdre et ce que l'on pourrait obtenir.

- Je suis simplement curieux, clarifia Arthur, les lèvres pincées.

- Je n'en doute pas, Arthur, dit avec prudence Sadiq. Il y a ma relation avec Héraklès, celle avec Kiku, celle qu'ils ont ensemble et celle qu'on a tous les trois. C'est quatre fois plus de problèmes. Ça a été particulièrement difficile au début. Kiku est très éloigné géographiquement parlant. Heureusement, les nouvelles technologies nous permettent de rester en contact plus facilement.

- Les disputes…

- Quatre fois pire. Je conseille particulièrement de mettre les choses à plat à trois. Ça fait gagner du temps.

- Je n'ai aucune intention de passer à trois.

- Je sais, Arthur. Quand on s'engage à trois, il faut s'imaginer un triangle.

- Mouais… »

Sadiq commençait à comprendre que ses questions provenaient d'une situation personnelle et difficile. Arthur se demandait encore pourquoi il se renseignait à ce sujet. Il voulait passer à autre chose, oublier cette idée idiote et se concentrer sur sa relation amoureuse de manière sereine. Il n'avait aucune envie d'inviter Feliciano dans son couple. Non, non et non !

« Si l'un des côtés est plus fort que les deux autres, tout se casse la gueule. Ce n'est plus un triangle. Il s'agit juste d'une transition bizarre entre deux couples. »

Arthur le fusilla du regard, en comprenant ce qu'il sous-entendait. Il n'était pas amoureux de Feliciano. Il ne désirait pas quitter Francis. Jamais, il ne laisserait une opportunité à Feliciano de lui piquer son homme. Arthur se conforta dans son idée de rejeter en bloc cette idée, une fois cette conversation terminée. Sadiq se rapetissa sur son siège, mais continua à développer son propos.

« Les relations à trois sont casse-gueule. Il n'y a pas de recette magique. On communique beaucoup entre nous. On essaie de passer assez de temps à deux et à trois, de manière équilibrée. On en est même venu à planifier nos relations sexuelles et nos instants en tête à tête pour qu'aucun de nous ne se sente délaissé.

- Planifier ?, s'inquiéta Arthur devant cette perte de spontanéité.

- Il faut bien gérer son emploi du temps. Il arrive qu'on improvise de temps à autre. On peut se permettre un peu de flexibilité, mais pas trop. N'oublie pas l'image du triangle qui peut se casser à tout moment.

- C'est arrivé entre vous trois ?

- On a toujours réagi à temps. Seulement, Kiku ne nous facilite pas la vie en ce moment. Je ne peux pas prévoir l'avenir dans ces conditions-là…

- Kiku finit toujours par revenir à la raison. Il a juste besoin de temps.

- Je le répète bien assez souvent à Héraklès. Il est très impatient et demandeur en matière d'affection. Il faut que les caractères des trois personnes s'accordent bien également.

- Et qu'elles s'aiment.

- C'est la condition première.

- Et si c'est pas encore le cas… C'est juste à titre d'exemple, rien à voir avec une situation réelle.

- Bien sûr, Arthur, sourit Sadiq.

- Il y a une affection réelle entre les trois personnes. Seulement… »

Sadiq n'était pas idiot. Il allait comprendre, sans savoir l'identité du troisième homme, mais tant pis, il avait besoin de passer à autre chose.

« Deux d'entre elles sont déjà un couple solide. Quant à la troisième personne, elle a déjà une relation purement platonique avec l'une des personnes en couple…

- Et la deuxième personne en couple, elle en pense quoi ? C'est le plus important.

- Un peu perdue, avoua Arthur. Elle éprouve de l'amitié pour cette troisième personne.

- Et rien d'autre ?

- C'est compliqué. »

Arthur n'irait pas jusqu'à révéler ses fantasmes, une manifestation inconsciente de ses désirs pour Feliciano.

« Une attirance sexuelle ?

- C'est compliqué.

- Mouais… »

Sadiq appuya son menton sur la paume de sa main, cherchant comment développer sa pensée, sans heurter sa sensibilité.

« Héraklès dit toujours que l'amitié est une forme d'amour. Si le désir pointe son nez, l'amour est à un baiser échangé. »

Arthur s'en voulut de rougir comme une jouvencelle. Il avait déjà embrassé Feliciano par inadvertance et aimé l'échange. Il frissonna, quand son cœur battit plus vite. Il se sentit ensuite pâlir en réalisant qu'il fantasmait beaucoup trop sur l'Italien.

« Cette configuration présente un gros problème, lui expliqua Sadiq. Tous les côtés du triangle n'ont pas été explorés. Il se peut que le lien supplémentaire soit plus fort que les deux autres.

- Impossible. »

Arthur aimait Francis comme un fou. Il n'arrivait pas à s'imaginer encore plus amoureux. De Feliciano, en plus.

« J'imagine qu'il y a eu adultère et de grandes déceptions dans cette configuration, tenta Sadiq.

- Effectivement, répondit Arthur, prêt à aller jusqu'au bout de son exemple.

- La deuxième personne en couple doit être prête au changement. Il se pourrait qu'elle préfère la troisième personne, en raison du passé de son couple. Ce pourrait être réciproque pour les mêmes raisons.

- Il n'y a rien entre ces deux personnes. »

Il n'y avait rien entre lui et Feliciano. Arthur ne le préfèrerait pas de toute manière. Il n'arrivait même pas à s'imaginer en train de développer ce genre de relation avec lui. Feliciano le repousserait. Et lui, il aimait trop Francis. Pourtant, il avait la sensation de ses lèvres contre les siennes et ses envies perverses en tête. Ce devait cesser. Absolument.

« Pour le moment, il n'y a rien, répondit Sadiq. Se mettre à trois ou y penser n'est pas anodin.

- On peut permettre aux deux relations existantes de s'épanouir…

- Ce serait se voiler la face, mais ça ferait une bonne transition. Quand on éprouve de la jalousie, on n'accepte que rarement une troisième personne dans son couple.

- Il devait y avoir des problèmes de jalousie entre vous trois ?

- Ça nous bouffait la vie. Nous nous sommes mis ensemble pour cette raison. Et aussi, parce que le troisième souffrait d'être laissé de côté.

- Je comprends pour la souffrance. »

Arthur se rendit compte que la jalousie était de mise aussi. Arthur était jaloux dès que Francis s'approchait de Feliciano. Feliciano les jalousait. Et maintenant, Francis se méfiait lors de leurs rencontres. Et ils en souffraient tous les trois.

« J'espère t'avoir été utile, tenta Sadiq pour pouvoir s'esquiver.

- C'est une impasse, se plaint Arthur.

- C'est pour raison qu'il faut prendre en compte les risques et les conséquences. Le triangle peut tenir, un nouveau couple peut se former en laissant la troisième personne sur le carreau et pire, ça peut détruire les trois relations. »

Arthur trembla à la dernière possibilité. Il ne voulait perdre aucune des deux personnes dans sa vie, peu importe la place qu'ils occupaient.

« C'est mieux maintenant, pour toi ?, le questionna Arthur.

- Ça en valait le coup. Mais je savais que nous étions tous les trois amoureux à la base. Ça a été difficile à mettre en place. Rien n'est acquis. Dans ton exemple complètement fictif, c'est autoriser un adultère et voir si la situation évolue entre les trois. C'est difficile à vivre. C'est un pari sur le long terme.

- Ils sont amoureux. Ça ne changera jamais.

- Je pensais le couple solide.

- Le choix du couple ne s'est pas fait de manière naturelle », signifia Arthur.

Sadiq tapa du pied sur le sol et présenta des signes de nervosité. Il devait penser : « Pitié ! Je ne veux pas déclencher une troisième guerre mondiale avec ma réponse ! Qui est la troisième personne ! Est-ce qu'il est du côté soviétique ? Est-ce que France et Angleterre vont de nouveau se taper sur la gueule ! Je veux retrouver mes hommes ! Mais faut répondre quelque chose ! Merde ! ».

« Il ne faut pas prendre ce genre de décision de manière hâtive. Il faut déjà se faire à l'idée d'accueillir cette troisième personne. C'est un long chemin. Ensuite, ça pourrait remettre les choses à plat entre les trois personnes.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? », demanda Arthur de manière agressive.

Sadiq suait à grosses gouttes.

« Si un couple doit se dégager, ça se fera naturellement et désamorcera la situation. Et ça pourrait marcher entre les trois, qui sait ?

- Ou tout détruire.

- Le risque existera toujours, comme dans tous les couples.

- Cette discussion est strictement confidentielle. Si jamais, j'en entends parler…

- Je ne me risquerai pas à en parler en dehors de ces murs. Je connais ton goût pour la vengeance.

- Héraklès et Kiku n'en sauront rien.

- Je peux quand même leur dire que tu nous as percés à jour ?

- Oui, mais tu ne parles pas de la teneur de notre conversation.

- Parce qu'ils sont proches des deux autres personnes ? »

Arthur le fusilla du regard. Sadiq comprit qu'il devait se la jouer « profil bas », pendant quelque temps, mais lui souhaita tout de même bonne chance.

Une fois Sadiq libéré de ce fardeau, Arthur sentit qu'il était complètement dépassé par les évènements. Il n'aurait jamais dû demander ce genre de chose. Il était complètement paumé. Il ne comprenait même pas pourquoi il avait interrogé Sadiq. Au lieu de rejeter l'idée en bloc, il la trouvait aussi séduisante qu'une sirène prête à le noyer dans des profondeurs abyssales.

C'était peut-être ça le charme italien dont parlait Francis.

Arthur se dirigea vers le hall de l'hôtel pour rejoindre Francis. Son compagnon était parti discuter avec Antonio à la fin de la réunion, pour organiser l'opération : « demander la main de Romano ». Il serait étonnant que Romano n'en entende pas parler, s'ils continuaient à se montrer aussi discrets.

Avant de pouvoir atteindre les bras réconfortants de son cher et tendre, il tomba malheureusement sur Feliciano.

« Salut ! Je voulais te remercier pour hier soir. Tu n'étais pas obligé de m'aider. Merci.

- De rien, Feliciano », dit Arthur en se retrouvant dans les bras chaleureux de l'Italien.

Feliciano se comportait ainsi avec tout le monde, se répéta Arthur en boucle, jusqu'à ce qu'il le relâche. Francis se tourna vers eux, apparemment mécontent de les voir ensemble. À ce moment-là, Arthur pensa fortement aux avantages d'une île déserte. Il aurait dû se réfugier dans sa chambre, réfléchir quelques minutes à tout abandonner, prendre le premier avion pour Londres, louer une voiture pour la campagne anglaise et disparaître pendant quelques semaines.

« Je m'excuse d'avoir été aussi sec, hier.

- Je ne pensais pas qu'il me prendrait la main. Je suis désolé.

- Ce n'est pas de ta faute. J'ai dit à stupid frog de mieux se comporter… Et je ne pourrai plus t'aider à nouveau de cette façon, lui signifia Arthur.

- Pourquoi ?, s'en étonna Feliciano.

- Francis l'a mal pris. »

Avec une expression bizarre, Feliciano observa l'attitude de Francis.

« J'y crois pas. Il est jaloux !

- Un petit peu… beaucoup, lui révéla Arthur, pâle comme un linge.

- Il commence à me taper sur les nerfs », s'énerva Feliciano.

Étonné, Arthur apprécia que l'Italien ressente la même chose que lui.

« Depuis hier, il est très désagréable.

- Il m'a fait le même coup quand une ville espagnole me faisait des avances indiscrètes, se plaint Feliciano.

- Il est rarement jaloux…

- Seulement, quand il fait une crise, il est insupportable. Je sais…

- Et puis, il n'a pas à te donner de faux espoirs.

- Ça doit lui plaire qu'il y ait encore des sentiments entre nous… Il n'y aura rien, Arthur. C'est juste…

- Je sais que je peux te faire confiance là-dessus. »

Il y eut un léger blanc entre eux. En fait, ils ne comptaient pas sur Francis pour éviter les dérapages. Ils le connaissaient trop bien. Francis était incapable de contrôler ses allants amoureux. Feliciano et Arthur savaient maintenant lui imposer des limites raisonnables et s'y tenir.

Quelque chose d'imperceptible se dénoua alors entre Arthur et Feliciano. Et c'était très agréable. Arthur lui adressa un sourire timide, alors qu'il était complètement chamboulé de l'intérieur. Il ne savait pas s'il avait besoin de solitude ou de la présence de Feliciano.

Arthur évita de croiser son regard mordoré doux et séduisant.

Dans son état de faiblesse émotionnelle, il pourrait prendre des décisions impulsives ou agir de manière regrettable, parce que son compagnon le décevait encore et que son rival en amour l'attirait.

Stupid frog n'était jamais jaloux pour rien. Il les connaissait tellement bien, lui aussi.

Stressé par cette situation impossible, Arthur chercha de l'aide dans la salle.

Du coin de l'œil, il vit Sadiq l'observer et identifier leur troisième homme.

Encore plus mal à l'aise, Arthur s'en voulut terriblement de les avoir mis dans cette situation inconfortable. Du calme ! Sadiq ne le crierait pas sur tous les toits. Au pire, ils se provoqueraient en duel de chantage affectif. Le plus problématique restait la tornade sentimentale qui ravageait son cœur sans aucune pitié. Tout se mélangeait dans sa tête. Il n'arrivait plus à identifier les questions qui le tourmentaient, tellement elles se révélaient nombreuses, complexes et effrayantes.

Francis capta son regard paniqué et se dirigea vers lui.

« Quelque chose ne va pas, Arthur ?, demanda-t-il en le prenant dans ses bras.

- J'ai besoin de prendre l'air.

- On va dehors.

- Très loin. Tout seul.

- Quoi ?, s'exclamèrent Francis et Feliciano.

- Je prends le premier avion pour l'Angleterre.

- Viens t'oxygéner un peu avant. C'est à cause de ce matin ?

- De plein de trucs.

- Je m'occupe de lui, Feliciano. »

Francis l'emmena sur un banc, dans la rue adjacente. L'air frais lui fit bien, mais ne l'apaisa pas. Arthur passa les mains autour de la taille de Francis et se coucha à moitié sur lui, comme s'il allait lui filer entre les doigts.

« Il faut savoir, rit Francis en lui caressant les cheveux. Tu veux partir ou rester ? Il se passe quelque chose en Angleterre ?

- Je ne vais pas bien, ronchonna Arthur.

- S'isoler n'est pas la bonne solution.

- Je crois que c'est la seule solution.

- Je vais téléphoner à ton ambassade. Il s'est peut-être passé quelque chose de grave en Angleterre. Tu ne réagis jamais comme ça, s'inquiéta Francis.

- Ce n'est pas lié à mon pays.

- Ah…

- Je veux rentrer chez moi.

- Je suis désolé d'avoir réagi comme ça pour hier. Je te fais confiance. Je réagis toujours bizarrement quand il s'agit de Feliciano. C'est à cause de moi ?

- En partie, lui avoua Arthur. En fait, c'est une accumulation de choses. Je vais exploser si je reste. Je tiens à ma réputation de gentleman, bien comme il faut.

- D'accord. Je vais te prendre un billet et t'aider à faire tes valises. »

Entouré par l'amour de stupid frog, Arthur se demanda comment il pourrait un jour s'en passer. La réponse était évidemment : « non ». Malgré tout ce qu'ils avaient enduré, ils étaient très attachés l'un à l'autre. Ils avaient tous les deux des mauvais côtés et s'en accommodaient depuis plusieurs siècles. Ce ne serait qu'une crise supplémentaire dans leur vie de couple. Ou peut-être la dernière de leur vie rien qu'à deux. Arthur ignorait ce qu'il devait faire ou penser avec tous les éléments en sa possession.

Pour une fois, il était la seule personne consciente de tous les enjeux relationnels de sa situation.

Ce serait à lui d'en parler ou de décider de se taire.

Arthur ne put s'endormir qu'une fois arrivé dans son refuge secret en Angleterre.

Aucune nation ne viendrait le déranger là-bas. Même pas ses frères, même pas Francis. Personne.

Il espérait retrouver la raison au milieu de ses magnifiques roseraies avec une tasse de thé à la main. Il priait pour que le soleil et le ciel bleu ne s'invitent pas dans son jardin pour lui faire penser au sourire de Feliciano et aux yeux tendres de Francis.

Arthur resta trois semaines dans son refuge, sans donner de nouvelles à qui que ce soit.

La première nation qu'il contacta fut Feliciano et la deuxième, Francis, pour leur donner fébrilement rendez-vous à Londres.