Chapitre 20 : « L'amour est là où ton cœur se trouve »
Tout était leste, brillant, doux, paradisiaque. Il n'y avait pas d'odeurs ni de bruits. Le silence régnait en maître. Tout était blanc. C'était la seule couleur. On s'amusait à y rêver d'autres lendemains. Il ne s'était d'ailleurs jamais senti aussi détendu, heureux de vivre. Cette sensation le transportait d'euphorie au gré du battement imaginaire de son cœur. Il y a fort longtemps qu'il lui semblait ne plus battre. Son corps entier était au repos, léger, presque aérien. Il se sentait flotter. Il était libre. Pourtant, ce n'était que cet état, et cet état seul qui lui permit d'accéder à la béatitude. Il était calme et serein naturellement, « bien dans sa peau », comme on dit. C'était en fait un bonheur égoïste, somme toute.
-…
Il entendait quelques murmures qui brisèrent le silence, venant le bercer dans sa joie.
-…
Puis, les murmures se firent plus puissants, plus pressants, créant une nouvelle harmonie menaçante. La couleur commençait à disparaître, à devenir légèrement gris. Des douleurs commencèrent à le prendre aux jambes, le tirant vers le bas.
-Sonic…
Les murmures augmentaient en intensité. Bientôt, il eut la sensation d'être au milieu d'une conférence où des personnes murmuraient bruyamment autour de lui. Les douleurs montèrent dans son corps, atteignant son ventre, le faisant courber sous son poids, le dos, la gorge, la tête… Il était paralysé de douleur. La couleur devint alors noire. Dans cette nuit totale et profonde, il était saisit par des violentes douleurs devenues épouvantables, insupportables. Il lui semblait pouvoir entendre quelque chose battre violemment dans son torse. Il était comme pris dans un étau de fer, broyé par les mâchoires féroces de quelque fléau. Il pensa que ce fut sa fin.
-Ah !
Il s'abandonna à la souffrance en fermant ses yeux de toutes ses forces, incapable de résister à ce flot qui le submergeait, l'entraînant loin du rivage paradisiaque. Il n'avait plus la force de bouger. Un carcan démoniaque l'entourait, l'emprisonnait, le serrant de la tête aux pieds. Il se sentait aspiré, emporté vers un territoire inconnu qui l'effrayait déjà. Il crut entendre une musique abyssale. Sa résistance faiblissait. Le néant l'attirait. Le noir devint rouge sang.
-Ah !
Un sentiment de solitude l'envahit. Il était seul. Seul dans son épreuve. Personne pour l'aider. Il devait franchir le passage en solitaire. Pas d'autre choix. Il se répéta que c'était sa fin. Ses yeux, grands et vides, commençaient à briller d'un éclat vif. Il sentit quelque chose s'abattre sur lui. Quelque chose de pesant, étouffant.
-Ah !
La douleur finit par être si forte et violente qu'il faillit en perdre la raison. Il eut des gestes saccadés, des cris, des gémissements… Rien ne pouvait décrire ce qu'il ressentait à ce moment. Comme si le monde, la Terre, l'écrasait. Et puis, soudain, ce fut comme si les mains de Dieu l'écartelaient. Une vive et intense lumière l'aveugla, lui brûlant ses yeux remplis d'espérance. Son corps prit feu, ses poumons s'embrasèrent. Il poussa un cri long et puissant.
-Wah !
Des larmes lui coulèrent sur ses joues brûlantes tant il ne s'était jamais sentit si vivant. Puis, une dame en blouse blanche, accompagnée d'autres médecins, sans le quitter des yeux, rouges, essoufflés, hurlaient de joie.
-Il est vivant !
Il eut à peine le temps de souffler, tout en sueur, qu'Amy l'attrapa par le cou, le serrant dans ses bras. Elle pleurait. Il toussa, et elle relâcha légèrement son étreinte. Ses yeux vert émeraude brillaient de vie. Il lui sourit et l'embrassa de nouveau. Tout en la tenant près de lui, il lui murmura quelques mots à l'oreille, comme elle.
-Ne me quitte plus, Soniku…
-Jamais. L'amour est là où ton cœur se trouve.
Ils se regardèrent, regards perdus dans celui de l'autre. Ils se sourirent mutuellement.
-Je t'aime.
-Moi aussi, je t'aime.
Dès ce moment où ils se serraient dans les bras, ils comprirent que la véritable aventure est de vivre. Il a revit pour elle, elle a vécu pour lui. Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver le paradis.
