C'est le grand retour de l'Amour Couronné !

Je ne sais pas trop quoi dire pour justifier mon absence...

Merci de votre patience infinie, déjà, c'est un bon début.

Tout a commencé par la perte d'un disque dur sur lequel tous mes textes se trouvaient. Parmi d'autres, ce disque dur contenait le dernier cycle de l'Amour Couronné, à moitié fini. J'ai presque eu l'impression que c'était les dieux eux-mêmes qui agissaient afin que j'arrête d'écrire des histoires où des messieurs s'embrassent. En tout cas, sur le coup, ça m'a bien secoué. J'ai bien voulu m'y remettre, afin de clôturer tout ça, mais j'étais vraiment abattue de devoir tout recommencer, je ne connais pas sensation plus insupportable franchement, et avant que j'aie le temps de complètement me ressaisir, les mois s'étaient empilés comme autant de pages blanches que je laissais.

Je pensais alors sérieusement que tout cette histoire de fanfiction était finie pour moi, et je n'osais même plus regarder les nouveaux commentaires pour ne pas voir à quel point je décevais les gens. Je me sentais assez nulle. Vous avez dit dépression ? c'était plutôt un coup de mou.

Puis, un jour, j'ai rouvert ma boite mail avec le dossier réservé pour les news de fanfiction. net et j'ai été très, très touchée à la vue de tous ces gens qui continuaient de s'intéresser à mes stupides histoires, de les mettre en favoris, de les commenter, malgré ma disparition des radars. Toutes ces petites attentions, c'étaient ce qui continuaient de faire battre le cœur de ces fanfictions alors même moi, je leur tournais le dos.

Alors ce dernier cycle, que je voulais écrire depuis le début de l'histoire, que j'ai enfin réussi à créer, n'est pas pour moi. Il est pour vous. Vous, petits lecteur-ices amateurs de fesses et de bisous qui avez donné son éclat final à cette histoire. Vous le méritez pleinement. Ceci est un cadeau. Ce nouveau cycle n'existerait sans vos commentaires.

Merci beaucoup.


Levi ne savait même plus quelle heure ni quel jour il était, s'il avait besoin de respirer, de mettre une chemise propre ou de convoquer ses conseillers ou soldats. Tout ce qu'il savait pour le moment était qu'il se tenait assis près du corps endormis et tiède de son époux, et qu'il avait, blotti dans le creux de ses bras, un tout petit bébé dont il était le père. Le nourrisson dormait lui aussi, ses petits poings serrés fort devant ses yeux clos, une expression de plénitude au visage.

Le lendemain de la naissance de Willitz, avant même que midi ne soit passé, tout le pays savait déjà que la reine venait de donner naissance et que c'était un garçon. Alors que rien d'officiel ni même de vérifié n'avait été annoncé, tout le Nord célébrait déjà cet événement avec ferveur et gaieté, notamment parce qu'un héritier était une brillante promesse d'avenir de même qu'une nouvelle idole à aimer. Des dizaines de cadeaux arrivèrent ainsi au palais de la part des tous, même des plus pauvres ou des plus lointains habitants du royaume. D'une quelconque manière, l'on voulait contribuer et féliciter la famille royale, en offrant des textiles, des bibelots, des peintures et même quelques animaux. Beaucoup de ces choses étaient directement adressées à Eren. Le jeune homme était vraiment apprécié par le peuple et cela ne mit pas autant Levi en joie que ça de découvrir tous ces présents, notamment parce qu'il aurait aimé pouvoir garder son époux pour lui seul. Il y avait par la suite eu quelques bonnes semaines de célébration après la naissance de leur fils, et cela s'était vite étendu au-delà des frontières du Nord. L'événement avait même secoué plusieurs autres régions du monde et milieux nobles, qui avaient été eux aussi très émerveillés par la naissance du petit garçon.

Le roi du Nord soupira déjà en imaginant la quantité de rencontres et de remerciements qu'il devrait prononcer dans un souci de politesse et de bienséance.

Leur chambre était baignée dans une douce pénombre, quelques rares rayons de soleil perçaient au travers des épais rideaux suspendus aux fenêtres. Allongé sur le flanc, Levi était réveillé depuis longtemps mais en pouvais se résoudre à quitter la couche de draps qui refermait tant de choses si précieuses à son cœur. Eren était plongé dans un profond sommeil et ne semblait pas être prêt d'en sortir. Il récupérait encore ses forces dépensées pendant l'accouchement, même si l'idée de jouer les paresseux ne lui plaisait guère. A part lors de sa grossesse, Eren n'avait jamais été du genre à prendre particulièrement soin de sa personne. Mais là, il en avait sérieusement besoin.

Même leur enfant semblait avoir compris qu'il ne fallait pas déranger le jeune homme pendant qu'il se reposait, et faisait peu de caprices pendant leurs moments de siestes partagés.

De ses premières semaines de vie, l'on pouvait observer que le bébé semblait autant adorer Eren tout particulièrement, imposant parfois que personne d'autre à part lui ne le tienne. Et Eren le lui rendait bien. Lui aussi était un grand admirateur de Willitz, le jeune roi le voyait déjà comme un futur prodigue, un fils parfait. Le petit garçon regardait le monde de ses grands yeux curieux de tout sans jamais trop sangloter. Même Levi pouvait dire que son fils tenait déjà ses promesses. Il était sérieusement soulagé du calme qui émanait de cet enfant qui semblait déjà si robuste et vif. Le roi avait trop souvent craint que s'occuper d'un être aussi fragile ne se révèle trop difficile pour lui qui aimait que tout coule de source.

Willitz ouvrit finalement un œil paresseux et Levi le pressa immédiatement un peu plus contre son torse découvert. Annie leur avait appris qu'il était important que leur nouveau-né bénéficie d'un contact important avec la peau et le corps de ses parents. Ainsi, la chaleur et les battements de cœur avec lui, lui permettait qu'il s'attache vite à eux de même qu'il les identifie comme source de réconfort et de sécurité. La poitrine de Levi remportait un franc succès à cela, Willitz adorait coller sa petite tête sur la clavicule de son père et se laisser bercer par la respiration du roi. Encore une fois, lorsque ce matin Levi exécuta ce rituel, le bébé sembla apprécier et lâcha un petit soupir de contentement alors qu'il dépliait ses petites mains sur les épaules de Levi.

Ce dernier avait envie de lui dire quelque chose, voire de chanter. Lui qui n'avait jamais ressenti le besoin auparavant de gazouiller la moindre note, même auprès d'Eren, se sentait bien étrange. Etre père faisait en effet peu à peu découvrir à Levi qu'il était capable d'aimer quelqu'un d'autre qu'Eren de manière tout aussi inconditionnelle. Une idée inouïe.

Le roi, ne se souvenant même pas des chansons que sa mère aurait pu lui avoir appris plus jeune, capitula finalement et entama de fredonner quelque chose d'intuitif et de confus, que même lui ne connaissait pas, dans la simple idée de faire un peu fonctionner sa voix près de son fils qui l'écoutait. Le bébé émit à nouveau un gargouillement aigu et le roi décida de prendre ça comme un encouragement.

Cependant au bout d'une minute, Willitz se mit à pleurer doucement en regardant dans le vague par-dessus l'épaule de Levi. Le roi le récupéra devant lui et le toisa intensément pendant une seconde comme s'il espérait qu'il ne découvre, marquée sur la tête de l'enfant, la cause de ces soudaines larmes. Mais rien, et Willitz commençait à pleurer de plus belle de sa petite voix grinçante et aussi recroquevillée que lui.

- Chhht, tout va bien, tenta Levi en le berçant un peu trop frénétiquement.

Seuls les dieux savaient à quel point ces pleurs mettait le roi du Nord mal à l'aise.

Eren se tourna alors vers eux, les yeux embrumés de sommeil et les cheveux en bataille. Il sembla divaguer sur ce qu'il se passait pendant une longue seconde avant qu'il ne se redresse un peu et ne comprenne ce qu'il se passe.

- Passe-le-moi, coassa-t-il en tendant ses mains devant lui.

Levi l'étudia longuement avant de répondre.

- Tu es sûr ? tu ne veux pas plutôt encore te reposer ?

- Non, répondit Eren en secouant la tête, je suis bien.

Eren récupéra leur enfant entre ses mains avec la même maladresse que Levi et vint déposer un baiser sur la tête de leur enfant. Il prit une longue seconde avant de relever les yeux vers son mari.

- Ce qu'il sent bon, dit-il en souriant.

- Le complimenter ne l'aidera sûrement pas à s'arrêter de pleurer, grogna Levi, toujours tendu.

Ce n'était tout de même pas lui qui avait fait mal à Willitz ?

Eren rit doucement, l'air complètement aux anges et ensommeillé, puis abaissa d'un coup d'épaule le haut droit de sa chemise, pour dévoiler son mamelon. Il prit précautionneusement Willitz dans son bras droit et rapprocha sa petite tête chevelue de sa poitrine afin que l'enfant trouve tout seul de ses lèvres le chemin vers le téton d'Eren.

Le bébé se calma aussitôt qu'il commença à boire, et la chambre se remplie à nouveau d'un silence agréable.

- Comment ...? demanda Levi.

- Je ne sais, je l'ai simplement… su…répliqua Eren en haussant un peu les épaules sans détacher ses yeux de Willitz.

Par les dieux les plus cléments, si c'était ce regard plein d'amour et de douceur qu'Eren portait sur Levi il comprenait pourquoi les autres les prenaient pour un couple modèle.

Annie leur avait confier qu'allaiter leur enfant par voie naturelle était une possibilité même pour Eren qui ne disposait d'une poitrine de femme. Son corps ayant porté un enfant, il se devait normalement de se mettre à secréter un peu de lait dès lors que la naissance avait eu lieu. Eren ne pouvait cependant pas en donner beaucoup puisqu'il gardait son corps d'homme et sa poitrine plate, mais le jeune roi comptait tout de même en profiter pour allaiter le plus possible Willitz, qui semblait beaucoup apprécier l'attention.

Le petit semblait relativement satisfait de ces quelques gorgées, et se rendormit peu après cela dans un soupir confortable tandis qu'Eren lui massait le ventre.

- Il n'a pas très faim, dit Levi en se rapprochant enfin.

- Pas besoin d'aller en demander en cuisine, dit Eren en continuant de sourire. Ce n'était qu'un caprice. C'est ton fils après tout, il est normal qu'il soit tout aussi insistant que toi.

Levi grommela quelque chose puis se laissa peser contre l'épaule d'Eren.

- Il est si petit…

Eren cala le bébé sur ses jambes croisées et étira ses bras au-dessus de lui.

- Quel jour on est ? il va falloir refaire surface, un jour.

- Ce que tu peux être agaçant, gamin…tu ne veux pas profiter un peu du moment ?

- ça fait des semaines qu'on est dans cette chambre. En plus du problème de l'odeur, je pense que cela ne doit pas être très sain pour Willitz de ne pas voir la lumière du soleil et uniquement nos têtes mal peignées.

- Je ne pense pas que ce sera plus facile pour lui d'être entouré des pantins de la Cour.

- On est des rois. C'est notre vie. Ce sera la sienne. On ne peut pas y couper.

Levi toisa une longue seconde Eren avant de sourire.

- Quand est-ce que tu as pris toute cette maturité ?

- Je sais pas, quand on a retiré un être humain de mes entrailles…ça a dû joué.

Eren eut un petit sourire sournois qui donna furieusement envie à Levi de l'embrasser.

Il était effectivement temps que les deux rois reviennent aux commandes. Bien que le Conseil soit parfaitement capable d'assurer une fonction efficace en tant que seul gouvernement, il n'en restait pas moins que sans les directives sèches et claquantes de Levi, rien n'était pareil.

WwwwW

Ce dernier retrouva vite son poste et son aisance, ainsi qu'un équilibre plutôt mesuré de partage de temps entre son devoir de roi et son temps avec sa famille nouvellement formée. Mais s'il arrivait que parfois, il se retrouve avec Willitz sur les genoux tandis qu'il donnait des directives à ses sous-fifres. Le petit garçon semblait vif à ponctuer les décisions de son père par des babillements inaudibles et à le pousser à le faire rebondir sur son genou pour le bercer un peu. Le pire étant que cela ne gâchait jamais en rien la superbe du roi, surtout parce que Willitz semblait en avoir hérité.

Le bébé semblait grandir à vue d'œil, tous les matins apportaient des nouveautés, comme si Willitz était un petit vivier de magie qui apprenait chaque nuit de nouvelles choses auprès des étoiles. Physiquement, le petit avait un corps rondouillard et rosé, et sa peau était couverte d'un duvet semblable à celui des pèches. Il était adorable dans toutes ses expressions, expressif dans toutes ses adorations. Son nom était un dérivé de celui d'un ancêtre très respectable à Levi prénommé prudemment "Willitchezien", qui avait de multiples de légendes et fait d'armes à son actif ; en proposant de le nommer ainsi, Levi espérait secrètement que son fils en réalisent tout autant, voire plus.

Ce qui était certain était que le petit bonhomme semblait promis à de grandes choses. Il était vif et n'avait même pas deux mois qu'il se donnait déjà des airs de prince sur-gâté, surtout lorsqu'Eren était dans les parages.

- Bwaaa ! se mettait-il à piailler lorsqu'il voyait son deuxième papa et « porteur », en levant ses petits bras au-dessus de sa tête.

S'ensuivait de longues minutes durant lesquelles Eren tentait de terminer son travail ou son assiette jusqu'à ce que Willitz menace sérieusement de se mettre à pleurer, puis le jeune roi soupirait bruyamment, quittait sa tâche et allait prendre son fils dans ses bras qui s'endorme la tête enfoncée dans le creux de son épaule.

Pour plaider la cause d'Eren, il fallait savoir que ce dernier n'avait plus beaucoup de temps pour lui parce que Willitz demandait sans cesse l'attention de sa mère quitte à ce que ce dernier doive l'amener avec lui à la serre de Kenny, ficelé dans son dos ou dans les bras d'une nourrice. Il était bien un mini-Levi dans le cœur même s'il avait hérité des traits doux et graciles d'Eren. Ses petits yeux parvenaient à le cibler dans une pièce emplie de monde, de même que sa présence le rendait calme et docile. Avec Levi, Willitz était également en confiance, mais il y avait toujours une certaine tension entre eux de même qu'une affection puissante qui rendait leurs rapports très intenses.

- Lorsqu'il sera à l'âge où l'enfant veut se marier avec sa mère, je parie que ce sera sanglant avec Levi, lui avait murmuré un jour Armin.

L'horizon pour leur petite famille leur semblait radieux, bien entourés comme ils étaient, il ne semblait rien y avoir pour les replonger dans les problèmes, mais ils étaient des rois. Des êtres faits pour faire face au malheur et au destin. Bientôt, les problèmes vinrent les rattraper.

WwwwW

Tout commença par un voyage que Levi dû faire pour une obscure raison. Une rencontre ou quelque chose du genre, qui fut très vite solvée par quelques mains serrées et des promesses faites, bref, ce ne fut pas là le danger. C'est d'ailleurs ce qui rendit ce malheur si efficace ; personne ne s'attendait à le voir arriver par cet angle.

Le matin même, Eren avait quitter Levi sur les portes du palais. Ils s'étaient embrassés plus longtemps qu'à l'accoutumée, notamment parce qu'ils ne savaient pas exactement combien de temps ils allaient être séparés. Un sentiment étrange les avait forcés à se serrer fort l'un contre l'autre, à profiter au maximum de leur présence respective. Ce fut Willitz calé entre eux deux, qui les força à se scinder, notamment en poussant des couinements courroucés.

— J'aurai aimé venir avec toi, souffla doucement Eren.

Levi prit le visage de son aimé en coupe entre ses mains et passa son pouce sur les lèvres tendres du jeune homme.

— Tu dois encore reprendre tes forces. Et t'occuper de lui.

— Bwa ! argua en réponse Willitz en remuant ses petits pieds dans le vide.

Eren resserra l'enfant contre lui alors que Levi montait en selle. Le jeune homme ne quitta pas son roi des yeux tant que sa procession était visible à l'horizon. Il avait la gorge serrée et les yeux secs, mais devait se tenir fermement tant qu'il n'était pas de retour dans l'intimité de sa chambre. Le fait que Levi soit parti signifiait qu'Eren devait tenir le fort pour eux d'eux pendant cette période. C'était une tâche ardue à accomplir, surtout avec un enfant dans les parages, mais Eren voulait rendre honneur à son titre. Il se sentait plus motivé que jamais.

Du côté de Levi, la journée s'écoula simplement. Il pensait pouvoir revenir vite. Il croyait qu'il n'y aurait rien pour lui barrer la route.

Il dirigea une bonne partie de la journée la tête de sa procession de cavaliers, approuvant le cataplop rythmé qui résonnait derrière lui à la manière de la plus belle des traînes. Les voix légères de ses soldats montaient parfois jusqu'à lui, de même que l'odeur ferreuses de leurs armures. C'était un de ces instants parfaits où tout se déroule parfaitement bien, calme et ordonné. Le monde semblait se ployer sur son chemin afin de l'aider à accomplir sa mission, pour ainsi revenir plus vite chez lui.

Sa mission avait un but pacificateur ; il devait rejoindre les terres les plus éloignées du Nord, celles où les montagnes rejoignaient la profondeur des cieux et toujours enneigées, afin de rencontrer une peuplade d'hommes parmi les plus dangereuses encore existantes. Les Ansivariens, avec à leur tête, le guerrier Bast. La culture de ces hommes voulait qu'ils soient divisés en un certain nombre de clans qui jurent fidélité au plus puissant d'entre eux. Bast avait ainsi sous ses ordre près deux milles hommes et femmes. Voulant respecter leurs coutumes d'être les pires des dissidents, un certain nombre de clans se refusait encore de lui obéir, mais ils diminuaient de jour en jour. La paix était après tout une promesse bien plus alléchantes pour ces hommes dont l'extinction était de plus en plus certaine face aux armées de plus en plus sophistiquées des autres peuples.

En somme, ces guerriers, étaient des êtres primitifs, des descendants de barbares sanguinaires et sans peur, proches de la famille des vikings et des cimmériens. Autrefois parjurés de toute forme de gouvernance royale, le père de Levi les avait finalement pacifiés après des années de négociations, de promesses, d'offrandes et de traités. Ils n'avaient même pas de lourdes taxes à payer. En échange de ne plus piller les villages, ces hommes pouvaient simplement vivre en toute tranquillité, retirés dans les montagnes les plus reculées du monde. C'était ainsi pour un certain nombre de différents groupuscules présents sur le territoire n'ayant pas envie d'abandonner leur culture et leur mode de vie en échange de jurer allégeance à la Couronne de Levi. Cela avait toujours apporté des résultats satisfaisants et épanouissants sur le long terme.

Ainsi, à la manière d'une plante exotique qu'il ne fallait pas oublié d'arroser convenablement, cette relation demandait seulement à ce que Levi vienne de temps à autre rencontrer les dirigeants de ces peuples pour leur rendre quelques hommages.

Il leur fallut une journée entière écoulée au petit galop pour rejoindre le village barbare qui les attendait. L'endroit était niché au pied d'une montagne couverte de robustes sapins et d'amas de neige gelée comme de la pierre, dans le creux d'un panorama constitué de sommets bleutés et de crêtes dorées. Les cavaliers entrèrent dans le village à cheval, puis traversèrent des tentes constituées de peaux tannées ou encore pelucheuses déjà illuminées de puissants flambeaux. Ils descendirent de leur montures déjà cernés par les villageois qui les aiguillaient d'un œil curieux. Quelques chiens aboyaient au loin.

Un homme d'une stature imposante les accueillit en écartant ses immenses bras tatoués. Il portait une petite couronne faite d'os et de brindilles qui semblait s'être confusément nouée dans sa très dense chevelure grise.

- Majesté ! soyez le bienvenu, vous et vos hommes. Je suis heureux que vous répondiez à l'appel chaque année ! hurla-t-il d'un ton amical.

- Je ne vais pas mentir, c'est ton vin qui me force à revenir à chaque fois, répondit Levi en lui serrant la main.

Bast éclata d'un lourd rire musical, son visage se plissant d'une manière presque féroce devant ses convives. Cet homme était, malgré les apparences, un type pouvant faire preuve d'une incroyable cruauté si jamais on refusait d'abonder dans son sens. Mais fort heureusement, l'accord actuel lui convenait parfaitement, de même que le caractère bien trempé de Levi.

- Venez, votre très gracieuse Sainteté. Ma tente est encore chaude.

Les deux dirigeants se rejoignirent sous le toit d'une immense yourte emprunte d'un puissant parfum de viande et de cuir. Sur une couche de peaux dans recoin, un jeune homme vêtu de soie fine à la manière d'un danseur exotique sommeillait. Bast alla le réveiller en posant une de ses immenses mains sur son front, et le mandant silencieusement de partir. Alors qu'il faisait mine de les quitter, le garçon croisa le regard de Levi qui le fixait intensément, et ce petit dû probablement se dire qu'il avait ses chances avec le roi ; la vérité était en fait que Levi se demandait simplement s'il serait possible de trouver une tenue identique pour Eren.

- Comme tu peux le voir, je me suis tenu diverti en t'attendant, dit Bast une fois qu'ils furent seuls. Peut-être que cela t'intéressait ?

- Sans façon, répondit Levi en scrutant les ornements riches de la tente.

Dans ce lieu, Bast laissa oublié le vouvoiement et la mesure dans ses expressions ; il souriait à présent de toutes ses dents, dévoilant des canines aiguisées comme des crocs. Il les conduisit jusqu'à une table dressée en plein milieu de la tente, où un repas fumant, constitué de plats principalement faits de viande et de soupe les attendait. Bast s'installa sans attendre à une extrémité de la table, prenant déjà en main un verre de vin aux couleurs somptueusement rougeoyantes dans la lumière des chandelles.

Alors que Levi s'installait en face de lui, il remarqua qu'un paquet avait été déposé sur son assiette.

- C'est ma contribution pour te féliciter d'avoir enfin un héritier, avança Bast en gardant ses deux yeux collés sur son verre. Je n'apprécie pas particulièrement de devoir témoigner de mon affection à un autre homme, surtout un roi, mais je sais également que je l'aurai regretté si jamais je ne l'avais pas fait.

Levi le remercia d'un signe de tête et ouvrit l'épaisse enveloppe de cuir, découvrant un monticule de pierres d'une couleur bleue cristalline très pure. C'étaient des pierres parmi les plus précieuses du pays, identiques à des pics de glace, venant certainement du cœur gelé des plus hautes montagnes.

- La coutume veut qu'on en offre une aux parents pour chaque naissance qu'ils mènent à terme, mais te connaissant, je me suis permis de prendre un peu d'avance, dit Bast en commençant à ricaner.

- Tu deviens vraiment sénile, ma parole, soupira Levi en soupesant une de ces pierres dans sa main.

- Je descends d'une lignée de shamans, argua alors l'hôte de Levi, comme si cela expliquait tout.

- Alors tu es déjà sénile. Il doit y avoir au moins une dizaine de pierres.

- Mf, ça en vaut la peine, répondit Bast en lui faisant un clin d'œil. Je ne sais pas quand nous nous reverrons exactement, cependant, voyant avec qui tu es marié, je peux facilement imaginer que tu auras du mal à garder tes mains à ta ceinture, à l'avenir.

Levi l'aiguilla d'un regard sévère, mais ce fut apparemment ce que Bast attendait, car il explosa aussitôt de rire, renversant sa tête en arrière pour vider son verre dans le fonds de sa gorge.

Le reste du repas se déroula dans une humeur amicale et fraternelle. Alors que la nuit se projetait au bas de l'entrée de la tente, pleine de profondeur et de force, les deux rois discutèrent des différents sujets qui les avaient réunis. Ainsi, des traites et des accords furent à nouveau confirmés, de nouveaux furent trouvés, et Levi appris qu'un nouveau clan avait consenti à rejoindre la Couronne. Cela représentait toujours plus de paperasses à remplir et de personnes à écouter, mais dans le fond, c'était une très bonne nouvelle.

A contrario de cela, Bast partagea par ailleurs son inquiétude vis-à-vis d'un autre clan des terres sauvages, qui se faisait de plus en plus connaitre pour sa grande agressivité et notamment, son refus complet et affirmé de ne jamais se soumettre aux forces de Bast, et à plus forte échelle, de Levi. Ces gens étaient des types bien trop sanguins même de l'avis du chef Ansivarien. Traditionalistes invétérés, ces hommes croyaient que la soumission au Nord serait une preuve de faiblesse honteuse qui les hanterait même dans l'au-delà. Heureusement, leur petit nombre ne les rendait pas particulièrement plus dangereux que les avalanches ou les attaques d'ours. Bast rassura Levi sur le fait qu'il avait cela sous son contrôle, aussi, Levi oublia bien vite cette histoire, d'autant que leur soirée fut consacré à un grand nombre d'autres sujets concernant la toile d'araignée qu'était le réseau des clans barbares. Il y avait des nuances, des évolutions et des particularités dans toutes les familles, souvent fort compliquées à saisir pour ceux ne vivant pas dans les environs. Fort de ces multiples préoccupations, le roi oublia bien vite cette histoire de barbares dangereusement dissidents, et occupason esprit à d'autres idées durant le reste de cette rafraîchissante nuit.

Cette histoire lui revint en mémoire lorsque, sur le chemin du retour au palais, il y eut une explosion, un éclair blanc comme un os qui perça le ciel pour venir s'abattre au sol et profondément le fissurer, et que l'échos d'une armée lancée au galop vint les encercler.

Alors que des cors de guerre résonnaient dans le lointain, une panique parmi les cavaliers de Levi se répandit comme une traînée de jeunes flammes.

Tout se déroula en un instant à peine.

Provenant de tout autour d'eux, des cavaliers émergèrent. Toute la procession de Levi perdit alors son harmonie. Le chaos explosa parmi eux tandis que des hordes de soldats surgissaient de la lisière des arbres la plus proche, hurlant comme des forcenés, brandissant des épées et des lances artisanales. Ils portaient des armures et des masques constitués d'ossements d'animaux qui dissimulaient leurs visages, mais plus encore, leurs yeux luisaient de fureur au travers de ces lourds équipements.

A la vue de ces hommes vêtus d'armures barbares inconnues, Levi comprit qu'il devait s'agir d'un de ces groupes de parjures provenant des terres les plus sauvages du pays, celles qui ne juraient que par la loi du Sang. Il entama de diriger ses hommes, mais les assaillants étaient déjà sur eux.

Ils fondèrent en hurlant plus fort que le chocs des sabots de leurs montures. Ils ne cherchèrent pas à les atteindre directement, mais plutôt à les pousser dans le ravin qui longeait jusqu'ici la route et qui était emplie de broussailles en désordre de même qu'un vide sans fonds. Pris d'une panique paralysantes, les chevaux des soldats du roi glissèrent sans trop se débattre vers ces profondeurs abyssales, emportant avec eux un certain nombre de cavaliers qui n'avaient pas eu le temps de réagir.

Parvenant à extraire de la mêlée en guidant quelques hommes à sa suite, Levi attaqua en retour certains de ces intrus, galopant entre leurs rangs en faisant le plus de dégâts possibles avec son épée. Mais l'effet de surprise jouait contre lui et ses hommes et les attaquants avaient un coup d'avance ; si le roi était en effet parvenu à faire avancer sa monture loin du précipice, l'ennemi semblait s'y être malheureusement préparé, car ils les bombardèrent alors de flèches taillés à partir d'os. Tentant d'éviter les projectiles qui s'ablataient aussi fort comme des éclairs, le roi continua de répondre aux assaillants, tranchant leur chair dès qu'ils faisaient mine d'approcher, tout en s'avançant sur la route, jusqu'à une voie jalonnée de hautes falaises. S'il parvenait à les dépasser, Levi s'avait qu'il rejoindrait sans problème le bastion de renforts qui les attendait à la frontière des terres sauvages.

Quelque chose craqua au-dessus de sa tête, et lorsqu'il se retourna, le roi vit cascader une avalanche de pierres sur lui, elles étaient suffisamment nombreuses pour lui bloquer la vue du soleil et de l'horizon.

A suivre…


Et c'est reparti pour un tour ! Je pense que ce cycle va durer moins d'une dizaine de chapitres, et que le prochain chapitre va tomber dans quelques semaines, si tout va bien. Que les dieux me soient cléments !

Ah, et vous voulez suivre mes aventures de manière un peu plus rapprochée, ou simplement me harceler pour que j'écrive plus vite, j'ai un compte Insta où je partage mes lectures et créations. Mon nom est J_savra. (´ε` ) Au plaisir de vous y retrouver !

A bientôt !