23/06/2007 : Hin hin hin…


« Harry ! Attends, s'il te plaît ! » Remus sentit son cœur se briser à voir l'homme, l'enfant, la chose sans vie continuer son chemin. « Harry, dis quelque chose ! »

Le garçon posa son pied sur la première marche. Remus fit mine de le rattraper, mais un long cri furieux l'arrêta. Une chouette blanche s'était posée sur le pommeau de la rampe, et ses yeux flamboyants défiaient quiconque d'approcher davantage. Son maître disparut dans les étages.


Chapitre 21 : In Memoriam

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Le réseau de cheminette entre Grimmaurd Place et le Terrier avait été ouvert de façon continue tôt le matin du 31 décembre pour permettre à Molly Weasley et aux autres membres de la famille d'aider à la préparation du Nouvel An. Molly Weasley avait fourni le gros des efforts culinaires, et la cuisine du Terrier débordait de pâtés, de tourtes et de gâteaux en tout genre. Bill et Charly étaient en train d'agencer les tables à Londres pour permettre à la quarantaine de membres de l'Ordre d'évoluer à l'aise au milieu du buffet gigantesque de leur mère. Arthur était au Ministère où il tentait de limiter la casse après son passage à Privet Drive. Ginny n'avait pas bougé de sa chambre depuis cinq jours, Molly reprisait les habits de fête de la famille, Hermione était sous la douche et les jumeaux vendaient quelques articles de dernières minutes aux fêtards procrastinateurs.

Parfait.

Ron profita de l'absence des uns et des autres pour se glisser dans la cheminée de la cuisine. Quelques secondes plus tard, il se retrouva dans celle de Grimmaurd Place et se faufila dans les étages sans susciter la moindre réaction de la part des sorciers présents, habitués à voir circuler des rouquins un peu partout depuis quelques heures. Ron sortit sa baguette et erra d'un couloir à l'autre à la recherche de sa cible. Sa mère refusait catégoriquement d'en parler au reste de l'Ordre pour ne pas aggraver le cas Potter, et ça le rendait fou de rage. C'était de sa famille dont on parlait ! Les sang-purs et leurs idées tordues rôdaient depuis trop longtemps autour d'elle, mais lui, Ronald Bilius Weasley, ne laisserait personne corrompre sa lignée avec des pensées sectaires et élitistes. Et si pour cela il devait se battre contre le grand, le sublime Harry Potter, il n'hésiterait pas une seconde.

Ron visita la maison des caves aux combles, heureusement inconscient du danger auquel il s'exposait. Si Grimmaurd n'avait pas été aussi occupée à torturer la quinzaine de sorciers autrement plus puissants que lui déjà présents, elle l'aurait certainement mis dehors - en plusieurs fois. Au détour d'un couloir, le jeune homme finit par tomber nez-à-nez avec ce qu'il cherchait.

« Potter ! »

Son ancien ami releva la tête, dévoilant un visage aussi triste que fatigué. Ron étouffa toute nostalgie en lui. Le sorcier qui lui faisait face n'avait plus rien à voir avec le garçon qu'il avait connu et affectionné autrefois. Le rouquin serra les dents et brandit sa baguette. Les yeux verts se firent très sombres.

« Ne bouge pas ou je te jure que je te balance un sort ! »

Une soudaine colère déforma le visage du sorcier, et Ron redressa les épaules, conscient de son importance. Harry Potter était encore mineur, contrairement à lui, et ne disposait pas encore de sa baguette. Harry Potter était à sa merci. L'admiration aveuglait peut-être les autres, mais pas lui. Lui connaissait le sorcier derrière les flashs et les applaudissements. Il savait que le garçon avait tué Quirrell. Il l'avait entendu parler fourchelangue. Il l'avait vu s'enfoncer dans les ténèbres de la Chambre. Il l'avait écouté hurler le nom de Cédric dans son sommeil. Bon dieu, il avait même regardé Voldemort à travers lui ! Ronald avait mûri depuis l'époque où son petit équivalent fonçait tête baissée dans n'importe quelle aventure, souvent à la suite de ce même sorcier. Aujourd'hui il savait ce qu'était la guerre. Il avait parlé pendant des heures avec Hermione des attraits de l'autre camp. La tentation le dégoûtait. L'homme qui lui faisait face et qui y avait cédé le dégoûtait.

« Tu fais pleurer Hermione », lâcha-t-il malgré lui.

L'autre eut le culot d'hausser les épaules. Le sol trembla imperceptiblement sous les pieds de Ron.

« Le succès t'est monté à la tête. Tu te crois invincible, mais regarde-toi ! Tu ne peux rien faire, même contre moi ! »

Les tableaux grincèrent, bercés par un souffle de vent intangible. Ron ignora la pression dans son cou. Les yeux verts du sorcier brillaient de haine, et lui-même ne demandait qu'à sortir de ses gonds. Il avait vu sa famille se déchirer en plein repas de Noël à cause de lui. Ils n'avaient parlé que de ça, d'Harry Potter, et les portes avaient claqué.

« Tu t'es laissé prendre, Potter, mais je ne te laisserai pas en entraîner d'autres avec toi. »

Un chandelier céda sous la pression et tomba au sol. Sa flamme résista quelques instants au charme d'ignifugation du tapis avant de disparaître dans un nuage de fumée âcre. Ron nota enfin les signes inquiétants de présence magique autour de lui. Il avait été élevé dans le monde sorcier et savait ce que cela signifiait : la maison faisait converger ses flux vers eux pour protéger son propriétaire.

C'était la guerre. « Astringo ! », cria Ron.

Potter tomba au sol, emberlificoté dans un filet invisible. Ron lui sauta dessus.

« Tu as blessé les trois femmes que j'aime le plus au monde », murmura-t-il à l'oreille du brun. « Ma mère et Hermione n'arrêtent pas de se lamenter à cause de toi. Je ne peux pas t'empêcher de continuer ton cirque avec la magie noire, mais je te jure que je te ferai payer si tu t'approches encore de Ginny. »

Le gryffondor resserra sa prise sur sa victime alors que le plancher ondulait dangereusement sous eux. « Passe encore que tu leur manques, mais ce que tu as fait à Ginny est inacceptable ! Tu l'as corrompue, Potter ! Ma petite sœur ! »

Ron dévia d'un coup de baguette bien ajusté le vase qui tentait de se fracasser sur son crâne. Les extrémités des tapis commençaient à se relever comme des têtes de cobra. Il serra le cou du sorcier et affronta son regard de tempête. « Je t'interdis de lui reparler. Si j'apprends que tu essayes encore de lui raconter je ne sais quelles conneries sur les sang-purs et la valeur des Arts Noirs, je te tue. »

Il asséna un coup de poing dans l'estomac du sorcier en guise de dissuasion et s'enfuit en courant.

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« Harry ? Il y a une réunion en bas. Nous aimerions que tu y participes. »

Remus sourit gentiment à la tête qui se relevait. Son geste ne suscita pas la plus petite réaction. Un visage de marbre aurait été plus expressif. Le sorcier attendit patiemment que le jeune homme prenne sa décision, mais il était sûr de déjà connaître la réponse. Harry était trop engagé et trop sérieux pour bouder sa première réunion officielle avec l'Ordre du Phénix. Et, de fait, le jeune sorcier s'extirpa de son fauteuil et suivit Remus hors de la bibliothèque.

Les deux hommes prirent le chemin du sous-sol dans lequel avait été aménagée une grande pièce pour l'entraînement de l'Ordre. Plusieurs sorciers y étaient assis par terre ou sur des divans et observaient une joute plutôt musclée entre Bill Weasley et Alastor Maugrey. Dumbledore et Snape discutaient plus loin, et ils tournèrent la tête à leur arrivée. Remus leur fit un signe de reconnaissance avant de mener Harry vers quelques chaises que l'on avait placées à l'écart. Le jeune sorcier ne montra pas la moindre curiosité pour la salle étrange dans laquelle ils se trouvaient. Grimmaurd l'avait sûrement déjà mis au courant de ce qu'elle contenait.

« Il y a beaucoup de nouveaux membres dans les rangs de l'Ordre. Dumbledore a tenu à ce que nous organisions un Nouvel An ici avec tout le groupe pour renforcer les liens entre nous. » Remus soupesa ses mots, pas franchement certain d'être en terrain neutre avec ce genre de sujet. « Harry, est-ce que tu devines pourquoi c'est aussi important ? »

Le jeune homme prostré sur sa chaise arqua un sourcil, premier signe corporel d'interaction avec le monde extérieur en presque trois jours. Remus prit ça comme un encouragement.

« La confiance est bien plus qu'un atout psychologique. Elle permet également à des sorciers suffisamment proches et qui se sentent dans le même camp de performer de la magie synchronique. La proximité émotionnelle engendre une résonance sympathique entre les magies et, grâce à elle, plusieurs sorciers peuvent combiner leurs énergies et créer de puissants sortilèges. C'est une magie très instable et dangereuse, mais c'est aussi une arme redoutablement efficace. »

Remus retira son pendentif en forme de flamme et le tendit au garçon. « Peu de gens peuvent prétendre à ce type de magie. Elle requiert une compréhension, pour ne pas dire une amitié, trop rarement atteinte entre les hommes. Si nous y avons accès ici, au sein de l'Ordre du Phénix, c'est parce que nous nous battons côte-à-côte depuis près d'un quart de siècle en partageant les mêmes idées, les mêmes souffrances, et les mêmes espoirs. »

Ce n'était plus tout à fait vrai, mais Remus s'abstint de formuler cette pensée à voix haute pour ne pas fausser le message qu'il essayait de faire passer. Devant eux, Maugrey, Bill, Charly, Shacklebolt et Vance avaient formé une ronde et tendu leurs baguettes. Un nuage argenté d'une incroyable densité magique se forma au cœur du cercle et persista quelques secondes avant de disparaître. Maugrey ne sembla pas satisfait du résultat et cria après Bill et Charly qui bavardaient.

« Ils essayent de créer un Patronus. C'est l'un des charmes les plus difficiles à exécuter en synchronie car il est par nature très personnel », expliqua Remus à voix basse. « Bill et Charly excellent dans cet exercice grâce à leur grande fratrie. Les Weasley sont des naturels car ils vivent en promiscuité avec d'autres sorciers depuis toujours et sont habitués à interagir les uns avec les autres. Emeline est fille unique, et elle a mis des années à prendre le tour de main. Elle commence à peine à pouvoir participer aux tentatives à plus de trois. »

Le regard du jeune homme se déporta vers Dumbledore et Snape qui observaient l'entraînement. Remus saisit l'interrogation muette.

« Snape est un espion, Harry. Un échange d'énergie tel que la magie synchronique laisse des traces dans la signature magique d'un sorcier. S'il se faisait prendre avec, les mangemorts sauraient aussitôt qu'il est un traître car on ne peut pas simuler une sympathie entre magies. » Ce qui constituait en retour un excellent alibi pour s'abstenir de tester la sympathie entre le maître des potions et eux, mais ce n'était pas la question, songea Remus.

« Quant à Dumbledore, aucun d'entre nous n'est simplement capable d'entrer en résonance avec lui. Il est au-delà de notre compréhension. La seule chose que nous puissions performer avec lui est une sorte de magie catalytique. »

Remus frissonna en visionnant involontairement la situation d'urgence absolue qui les avait poussés à pratiquer cette magie bien des années plus tôt. « Le sorcier le plus puissant draine la magie des autres et peut la soumettre à sa volonté si les Donneurss'abandonnent à lui. » Il renonça à s'expliquer davantage. Jamais de sa vie il n'avait eu aussi peur que cette nuit-là, quand il avait senti sa magie lui être retirée. Le visage de Dumbledore, défiguré par le pouvoir surhumain qui l'habitait, hantait encore ses cauchemars. Aucun des Donneursprésents ce soir-là n'en avait jamais reparlé. Dumbledore lui-même s'abstenait d'évoquer cette mission.

Vance se fit brusquement éjectée du cercle et atterrit en douceur sur les coussins que le directeur invoqua dans un timing parfait. Remus la désigna à Harry.

« Maugrey est un excellent leader pour ce genre de performance parce que même lorsqu'il crie et perd patience, il ne juge pas ses collègues. Il ne réclame d'eux qu'une seule chose : qu'ils progressent. Sa magie reste ainsi accessible aux autres participants. Mais son caractère a tendance à en mettre certains en boule, et Emeline monte facilement sur ses grands chevaux. Dès qu'elle se referme, elle se rend inaccessible et met en danger ceux qui se battent à ses côtés. Elle se fait alors rejeter par la magie du groupe qui l'analyse comme un élément perturbateur. »

Remus se tourna vers le jeune homme. « Je pense que tu vois où je veux en venir. La magie synchronique est notre meilleure arme, Harry. Je comprends que tu sois en colère, et je… je crois que je peux comprendre aussi ce qui t'a poussé à t'éloigner de nous. Mais ne pars pas trop loin. Tu te condamnes en faisant ça. » Le sorcier posa une main sur l'épaule de son ancien étudiant. « Harry, les mangemorts ont encore moins accès que nous à cette forme de magie. Ils sont incapables de se faire confiance, et leurs ambitions personnelles les bloquent à toute sympathie possible. C'est le plus gros avantage que nous ayons sur eux. »

La lueur de défi dans les yeux du jeune homme n'était que trop explicite. Le garçon était persuadé qu'il était seul et qu'il le serait encore le jour où son chemin croiserait une ultime fois celui de Voldemort. Remus voyait mal comment le contredire. Il ne savait pas comment expliquer au garçon qu'ils devaient aller ensemble au combat. Il ne trouvait pas d'argument pour justifier cette certitude, et ça le terrorisait. Parce que Voldemort était un ennemi comme on en trouvait peu dans l'histoire. Et pour lui faire face, il fallait bien plus qu'un adolescent entraîné pendant ses vacances dans les sous-sols d'une baraque londonienne acariâtre. Il fallait quelque chose dont Remus n'avait pas la plus petite idée.

« Harry… Est-ce que tu te souviens de la conversation que nous avons eu cet été, toi et moi ? C'était… à propos de la magie noire. » Remus se mit en quête d'un mouchoir dans l'une de ses poches pour échapper au regard de feu du garçon. Le loup était terriblement nerveux. Il n'aimait pas qu'on le dévisage de cette façon. Comme un égal. Ou pire, comme une proie.

« Si je t'en parle, c'est parce qu'il apparaît que tu l'as fréquentée, et je suis curieux de savoir ce que tu en as compris. Je ne peux pas approuver cette recherche, mais maintenant que c'est fait, en parler pourrait te faire du bien. Je pourrais peut-être t'aider ou simplement te faire part de mon opinion… » Remus ne trouvait plus ses mots. Il essuya distraitement une goutte de sueur à sa tempe. Des ombres noires dansaient devant ses yeux. Le loup revenait. Remus secoua la tête. Le loup n'aurait jamais dû se trouver ici, à deux semaines de la pleine lune, alors que des particules de potion tue-loup circulaient encore dans son sang.

« Je me fais du souci pour toi. Les Arts Noirs sont une drogue, je te l'ai déjà dit. Ils polluent leurs adeptes, ils les leurrent ! Et quand tu veux faire demi-tour, quand tu réalises enfin leur vraie nature, il est trop tard. »

Merde, d'où venait cet accent de panique dans sa voix ? Remus lança un appel muet vers Dumbledore qui ne le regardait pas. « Tu connais ma condition, Harry. Tu peux me croire quand je te dis que je sais mieux que quiconque ce que ces pulsions occasionnent. Quelle que soit ta volonté, tu ne peux pas leur résister. Une fois qu'il est là, tu ne peux plus lutter contre le monstre qui est en toi. »

Le sorcier leva des yeux horrifiés vers Harry. Le silence du garçon vibrait de colère. Remus ne savait pas pourquoi il continuait à lui dire de telles choses. Il ne parvenait simplement pas à se taire. Deux yeux jaunes brillaient dans la pénombre de son esprit. « Tu dois t'arrêter maintenant ou tu vas te détruire. Et tu n'as pas le droit d'aller jusque là, Harry. Trop de gens se sont sacrifiés pour que tu vives. Il n'y a pas que Sirius ou les Aurors qui te protègent, il y a aussi tes parents. Harry, je sais que tu ne les as pas connus, mais ton papa et ta maman ont donné leurs vies contre la tienne. Tu dois respecter ce geste ! »

« J'aurais préféré mourir avec eux. »

La gifle partit sans qu'il en ait vraiment conscience. Il y eut un bruit sourd, puis plus rien.

Il n'avait pas voulu blesser ou faire mal. Il avait mis juste assez de force pour que le garçon revienne à la raison. Que les morts ne soient pas partis en vain et que sa vie brisée garde un sens. Il l'avait giflé comme il aurait pu le prendre dans ses bras, une caresse d'émotions fiévreuses, mais le garçon était tombé à la renverse et toutes les conversations autour d'eux s'étaient arrêtées.

Remus regarda avec horreur le garçon se relever en se tenant la joue. La surprise céda lentement la place aux larmes, et les yeux verts restèrent suspendus de longues secondes au bord du précipice. Remus ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Les émotions refluèrent sur le visage du garçon. Il ne demeura plus qu'un éclat de fureur au fond des pupilles dilatées. L'espace d'une seconde, Remus crut voir quelque chose de différent, et il comprit pourquoi il avait attaqué. Le garçon était l'Ombre. Il transportait avec lui une part de ténèbres qui nourrissait le loup et faisait perdre le contrôle à l'homme.

« Vous, vous n'avez pas l'autorisation de me frapper, loup-garou ! »

Il y avait de la haine dans ce cri. Remus ne réagit pas, encore sous le choc de sa brève hallucination. Il y eut un adieu dans la façon dont le jeune homme se détourna de lui. Personne ne s'y trompa et Shacklebolt se précipita pour intercepter le sorcier avant qu'il ne sorte.

« Harry, attends ! » L'homme saisit le garçon par les épaules et le força à faire demi-tour. « Harry, ne fais pas l'enfant ! Je pense qu… » Le sorcier n'acheva pas sa phrase, frappé à la mâchoire par un puissant crochet de poing. Malgré sa taille imposante, Kinsley Shacklebolt trébucha.

Harry Potter redressa le menton avec morgue et défia l'assemblée. « Je ne suis pas un enfant sur lequel vous pouvez taper pour le punir et le faire changer d'opinion. Je suis un homme ! Si vous n'êtes pas d'accord avec moi, alors affrontez-moi ! Mais ne vous avisez jamais, jamais, de reposer la main sur moi ! »

« Harry, je crois… »

« Oui ? », siffla le jeune homme à l'intention du nouveau membre de l'Ordre qui avait pris la parole. « Allez-y, dites-moi, je sens que ça m'intéresse ! »

Ephraïm O'Rourke fit la grimace. « Je crois que vous feriez bien de vous calmer, pour commencer. »

« Je suis chez moi ! Je n'ai d'ordre à recevoir de personne ! »

Ephraïm se rapprocha. Il faisait partie de la nouvelle génération qui avait massivement voté pour punir le garçon. Ephraïm avait perdu un amant dans une mission du Ministère sur le continent, et il en gardait une haine farouche pour à peu près tout ce qui n'allait pas dans son sens. « Reprenez vos esprits, Potter ! Vous ne pouvez pas manquer de respect à vos aînés de cette façon ! »

« Et bien regardez-moi ! »

Et sous les yeux des sorciers ébahis, le jeune homme se jeta sur O'Rourke et lui serra le cou d'une main en lui martelant les côtes de l'autre. Ephraïm tomba à la renverse et Harry le suivit au sol sans desserrer sa prise.

Bill fut le premier à sortir de son ahurissement, et il se rua vers Harry pour lui faire lâcher prise. O'Rourke s'asphyxiait gentiment sous la prise du garçon. L'aîné de la fratrie Weasley dut employer toute sa force pour écarter les mains du sorcier. Harry poussa un hurlement de colère et se débattit contre les bras puissants qui le tenaient fermement. Le garçon était chétif, mais sa fureur palliait sa faiblesse physique.

« Lâche-moi ! Lâche-moi ! »

Le garçon aboyait des insultes d'une rare grossièreté tout en agitant les jambes dans l'espoir de l'atteindre. Maugrey et les autres criaient aussi, et dans la bousculade le garçon lui glissa des bras. Bill l'agrippa pour éviter qu'il ne se blesse, et il se retrouva face à un visage contorsionné par la rage. Avec un sourire sournois, Harry lui asséna un coup de tête magistral qui l'aveugla momentanément. Lorsque Bill rouvrit les yeux, le garçon avait sauté sur le dos d'Ephraïm revenu dans la mêlée, et il rendait coup sur coup avec une vigueur insoupçonnable pour un corps aussi malingre.

Le violent coup de tête donné à Bill avait ouvert le nez d'Harry. Remus sortit enfin de sa transe en voyant le sang ruisseler sur sa figure. « Harry ! »

Le gosse hurlait et sifflait en fourchelangue tout en frappant tout ce qui lui passait à portée de main. O'Rourke était solide. Il s'était relevé et répondait à son agresseur sans se soucier des conséquences. Remus projeta toute sa magie sur la maison pour l'obliger à séparer les assaillants. Grimmaurd ne l'aimait pas, mais elle était de droit sa propriété et ne pouvait simplement l'ignorer. Harry et Ephraïm furent brutalement remis debout par une main invisible, et les sorciers qui vociféraient autour d'eux furent repoussés quelques pas en arrière.

Ça ne fit pas perdre son entrain au jeune homme qui se mit à sautiller d'un pied sur l'autre. « C'est quoi votre problème ? Allez-y, parlez ! Ou venez vous battre en hommes ! »

Ephraïm fit mine d'avancer vers lui, mais Maugrey l'attrapa par le col et le plaqua au mur d'un coup de baguette. Quelque chose dans le rire du jeune homme annonçait qu'une partie de lui était passée au-delà du point de sanité. Il les provoquait délibérément. Il les haïssait. Les sorciers s'entre-regardèrent sans oser agir. Immobiliser le garçon avec la magie reviendrait à l'humilier une fois de plus, et ça n'était certainement pas la solution.

De nouveaux cris se firent entendre alors que les autres membres de l'Ordre présents dans Grimmaurd arrivaient en courant. Harry avança au centre de la pièce et sautilla le long d'un cercle imaginaire en narguant chaque visage qui se présentait à lui. Ses poings étaient levés comme ceux d'un boxer moldu. Son pull maintenant déchiré révélait une silhouette frêle qu'une seule manchette puissante aurait pu casser en deux. La situation aurait été ridicule si les yeux verts perdus n'avaient pas reflété le drame terrible qui se jouait pour l'adolescent.

« Regardez-vous ! », siffla-t-il avec mépris. « Vous n'êtes pas des hommes ! Vous n'êtes rien sans vos baguettes, sans vos fichus sorts, sans vos putain d'Impardonnables, rien ! Vous ne savez plus penser, vous ne savez plus rien voir en dehors de votre prochaine malédiction ! Vous êtes indignes ! »

Ses paroles n'avaient pas vraiment de sens pour eux, mais le mot indigne réveilla de vieilles colères dans l'assistance. Le plus farouche partisan de ce type de vocabulaire était le Mage Noir.

Charly sentit le danger et s'avança vers le jeune homme. Remus lui en fut reconnaissant. Le travail du rouquin auprès des dragons était très physique, et Charly alliait une force prodigieuse à des réflexes de serpent. Il ne risquait pas grand-chose et, surtout, il ne ferait pas de mal au garçon. Harry essuya avec sa manche le sang qui continuait à couler de son nez et observa son adversaire sur le qui-vive. Charly s'approcha d'un pas tranquille, habitué à gérer des animaux en crise. Mais les bébés dragons dont il s'occupait ne rivalisaient pas avec un homme humilié. Harry lui échappa et lui tourna autour en jouant des pieds et des poings. Le gosse frappait fort. Charly se décida à exécuter une brusque torsion pour attraper le jeune homme par le bras. Mais au lieu de chercher à fuir comme l'aurait fait un animal, le sorcier se jeta dans son étreinte et lui mordit sauvagement l'épaule. Charly poussa un cri et lâcha prise. Le jeune homme en profita pour lui décrocher un coup de genou dans l'entrejambe. Bill tenta d'approcher Harry dans son dos pendant que son frère au sol gémissait de douleur, mais Harry le sentit venir et balança son pied vers l'arrière. Le coup atteignit Bill en plein plexus solaire, et l'homme tituba, le souffle coupé. Toute idée de ridicule quitta les sorciers qui assistaient, médusés, au spectacle. Le gosse n'en était certainement pas à sa première bagarre.

Un cri aigu se fit entendre près de la porte. Molly Weasley avait porté les mains à sa bouche et observait la scène sans en croire ses yeux. Charly se releva et lui fit signe de ne pas s'impliquer, mais sa mère ne l'entendait pas de cette oreille. « Mais… Mais qu'est-ce qui se passe ici ! »

Harry avait repris ses sautillements et guettait chaque geste de Charly, visiblement très satisfait de lui-même. « Harry ! », cria Mme Weasley avec indignation. « Qu'est-ce que tu fais ? »

« Je mets une branlée à mon frangin, maman. » Le venin contenu dans ces mots aurait pu venir à bout d'un régiment de mangemorts. Molly Weasley en perdit la voix.

Le sang continuait de couler sur le menton du garçon alors qu'il invectivait son adversaire. Dumbledore, qui n'avait pas bougé depuis le début de la bagarre, pointa sa baguette vers le jeune homme et murmura un charme de guérison. Le sang cessa de ruisseler des narines du garçon. Harry se figea avant de siffler une longue note menaçante vers le directeur. Sa fureur sembla grimper à son paroxysme. Il pointa un doigt accusateur vers le sorcier.

« Personne ne vous a rien demandé, vieil homme ! »

Les adultes le regardèrent avec horreur saisir l'une des chaises et donner un grand coup de tête contre l'arête du dossier. Son nez se cassa définitivement avec un crac horrible. Le sang se remit à couler, et le jeune homme reprit sa danse de combat d'un pas mal assuré. « Et c'est reparti ! », s'écria-t-il joyeusement.

McGonagall arriva dans la tourmente et resta un instant immobile, déchirée entre l'incrédulité, la colère et l'inquiétude. « Mr Potter ! », hurla-t-elle. « Mr Potter ! Arrêtez ça tout de suite ! Ce ne sont pas des façons ! Je-je vous interdis de vous battre comme un moldu ! »

« T'as raison », ricana le jeune homme sans s'arrêter de cercler Charly. « Vaut mieux apprendre à tuer avec sa baguette, c'est plus propre. »

Charly choisit ce moment pour se jeter sur lui et le plaquer au sol de tout son poids. Les adultes crurent une seconde que c'était enfin fini, puis Charly fut brusquement retourné, et il ne para que de justesse un coude vicieux qui visait la figure. Son opposant se rétablit sur ses pieds d'un bon impressionnant et chargea.

« Harry ! Harry, je ne veux pas te faire de mal ! » Charly était désemparé, et les sorciers autour lançaient des regards désespérés vers Maugrey et Lupin pour qu'ils fassent quelque chose. Le garçon n'aurait pas dû se relever. A présent il esquivait les tentatives du rouquin avec une agilité inquiétante, et ses coups devenaient anormalement précis. Sa magie se mêlait au combat. Le spectre de l'Inhibateur s'invitait à la fête.

« Harry ! » Charly supplia alors que le garçon lui tordait le bras et le projetait au sol. Bill et les autres s'avancèrent, mais une force inconnue les bloqua à quelques pas des deux hommes.

« Harry ! » Charly avait mal à présent, et le regard fou du garçon lui donnait des sueurs froides. Ce n'était pas un animal blessé mais un prédateur. Le jeune homme semblait inconscient des cris hystériques tout autour de lui. Sa prise se raffermit autour du bras du sorcier, et il tourna lentement jusqu'à faire hurler son adversaire. L'insanité brûlait dans ses yeux. Il voulait faire mal.

« Harry… » Le visage de Charly pâlit sous la douleur, formant un contraste saisissant avec ses tâches de rousseur. La tête lui tournait. Sa voix monta dans les aigus. « Harry… »

Chacun retint son souffle. L'étreinte se desserra brutalement et le jeune homme recula. « Il est mort. »

« Q-quoi ? »

Le sorcier aux yeux verts posa sur Charly son regard implacable. Il n'avait pas besoin de baguette. Sa magie vibrait autour de lui, noire, dangereuse. Les objets tressautèrent dans la pièce. Un sifflement lointain, furieux, résonna aux oreilles des sorciers apeurés. Certains sortirent en courant, d'autres lancèrent des charmes de protection, mais Harry ne semblait pas s'en soucier. Ses yeux roulaient dans leurs orbites. Il ouvrit les bras et prit une grande inspiration. Des sifflements menaçants s'échappèrent de sa bouche.

Libéré de la force qui l'avait retenu jusqu'alors, Bill ceintura son frère et le tira loin du sorcier.

« Sortez de là ! Sortez de là ! », s'époumona Maugrey, mais la plupart des adultes encore présents ne pouvaient simplement pas détacher leurs yeux du spectacle incroyable que constituait ce puissant sorcier en pleine Extériorisation. Des jets d'énergie jaillissaient de lui et formaient un halo sombre de colère trop contenue autour de sa silhouette rendue formidable par la transe qui l'habitait. Harry criait, il crachait sa peine et sa haine, il allait les attaquer, il ne pouvait simplement plus se contenir ! Les ombres qui couraient autour de lui importaient peu, vermisseaux ! Tue, écrase, venge-toi !

« Harry », murmura Dumbledore. Le mot glissa dans la pièce comme une comète dans un ciel sans étoiles.

Harry renversa la tête et hurla. Puis il plaqua ses mains contre le mur et y éjacula sa magie en rugissant comme un enragé, se vidant jusqu'à ce que respirer cesse de faire mal.

Grimmaurd tanga.

Un instant tout sembla rentrer dans l'ordre, puis les chandeliers s'éteignirent, les portes se mirent à claquer, les tableaux se réveillèrent, les fantômes se déchaînèrent, les murs se déformèrent sous l'afflux de magie sauvage qui les traversait, et chaque objet ensorcelé, chaque parcelle de vie qui habitait la demeure entra en rébellion. Le vacarme pandémoniaque qui s'en suivit perdura de longues minutes, et lorsqu'il décrut enfin les sorciers réalisèrent qu'ils s'étaient jetés au sol et criaient à pleins poumons.

Chacun se releva en inspectant les autres, un peu surpris de ne trouver ni dégâts ni cadavre tout autour. Finalement tous les regards se tournèrent vers le coin de la pièce où une forme pâle était recroquevillée.

Le garçon tremblait de la tête au pied et agrippait comme une bouée de sauvetage son t-shirt trop grand imbibé de sang. Sa magie circulait dans les murs de Grimmaurd, et il restait sans défense. Il n'était plus rien qu'un enfant maigre au bord de l'épuisement. Ses yeux brillaient encore, mais on ne pouvait y voir qu'une absence fiévreuse. Charly s'agenouilla à quelques mètres de lui. « Harry, est-ce que ça va ? »

Derrière lui les sorciers formèrent un demi-cercle de visages angoissés et inquiets. D'autres étaient furieux. Harry leur lança un regard qu'il voulait menaçant, mais sa douleur trop visible rendait vaine la tentative.

« Inutile de me regarder comme ça, je sais ce que vous pensez. Je sais ce que vous allez dire ! Vous allez dire que vous êtes scandalisés, que mon père n'aurait jamais fait ça, que ma mère serait déçue, et que quand vous pensez à tout ce que vous avez fait pour moi ! » Le garçon se releva difficilement. « Et vous allez dire que vous ne comprenez pas, que nous sommes une famille… » Harry ricana. « Ma putain de famille ! »

« Harry… »

« Il est mort ! » Le garçon retrouvait un peu de sa rage. « Et vous n'étiez pas là quand ça s'est produit ! Où est-ce que vous étiez quand il avait froid ? Quand il avait peur ? Quand personne ne voulait jouer avec lui à l'école ? Vous n'êtes pas ma famille ! Vous n'êtes pas mes alliés ! Je ne suis là que par hasard, juste le temps de votre prophétie ! Alors laissez-moi passer en paix ! »

Le jeune homme fendit leurs rangs et atteignit la porte. Elle lui claqua au nez.

« Harry, reste-là. » Remus regarda l'adolescent se retourner et pria pour que tout l'amour qu'il ressentait pour le garçon se lise sur son visage. Il ne pouvait pas le laisser partir et se persuader une seule seconde qu'il avait raison, qu'ils ne voyaient en lui qu'un intérêt stratégique.

Les gonds de la porte grincèrent. Remus se concentra pour la maintenir en place. Une pression formidable s'abattit sur lui : Harry ordonnait à Grimmaurd de le laisser sortir. Remus serra les dents et s'arc-bouta contre la volonté qui le défiait. Le garçon, aussi puissant soit-il, n'était encore qu'un adolescent qui plus est magiquement exténué. Remus poussa un peu plus avec assurance et son esprit heurta quelque chose. C'était froid. C'était immense. Ça ricanait en l'observant avec hauteur. Et ça l'envoya rouler dans la pièce d'une simple pichenette.

Les battants de la porte se fracassèrent contre leurs montants. Harry gloussa. « On dirait que Grim a choisi son camp. »

« Harry, attends ! Ecoute-nous au moins ! »

« Harry est mort », répondit simplement le garçon.

« Mais alors qui êtes-vous ? » demanda ingénument une jeune recrue.

Le sorcier lui sourit avec insolence. « Vous devriez me reconnaître. Je suis Harry Potter. Il y avait un Harry autrefois… Il me manque. Et à vous aussi, il va manquer. »

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Personne n'osa prendre la parole après le départ du sorcier. La pièce ne résonna longtemps que du bruit des chaises que l'on remettait en place et des petits sorts pour refermer les éraflures que Molly Weasley appliquait à tout le monde. Remus contemplait toujours la porte par laquelle Harry avait disparu.

« Je n'ai plus le contrôle de la maison », constata-t-il d'une voix blanche. « Grimmaurd a absorbé sa magie. Sa puissance est actuellement phénoménale, et elle n'obéit plus qu'à lui. »

Emeline Vance fixait elle aussi l'entrée de la salle. « Vous avez vu ça ? Il aurait pu nous blesser ! Ou pire ! »

« Bien vrai », grincha Maugrey. « Et ça n'avait pas l'air de l'effrayer. »

La remarque provocatrice du vieil Auror visait Dumbledore. Snape et lui n'avaient pas bougé tout le temps de l'incident. Remus soupçonnait le vieil homme d'être à l'origine du champ de force qui les avait empêchés d'intervenir entre Charly et Harry. Le visage du vieillard ne trahissait aucune émotion.

« Il en avait envie, c'est certain », dit-il d'un ton sec à l'assemblée qui le dévisageait. « Mais il ne l'a pas fait. »

Le directeur s'éloigna sur cette remarque aux implications sibyllines, et son expression laissait clairement entendre qu'il n'avait pas l'intention de s'expliquer.

« M-mais… » bégaya Emeline, « vous croyez que c'est prudent de rester tous ici ce soir avec lui ? »

« Harry ne laissera pas Grimmaurd nous faire de mal », répliqua Dumbledore d'un ton sans appel, ignorant les visages dubitatifs ou apeurés qu'il laissait derrière lui.

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Charly s'appuya contre le chambranle de la cuisine et grimaça en réalisant la taille du chaudron de punch que sa mère voulait qu'il ramène au salon. Il n'avait rien dit pour ne pas charger Harry, mais il était courbaturé de partout. Et le fait est qu'entre son dos qui renâclait à exécuter les mouvements les plus simples et Grimmaurd qui interférait avec les sorts – surtout ceux qui impliquaient la lévitation d'objets fragiles – il ne voyait pas comment remplir à bien sa mission. Charly dégagea le couvercle du chaudron et plongea une louche dans la mixture orange pour se donner du courage. Ce qu'il en remonta annula un peu trop brutalement à son goût l'effet des deux bières et du verre de whisky refilés en douce par Bill et Maugrey.

Une blatte de la taille d'un doigt s'agitait dans le fond de la louche.

Charly la fit tomber à terre avec une grimace de dégoût et abattit son pied sur elle. Sa chaussure resta en suspension à quelques millimètres du sol comme posée sur un livre invisible et la blatte en profita pour se carapater entre deux meubles. Un souffle froid caressa le dos du sorcier. Charly frissonna. Il y avait une très légère vibration dans l'air. Le rouquin lâcha la louche et bondit pour s'écarter de la paillasse contre laquelle il s'appuyait. La cuisine toute entière le fixait. Et les fourchettes abandonnées sur l'établi figuraient assez bien un sourire macabre.

Au même instant dans les toilettes du deuxième étage, Emeline Vance apprenait de façon empirique pourquoi est-ce qu'il fallait toujours regarder sous la lunette avant de s'installer. La sorcière débraillée jaillit en hurlant de la salle de bain, poursuivie par une marée de cafards dont on pouvait légitimement se demander d'où elle provenait dans un espace ne comprenant aucun interstice de taille à supporter une telle invasion en quelques secondes.

Le cri de Vance fit écho à celui de Tonks, acculée dans son placard à vêtements par le bras fantomatique de Bergamote Bénévolence Black, en ballottage pour le titre de plus redoutable déchet ectoplasmique de tout l'underground londonien avec son cousin au cinquième degré (littéralement - il était mort dans un incendie) Belzème Béloni Black, lequel se chargeait présentement de faire passer toute envie de picoler à Mundungus qui s'était glissé dans la cave à vin.

Dans un même élan, sauveteurs et victimes se précipitèrent vers les escaliers pour constater que les marches en avaient disparu. Tonks arriva malheureusement à cette conclusion une seconde après les autres. Emportée dans sa course, la sorcière se retourna à moitié dans le vide et sa main agrippa in extremis le rebord où aurait dû se trouver la première marche. Au rez-de-chaussée, Jeanne et Arc'hantaël hurlèrent.

Les cinq mètres sous plafond de Grimmaurd semblèrent se grandir sous l'action conjuguée du corps gigotant suspendu dans le vide et du ricanement d'outre-tombe de l'esprit frappeur qui approchait. Des sorts de soutien fusèrent, mais, déviés par la maison, ils devenaient dangereux pour Tonks et Remus ordonna à chacun de s'arrêter. La jeune femme ne dût son salut qu'à Hagrid et aux frères Weasley qui se résignèrent à faire une échelle humaine pour aller la chercher pendant que Snape maintenait Bergamote Black à distance. Son sort à la limite de la légalité trouva complaisance auprès de la maison, mais tout le monde n'avait malheureusement pas le talent du maître des potions.

Les cris continuaient à jaillir d'un peu partout, des étages où les meubles prenaient vie et laissaient échapper de leurs tiroirs des doxies déchaînés, au jardin où mêmes les plantes inoffensives se découvraient une passion pour les doigts de pieds humains. Tant bien que mal, montés sur des balais ou serrant les fesses, tout le monde se retrouva dans le salon et laissa libre cours à ses lamentations. Hermione, fraîchement débarquée avec le reste de la tribu Weasley, tira la manche de Remus qui tenait toujours Tonks dans ses bras.

« Remus, o-où est le Chat ? »

Remus suivit le regard inquiet de la jeune femme et ses yeux tombèrent sur un socle vide dans la véranda, lequel soutenait encore quelques heures auparavant la statue d'un gigantesque félin de bronze. Sirius l'avait surnommé 'le Chat' par dérision. 'Le Monstre' aurait plus simplement suffi. Les cheveux de Tonks verdirent.

« Remus, je te préviens, il se pourrait que je panique. »

McGonagall se métamorphosa soudainement et feula en direction de l'une des portes du salon restée entrouverte. Les oreilles plaquées contre son crâne et la queue hérissée, la chatte poussa un long râle de défi.

« Je panique », annonça Tonks en reculant.

« Il est un peu tôt pour ça, Nymphadora », remarqua la voix calme du directeur. Dumbledore s'avança vers eux d'un pas tranquille, visiblement peu touché par les soubresauts de Grim. Molly et Arc'hantaël l'agrippèrent chacune par un bras, au bord des larmes.

« Je croyais que l'on n'avait rien à craindre ? », vociféra la voix hystérique d'Emeline Vance, toujours bloquée au deuxième étage avec l'armée grouillante à ses trousses. Dumbledore fit léviter la sorcière sans difficulté par-dessus la rambarde de la cage d'escalier. Vance atterrit en douceur à côté du vieil homme. « Des milliers ! Des millions ! Et cette… maison ! Je refuse de rester ici ! »

« Emeline, calmez-vous », la sermonna doucement Dumbledore. « Ce ne sont que des incidents. »

« Des incidents ? Vous trouvez qu'une culotte pleine de cafards… »

« Emeline a raison, Albus », coupa Tonks. « J'ai vu des esprits frappeurs ! Ici ! »

« Mon armoire à glace m'a attaqué ! »

« Mundungus manque à l'appel ! »

« Le Chat a disparu ! »

Dumbledore leva une main pour couper court au flot de récriminations, mais l'explosion de l'une des tables l'empêcha de donner son avis. Molly poussa un cri désespéré. Le buffet de desserts qu'elle avait dressé avec amour – de quoi assurer la retraite de la moitié des dentistes de la ville – était en feu. Sa pièce maîtresse, un phénix de sorbets orange-framboise-citron, fit un instant sensation avant de se décomposer et d'achever sa vie dans le chocolat désormais liquide de la forêt noire la plus proche. Les étalages d'éclairs gorgés de crème dégoulinèrent et entraînèrent dans leur course épaisse les bols remplis de sucreries et de chouquettes. Le reste n'était déjà plus reconnaissable.

Une seconde table explosa.

« Merde… », murmura judicieusement quelqu'un.

C'était celle des alcools, garnie par les soins de Maugrey et Mundungus. A 40 degrés minimum, les flammes prirent une teinte verte du plus bel effet et s'élevèrent au dessus des sorciers. Le vacarme repartit à plein volume malgré les rappels de Dumbledore, mais les contre-sorts lancés ne servirent qu'à exciter les flammes. Le feu gagna jusqu'au reste du buffet de Molly. Les lambris du salon ne semblaient pourtant pas touchés par l'incendie. Et, comme par hasard, le feu s'éteignit de lui-même lorsqu'il ne resta plus un seul croûton de pain comestible.

Les sorciers contemplèrent le carnage, atterrés. La scène n'avait duré que quelques secondes, et pourtant il ne restait plus que des piles de cendres fumantes sur des tapis intacts et la sensation dérangeante que quelqu'un riait quelque part.

« Des incidents, hein ? », susurra Vance en prenant Molly dans ses bras.

Pour une fois, Dumbledore semblait perdu. On aurait dit que les tables incendiées ne parvenaient pas à trouver leur place dans son esprit. « Alastor », murmura-t-il, « où est Harry ? »

Le vieil Auror leva la tête et balaya les étages de Grimmaurd de son œil magique. Il s'était attendu à de la résistance, mais la maison le laissa faire en gloussant. Très fière d'elle-même, elle accepta de se faire scanner jusque dans ses moindres recoins. Maugrey pâlit. « Il n'est pas là. Il est parti. »

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Il avait quitté la maison à regret. Grim et son parrain se confondaient dans son esprit. Deux gros chiens hirsutes au passé louche et prêts à tout pour le protéger. La maison aurait probablement tué Ron s'il n'avait pas usé de toute son énergie pour la contenir. Grim l'avait regardé partir en gémissant, partagée entre la douleur de sa soudaine affection et la perspective alléchante de rester seule avec l'Ordre du Phénix pour le Nouvel An. Elle mijotait quelque chose, il en était certain, mais il n'avait plus de force pour les scrupules. Qu'ils se débrouillent seuls. Il ne pouvait pas tout faire.

Dobby l'avait rejoint dehors et l'avait aidé à Apparaître. Puis l'elfe l'avait serré dans ses bras et était reparti sans un mot. Sa bouche se refusant à l'effort, le sorcier l'avait mentalement remercié. Sans lui, il n'aurait jamais trouvé cet endroit.

Harry se tenait seul sur un tertre exposé au vent glacial de l'hiver. Autour de lui l'Angleterre et le monde s'apprêtaient à fêter la nouvelle année. Il y aurait des promesses futiles et des projets irréalistes, des embrassades et des toasts, toute une cérémonie à la gloire de l'espoir vain des hommes. Il n'y aurait rien de tout cela ici. Godric's Hollow s'étendait à ses pieds, petit village du Derbyshire calfeutré entre deux collines aux pentes douces. Une quinzaine de maisons sans lampions ni feu de bois. Ses habitants avaient déserté le lieu.

Il s'avança sur le chemin de terre défoncé par la pluie et les ans. Les murs noirs gorgés d'humidité supportaient à grand-peine leur triste histoire. Harry la connaissait déjà. C'était celle d'un meurtre et d'une malédiction. Les voisins, ses voisins, avaient fui, abandonnant leur petite vie paisible pour s'enfoncer dans le vaste monde, dans la grisaille anonyme des villes ou la pesanteur des campagnes dont on ne porte pas le nom. Après eux les pillards n'avaient laissé que la pierre. Harry traversa la grand-rue à pas lents. Le monde ne se réduisait pas à cette misère, mais comment s'en souvenir lorsqu'on n'a jamais rien connu d'autre ? Les vitres brisées faisaient chanter le vent, accompagnant la longue plainte des Voix dans sa tête. Elles parlaient toutes les langues du monde, mais le refrain restait le même.

Le petit sentier qui montait jusqu'à la maison de ses parents se dessina sous ses pieds. Harry le gravit les yeux fermés. En cette nuit de souvenir, son cœur traduisait pour lui. Não ! Porqué ? Porqué ? Elle était portugaise. Elle aurait aussi bien pu être cambodgienne ou malgache ou de n'importe où à n'importe quelle époque. Elle enterrait son petit-fils. Ele nunca fez nada de mal ! Ele sempre foi bom ! Il l'avait prise au hasard, désespoir commun parmi la nuée de corbeaux. Elle avait connu le bonheur. Elle n'avait jamais franchement eu faim. Elle n'avait rien fait de remarquable. Eu so tinha ele ! Porqué ? Ne pas la laisser seule. Ne pas tourner le dos à tant de solitude.

Fearadh na fàilte.

Les mots se devinaient à peine sous le lichen. Harry dépassa la borne qui marquait l'entrée du domaine. Un léger picotement le traversa : les dernières barrières autour de la maison le reconnaissaient. Elles étaient insignifiantes, probablement tout juste capables d'arrêter les rongeurs. Elles étaient aussi le dernier témoignage d'une vie passée. Elles seules savaient encore qu'il était chez lui ici. Un simple frisson le long de la colonne vertébrale, c'était tout. Car il ne restait plus rien dans leur périmètre.

Le sorcier fit le tour de la ruine avec détachement. De la pierre noircie, des traces de fondations, du lierre et des mûriers. Pas un objet. Pas un seul souvenir. L'histoire ne s'arrêtait pas au sort fatal rebondissant sur lui et frappant le Mage Noir. Le destin avait suivi son cours. Chaque absence, chaque vide hurlait à la fatalité. Après douze années de règne sans partage, les mangemorts ne connaissaient plus de limites. En cette nuit d'Halloween, ils s'étaient précipités à la suite de leur maître tombé. Ils s'étaient jetés dans Godric's Hollow, semant la terreur et la mort dans le patelin avant de remonter le sentier fleuri. Il ne leur avait fallu que quelques minutes. Ils l'auraient massacré si quelqu'un ne l'avait pas extrait du carnage et emporté au loin dans l'urgence. Les mangemorts s'étaient vengés sur la maison. Peut-être même sur les cadavres de ses parents. Harry s'accrocha à un reste de mur pour se stabiliser.

Il trouva la tombe au petit matin. La stèle regardait vers l'Est. Un simple morceau de roche protégée des intempéries par les branches généreuses d'un grand frêne. Harry s'étendit à côté d'elle. La mousse accrochée à la pierre devait donner du cachet à la scène par temps ensoleillé. Pas de chance, on était au cœur de l'hiver. Harry ramena ses jambes contre son torse. Le vent était froid sur son corps fatigué. Il n'avait rien pris avec lui. Sa valise traînait encore dans sa chambre de Grimmaurd Place. Il n'avait pas eu l'intention de s'enfuir. La lâcheté n'était pas son fort. Des gens avaient besoin de lui, là-bas, derrière les collines, et il refusait de se dérober à la tâche. Il avait juste pris quelques minutes pour lui. Ça faisait bien longtemps qu'il s'était promis de venir ici.

La ruine et la sépulture ne rendaient pas justice à la légende. Les herbes folles ne reflétaient rien de plus que l'abandon. Il avait pensé que voir la tombe de ses parents lui aurait fait du bien, que le vide en lui en aurait été un peu plus tangible. Qu'il aurait été plus facile de pleurer. Mais la pierre et la mousse sous ses doigts étaient désespérément réelles. Elles lui rappelaient que Lily et James Potter ne lui manquaient pas. On ne se languit pas de ce qu'on n'a jamais connu. Lily et James avaient été de vraies personnes, avec des défauts, des angoisses et des coups de colère. Auraient-ils compris ce qu'il essayait de faire ? James lui aurait-il pardonné la mort de son meilleur ami ? L'aurait-il giflé ? On ne juge pas un mort, mais il n'y avait personne pour le lui reprocher. Sa mère lui manquait. Son idée, tout au moins. Harry aimait penser qu'elle aurait compris. Il aimait à croire que s'il existait un Au-Delà, une personne au moins l'y attendait.

Des cris, entre chiens et loups. Des gens le cherchaient. L'Ordre. Le Ministère ne pouvait pas avoir détecté son Transplantage sans baguette. Harry se cacha dans un bosquet à l'orée de la forêt toute proche. Il reconnut Lupin au loin. Le loup-garou l'appelait. L'homme fouilla le domaine sans le voir ni le sentir. Harry ne questionna pas sa chance. Il vit Lupin verser une larme près de la tombe et retirer d'un coup de baguette la mousse sur la stèle avant de repartir.

Harry sortit de sa cachette la nuit venue et reprit sa veille appuyé contre la pierre. Ses doigts devinèrent une inscription en lieu et place de la mousse.

Aux amis tombés,

Je ne craindrai plus la mort.

Ses doigts parcoururent respectueusement l'adieu. Seule une âme déchirée avait pu graver ces mots. Quelqu'un avait pleuré ses parents avec le désespoir de celui qui n'a plus rien à perdre. Remus. Mais cette ancienne douleur n'excusait pas la gifle. Le sorcier l'avait puni comme on taloche un enfant pris les doigts dans le pot de confiture. Lupin avait refait sa vie. Aujourd'hui il avait Tonks et pleurerait pour elle. L'épitaphe mentait. Lui seul comprenait encore ce vœu de mort, et l'humiliation lui consumait la poitrine. Il n'avait connu le goût de la confiture qu'en arrivant à Poudlard. Harry recolla soigneusement les morceaux de mousse tombés au sol. La pierre dénudée était obscène. Elle était comme neuve après des années d'abandon. Elle éludait le temps. Tricheuse.

D'autres vinrent et Harry retourna se cacher dans le sous-bois. Il n'était pas encore prêt. Bien sûr qu'ils étaient inquiets pour lui, mais ça leur passerait. Il était reconnaissant pour ça. Ça l'aidait à se détacher. Et il fallait qu'il reste seul, il ne fallait pas que Voldemort puisse atteindre qui que ce soit à travers lui. Voldemort était dans sa tête et faisait de lui son espion. L'Ordre ne survivrait pas à une telle proximité. Lui non plus. Les hommes craignent l'Ombre pour ce qu'elle peut leur prendre. La liberté se trouve là où il n'y a plus rien à prélever.

Bien des ténèbres s'étaient engouffrées dans ce genre de pensées, il en était conscient. Mais lui n'y voyait pas de futur. Il n'y aurait rien après que le repos. La Grande Peur également. Etait-ce vrai qu'une âme était maudite si elle n'avait pas au moins un vivant pour la regretter sincèrement ? La décomposition n'était pas le seul mystère de la mort. Il y avait trop de forces, trop de magie dans ce monde, trop de correspondances pour qu'un joyau tel qu'une âme soit perdu. Ça aurait été plus simple. Ce cimetière avec les fantômes désapprobateurs de ses parents le condamnaient à une solitude éternelle.

Il souhaita que tout finisse. La vie, la mort, l'autre 'grande aventure' et toute la clique. Le néant originel, c'était ça qu'il lui fallait. Il ne voulait pas retourner avec eux. Il était fatigué d'avoir mal. Il ne voulait plus revoir Poudlard. Il ne voulait pas réaliser que seul le Grimoire lui manquait. Il ne voulait pas accepter sa nouvelle condition, cette triste découverte qu'il se languissait de la violence honnête du Livre. Il sombrait. Il se coupait pour contrôler sa peine, parce que celui qui la contrôle est invincible. Il laissait des gens le frapper. Il s'était attaché à Grim. Il aurait aimé passer plus de temps avec Dudley. Ce n'était pas normal. Je tombe. Aurait-il droit au néant ? Tu dois tenir jusqu'à l'ultime combat. C'était pour cela qu'il se détruisait. Pour arriver sans peur et sans regret. Ça serait le moment idéal pour le tuer. Parce que celui qui franchit la ligne passe de l'Autre Côté, et l'avenir qui s'offre à lui en écourte alors beaucoup d'autres.

D'autres voix encore. Mais qui était-il pour oser prétendre à cette paix du non-être ? Qu'avait-il fait pour mériter pareille apothéose ? L'orgueil le condamnait. Il était tombé plus bas qu'il ne le pensait à s'estimer plus haut qu'il n'était. Il avait pensé bien faire ! Mais qui voudrait encore de sa vanité, croire qu'on peut avoir raison là où tout le monde a tort ? Penser que l'intention suffit ? La pauvre petite fragile intention humaine face aux puissances délirantes du Tout ? Je suis désolé. Et il l'était vraiment. Et peut-être que ça suffisait finalement, car l'Ange se dressait devant lui.

Il ne l'avait pas entendu venir à travers la tempête. Mais l'Ange l'avait trouvé là où tous les autres avaient baissé les bras. Il était très grand. Son buste se perdait dans l'ombre du frêne et l'épaisseur de la pluie. Sa pèlerine noire claquait dans le vent. Roulé en boule au sol, Harry n'osa pas lever la tête. Une grande humilité et un incroyable sentiment de sérénité l'envahirent. Il n'avait pas fait exprès de partir. Il ne s'était pas senti mourir. Ce ne serait pas de sa faute. Ses lèvres ébauchèrent un sourire, et il tendit sa main à la Présence. Elle se baissa lentement vers lui et le saisit par le col.

« Debout, Potter. »

Qui aurait deviné la Mort capable de tant de mépris ? Harry se concentra derrière les carreaux dégoulinants de ses lunettes. Les chaussures et les guêtres sous son nez étaient couvertes d'une boue peu séraphique. Un rire s'ébaucha lentement au fond de ses entrailles. La Présence le poussa du pied.

« J'ai dit debout ! »

Le rire s'étira paresseusement jusqu'à sa gorge. Il n'avait pas besoin d'entendre la litanie d'insultes sur les inconscients égocentriques et les adolescents obsédés par leurs petites séances d'apitoiement pour savoir à qui appartenait cette voix. Le rire éclata enfin dans sa bouche et s'échappa de lui à plein volume. Snape le secoua violemment, mais il ne pouvait pas se calmer. Il riait à en hurler de douleur, les yeux obscurcis par les larmes. La colère fit place à un simple rictus de dégoût sur le visage de Snape.

« Vous êtes fou, Potter. »

L'homme était d'une intelligence redoutable. Harry ne douta pas une seconde qu'il eût raison.

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