Hello à tous !
Voici le nouveau chapitre !
Kanon et Athéna se heurtent, les commères médisent triplement sur Camus, Camus plaide son cas devant Athéna.
Saga souffre, et Shun détruit encore plus les illusions fraternelles d'Ikki.
Milo délire sur son île.
Aiolia se lance enfin dans sa demande en mariage, et Camus finit par jouir enfin d'une soirée calme.
Bonne lecture à tous !
Titre: Tu ne médiras point
Couple: Milo x Camus
Disclaimer: Tout à M. Kurumada, Shueisha, Toei. Tout dans le titre.
Tu ne médiras point
Kanon des Gémeaux, puni du jour, traîna lentement ses sandales grecques dans le petit salon de travail de Saori Kido, réincarnation travailleuse d'Athéna sur terre.
Il tomba pile dans une écœurante séance de baisers adolescents entre sa déesse et Seiya de Pégase. Si l'estomac du jumeau avait été trop plein, cela l'aurait retourné mais heureusement l'ex-Marina ne s'était sustenté que de lait de chèvre et de larges pastilles d'aspirines effervescentes.
Les jeunes gens se séparèrent avec le bruit d'un lavabo qui se vide, et Saori accueillit son ex-renégat avec joie et bonheur.
- Kanon, très cher !
- Déesse Athéna, s'inclina hypocritement le second Gémeaux.
- Je file aux arènes, Saori, glapit le plus fort Chevalier de toutes les guerres saintes.
- Tu es le meilleur, Pégasounet ! l'encouragea la divine jeune fille.
Kanon des Gémeaux, enfin troisième Chevalier à part entière, retint le ricanement de perfidie qui montait à ses lèvres travaillées pour le vice.
- Commençons, intima alors Saori, s'installant dans son fameux fauteuil crapaud et entamant sa première assiette de petits-fours de la journée.
- Par quoi ? marmotta le Grec, se grattant impoliment le crâne.
- Par le magazine du dessus ! Mais… Kanon !
- Quoi ?
- Tu as mis ta vilaine tenue d'entraînement déchirée et crasseuse ! Comment oses-tu te présenter devant moi dans ces guenilles nauséabondes ?
- Mais j'étais comme ça durant la guerre contre Hadès, et…
- Mais nous ne sommes plus en guerre ! piailla Athéna, se relevant d'un bond courroucé, tapant sur la table, ce qui fit danser sur le plateau les petits fours glacés de sucre rose. C'est la paix, l'harmonie, le luxe et la volupté !
- Si vous voulez, ricana le terrible jumeau bis. J'y songerai la prochaine fois.
Encore que par Poséidon, il n'y aurait point de prochaine fois ! se jura le rebelle.
- Bien, se calma et se sucra Saori, rassise et son petit nez enfoui dans un diabolo fraise. Lis-moi ce passage sur la mode d'été…
- Mais on est bientôt en automne ! contraria encore l'incorrigible Kanon, saisissant le magazine et sifflant de concupiscence devant la fille en maillot de la couverture.
- KANON ! s'énerva de nouveau la jeune divinité, exaspérée par la gérance de tant de Chevaliers difficiles, caractériels, indisciplinés, obsédés sexuels, gamins, voleurs, menteurs, et elle en oubliait certainement.
Comme la Déesse de la Sagesse pour la sauvegarde de la Terre oubliait que l'on avait toujours les serviteurs que l'on méritait.
- Pas mal cette fille… Quoique Camus est bien plus mignon et…
- Kanon !
Saori Kido, maîtresse d'elle-même en toutes circonstances, commençait à s'éventer avec un bon d'achat pour de la lingerie dont la finesse n'avait d'égal que le prix fou.
- Oui ?
- Ne me dis pas que tu es toi aussi amoureux de Camus, grinça avec difficulté la Japonaise. Je sais que tu es le jumeau raté de Saga, mais…
- Moi ? fit la copie ratée, raflant plusieurs petits-fours d'un coup de griffe rapide et délinquant. Pas du tout, j'ai juste envie de le baiser pour voir ce que ça donne… Il me résiste, et je déteste qu'on me résiste. Ceux qui le font doivent payer.
- Épargne-moi ta vulgarité de base, Kanon ! Tu oublies devant qui tu te trouves ! Par Papa, laissez un peu les fesses de ce pauvre Camus en paix ! Je croyais Milo ton ami en plus…
- Ce serait par conséquent encore meilleur ! affirma avec cynisme l'enfant terrible du Sanctuaire. Vous savez, rien n'est plus excitant de se taper le conjoint de son meilleur ami. Ou de tromper son conjoint avec le meilleur ami de celui-ci !
La donzelle secoua sa chevelure lilas, parfumée à l'abricot, pour ouvrir des prunelles étonnées et méditatives.
- Vraiment ?
Saori n'avait pas d'amies, ni d'amis, et l'idée de flirter avec Shiryu du Dragon ne l'émoustillait pourtant pas du tout. Elle changea donc le cap devenu dangereux de la conversation. Kanon des Gémeaux arriverait à faire s'entretuer père, mère et grands parents en supplément, en conclut-elle avec une amertume lucide – pour une fois.
- Bon, lis, maintenant !
Feulement de joie du traître, qui constata avec joie que la pendule approchait déjà dix heures trente.
- " Troublez avec le bustier glamour. Jouez l'exubérance de l'imprimé. Craquez pour le charme des volants…" récita l'ex-Marina, avec un ton tellement ironique qu'il n'en était pas du tout respectueux.
- Kanon ! l'avertit la voix déjà aigre de Saori.
- " Mon astro été… " hennit de rire l'ancien Dragon des Mers. Ça je laisse à mon frère, ces niaiseries.
- Lis !
Quand Kanon sortit à midi trente-trois minutes du Palais d'Athéna, le bourreau divin et sa victime gémellaire avaient tous les deux la même migraine et les mêmes nerfs à fleur de peau, que la peau fût rude ou douce.
Il croisa un Saga élégant en toge de Petit Pope, mais les douleurs de l'amour non partagé ravageant son visage aux traits purs et doux.
- Salut frangin ! beugla le cadet. Athéna t'attend, elle est en forme… olympique !
- J'y vais… soupira l'aîné de la famille, soufflant à faire tourner une girouette.
- Quoi, Camus n'a pas aimé ton projet de petit-déjeuner au lit ? Le petit profiteur, en voilà un qui sait se faire servir pourtant ! égratigna Kanon.
- Il ne m'avait rien demandé, défendit l'amoureux éconduit.
- Ouais ! Tu veux que je te dise, il serait parfait pour épouser la déesse, s'il n'était pas gay. Aussi imbus d'eux-mêmes l'un que l'autre, aimant que tout leur tombe dans leurs mains aristocratiques et…
- Kanon ! Je t'interdis de dire du mal de Camus. C'est un ange, un trésor, un…
- Un esquimau glacé ne fonctionnant qu'au venin de Scorpion.
- Bien dit ! résonna une tonalité de psychopathe en manque de meurtre.
L'ancien renégat constata alors que ses deux meilleurs camarades de médisance et de fomentation de mauvais coups l'attendaient au dessus des marches descendant au douzième temple.
Saga profita de la diversion pour échapper aux pattes fraternelles de Kanon, et gravit rapidement les degrés pour s'engloutir dans le Palais de sa déesse bien-aimée.
Le troisième gardien en second haussa les épaules et rejoignit ses amis.
- C'est vrai la nouvelle rumeur, que tu as voulu outrager Camus hier soir au " 69 " ? commença à médire l'horticulteur en titre du Sanctuaire.
- C'est de sa faute, prétendit l'ex-Marina avec une mauvaise foi flagrante. Il n'a qu'à pas être si beau, d'abord. Quand on est un appel au viol, on reste chez soi.
- Milo devrait le garder en cage dans son temple, intervint vicieusement le Cancer, hilare.
- Et le tenir en laisse pour sortir, en rajouta Aphrodite, la prunelle suavement ourlée de camaraderie.
- Et puis, imbibé de vodka, ce glaçon devient une vraie bombe sexuelle, affirma Kanon, qui ne perdait pas de vue son plan malgré les réticences de son jumeau.
- Mais il est vraiment casse-pieds, fit Angelo, haussant les épaules. Il ne veut jamais s'amuser. Milo lui a fourgué une ceinture de chasteté avant de partir ou quoi ?
- Il a toujours été frigide, ricana le Poissons, qui était encore vexé, neuf ans après, d'avoir été éconduit, lui, le plus beau Chevalier du Sanctuaire, au profit d'un sauvage Scorpion qui ne se coiffait même pas correctement et ignorait comment saisir une tasse à thé avec élégance.
- Et salaud, feula le quatrième gardien, rancunier du coup bas de l'adolescent français. Au fait, Kan', c'est vrai qu'il a démoli les bijoux de famille de ton frère ?
- Oui, Saga en marche encore de travers, glapit Kanon, moqueur, encore et toujours rayonnant d'amour filial.
L'objet de leur médisance passa soudain à portée de leurs griffes et leurs langues de vipères, et le trio maléfique se précipita pour encadrer le Verseau d'un cercle goguenard.
- Remis de tes émotions, mon chou ? couina Aphrodite.
- Milo te l'a bien cadenassée, hein, s'écria DeathMask dans une référence obscure pour Camus.
- Tu as castré mon frère pour au moins trois jours, l'informa Kanon. Au fait, et ce petit-déjeuner au lit ?
- Un petit-déjeuner au lit ? bondit le douzième gardien, navré d'avoir peut-être raté un potin intéressant.
- Mon cher frère a apporté à Camus le petit-déjeuner au lit, précisa le jumeau.
- Il est con et pas rancunier, apprécia le Cancer, méprisant.
- Il l'a laissé dans la cuisine, se défendit le magicien de l'eau et de la glace, contrarié d'être tombé sur le pire échantillon de toute la Chevalerie d'Athéna.
- Ah, ah, gloussa le Poissons, d'une roucoulade bourrée de sous-entendus.
- Ça peut être très bien, dans une cuisine, souffla Angelo, son œil cobalt irradiant de sournoiserie.
- Laissez-moi passer, bande d'écornifleurs sous-développés, siffla froidement le onzième gardien, des volutes glacés commençant à onduler autour de lui.
- Tous aux abris, il nous les gèle ! glapit DeathMask.
- Mes roses ! piaula Aphrodite, paniqué pour ses espèces grimpantes décorant la sortie de son temple.
- Sale petit frigide ! hurla encore sans la moindre innovation l'ex-Dragon des Mers.
Mais l'objet de son courroux était déjà loin, et les médisants redoublèrent de cancans derrière son dos aristocratique.
La cinquième rumeur gagna des points : Camus du Verseau, en voie d'alcoolisme prononcé, se laissait servir ses petits-déjeuners tardifs au lit par Saga des Gémeaux, Petit Pope en exercice.
Sur Death Queen Island, Milo du Scorpion, la barbe piquante, observait avec force soupirs et geignements le seul objet de décoration de la cahute : le mini scorpion de glace éternelle que Camus avait fabriqué à Sainte-Maxime pour jouer au Monopoly de Saori.
Plus que deux jours et demi et deux nuits, calculait avec impatience un homme à qui le célibat ne convenait point.
Ikki du Phénix, oiseau matinal, ouvrit des prunelles chargées d'horreur sur le visage malicieux et inlassablement encadré de boucles d'ébène rougeoyantes de son cadet.
- Bien dormi Ikki ? interrogea suavement Andromède, toujours engoncé dans son pyjama vert sapin trop petit.
La réponse fût le grognement rauque du fauve affamé depuis longtemps, et le Japonais se frotta rudement ses paupières sableuses.
Sourire affable, teint frais et rosé, œil pétillant de joie, l'ancien hôte d'Hadès s'étira démonstrativement devant le lit fraternel en désordre.
- Ah, moi j'ai rudement bien dormi ! Rien ne vaut le fait de se coucher tôt !
Se demandant obscurément si sa raison sombrait, ou si son pur et innocent petit frère, qu'il avait tiré bébé dans ses petits bras fatigués pour le soustraire aux adultes, si son adorable pleurnicheur à la chevelure verte… bref, si Shun n'offrait pas sa nouvelle toison noire, et l'âme qu'il y avait en dessous, au diable.
- Tu as encore trop bu mon frère ! reprocha soudain Andromède, se dépouillant de son pyjama pour apparaître dans sa rayonnante peau nacrée d'adolescent.
- Ouais, commença par avouer l'oiseau de feu, avant de rester bec décroché en deux morceaux.
Shun…. Son petit Shun… arborait un autre piercing au nombril !
- NOOOOOOOOOOOOOOOOON !
Au Temple de la Vierge, Shaka, incarnation médisante et imbue d'elle-même de Bouddha, sombrait enfin dans un court sommeil, la nuit s'étant passée pour le vertueux jeune homme à gratter à pleins ongles soignés ses démangeaisons de plus en plus irritantes, et les pustules rouges ayant fleuri sur sa peau d'albâtre.
Il fallait qu'il se réconcilie avec son cher Bélier, pas moyen de faire autrement.
Camus du Verseau, paraissant beaucoup plus hâbleur et assuré qu'il ne l'était intérieurement, s'inclina devant le trône divin, où Saori se cultivait avec de nouveaux mots croisés français de force un.
A sa droite, Shion du Bélier, Grand Pope à vie – et même à plusieurs vies -, et à sa gauche Saga des Gémeaux, ex-traître, assassin et schizophrène en phase aigüe, Petit Pope fraîchement promu. Derrière le trône, Seiya bâillait aux mouches en chuchotant des sucreries amoureuses à sa fiancée.
- Camus du Verseau, petit révolutionnaire sournois ! l'accueillit nonchalamment Saori Kido, grandissime réincarnation d'Athéna.
- Pardon ? s'insurgea le onzième gold, toujours incliné.
Sana manifester l'intention de faire le geste de la main qui le délivrerait de sa courbette, l'adolescente eut le sourire de la mangouste affamée d'un serpent.
- Oui, révolutionnaire ! Il ne te manque qu'un bonnet bleu et une pique.
- Rouge, Altesse, rouge le bonnet, lui souffla opportunément Shion, le contemporain de l'époque.
- Oui, oui. Un bonnet rouge et une pique ! se corrigea la demoiselle céleste.
- Je proteste, grinça Camus, qui trouvait que ça commençait mal pour lui. Ma famille n'était pas révolutionnaire, si vous aviez étudié votre Histoire de France vous le sauriez, que les nobles comme ma famille se faisaient au contraire guillotiner.
- Pas tous, puisque tu es là ! triompha la jeune fille.
L'Atlante leva son masque doré au plafond lointain de la salle du trône, Seiya hennit sans comprendre car il n'avait point suivi le dialogue, et Saga émit un léger rire de gorge courtisan qui n'aurait pas déparé à Versailles.
Rire qui s'étrangla dans son gosier quand il remarqua le massacre capillaire dont venait de se rendre coupable son amour à sens unique.
- Camus, tes beaux cheveux ! couina le Petit Pope, esthète raffiné.
- Mais c'est beaucoup mieux ainsi, ils étaient trop longs, tu as l'air beaucoup plus soigné maintenant, pépia Saori, personne qui ne donnait pourtant pas l'exemple d'une longueur de chevelure raisonnable.
- Ravi que cela vous agrée, Déesse Athéna, fit Camus, qui n'en avait en réalité rien à foutre de l'approbation capillaire de sa patronne.
- Mais ce n'est pas le sujet.
Le visage futile d'Athéna avait viré à la vitesse de la lumière. Une expression divine, majestueuse, professionnelle, clouait maintenant le Verseau sur place.
- Camus du Verseau, j'ai un glaçon à faire fondre avec toi. Reconnais-tu avoir désobéi à mes ordres en pourvoyant ton petit ami, Milo du Scorpion, en nourriture et boisson pendant son exil ?
- Je le reconnais, Déesse Athéna, jeta fièrement, et même avec arrogance le Français. Mais Milo n'y est pour rien.
- Et qu'as-tu à dire pour ta défense ?
- J'aime Milo, c'est mon compagnon, et il est normal que je l'aide dans les moments difficiles. Vous auriez agi de même pour Seiya de Pégase, Déesse Athéna.
- Exact, fondit la jeune fille amoureuse, sensible à cet argument clé.
- Veux-tu dire que tu fais passer ton amour pour Milo avant ton devoir envers Athéna ? proféra Shion, agacé par l'esprit de rebelle des Chevaliers d'Or.
- Ce sont deux points sur lesquels il serait ridicule philosophiquement de tenter des comparaisons. On ne compare pas des pommes et des poires, des torchons et des serviettes, du verre et du cristal…
- Oui ! approuva Saori, fière de pouvoir suivre facilement le point de vue du lettré Chevalier du Verseau. C'est vrai…
Elle ne se posa même pas la question de savoir qui était le torchon dans l'esprit de son onzième gardien doré.
- Je plaide l'indulgence ! clama Seiya, le Japonais ayant trouvé cette phrase dans un film, trouvant qu'elle sonnait bien, et désireux de pousser en avant son rôle de co-directeur.
- Mais… commença Shion, qui était un vieux renard bicentenaire, et qui avait tout de suite reniflé la technique futée du jeune Verseau, noyant la déesse dans des lieux communs à relents pseudo-cultivés, en un tour d'esprit laissant croire à l'interlocuteur qu'il était très intelligent alors que cela n'était pas le cas.
Et en plus, il n'avait pas répondu franchement à la question.
- Tsssst, Shion, ne sois pas raseur ! le musela Athéna, tapant du bout de son sceptre sur le sol. Camus, je passe l'éponge sur ta fourberie. Je n'avais pas réfléchi à la dimension amoureuse de ton acte avant de me mettre en colère. Tu peux partir.
- Merci, Déesse Athéna, s'inclina le onzième gardien, sa pupille se dilatant d'un bref éclat de triomphe.
- Et au fait, Milo sera au Sanctuaire vendredi soir.
- Vendredi ? se surprit Camus, retenant avec peine un sourire de bonheur.
- Oui. Je suis bonne, une déesse aimante des humains, et mon indulgence est infinie, Chevalier, s'auto-louangea Saori, déployant son cosmos doré.
- Je m'en aperçois un peu plus chaque jour, répondit sobrement le Maître des Glaces, le visage lisse, mais son cerveau trépidant de moquerie intérieure.
- Bien ! Tu peux disposer. Et n'oublie pas ta piqûre.
- Je ne l'oubliais pas, mentit Camus.
Il s'empressa de tourner les talons, déjà rêveur à l'idée du retour de son Milo. Un toussotement ramena son attention à sa patronne céleste.
- Et n'oublie pas de racheter du lubrifiant non plus, lui assena la malicieuse adolescente comme flèche empoisonnée. Tu es du genre à en avoir besoin, non ?
Camus pâlit, et retourna un regard furieux à la divinité.
- Qui vous dit que c'est pour moi, d'abord ?
Le menteur Verseau laissa derrière lui un Saga effondré en supputations douteuses, une Saori perplexe, un Shion furieux du ton de la jeune génération, et un Seiya indifférent à tout ce qui n'était pas Saori.
Aiolia aborda le crépuscule avec un regain de confiance.
Il étudia une dernière fois le plan électronique envoyé par l'obligeant Camus – en fait, le Verseau n'était pas un être à rendre fort service, mais il ne pouvait s'empêcher de renseigner une question dont il connaissait la réponse, ce qui le faisait passer à l'insu de son plein gré pour un être complaisant.
Mini-lionceau laissant soudain un répit à sa porteuse, comme s'il – ou elle – avait senti que l'heure était grave et capitale, Marine pût se présenter en atours soyeux et élégants et le visage tout rosi de joie intérieure.
- Marine, tu es la plus belle femme du monde ! assura gravement le cinquième gardien, dans une tentative entièrement réussie de compliment partialement épris.
Le Chevalier de l'Aigle poussa un roucoulement de colombe.
- Merci Aiolia. Je suis prête, nous pouvons y aller !
Victimes de lazzis divers sur leur passage, les amoureux se sentirent soulagés d'arriver en vue d'Athènes, où l'extérieur luxueux du restaurant gonfla Marine de contentement aussi sûrement qu'un fouet électrique gonflait des blancs d'œufs en neige.
- On peut faire confiance à Camus, fît Aiolia, déjà soulagé d'avoir trouvé le restaurant tout de suite, et de constater la joie de sa future fiancée.
- Oui, c'est un fait, reconnût la Japonaise, contente. Entrons !
- Volontiers, Marine chérie.
Foi de Lion, il allait réussir ! se jura le Grec en passant la porte à tambour.
Le mercredi soir trouva un Camus ravi – enfin – de plusieurs choses.
Plus qu'un jour et demi et deux nuits, et son amant serait enfin là.
De plus, Saori l'avait remplacé ces deux jours par Saga et Kanon pour lui faire la lecture, le laissant enfin libre de ses mouvements, et libre de restaurer sa santé mentale à coups d'auteurs distingués, pour compenser l'abrutissement engendré par tant de lecture de magazines affligeants pour adolescentes ou femmes au QI d'huître mourante.
Ensuite son sacrifice de cheveux lui plût quand il dût les laver, et il pût même manger un immonde plat préparé dans la cuisine de Milo sans être dérangé.
Après trois heures de lecture russe sans invité surprise, Camus du Verseau, se fourrant dans le lit conjugal et éteignant la lumière, se demanda ce que ce calme subit présageait comme ennuis futurs.
- Ouais, Jeannot, et puis tu verras, mon Camus comme il est beau ! affirmait très loin de là un Milo hagard, qui nourrissait en carottes le lapin qu'il croyait avoir apprivoisé.
Jeannot poussa un bond moqueur, chipant la plus belle carotte pour disparaître au loin, laissant un Scorpion tout marri.
Il fallait qu'il arrive à attraper ce lapin pour le ramener en cadeau à Camus, avait décidé l'amoureux transi.
Un petit coup de Restriction, et le tour serait joué.
Shun d'Andromède, content d'avoir poussé son cher grand frère dans les affres de l'horreur la plus abjecte, avait laissé Ikki statufié dans son lit en désordre pour claquer la porte de leur salle de bains.
Négligeant le tambourinage excessif de l'oiseau de feu, qui usa en vain son chant et ses serres dans les cinq minutes suivantes, le rebelle bloqua l'accès à la pièce avec son cosmos de bronze-divin, et put se reteindre encore une fois ses hideuses mèches vertes en noir et pourpre.
- Cherche-toi une petite copine, mon frère ! conseilla le cadet en criant fort, ce qui stoppa net les récriminations de l'asocial Japonais.
- Mais… mais…
- Ou un petit copain ! l'acheva sans scrupules l'ancien réceptacle du dieu Hadès.
- SHUUUUUUUUUUUUUUUUN !
Souriant par la fenêtre, au pied de laquelle Hyoga du Cygne l'attendait avec une constance méritoire, Shun s'étaya de ses chaînes complaisantes pour jouer les varappeurs et atterrir dans les ailes de l'oiseau blanc aimé.
- Bonjour mon Shun, l'accueillit le Russe, impeccable en pantalon beige et tee-shirt noir – il commençait heureusement à renoncer aux jambières velues.
- Ah Hyoga ! soupira le cadet.
- Pourquoi Ikki beugle-t-il ainsi ? s'informa curieusement son petit ami secret.
- il a vu le deuxième piercing. Et je lui ai conseillé de se trouver quelqu'un.
- Je vois. Audacieux mon amour, très audacieux !
- Tout le monde me sous-estime, dans ce Sanctuaire, feula sauvagement Andromède, l'œil jade sombre et les mèches corbeau en désordre. Mais ils apprendront à connaître le vrai Shun !
Cela sonnait presque comme une menace, et Hyoga déglutit péniblement sous sa chevelure dorée. A contrario, le côté rebelle de son amoureux l'émoustillait pourtant bien plus que sa fausse image de candide niais.
- Irions-nous à la plage, près d'Athènes ? suggéra le candide niais.
- Volontiers. Filons avant qu'un Phénix de feu ne s'envole par la fenêtre.
Quand Ikki prit finalement le parti de réussir à fracasser la porte de la salle d'eau, ce fût pour trouver le vide intersidéral.
Une nouvelle journée d'attente anxieuse s'étirait aimablement devant lui.
Marine de l'Aigle, traitée comme une déesse durant une soirée parfaite aux chandelles, s'intrigua néanmoins dès les hors d'œuvres : son compagnon de vie desserrait régulièrement sa belle cravate d'un doigt nerveux, agitait ses pattes de Lion en cadence sous la nappe damassée, et manqua de peu de renverser son verre de vin onéreux sur cette même nappe.
- Le restaurant ne te plaît pas, Aiolia ? demanda la Japonaise au moment clé d'une merveilleuse crème brûlée aux fruits rouges.
- Oh, si, si, Marine chérie ! affirma péremptoirement – et trop haut – le cinquième gardien, les mâchoires léonines emplies de gâteau au chocolat. Je commande du champagne. Tu pourras bien tremper tes lèvres dedans ?
- Un petit peu, agréa la future maman, de plus en plus conquise par les attentions inhabituelles de son homme.
Les flûtes remplies du liquide à bulles, Aiolia se lança.
Il porta la main à sa poche, se tortillant sous le regard perplexe de Marine – la boîte se coinçait sadiquement dans ce pantalon serré. Enfin, le Lion rouge et tourmenté fit émerger de la poche facétieuse le petit écrin garni de velours, et le poussa avec un sourire niais, attendrissant, irrésistible, vers la mère de son lionceau.
- Pour toi, Marine !
De plus en plus surprise et charmée, Marine ouvrit, et arrondit une bouche stupéfaite devant l'objet d'orfèvrerie qui avait ruiné Aiolia pour quelques mois.
- Mais… articula-t-elle, n'osant comprendre.
- Veux-tu… Est-ce que tu voudrais… m'épouser, Marine ma douce ? se lança le cinquième gardien, avec plus d'appréhension qu'il n'avait eu à se lancer sur le Mur des Lamentations.
Marine garda le décorum de mise dans un établissement si coté, mais broya la main d'Aiolia avec toute sa force de Chevalier d'Argent, et se retint de pleurer d'émotion.
- Oui, mille fois oui, Aiolia !
- Merci ma chérie ! s'émut le Grec, soulagé d'un poids plus lourd que celui d'Aldébaran du Taureau. Tu ne le regretteras pas !
Les futurs parents et époux scellèrent cet accord par l'entrechoquement des flûtes à champagne.
Shiryu du Dragon, au contraire de Camus du Verseau, vit le Temple de la Balance envahi par des visiteurs indésirables.
Incrédule, alors qu'il aurait misé sans hésitation ses deux yeux sur le nouveau couple formé par sa malice, le Japonais observa Jabu de la Licorne et Miho s'installer comme chez eux, servis à nouveau trop généreusement par Shunreï.
Le premier choc passé, tandis que les indélicats s'empiffraient de boulettes de riz et descendaient de la bière chinoise Tsing Tao – importée en caisses entières par Dokho -, Shiryu se rendit compte de gestes équivoques : Jabu posait régulièrement une paume aimable sur l'épaule de la fille à couettes, Miho était plus proche du Chevalier de la Licorne que d'ordinaire.
N'empêche, que tous deux pleurnichaient encore et toujours, noyant et salant la cuisine de sa fiancée, ce qui représentait pour le Dragon un insupportable gâchis.
- Seiya n'a jamais vu que cette fille alors qu'elle lui tapait dessus ! clamait vigoureusement l'amie d'enfance de Pégase.
- Et Seiya était si insolent envers Mademoiselle Saori ! s'indignait Jabu. Alors que moi j'acceptais tout d'elle !
- Et moi j'aurais toujours été là pour Seiya ! Alors que cette fille l'a seulement attiré dans des aventures cruelles et sans fin !
- Et elle me laissait en arrière au profit de Seiya ! rajouta le bronze négligé.
Shiryu, en bon logicien et philosophe qui se respecte, dressa mentalement le tableau absurde de la situation : Miho aimait Seiya mais détestait Saori, Jabu aimait Saori mais détestait Seiya.
Comment trouveraient-ils moyen de s'entendre ? A moins que sur le plan risqué de leur seul point commun, qui était d'avoir été repoussé par l'être adulé…
Pourtant, les prunelles lucides de Shiryu les voyait aller parfaitement ensemble ! Les deux adolescents japonais étaient totalement aveugles !
Hochant avec componction leurs têtes à longue chevelure noire, le couple de squattés versèrent le thé vespéral en échangeant un regard de connivence prouvant qu'ils étaient en accord total d'opinion.
Cela changeait des autres couples du Sanctuaire.
