Bien…

Voilà donc la seconde partie de ce chapitre, beaucoup de questions laissées en suspens à la première seront abordées ici et grâce au travail de ma bêta provisoire, Kitsune no Kyuubi, des choses que je n'avais fait qu'effleurer ont été détaillées ce qui fait que vous pouvez lui dire merci…

Attention, présence d'un petit lime dans ce chapitre, rien de très lourd, un paragraphe seulement mais vous pourrez le sauter, ça n'enlève rien à l'histoire.

C'est Dimanche alors remercions Kishimoto-sama et prions pour que l'inspiration soit toujours au rendez-vous et qu'il rende enfin son cerveau à Sasuke!

Merci pour vos rewiews. J'espère que cette suite vous plaira. Bonne lecture!

Note : des références culturelles assez nombreuses ici du fait de la période où cela se déroule mais normalement, ça ne devrait pas trop gêner la lecture, je laisse normalement des indices pour que vous puissiez deviner ce dont il s'agit ou parfois, il s'agit seulement de notes culturelles et si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez passer sans lire.


Latence sentimentale

- Seconde partie -


Noël arriva vite mais Tsunade fut formelle. Pas de soirée « ramen pour tous » pour cette fête. Ce n'est pas parce que c'était une fête d'importation qu'il ne fallait pas respecter un certain cérémonial. Naruto bouda un peu mais finalement accepta de se prêter à la cuisine de Tsunade qu'il dut reconnaître être excellente malgré tout. Ils échangèrent les cadeaux[1] bien que n'ayant pas de sapin. Tsunade et Jiraya avaient choisi de s'offrir une nouvelle lune de miel pour le mois d'avril, après que leurs deux garçons soient entrés à l'Université disaient-ils, avec un soupçon de fierté. « Histoire de fêter la paix du foyer retrouvée » plaisanta Jiraya avant de se prendre un joli coup sur la tête de la part de sa tendre compagne. Naruto leur offrit un livre sur l'histoire de la Grande-Bretagne qu'il avait ramené accompagné d'un assortiment de linge de maison brodé de dentelle anglaise ainsi qu'une boite de « Christmas Pudding »[2]. Sasuke, lui, avait préféré le classique et offert une bouteille de sake accompagné de mouchoirs brodés et de papier à lettre.

Naruto tendit un paquet soigneusement enveloppé à Sasuke tandis que celui-ci lui proposait le sien. Celui que Naruto avait donné contenait une écharpe de soie blanche avec le nom de « Sasuke Uchiha » brodé en fil d'argent ainsi qu'un CD. Naruto lui expliqua qu'il lui avait enregistré quelques uns de ces morceaux préférés au piano grâce à Gaara qui lui avait arrangé une séance dans un studio d'enregistrement appartenant à l'Académie Royale de Musique de Londres où étudiait Gaara. En ouvrant le sien, Naruto découvrit un ensemble relié de ses mangas préférés ainsi que les partitions de ses compositeurs favoris de Mozart à Chopin en passant par Mendelssohn et Brahms. Ils se sourirent, émus de voir le soin que l'autre avait prodigué à la recherche et à la réalisation de ces présents. Preuve qu'ils se connaissaient bien.

Comme prévu, après le déjeuner, ils se rendirent au studio de Gaara échappant, pour un temps du moins, à la corvée de ménage de fin d'année imposée[3] par Tsunade, ce que n'avait pas pu faire Jiraya qui les avait copieusement foudroyé de le laisser seul avec son dragon d'épouse. Le père de Gaara lui avait organisé son séjour grâce à un contact sur place, un dénommé Baki qui se chargeait de toutes les formalités administratives pour le garçon et serait présent pour lui en cas de nécessité. La résidence était luxueuse et bien située, à proximité de l'Université Waseda que Gaara comptait intégrer en parallèle de ses études à l'Université des Beaux Arts. Shikamaru les avait accompagné mais faisait grise mine, plus que d'habitude s'entend. Naruto tenta de lui tirer les vers du nez mais tout ce qu'il obtint c'est un « galère avec tes questions » et il renonça, mettant cette attitude sur le dos de la paresse du personnage.

Sakura, elle, ne se lassait pas de leur raconter les extraordinaires cadeaux qu'elle avait reçus dont un colis que Kankurô lui avait fait parvenir par la poste. Bien que leur relation se soit achevée naturellement par la distance qui les séparait, elle était un peu nostalgique du grand brun, et voir qu'il ne l'avait pas oublié l'emplissait de joie. Enfin, ils arrivèrent devant la porte du studio et sonnèrent. Ce fut un Gaara au visage fermé qui vint leur ouvrir de mauvaise grâce. En voyant Shikamaru et Sasuke, il faillit leur refermer la porte au nez mais Naruto, ne s'étant aperçu de rien, ou ayant l'habitude de la mine renfrognée du roux, s'invita dans le vaste studio et commença à s'extasier sur l'intérieur et la vue depuis le studio. Gaara n'eut pas d'autre choix que de laisser entrer les autres, tout en faisant clairement mine d'une sociabilité restreinte voire inexistante. Sakura ne s'en souciait pas et rejoignit Naruto dans sa contemplation de l'installation de leur hôte.

Le studio ou plutôt loft était composé d'un séjour/cuisine, une porte donnait accès à une vaste salle de bain entièrement carrelée et une petite pièce à part contenait les toilettes. Une mezzanine faisait office de chambre. Tous les cartons avaient été déballé mais la sobriété était de mise, la décoration ne laissant rien voir d'inutile ou d'encombrant. Le mobilier était sommaire mais de très bonne facture. Un petit balcon venait compléter l'ensemble avec une grande baie vitrée qui éclairait la pièce. Sakura faisait déjà des projets de shopping avec Ino pour « aider » Gaara à s'installer tandis que Naruto vantait les mérites de l'indépendance, rapport à la tyrannie Tsunadesque…

Gaara, lui, ignorait sciemment les deux invités restants avant que Naruto, se rendant enfin compte de la situation, ne prenne l'initiative de réunir tout le monde en proposant d'ouvrir les cadeaux de chacun. Des CD, livres, confiseries en tout genre s'échangèrent puis Sakura commença à faire un jeu de twister avec Naruto et Shikamaru, qu'elle traîna de force pour ne pas qu'il s'endorme dans un coin, et les éclats de rire emplirent l'appartement notamment face à la mauvaise volonté évidente du brun qui soupirait à fendre l'âme à chaque mouvement. Gaara, lui, s'en alla sur la terrasse et, profitant de ce moment et sur un signe impérieux de Naruto, Sasuke l'y rejoignit et résigna à faire son repentir.

- Je m'excuse pour l'autre jour, déclara t'il, sincère.

- C'est oublié. Je l'avais mérité de toute façon.

- Comment ça ? Demanda Sasuke, interloqué.

- Je voulais voir si mes suppositions sur tes sentiments pour Naruto étaient vraies et je t'ai provoqué volontairement, expliqua lentement le roux.

- De quoi tu… Un regard explicite le fit taire avant qu'il ne se décide à reprendre la parole, ne pouvant plus nier l'évidence : Alors, pourquoi tu fais cette tête si tu m'as pardonné ?

- En quoi ça te concerne ? Répliqua l'intéressé.

- Naruto a dit que tu étais son ami et par extension, le mien donc…

- Quelle fabuleuse raison, constata le roux, sarcastique.

- C'est à cause de Shikamaru ? Voyant l'expression fermée de son interlocuteur, il sut qu'il avait vu juste. Si tu veux pas en parler, c'est ton problème mais puisque tu sais des choses sur moi qui ne te concernent pas, la moindre des politesses serait d'en faire autant à mon égard, tu ne crois pas ?

- Mouais, ça se tient, acquiesça le roux en soupirant. Il fixa le brun dans les yeux avant de déclarer, blasé : Je suis gay, amoureux d'un pauvre connard de génie feignant comme c'est pas permis qui m'a annoncé que les pédales comme moi le rebutaient autant que la perspective de manger la cuisine de ma sœur, ce qui n'est pas peu dire, alors…

- …

- …

- Shika a dit ça ? S'étonna Sasuke.

- Ouais. Il l'a dit, confirma l'autre.

- Et... euh… Tu lui as pas planté ton poing sur la gueule ? Tenta Sasuke, mal à l'aise avec cette conversation un peu trop privée avec une personne qu'il ne connaissait pas ou peu. Gaara émit un faible sourire.

- Tu pourrais frapper Naruto, toi ?

- Non, admit-il. Bien qu'il l'ait fait par le passé mais c'était différent alors…

- L'amour, c'est de la merde, annonça le roux.

- A qui le dis tu, soupira le brun.

Ils se regardèrent, se comprenant parfaitement. Ils n'étaient pas dans des situations faciles, ni l'un ni l'autre.

En fin d'après-midi, ils prirent congé de Gaara. Shikamaru et lui ne s'étaient pas adressés la parole. A se demander pourquoi le génie était venu. Néanmoins, alors que Sasuke, Naruto et Sakura étaient passés devant, Shikamaru se pencha pour ne se faire entendre que de lui seul. « Je suis désolé » murmura t'il. Gaara vit rouge et tira brutalement le brun à l'intérieur, fermant la porte du studio d'un mouvement sec.

- A quoi tu joues ? Demanda t'il. Un peu sonné, Shikamaru reprit contenance avant de répondre à un Gaara qui, s'il avait eu des revolvers à la place des yeux, l'aurait déjà tué.

- Je ne joue pas. J'ai été trop loin la dernière fois, j'étais énervé et je m'en excuse, lâcha t'il avant de vouloir rouvrir la porte.

Le roux la lui claqua au nez et le plaqua contre avant de saisir furieusement ses lèvres, forçant le barrage pour entrer dans la cavité humide. L'autre se débattit vigoureusement avant de s'immobiliser et d'attendre patiemment, de façon passive, que Gaara se calme. Cependant, le roux prit son temps, explorant l'intérieur de la bouche, sollicitant la langue pour jouer avec elle tandis que ses mains se baladaient sous la chemise du brun, les mains froides à même la peau, pour titiller les tétons et caresser le ventre. Il ne le relâcha que quand il entendit un léger et très discret soupir. Le roux ouvrit la porte et poussa le brun en dehors sans ménagement tout en le regardant dans les yeux. Il déclara :

- La pédale, elle t'aime mais elle n'est pas masochiste, ok. Maintenant, soit tu dégages et tu continues de m'ignorer bien gentiment, soit tu entres dans le monde merveilleux des trous du cul parce qu'il n'y aura pas de juste milieu avec moi.

Constatant le manque de réaction de son interlocuteur, il lui claqua la porte au visage.

***

Tōkyō, 28 décembre, appartement d'Itachi.

- Tu vas bien ? Questionna Itachi.

Son petit ami se triturait nerveusement les pouces et semblait nerveux depuis ce matin. Itachi l'avait regardé s'acharner sur la télécommande de la télévision depuis une heure sans qu'un quelconque programme ne retienne son attention. Kakashi logeait quasiment chez lui, trouvant son appartement plus agréable que le sien. Surtout depuis qu'ils avaient commencé à l'aménager. Itachi avait dit vouloir mettre un peu de couleur dans sa vie et cela passait par son appartement. Kakashi s'était bien sûr proposé de l'accompagner et ils avaient écumé pas mal de magasin de meubles et de décoration ensemble. Néanmoins, il avait laissé le brun choisir car ses goûts en matière de déco étaient, il fallait bien l'avouer, assez désastreux. Itachi était venu une seule fois à son appartement et, s'il n'avait rien dit, il avait pu sentir que son intérieur l'avait un peu… surpris.

Il ne s'était jamais vraiment occupé de ses détails, achetant au fur et à mesure de ce dont il avait besoin, sans se soucier d'assortir les différents éléments de mobiliers ou de couleur ensemble ce qui donnait un résultat pour le moins original et hétéroclite. Un canapé bronze de style rococo assorti de deux poufs en plastique rose. Une table de salon en bois bleu ciel... Des tableaux qui côtoyaient des affiches scotchées à même le mur et cela, ce n'était que le salon. Si encore ça avait été rangé… Mais en plus, il y avait eu les restes agonisants d'une pizza au fond de sa boîte assortis de quelques autres déchets alimentaires et de quelques compagnes volantes qui s'en repaissaient goulûment, des vêtements à la propreté plus que suspecte échoués un peu partout… Bref, la catastrophe mais, habitué à vivre dans ce capharnaüm, il ne s'en était rendu compte qu'enapercevant le regard ébahi d'Itachi sur son lieu de vie.

Ils s'étaient débarrassés de certains des précédents meubles d'Itachi pour les remplacer par ceux qu'ils avaient sélectionnés et peints les murs dans de nouvelles teintes, profitant, une fois n'est pas coutume, de l'héritage conséquent des Uchiha qu'Itachi ne s'était pas senti le droit de toucher auparavant, se contentant de subsister grâce à son seul salaire. C'est là que Kakashi s'était vraiment senti utile en voyant Itachi se débattre avec un marteau pour monter ce qui aurait dû être une étagère… Il s'était occupé de tout le montage du mobilier, le brun se contentant de les installer et peignant les murs de fresques colorées et uniques. Le résultat était très agréable, il fallait le reconnaître. Toutes les pièces, même le refuge d'Itachi, y étaient passées.

L'ancienne pièce à rêves était devenue un Atelier/Bureau/Bibliothèque car la pièce avait été agrandie quand il avait cassé le mur qui séparait la pièce d'un petit local servant de débarras qu'Itachi n'avait pas utilisé, faute d'isolation suffisante. Kakashi avait posé les panneaux en polyuréthane revêtus d'un parement en plâtre et ils avaient pu profiter de l'espace ainsi gagné. Les toiles d'Itachi avaient été accroché aux murs dans tout l'appartement, seules les deux toiles qu'Itachi exposait autrefois sur les chevalets avaient été emballé puis remisées au fond d'une armoire, symbole d'un passé présent mais qui faisait place à l'avenir.

Le mobilier était résolument moderne alliant plastique, verre et métal. Pour adoucir ces matériaux rudes, Itachi les avait choisi en différentes tonalités. Entièrement bleue pour la pièce nouvellement créée par Itachi en des nuances variant du marine à l'azur pour rappelé la némophile, sa fleur de prédilection. Fond blanc avec des notes de violet et de turquoise pour le salon/séjour afin de mettre en avant le raffinement discret et le charme de la pièce, dualité entre la sérénité et l'invitation à la sophistication requise. La cuisine était dominée par une couleur terre profonde rehaussée de petites touches orange discrètes signe de renouveau et d'inventivité créative et ensoleillée. La chambre d'Itachi, première pièce à avoir été achevé, avait failli faire faire une syncope à Kakashi tellement elle était désormais symbole de fièvre et de sensualité…

La pièce était entièrement peinte en blanc couleur de neige très pure mais tout le mobilier était d'un rouge sang enflammé, du lit, en bois précieux, au plafonnier en passant par les tables de chevet. Il avait senti son sang pulsé dans ses veines en découvrant ce décor qu'il avait pourtant lui-même monté mais dont il n'avait pu voir les différents éléments ensemble. De plus, Itachi avait ajouté une toile au dessus du lit, la seule décoration visible de la pièce, la parure de lit étant complètement neutre. Il les avait peint, juste leurs visages, deux profils qui se faisaient face, la main de Kakashi effleurant la joue du brun en une douce caresse. Il avait dû réaliser cette toile lors de l'une de ces absences…

Il n'avait pu s'empêcher de faire face à Itachi et de reproduire le geste pour venir toucher la peau diaphane. Après étaient venues ses lèvres sur les siennes pour un baiser léger avant que le brun ne vienne de lui-même approfondir le baiser. Ils s'étaient ensuite laissés guider sur le lit pour venir s'explorer avec délicatesse mais sans aller au delà de la barrière de leurs sous-vêtements. Ils s'étaient simplement enlacés pour s'endormir ensemble d'un repos bienfaiteur. Itachi n'était pas prêt et lui-même se sentait très hésitant. Pourtant, il se sentait bien avec le brun, plus que bien même. Et depuis la visite de Kisame, il savait qu'il en était tombé profondément amoureux.

Le géant était venu leur rendre visite pour les aider dans leur emménagement, notamment pour transporter les pièces les plus lourdes du mobilier, Kakashi et Itachi ne pouvant le faire seuls. Itachi l'avait appelé comme il le faisait régulièrement. Depuis qu'il avait repris le travail, Itachi n'avait pas manqué de reprendre contact avec son premier ami et discutait beaucoup avec lui mais sans inviter l'argenté à participer à leurs conversations, ce qui avait eu le don de le rendre jaloux. Pas qu'Itachi passe plus de temps avec le géant qu'avec lui mais il aurait quand même apprécié qu'il lui fasse rencontrer son ami.

Un jour, Itachi avait cependant décidé, enfin, selon lui, de l'inviter à venir chez lui. En fait, Kakashi apprit par la suite que c'était Kisame qui s'était proposé, et pas qu'une fois, à venir les aider pour les aménagements de l'appartement mais qu'Itachi n'avait pas voulu l'impliquer pour ne pas avoir l'impression de profiter du géant. Quand il l'avait su et surtout, après avoir un peu discuté avec l'homme, il avait doucement rigolé. Comme si l'autre avait pu se laisser forcer à faire quoi que ce soit… Toujours est-il qu'ils avaient monté le canapé par les escaliers et qu'après cela, Itachi avait autoritairement décrété une pause pour boire un thé et reprendre des forces.

- Et bien, tu m'impressionnes la crevette ! S'exclama Kisame, un grand sourire aux lèvres devant les biscuits qu'Itachi déposa devant lui.

- C'est le minimum que je puisse faire, tout de même. Merci d'être venu, répondit le brun en souriant doucement.

- Fallait bien que quelqu'un vous file un coup de main ! Avec deux poids plumes comme vous, y'avait pas moyen que j'vous laisse comme ça ! Rugit le colosse avec un rire tonitruant. Kakashi fut un peu vexé par le « poids plume » mais ne pipa mot.

- Et puis, cela nous permet de faire connaissance, lâcha Itachi en désignant Kakashi.

- Ouais, acquiesça la force de la nature. Depuis l'temps que j'voulais rencontrer la personne qui fait sourire l'gosse. M'enfin, j'm'attendais pas à c'que ce soit un gars, avoua Kisame.

- C'est un problème ? Demanda suspicieusement Kakashi.

- Oh, non ! Moi, j'm'en tape tant que le gamin est heureux, affirma l'autre.

- Très heureux, confirma Itachi en venant saisir discrètement la main de Kakashi sous la table.

C'est à ce moment précis que Kakashi se rendit compte que, lui aussi, il était très heureux depuis qu'Itachi était entré dans sa vie. Il avait observé le visage rayonnant d'Itachi qui riait, avec cette élégance et cette espèce de retenue permanente qui lui était propre, aux plaisanteries, pas toujours très fines, de son invité. Il avait suivi les lignes du profil gracieux, depuis le front légèrement bombé jusqu'au bout de l'ovale du menton. Il en avait apprécié chaque détail, chaque infime sillon qui parcourait la peau d'Itachi. Et le doux sourire qui illuminait son visage alors qu'il le regardait lui retournait le cœur, le faisait battre plus fort. Il était amoureux.

Mais il n'avait pas osé le lui dire. Pas encore. Il cherchait la meilleure manière de le faire. Aujourd'hui, il s'était décidé. On était le 28 décembre et il voulait absolument lui dire avant la fin de l'année. Le seul problème qui se posait à lui était qu'Itachi ne lui avait rien dit non plus sur ses sentiments alors il n'avait pas de repères. Cela lui aurait sans doute été plus facile s'il n'avait pas eu la démarche à faire en premier. Et puis, plus que lui avouer ce qu'il ressentait, il voulait lui faire partager tout ce qui avait été sa vie avant lui. Lui raconter. Tout.

- Kakashi ? L'appela de nouveau Itachi, lui faisant reprendre conscience de la réalité. Il prit une grande inspiration, éteignit la télévision et agrippa la main d'Itachi pour le faire asseoir en face de lui sur le nouveau sofa en daim turquoise. Itachi le considéra avec des yeux trahissant sa perplexité.

- Je voudrais te raconter, déclara t'il simplement. Itachi, d'abord surpris, sembla comprendre ce dont il s'agissait et se cala confortablement.

Ce fut étrange d'évoquer à nouveau Obito et Rin, c'était comme de les faire revivre au travers de ses souvenirs.

Obito était un camarade d'Université. Un Uchiha. Itachi tiqua mais déclara ne pas se rappeler de ce membre de sa famille, sans doute du fait de l'écart de génération. Ce qui souleva une autre question mais Kakashi nia catégoriquement l'avoir abordé du fait de son nom ce qui rassura le plus jeune qui l'invita à poursuivre, lui montrant ainsi sa confiance, ne mettant pas en doute la véracité de son compagnon ce qui motiva celui-ci. Obito avait réussi à entrer à l'Université prestigieuse de Keiō mais ses notes étaient loin d'être excellentes ce qui n'était pas le cas de Kakashi, intégré avec un an d'avance et élève particulièrement studieux. On les avait forcé à travailler ensemble sur un projet en Mécanique des Fluides avec une fille de leur cursus, Rin. Rin était amoureuse de Kakashi qui s'en fichait royalement tandis qu'Obito désespérait d'attirer son attention. Dieu seul sait par quel procédé cela arriva mais ils devinrent amis. Obito tentait par tous les moyens de faire « décompresser » Kakashi, trop à cheval sur les règles selon lui et Rin faisait le tampon entre eux.

Cela avait été une nouvelle expérience pour Kakashi qui n'attendait rien des autres et qui n'avait que pour objectif de réussir à redorer le nom des Hatake après le suicide malheureux de son père qui avait ainsi déshonoré sa famille alors que son entreprise déposait le bilan, mettant plus d'une centaine d'employés à la rue, sans emploi. Il s'était juré de ne pas faire comme lui. Depuis, les seuls regards des autres étaient emplis de pitié, pour les plus gentils, ou de mépris affiché pour les autres. Kakashi avait appris alors à ne pas faire confiance, s'isolant de tous et ne se concentrant que sur ses études pour réaliser son but. Obito et Rin lui avaient montré qu'il se trompait et que personne ne pouvait vivre sans amis.

Après qu'il eut réalisé cela, la vie avait semblé plus belle à Kakashi. Obito était devenu son meilleur ami avec Rin, les seuls en fait. La jeune fille avait été déçue lorsqu'elle avait appris qu'il était gay et l'avait même soupçonné un temps de vouloir sortir avec Obito mais leurs relations, sur ce plan là, avaient toujours été claires. Ses amis étaient trop précieux pour Kakashi pour qu'il songe à la mettre en péril pour de basses considérations sexuelles. De toute façon, Obito n'avait d'yeux que pour Rin qui, sans être méchante, lui avait fait comprendre qu'ils ne dépasseraient pas le stade amical. Ce qui n'avait absolument pas découragé le jeune homme, bien au contraire. Il l'avait dit à Kakashi : « Renoncer à un rêve parce qu'il est impossible, c'est renoncer à rêver ». Et il avait continué à poursuivre la jeune femme de ses assiduités, au grand damne de cette dernière et sous l'œil amusé de Kakashi.

Mais ce bonheur était trop beau pour durer et tout bascula.

Un jour, Kakashi décida de faire découvrir la varappe à ses amis en les emmenant au mont Ogawa, dans la préfecture de Nagano, dans le Parc national de Chichibu, à cent kilomètres au nord-ouest de Tōkyō. Ils avaient commencé par les voies d'escalade les plus simples avant qu'Obito ne suggère de s'attaquer à des parcours plus complexes. Kakashi n'arrivait pas à se rappeler pourquoi il avait dit oui. L'ascension avait bien commencé mais alors qu'Obito venait de le dépasser pour assurer une nouvelle prise et planter un nouveau point d'ancrage, le mousqueton du baudrier s'était désolidarisé du harnais de sécurité, propulsant Obito dans le vide avant de le ramener contre la paroi. Armé de son piolet, il avait, par réflexe, tenté de le planter dans la roche mais le mouvement avait blessé Kakashi, lui frôlant le visage et lui causant une douleur incommensurable à l'œil, restreignant son champ de vision par le sang qui s'écoulait de la plaie sans qu'il puisse imaginer, sur l'instant, les dégâts occasionnés, ayant d'autres soucis plus pressants. Obito n'était plus resté accroché que par sa ligne de vie, son corps se balançant au dessus du vide.

Kakashi dut supporter le poids d'Obito malgré la douleur lancinante qui le tenaillait et assurer ses appuis pour éviter de se laisser, lui aussi, entraîné. Rin, quant à elle, avait réussi à se poser sur un petit surplomb rocheux, ce qui l'avait soulagé. Néanmoins, le matériel de location, manifestement de mauvaise qualité, céda une nouvelle fois et le harnais d'Obito se déchira à près de six mètres du sol. Aujourd'hui encore, il se posait des questions. S'il avait été plus rapide, cela aurait-il changé quelque chose ? S'il avait dit non à Obito, l'aurait-il écouté ? Telles étaient les questions qu'il s'était souvent posé après cela. Un ophtalmologiste avait examiné le coup reçu à l'œil de Kakashi. L'estafilade s'estomperait avec le temps mais l'iris et le cristallin avaient été irrémédiablement été endommagé et à moins d'une greffe rapide, il n'y aurait plus eut moyen de lui rendre la vue. Obito était allongé sur le lit à côté de Kakashi quand le médecin avait laissé tomber le verdict. Il avait appelé le médecin et avait fait part de sa volonté de céder ses tissus optiques pour sauver ceux de son ami. Kakashi l'avait traité d'imbécile, lui disant qu'il aurait besoin de ses deux yeux dès qu'il sortirait de l'hôpital mais Obito lui avait saisi la main et doucement, il lui avait dit qu'il savait qu'il n'en avait plus pour longtemps et qu'il ne voulait pas voir son meilleur ami devenir borgne par sa faute. Il avait ajouté que cela serait un grand honneur de pouvoir continuer à exister, de continuer à regarder Rin et vivre au travers du regard de son ami. Alors qu'il terminait sa phrase, le souffle d'Obito se fana et il fit un arrêt cardiaque.

Trop d'organes avaient été touché et les hémorragies internes n'avaient pu être totalement jugulé malgré les efforts des médecins qui n'avaient pu que calmer sa douleur et espérer un miracle. Miracle qui n'était pas survenu. Obito ne put être ranimé malgré l'opération en urgence et le concours de plusieurs chirurgiens. Les médecins avaient laissé la décision à Kakashi d'accepter ou non le don de son ami. Rin lui avait demandé d'y consentir, comme un dernier hommage à la mémoire de leur ami. Il l'avait fait. S'en était suivi une lourde opération de chirurgie. Son iris avait été recousu avec un fil de soie et pour sa cornée trop endommagée, on avait procédé à une kératoplastie pénétrante reconstructrice à l'aide des tissus d'Obito. Par la suite, il avait masqué sa cicatrice par un peu de fond de teint et il avait dû porter une lentille pour protéger la greffe. En souvenir d'Obito, il avait choisi une lentille colorée, de la même teinte que les yeux de son ami disparu bien que cela rende son regard vairon. Itachi passa doucement son doigt le long de la cicatrice de Kakashi, appréciant sa profondeur, tant physiologique que psychologique mais ne parla pas. Kakashi n'avait pas fini son récit.

Après l'enterrement, Rin avait disparu, incapable de lui faire face sans pleurer la disparition de son ami. Il n'avait pas su la retenir car il se sentait coupable dans le regard qu'elle lui lançait même si elle ne lui avait pas fait le moindre reproche. Il avait appris qu'elle s'était tuée deux ans plus tard, dans un accident de la route, alors qu'elle était sous l'emprise de l'alcool. Les Uchiha, eux, l'avait tenu pour responsable et le lui avait clairement fait savoir. Il n'avait pas eu le droit de se rendre sur la tombe d'Obito, dans la caveau familial. Depuis, il avait cessé de croire que tout pouvait être sous contrôle. Il avait changé grâce ou à cause de cette expérience, cela se voyait encore aujourd'hui. Il avait réalisé le rêve d'Obito en devenant professeur alors qu'il se destinait aux affaires au départ mais cela lui avait donné l'impression de faire quelque chose d'utile et puis, au final, il aimait son métier. Mais il avait aussi retiré une certitude de cette tragédie : celle que la loi de Murphy existait et qu'il ne pouvait définitivement pas être heureux. C'est ce qui le retenait dans cette relation avec Itachi. Il avait peur que tout finisse mal, comme un phénomène inéluctable.

Il était empli de doutes et d'incertitudes. Itachi voulut l'interrompre, sans doute pour le détromper mais il l'en empêcha en lui avouant qu'au départ, c'est parce qu'il l'avait surpris dans cette cafétéria avec Sasuke qu'il s'était intéressé à lui. Il s'attendait à ce que le jeune ne lui hurle dessus et lui demande de ficher le camp de chez lui mais au lieu de cela, il lui avait pris le visage en coupe dans ses mains et lui avait dit se moquer du pourquoi et du comment et l'avait invité à poursuivre, sentant qu'il n'avait pas encore terminé de décharger ce qu'il avait sur le cœur.

Il avait alors parlé de ses indécisions sur leur couple. Il avait senti le jeune homme frémir et se mordre la lèvre inférieure à ses mots mais il n'avait rien dit. Il lui avait exprimé qu'il n'était pas sûr que cette relation soit ce qu'il fallait à Itachi. En effet, le manque d'expérience d'Itachi avait un peu dépassé son aîné qui craignait que les positions d'Itachi en matière de sexualité ne soient pas complètement arrêtées. Il est vrai qu'à part Shisui, Itachi n'avait jamais eu de relations avec d'autres personnes, garçons ou filles et il mettait donc en doute, probablement avec raison, le fait qu'Itachi puisse réellement être attiré par lui ou les hommes en général.

Un autre de ces atermoiements concernait leur avenir commun. De fait, Kakashi n'avait jamais vraiment eu de relations suivies auparavant et il se disait qu'il ne serait pas à la hauteur de ce qu'attendait sans doute le brun sans compter que les sentiments pouvaient changer avec le temps et il n'était pas certain qu'Itachi et lui puisse former un couple sur la durée étant donné leur différence d'âge, Itachi ayant seulement vingt quatre ans et lui, trente trois et il ne se voyait pas de nouveau célibataire une fois la quarantaine passée si Itachi décidait de le laisser tomber. Et puis, ce n'était pas vraiment juste pour Itachi qui n'avait jamais eu l'occasion de vraiment sortir et de rencontrer d'autres personnes que lui…

- Arrête Kakashi, le stoppa Itachi.

- Mais…

- Je vois que tu as tout analysé, les tenants et les aboutissants mais… si tu crois que ça va me décourager, tu te mets le doigt dans l'œil, affirma le brun avec force.

- Itachi, tu ne sais pas… Tenta t'il.

- Effectivement. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, ni si « nous » est fait pour durer, ni si ton passé, ou le mien, ne seront pas trop lourd et ne nous handicaperont pas pour avancer ensemble mais il y a un facteur que tu as oublié dans ton équation, cher professeur, ajouta t'il doucement.

- Lequel ? Répondit Kakashi, indécis, en voyant le brun venir se serrer contre lui et relever lentement ses yeux onyx sur lui.

- Le fait que je t'aime, déclara Itachi avec toute la conviction dont il était capable.

Il en resta comme deux ronds de flanc et cela dut se voir car les lèvres s'étirèrent en un large sourire avant de venir réclamer un baiser ce qui réveilla Kakashi de sa torpeur et le fit répondre à la demande. Ce fut un échange tendre, amoureux, plein de promesses. Cependant Kakashi rompit l'étreinte ce qui provoqua un regard interrogatif chez son opposant. Mais il fallait qu'il lui dise.

- Je t'aime aussi. Je... Je veux voir où ça va nous mener, annonça Kakashi qui se sentait pousser des ailes et flotter sur une vague d'optimisme.

- Oui? Itachi ne se tenait plus de joie. J'aimerais que tu viennes vivre ici, j'ai du mal à te voir partir maintenant, confessa le brun.

- Vraiment ? S'étonna l'argenté.

- Bien sûr, sinon je ne te le demanderais pas, confirma l'autre en souriant mais se demandant s'il n'allait quand même pas un peu vite avec son compagnon, surtout juste après ses aveux mais celui-ci le rassura :

- On n'a pas fini de déballer les cartons, murmura Kakashi près de l'oreille du brun, le faisant frissonner.

- Il faudra faire de la place dans l'armoire de la chambre, décréta Itachi en se serrant encore plus contre l'argenté, heureux et serein.

- Oui, et… dans ton lit, souffla l'aîné.

- Oui. Oui, Kakashi, dit simplement Itachi en le regardant de nouveau dans les yeux.

Il ne lui en fallait pas plus. Il prit le jeune homme dans ses bras et alla le déposer délicatement sur le lit. Ils iraient jusqu'au bout cette fois. Il le déshabilla avec précaution et Itachi, tel une poupée de chiffon, se laissa faire docilement avant de venir également dévêtir Kakashi, les mains un peu tremblantes mais décidées. Ils se caressèrent longuement, ils avaient tout leur temps. Itachi rougit un peu en découvrant la virilité dressée de son compagnon mais Kakashi lui prit doucement la main et vint la poser sur son membre afin de le laisser apprivoiser cette vision. Le brun ne tarda pas à explorer la peau brûlante et sous les gémissements de plus en plus prononcés de Kakashi, il s'enhardi en posant ses lèvres sur le bout de la hampe. Kakashi dut l'écarter pour ne pas venir trop tôt et ne tarda pas à lui rendre caresse pour caresse. Il voulut stopper quand il se rendit compte qu'ils n'avaient pas de lubrifiant mais Itachi l'incita à poursuivre, confiant. Il le prépara alors avec douceur et, lorsqu'il le pénétra enfin, il le fit avec respect, laissant le jeune homme s'adapter à sa présence tout au long de sa progression. Ils ne firent bientôt plus qu'un, totalement unis dans un même mouvement, soumis à un rythme tantôt langoureux tantôt passionné avant de devenir frénétique. Kakashi fit en sorte que le plus jeune vienne en premier pour être sûr que son plaisir soit garanti mais quand il voulut se retirer pour éviter l'inconvénient de sentir sa semence s'écouler en lui, Itachi le retint de ses jambes. Après avoir repris son souffle et lorsqu'il lui demanda pourquoi, son amant lui murmura simplement :

- « Parce que je suis à toi ».

***

Le nouvel an arriva bien vite et avec lui, l'invitation de Sasuke à Itachi.

Celui-ci était très nerveux et redoutait ce moment. Heureusement qu'avant de venir Kakashi l'avait aider*(aidé) à se détendre… D'une façon qui leur convenait à tous les deux. Mais qui avait l'inconvénient de le faire marcher d'une façon un peu étrange…(j'aime bien le sous-entendu…lol) En se dirigeant vers l'entrée, Itachi fut une nouvelle fois confronté à une nouvelle difficulté mais cette fois, elle ne venait pas de sa relation avec Kakashi dont la main apaisante sur son épaule lui rappelait qu'il n'était pas seul, ce qui le soulageait grandement de la tension omniprésente. Il n'eut pas le temps de sonner que la porte s'ouvrit sur une femme blonde, de taille moyenne avec de grands yeux ambrés qui l'examina un instant ainsi que son compagnon avant de se mettre à hurler, faisant passer les tympans des deux hommes à deux doigts de la surdité :

- Jiraya ! Naruto !Sasuke ! Nos invités sont arrivés ! Venez les accueillir !

Puis, la voix se tut et la femme, âgée d'une cinquantaine d'année, se présenta, d'une voix douce, contrastant avec celle de dragon-destructeur-de-tympan précédente :

- Veuillez m'excuser. Je suis Tsunade et je parie que vous devez être Itachi-san, le grand frère de Sasuke et vous, Kakashi-san, son compagnon, non ? Fit-elle en les désignant tour à tour.

- … Ils se contentèrent d'acquiescer, un peu hébétés par l'appellation puis un nouvel hurlement se fit entendre.

- Hahahaha ! J'avais raison ! J'ai gagné mon pari, Jiraya ! Tu me dois une coupelle de sake ! Exulta la femme alors qu'un homme aux longs cheveux blancs la rejoignait, manifestement blasé par l'attitude de sa compagne. L'habitude, sans doute.

- Mais oui, mais oui, watashi no shirohato desu (ma colombe)[4]. Tu parierais n'importe quoi pour du sake, de toute façon… Aïe ! Fit le pauvre homme en se massant le crâne devenu douloureux suite à la délicatesse de sa moitié. Je suis Jiraya, le mari de cette folle, re-aïeuuuhhh ! Veuillez entrer, je vous prie, les invita t'il à faire en se massant son oreille brutalisée alors que Tsunade leur proposait gentiment d'ôter leurs manteaux et leurs chaussures.

- Euh… Merci de nous avoir permis d'être présent pour fêter l'ōmisoka[5], articula poliment Itachi.

- Oui, merci de nous recevoir, ajouta Kakashi, à peine remis du choc.

Ils s'installèrent dans le salon ou deux zabutons supplémentaires avaient été ajoutés, pour l'occasion. Sasuke bascula le choji et fit son entrée. Un sourire se dessina furtivement en apercevant son aîné avant de se transformer en grimace à la vue de Kakashi, ce qui fit sourire celui-ci. Il savait que Sasuke l'appréciait moyennement mais tant qu'il ne disait rien contre lui, ce n'était pas grave. Il devait faire ses preuves avant qu'il ne l'accepte, c'est à dire rendre Itachi heureux. Et jusque là… Il s'était pas trop mal débrouillé. Ils mangèrent les plats traditionnels composés d'une soupe chaude accompagnée de soba[6] (sorte de pâtes) que Tsunade avait agrémenté de divers plats, de sushi notamment, puis ils entamèrent quelques parties de hyakunin isshu karuta[7] avant de se préparer à se rendre au temple shintō le plus proche pour accomplir le rituel de l'Hatsumōde[8].

La discussion fut joyeuse et détendue. Itachi fut charmé par les tuteurs qui avaient eu la chance d'accueillir Sasuke dans leur foyer. Jiraya était une personne très gentille et un peu expansif tandis que Tsunade était une femme forte avec un tempérament assez explosif mais on sentait la tendresse et l'attention qu'elle portait à sa maisonnée quand elle tendit un chandail à Jiraya ainsi qu'un foulard à Sasuke et Naruto avant qu'ils ne sortent. Ses gestes étaient maternels et doux. Elle lui rappelait un peu sa mère, Mikoto, autrefois. En moins effacée. Elle parla longuement avec lui, s'intéressant à son travail, lui demandant s'il était bien installé, s'il avait besoin de quelque chose, comme l'aurait fait une mère pour son fils. Il se surprit à répondre sans cette retenue habituelle qui lui était propre. Il n'avait pas l'impression d'être un invité parmi d'autre mais un membre de la famille et Dieu sait que cela lui faisait du bien.

Sasuke aussi semblait bien, heureux. Il étudia le comportement de son cadet avec celui qui l'avait remplacé dans le rôle de frère toutes ses années. Pas qu'il lui en veuille, loin de là, mais il cherchait à savoir ce que son frère pouvait lui trouver de si extraordinaire. Également, il chercha à savoir ou entrevoir ce qu'il en était des sentiments de Naruto pour Sasuke. Le jeune homme semblait complètement extraverti à côté du brun bien que l'attitude de ce dernier soit nettement plus ouverte que lorsqu'il était avec lui ou Kakashi. Il comprit ce que voulait dire Sasuke quand il parlait de la lumière du blond. En effet, en plus d'être vraiment beau avec ce mélange de force leste et masculine, il émanait du blond une grâce radieuse, attirante et attractive. Les gestes inconscients de Naruto envers Sasuke trahissaient un fort attachement même s'il n'arrivait pas à discerner sa nature exacte. Tsunade, ayant remarqué ses regards insistants vers le blond et comprenant son intérêt, entreprit de lui relater l'histoire du point de vue qu'elle en avait avec Jiraya, avec des éléments dont Sasuke ne disposait pas.

Il avait compris alors le léger malaise qu'il avait ressenti en regardant Naruto. Certes, il paraissait heureux et épanoui mais on sentait qu'il s'agissait d'une carapace, une façade mais Tsunade lui confirma qu'elle ou Jiraya n'avaient jamais réussi à aller au-delà. Elle avait ajouté qu'à leur avis, seul Sasuke en serait capable… Itachi avait levé un sourcil à l'entendre mais il avait fini par comprendre que ni Tsunade ni Jiraya ne soupçonnait autre chose que des rapports fraternels extrêmement forts entre leurs deux pupilles. Cela l'inquiéta quelque part car même si lui et Kakashi avaient bien été reçu malgré le fait que Kakashi avait clairement été présenté comme petit ami, le fait que Naruto et Sasuke développe le même type de lien ne s'inscrirait peut-être pas dans le même cadre… Néanmoins, le couple semblait ouvert et c'était tout ce qui comptait pour le moment. Kakashi s'entendait particulièrement bien avec Jiraya, surtout depuis qu'il avait découvert qu'il était l'auteur secret de son livre préféré, Icha Icha Paradise, le livre que Sasuke trouvait douteux mais Jiraya et l'argenté en profitèrent pour souligner l'importance de ce « chef d'œuvre » dans la mise en place d'une technique de drague efficace.

A ces mots, Sasuke avait tiqué fortement en regardant Itachi et celui-ci avait laissé échapper un léger rire face à l'idée que se faisait son frère, particulièrement protecteur de sa vertu, qu'il n'avait plus d'ailleurs... Comme s'il avait été victime d'une quelconque méthode d'approche sournoise et vicieuse de la part de Kakashi. Il l'informa alors, le choquant sans doute à vie, que c'était lui qui avait fait le premier pas avec Kakashi et non l'inverse. Naruto, d'ailleurs, en voyant la mine traumatisée de Sasuke n'avait pu s'empêcher de rire à s'en rouler par terre, bientôt imité par la majorité des personnes présentes jusqu'à ce que le jeune brun ne se remette et boude copieusement dans son coin.

A minuit, ils se rendirent ensemble au temple de Meiji-jingū, en bordure du quartier Harajuku pour réaliser les tâches usuelles : faire la première purification à l'encens, la première prière, boire le premier verre de saké (toso), ce que seuls les adultes purent faire, Sasuke et Naruto étant encore mineurs. Enfin, ils tirèrent le sort (omikuji) pour la nouvelle année pour savoir si la bonne fortune serait au rendez-vous de cette nouvelle année. Tsunade se fit charrier par Jiraya car sa divination lui recommandait la restriction dans ses dépenses et l'économie dans le ménage mais elle lui rendit la pareille quand elle découvrit qu'il lui était demandé de faire preuve de plus de sérieux et d'une conduite plus vertueuse. Itachi et Kakashi ne montrèrent pas leurs papiers mais arboraient un léger sourire qui laissait entendre que le contenu était de bon augure. Sasuke lut le sien à part :

On ne peut chasser le brouillard avec un éventail de même que les mots que l'on n'a pas dit sont les fleurs du silence qui s'éteignent et se fanent. L'espace d'une vie est le même, qu'on le passe en chantant ou en pleurant, c'est pour cela qu'il ne faut pas s'inquiéter du lendemain[9][15].

Peu de mots mais un contenu on ne peut plus clair. Il n'y avait jamais cru jusqu'à présent mais en regardant derrière lui le visage radieux de Naruto qui avait pioché une excellente annonce concernant ses études, il ne put s'empêcher de vouloir y croire. Mais pas maintenant. Les cours reprendraient bientôt et les examens déterminants l'entrée à l'Université approchaient, ce n'était pas le moment. Alors, cette résolution prise, il se contenta d'observer Naruto, magnifique dans son kimono. Le haori et le hakama étaient tous deux de couleur bleu nuit, seuls les bordures étaient ornées de motifs blancs qui rehaussaient la beauté du costume agrémenté encore d'un obi entièrement blanc. Il était bien le seul à ne pas sembler avoir froid, ce qui étonnait toujours Sasuke qui, lui était heureux d'avoir accepter de porter le foulard imposé par Tsunade. Ce soir, ils portaient tous des costumes traditionnels. Même Tsunade s'était résolue à enfiler un kimono à motif d'oiseaux ailés.

Itachi vint se poster à ses côtés.

- C'est une belle soirée pour commencer l'année, déclara simplement l'aîné.

- Oui, akemashite omedetō gozaimasu ōnisan[10], répondit Sasuke.

- Yoi o-toshi o à toi aussi, otouto[11], répliqua Itachi en entourant son cadet de son bras.

Itachi était heureux de la manière dont s'était déroulée la soirée. La discussion avait été de joyeux ton et à aucun moment, ni Itachi ni Kakashi n'avait été mis à part, pleinement intégrés comme s'ils avaient toujours fait partie de la famille. Les deux plus jeunes étaient partis en avant pour rejoindre le parc Yoyogi pour faire voler leur cerf-volant du nouvel-an que Naruto avait insisté pour faire voler. Sasuke ayant dû céder devant ses yeux larmoyants, faisant sourire les adultes devant l'incapacité du jeune homme à résister à une demande du blond qui en profitait copieusement. Jiraya et Tsunade en profitèrent pour leur faire comprendre qu'ils seraient toujours les bienvenus chez eux et qu'ils étaient contents que Sasuke puisse enfin refermer ses plaies. Tsunade enlaça brièvement Itachi pour lui murmurer à l'oreille qu'elle était contente d'avoir deux fils supplémentaires dans sa maison. Itachi en avait failli se laisser aller à pleurer en public tellement il était touché et l'émotion était visible dans son regard. Il avait craint d'être jugé et sanctionné de questions sur son passé tout au long du dîner mais cela n'avait pas été le cas. Il avait été accepté, simplement, comme il était. Il vint trouver la main de Kakashi pour la lui serrer fortement, tâchant de lui transmettre son émotion et son besoin de soutien à cet instant. Sa poigne lui fut doucement rendue, signe que son amant partageait son émotion.

C'était le plus beau cadeau qu'il avait jamais reçu.

***

Le temps passa vite.

Les cours reprirent et Naruto démontra tout le côté positif de son expérience à l'étranger, ses notes n'avaient jamais été si bonnes. Ses professeurs le félicitaient tous et le soutenaient dans ses démarches d'admission auprès des Universités convoitées. Et il réussit haut la main ses examens, s'ouvrant ainsi la porte aux plus prestigieuses universités, de même que Sasuke. Il décida d'intégrer Keiō, connue pour son école de médecine et son niveau élevé d'exigence ce qui fit plaisir à Sakura qui s'y inscrivit également, ayant brillamment réussie, elle aussi. Sasuke le suivit et choisit également d'intégrer cette université pour y suivre un cursus d'étude en affaires et commerce, surtout pour être auprès de Naruto, malgré le fait que de nombreuses autres universités prestigieuses l'avaient sollicité. Gaara s'adapta facilement au mode de vie nippon et passa avec succès son audition à l'Université des Beaux-Arts où l'influence de son père lui permis d'aménager son emploi du temps de sorte qu'il puisse suivre en parallèle un cursus littéraire à Waseda, l'université tokyoïte, dont le programme dans le domaine de la littérature était particulièrement réputé. Shikamaru intégra également cette Université de premier plan pour faire son droit et devenir avocat, comme son père. Les deux jeunes gens étaient toujours en froid.

Le reste de la bande eut un bilan plus ou moins inégal. Kiba eut des résultats moyens à son examen et abandonna l'idée de suivre des études supérieures pour reprendre l'élevage canin familial avec sa sœur, Hana mais il en était pleinement satisfait. Neji, lui, choisit de partir suivre ses études aux Etats-Unis où il entra à la Stanford Graduate School of Business afin de se préparer à reprendre les affaires de son oncle. Ino échoua à son examen et fut contrainte de devenir une rônin. En attendant, elle travaillait à mi-temps dans une boutique de mode très huppée mais, étant donné qu'elle cherchait à se faire connaître en tant que styliste, cela ne la dérangeait pas vraiment et elle avait pour projet de créer sa propre ligne de vêtement avec les encouragements de Sakura. Shino fut accepté à l'Université de Tōkyō pour y étudier la place des insectes dans la structure agricole ce qu'il leur annonça du bout des lèvres sans qu'on puisse réussir à lui tirer quoi que ce soit d'autre. Lee, quant à lui, se préparait à reprendre le dojo de Gai-sensei, ce dernier n'ayant pas d'enfant et considérant Lee comme son successeur. Tenten, enfin, échoua lamentablement à ses examens mais ne se démoralisa pas pour autant, elle choisit de prendre une année sabbatique et de parcourir le monde avec son sac à dos malgré les craintes de ses parents. Elle avait décidé de voir le monde avant de se retrouver mariée avec des enfants sur le dos comme elle disait. Sa famille étant assez aisée, les moyens ne lui manquaient pas.

Elle rompit avec Naruto avant son départ mais cela n'affecta pas vraiment le blond qui lui souhaita bonne chance et l'encouragea à réaliser ses rêves. Assez étrangement, les jours qui suivirent la rupture furent l'occasion de voir un Sasuke particulièrement guilleret… Les relations entre Naruto et celui-ci étaient au beau fixe. Comme si tout était redevenu normal et qu'il n'était plus question que de rapports fraternels entre eux mis à part quelques gestes de temps en temps de la part de Sasuke qui pouvait laisser entrevoir ce qu'il en était réellement. Des mains qui restaient plus longtemps que nécessaires, un contact plus fortement recherché… Tout était très subtil et Naruto ne semblait ne rien voir. Ils avaient tous deux repris un poids normal à croire qu'ils ne pouvaient bien se porter que si l'autre était présent et l'aube de leur dix-neuvième année s'annonçait rayonnante. Pour ce qui est de Gaara et Shikamaru, cela n'avait rien à voir. Le roux se montrait ouvertement hostile voire agressif avec le brun qui l'ignorait ostensiblement. Naruto réussit à faire parler Gaara mais cela ne résolut pas le problème. Personne ne pouvait forcer Shikamaru à être amoureux de Gaara et on pouvait comprendre la réaction du roux face au rejet dont il était la victime. De fait, tous essayaient de ne pas les faire se rencontrer et s'arrangeaient pour que l'un soit absent quand l'autre était présent. Autant dire que l'ambiance était plutôt tendue de ce côté-là.

Ce jour-là, les amis s'étaient donnés rendez-vous dans le parc de Shinjuku pour passer le dimanche ensemble, les contraintes de leurs emplois du temps respectifs ne leur permettant plus de se voir aussi régulièrement qu'autrefois. Personne ne voulait perdre contact et cela leur faisait du bien de se retrouver. Gaara et Shikamaru étaient également présents mais on les avait séparés géographiquement de façon à ne pas créer d'esclandre. Les discussions allaient bon train et les rires s'élevaient, joyeux, autour du groupe malgré les températures encore fraîches pour la saison et la relative humidité qui rendait leur installation, malgré les couvertures disposées au sol, assez inconfortable. Ce fut probablement Ino qui lança le sujet et ils se retrouvèrent à parler de leur avenir, mariage et enfants et Ino se retrouva à charrier Sasuke sur son absence actuelle de petite amie.

- Alors, beau ténébreux, pourquoi tu sors pas un peu ? Depuis que Naruto est rentré, il faut quasiment te supplier pour sortir, gémit-elle.

- Les examens étaient prioritaires, répondit ledit ténébreux, laconiquement.

- C'est pas comme ça que tu vas te trouver une gentille épouse et Naruto non plus. Depuis que Tenten est partie, il est tout seul, le pauvre, compatit faussement la blonde.

- Ça va, Ino. On est ravi que tu te sois dégotée un Jules, maintenant lâche-nous, marmonna Sakura.

- Sois pas jalouse, grand front, susurra la blonde. Tu trouveras bien toi aussi un homme… un jour (une veine battit furieusement sur le « grand front ») mais j'ai le droit de m'inquiéter pour mes amis, reprit-elle. Il va bien falloir vous séparer un jour et faire votre vie, argua t'elle.

- Se séparer ? Demanda Naruto. Ino poursuivit sans s'apercevoir qu'elle s'aventurait en terrain sensible.

- Et bien oui, Naruto. Il viendra un jour où il vous faudra faire votre vie chacun de votre côté, conclut elle, fataliste.

- Tu te trompes, Ino, voyons, relativisa Naruto, le visage soudain très pâle. C'est pas comme les couples qui divorcent ou cessent de s'aimer. Sasuke et moi, on sera toujours ensemble et on se quittera pas. Naruto se tourna vers Sasuke et lui demanda : Hein, Sasuke ?

- Bien sûr que non. Jamais.

Sasuke se leva et vint le serrer dans ses bras en jetant un coup d'œil incendiaire à Ino sous le regard ébahi de leurs amis. Il lui murmura un « Viens, on rentre à la maison » avant de récupérer leurs affaires et de s'en aller sans un mot. Pour la première fois, Shikamaru et Gaara échangèrent un regard empli de compréhension. Ils avaient enfin deviné, du moins en partie la cause de l'aveuglement du blond… Sakura, elle, venait de réaliser. Le choc fut intense. Elle fut dégoûtée pour commencer. Elle savait que Gaara était gay mais elle ne le connaissait pas comme elle connaissait Naruto et Sasuke. Puis, tout se mit en place dans sa tête. Le comportement de Sasuke devant Tenten, la façon dont il protégeait le blond, ses regards. Tout concordait. Elle avait souvent oublié qu'ils n'étaient pas frères de sang car ils se revendiquaient comme tels depuis si longtemps, qu'elle avait oblitéré ce détail. Le fait qu'ils soient deux hommes aurait dû la gêner mais au fond, elle se rendait bien compte qu'il ne pouvait en être autrement. Considérer Sasuke sans Naruto ou Naruto sans Sasuke était inenvisageable en réalité. Peut importaient leurs sexes. Ils s'aimaient, cela lui sautait aux yeux à présent.

- Vous avez compris quelque chose à ce qui vient de se passer ? Questionna Ino, qui ne se remettait visiblement pas.

- Ben, c'est évident ! L'amour de Naruto et Sasuke s'envole comme une fleur dans le vent fougueux de la jeunesse, déclara Lee. Des regards étonnés accompagnèrent cette déclaration ce qui incita le curieux jeune homme aux sourcils fournis à poursuivre : Ben quoi ? Ça se voit qu'ils sont tendrement épris l'un de l'autre, je ne suis quand même pas le seul à l'avoir remarqué, si ?

- Sasuke et Naruto ? Répéta Ino, éberluée. Naruto… et Sasuke ?

- Mais… ils sortent avec des filles, s'étonna Kiba.

- C'est parce qu'ils n'assument pas, déclara Shino avant de se replonger dans son mutisme.

- Je trouve ça… assez.. beurk, ajouta Ino, écœurée. Deux mecs…

- Sûr que c'est zarb, compléta Kiba, un peu mal à l'aise.

- Je suis gay, dévoila Gaara. Je vous fais horreur, moi aussi ?

- …

- …

- Tu parles d'une bande d'amis, conclut Gaara.

- Faut nous comprendre, se justifia Kiba. J'aurais jamais pensé à un truc dans ce genre…

- Et ça change quelque chose ? Reprit Gaara, agressif.

- Non, déclara sobrement Shino suivit par Lee et Sakura. Shikamaru demeura silencieux mais secoua négativement la tête, ses yeux perçants braqués sur le roux.

- Je crois qu'il va me falloir un peu de temps pour m'en remettre, fit doucement la blonde. C'est pas tous les jours que les fantasmes de votre adolescence virent de bord, soupira t'elle. Mais finalement, c'était assez évident, conclut-elle, philosophe. Mais quand même…

- Ouais, t'as raison Ino. Naruto reste mon pote, homo ou pas, mais c'est vrai que ça fait un choc, ajouta Kiba. J'y aurais jamais cru!

- Pour l'instant, ils n'en sont pas là, rappela Sakura. Mais quand ils seront prêts, nous devrons leur montrer notre soutien.

Tous acquiescèrent et les conversations recommencèrent bien que l'ambiance ne soit plus aussi détendue qu'auparavant, l'ombre des deux absents planant avec son lot de questionnements.

***

Les choses reprirent leur cours. L'université se révéla être un environnement moins stressant que le lycée. Les cursus étant moins généraux et volontairement choisis, ils étaient beaucoup plus attrayants et moins lourds et la pression n'était pas la même. On étudiait en vue de son futur métier pendant quatre ans en moyenne et la plupart des étudiants en profitaient aussi pour laisser libre cours à des activités annexes qui faisaient la fierté de leur Université. Naruto étaient très pris par ses cours de médecine mais passait son temps libre au dojo avec Sasuke. Celui-ci, plus libre, avait décidé de s'investir dans le journal du campus, mettant ainsi en application la devise de l'Université Calamvs gladio fortior soit : « la plume est plus forte que le glaive ». Il s'était découvert un penchant pour l'écriture lors de l'absence de Naruto. Mettre ses pensées par écrit était un conseil d'Itachi et lui avait fait du bien. Il cachait soigneusement par ailleurs sa prose au blond qui en était l'objet et se refusait à considérer cette occupation comme un « journal intime ». Trop fleur bleue à son goût. Pas du tout Uchiha.

Il retrouvait Naruto aussi souvent que possible et leurs entrevues apaisaient son âme. Il avait commencé à tenter de faire comprendre au blond la nature de ses sentiments mais Naruto ne semblait pas réceptif. Il avait compris que leurs amis étaient au courant mais comme ils continuaient à agir naturellement avec eux, il ne s'en était pas inquiéter. Au contraire, cela l'avait soulagé car il savait mieux que quiconque à quel point Naruto tenait à ses amis. C'est d'ailleurs avec joie qu'il avait accepté une sortie avec ceux-ci. Gaara avait reçu le privilège d'être sélectionné pour jouer au NHK Hall, dans l'auditorium, et leur avait obtenu des places. Tsunade et Jiraya avaient également décidé de venir avant leur départ pour leur seconde lune de miel, appréciant beaucoup le roux qui avait été l'ami de leur pupille pendant son temps passé en Grande Bretagne et avec qui Jiraya et Naruto pouvaient librement parler russe, ce qui énervait Sasuke, lui ne comprenant pas un mot de la langue et sentant bien que parfois, il était la cible de leurs blablatages…).

Le roux avait gardé le mystère sur le morceau qu'il allait accompagner et leur avait demandé de ne pas chercher à savoir, afin de conserver la surprise. Il leur avait simplement donné comme indice qu'il s'agissait d'une œuvre d'un compositeur russe méconnu, Alexandre Glazounov. Ils s'installèrent confortablement sur les fauteuils et discutèrent tranquillement avant que les lumières ne s'éteignent. Sasuke saisit la main de Naruto dans la sienne et le blond lui sourit. Dieu qu'il était beau, pensa Sasuke qui résista difficilement à l'envie de l'embrasser qui le tenaillait. Il avait franchement l'impression que le blond avait dressé une barrière entre eux pour empêcher toute évolution de leur relation mais il ne savait pas comment passer outre. Et il avait vu le résultat que cela donnait quand il avait laissé libre cours à ces impulsions. Il ne voulait pas effrayer le blond non plus et sentait qu'ils étaient dans l'impasse. Comment faire ?

Les premières notes s'élevèrent, le solo de Gaara faisant entendre son chant mélodieux, le son s'élevant, fluide et transcendant par la maîtrise du roux. Sasuke sentit la main de Naruto se crisper sur la sienne mais il n'y prêta pas attention, les réactions de Naruto en matière de musique étaient toujours vives, comme s'il vivait chaque morceau joué. Pourtant, quand il l'entendit haleter fortement il tourna la tête pour l'observer. Même sous l'effet de la lumière tamisée, il vit nettement la pâleur cadavérique de son visage et l'expression crispée du blond.

- Naruto ? Naruto, ça va ? Demanda t'il, angoissé, alors que ses tuteurs et ses amis s'étaient aperçus que quelque chose n'allait pas et les regardaient anxieusement.

Tsunade se leva sous les murmures indignés des spectateurs, outrés de ce remue-ménage qui les empêchaient d'apprécier pleinement le concert. Naruto serrait convulsivement la main de Sasuke, le regard lointain, alors que Tsunade lui parlait pour tenter de le faire réagir. Inconscient de ce qui se jouait en salle, la musique continuait à s'élever, de plus en plus forte. Soudain, Naruto se leva de son siège, le corps tendu vers l'avant, repoussant tout le monde, Sasuke compris.

Un cri inhumain de détresse se fit entendre. Puis le corps du blond s'effondra, pris de convulsions.

***

Pour info, le morceau joué par Gaara est le Concerto pour violon en la mineur, opus 82 – I d'Alexandre Glazounov.

Et oui, je vous laisse comme ça mais normalement, priez pour que j'y arrive mais la semaine prochaine, vous devriez avoir THE chapitre, celui du passé de Naruto et vous comprendrez alors la signification du mot « cruel » et « glauque »…

Je vous laisse méditer là-dessus…

Bonne semaine!


[1] Il est d'usage de pas ouvrir le cadeau en présence de la personne qui l'offre, néanmoins, en famille, cela me semble un peu surannée comme croyance donc… Sinon, il est également d'usage de ne pas offrir des objets par nombre pair sauf, si il y en a plus de dix et il faut surtout ne pas offrir quatre objets car le chiffre quatre (shi) est un synonyme de "mort".

[2] Traditionnellement les puddings étaient préparés le week-end qui précédait l'Avent, ou immédiatement après, c'est-à-dire quatre à cinq semaines avant Noël. Le Christmas pudding est un pudding lourd, cuit à la vapeur avec des fruits secs, des noix et généralement fait avec de la graisse de rognon. Il est d'apparence sombre - voire noir – , conséquence de l'utilisation de sucre brun et de mélasse noire dans la plupart des recettes et de sa longue cuisson. Le mélange peut être humidifié avec du jus d'agrumes, du Cognac (eau-de-vie) ou d'autres alcools (quelques recettes utilisent notamment des bières brunes comme la Mild, la Stout ou la Porter).

[3] Il est de coutume au Japon de faire un grand ménage dans toute la maison en fin d'année ainsi que de régler toutes ses dettes pour commencer la nouvelle année de façon saine.

[4] Alors, je crois avoir respecté ce que je connais de japonais et je m'excuse si ce n'est pas ça, mais j'ai essayé d'utiliser une expression qu'on m'a transmise : 私白鳩です。Soit en romaji, watashi no shirohato desu c'est à dire ma colombe (ou littéralement je ma pigeon blanc être). Vous aurez compris le parallèle avec la légendaire pigeonne…

[5] C'est le réveillon du 31 décembre.

[6] Appelées également kake (dettes), elles symbolisent que l'on a payé toutes ses dettes de l'année. Les soba (蕎麦 / そば , soba) sont avec les udon les pâtes les plus consommées au Japon. On les prépare avec de la farine de sarrasin mélangée à de l'eau, que l'on étale sur une plaque et qu'on tranche en fines lamelles d'environ 1 à 2 mm de largeur. On les plonge ensuite dans de l'eau bouillante, comme on le fait pour les pâtes européennes. Elles sont généralement consommées soit dans un bol rempli de tsuyu chaud (sorte de bouillon), soit rincées à l'eau froide.

[7] Basé sur la compilation de poèmes du même nom (Hyakunin isshu), c'est un jeu de cartes traditionnel du premier de l'an au Japon.

[8] Hatsumōde (初詣, Hatsumōde) est la première visite au sanctuaire shintō ou au temple bouddhiste du Nouvel An japonais.

[9] Composition personnelle incluant différents proverbes japonais et si l'on met le tout bout à bout, ça veut dire quelque chose comme : Fonce Sasu !

[10] Littéralement : « Félicitation à l'aube », ce sont les vœux de bonne année. Pour ōnisan, cela signifie grand frère.

[11] Petit frère. Pour ce qui précède, il s'agit également des vœux de bonne année, formule usuelle dès que le réveillon est passé.