CHATON

Désolée pour le retard! Je me rends compte seulement en postant que le dernier chapitre remonte à deux semaines maintenant. Le temps passe trop vite, que voulez-vous! Surtout que ce chapitre si n'est pas le plus long, ni le plus technique à écrire mais je n'ai pas eu le temps de me mettre à la correction avant... hier. J'ai fait au plus vite pour ne pas vous faire attendre plus longtemps. J'espère du coup que vous excuserez les erreurs et coquilles qui auront pu échapper à ma vigilance! ^^"
Je dois ici préciser (et je pense que certains le verront) qu'un épisode de la série House a eu une très forte influence sur une des scènes.
Merci, merci, merci à tous pour vos commentaires! Vous n'imaginez pas à quel point ils ont été appréciés durant ces deux dernières semaines (qui ont été assez horribles de mon côté). J'ai normalement répondu à tout le monde par MP pour les membres connectés, et sur mon LJ pour les reviews anonymes.
Le chapitre 22 n'arrivera pas ce mercredi (ne rêvons pas!) mais comme je vais être bientôt en vacances, je fais essayer de faire en sorte de ne plus prendre autant de retard (d'autant plus qu'à partir du chapitre 23, si mes souvenirs sont bons, les corrections seront beaucoup plus simples).
J'espère que le chapitre vous plaira!


Piqûre de rappel

Quinn Riley - recruteuse chez les Caerphilly Catapults
Crispin Boot - guérisseur principal des Caerphilly Catapults
Terrence MacGrigor - président des Caerphilly Catapults
Moïra Sander - stagiaire au Daily Wizard
Darwin - journaliste au Daily Wizard
Gilda Green - rédactrice en chef du Daily Wizard
Inger Svenson - ex-"fiancée" de Roger Davies
Augustus Blum - chanteur sorcier à succès, actuellement en couple avec Inger Svenson
Libby Livingstone - présidente des Wigtown Wanderers
Walter Ellis - Poursuiveur des Wigtown Wanderers
Ignace Trebleton - président du club de Flaquemare


Dans l'œil du cyclone

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OU EST PASSE OLIVIER DUBOIS ?

(Balai Magazine, édition du 21 juin 2004)

Il a disparu durant quatre années pour refaire une apparition fugace et marquante lors de la conférence de presse de la décennie, pour l'annonce de son grand retour. La presse entière était alors réunie, prête à assister à la renaissance de celui qu'on annonçait déjà fini.

Mais depuis quinze jours, nous sommes à nouveau sans nouvelle d'Olivier Dubois. Pas une déclaration, pas une photo officielle ou même officieuse n'a filtrée. Personne ne l'a vu, personne ne semble savoir où il se trouve.

Ou ceux qui savent ont fait le choix de se taire.

Le club des Caerphilly Catapults s'en tient à sa politique depuis la conférence : aucune déclaration. Le porte-parole a toutefois laissé entendre que le traitement de la dépendance du joueur nécessitait son isolement pour quelques temps.

Beaucoup de questions se sont posées quand l'annonce de la signature du contrat a été ébruitée. La plupart concernait la capacité au joueur à revenir à un niveau, plus encore après son apparition devant la presse. Malgré l'optimisme des dirigeants et du staff (Quinn Riley, la recruteuse à l'origine de ce contrat, était plus que confiante à ce sujet), nombreux sont ceux à toujours douter.

Beaucoup d'observateurs voient aujourd'hui ces jours de disparation comme un mauvais présage.

Les nouveaux coéquipiers de Dubois n'avaient sûrement pas besoin de tout ce battage alors qu'ils doivent à tout prix se concentrer pour le match de la prochaine journée : une rencontre au sommet face aux Irlandais de Bats.

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— A ce qu'on dit, c'est très dangereux. Pas sûr qu'il y survive en vérité.

— Évidemment… Mon oncle a essayé d'arrêter. Il est devenu complètement fou. On a du le faire interner. Il paraît que Sainte-Mangouste est plein de sorciers comme lui. Et encore, ce n'était que de l'herbe de Circée ! De ce que je sais, ce type n'en est plu…

Les murmures s'interrompirent quand les deux commères, deux jeunes gens de toute évidence fraîchement débarqués à Caerphilly, aperçurent Crispin Boot. Le guérisseur les foudroya du regard. C'en était assez !

Depuis deux semaines, le même nom, les mêmes questions étaient sur toutes les lèvres. Employés du club, journalistes, supporters… Peu de monde, même chez les Cats, savait vraiment de quoi il retournait.

Les joueurs préféraient l'ignorer. Wang, le gardien chinois, hurlait sur quiconque en parlait.

Au détour des couloirs, les murmures se multipliaient. Et lorsque Quinn Riley, le guérisseur Boot, ou de manière plus discrète pour le président MacGrigor, passait, chacun retenait son souffle et espérait qu'un détail finirait par filtrer. Ceux qui savaient étaient tenus au secret. Par loyauté (parfois un peu forcée), ceux qui entrapercevaient quelques bribes de conversations les imitaient.

Crispin Boot avait bien d'autres choses à penser. Les ragots, les rumeurs, les articles, les journalistes qui faisaient le pied de grue devant les portes du club et de son cabinet… Tout l'écœurait. Tous semblaient oublier qu'il y avait, dans la structure de Caerphilly, dans une chambre à l'isolement (cellule était un terme plus adapté), un homme qui combattait l'addiction qui le dominait depuis des années.

Sur les méthodes employées, le médicomage ne rendait de compte à personne, excepté au président. Et parfois, quand il la croisait, il parlait à Quinn Riley. Comme à cet instant où, l'air soucieux, elle avait fondu vers lui lorsqu'elle l'avait aperçu.

Elle jeta un regard circulaire autour d'eux avant de se lancer.

— Alors ?

Cette simple question, à peine murmurée, voulait tout dire. Etait-il en vie ? Etait-il encore dérangé ?

Etait-il enfin prêt à jouer ?

Le guérisseur, inlassablement, lui répondait de la même façon.

Dubois devait encore rester enfermé. Il ne souhaitait pas quitter la chambre. Et oui, les visites étaient toujours déconseillées. Bien que stressantes pour son patient, qui ressentait plus encore l'effet du manque, c'était principalement sur les visiteurs que l'effet néfaste se faisait sentir. Seul Terrence MacGrigor passait le voir de temps à autres. Il ne jetait guère plus d'un rapide coup d'œil, que le joueur ignorait et repartait sans rien dire.

Dubois était en proie à des hallucinations. Il avait passé des nuits entières totalement prostré, à murmurer sans cesse le même prénom. Presque inaudible pour Boot mais surement celui de sa fille, Mary. C'est ce que le guérisseur avait imaginé.

Son patient s'était battu contre des ennemis invisibles, s'abîmant les poings, les forçant à le mettre quelques heures en camisole. Dévoré par une fièvre qui le faisait délirer, il avait fondu en quelques jours et s'était considérablement affaibli. La question de la condition physique du joueur était inquiétante. Durant de longues heures, il en avait discuté avec son président.

Hier seulement, son état avait semblé s'améliorer.

Le sevrage physique n'était que de soixante-douze heures. Dubois était à l'isolement depuis bientôt quinze jours désormais.

— Il l'était à ce point ? demanda Riley, les sourcils froncés.

— Le sevrage physique est passé. C'est dans sa tête désormais.

— Comme sa douleur à l'épaule ?

— C'est différent… expliqua le guérisseur dans un soupir. Cette blessure a été un vrai traumatisme. Ce n'est pas que d'un soutien médical dont il a besoin.

La recruteuse leva les yeux au ciel. Boot savait qu'une thérapie était une des conditions sine qua non de l'accord qui avait été signé. Mais il ne fallait avoir un troisième œil pour se douter qu'elle n'aboutirait à rien avec un patient aussi peu coopérant, surtout si elle se limitait à une question de dépendance.

— Vous devriez vous occuper de l'après, suggéra-t-il avec douceur. Il sortira de cette chambre, je peux vous l'assurer.

— Mais il devra s'intégrer…

L'air abattu de Riley l'attrista.

— Les joueurs ne sont pas très chauds pour ça, c'est ça ? demanda-t-il.

L'équipe n'avait pas été avare en commentaires lors des soins qui avaient suivi le match de dimanche dernier. Wang n'était pas une affaire, tous l'avaient reconnu. Mais le remplacer par une loque, un raté, un type à qui on ne peut pas se fier était une chose qui les dépassait. Pire encore, ils faisaient partis de ceux convaincus que l'affaire du Toxico se reproduirait.

— Les joueurs ? s'esclaffa Quinn amère. S'il n'y avait que les joueurs ! Personne ne croit en lui. En ce moment, même pas moi…

Devant le scepticisme de Crispin, elle se reprit.

— Si, avoua-t-elle à regret. Je crois en lui. Je n'ai pas vraiment le choix.

— Vous devriez passer le voir, suggéra-t-il.

Un éclat de rire sincère échappa la jeune femme.

— Ça risque de remonter son moral. Mais au détriment du mien.

Le guérisseur ne pouvait pas dire le contraire. Riley n'était (et c'était inquiétant selon le président) pas en état de lutter. Boot était cependant convaincu qu'il fallait que quelqu'un soutienne et épaule Dubois… Quinn était pour cela toute désignée. Même le joueur faisait tout pour la chasser.

Le guérisseur n'eut pas le temps d'essayer de la convaincre. Des éclats de voix et des bruits de pas leur parvinrent de l'autre bout du couloir. L'équipe technique, détergents magiques en main, s'étaient tus en les découvrant et les observaient avec curiosité. D'un discret signe de la tête, Boot invita à changer de sujet.

Le début du mercato et l'arrivée prochaine, tout le monde l'espérait, de leur nouveau Poursuiveur brésilien était un alibi parfait.

Cela ne trompa cependant personne. Mais depuis quelques temps, chez les Caerphilly Catapults, on faisait tout pour protéger ses petits secrets.

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Moïra tendit la main pour tenter de rattraper la pile de lettres qui était en train de tomber de son bureau. Sans succès. Les parchemins se répandirent sur le sol, le recouvrant presque entièrement dans un rayon d'un bon mètre.

La jeune femme retint grand peine un cri de frustration. Elle avait de bonnes raisons d'être furieuse. Tout d'abord, elle venait de faire tomber la pile (certes en équilibre précaire) des lettres arrivées ces trois dernières semaines concernant Chaton. Lettres qu'elle avait triées, classées et annotées durant ce même laps de temps. Tout était à refaire désormais.

Cela faisait des jours qu'elle demandait l'autorisation d'agrandir magiquement son bureau. Elle ne pouvait plus travailler sur ce minuscule coin de table. Mais cela devait passer par le type de l'aménagement (Darwin avait déjà élargi le sien, pour une question d'interférence, elle ne pouvait pas lancer le sortilège elle-même) et ce dernier ne semblait pas décidé à prendre en compte sa requête.

Pour couronner le tout, les regards consternés que le reste de la rédaction lui adressaient en ce moment même, la mettaient hors d'elle. Oui, elle n'était que stagiaire. Oui, son enquête ne menait pour l'instant à rien. Oui, elle était maladroite. Mais ce n'était pas une raison pour se moquer.

Au fond, Sander savait que, plus qu'elle, c'était la réaction de Darwin, le collègue qu'elle suppléait, qu'on attendait.

S'agenouillant sur le sol pour rattraper son erreur, Moïra s'efforça de ne pas lever la tête dans sa direction. Elle fronça les sourcils et serra les dents, attendant la remarque que son tuteur ne manquerait pas de lui adresser.

Darwin, de ce qu'elle avait pu découvrir à ses côtés depuis plusieurs mois maintenant, n'était pas coutumier des éclats de voix ou d'accès de colère. Il était plutôt placide et flegmatique. Mais depuis une dizaine de jours, depuis le retour du Toxico, il avait une nette tendance à s'agacer et s'énerver. Notamment à propos des bêtises de sa stagiaire.

— Désolée, dit-elle de manière préventive.

N'ayant pas de réponse mais pouvant presque sentir son regard peser sur elle, elle reprit.

— Je vais tout ramasser. Je vais me débrouiller.

Moïra regroupa rapidement les parchemins, lança un sortilège d'attraction pour récupérer ceux tombés au loin et se redressa. Darwin n'avait pas bougé, pas réagi. Le journaliste était assis à son bureau et scrutait le parchemin posé devant lui.

Il n'avait même pas remarqué ce qui venait de se passer. Il n'allait pas lui faire de reproches. Il s'en moquait. La jeune femme lança un regard triomphant au reste de la rédaction avant de se replacer derrière son bureau. Elle hésita longuement mais finit par s'éclaircir la voix.

— Ça va ?

Le journaliste sembla sortir lentement de sa torpeur et leva les yeux vers elle.

— Quoi ?

— Je vous demandais si ça allait…

— Évidemment, répliqua-t-il les sourcils froncés. Pourquoi ?

Sentant que répondre serait une erreur (l'humeur massacrante de Darwin était le nouveau tabou de la rédaction, du moins lorsqu'il était là… le reste du temps, c'était le sujet dont il fallait parler), elle changea de sujet.

— J'ai peut-être une nouvelle piste pour Chaton.

Le journaliste laissa échapper un ricanement, qui désarçonna quelque peu la jeune femme.

— Euh... C'est une lettre d'une sorcière du Yorkshire qui...

— Laisse tomber, finit-il par déclarer.

— Mais je pense que ça...

— Chaton. Laisse tomber Chaton.

— Quoi ?

— On abandonne l'affaire. On se fout complètement de qui Roger Davies a pu sauter. J'imagine que trouver celles qu'il n'a pas pratiquées seraient déjà plus intéressant…

Choquée par le terme employé (Darwin était plus d'habitude plus élégant), Moïra mit quelques secondes à réagir.

— Mais Mrs Green a dit que...

— Green ne sait pas ce qui est vraiment important.

Le journaliste se laissa retomber dans son fauteuil et reprit son air absent. Les bras ballants, Moïra finit par l'imiter. Il pensait au Toxico, forcément.

Si Darwin laissait tomber, Green n'allait sûrement pas apprécier.

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POUR LA PAIX DES MÉNAGES

(Daily Wizard, édition du 21 juin 2004)

Alors que « Femme bafouée » a atteint la troisième place des titres les plus diffusés sur la RITM cette semaine, Inger Svenson se déclare désormais comblée. Celle qui a tant souffert depuis la révélation de l'adultère de son ex-fiancé, Roger Davies, a repris du poil de la bête. Traverser cette épreuve l'a rendue plus forte. Alors que tout lui sourit, elle a décidé de tourner la page une bonne fois pour toutes. Et de pardonner.

Aujourd'hui, Inger lance un appel.

Elle veut retrouver Chaton, et lui parler.

« Tout cela n'est pas sa faute », a-t-elle déclaré à notre journaliste. « C'est Roger qui a commis une grave erreur. Chaton ne savait peut-être même pas qu'il était fiancé. Aujourd'hui, j'ai besoin de parler à cette femme. Je dois lui dire que je ne lui en veux pas, qu'au contraire, je dois la remercier, tout va bien pour moi désormais ».

Interrogée sur l'agitation provoquée par la recherche de Chaton, Inger Svenson demande à tout le monde de se calmer. « Chaton ne mérite pas qu'on la harcèle pour ça. Elle n'a rien fait. Les gens devraient s'intéresser à de vrais évènements ».

Le mannequin devenue chanteuse glisse alors à notre journaliste qu'Augustus Blum, le crooner qui avait fait équipe avec elle lors de la fameuse émission et qui partage désormais sa vie, avait une demande importante à lui faire.

« Mais pour l'instant, cela doit rester secret! »

Promis juré, Inger. Vous nous connaissez !

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— C'est une bonne nouvelle ?

Sa propre voix sonna étrangement fausse aux oreilles de Pénélope. La question était purement rhétorique (à voir l'air ravi de Livingstone, son sourire victorieux, un brin carnassier, il ne pouvait que s'agir d'une bonne nouvelle), histoire de rappeler à la présidente des Wigtown Wanderers, perdue dans sa jubilation intérieure, qu'elle était encore là. Le hibou qui avait passé la fenêtre une minute auparavant était parti sans attendre son reste.

Excellente, répondit Livingstone, semblant savourer le mot même.

Pénélope esquissa un sourire. Mieux valait se réjouir de ce qui faisait plaisir à Livingstone, c'était une leçon qu'elle avait vite apprise. Poussant un soupir de contentement, la présidente de Wanderers s'enfonça confortablement dans son fauteuil.

— Le commission vient de rendre son verdict. Flaquemare va être sanctionné pour le transfert illégal d'Ellis, expliqua-t-elle en croisant les mains devant elle. Trois périodes de recrutement. Soit une saison et demie.

— Embêtant pour eux, concéda Pénélope.

— Et pas qu'un peu ! Mais ce n'est que justice après tout.

La jeune femme acquiesça d'un sourire. Après des semaines de lutte en pleine tempête, les problèmes semblaient s'éloigner les uns après les autres dernièrement. Percy avait entendu Ellis et Merlin merci, on n'avait pas demandé à Pénélope d'aller débriefer une des deux parties. Flaquemare était sanctionné mais ferait appel. Ce qui risquait d'occuper la presse pour un bon bout de temps.

Roger suivait sa thérapie assidument. Il n'avait manqué aucune de ses séances depuis que les SA l'avaient accueillis et son travail avec les enfants commençaient à porter ses fruits chez la ménagère magique de moins de cinquante ans.

— Nos problèmes ont l'air de s'arranger…

— Ça en deviendrait presque suspect, répondit Livingstone un sourcil haussé. Il ne reste plus que cette stupide histoire d'hébergement du Toxico à faire passer. D'après ce que j'en sais, on est sans nouvelle de lui. Avec un peu de chance, il ne passera pas son sevrage et nous n'aurons plus à nous en soucier.

Pénélope ouvrit la bouche, légèrement choquée. Sa réaction n'avait pas échappé à Livingstone, qui esquissa un léger sourire.

— Je vous ai choquée ? s'étonna-t-elle, malgré tout ravie de l'avoir fait.

Il semblait évident pour la présidente que si jusqu'ici, ses propos n'avaient pas choqué Pénélope, il était impossible que ça commence maintenant. Surtout pas à ce sujet. A moins que cela ne l'ait touchée personnellement.

— Non, non, mentit Pénélope pour la rassurer.

Elle n'était pas amie avec Olivier Dubois. Et s'il s'était s'agi de quelqu'un d'autre, elle aurait sûrement lourdement approuvé et acquiescé la proposition. Mais quelque chose en elle que Pénélope ne s'expliquait pas ne trouvait pas drôle ce que Livingstone avait pu insinuer.

— C'est vrai que ça nous enlèverait une sacrée épine du pied, finit-elle par concéder.

Livingstone la dévisagea et parut apprécier ce qu'elle voyait (le mensonge et la gêne, assurément, Pénélope s'en doutait).

— Roger continue à nier pour le Toxico ?

— Il dit qu'il n'était pas au courant, soupira Pénélope. Mais que ça ne l'étonne pas. Selon lui, Dubois adorait le persécuter.

Et elle le croyait bien volontiers ! Arracher quelques détails sur les raisons de son nouveau coquard avait été en revanche plus compliqué. Affaire privée, c'était tout ce que Roger avait accepté de lui déclarer (une fille, Pénélope était prête à le parier).

— Encore une fois, il n'est pas dit que le Toxico survive à tout ça, reprit Livingstone avec un immense sourire. Le mercato débute demain et il est désormais officiel que le plus gros acheteur a perdu son porte-monnaie. Pour une fois, il ne prendra pas les meilleurs plats. A nous d'en profiter. Tout ça ne fait que commencer…

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— Je me fais du souci pour Olivier...

Percy fronça les sourcils. Charlie semblait très sérieux. L'ancien préfet avait profité d'une absence d'Audrey (une soi disant soirée avec ses belles-sœurs) pour passer voir son frère avant de rentrer. Et comme à chaque fois depuis ces derniers mois, ils en étaient rapidement venus à parler d'Olivier.

— On croirait entendre maman... plaisanta Percy.

Son frère aîné lui adressa un regard sincèrement étonné.

— Maman ne se fait pas de soucis pour Dubois, répondit Charlie le front plissé. Bien au contraire.

La surprise empêcha Percy de répliquer dans la seconde. Ce n'était pas la révélation de Charlie qui était en cause. Il se doutait bien que sa mère, à l'instar de ce que sa sœur lui avait dit, n'allait pas prendre la défense d'Olivier, le drogué qui avait laissé derrière lui une famille déchirée et en ruines C'était plutôt le fait que Charlie n'ait pas saisi le sarcasme qui le plongea dans des abîmes de perplexité.

Ça fait quinze jours qu'on est sans nouvelle de Charlie, dit-il d'une voix haut perchée, pâle imitation de sa mère mais qui fonctionna à en juger par l'air soudainement renfrogné de son frère aîné. Il a peut-être été manqué par un dragon !

— Ce n'est pas drôle, protesta son frère.

— Ok, concéda Percy en levant les mains en signe de paix.

— Et je suis sûr que toi aussi, tu te fais du souci pour lui.

Il n'eut pas le cœur à le faire à nouveau marcher. Percy aussi se rongeait les sangs en l'absence de nouvelles d'Olivier. De ce qu'il savait, Dubois était à Caerphilly. Il supposait donc que tout devait aller. Si tant est qu'en plein sevrage, tout puisse aller.

— J'ai encore toutes ses affaires, soupira Charlie en désignant de la tête, la pile de vêtements dans un coin du salon. Enfin, les trucs qu'on lui a prêtés.

— On les lui fera passer quand il nous recontactera.

— Donc, tu n'as pas de nouvelles, toi non plus ? demanda son frère un sourcil haussé.

Et ce n'était pas faute de s'être renseigné. Percy avait fait jouer son maigre réseau pour tenter de glaner la moindre information. En vain… Il avait même été jusqu'à joindre Roger Davies, prétextant un besoin de précision sur le dossier pour lui poser la question. Mais l'ancien Serdaigle en était au même point. Il n'avait pas osé contacter Marcus Flint. Davies l'en avait dissuadé. Son nouveau coquard était selon lui la preuve qu'il ne valait mieux pas essayer.

La seule personne qui aurait vraiment pu l'aider était Quinn Riley.

Et à voir la manière dont Charlie l'observait, il comprit que son frère aussi le savait.

— Non, je n'en ai pas, soupira-t-il finalement. Mais il a promis de nous tenir au courant, pas vrai ?

Que valait une promesse de Dubois ? Pas grand-chose, assurément. Il avait déjà disparu à maintes reprises par le passé. Il était peut-être déjà de retour dans la rue, et personne ne le savait.

— Je guette chaque article dans la presse, expliqua Charlie avec un reniflement amusé.

Il désigna les journaux qui s'entassaient sur la table basse.

— Ça commence à me coûter cher.

Percy esquissa un sourire. Il faisait de même en les empruntant au bureau ou en les dissimulant dans ses dossiers. Audrey avait tendance à jeter les revues où Dubois faisait la une. Ce qui arrivait assez régulièrement depuis quinze jours à présent.

— Et ton enquête ? finit par demander Charlie pour changer de sujet.

— Ça avance, répondit Percy, retrouvant un peu de légèreté. J'ai enfin pu voir Walter Ellis.

— Et ?

Percy marqua une hésitation. Il n'avait évidemment pas le droit de parler de tout ça. Mais les propos d'Ellis impliquaient tant de choses… donc certaines concernaient Dubois.

— Ok, répondit-il en baissant la voix par prudence. Mais je ne t'ai rien dit...

Sa précaution amusa Charlie.

— Tu me vois, moi, aller parler à la presse ?

Percy grimaça et prit une profonde inspiration avant de se lancer.

— Il a quasiment avoué.

— Sérieusement ? s'écria Charlie les sourcils froncés.

— Mais ce n'est pas prouvable.

— Tu as ses aveux, non ?

— Pas vraiment, marmonna Percy. C'était du off. Et j'ai consulté un mage du Magenmagot. Ça ne suffira pas. J'ai besoin de preuves désormais…

— Et comment tu comptes faire ?

— Espérer qu'il craque à nouveau, soupira-t-il. Je vais le confronter à Trebleton et Livingstone dans les semaines à venir. Avec un peu de chance…

En pleine réflexion, Charlie garda le silence quelques instants.

— J'ai de la peine pour ce type, reprit Percy qui avait envie d'en dire bien plus. Enfin, il a vendu les réglages, c'est son souci. Mais il a dit une chose qui m'a marquée. Et depuis, je n'arrête pas d'y penser. Il a dit qu'on ne coincerait jamais Trebleton. Et il a sous-entendu qu'il finirait comme Olivier.

Son frère le dévisagea, interloqué. Il n'avait pas l'air de saisir. Percy ne se sentit pas d'en dire plus. Difficile de dire que Flaquemare avait activement participé à la déchéance de Dubois. Que peut-être leur ami drogué n'était pas si mauvais qu'on le pensait. Depuis son retour, selon les termes mêmes de son épouse, l'ancien préfet avait toujours voulu voir du bon en lui et se raccrochait à tout ce qui pouvait aller dans son sens.

Constatant que Charlie ne réagissait pas (mais à voir son visage lentement se décomposer, Percy se doutait que ça ne tarderait pas), il préféra donc changer de sujet. Il avait simplement ressenti le besoin d'en parler. Avant, il l'aurait fait avec Audrey. Maintenant... Charlie était tout ce qui lui restait.

— Devine qui j'ai revu, finit-il par dire pour détendre l'atmosphère.

Son frère, encore perturbé par son annonce, lui fit comprendre qu'il l'ignorait d'un haussement d'épaules.

— Pénélope.

— Deauclaire ? s'étonna Charlie avec un sourire. Mais où ?

— Elle bosse avec Roger Davies, que j'ai entendu pour l'affaire.

Sérieusement ?

Il pouvait sentir que Charlie prenait sur lui pour ne pas l'assaillir de questions et qu'il mourrait d'envie d'en savoir plus (quoi qu'on en dise, le si discret Charlie Weasley était une commère en puissance). Percy avait dû lutter contre la même envie au sujet de Quinn Riley.

— Elle va bien, expliqua Percy malgré tout. Ça nous a surpris tous les deux.

— Le monde est petit, pas vrai ?

— Encore plus chez les sorciers.

Charlie se leva alors et proposa à son frère une bière, que Percy accepta joyeusement.

— C'est bizarre, non ? dit-il d'une voix forte depuis la cuisine alors que son frère était resté dans le salon.

— Quoi donc ? demanda Percy en fouillant le tas de revues ouvertes sur la table basse.

— En un mois, on a été confrontés toi et moi à nos ex'. George ferait mieux de se méfier.

— Je ne pense pas que Jocelyn souhaite revoir George, si tu veux mon avis, ricana Percy.

Ni Charlie, ni lui n'avait souhaité cela non plus tout compte fait. Il entendit le frigo se fermer et son frère ouvrir le placard à la recherche d'un verre.

Percy tomba alors sur l'édition spéciale du Quidditch Magazine, paru le lendemain de la conférence d'Olivier. Les photos de Dubois occupaient une bonne partie de la dizaine de pages qui était consacrée au sujet. L'éclairage de la salle de conférence de presse n'avait pas été en faveur du joueur. Cherchant à lire la suite, Percy constata qu'une des pages était cornée. Il la parcourut rapidement et referma le magazine, coupable, lorsqu'il entendit Charlie arriver. C'était idiot, il n'avait rien fait de mal. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Cela n'échappa pas à son frère aîné.

— Ça va ? s'inquiéta-t-il les sourcils froncés.

— Ouais, ouais, mentit Percy. Je regardais les photos.

Il attrapa la pinte que Charlie lui tendait et but quelques gorgées. Par chance, son frère préféra changer de sujet.

Charlie avait corné la page où Quinn avait été interviewée. Percy ne parvenait pas à dire si c'était pour la relire ou pour l'éviter.


Prochaine dose: "Reprise"