Chapitre M (pas trop explicite quand même). Câlin à celui ou celle de mes lecteurs qui trouve la référence au Disque-Monde.
Chapitre 21: Où la réputation d'Edward est irrémédiablement détruite
Le silence happa Will comme un abîme sans fond lorsqu'elle ouvrit les yeux.
Silence à l'extérieur, silence à l'intérieur. La Louve se taisait, roulée en boule sur elle-même au fond de son esprit, ronronnant doucement de satiété. Et silencieux, aussi, le confortable oreiller velu sur lequel elle était voluptueusement avachie. Sous son oreille, pas un son, pas un battement, aucun mouvement.
Elle avait l'impression, et à raison, de dormir sur un cadavre. Il ne respirait pas, son torse ne se soulevait pas. Et par conséquent, il ne ronflait pas non plus, ce qui était plutôt un avantage.
Mais pourtant, il était chaud. Il brûlait, et même si elle savait que cette chaleur venait d'elle, comme une empreinte qu'elle y aurait déposée, c'était étrangement rassurant.
Will se coula davantage dans l'étreinte possessive des bras puissants du Vampire autour de sa taille, encore un peu étourdie des évènements de la nuit. Elle se sentait épuisée. Littéralement. Comme si on l'avait vidée de ses forces pour les remplacer d'un agréable sentiment de plénitude ensommeillée. Mais à qui la faute, après tout?
Durinson...non. Thorin. Il semblait juste de le désigner par son prénom après l'avoir crié jusqu'à en avoir la gorge à vif. Elle se sentait encore sensible, d'ailleurs.
Thorin, donc, s'était montré étonnamment soumis à ses désirs. Du moins dans les préliminaires. Il l'avait laissé détruire méticuleusement son certainement très coûteux costume sans la moindre protestation. Et nul doute qu'il avait apprécié de la regarder faire.
Était-ce un élément de la culture Khazâd? La femme dévêtant le guerrier, pièce d'armure par pièce d'armure, avant de le rejoindre dans sa couche? Will l'archéologue ne pouvait s'empêcher de se poser la question.
Parce que ce qu'il y avait sous ladite armure était un festin pour les yeux. Le Vampire semblait taillé dans le roc même de la Montagne qui était son fief, dur et sculpté. Couvert de tatouages et de cicatrices, toute une histoire gravée à même son corps. Thorin les arborait comme un défi ouvert au monde, entremêlée de tatouages runiques à la signification perdue depuis longtemps gravés sur ses pectoraux et ses épaules. Attirant, fascinant, et en même temps dangereux, un magnifique animal sauvage à la toison noire parsemée d'argenté. Will avait toujours apprécié les hommes un peu plus âgés, mais Thorin Durinson portait excellemment bien sa quarantaine triomphante figée pour l'éternité.
Des hommes plus jeunes aurait certainement tué pour avoir un corps pareil. Il était bâti comme un taureau, avec des épaules impossiblement larges et des bras peut-être aussi épais que ses cuisses, qui auraient certainement pu la casser en deux comme une allumette. Et de fait, elle s'était presque sentie frêle et insignifiante comparée à lui.
Presque.
C'était elle qui l'avait fait basculer sur le lit et chevauché comme si sa vie en dépendait, ses hanches ondulant contre les siennes comme animées d'une vie propre, avide de sensations.
Elle, qui s'était sentie victorieuse, de pouvoir le dominer si complètement, de voir ses longues mèches de nuit étalées en désordre sur l'oreiller, les yeux fermés, la tête renversée en arrière, mâchoire crispée, alors que son corps puissant s'arquait à la rencontre du sien.
Elle le tenait.
Oh, elle le tenait, et cela avait été bon, de l'accueillir en elle, de le cajoler dans le berceau de ses cuisses, épais et brûlant et parfait, l'emplissant totalement comme elle n'avait jamais été emplie.
Elle s'était sentie l'Alpha, véritablement, pour la première fois de sa vie, et pour la première fois aussi, elle ne sentait plus la distinction entre la Louve et elle. Elle était la Louve, et elle prenait ce qui lui appartenait de droit, tout ce qu'il avait à lui donner. Elle était forte. Elle commandait et il obéissait.
Jusqu'à ce que le drap ne se déchire d'un coup sec sous ses doigts crispés et qu'il n'ouvre les yeux, pupilles noires réduites à de minces têtes d'épingles perdues dans un océan saphir. Et ses larges mains calleuses avaient empoigné ses hanches et imposé leur rythme sans le moindre effort, et elle n'avait pas su garder la maîtrise de quoi que ce soit à partir de là. Pas quand ces doigts agiles exploraient son corps et en jouaient à la manière d'un instrument de musique, trouvant sans pitié chaque point sensible capable de la faire crier de plaisir.
Ses caresses semblaient partout à la fois.
Au creux de son dos, entre ses jambes, là où leurs deux corps se rejoignaient, redessinant la ligne de ses épaules et la courbe de ses seins dont elles retraçaient les auréoles, glissant sur son ventre. Elle ne pouvait lui échapper, sentant à peine la brusque torsion de ses hanches lorsqu'il avait roulé au dessus d'elle, ses longs cheveux noirs fouettant l'air en cascadant sur ses épaules, et qu'elle avait refermé ses jambes dans son dos, agrippée à ses larges épaules.
Elle avait gémi, elle avait geint et demandé plus, et vu des étoiles lorsque l'extase l'avait emportée.
Il l'avait mordue, lorsqu'il était venu en elle, rejetant la tête en arrière pour déployer ses crocs, avant de fondre sur sa gorge, et ce n'avait même pas été douloureux. La langue du Vampire avait presque aussitôt remplacé ses dents, apaisante, recueillant la moindre goutte de sang coulant de la plaie qui cicatrisait déjà. Elle en avait goûté la saveur métallique lorsque la bouche de Thorin avait à nouveau réclamé la sienne, et cela aussi, ça avait été bon. Révoltant et corrompu, certes, mais bon.
Et à présent, alors que la lumière du matin commençait à poindre derrière ses volets, et qu'elle faisait le bilan de cette nuit, Will n'arrivait pas à savoir si ç'avait été une monstrueuse erreur ou pas.
Certes, au niveau physique, ç'avait été merveilleux. Un ramonage des plus efficaces. Elle avait craint d'être un peu rouillée, mais ce n'était visiblement pas le cas. Elle était délicieusement endolorie dans tous les bons endroits, et l'intérieur de ses cuisses était encore sensible, sans doute prêt pour un...elle-ne-savait-pas-combientième round.
Mahal.
Le Vampire semblait inépuisable. Il était peut-être techniquement mort depuis belle lurette, mais certaines parties de son corps étaient parfaitement fonctionnelles. Sauf que...c'était là que se trouvait le problème. Il était mort, avec un semblant de vie qui n'en était pas vraiment une. Il persisterait éternellement s'il n'était pas tué.
Ça ne pouvait donc être qu'un coup d'un soir, pas une relation durable. Elle était d'accord sur le principe. Peut-être même pourraient-ils continuer d'entretenir des relations cordiales, voire amicales. Avec ou sans le "et plus si affinités".
Sauf que l'idée ne lui convenait pas trop, et elle ne savait pas pourquoi. La Louve le voulait pour compagnon, c'était déjà une chose, et disons qu'il s'en était montré parfaitement digne au cours de la nuit précédente, mais elle était quand même lucide et se doutait bien qu'elle n'était sans doute qu'une conquête de plus pour un Vampire vieux de huit siècles.
Il ne l'avait pas tuée. C'était déjà ça.
Mais quand il allait se réveiller, ils allaient devoir avoir une discussion sérieuse, et elle n'était pas sûre que ce serait un moment qu'elle allait apprécier.
En soupirant, Will se glissa hors des bras du Vampire, qui ne bougea pas, immobile entre les draps. Dormait-il vraiment, comme un être vivant, ou le sommeil n'était-il pour lui qu'un retour temporaire à l'état de cadavre? Rêvait-il?
Il faudrait qu'elle songe à lui poser la question.
Pour l'instant, elle allait se refroidir un peu sous la douche, et ensuite...
Elle verrait.
La lumière filtrait à travers les volets. Il devait être tard dans la matinée. En hiver, la nuit était longue, encore plus à Erebor.
Il faudrait qu'elle aille récupérer Frodon. Ça aussi, c'était important. Ou tout du moins, il fallait qu'elle s'arrange pour que Dur...Thorin soit parti avant que le gamin ne rentre.
Elle n'avait nul envie qu'il soit au courant des détails de sa vie sexuelle, encore moins qu'il sache qu'elle avait une vie sexuelle. Elle était sa cousine, pas sa tante, et ils n'avaient que treize années de différence d'âge. Il était assez grand pour que la présence d'un homme en tenue d'Adam dans le lit de sa gardienne légale ne fasse guère d'ambiguïté pour lui. Qui plus était, elle était, justement, sa tutrice légale, et donc par conséquent, une figure d'autorité. Elle se devait donc d'avoir une conduite irréprochable.
Et coucher avec un Vampire ne faisait pas vraiment partie de ce qu'autorisait une conduite irréprochable, même si, en toute honnêteté, elle se voyait mal mener une existence de nonne jusqu'à la majorité du petit.
Tant de questions...oh, Mahal. C'était trop, dès le réveil. Il fallait qu'elle se vide la tête. Soit elle retournait réveiller Thorin, soit elle se détendait sous la douche.
Après réflexion, elle opta pour la deuxième solution. Déjà nue, elle n'avait même pas besoin de se déshabiller.
L'eau chaude ruisselant sur sa peau la délassa sensiblement, apaisant les légères courbatures qui lançaient ses cuisses et ses reins. Il n'y avait pas à dire, mais l'équitation, quelle que soit la monture, c'était épuisant.
La mousse du shampoing sentait la lavande. Alors qu'elle se massait la peau du crâne, Will fit la moue. Elle était en train d'effacer l'odeur du Vampire sur elle. L'idée ne plaisait pas trop à la Louve, qui commençait à émerger doucement de sa torpeur.
La jeune femme se rinça, bénissant ses cheveux courts qui ne nécessitaient pas un temps d'entretien trop long, et sortit de la cabine de douche fumante, frissonnant lorsque ses pieds entrèrent en contact avec le carrelage embué, mais frais. Elle enroula la serviette autour de son buste et se frotta vigoureusement la tête avec une autre pour se sécher.
Will rencontra son regard dans le miroir, et fit une pause, bras en l'air. Elle effleura le creux de sa gorge. Toute trace qu'avait pu laisser le vampire sur sa peau avait disparu, cicatrisée en quelques instants. L'épiderme était aussi lisse et satinée que s'il ne s'était rien passé.
Elle haussa les épaules.
Ç'avait toujours été ainsi. Rien ne laissait jamais sa marque sur elle. Et quand bien même, il était fort peu probable que quiconque se trimballe avec de l'argent au lit.
Tant mieux. Elle se voyait mal expliquer à Bard, Boromir, Frodon ou même Tauriel pourquoi elle se mettait subitement à porter des écharpes. Ce serait extrêmement embarrassant pour tout le monde.
Will laissa échapper un soupir lorsque des bras puissants l'enserrèrent par derrière dans une étreinte tiède, pas encore refroidie. Le Vampire enfouit son visage dans sa nuque, embrassant doucement la jointure du coup et de l'épaule. Lèvres et barbe. Quelle merveilleuse association.
- Bonjour, murmura-t-il.
Dans le miroir, elle était toujours seule. C'était perturbant. Elle le sentait, se noyait avec délice dans son odeur de sang, de mort, de Cologne et de sexe, mais c'était comme s'il n'appartenait pas au monde du visible. Un fantôme solide, dont nul ne pouvait capturer l'image, et qui pourtant était terriblement et délicieusement réel.
- Thorin, hésita-t-elle.
- Ne fait pas attention à moi. Continue ce que tu es en train de faire, lui intima-t-il.
La jeune femme acheva de sécher ses cheveux, roulant imperceptiblement des hanches en rythme avec le mouvement de ses bras. D'après ce qu'elle pouvait juger au travers de la serviette qui lui enveloppait le buste, il n'avait pas jugé bon de remettre aucun vêtement.
Ça promettait une suite plutôt intéressante.
Will posa la serviette sur le lavabo et secoua légèrement la tête. Quelques gouttes d'eau volèrent de ses mèches humides, dessinant des arabesques transparentes sur le miroir. À travers l'étoffe épaisse dans laquelle elle était enroulée, elle ressentit les mains du Vampire remonter le long de ses hanches, caresser ce à quoi il n'avait pas accès à cause de la barrière de tissu. Dans le miroir, la serviette se froissait légèrement, comme sous l'effet du vent.
Will posa ses mains sur celles de Thorin, sans presser. Juste pour le sentir. Savoir qu'il était là.
Le Vampire s'empara de sa main scarifiée, la leva en face du miroir. Son profil de chair gravé les fixa, hiératique, et Will ressentit une légère brûlure d'humiliation. À quel moment avait-il su? Elle n'en savait rien. Mais il était vrai qu'elle avait beaucoup utilisé ses mains sur lui la nuit précédente.
- Argent? s'enquit-il, vaguement moqueur.
Salaud. Évidemment. C'était une monnaie qu'il avait fait frapper, après tout.
- Un seul commentaire, menaça-t-elle, et je te laisse en compagnie de la Veuve Poignet.
Thorin rit. Un rire bref, profond. Presque vivant. Elle pouvait le sentir sourire dans ses cheveux. Par dessus son épaule, il embrassa le renflement de sa paume, juste en dessous de la cicatrice.
Ses doigts jouèrent avec le rebord de la serviette, nouée sommairement, effleurant la peau en dessous. Will savait que sa respiration était lourde et erratique, et de se voir rougir dans le miroir n'arrangeait rien. Un bref mouvement, et l'étoffe tomba, dévoilant son corps encore humide de la buée de la douche, et aussitôt les mains du Vampire parcoururent sa peau.
Will se força à garder les yeux sur le miroir. C'était chose curieuse, assurément, que de voir son propre corps manipulé comme un pantin aux fils invisibles. Mais ses autres sens s'en trouvaient aiguisés et elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver plus, toujours plus.
Un gémissement pitoyable s'échappa involontairement de ses lèvres quand la caresse brûlante se déplaça entre ses cuisses, et elle décida que c'en était trop.
Will se retourna brusquement et le poussa contre le mur opposé, encore chaud et embué, l'embrassant avec force alors qu'il la soulevait du sol pour qu'elle puisse enrouler ses jambes autour de sa taille, l'accueillant en elle avec délice. Dans un brusque mouvement, il inversa les positions, et le dos de la jeune femme heurta le mur avec violence. Elle aurait grimacé si la douleur dans ses omoplates n'était pas passé inaperçue, noyée au milieu du plaisir qu'il lui apportait.
Elle garda les yeux fermés, refusant de continuer à regarder le miroir. Pas alors qu'il était en elle, et qu'elle ne pouvait l'y voir.
- Willow, murmura-t-il. Will. Regarde-moi.
Oh, non, non. Elle ne voulait pas regarder. Juste ressentir.
- Will, répéta-t-il avec urgence, et elle ouvrit les paupières avec tant de réticence que c'en était presque douloureux.
Elle ne put voir que ses yeux. Bleus et profonds et magnifiques.
Will jouit si fort qu'elle crut un instant qu'elle allait se consumer d'un seul coup et tomber en cendres.
- Tu ne m'as pas mordue, cette fois, observa-t-elle quand elle eut reprit son souffle, alors qu'ils gisaient entremêlés sur le carrelage.
Thorin lui embrassa le sommet du crâne.
- Pas faim, murmura-t-il.
Donc le sang ne faisait pas parties des composantes obligatoires du sexe pour un Vampire. Bon à savoir.
Thorin avait les cheveux dans tous les sens. Ça lui donnait un air sauvage qu'elle aurait bien accompagné de peintures de guerres. Mais sa trousse de maquillage était trop loin, et elle ne s'abaisserait pas à ramper le temps que ses jambes vacillantes ne retrouvent leur force.
- Quoique, susurra-t-il, si c'est ce que tu veux...
Nope. Elle-même n'avait pas réussi à lui laisser de marques. Et quand bien même, elles s'étaient effacées avec le sang qu'il lui avait prélevé.
- Pas de sexe au plafond non plus ou de trucs bizarres? le taquina-t-elle. Vous, les Vampires, vous êtes très classiques, en fait...
- Au plafond? répéta-t-il en arquant un sourcil perplexe indiquant qu'il tentait de visualiser la chose. Ma foi, je n'y aurais jamais pensé, mais ça peut se tenter.
Bon.
Donc la Reine des Damnés et les autres navets du même acabit étaient véritablement très fantaisistes au niveau biologique et scientifique. Les Vampires avaient les mêmes fantasmes que tout le monde. Après tout, ils avaient été humains, un jour.
- Il ne faut pas croire tout ce que raconte la télévision, Will, conclut le Vampire, comme s'il avait lu dans ses pensées.
Il grimaça.
- La plupart de ce qui sort au cinéma est une insulte à la face des Vampires, grinça-t-il.
Ce qui signifiait pas de pratiques sadomasochismes bizarres dans des pièces tendues de velours rouge et de satin noir.
- Le cercueil? s'enquit-elle.
Il secoua la tête.
- Horriblement inconfortable.
- Le corbillard?
- Je préfère les Porsches, avoua-t-il piteusement.
- La transformation en chauve-souris?
- Physiquement impossible.
Voilà qui était dommage. C'était vraiment un classique, celui-là.
- Je mesure un mètre quatre-vingt neuf pour quatre-vingt dix kilos, corrigea-t-il. Je suis forcé de répartir ma masse corporelle dans un essaim de dix-mille six cent vingt-sept chauves-souris d'à peu près dix grammes.
Son expression s'allongea.
- Tu t'en doute peut-être, mais contrôler dix-mille six cent vingt-sept cerveaux en même temps est extrêmement fatiguant.
Et bien...
Déjà que contrôler l'unique cerveau de la Louve en plus du sien était en soit un défi pour Will, alors dix-mille six cent vingt-sept...
Respect total.
- Je peux imaginer ça, murmura Will, calant sa tête sur son épaule, ses doigts fourrageant erratiquement dans la toison noire recouvrant le torse du Vampire.
Son estomac se manifesta bruyamment, résonnant dans la salle de bain de manière incongrue.
- Oh, Mahal, soupira-t-elle, boudant à la vue d'un Vampire hilare, qui, lui, était déjà rassasié, et à ses dépends.
Elle avait faim. Point final. L'heure du second petit-déjeuner était depuis longtemps dépassée, et cela commençait à se faire sentir.
Il fallait remédier à cela.
Après plusieurs péripéties impliquant une chasse aux trésor, ou plus exactement, la chemise de Thorin qui avait mystérieusement atterri sur le lustre, une paire de chaussettes dépareillées et les lambeaux d'une cravate de soie, Will termina affalée sur le canapé du salon, allongée sur un Vampire plus ou moins rhabillé, qui faisait office de traversin et la maintenait bien confortablement en place dans l'étreinte de ses bras puissants, à faire un sort à sa réserve secrète de cookies.
Délicieux cookies.
Évidemment, si Saruman Curunir n'avait pas été en train de vitupérer sur l'écran de télévision à l'instant où elle l'avait allumée, ç'aurait sans doute été mieux. Mais le journal du matin ne pouvait pas laisser passer une information aussi croustillante qu'une émeute dans la capitale.
Vêtu de blanc, les cheveux et la barbe de la couleur de l'os, contrastant avec des yeux noirs et vifs profondément enfoncés dans les orbites, la plus haute instance de la Justice d'Erù semblait en pleine forme, à cracher comme cela son venin dans toutes les directions.
- Il est temps, sifflait-il dans le micro du journaliste, que la menace représentée par toutes les abominations lâchées dans le monde par Morgoth le Noir soit prise au sérieux. Comment pouvons nous continuer à vivre à leurs côtés sans être conscient qu'ils s'en prendront un jour à nos enfants?
- Quel con, marmonna Will. Comme si on en avait pas aussi, des enfants.
Thorin se raidit légèrement sous elle.
- Il a raison sur un point, dit-il. Les Vampires, les Loups-garous et tout ceux qui sont soumis à des malédictions ont vraiment été créés par Morgoth.
Will se tourna à demi.
Le Vampire avait les yeux fixés sur la télévision, mais les muscles de sa mâchoire étaient curieusement crispés.
- Je ne savais pas ça, dit Will, troublée.
Pour elle, les malédictions étaient aussi naturelles que la Sorcellerie ou les branchies des Sirènes. Enfin, c'était ce qu'on lui avait toujours dit.
Morgoth était le premier et plus puissant des Sorciers tournés Nécromancien, ayant survécu assez longtemps avant d'être détruit par ses pratiques pour commencer une conquête militaire d'Arda, à l'aide d'une armée de Morts-Vivants et d'humains asservis. Mais à la fin, sa magie l'avait tuée, rongé de l'intérieur, et ses rêves de domination avaient tournés court.
- Peu de gens s'en souvienne, dit le Vampire, lui embrassant le sommet du crâne. Le premier Loup-garou, Draugluin, et le premier Vampire, Sauron, sont le fruit d'expériences qu'il a menées sur ses deux lieutenants favoris.
Il fit une pause.
- Ils ont dû souffrir atrocement et se sont empressés de contaminer le plus grand nombre possible dès qu'ils ont été lâchés dans la nature.
- Tu y étais, commenta Will.
Elle sentit Thorin sourire dans ses cheveux
- C'est Sauron qui m'a Changé. Lui et sa compagne, Thuringwethil, répondit-il doucement. Je n'ai pas connu Morgoth, mais après sa mort, son lieutenant a tenté de reproduire sa tentative de conquête.
Il soupira.
- J'ai commis des choses terribles sous ses ordres, Will.
- Que c'est-il passé? demanda-t-elle doucement, caressant doucement du pouce la main du Vampire pressée sur son estomac.
- Draugluin a été dévoré par sa propre Meute et supplanté par le plus puissant de ses hommes, Carcharoth. Il ne lui pardonnait pas d'avoir massacré sa famille pour pouvoir le Changer, et il s'est par la suite allié aux Humains pour combattre Sauron. J'ai tué beaucoup des tiens pendant cette guerre, Willow.
- Et ensuite?
- Sauron a été surpris, tué et brûlé dans son sommeil, par un homme, Isildur, et toute l'emprise qu'il avait sur moi a disparu. C'était...comme de s'éveiller d'un mauvais rêve et de se rendre compte que finalement, ce n'en était pas un.
À l'écran, Saruman vitupérait à présent contre...
- Les politiques irresponsables à la solde de créatures démoniaque, les autorités qui laissent le mal se répandre sans rien faire pour l'enrayer, les odieuses machinations de...
Will éteignit brusquement la télévision, agacée. Ce type était une nuisance.
Point final.
La sonnerie de la porte résonna, et la jeune femme bondit hors des bras du Vampire, le plaquant au sol derrière le canapé.
- Bilbo? brailla Frodon au dehors. T'es là?
- Ton neveu? s'enquit Thorin, voix étouffée par le tapis.
Oh merde.
- File récupérer tes vêtements et sors par derrière, s'affola-t-elle, avant de pousser frénétiquement un Vampire débraillé vers la porte du jardin.
Le gosse avait treize ans, bon sang. Elle ne tenait pas à nourrir son imagination déjà débordante par des images scabreuses d'elle-même avant qu'il n'ait vraiment entamé sa puberté. Ce serait regrettable pour son autorité et pour le développement du gamin.
Heureusement que son amant d'une nuit était à peu prêt rhabillé, même si un peu échevelé. Elle lui fourra sa veste et ses chaussures dans les bras, déverrouilla le battant avec précipitation et le poussa dehors dans l'herbe enneigée.
- Will? s'impatienta Frodon.
- On pourrait se revoir? Je sais que ce n'est peut-être pas le moment, mais..., dit Thorin à voix basse.
- Ouais, sûr, répondit Will avec précipitation, avant de le crocheter par le col pour un baiser rapide, puis de lui claquer la porte au nez sans cérémonie. Un peu brutal, peut-être. Mais il souriait comme un gamin, elle le voyait par la lunette. Ça le faisait paraître plus jeune.
- Bilbo? Ouvre, se plaignit l'adolescent. J'ai pas les clés.
La jeune femme lissa un peu ses vêtements froissés, peigna ses cheveux avec ses doigts pour les aplatir un peu et alla ouvrir l'entrée principale, derrière laquelle l'attendait un Frodon perplexe.
- Okay, dit-il à l'instant même où il la vit. Il est où?
- Qui?
L'adolescent la considéra, avec l'air finaud de celui qui savait.
- Le mec qui a laissé sa cravate sur le radiateur.
Will jeta un coup d'oeil à l'objet du délit, ou plutôt la moitié de l'objet du délit, qui avait atterri sur le radiateur de l'entrée Mahal seul savait comment.
Bon.
Ça signifiait que le Vampire était reparti avec l'autre morceau. Ça lui ferait un souvenir.
Mais c'était horriblement embarrassant.
Le son distinct du rugissement de moteur de la voiture de Thorin démarrant au quart de tour apporta la réponse sans que Will ait à se justifier et mit fin à un silence des plus gênants.
- Faudra que tu me le présente, que je me retrouve pas avec un nouvel oncle du jour au lendemain, conclut-il, blasé, avant de monter dans sa chambre, plantant là sa cousine dont le teint, elle en avait affreusement conscience, venait de prendre une horrible couleur tomate.
La Louve, elle, qui jusque là, ayant obtenu ce qu'elle voulait, s'était faite oublier, se mit à ricaner.
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