A/N: Bonjour tout le monde! J'espère que vous êtes toujours autant motivés par la lecture de cette fic, parce que voici dix chapitres tous frais tous chauds à vous mettre sous la dent!
Aussi, après en avoir reçu la demande plusieurs fois au cours des dernières semaines, j'ai donc commencé la traduction de la préquelle de cette histoire, à savoir Rhenio mí Ennor. Comme cela prend pas mal de temps et qu'en parallèle je vais avoir toutes les corrections des examens à venir dans les pattes, je ne saurais pas vous dire quand elle sera mise en ligne. Mais je vous préviendrai, bien sûr. ;)
En attendant, enjoy! :D
Disclaimer: Je ne possède ni les personnages présentés dans cette histoire ni la majorité des scènes qui s'y déroule. Je ne possède que mes personnages Baraz et Fíli, fils de Kíli ainsi que les aventures qu'ils vivent.
20. Paria
3019 T.A.
3 mars
Alors qu'elle traversait les halls d'Erebor, toujours fumante de colère, Baraz commença à mesurer les conséquences de ses actions récentes. Elle venait tout juste de renier le sang de son père avait renié un roi qu'il était très dangereux de mettre en rogne et elle avait décidé de planifier une bataille à laquelle elle n'avait aucun droit de participer.
La Quête l'avait changée…
L'ancienne Baraz aurait baissé la tête en croisant le chemin d'autres Nains. Elle aurait rougi en voyant les regards intrigués des autres sur son attirail. Elle aurait enlevé sa cape, peut-être, pour respecter leur aversion des Elfes.
Mais désormais ? Désormais elle marchait la tête haute, une main sur son arc elfique même alors qu'elle grommelait des insultes dans la langue de Durin.
L'atelier de son père se trouvait dans une partie profonde de la Montagne, là où la lumière du jour se faisait bien rare. Baraz avait traversé plusieurs couloirs sans torches, et était rassurée que sa mémoire soit si bonne, car une autre qu'elle se serait sans doute perdue dans l'obscurité totale de l'endroit.
Baraz frappa à la porte avant de l'ouvrir, et sa colère disparut dès qu'elle vit se dérouler la scène devant elle.
L'atelier de Bofur avait toujours été rempli de jouets, certains terminés certains non, placés en piles fragiles en attendant d'être emmenés au marché de Dale pour être vendus aux enfants des Hommes qui les appréciaient tant. Un petit foyer dans un coin offrait un peu de lumière et de chaleur à l'endroit, et un Nain aux cheveux gris était assis juste devant, marmonnant une chanson tandis qu'il peignait délicatement les pétales d'une fleur en bois.
« Tu aurais pu ranger avant que je n'arrive, Papa, » dit-elle d'une voix claire, et elle pouffa de rire lorsque son père sursauta et se retourna violemment sur son tabouret, ses yeux gris s'écarquillant en la voyant.
Bofur déposa rapidement le jouet sur le côté et courut rejoindre sa fille. Il l'enlaça de ses bras forts et la serra si fort que Baraz comprit qu'il avait cru qu'elle ne reviendrait jamais. Pas vivante, en tout cas…
« Je ne savais pas que tu étais revenue ! » la gronda-t-il en la libérant de son étreinte. Il étudia son apparence, les sourcils froncés en remarquant sa cape, son arc et sa broche. « Tu as l'air…différent. »
Baraz lui fut reconnaissante de ne pas hausser le ton. Il paraissait plutôt inquiet, pour tout dire. Elle lui prit une main large et burinée par le temps et le travail. « J'ai changé, Papa, c'est vrai. Mais ne parlons pas de cela maintenant. Comment vas-tu ? »
Il haussa les épaules, une ombre passant dans son regard d'acier. « Ne t'occupe pas de moi, Baraz Bofurdottir. Toi, tu es partie pour un voyage dangereux qui aurait pu te prendre ta vie ! Ne pense pas que j'ai oublié les dangers que j'ai moi-même vécus pendant notre Quête ! »
Baraz sourit. Il n'était pas réellement fâché. Visiblement, il était même curieux, et un éclair coquin était apparu dans ses yeux lorsqu'il avait prononcé la dernière phrase. Elle le raccompagna à son tabouret et s'assit prudemment au bord du foyer. « J'ai traversé des Montagnes et des mines et des forêts. J'ai perdu des amis et les ai retrouvés, et j'ai fait face à un mal dont j'ignorais l'existence. »
« Des mines… » fut la seule chose qu'il répéta, mais Bofur ne demanda pas plus d'explications. Il hocha la tête avant de retourner son regard vers elle. « Pourquoi es-tu revenue ? »
Baraz soupira, ses yeux se fermant lorsqu'elle se souvint de la 'conversation' qu'elle venait juste d'avoir dans la salle du conseil. « Lady Galadriel m'a montré quelque chose dans son Miroir. Quelque chose qui pourrait avoir lieu. Quelque chose que je dois empêcher. La chute d'Erebor. » Bofur serra la mâchoire, mais ne répondit pas. « Je devais avertir Dáin. »
« Il n'a pas apprécié, je me trompe ? »
Elle eut un rire sans joie. « Non, en effet. » Elle lui prit de nouveau la main. « Papa… J'ai… » elle prit une grande inspiration, « j'ai prêté allégeance au roi Brand. »
Bofur ne répondit pas pendant un moment, mais son visage était inexpressif, vide de toute émotion. Puis, il serra ses doigts et soupira. « Je suppose que c'est mieux comme ça. Tu seras plus heureuse là-bas. »
Baraz ne dit rien, un étrange poids quittant ses épaules. Jusqu'à ce qu'il reprenne la parole.
« Tu ne resteras pas ici, donc ? Tu pars vivre à Dale ? »
Elle n'y avait pas pensé. Du tout. Mais maintenant qu'il en parlait, cela faisait sens. Elle ne pouvait rester avec son père à Erebor alors qu'elle venait de publiquement insulter son roi. Elle devrait partir dans le monde des Hommes. Peut-être qu'elle pourrait s'installer dans son ancienne officine… Elle n'était pas grande mais Baraz était seule et plus petite que l'humain ordinaire.
« Viens, » dit Bofur après un moment, se levant et lui tirant la main pour qu'elle suive, « alors saluer ton oncle avant que tu ne partes. Autrement, il nous décapitera d'un coup de louche ! »
Baraz le suivit, un sourire pincé aux lèvres.
La lumière déclinait quand Baraz laissa son père et son oncle Bombur dans les cuisines d'Erebor.
Les Nains n'appréciaient que moyennement les au revoir, et pourtant, à l'aube d'une bataille, tous deux embrassèrent leur protégée qui avait bien grandi, jusqu'à ce qu'elle en ait le souffle coupé.
Quand elle atteignit l'entrée de la Montagne, Baraz sourit. Appuyé nonchalamment contre une statue se trouvait Fíli, et son apparition lui ramena des souvenirs et des regrets.
Le jeune Nain la rejoignit, un rictus aux lèvres, et ses premiers mots étaient moqueurs. « Bien joué, Gazardu. Tu as vraiment réussi à diviser nos conseillers aujourd'hui. » Sage dame.
Baraz leva les yeux au ciel alors même qu'elle embrassait son ami – son frère, vraiment. « J'en doute. »
« Non, sérieusement, » dit-il, et il avait vraiment l'air plus sérieux qu'il ne l'avait jamais été. « Certains d'entre eux sont d'accord avec toi. Pensent que les Elfes sont des alliés précieux. Mais Dáin et Thorin ne veulent rien entendre. Ils ne plieront pas. »
Baraz leva les yeux vers les cieux. Ils étaient d'un bleu profond teinté d'orange. C'était trop beau dans une atmosphère tendue comme celle-là. « Je ferai ce que je peux. »
« Je le sais. J'ai dit au roi Brand que je t'escorterais jusqu'à son palais. Tu y es invitée, apparemment, » ajouta-t-il avec un sourire. « Chanceuse que tu es. »
Baraz s'arrêta de marcher et hocha la tête. « Mais- »
« Mais quoi, my lady ? » demanda une autre voix. Baraz baissa les yeux vers le bas des escaliers, et remarqua le regard amusé de Fíli à ses côtés tandis qu'elle voyait l'autre prince les attendre comme si c'était normal. Bard avait l'air intéressé qu'il portait plus tôt, en visitant Erebor. « Je pense que, comme vous êtes la conseillère la plus avisée de mon père, vous avez le droit d'être notre invitée. »
Baraz descendit pour le rejoindre, son ami d'enfance sur les talons. La présence du Prince de Dale la troublait comme ça avait été le cas plus tôt dans la journée, mais ce n'était pas quelque chose qu'elle appréciait, car elle ne pouvait donner un nom à cette émotion. « Votre offre est tout à votre honneur. Mais nous avons un siège à planifier. »
« Et il le sera. Prince Fíli, nous ferez-vous l'honneur d'accompagner votre cousine pour le diner ? »
Le sourire de Fí n'annonçait rien de bon. Il baissa la tête. « J'en serais ravi. »
Baraz lui donna un petit coup dans les côtes alors que Bard les guidait vers la ville, mais le jeune homme l'ignora superbement.
Il était clair que Dale était assiégée. Même alors que la nuit tombait, des soldats patrouillaient les rues, allumaient des torches et surveillaient les faiblesses des murs.
Baraz demanda à Fíli si cela se passait comme ça depuis le début, et il confirma que dès que l'armée se plaça à leurs pieds, Dale et Erebor avaient pris de sévères mesures. Bard le confirma également.
Il y avait une étrange atmosphère entre les deux princes. Une sorte de respect s'était formée, même si Baraz était certaine qu'ils ne s'étaient jamais rencontrés avant cet instant. Mais, honnêtement, Bard serait roi un jour. Alors que Fíli resterait pour toujours un Prince Royal.
Si sa vie était longue, évidemment…
Le palais du roi Brand – si le bâtiment pouvait porter ce nom – se tenait au centre de la ville, et avait été reconstruit sur les ruines de l'ancien hôtel de ville. Baraz s'en était approchée dans le passé, mais n'y était jamais entrée. Le porche, avec ses marches en pierre fondue, donnait l'air à l'endroit d'être interdit d'accès. Une fois, elle avait demandé à un citoyen pourquoi les rois n'avaient pas fait remplacer les marches noircies et tordues, et on lui avait répondu que c'était pour se souvenir du malheur que leur avait porté le dragon Smaug.
Bard évita les marches les plus dangereuses et les mena à l'intérieur. Un sublime portrait se tenait juste devant eux, une peinture de la vieille ville. Sur la gauche se trouvait un immense escalier menant aux niveaux supérieurs, et sur la droite, des couloirs qui menaient sans aucun doute aux salles où Brand recevait ses sujets.
Bard s'arrêta avant de monter les escaliers. « Veuillez prévenir ma sœur que nos invités sont arrivés. » La domestique le salua et disparut derrière une porte de service. « Suivez-moi », ajouta-t-il, et Baraz et Fíli le suivirent à l'étage.
Ils atteignirent un autre couloir, et bien qu'il soit décoré de moquette épaisse et de tapisseries, il ne payait pas de mine. Mais cela, Baraz pensa, était ainsi que vivait la lignée de Bard Ier. Quand il était devenu roi, il avait été élu par le peuple. Et il avait choisi de rester aussi humble que possible.
Bard les conduisit à une salle à manger où était attablé le monarque, seul si on ne comptait pas le domestique se tenant derrière lui. Il étudiait ce qui semblait être une carte. « Père ? »
Le Roi releva la tête et eut l'air passablement soulagé. « Ah, Lady Baraz, Votre Majesté, entrez. Je suis content de vous voir. Venez, » il leur fit signe de le rejoindre à table.
Baraz ne savait pas trop quoi faire de son arc et carquois, aussi elle les plaça sur la table. Si ce n'était pas bien élevé de mettre des armes là où l'on partageait des repas, elle l'ignorait, mais doutait que ce soit le cas. Ceci dit, elle n'était pas une dame et ne souhaitait pas qu'on la considère comme telle. « Votre Majesté. »
« S'il-vous-plait, my Lady, nous nous connaissons depuis bien trop longtemps pour continuer à s'appeler aussi formellement. Appelez-moi Brand, comme autrefois. » Baraz ne rata pas l'éclair de curiosité dans le regard de Bard, si le sourire de Fíli, mais elle acquiesça tout de même.
« Seulement si vous m'appelez Baraz, comme autrefois. »
Il sourit, et lui fit signe de s'asseoir à sa droite. Fíli s'assit à côté d'elle, et Bard prit place à la gauche de son père, plaçant son propre arc sur la table à côté du plus fin arc elfique de Baraz.
« Je suis heureux que vous soyez tous les deux ici, car je viens d'être mis au courant que l'armée à nos pieds s'agite. Nous craignons une attaque imminente. » Brand pointa vers la carte devant lui, où quelques drapeaux signifiaient la position de l'ennemi et de ses propres forces armées.
Baraz acquiesça. « Ils attendent depuis un certain temps, déjà. » Elle réfléchit. « Le Roi Thranduil m'a promis vingt de ses archers. Ils devraient nous rejoindre promptement. »
« Et vous les dirigerez, » Brand dit-il sans préambule. « Le Prince Fíli m'a dit que vous connaissiez la langue des Elfes, et cela sera un avantage certain. » Il fit une pause. « Si cela vous convient, bien sûr. »
« Brand, » Baraz soupira, « je vous ai prêté allégeance, à vous et à votre Maison. Je ferai tout ce que vous m'ordonnez de faire. »
« Considérons que vous avez plus d'expérience que moi pour clore le sujet, » répondit-il avec un sourire. « Où pensez-vous que nous devrions placer nos troupes ? »
Baraz regarda la carte. Comme elle l'avait constaté le matin-même, les forces de l'Ennemi entourait la cité, les empêchant de fuir. « Je pense que nous devrions attirer l'ennemi vers un point précis. Ils essayeront sans aucun doute de se débarrasser de nos généraux en premier, pour saper le moral des troupes. Vous, évidemment, ainsi que Dáin, serez les cibles principales. » Les trois hommes acquiescèrent. « Combien de soldats possédez-vous ? »
« Dix-mille archers, vingt-mille fantassins, et encore dix-mille lanciers. »
Baraz acquiesça. Ce n'était pas beaucoup face au nombre de leurs adversaires, même si vingt-mille guerriers nains les rejoindraient finalement. « Postez deux mille archers aux Portes Ouest et Est avec mille fantassins et mille lanciers. Postez le reste à la Porte Sud. Et postez-y-vous également. » Elle jeta un rapide coup-d'œil au Prince qui était devant elle. « Je prendrai le Prince Bard avec moi. Son arc sera utile. »
Bard allait protester, mais son père leva la main. « Et il se joindra à vous. » Il étudia de nouveau la carte. « Et que ferons-nous contre leur puissance de feu ? Les catapultes, les béliers ? »
« Dale possède ses propres catapultes, et si ma mémoire ne me fait pas défaut, mes ancêtres vous ont laissé plusieurs arquebuses, » elle sourit.
Brand sourit de même. « Oui, et l'acier nanique ne faiblit jamais. »
« Je placerai les archers elfes ici, » elle pointa du doigt la gauche des rangs ennemis. « Si nous les forçons à se regrouper, cela sera plus simple pour vous d'en prendre de plus larges nombres. »
« En effet. »
Il y eut un silence, puis Fíli se pencha en avant. « Avez-vous réfléchi aux rations de nourriture ? »
Brand le regarda, les lèvres pincées. « L'eau ne sera pas un problème, puisque la rivière sort de la Montagne. Mais en ce qui concerne la nourriture…cela fait déjà deux semaines que nous sommes rationnés. Nous ne tiendrons pas plus de deux semaines de plus. »
Baraz acquiesça gravement. « Rationnez les personnes de manière égale. Personne ne devrait recevoir plus ou moins qu'il ne le mérite. Nourrissez tous vos citoyens équitablement, surtout ceux qui se battront pour vous. »
Brand la fixa avec un regard qu'elle ne put déchiffrer. Il se tut un moment, avant de répondre, doucement mais fermement, « Vous feriez une excellente dirigeante, Lady Baraz de la Comté. »
Baraz se sentit rougir. Elle n'était pas une leader, n'avait pas été élevée pour en être une. Mais la guerre, et la Quête, lui avaient appris qu'aucune vie ne valait plus qu'une autre.
A cet instant, la porte s'ouvrit en grinçant, et une jeune femme d'environ quinze ans entra dans la pièce. Elle portait une robe blanche toute simple, mais néanmoins élégante. Ses cheveux bruns étaient relevés en chignon, et un regard intelligent et pétillant tomba sur les invités en présence.
« Désolée pour le retard, Père. J'étais en ville avec Maman. » Elle rejoignit le roi et lui embrassa la joue avant de venir se tenir près de la chaise de Baraz.
Celle-ci se leva précipitamment et salua la jeune fille. « Princesse Sigrid. Vous êtes devenue une belle jeune femme depuis la dernière fois que je vous ai vue. »
« C'est parce que je n'étais qu'un nourrisson cette fois-là, Lady Baraz, » la demoiselle sourit. « Je suis heureuse d'enfin faire votre connaissance. Ma mère vous envoie ses salutations. Elle est présentement en train de s'occuper de nos blessés. »
Baraz acquiesça, se souvenant de la Reine Talia lorsqu'elles s'étaient rencontrées. La princesse qu'elle était alors portait une robe maculée de sang tandis qu'elle changeait les bandages d'une vilaine blessure subie par un homme sur lequel un rocher était tombé. « Remerciez-la pour moi. »
« Père, » Sigrid dit alors, se retournant vers Brand, « avez-vous terminé ? Lady Baraz a sûrement besoin de se rafraichir quelque peu. Cela fait longtemps qu'elle est sur les routes, après tout. »
Baraz prit alors conscience qu'en effet, elle aurait bien besoin de prendre un bain, et que son apparence générale n'était pas aussi étudiée qu'elle n'aurait dû l'être.
Brand acquiesça. « Vas-y, ma chérie. Pendant ce temps-là, nous ferons visiter le palais au Prince Fíli. Je pense que c'est la première fois qu'il vient nous rendre visite, lui aussi. » Le Prince Nain hocha la tête, des étincelles dans le regard que Baraz reconnut immédiatement comme de la curiosité.
La princesse lui prit donc le bras et l'emmena vers une chambre d'amis.
« Vous avez dû voir bien des choses horribles pendant vos voyages, my Lady, » Sigrid annonça-t-elle alors qu'elle versait de l'eau tiède dans une baignoire de cuivre.
Baraz, qui était en train de déposer sa cape sur le simple lit qui avait été préparé pour elle, se retourna vers la jeune femme, une expression sombre sur le visage. « Je ne parlerais pas de ce genre de choses avec vous, Votre Majesté. »
« S'il-vous-plait, Sigrid. Vous m'avez, après tout, fait naitre, et je ne l'oublie pas. » Elle plaça un écran en fin tissu devant la baignoire. « Et je suis consciente des terreurs qui hantent ce monde. » Ses sourcils se froncèrent, et elle parut soudainement bien plus âgée. « Mon frère ainé Helion est à Minas Tirith en ce moment précis. Et on raconte que c'est là que l'Ennemi attaquera en premier. »
« Je suis désolée de l'apprendre. Mais, » Baraz ajouta-t-elle avec un petit sourire, ses doigts autour de l'anneau à son cou, « même si moi aussi j'ai des personnes auxquelles je tiens qui sont en danger à cause de cette guerre, nous ne devons pas perdre espoir. Jamais. »
« C'est vrai, » Sigrid répondit-elle. « Je vous laisse. Mon frère viendra vous chercher plus tard pour le diner. Ce ne sera pas quelque chose de bien grandiose, » ajouta-t-elle, « nous sommes rationnés, après tout. »
Baraz était reconnaissante envers Brand et sa famille. Ils étaient bien loin de la grandeur de leur rang. Ils avaient quelques domestiques mais ne les traitaient pas avec supériorité. Sigrid avait après tout versé l'eau de son bain elle-même sans battre le moindre cil et ils étaient prêts à sacrifier leur confort pour leur peuple. Quel exemple.
La nuit était bel et bien tombée quand Baraz émergea de sa chambre, de propres vêtements sur le dos. Elle avait tressé ses cheveux, mais pas avec les tresses de Fíli. Cette époque était révolue. A la place, elle avait utilisé les tresses du clan de son père, ainsi que des perles forgées par ses ancêtres, afin de rester proche de ses origines même si elle les avait quelque peu reniées. La broche elfique que Galadriel lui avait donnée brillait à son épaule, et elle se sentait plus forte grâce à elle.
Le Prince Bard, comme prévu, l'attendait. Il étudia sa tenue avec un regard étrangement appréciateur, puis sourit et lui fit signe de le suivre. « My Lady. »
« Votre Majesté. »
« Je voudrais vous remercier, » commença-t-il, et elle remarqua qu'il avait l'air très sérieux, « de me faire confiance ainsi qu'à mon arc. Je serai honoré de me battre à vos côtés. »
« Je dites pas cela comme si j'étais une guerrière accomplie, Prince Bard. Mes seuls hauts faits sont d'avoir pris part à une Quête et d'avoir renié mon Roi. »
Il pouffa de rire. « Oui, mais cela, peut-être, est ce qui fait naitre les légendes. »
Elle se sentit une nouvelle fois exposée à son regard, et quand ils atteignirent la salle à manger, elle fut heureuse de retrouver Fíli, qui lui changerait les idées.
La Reine Talia la salua chaleureusement, et si les deux femmes ne s'étaient plus vues depuis plus d'une dizaine d'années, leur amour pour l'art de la médecine les aida à reforger une alliance. La Princesse, Sigrid, qui était l'apprentie de sa mère, rejoignait souvent leur conversation.
Bien que le repas fût simple, la soirée fut agréable. Il n'y avait ni jugement ni colère dans la salle. Baraz avait presque l'impression d'être de retour à Rivendell.
En tout cas, jusqu'à ce qu'un garde n'entre dans la pièce avec une flèche et une lettre dans la main.
Baraz reconnut immédiatement la pointe de flèche. Elle l'avait vue tant de fois dans les mains de son ami Legolas qu'elle n'aurait pu faire autrement. « Le Roi Thranduil nous a envoyé ses hommes. »
Le Roi Brand la regarda solennellement. « Alors il est temps. » Il fit une profonde inspiration. « Nous déploierons nos troupes à l'aube. »
