Chapitre 21 : On ne se fait pas aduler pour trois Serpentard

« Magnifique !

_ Un coup de génie, les gars, vraiment.

_ Vous n'auriez pas besoin d'un cinquième membre par hasard ? »

Si Lily pouvait voir sa tête ! C'est à en mourir de rire. Assise à quelques pas de nous à la table du petit déjeuner, elle tente de passer sa rage sur un toast à la confiture.

Depuis que nous avons fait notre apparition dans la salle commune, nous avons été assaillis de toute part par des élèves de Gryffondor, toutes années confondues. Maintenant que nous sommes dans la Grande Salle, Morganne Fleester et deux de ses copines sont venues nous rejoindre. Morganne est à moitié assise sur les genoux de Sirius. Je me demande comment elle fait pour tenir en place. Sa position n'a pas l'air très confortable. Les deux autres filles tournent essentiellement autour de James et de moi mais je vois bien que c'est l'attention de Sirius qu'elles recherchent.

« Alors Lily ? s'exclame Sirius après avoir englouti un croissant. On ne se fait pas aduler parce qu'on s'est battu contre trois Serpentard ? »

La réponse de Lily est particulièrement grossière. Nous éclatons de rire, ce qui n'arrange rien à sa rage.

Je me sens poussé sur le côté. Lucrèce vient de s'asseoir juste à côté de moi. Elle me prend mon propre croissant des mains.

« Tu avais l'intention de tuer mon frère ?

_ Non. Juste de lui faire comprendre que je ne vais pas me laisser faire.

_ Cet hippogriffe aurait pu le tuer. »

Sirius lève la tête.

« C'était le… »

Il termine sa phrase dans un cri. Sous la table, je lui ai envoyé un coup de pied dans le tibia. Morganne m'adresse un froncement de sourcils significatif. Pas touche à Sirius ? Allons, lui et moi, on a l'habitude de s'envoyer de taquets à longueur de journée. Je crois qu'il a l'intention, plus tard, d'annoncer à qui veut l'entendre qu'il a passé sept ans à titiller un loup-garou sans jamais se faire mordre. Enfin… Si, une fois. Heureusement pour lui, il était sous sa forme animale. Je me rappelle l'avoir attrapé par la nuque et avoir mordu aussi fort que possible. Si James ne m'avait pas envoyé un coup de bois dans le ventre, j'aurais pu le tuer.

Je m'en serais voulu jusqu'à la fin de ma vie.

« Ecoute, reprend Lucrèce en me prenant la main, c'était courageux de votre part de…

_ On a relu le guide du parfait Gryffondor avant d'y aller, intervient James. Là-dedans, c'est écrit que courageux signifie presque mettre la pâtée aux Serpentard. »

Lucrèce et Lily lui renvoient de concert un regard noir. Elles ne devraient pas se détester autant toutes les deux. Au final, je trouve qu'elles ont quelques points communs. Surtout quand James est dans les parages.

« Laissez tomber, dit-elle. Vous n'êtes pas au niveau de mon frère. »

Sirius laisse échapper un grand bruit tandis qu'il avale de travers une gorgée de chocolat chaud. Je me mets à rire, bientôt imité par James et Peter. On dirait une canalisation qui se débouche d'un coup.

« Pas au niveau ? Mais pour qui est-ce que tu nous prends ? »

Je lui envoie un autre coup de pied sous la table. Je connais Sirius, lorsqu'il est touché dans sa fierté, il est capable de tout déballer. Et ce n'est pas le moment d'avouer à toute l'école qu'il est un animagus non déclaré. Pour le coup, ce n'est pas un renvoi qui l'attend, c'est Azkaban. Mais il raison. Rien que pour accomplir la métamorphose en animagus, il faut avoir un niveau de magie très élevé. Or, James, Peter et lui n'avaient que quinze ans lorsqu'ils sont parvenus à une transformation complète pour la première fois.

« Vous ne connaissez pas mon frère, soupire Lucrèce. Ce n'est pas un gentil gamin..

_ C'est pour ça que vous avez été virés de Beauxbâtons ? »

Là, tout de suite, j'ai bien envie de plonger la tête de Lily dans son bol de chocolat. Je suis sûr que ça fait deux jours qu'elle cherche un moyen de me dire ce que je n'ai pas voulu entendre dans la volière.

Mais Lucrèce ne la regarde même pas. Elle dépose un baiser sur ma joue. Je suis convaincu qu'elle ne l'a fait que pour enrager davantage Lily.

« Qu'est-ce qui est arrivé à ce garçon ? reprend Lily. Tu sais, Thomas Lamblain. Il a été interné dans un hôpital psychiatrique moldu n'est-ce pas ? C'est là que tu vas envoyer Remus aussi ? »

Sirius dégaine sa baguette et, par-dessus l'épaule de Morganne qui est accrochée à lui avec la ténacité d'une moule sur son rocher, la brandit vers Lily.

« Ne cherche pas la bagarre toi ou je t'envoie un sort de langue de bois. »

Lily envoie une claque dans la baguette de Sirius. Je soupire de dépit. A quand un repas tranquille ?

« Range-ça. Je parle sérieusement. Ce garçon, Lucrèce, tu l'as rendu fou.

_ Ah. Et comment est-ce que tu sais ça ? Parce que, si je me souviens bien, tu n'étais pas là quand ça s'est passé. »

Lily devient aussi rouge que sa cravate. Sirius ricane.

« Tu as fouillé mes affaires ? continue Lucrèce, très calme. Eh bien, pour une préfète, ce n'est pas très professionnel.

_ Tu as été renvoyée…

_ Je n'ai pas été renvoyée pour ce qui est arrivé à Thomas. J'ai été renvoyée parce que Timothée a eu des problèmes qui ne te regardent pas. »

Lucrèce me dévore du regard.

« Thomas était instable psychologiquement.

_ C'était ton petit-ami ? »

Elle acquiesce.

« Il n'y avait déjà plus rien entre nous quand il a perdu la tête. C'est arrivé brusquement et personne ne sait pourquoi.

_ Elle est boiteuse ton explication, grommelle James.

_ Toi, je ne t'ai pas demandé ton avis.

_ C'est drôlement agréable les repas avec vous, intervient tout à coup Peter. Dîtes, j'espère que vous n'avez pas l'intention de faire voler les assiettes. Sinon, dîtes le moi, je vais m'éloigner un peu. »

Personne ne peut nier qu'il a raison. En attendant, je suis ravi de son intervention. Tout le monde se tourne vers lui et on oublie un peu cette fichue discussion qui devenait de plus en plus pénible. Il se met à rougir et regarde son bol vide en marmonnant des mots que personne ne comprend. Il est comme ça, Peter, il voudrait qu'on le voit, qu'on le reconnaisse mais lorsque c'est le cas, il panique complètement et voudrait disparaître dans un trou de souris. Sirius dit que c'est pour ça qu'il devient un rat lorsqu'il prend sa forme animale. James, au contraire, soutient que c'est parce qu'il mange trop de fromage. Moi, je n'ai pas d'opinion. Si je devais me transformer en animal, je veux dire en véritable animal, pas en loup-garou, je crois que ce serait quelque chose de pas très ragoûtant. Enfin, je n'en sais rien et j'aime mieux me dire que je ne le saurais jamais, que le sujet est, de toute façon, clos.

La sonnerie nous fait prendre conscience du temps qui a passé. En un éclair, nous nous levons tous et nous dirigeons vers nos salles de cours respectives. Lily ouvre la marche. Je crois qu'elle fait la tête. J'ai toujours du mal de comprendre pourquoi elle s'en prend ainsi à Lucrèce. Elle a été expulsée de Beauxbâtons, ok, mais, nous, les Maraudeurs, nous sommes aussi sur la sellette. McGonagall aime bien nous le rappeler de temps en temps. Lorsque James et Sirius ont fait gonfler la tête de Bartram Aubry, ils ont été à deux doigts d'être renvoyés. Je n'ai d'ailleurs pas très bien compris pourquoi Dumbledore a décidé de leur laisser une autre chance. Je lui avais posé la question après le conseil de discipline. En tant que préfet, j'avais été tenu d'y assister. Dumbledore m'a regardé droit dans les yeux en souriant et il m'a dit : « En ces temps sombres, l'humour est la seule arme dont peut disposer notre jeunesse. »

Une fois, juste une fois, j'aimerais que Dumbledore s'exprime clairement.