Osez me dire après ce chapitre que vous aimez Enzo et Emma et... Je crois bien que vous serez considérés aussi cinglés que moi! ^^
Chapitre vingt-et-unième : Négociations.
J'ouvris la porte métallique avec délicatesse. Surtout, ne pas brusquer Enzo. A terre, quelque chose s'agitait. Je m'approchais et compris ma méprise. Ce n'était pas quelque chose. C'était Alice. Je me précipitai et m'agenouillai.
-Alice, que se passe-t-il ? Où sont Enzo et Jasper ?
D'une main tremblante, elle me désigna le fond de l'entrepôt. Dans l'obscurité, je distinguai la chevelure blonde de Jasper.
Les sanglots redoublèrent, et ses yeux devinrent vitreux un instant. Elle s'effondra, gémissant de plus belle.
-Que vois-tu, Alice ? Que vois-tu ?
-Je me vois… en habits noirs. En tenue de veuve ! Je suis enfermée dans une pièce vide… Je crois que c'est un asile. Ma vie a commencé là-bas, il est logique qu'elle s'y termine !
A ses mots, elle éclata de rire. Ses nerfs étaient en train de lâcher, elle devenait folle.
-Viens, Alice. Je vais sauver Jasper. Je te le promets.
Comme elle continuait à rire comme une démente, ce qui m'effrayait largement, je la saisis comme une vulgaire poupée de chiffons. M'approchant à pas de loups de mon frère, je la redéposai à terre pour voir Enzo, le visage déformé par la rage, qui tenait Jasper tout contre lui, lui tenant le bras et tirant si fort que le membre risquait de se décrocher à tout moment.
Des vagues de calme m'atteignirent, et je compris que le jeune homme tentait d'apaiser mon frère. En vain.
-Tiens, petite sœur, je ne t'avais pas vue. Tout va bien ? La voix était cruelle, sarcastique et cynique.
-Pourquoi fais-tu ça, Enzo ?
-Il nous a fait du mal. Il nous a brisés. Et elle, la folle qui rit, elle a tué James. Pour la faire souffrir, je vais tuer son mari en lui arrachant os après os. Et je l'épargnerai. Ne suis-je pas trop gentil ?
-Un véritable ange. Maugréai-je. Mais tu attaches bien trop d'importance à un simple petit détail.
-Un détail ? Tu oses nommer détail ce qui nous a gâché l'existence ?
-Non. Ce qui a tout gâché, c'est qu'on déménage. Tout était calme, on avait une vie paisible, avant que tu te fasses prendre !
-C'est ça, rejette toute la faute sur moi ! Comme si j'étais le responsable de tous nos soucis ! Et toi, si jamais tu n'avais pas tourné de l'œil, ce jour-là, on n'en serait jamais arrivés là !
Un silence furieux s'installa, et comme pour me provoquer, il tira encore un peu plus sur le bras de Jasper, lui arrachant un gémissement. Alice s'arrêta de rire et se remit à pleurer. Je m'approchais d'elle et la berçais calmement. Ses yeux se noyèrent dans le vide à nouveau, et elle murmura tout bas, pour elle même.
-Venez, mes enfants, venez chercher… Ici, par ici ma toute belle, non, pas cette route…
Enzo détourna son attention de son otage pour la fixer. Jasper vit une occasion en or.
Il se rua, cogna Enzo qui s'écroula et se jeta sur Alice pour la prendre et s'enfuir. Ce geste lui fit perdre du temps, et mon frère put se relever et le rattraper.
L'attrapant par le poignet, il le tira en arrière et tourna. Un horrible craquement retentit, alors que l'os du poignet se brisa.
Un poignet cassé, pensai-je amèrement. Et ce n'est que le début. Le commencement de la souffrance. Alice recommençait à rire. Jasper hurla de douleur. Mon cœur vola en éclat. Les traits d'Enzo n'étaient plus celui de mon frère adoptif, de mon meilleur ami, de ma plus vieille connaissance. Pas ceux du petit garçon de quinze ans qui pleurait à cause d'une fille. C'était ceux d'un inconnu, d'un homme sans âge entre l'innocence de la vingtaine et la dureté de la trentaine, blessé par la vie et qui le rendait. Chaque parcelle de sa peau brillait de haine, de sadisme à l'état pur. Il savait qu'il faisait du mal et il aimait ça.
Reprenant mes esprits, je réalisais que si Enzo ne ressemblait pas au petit garçon, c'était parce que son apparence n'était plus la même. Du tout.
Mon cerveau concoctait un plan risqué. Dangereux, mais si je ne le tentais pas, Jasper mourrait de toute façon, et la raison d'Alice avec lui. Je me redressai et fixait Enzo avec un regard froid.
- Laisse-moi-lui faire du mal.
Les deux hommes me fixèrent ébahis.
-Tu as raison, Enzo. Notre famille est détruite, brisée. On était heureux, jusqu'à ce qu'il fasse irruption dans notre vie.
-Tu mens, petite sœur. Mais sa voix manquait d'assurance, il commençait à me croire.
-Tu oses me nommer ta sœur, et tu ne m'accorde pas ta confiance ? Quatre siècles et tu ne me crois pas ? Tu blesses profondément mon égo. Si pour que notre famille en redevienne une, il doit mourir, alors qu'il en soit ainsi. Je ne supporterai pas de passer encore plus de temps sans toi, Enzo. Je veux que tu arrêtes de fuir. A n'importe quel prix.
A ces mots, les geignements d'Alice se stoppèrent, et comme les deux autres, elle me fixa d'un air hébété. Sauf que je sentais en elle une haine profonde croître envers moi.
-Si le tuer te procure ce bonheur, vas-y, petite sœur. Tue-le.
Je saisis fortement Jasper, remplaçant mon aîné. Le regard haineux d'Alice me faisait perdre mes moyens, et je craignais que mon plan ne se brise.
-Allez, plus vite, allez… Marmonnai-je.
Jasper se retourna vers moi, et je murmurai en priant qu'Enzo n'entende pas mon plan.
Nous étions deux, maintenant, à prier pour que le temps s'écoule plus vite. Je tirais avec douceur sur le bras de Jasper qui feignait la douleur, quand soudain, ce que nous attendions arriva.
Les Cullen.
Je lâchais Jasper qui s'élança, tandis qu'Emmett venait juste de prendre sa petite sœur dans ses bras. Il la berçait avec douceur pour la calmer, tandis qu'elle s'écria à mon intention.
-Emeline ! Ma vision… C'est la même !
J'avisai Jasper qui était par terre. Il venait de trébucher et son poignet le faisait souffrir.
Enzo se planta devant lui et fit mine de s'échauffer. Comprenant, j'hurlai de toutes mes forces.
-Ne le regardez surtout pas !
Et il commença à danser. Je dévisageai tous les Cullen, qui fixaient Alice, pour m'obéir. Rosalie fixait son jumeau avec panique, et lorsque je le vis, je réalisai qu'il était trop tard. Il avait regardé Enzo et ne pouvait détacher son regard de cette danse.
Je me jetai sur mon frère. Il se redressa et profita de la stupeur générale pour fuir. Il eut juste le temps de me glisser quelques mots à l'oreille.
-Tu avais raison. Ce n'est pas lui. Je retrouverais le vrai coupable.
Et il partit.
Hébétude. Voici le sentiment de toute une famille qui ne bougeait plus. Je me précipitai sur le grand blond. Ses yeux étaient fermés, il ne remuait pas.
-Est-ce qu'il est… ? Commença Rosalie d'une voix faible.
Je perçus un léger mouvement.
-Non. Soit il est évanoui, soit dans le coma. Le don d'Enzo est particulier. Il peut tuer un vampire sans même le toucher… Plus esthétique, dans un sens…
Les trois femmes, Rosalie, Alice et Esmé, se précipitèrent sur le corps inanimé de Jasper. C'est en les comptants que je réalisais quelque chose. Deux des leurs étaient absents.
-Où sont Edward et… Bella ?
-Bella s'occupe de sa fille, et Edward… Et bien, il prétend passer du temps avec sa famille, mais c'est faux. Je crois qu'en fait, tu l'as remis à sa place à un tel point qu'il avait peur que tu en recommence.
-Tu as sauvé mon frère. Murmura la belle Rose. Ma famille te doit plus que la vie, à présent.
-Viens, nous rentrons. S'il te plait, accepte de passer un peu de temps à la villa. Me proposa Carlisle.
J'acceptai l'invitation. Nous rentrâmes dans deux voitures. Une magnifique décapotable rouge et une aussi belle Mercedes noire. Je montais dans la première, avec Rosalie, Emmett et Esmé. Alice et Carlisle prirent la deuxième, Alice souhaitant rester auprès de son époux.
-Merci pour tout. Je reconnais ne pas avoir eu beaucoup d'estime pour toi, car depuis que tu es arrivée, mes enfants ont disparu. Et pourtant, je réalise que te sous-estimer était une erreur, car tu cherchais à les sauver… Mais parles-moi du don de ton frère, s'il te plait. Me supplia Esmé.
-Et bien, en dansant, Enzo est capable de tuer humains et vampires. Nous ignorons s'il en va de même pour les loups, nous n'avons jamais testé.
-Nous… Tu veux dire que tu as ce pouvoir ?
-Partiellement. J'ai récupéré une part du don d'Enzo à la transformation, et je peux facilement faire s'évanouir quelqu'un pendant plusieurs heures. Je suis d'ailleurs la seule immunisée de mon frère. Je ne sais pas s'il y a un remède à cela, et je peux même dire que Jasper à eu de la chance que la danse se soit arrêtée aussi vite, sinon, il y serait resté.
Un silence de mort suivit mes paroles, jusqu'à la villa. Le corps fut déposé avec soin sur son lit, et Alice s'allongea à ses côtés, l'air infiniment triste. Carlisle me fit venir dans son bureau. Je dus tout lui réexpliquer. Deux fois. Avant de raconter tout mon passé. Encore. Je n'omis aucun détail, aucune pensée, soucieuse de la santé de Jasper, que n'importe quelle anecdote pourrait certainement sauver.
-Carlisle ! Du nouveau !
Le ténor d'Edward me fit sursauter. Il croisa mon regard et baissa la tête, avant d'entraîner son père dans la chambre. Alice ne gémissait plus, et Edward semblait vraiment heureux. Pourtant, après un examen complet de ma place, rien n'avait changé.
-Il se remet à penser. Il veut se battre pour nous. Et surtout, il tient à se réveiller, pour pouvoir remercier Emeline.
Je baissais les yeux, gênée d'être la cible de six regards. Des regards emplis de gratitude.
Des petits pas. Légers. Délicats. Edward se précipita dans l'entrée, et je pus entendre une dispute à voix basse. Dispute se continuant dans les escaliers, puis dans la chambre.
-C'est trop tôt, Bells ! Ça vient de se produire ! Tu ne peux pas… La pauvre…
La voix correspondant aux pas légers survint.
-Papa. Je suis là.
-Je sais, mon trésor. Papa sait que tu es là.
-Alors arrête de faire comme si ce n'était pas le cas et de parler d'elle comme si ! Et elle voulait voir son oncle, ce n'est pas de ma faute, quand même !
-Mais enfin…
Ils s'interrompirent quand l'enfant, marchant avec hésitation, posa sa main sur la joue de Jasper. Il remua légèrement. Alice se gonfla d'espoir, mais ce fut tout. A chaque fois que l'enfant collait sa menotte tiède sur la joue, il bougeait, mais pas un seul autre signe de vie.
-Tu dois avoir des choses à faire, Emeline. Pars, et merci pour tout.
Rosalie semblait être la seule à s'être souvenue de ma présence, Et elle m'adressa un autre sourire paisible et franc. Je griffonnais un numéro sur un bout de papier, et lui tendis.
- A la moindre amélioration, ou au moindre problème, contactez-moi. Je répondrais à toutes les questions dont je détiens les réponses et je viendrais la plus vite possible.
Elle acquiesça en silence et me raccompagna. Au dernier instant, je sentis quelque chose de chaud dans ma main. Nessie. Aucune vision. Juste un seul petit mot. Le mot le plus important et le plus agréable qu'elle aurait pu me dire.
-Merci.
Je lui gratifiais un sourire chaleureux d'encouragement, avant de murmurer.
-Sois forte, ma petite. Je sens que le remède de ton oncle, c'est toi…
Ses yeux se mirent à briller et elle partit en courant pour retourner au chevet du malade.
Je repartis dans la forêt d'un pas lent et tranquille. Tout m'était sorti de la tête. Emma, Ben, Enzo, Jasper, comme si tout avait été effacé d'un coup d'éponge, par le sourire d'une enfant. Un sourire pur et paisible. Le plus beau de tous.
Je commençais à sentir l'odeur qui était devenue différente. Le territoire des loups. Alors que j'avançais, j'entendais de drôles de bruits. Comme des voix. Certains applaudissements. Certaines rumeurs, des filets de voix désapprobatrices.
Je parvint à retrouver Ben, qui haletait comme après une course.
-Que se passe-t-il ?
-Emma… a disparu. Je l'ai cherchée partout, et pourtant, elle n'est nulle part.
Un souvenir se ramena à ma mémoire.
-Elle aimait beaucoup la vue depuis les falaises. Il est vrai que c'est joli quand on n'a pas le vertige. Tu y as été ?
Il claqua des doigts.
-Mais oui ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé ? Allons-y.
Elle était en effet assise sur le bord de la roche, larmoyante. Elle ne tourna pas la tête à notre arrivée, mais pris la parole brusquement.
-Je ne suis pas stupide, vous savez.
Éberlués, nous la fixâmes sans comprendre.
-Je ne suis qu'une simple fille, normale, sans histoires, et pourtant je ne suis ni niaise, ni naïve. Même si certaines choses me dépassent largement, j'ai toujours cherché les réponses.
Un long silence suivit, sans que personne n'ose le briser.
-Il est vrai que passer pour quelqu'un de naïf a ses avantages. Je vous aimais réellement, et c'est encore le cas, mais je me suis découvert une passion. J'aurais voulu être journaliste. Non, paparazzi. Alors, pour bien commencer, pourquoi ne pas faire des minis-enquêtes, sur les gens qui m'entourent ? J'ai longtemps hésité. Mes sœurs et mon frère avaient une vie trop ennuyeuse. Mes parents me mettraient des baffes si j'enquêtais sur eux. Alors, je me suis rappelée. Mes amis ! Une existence plus étrange, sans aucun doute.
« Pour tout dire, je me suis d'abord intéressée à toi, Emeline. Ton apparence parfaite, tes yeux qui changent de couleur au gré de tes humeurs… Et puis, tu m'intriguais, avec ce frère invisible mi-ange mi-démon. Quand j'ai été chez toi, j'ai vu une vieille photo, en sépia. Trop ressemblants à ton frère et toi même pour des parents. Mais cette photo date d'il y a si longtemps !
« Et puis, j'ai réalisé quelque chose. Toi. La jolie et gentille Emeline, toujours agréable. Jolie, mais avec une ressemblance marquante pour les jumelles. Et oui, j'ai vu. J'ai aussi vu Enzo, le portrait même de Tom. C'est à ce moment, je crois, que j'ai fait des recherches. J'ignore si tu le savais, mais mon père travaille dans la police. Je lui ai demandé en blaguant de faire une recherche sur toi.
« Où commencer, Emy ? Tu n'es pas née. Aucun acte de naissance. Ton frère a été recherché pour meurtre il y a quelques mois. On a vite stoppé les recherches, parce que l'homme n'avait pas de famille.
« Et les détails. Peau glaciale comme celle d'un mort, il t'arrivait de ne pas respirer longtemps, trop peut-être pour être normale. Tu ne clignais parfois pas des paupières, tu dors les yeux ouverts –mais dors-tu seulement ? Parfois, tu partais avec les yeux aciers. Tu revenais avec un doux bleu. »
Je ne bougeai plus, figée par mon idiotie. Avais-je seulement pu croire un seul instant qu'elle ignorait tout de moi ?
Sa voix se fit plus douce, plus tendre.
« Et puis, te voilà, Ben. J'aurais bien cru que tu n'avais rien de bien passionnant, mais ta peau… Tu es brûlant, comme fiévreux, et tu vas bien. Le premier jour où tu a déjeuné avec nous, j'ai remarqué, quoique je ne pensais pas encore à enquêter, que ta chaussure qui était normale le matin, semblait bien abîmée, comme si elle était explosée. Pas un seul boitement. Tu allais bien, comme d'habitude. Et puis, tu m'as révélé tes appartenances Quileute. Curieuse, j'ai fait des recherches. On raconte que vous descendez des loups. Je n'ai eu aucun doute. Et c'est ceci qui m'a permis de tout comprendre, après tout. J'ai regardé plus de films sur les loups-garous que la raison ne le permettait, et j'ai du me rendre à l'évidence. Bien que ça ne soit que des fictions, j'ai compris pourquoi Emeline et toi étiez si souvent en froid. J'en ai, de la chance. Un ex loup et une amie vampire. »
Nous étions statufiés. Figés, comme morts.
-Ben, loup à temps partiel, Emma, humaine à temps complet, et comme vampire à temps éternel, nous avons… Emeline Merezan !
Je me maudissais. Une erreur monumentale. Bien qu'elle connaissais mon existence en temps que vampire, j'aurais espéré garder l'anonymat. Elle m'avait percée à jour.
Emma se releva, se remettant à pleurer.
-N'est-ce pas dramatique, d'avoir deux petites sœurs très intelligentes ? Malgré les apparences, elles sont extrêmement réfléchies. Elles t'ont trouvée… Géniale. Entendre ton nom, et pas le mien, dans chacune de leurs phrases, voilà ce qui me fait souffrir le plus.
Elle se tut. Fixa droit devant elle, la mer.
-C'est joli, ici. La vue est splendide. Emeline, malgré tes mensonges, tu resteras mon Emy. Et aussi… Pardonne-moi, Benjamin.
Avec l'intéressé, nous échangeâmes un regard bref, et comprîmes aussitôt.
-Non, Emma !
Trop tard.
Elle avait sauté.
Hate du prochain chapitre, l'avant dernier? JE vais vous donner son titre, et un conseil.
Le titre : Et si tout finissait bien?
Et le conseil: Méfiez vous des apparences.
