Titre : Réfugiées temporelles
Auteur : ylg/malurette
Base : Yoko Tsuno
Personnages : Monya, Yoko Tsuno, Narki, Mieke(/Pol), Lin-Po et Sin-Yi, Emilia et Bonnie McKinley
Genre : de gen à drame/un peu de meta ?
Gradation : PG~ / K-max
Légalité : propriété de Roger Leloup, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.

Thème : « missing persons » pour LadiesBingo (disparu/e/s)
Continuité/Spoil éventuel : tous les albums "temporels" jusqu'à Le maléfice de l'améthyste inclus ; référence à quelques autres
Note/Avertissement : j'ai de plus en plus de mal avec le thème des voyages temporels et Le maléfice de l'améthyste a nettement fait empirer les choses en commettant tout ce avec quoi j'ai du mal dans ce genre, plus encore quelques écueils supplémentaires
Nombre de mots : 1000+

oOo

Monya se considère comme la gardienne des voyages dans le temps, étant à sa connaissance la seule à pouvoir en effectuer. Elle doit en établir elle-même les règles, du haut de ses quatorze ans et de son expérience limitée. Une fois sa grande mission accomplie et un futur pour la Terre sauvé, sans plus personne que sa propre conscience pour l'en empêcher – et se demander ce qu'en penserait Yoko, sa première amie et son grand modèle de droiture – quel mal y avait-il à continuer à utiliser sa machine pour aller observer quelques mystères ici et là, tant qu'elle faisait attention à ne pas changer l'histoire du monde ni à créer de paradoxe avec elle-même ?
L'histoire de Narki l'incita à plus de prudence, tout en la rassurant sur les conséquences de ses agissements. Après tout, grâce à Yoko, le dénouement fut heureux.

Les gens qui ont connu Narki en son temps et lieu de naissance, avec l'explosion de l'Agung, avaient d'autres chats à fouetter que la disparition d'une danseuse, même accusée d'avoir amené une malédiction. Elle pourrait s'être jetée d'elle-même dans le cratère du volcan en expiation de ses fautes ou avoir été engloutie comme tant d'autres dans l'éruption ceux qui ont survécu à la catastrophe ne s'en soucient plus.
Monya et Yoko l'ont déposée dans un autre temps, un autre lieu, où elles espéraient qu'elle se ferait une nouvelle vie, et laissée là en paix. Elles n'ont qu'une frise gravée dans la pierre pour témoigner qu'elle fut heureuse, et préfèrent ne jamais retourner vérifier, pour ne rien perturber de plus.

Plus tard, Yoko et Monya ont emporté Mieke, parce que Pol en était amoureux. L'acte était facilité parce que la pauvre n'avait plus de famille, pas vraiment d'amis, et ses relations commerciales venaient de prendre un sérieux coup. Le second mari de sa tante enfui et des soldats pillant sa maison, elle ne pouvait plus rentrer chez elle des filles qui disparaissent, ça arrivait tous les jours, avec ou sans Marquis de Torcello pour les envoyer en Orient. Elle pourrait donc avoir été enlevée ou tuée et démembrée par les soudards ou ces étrangers de passage : pas grand' monde ne se souciera de récupérer sa dépouille. Une ou deux personnes prieront peut-être pour son salut, et ça sera tout.
Le déplacement de Mieke pourtant pose plus de problèmes au vingtième siècle où il lui faut une identité, donc tricher avec les autorités, l'administration, pour lui en inventer une et la régulariser.
Yoko et Monya étaient d'accord pour agir, certaines qu'on ne pouvait plus simplement repartir en l'abandonnant à son triste sort dans son seizième siècle natal, mais reconnaissent aussi qu'elles ont peut-être agi un peu rapidement. Heureusement que grâce à monsieur Jos tout finit par s'arranger.

Le cas de Sin-Yi est encore différent. Passée pour morte dans de mystérieuses circonstances, c'est justement pour cela que gagnées par la curiosité de Lin-Po elles eurent envie d'aller explorer, pour savoir quelles étaient la nature et la cause exacte de l'accident. Pourquoi refuser, quand elles-mêmes l'avaient déjà fait avec le mystère de la montagne de Borneo ou le portrait de Bruges ?
Une fois face au drame dans toute sa réalité, elles ne pouvaient que la sauver. Qui aurait eu la cruauté de laisser s'accomplir le sacrifice inique exigé par son destin ? Et puisqu'elle avait déjà une mère adoptive toute dévouée à la recueillir…
C'était plus facile en Chine qu'en Belgique d'emprunter l'identité d'une autre fillette, de falsifier un acte de naissance et là non plus, d'où elle venait, personne ne la regrettera : même, considérée comme maudite, personne ne souhaiterait son retour.

Mais Bonnie McKinley… La famille de son père détestait son existence et, rendue amère par leurs mauvais traitements, elle ne pouvait s'empêcher de les détester en retour. Elle rêvait d'un autre monde et s'est embarquée sans réfléchir.
Mise devant le fait accompli, l'aventure vécue par Yoko avec cette Emilia, sans attendre son arrivée, son expérience, ses conseils (et leur amitié ? ce comptait-elle donc plus, l'avait-elle si facilement remplacée ?), et bien qu'elle en ait déjà fait autant, Monya proteste. À cette époque moderne, eux ont dû se poser des questions à sa disparition ! Quand même, elle était la fille du frère disparu, même s'ils considéraient sa naissance comme une disgrâce, elle était de la famille même si la grand-mère la traitait avec mépris, elle la gardait auprès d'elle, à l'abri du besoin ?
Par acquis de conscience, Emilia proposa de fouiller à nouveau les papiers de la famille. En vain. Les mémoires de Victoria ne portaient nulle trace de la disparition de la cousine : entièrement passée sous silence, ou simplement classée sans suite ? Quel choc… La vieille mère-grand était une sale bonne femme raciste, mais Emilia aurait espéré un peu plus de compassion de la part de sa propre mamie. Même en sachant la vérité, que Bonnie partait – littéralement – pour un futur meilleur, n'aurait-elle pas dû… faire semblant ? Au moins alerter la police ? Noter quelque part qu'elle la regrettait ? Et non, rien.
Et maintenant, à elle aussi il fallait une nouvelle existence officielle. Et ruser avec les autorités anglaises pour la légaliser promettait bien des complications. La vie d'une métisse considérée bâtarde dans les années 1930 n'était pas facile, mais celle d'une clandestine dans les années 2010 ne serait pas tellement mieux non plus. Et si elle était envoyée au Kenya maintenant, où elle n'avait pas le moindre lien avec la famille de sa mère, sans doute depuis longtemps effacée des mémoires locales, qu'y devriendrait-elle ? Quel monde, auquel rien n'a pu la préparer, y trouverait-elle ?

Au hasard de ses aventures, par le passé, Yoko a aidé à démanteler des trafics d'armes, d'espionnage, de secrets industriels, et n'est pas passée loin d'expériences médicales qui auraient pu ressembler à un trafic de sang humain. Quelle ironie de devoir aujourd'hui s'accoquiner avec des individus louches pratiquant le trafic d'identité, pour trouver une disparue dont s'emparer de la vie et en faire bénéficier une réfugiée temporelle…
Monya, elle-même exilée de son époque et coupée de toute famille, compatit, mais maintient ses positions : il faut que Bonnie soit la dernière, elles ne peuvent pas continuer à ramener ainsi du monde de n'importe où et n'importe quand ici et maintenant. Elle commence à questionner le bien-fondé du geste et le genre de vie que le grand saut les fait vraiment mener.