L'Amante du Professeur Snape


Disclaimer, rating et genre : voir le premier chapitre de cette histoire.

Relectrices : Lilou Black, Gwendoline et Morgane— Un grand merci à elles !


Merci à Fantomette34, PtiteBelge312, Eileen1976, maxyo, Rabbit, Eilonna, Aurélie Malfoy, Rabbit, Miss-Snape-69,AbsolutlyTonks, Mrs Elizabeth Darcy31 (mention pour toi pour m'avoir laissé une review sur chaque chapitre ! Respect et ça m'a fait super plaisir d'avoir tes appréciations dans la foulée), Nathea, Drennae, nonowX3, LegolasKili et toutes les autres pour leurs reviews au fil des chapitres !

Note de l'auteur : il est temps que je vous laisse avec le final de ce premier arc.

Bonne lecture !


21

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Le cœur d'Hermione battait à tout rompre. Elle chercha désespérément un moyen de fuir, mais Bellatrix n'était pas seule. Bientôt, des bras épais la saisirent et la jetèrent sans ménagement sur le sol. Par réflexe, elle plaqua ses deux mains sur son ventre dans le but évident de le protéger du choc.

— Alors, sale petite Sang-de-Bourbe, on fricote avec les traîtres, paraît-il ? lança Bellatrix en léchant avidement la pointe de sa baguette de sa langue vermeille et pointue.

Sans transition, elle jeta à Hermione une série de Doloris qui laissa la jeune femme folle de douleur à terre. Elle ne pensait plus qu'à son bébé. Il lui fallait une solution pour faire cesser cette torture. Sans réfléchir, elle ouvrit la bouche tandis que l'affreux Greyback et cette folle de Bellatrix se repaissaient de son évidente douleur. Des monstres, ils étaient des monstres ! Elle le savait bien mais pourtant, elle ne put s'empêcher de les implorer.

— Pi… Pitié, gémit-elle. Je vous en supplie !

Bella l'observa, les yeux plissés, la bouche tordue dans une parodie de sourire. Elle avança vers la masse tremblante à terre et s'accroupit juste devant elle avant de prendre délicatement une des mèches de cheveux de la jeune femme pour la replacer derrière son oreille. Lentement, elle se pencha sur Hermione :

— Nous n'aurons aucune pitié pour toi, mon petit cœur, murmura la sorcière plus machiavélique que jamais.

Le cœur d'Hermione cessa de battre une seconde avant de reprendre un rythme effrayant.

Était-ce donc la fin ? se demanda-t-elle. Elle eut à peine le temps de formuler sa pensé qu'immédiatement, les deux alliés du Seigneur des Ténèbres reprirent leurs tortures et s'amusèrent à la rendre folle de souffrance. Ses hurlements continus semblèrent leur plaire et résonner à leurs oreilles comme la plus agréable des mélodies.

oO§Oo

Toujours devant le château de Poudlard, Severus se redressa lentement, les yeux fixés sur Draco. La baguette du jeune homme était pointée sur lui. Dans d'autres circonstances, Severus en aurait presque ri ; il savait le garçon incapable d'exécuter l'ordre qu'on lui avait donné.

— Tu ne feras pas ça, Draco, le prévint-il durement.

L'adolescent, sonné plus qu'il ne voulait l'admettre par les paroles de Severus, recula d'un pas, la bouche tordue par un affreux rictus. Il savait ce qu'il devait faire mais une part de lui se révoltait à cette idée.

— Si, je le ferai ! hurla-t-il d'un ton féroce. Le Maître m'a honoré en exigeant que je vous tue ! s'exclama-t-il encore, prêt à tout pour se convaincre lui-même de ce qu'il disait.

Son parrain eut un pincement au cœur. Au-delà du Serment Inviolable qui le liait à sa mère, il voulait tout faire pour le préserver. Draco était utilisé sans états d'âme. Ce n'était encore qu'un enfant, bon sang ! songea-t-il avec fureur.

— Tu n'as pas su faire de mal à Albus Dumbledore, grogna Severus dépité par l'entêtement du gamin.

— Taisez-vous ! Je le ferai ! beugla Draco, rouge de colère ou bien d'autre chose. Croyez-moi, je le ferai.

Severus était debout et toisait maintenant son filleul de toute sa hauteur. Il ne pouvait pas lui faire de mal et ce n'était pas uniquement parce qu'il en avait fait la promesse.

— Draco, commença Severus en englobant d'un bras les ruines qui jonchaient le sol, tout ceci n'est pas pour toi. Ce n'est pour personne. Il n'y a rien de glorifiant là-dedans.

Il se mit à pleuvoir, d'abord doucement, puis de plus en plus fort. Bien que trempés, ni l'un ni l'autre ne fit le moindre geste.

Severus cherchait un moyen d'éviter le pire. Draco se maudissait de ne pas pouvoir tuer celui qui lui faisait face.

Le temps semblait s'être figé et l'ancien maître des potions de Poudlard profita d'un éclair particulièrement aveuglant pour se ruer sur le jeune homme. Il le désarma sans trop de difficulté, récupéra sa baguette et l'obligea à transplaner avec lui.

Le temps leur était compté.

Quand ils arrivèrent devant la maison des Prince, ni Severus ni encore moins Draco ne se seraient doutés du spectacle qui les attendait.

Avec des hurlements de rires hystériques, Bellatrix s'acharnait contre deux jeunes femmes, une blonde et une rousse. Miss Weasley et Miss Lovegood, comprit Snape, atterré. Tout d'un coup, une bourrasque dévasta tout son sur passage ; il reconnut Molly Weasley.

— Laissez-la moi ! hurla la femme d'Arthur. Cette garce est pour moi !

Les deux jeunes femmes se protégèrent comme elles le purent avant de reculer avec précaution. Elles voulurent se cacher mais Bella tenta de leur jeter un puissant maléfice qui fut contré in-extremis par Molly qui semblait prête à tout pour arrêter la Mangemorte.

— Tu ne toucheras plus à aucun de nos enfants ! cria-t-elle avec hargne.

Un peu plus loin, Draco et Severus observaient ce qui se passait, figés de surprise. Au bout d'un moment, le jeune homme sortit de son état d'hébétude :

— Professeur Snape ? demanda-t-il, la peur se lisant clairement dans ses yeux.

— Reste caché, Draco. Je dois m'occuper de quelque chose, déclara Severus qui n'avait pas oublié Hermione.

Avisant les deux femmes qui se battaient en duel, il longea le muret à moitié dévasté qui surplombait la bâtisse tandis que son filleul partait se mettre à l'abri. Quelques cadavres jonchaient le sol. Avec un coup au cœur, il reconnut parmi eux deux de ses élèves. Secouant la tête pour effacer ces images cauchemardesques de son esprit, il allait franchir le seuil quand un hurlement strident suivi d'une grande détonation le fit se retourner brusquement. Il vit Bellatrix éviter un sort mais le maléfice mortel que lui jeta Molly dans la foulée atteignit tout de même la sorcière en pleine poitrine.

À cet instant, Severus sentit un poids immense s'envoler de sa poitrine. Sans Bella, ils auraient une chance de s'en sortir, même si tout danger n'était pas écarté. Bravo Molly ! Il ne fallait jamais sous-estimer une mère dont les enfants étaient en danger.

L'intérieur de la maison était dans un triste état mais le maître des potions ne s'en souciait guère. Le cœur battant à tout rompre, il chercha désespérément Hermione. Il eut l'impression que la tragédie de 1981 se reproduisait. Il ressentit la même dévastation quand il longea le couloir de l'entrée, la même peur insidieuse quand il pénétra dans le salon et eut le même constat quand il découvrit la forme inanimée d'Hermione Granger à terre.

Lily…

— Non, non, gémit-il en tombant à genoux sur le seuil.

Lily… Mais ce n'était pas son ancienne meilleure amie, ni cet amour perdu à jamais. C'était...

— Hermione, murmura-t-il avant d'avancer à quatre pattes vers elle.

Malgré la terreur et l'angoisse qu'il ressentait, ses yeux restaient désespérément secs. Depuis Lily, il n'avait plus eu de larmes à verser. Il les avait déjà toutes gaspillées.

Doucement, presque tendrement, il prit la le corps inanimé entre ses bras et serra doucement la jeune femme contre son torse. Une vilaine grimace déforma ses traits figés tandis que sa bouche s'ouvrait en un cri muet de souffrance.

Le corps était encore tiède. Il se délecta de cette chaleur, le nez enfoui dans les cheveux d'Hermione. Un battement de cœur imperceptible manqua de le faire défaillir. Elle n'était pas morte. Par Merlin ! pensa-t-il, éperdu de soulagement, c'est un miracle.

Avec une infinie précaution, il passa un de ses bras sous ses genoux et se releva. Après s'être assuré qu'aucun ennemi n'était là pour les surprendre, il observa le visage crispé de la jeune femme et comprit qu'elle avait dû souffrir plus que de raison. Une nouvelle fois, il n'avait pas été là pour protéger la femme qu'il aimait.

En prenant conscience de ce cheminement de pensées, il pinça fermement ses lèvres. Comment en était-il arrivé là ? Et pourquoi ? Il ne la méritait pas. Il ne méritait personne, d'ailleurs. Pourtant... Force était d'admettre que oui, il était tombé amoureux d'une autre femme que Lily. Hermione...

Avec un profond soupir, il abandonna le champ de bataille, les blessés et les morts pour se consacrer à sa précieuse charge. Dorénavant, elle seule comptait.

— Hôpital Sainte Mangouste, murmura-t-il avant de transplaner, laissant aux autres le soin de faire ce qu'ils avaient à faire, lui-même ayant de quoi s'occuper, songea-t-il avec amertume.

oO§Oo

Une fois sur place, il dut trouver une infirmière disponible pour lui confier Hermione. Sainte Mangouste croulait sous les blessés, légers comme graves. La guerre n'épargnait pas les innocents… Malheureusement, il en avait toujours été ainsi.

— Que lui est-il arrivé ? lui demanda une infirmière avec inquiétude.

Severus faillit répondre avec un sarcasme mal maîtrisé mais décida de se contenir. Il n'avait pas le temps de se battre avec les médicomages.

— Elle a été attaquée, comme un peu tout le monde aujourd'hui. Je suis presque sûr qu'on lui a jeté plusieurs Impardonnables et… Elle est enceinte.

Ce dernier mot eut le don de faire sortir la femme de sa torpeur. Elle lui adressa un signe de tête avant de l'emmener dans une salle où se trouvaient déjà deux autres patients.

— Posez-là sur ce lit, dit-elle avec un geste de la main. Je m'appelle Julianna et je vais m'occuper d'elle. Quel est le stade de sa grossesse ?

— Un peu plus de sept mois et demi, répondit-il, la gorge nouée.

— Très bien. Je vais chercher mon supérieur. Pouvez-vous attendre dehors, s'il vous plaît ?

— Je ne la quitte pas, déclara Severus froidement.

— Vous êtes son père ?

— Son compagnon.

La femme acquiesça avec lassitude avant de lui indiquer un siège.

oO§Oo

L'attente qui s'ensuivit fut interminable pour Snape. Il n'avait pas éprouvé un tel tourment depuis la mort de Lily. Il crut connaître les pires heures de sa vie. À chaque instant, la santé de la jeune femme semblait se dégrader davantage. Quand le Médicomage, un homme entre deux âges, vint l'ausculter, son diagnostique fut sans appel.

— Elle fait une hémorragie interne. Il va nous falloir agir très vite, décida-t-il en avisant sa collègue. Allez me préparer urgemment un bloc opératoire. C'est un code vermeil. Puis avisant Snape :

— Vous êtes son mari ?

Ce dernier manqua de nier mais se ravisa. Ce n'était guère le moment de pinailler.

— Oui.

— Très bien, déclara le Médicomage. Nous allons devoir pratiquer une intervention pour sortir les bébés du ventre de leur mère. Il y a de fortes chances que le placenta se soit rompu, entraînant une déchirure de l'utérus au passage.

— Les bébés ? questionna Snape surpris mais…

— Vous ne saviez pas qu'il y en avait deux ? J'en suis navré, répondit l'homme. Dans l'immédiat, nous avons besoin de votre autorisation pour sauver votre épouse au détriment des fœtus. Nous ignorons si nous pourrons sauver tout le monde.

Severus n'y réfléchit même pas ; il acquiesça. La vie d'Hermione était la plus importante.

Sans attendre, le Médicomage et plusieurs de ses collègues emmenèrent la jeune femme affronter son destin.

— Bats-toi, Hermione, murmura Severus. Bats-toi et vis ! Fais-le pour moi… pour nous.

oO§Oo

Elle avait froid et chaud en même temps. Elle mit un moment avant de se réveiller et quand elle tenta d'ouvrir les yeux, la lumière la rendit presque aveugle. Elle voulut parler mais rien ne sortit de sa bouche alors… Elle se rendormit.

Elle se sentait si bien dans cet océan de coton. Elle ne voulait penser à rien.

oO§Oo

Cette fois-ci, quand elle ouvrit totalement ses paupières, une douce lumière, moins vive vint la réconforter quelque peu. Où était-elle et que s'était-il passé ? Elle essaya de se redresser mais son ventre lui faisait incroyablement mal.

— Bon retour parmi nous, dit une voix si douce qu'Hermione se tourna instinctivement vers elle.

Une dame d'un certain âge se tenait devant elle, la baguette pointée sur son corps. Une infirmière, comprit-elle, encore déphasée.

— Où suis-je ?

Sa voix était si rauque qu'elle ne la reconnut pas.

— À Sainte Mangouste. Je m'appelle Julianna et je m'occupe de vous.

— Que m'est-il arrivé ? demanda Hermione, totalement sonnée.

— Vous avez été emmenée ici il y a trois semaines par votre compagnon. Comme beaucoup, vous avez été attaquée par les partisans de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

À cette évocation, le cœur d'Hermione se serra et puis… D'innombrables flashs explosèrent dans sa conscience encore fragilisée ; les souvenirs affluèrent, horribles et brutaux. L'infirmière, qui l'observait, fronça les sourcils.

— Calmez-vous. Vous allez vous faire mal.

— Mais je souffre toujours ! souffla Hermione avec fatalité.

Elle se passa machinalement une main sur son ventre et crut défaillir quand elle le sentit presque… plat.

— Mon bébé ! s'écria-t-elle, j'étais enceinte, où est mon bébé ?

— Hermione, je vous en prie, calmez-vous, dit Julianna avec douceur mais un rien de fermeté. Vous avez survécu et c'est presque miraculeux après de tels traumatismes. Si vous vous calmez, tenta-t-elle de la convaincre, je vous emmène à la nurserie.

À ces mots, Hermione, le visage ravagé par les larmes, se tourna vers Julianna.

— Il est vivant ?

L'infirmière acquiesça, la mine grave.

— Oui votre fils est vivant.

Un garçon, songea Hermione. Un étrange sensation lui étreignit la poitrine.

— Je suis prête, déclara la jeune femme en s'essuyant le visage avec le mouchoir que Julianna venait de lui tendre. Elle s'exhorta intérieurement à ne plus pleurer et à chasser de son esprit ces souvenirs douloureux. Si elle s'y attardait trop longtemps, elle risquait de perdre la raison.

On avait mis un fauteuil roulant à sa disposition. Hermione s'y installa et Julianna la conduisit à la pouponnière.

Quand elles s'arrêtèrent devant une des couveuses, le cœur d'Hermione se serra douloureusement.

— Il est si petit, dit-elle d'une voix tremblante.

— Il est né avec beaucoup d'avance mais c'est un fier combattant, tout comme ses parents. Ne perdez pas espoir…

Hermione voulait bien la croire. Elle ne se lassait pas de regarder ce petit bonhomme vêtu d'une couche et d'un bonnet. Une petite touffe de cheveux noirs s'en échappait, lui donnant presque un air canaille malgré ses traits encore fripés et sa petite taille. Il était si minuscule !

Julianna allait lui proposer de le prendre dans ses bras quand l'un des médicomages qui s'était occupé d'elle arriva à leur suite.

— Je vois que vous êtes déjà réveillée, Madame Snape, commença l'homme d'un ton strict.

Madame Snape ? Hermione se figea à ce nom. Pourquoi l'appelait-il ainsi ? Une discussion franche avec Severus s'annonçait quand ils se reverraient. Elle se demanda d'ailleurs où il pouvait se trouver. Pourquoi n'était-il pas avec elle ?

— J'ai vu votre mari dans la matinée, affirma l'homme comme pour répondre à ses muettes appréhensions. Il devrait revenir en fin de soirée. Une urgence l'a appelé ailleurs.

— Très bien, murmura-t-elle, déçue.

De toute évidence, elle ne faisait pas partie de ses « urgences », pensa-t-elle avec amertume.

— Madame, reprit le Médicomage, insensible aux tourments de la jeune femme. De quoi vous souvenez-vous ?

Hermione soupira.

— Je ne veux pas m'en rappeler maintenant, grogna-t-elle perturbée par les images plus vives que jamais que lui renvoyait son esprit.

— Je comprends, répondit l'homme. Vous êtes arrivée ici en bien piteux état, vous avez eu beaucoup de chance mais c'est aussi grâce à votre force intérieure que vous êtes en vie. Malheureusement, il y a eu quelques complications.

— Des complications ?

— Il restait un mois et demi, voire deux mois avant votre terme. La violence des coups que vous avez reçus a décollé le placenta de votre utérus qui s'est déchiré sous la pression. Vous avez eu une grave hémorragie et c'est pourquoi nous avons dû sortir les bébés en urgence.

— Les bébés ? s'alarma Hermione, choquée et perdue. Pourquoi parlait-il de plusieurs ?

— Oui, je suis vraiment navré mais nous n'avons pu sauver que le petit garçon. Votre fille est décédée il y a quelques jours. Mais rassurez-vous, elle n'a pas souffert. Votre mari s'est occupé de toutes les formalités.

— Désirez-vous la voir ? demanda Julianna un peu fermement. Elle se sentait peinée pour sa patiente. Eugène Bravlamort n'avait jamais fait preuve d'une très grande empathie et son tact était inexistant.

La jeune femme allait devoir faire son deuil. Julianna savait qu'il était important pour les parents, surtout les mères, de voir leur enfant pour mieux accepter leur mort. C'était dur mais c'était un mal nécessaire.

Hermione, encore sous le choc, hocha la tête comme un automate.

— Une dernière chose, la retint le médicomage. Ce n'est pas plaisant à annoncer mais, croyez-moi, nous avons fait de notre mieux car votre vie était en jeu mais… Nous n'avons pu sauver votre utérus… Je suis désolé, une nouvelle fois, mais vous ne pourrez plus jamais avoir d'enfant.

Sur le coup, la jeune femme faillit lui rire au nez. Elle venait de perdre un bébé, elle se fichait bien de son corps et ne se voyait pas avoir d'autres enfants, ni aujourd'hui ni jamais.

— Je veux voir ma fille, dit-elle à l'infirmière.

Cette dernière acquiesça non sans avoir jeté un regard furieux à son supérieur. Annoncer ce genre de nouvelles sans la moindre gentillesse ni la moindre diplomatie était inhumain. Il aurait mieux fait de la laisser s'en charger quand le moment serait venu.

C'est dans un silence morne que Julianna emmena Hermione un étage plus bas, dans une pièce où régnait un froid terrible. Elle sortit d'un petit placard une large boite qui…

Hermione eut du mal à bien discerner ce qu'elle voyait à travers le torrent de larmes qui voilait ses yeux. Elle avait cru ne plus jamais pouvoir pleurer mais là… Elle s'effondra, crispée sur elle même, et sanglota pendant ce qui lui sembla être des heures.

Julianna lui laissa le temps nécessaire mais se sentit peinée pour cette jeune femme qui n'avait enduré que trop d'horreurs. Elle savait par expérience que le pire restait à venir. Malheureusement.

Lorsqu'Hermione cessa de pleurer, l'infirmière la ramena dans sa chambre et l'aida à recoucher.

— Où est ma baguette ? demanda la jeune femme dans un murmure à peine audible.

La soignante lui montra la table de chevet à côté du lit.

— Essayez de dormir et de vous reposer, dit Julianna. Je sais que c'est dur à encaisser mais vous devez être forte pour votre petit bonhomme. Il aura besoin de sa mère.

— Il semble si fragile, répondit Hermione dans un filet de voix.

— Il en a l'air seulement. C'est un battant, votre enfant. Il est certes encore un peu petit mais il s'en sortira. Croyez-en mon expérience.

Pendant que l'infirmière lui préparait une potion de détente, Hermione rumina tous les évènements passés cette année et les larmes continuaient de couler sans jamais se tarir.

— Buvez ça !

La jeune femme avala le breuvage d'un trait sans se préoccuper de sa composition. Elle avait tout perdu et …

— Où en est la guerre ?

Julianna émit un petit gloussement.

— Le jeune Harry Potter a vaincu Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, déclara-t-elle avec plaisir. Nous sommes libres, bien que les dommages soient nombreux.

— Severus, murmura Hermione qui avait une envie indicible de voir cet homme.

Elle se rallongea, tandis qu'elle se faisait border, elle finit par s'endormir grâce à la tisane avalée un peu plus tôt.

oO§Oo

Elle se réveilla au son du rire de Bellatrix, les cadavres de ses parents au fond de l'esprit. Un hurlement déchirant résonnait dans la pièce et elle ne comprit pas tout de suite que ce cri sortait de sa propre gorge.

Il faisait nuit et la chambre était plongée dans l'obscurité. Julianna, son infirmière, arriva, la mine soucieuse.

— Allez-vous bien ?

— Non, je ne vais pas bien ! s'écria-t-elle. Comment le pourrais-je, comment pourrais-je vivre après tout ce que j'ai enduré ?

Une ombre au dehors la fit sursauter et elle se cramponna à son lit comme si elle allait perdre pied.

— Je vais chercher votre mari, déclara l'infirmière je…

— Non, laissez-le, la coupa Hermione.

— Il est avec votre fils.

— C'est bien. Je n'ai pas envie qu'il me voie ainsi.

Elle ne voulait pas que Severus la voit ainsi. Jamais !

L'infirmière soupira et la laissa seule. Elle devait encore s'occuper de quelques patients et ensuite elle irait tout de même prévenir l'époux de la jeune femme. Il s'en voudrait mais c'était elle qui avait insisté pour qu'il aille voir le bébé sinon, il serait resté à la veiller comme il le faisait depuis qu'elle était ici.

oO§Oo

Hermione ne savait pas depuis combien de temps elle se balançait ainsi, les genoux repliés sur son torse, mais elle savait qu'elle ne pourrait pas continuer ainsi. Ce mal qui la dévorait de l'intérieur allait la rendre folle. Elle devait faire quelque chose. Elle se souvint des parents de Neville que les époux Lestrange avaient torturés. Ils avaient certes survécu, mais ils étaient devenus fous.

— Je ne veux pas être comme eux, souffla-t-elle en tendant inconsciemment la main vers la table de chevet. Je ne veux pas vivre comme ça jusqu'à la fin de mes jours, continua-t-elle en récupérant sa baguette. Je veux tout oublier jusqu'à la mort de mes parents, termina-t-elle en la pointant contre sa tempe.

Tout oublier de cette année et ne jamais se souvenir...

Jamais et pour toujours !

oO§Oo

Severus admirait son fils après l'avoir reposé dans sa couveuse. Les puéricultrices de la nurserie lui avaient proposé de le prendre dans ses bras et Severus avait fini par accepter. L'angoisse qui lui serrait le cœur s'était transformée en un amour tellement immense pour ce petit être qu'il sentit pour la première fois depuis longtemps les larmes lui monter aux yeux.

Toutefois, la situation n'était pas parfaite. Hermione et lui avaient perdu une petite fille. Elle était décédée deux semaines après sa catastrophique naissance. Elle était trop petite pour survivre plus longtemps mais il avait eu l'incroyable chance de la connaître un peu. Tout comme son frère, elle avait eu les cheveux noirs. Il n'aurait su dire à qui ses enfants ressemblaient pour le moment mais il s'en fichait. Il voulait emmener Hermione et leur fils quelque part où ils pourraient apprendre à vivre à nouveau et à construire une véritable famille. Il refusait de passer à côté de cette chance. La mort lui avait ouvert les yeux après lui avoir pris tant de choses. Il était loin d'être parfait, il savait son caractère difficile mais… Il voulait reconstruire sa vie autour d'une femme et d'un enfant. Il ferait de son mieux pour y parvenir et ne ferait pas la même erreur que ses parents.

Il en était là de ses réflexions quand il sentit une présence à ses côtés. Il se retourna et avisa l'infirmière qui s'occupait d'Hermione.

— Vous devriez remonter voir votre épouse. Elle s'est réveillée il y a quelques heures et n'était pas bien.

— Il y a quelques heures ? grogna Severus. Et vous ne venez me chercher que maintenant ?

Julianna ne se formalisa pas du ton désagréable et de la mine revêche du personnage. Elle avait connu bien pire.

— Des urgences m'ont emmenée ailleurs, se justifia-t-elle par acquit de conscience.

Severus Snape sortit de la pouponnière dans une envolée de robes noires, laissant l'infirmière sans un regard de reconnaissance.

oO§Oo

Un mauvais pressentiment l'assaillit devant la porte de la chambre. Il renifla, ne sentit rien de particulier et à l'intérieur, il trouva Hermione assise sur son lit. Elle semblait admirer le ciel seulement éclairé par une demi-lune. Le grincement de la porte la fit se retourner. Il avait tant de choses à lui dire. Il n'était pas certain de pouvoir tout exprimer mais il était conscient d'éprouver des sentiments très forts pour elle. À présent, Hermione Granger avait une place aux côtés de Lily Evans dans son cœur. Ce constat, loin de le mettre en fureur, faillit lui arracher un petit sourire. Cependant, le regard surpris que lui adressa la jeune fille l'en dissuada aussitôt. Quelque chose n'allait pas.

— Professeur Snape ? demanda-t-elle, étonnée de le trouver là.

Pourquoi l'appelait-elle ainsi alors qu'ils utilisaient leurs prénoms depuis un petit moment ?

— Vous vous sentez mal ? demanda-t-il doucement.

Elle secoua la tête.

— Non mais je suis surprise de vous trouver là. Je suis aussi surprise d'être ici, à vrai dire…

Severus mis un moment à comprendre ce qu'elle disait.

— Dites-moi, quel est votre dernier souvenir ? la questionna-t-il le cœur battant à tout rompre.

— La rentrée de Poudlard et puis… plus rien, avoua-t-elle, un peu gênée. Que se passe-t-il ? M'a-t-on fait quelque chose, professeur ?

— Non ! non ! non ! s'exclama-t-il avant de sortir précipitamment et de s'enfuir dans le couloir. En prenant conscience de ce qui se passait, il éprouva un mélange de fureur et d'incrédulité. Sans attendre, il descendit les escaliers rapidement. Une fois dehors, il s'arrêta, le souffle court. Il lui fallait de l'aide. Une seule personne pourrait sans doute lui expliquer ce qui arrivait à Hermione. Il espérait juste que ce ne soit pas irréparable. Il avait tellement besoin d'elle... et leur enfant aussi.

oO§Oo

— C'est une terrible tragédie, avança prudemment Minerva qui avait transplané dès que Severus avait pris contact avec elle. Toutefois, il est impossible d'inverser un sort de cette nature. Ce n'est pas un simple sortilège. Je crains que Miss Granger se soit elle-même infligée cela.

Severus aurait dû s'en douter. Comment un esprit si jeune aurait-il pu survivre à ce qu'elle avait vécu ? Toutefois, de là à penser qu'elle en arriverait à de telles extrémités…

— Pourquoi n'étais-je pas avec elle ? marmonna-t-il pour la énième fois.

McGonagall secoua la tête. Elle avait été opposée à cette relation mais voir l'homme aussi mal ne la laissa pas insensible.

— Aucun sort ne pourra effacer indéfiniment ce qui lui est arrivé, hélas. Dans l'immédiat, je ne pense pas que ce soit très prudent de brusquer les choses. Comme vous l'a dit le médicomage, elle souffrait terriblement…

Severus refusa d'en entendre davantage. Furieux, il ouvrit la porte à la volée et sortit en trombe. La tristesse se mêla à la consternation puis petit à petit, il sentit une rage violente exploser dans ses entrailles.

Elle les avait abandonnés !

Une nouvelle fois, il s'était permis d'aimer la mauvaise personne. Il savait bien qu'elle était jeune et que jamais son choix ne se serait arrêté sur lui ; elle avait préféré tout oublier plutôt que d'affronter ses cauchemars avec lui.

— Severus !

La voix de Minerva claqua comme un fouet dans la rue déserte. Il se retourna vers elle, ses yeux réduits à deux fentes noires.

Elle secoua la tête.

— Je vous interdis de lui en vouloir, Severus. Contrairement à ce que vous pouvez penser, elle a besoin de vous plus que jamais. Ne l'abandonnez pas pour un acte commis dans le désespoir. Elle ne mérite pas cela et j'ose croire que… vous non plus.

— J'ai besoin de temps Minerva.

Sa voix, bien que froide, n'exprimait plus aucune colère. Une nouvelle fois, il lui faudrait digérer des évènements qu'il aurait préféré mettre aux oubliettes comme l'avait fait Hermione. Cette fois, pourtant, il n'était plus seul. Il avait un fils dont il allait devoir s'occuper en attendant qu'elle retrouve la mémoire et…

— Je m'occuperai d'elle, assura Minerva comme si elle avait lu dans ses pensées. Ne vous inquiétez pas et… Faites ce que vous avez à faire.

Severus Snape ferma les yeux un moment, avant de respirer un bon coup. Oui, il ferait ce qu'il avait à faire… comme il l'avait toujours fait cela dit.

— Promettez-moi, Minerva, que vous ferez-tout pour nous la rendre. Nous... Son fils a besoin d'elle, termina-t-il le dos tourné à la directrice ; ses épaules tremblaient légèrement et la vieille femme sut que cela l'atteignait bien plus qu'elle n'aurait pu l'envisager.

L'homme partit sans un regard en arrière, vers un avenir qui s'annonçait aussi sombre qu'incertain.


oOo — Épilogue —oOo

oO§Oo

Cinq ans s'étaient écoulés depuis la chute de Voldemort, dont on osait enfin prononcer le nom. Poudlard n'avait pas rouvert ses portes. Le bâtiment, en partie détruit durant l'affrontement, était toujours en travaux. Les professeurs s'étaient retrouvés au chômage technique et Minerva McGonagall avait consacré son temps entre la gestion du château et la convalescence d'Hermione Granger.

Cette dernière ne se souvenait toujours pas de cette année perdue. On lui avait appris de manière succincte ce qu'il s'était passé. Elle avait longuement pleuré la mort de ses parents et avait noyé son chagrin dans ses études. Elle voulait enseigner les sortilèges et bien que diplômée depuis peu, il lui faudrait trouver un emploi avant d'espérer retourner au célèbre collège de sorcellerie… en tant que professeur cette fois.

Elle savait aussi qu'elle avait été gravement blessée durant la dernière bataille. Son corps en conservait des séquelles et de terribles cauchemars la réveillaient la nuit sans qu'elle comprenne pourquoi. Seule l'ombre d'une personne aimante arrivait à la rassurer dans ses terribles songes. Elle se demandait souvent qui était cet homme. Il s'agissait probablement d'un réflexe mental pour éviter de perdre totalement l'esprit.

Ses amis étaient venus la voir de temps en temps mais elle avait préféré se consacrer à ses études en les mettant peu à peu de côté. Elle avait eu la surprise de voir à quelques reprises son ancien professeur de potions. Ce dernier rendait parfois visite à Minerva qui s'était occupée d'elle durant sa convalescence. Snape était étrange. Quand il pensait qu'elle ne le voyait pas, il l'observait avec intensité, ce qui la mettait mal à l'aise. Lorsqu'elle lui demanda pourquoi il la regardait ainsi, il s'était mis en colère. Il était parti et elle ne l'avait plus revu.

Un peu plus tard, elle avait assisté au mariage de Harry et Ginny. L'évènement, en demi-teinte, avait été marqué par l'absence des amis, des frères et sœurs tombés au combat... Elle avait pleuré Ron comme une amie pleure un être cher. Cette fois encore, tout le monde avait pris soin d'elle et avait été à l'écoute de ses sentiments. Elle n'était pas idiote, pourtant. Elle voyait bien qu'ils la regardaient bizarrement. Personne n'avait oublié les parents de Neville Londubat.

D'ailleurs, elle s'était beaucoup rapprochée de Neville. Ce dernier semblait trouver en elle une sorte de réminiscence de sa famille. Elle savait que ce rapprochement n'était pas sain. C'est pourquoi elle avait vite fait comprendre au jeune homme qu'il n'aurait rien à attendre d'elle, si ce n'était une franche amitié. C'était mieux ainsi.

Sa vie suivait son cours. Parfois, elle se surprenait même à être heureuse mais toutefois, son amnésie la dérangeait de plus en plus. Au fond d'elle se trouvait un vide impossible à combler. Cette année d'absence, sans le moindre souvenir, la dérangeait profondément. Elle faisait donc son possible pour oublier en travaillant toujours davantage, avec un acharnement qui frisait parfois la démence.

En parlant de travail… Hermione alla récupérer la lettre qu'un hibou venait de déposer pour elle. Il provenait de Minerva McGonagall. Cette dernière lui proposait un poste pour le moins surprenant. Si on le lui avait dit une année plus tôt, jamais elle ne l'aurait cru !

Et pourtant…

FIN


Vous vous doutez bien que je ne pouvais pas terminer leur histoire comme cela (non, non, je ne vais pas dans la rapidité, je vous rassure) ! Trop cruel à mon goût et j'ai assez de cruauté pour Noir Corbeau sans en remettre une couche dans cette histoire ^^. Ce dernier chapitre nous plonge à la moitié du récit. Pour plus de commodité, je ne posterai pas à la suite mais une nouvelle fanfiction. J'en ai discuté avec mes relectrices ; l'intrigue ne se situera plus à Poudlard et "L'Amante du Professeur Snape" se déroulait sur la septième année. Du coup, nouvelle fic et nouveau titre. En tout cas, j'espère de tout mon cœur que vous aurez apprécié ce premier arc. N'hésitez pas à me le dire par review, par MP, sur FB, histoire de savoir et m'encourager ^^. Et je vous dis à bientôt pour la suite, j'espère !


Ce Qu'il Nous Reste

Hermione se voit proposer un travail de gouvernante à l'Impasse du Tisseur. À sa grande surprise, elle découvre que le professeur Snape a eu un fils, Sebastian. La jeune femme va partir vivre avec eux sans avoir conscience des secrets et des non-dits auxquels elle sera confrontée tôt ou tard.