Chapitre vingt : … Et retour chez soi.

Le repas était presque prêt quand on sonna à la porte de l'appartement de Jacqueline Tyler. Rose sortit de la cuisine et alla ouvrir au Docteur et Mickey. Leurs deux invités étaient en avance, ce qui était rare pour les deux, songea Rose. Mais ils fêtaient quand même leur retour à la vie… Ce n'était pas comme s'il s'agissait d'un repas de famille forcé auquel ils devaient participer. Pas exactement... Rose sourit en songeant qu'elle venait d'inclure le Docteur dans sa « famille ». Mais Mickey aussi l'était. Depuis bien plus longtemps même…

Depuis la cuisine ils entendirent tous les trois Jackie leur annoncer que le diner était prêt. Ils allèrent alors s'asseoir à la table que Rose et sa mère avaient dressée dans la petite cuisine de l'appartement. Comme ce diner restait improvisé, les frites et les bâtonnets de poulet qui se trouvaient déjà dans le frigidaire de Jackie Tyler constituaient à eux deux l'essentiel du plat qu'ils mangeaient. Rose avait espéré que ce diner serait l'occasion pour sa mère et son nouveau petit-ami de faire la paix, de discuter, de s'entendre,… A la place, toutes les deux remarquèrent qu'il était fort nerveux, pas vraiment impressionné par ce repas ou par la présence de Mickey en face de lui. Non, c'était autre chose qu'il avait à l'esprit. Et il ne dit – contrairement à son habitude – pas mot de tout le repas.

(…)

Le Docteur avalait les pommes-frites de son assiette et les nuggets de Jackie Tyler sans vraiment les apprécier. Le repas n'était pas mauvais, et c'était d'ailleurs quelque chose d'étonnant pour le Seigneur du Temps dans cet appartement.

Mais son attention, sa concentration était accaparée par cette bague sans écrin qu'il sentait peser un poids énorme dans sa poche. Elle était pourtant légère et ses poches supportaient de toute façon des objets de très grande masse. Un des nombreux avantages des habits d'origine gallifréenne qui lui restaient dans son TARDIS.

Mais il ne pouvait s'empêcher d'y penser pourtant. Qu'est-ce que c'était sinon un simple diamant posé sur un anneau doré ? Il savait trop bien ce que c'était, ce qu'il symbolisait pour Rose et son Docteur. Et elle le lui avait donné, comme ça. Sans même lui demander son avis, ni à lui, ni à son mari. Elle lui avait donné sa bague de fiançailles et maintenant elle l'obligeait presque à faire un immense pas en avant. Le voulait-il seulement ? Il avait voulu Rose pour lui, il avait vu combien elle était heureuse avec son époux et ses enfants,… Mais ce n'était pas la même Rose Tyler. Ils n'avaient pas vécus les mêmes épreuves. Sa Rose Tyler était encore si jeune… Il ne trouverait jamais le courage de le lui demander.

Pourtant le poids qu'il sentait sur ses cœurs lui disait qu'il ne pourrait pas garder pour lui longtemps le cadeau de Rose. Il la regarda droit dans les yeux à un instant du repas et seule Mickey sembla remarquer ce court instant où le Docteur observait le visage de son ancienne petite-amie et soupirait juste après.

Rose elle-même ne le remarqua pas. Ou elle n'y prêta pas attention. Après tout, il pouvait la dévisager autant qu'il le voulait, son Docteur…

(…)

Le reste du repas jusqu'au dessert, tout autant improvisé que leur proposait Jackie Tyler – un gâteau que le Docteur et Mickey avaient été allés acheter avant de venir dans l'appartement suite au coup de téléphone de Rose – se déroula sans autre accroche, sans aucune accroche en fait. Cela soulagea Rose Tyler autant que cela l'inquiéta. Le Docteur n'avait jamais été aussi peu bavard. Et elle n'arrivait pas à deviner ce qui retenait autant sa fougue et son excitation… Sa mère avait pourtant accepté qu'il vienne diner avec eux, n'était-ce pas ça aussi à fêter ? Attendait-il qu'ils soient seuls pour s'en réjouir ? Avait-il encore aussi peur de sa mère comme la fois où elle lui avait envoyé une claque à la figure ?

Rose ne savait pas pourquoi le Docteur se comportait si étrangement. Et elle fut encore plus surprise quand à la fin du repas, quand son assiette fut complétement vide, le Seigneur du Temps se leva, il avait toujours sa main dans sa poche, une seule main, dans une seule poche de son long manteau marron…

Le Gallifréen s'approcha ensuite de la jeune femme et lui demanda de le rejoindre au TARDIS. Sa voix était tremblante, il était vraiment plus nerveux que d'habitude. Et après qu'il eut salué Mickey et Jackie et qu'il fut sorti, les deux femmes Tyler et Mickey Smith commencèrent à commenter ce drôle de comportement qu'il avait eu. Rose s'inquiétait de plus en plus maintenant qu'elle voyait qu'elle n'était pas la seule à avoir remarqué sa nervosité.

Elle prit alors congé de sa mère et son ex-petit-ami et leur promit de revenir bientôt puis courut hors de l'appartement pour rattraper le Seigneur du Temps.

(…)

Il neigeait. Il n'avait pas fait attention jusque-là qu'ils étaient en Décembre, ou peut-être en Janvier ? En tout cas, en hiver… Et il faisait froid dehors.

Heureusement qu'il avait toujours ce long manteau marron sur lui. Son estomac grondait sous son costume qu'il trouvait plus serré comme d'habitude. Le Docteur desserra légèrement le nœud de sa cravate, il avait du mal à respirer calmement.

Pourquoi était-il donc aussi nerveux, aussi impatient, aussi ? Il sortit pour la première fois de la soirée la bague complétement de sa poche, il n'avait fait que l'effleurer, comme si elle allait le brûler aussi sûrement que la glace la plus froide des montagnes sacrées de Gallifrey. Un contact si fragile avec cet or glacial…

Il ne savait pas quoi faire, il voulait le faire mais il n'en trouverait pas le courage. C'était trop tôt. Alors pourquoi avait-il encore sorti sa bague ? Il était juste un idiot. Amoureux, fou amoureux… Mais c'était trop tôt ! Beaucoup trop !

Comme s'il s'agissait de la pire bombe de l'univers le Docteur laissa la bague retomber dans ses poches et s'apprêta mentalement à se faire exploser par la détonation. Un pas de plus, un titubement d'un homme saoul alors qu'il n'avait pas un gramme d'alcool dans le sang. Il était saoulé de sa vie. Il se sentait aussi misérable que ces dernières années de cauchemar. Il n'en était pas encore sorti du cauchemar. Pourtant, il avait retrouvé Rose, il avait embrassé Rose, il aimait Rose et il savait maintenant qu'elle l'aimait aussi. Il le savait depuis toujours, il l'avait toujours su au fond de lui. Et la jeune femme aussi, il en était convaincu. Mais il n'arrivait pas à marcher droit, la bague dans sa poche lui semblait le faire pencher encore vers la neige blanche qui recouvrait la rue devant les tours du Powell Estate. Son TARDIS était à quelques pas à peine mais il ne parvenait pas à l'atteindre, il lui semblait même que sa chère boite bleue s'éloignait de lui à chaque pas. Et il crispa de douleur, tombant à genoux dans la neige. Il se rappelle la première fois qu'il y avait eu de la neige au Powell Estate quand il était là avec Rose. Presque au même endroit. Il venait de se régénérer, il lui offrait sa main qu'il avait fait pousser quelques heures plus tôt et qui avait tant effrayée la jeune femme. Les cendres d'un vaisseau Syccorax tombaient alors sur eux comme la neige à présent recommençait à tomber et déposait ses flocons sur ses cheveux bruns.

(…)

Rose était sortie de l'appartement quelques minutes à peine après le Docteur. Elle avait couru en voulant le rattraper mais la jeune femme avait glissé dans les escaliers verglacés. Elle non-plus n'avait pas remarqué plus tôt que l'hiver avait déposé ses premiers flocons dans la sa bonne vieille ville de Londres. En tombant, elle vit en contre-bas le Docteur tomber en même temps dans la neige devant son TARDIS et se dit qu'il n'avait pas beaucoup plus de chances qu'elle.

Elle se releva rapidement et marcha le plus sûrement possible jusqu'au bas des escaliers. Le Docteur se relevait à peine à son tour et il marchait toujours aussi difficilement dans la neige. Rose courut auprès de lui et glissa sa tête entre le bras et l'épaule droite du Seigneur du Temps pour le supporter jusqu'à la porte de son vaisseau. Il grommela quelque chose alors qu'elle sortait de sa propre poche une clé d'argent comme celle qu'ils avaient utilisée comme filtres de perception.

La compagne du Docteur inséra sa clé dans la serrure du TARDIS mais le Docteur lui attrapa la main et arrêta son geste alors qu'elle allait la tourner dans la serrure. Rose s'en étonna mais le Seigneur du Temps lui demanda d'attendre un instant avant d'ouvrir la porte du TARDIS. Il sortit ensuite une bague de sa poche.

Rose se rappela l'avoir déjà vu quelque part, mais elle s'étonna surtout de sa présence dans la poche du Docteur et du regard vide du Docteur qui la tendait vers elle. Elle lui demanda d'où il la tenait et vit le Docteur reprendre des couleurs et commencer une sorte de speech déstructuré comme Rose se dit qu'il en avait le secret.

Tout ce qu'elle en retint fut que c'était la bague de Rose, la Rose de l'univers parallèle. Et elle voyait que le Docteur lui demandait maintenant de la porter à sa place. Il finit enfin par parvenir à lui demander ce qui lui brûlait aux lèvres depuis qu'il avait posé ses yeux sur la bague au diamant rosé que lui avait donné l'épouse du Docteur d'un autre univers.

(…)

Il venait de lui prendre la main, elle avait déjà la bague de Rose dans sa paume et il la refermait à présent dans son poing avec ses deux mains. Il lui demanda alors avec un soulagement intense si elle voulait bien devenir sa femme.

(…)

Rose fut d'abord surprise de sa demande, même si elle s'y était quand même un peu attendue à la vue de cette magnifique bague. Elle ne bougea pas d'un millimètre mais sa bouche s'ouvrit dans ce moment d'étonnement. Elle fouilla ensuite le regard du Seigneur du Temps à la recherche de la sincérité et de la peur qui y brillaient maintenant. Elle murmura alors sa réponse portée par le vent glacial de l'hiver comme un feu qui déjà lui brûlait les deux cœurs. Enflammé, il attira la jeune femme contre lui et l'embrassa avec une passion qui contrastait tant pour Rose avec la fragilité dont il avait fait preuve jusqu'alors.

Rose Tyler répondit à son baiser puis le Seigneur du Temps glissa la bague à son doigt. Elle remercia son double silencieusement. Le Docteur lui avait maintenant lâché la main mais l'enlaçait, réchauffant son corps tremblant avec la chaleur de ses bras. Il lui dit ensuite que lui et elles ne formeraient pas la même famille que leurs doubles et Rose hocha la tête avant qu'il ne lui promette qu'ils seront quand même heureux en construisant leur propre histoire, leur propre famille,…

Rose repensa à l'idée qu'elle avait eu plus tôt en incluant le Docteur dans sa famille. Maintenant ce n'était qu'encore plus réel, plus vrai, plus sûr. Il était sa famille et elle était la sienne. Ils échangèrent alors un nouveau baiser plein de promesses pour leur avenir, plein de l'amour qui les avaient séparés et réunis…

(…)

Rose lui avait dit oui, il ne s'était jamais senti aussi bien qu'en cet instant où il ne tenait pas seulement la femme qu'il aimait dans ses bras mais la clé de leur bonheur futur et commun. Enfin… Il n'avait plus un seul regret alors qu'il sentait le parfum de sa fiancée embaumer ses poumons et le contact de leurs lèvres se découvrant plus profondément à chaque nouveau baiser qu'ils échangeaient.

Derrière Rose, le Docteur finit par voir qu'ils n'étaient pas seuls contrairement à e qu'ils pensaient. Il retourna délicatement sa future femme et tous deux purent observer Rose Tyler et son mari les regarder s'embrasser l'instant plus tôt et leur sourire à présent. Alonso et Gwyneth, leurs deux enfants, se tenaient devant eux, retenus par les bras des deux voyageurs spatio-temporels. Le Docteur de cet univers et sa Rose se prirent à nouveau la main et saluèrent d'un signe de tête plein de reconnaissance leurs doubles qui rentraient déjà à nouveau dans leur propre TARDIS. Les deux enfants les suivirent à l'intérieur dans la cabine bleue qui se mit ensuite à disparaitre devant les yeux du nouveau couple Tyler.

Une fois l'autre TARDIS entièrement dématérialisé, Rose soupira et dit tristement qu'ils étaient rentrés chez eux. Le Docteur prit la clé toujours dans la serrure de leur cabine de police dans ses mains et se tourna vers Rose en souriant :

« Oui. Et si on rentrait chez nous, à présent ? Demanda-t-il en sortant la clé de la serrure où Rose l'avait insérée.

- On a un « chez-nous » ? Demanda malicieusement Rose Tyler.

- Où que tu sois, je serais chez moi, lui répondit le Seigneur du Temps, mais là, je pensais au TARDIS… Ainsi qu'à un lit bien tendre qui nous attend.

Rose lui sourit et se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser à nouveau. Ses yeux brillèrent d'une nouvelle malice enjoleuse qu'il ne lui avait jamais vu…

« Pourquoi pas ? Dit Rose. On y aura moins froid…»

Le Gallifréen rit puis il prit Rose dans ses bras et claque des doigts : la douce lueur jaunâtre de la console du TARDIS se mit à éclairer le jeune couple et le Docteur entra avec Rose à l'intérieur de son vaisseau. Il claqua de nouveau les doigts et les portes du TARDIS se refermèrent derrière eux, effaçant la lumière lunaire et la pluie des flocons de neige qui tombaient toujours à l'extérieur.

Le Docteur répéta ensuite, en sentant l'air chaud du TARDIS réchauffer ses membres endoloris par la neige et le gel, qu'ils allaient avoir bien moins froid que dehors dans ce lit dont il venait de lui parler. Rose rit à nouveau et l'embrassa.

Alors qu'il goûtait à nouveau les lèvres de sa compagne, le Docteur songea que si un couple Tyler était parti hors de cet univers, un nouveau venait d'y être aussi construit. Et le dernier Seigneur du Temps de Gallifrey embrassa encore sa Rose Tyler – sa fiancée - alors qu'il la portait jusqu'à leur nouvelle chambre commune.

Fin.