Avertissements :
L'histoire de Candy Candy et de tous ses personnages appartiennent à Kyoko Mizuki, les images à Yumiko Igarashi et le dessin animé à TOEI Animation. L'histoire écrite ci-après est une fiction à but non lucratif.
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Voici l'épilogue de cette fiction que je n'avais pas prévue aussi longue au départ. C'est toujours un moment de tristesse de terminer une histoire et d'abandonner ses personnages, mais toute chose a une fin.
Ceci est mon cadeau pour fêter la nouvelle année. Meilleurs vœux à tous, que 2018 vous apporte la concrétisation de vos espérances les plus folles dans la santé et l'abondance.
Tous mes remerciements pour votre fidélité, pour votre soutien, vos favoris, vos suivis et tous vos commentaires.
Un grand merci tout particulier à Lenniee qui m'a soutenue tout au long de l'histoire et son amélioration.
Enfin merci à ceux qui ont fait l'effort d'utiliser un traducteur et à tous les lecteurs même silencieux.
Tout ceci m'a aidée et continue à m'aider dans des moments très difficiles.
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Avertissement : Certaines scènes sensuelles, mais exprimées dans un langage châtié, sont à réserver aux adultes.
Un amour dans la tourmente !
Epilogue
« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »
« It is only with the heart that one can see rightly, what is essential is invisible to the eye. »
Antoine de Saint-Exupery - Le Petit Prince -
Juin 1923
Candy était fébrile, Albert devait rentrer aujourd'hui de son voyage d'affaires, six mois qu'il était parti. Elle aurait dû l'accompagner, mais le petit dernier venait de naître, or le magnat avait déjà reporté son départ pour assister à la naissance, mais il n'avait pas pu attendre plus longtemps que le bébé soit suffisamment grand pour entreprendre un tel voyage. Elle était impatiente et aussi inquiète, car il avait déjà deux heures de délai. Le train avait-il du retard ou son mari l'avait-il raté ? Elle savait que son bateau était bien arrivé à New-York, puisqu'il lui avait téléphoné pour l'avertir. Quel plaisir cela avait été d'entendre sa voix joyeuse.
Elle était dans la nurserie pour contempler son fils William Arthur qui dormait tranquillement dans le berceau que son père avait fabriqué de ses propres mains pour la naissance de leur premier enfant, Aileen, née la veille de Noël en 1918. Ils avaient choisi ce joli prénom d'origine écossaise, car il signifiait « celle qui porte la bonne étoile ». Elle caressa tendrement le bois de chêne, que les mains de son époux avaient travaillé minutieusement, avant d'effleurer la joue du nourrisson. Il ressemblait déjà tellement à son père, notamment il possédait les mêmes yeux bleu azur.
Elle entendait les cris joyeux de la petite Aileen qui jouait dans la salle de jeux avec sa petite cousine Victoria et son petit cousin Liam, tous les deux âgés de trois ans. Il était temps de rejoindre le reste de la famille qui était venue pour accueillir le patriarche.
Il y avait bien sûr la tante Elroy qui avait beaucoup changé d'attitude envers Candy. Pourtant ce fut difficile au début, car elle en voulait à la jeune femme d'avoir épousé son neveu. Quand cela s'était su et surtout qu'elle avait été sa fille adoptive, les journaux en avaient fait leur chou gras, mais très vite la presse à scandale était passée à autre chose et le couple Ardlay s'était très rapidement imposé et fait apprécier par toute la société de la ville des vents (1), de la plus simple à la plus haute. La tante s'était tout de même déjà adoucie lorsqu'elle avait lu la lettre de son neveu envoyée de Londres. Elle avait été très étonnée d'apprendre que c'était Candy la fameuse personne qui avait sauvé William lorsqu'il avait été amnésique et abandonné de tous, et cela avait changé la perception qu'elle avait de la jeune femme, ainsi elle l'avait remerciée à leur retour d'Europe. Cela étant, la vieille dame avait toujours gardé une certaine réserve pensant qu'une orpheline et infirmière n'était pas le meilleur choix pour le chef de clan. Il aurait pu faire un mariage bien plus avantageux en choisissant l'une des nombreuses prétendantes parmi la haute classe.
C'est juste après la naissance de leur fils que la Grand Tante avait fini par baisser complètement sa garde en voyant son cher neveu ému jusqu'aux larmes. Sous le coup de sa propre émotion, elle déclara à Candy, et devant Albert :
- Candice … je voudrais vous remercier… je sais que j'aurais dû le faire il y a bien longtemps… merci … d'aimer William autant et de lui offrir tant de bonheur. Je ne l'avais jamais vu si heureux de toute sa vie.
Le jeune couple était resté sans voix pendant quelques secondes tant il n'en revenait pas, puis il la remercia sans rancœur aucune et avec amour.
Etaient également présents, les frères Cornwell avec chacun sa famille. Annie et Archibald, mariés depuis quatre ans et heureux parents de la petite Victoria, une petite brunette aux yeux noisette tout comme son père. Patty qui avait su reconquérir très vite le cœur d'Alistair qui l'avait épousée six mois après son retour en Amérique, juste à la fin de la guerre. Dix mois après, naquit le petit Liam, un garçonnet plein de vie, brun aux yeux marron foncé comme son père.
Quant au reste de la famille, à savoir les Leagan, ils étaient restés en Floride depuis toutes ces années, faisant prospérer leur hôtel de grand luxe sponsorisé par Albert. Eliza avait fait un mariage à la hauteur de ses ambitions, en épousant un magnat local et avait une petite fille, Elizabeth, âgée de deux ans. Neil s'était uni il y a un an à une jeune-fille de bonne famille ils n'avaient pas encore de descendance. Sincèrement, ils ne manquaient à personne, sauf parfois à Mme Elroy, mais le manque était bien compensé et comblé par tout l'amour bien plus sincère qui l'entourait, ici à Chicago.
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Pendant que Candy se languissait de son époux, celui-ci était coincé quelque part entre New-York et Chicago à cause d'un arbre tombé sur la voie. Il était impatient, une demi-année qu'il n'avait pas revu sa petite famille. Il était si pressé de retrouver son épouse chérie et ses deux enfants. Sa fille, Aileen, faisait fondre son cœur tant elle ressemblait à Candy physiquement, mais elle avait aussi la même joie de vivre, la même espièglerie et déjà un si grand cœur. Et comment était le petit dernier, son petit Arthur qui n'avait que quelques jours quand il était parti ? Comme il devait avoir grandi depuis. Il avait raté ses premiers sourires et cela le rendait un peu mélancolique, que de moments précieux manqués qu'il ne retrouverait jamais.
Ces dernières années avaient été de la pure folie depuis qu'ils étaient rentrés à Chicago deux mois après la naissance de leur premier enfant : travail intense, voyages d'affaires… Après la guerre l'Europe était en ruines, et il y avait beaucoup à faire pour tout reconstruire. Albert avait donc développé les partenariats qu'il avait déjà initiés alors qu'il se trouvait à Londres, ce qui avait engendré plusieurs voyages d'affaires plus ou moins longs. Sa petite famille l'accompagnait lorsqu'ils duraient plus de deux semaines, mais cette fois-ci, pour le plus long, elle n'avait pas pu venir. Arthur était beaucoup trop jeune, et c'était beaucoup trop risqué d'emmener un nourrisson de quelques jours pour un voyage de plusieurs semaines et un séjour de plusieurs mois en Amérique du Sud, dans des contrées inconnues. Maintenant que les affaires avec l'Europe étaient établies et prospères, il s'était tourné vers de nouveaux marchés émergents, notamment dans l'hémisphère sud. Ces choix s'avéreraient d'ailleurs très judicieux dans le futur, car ils sauveraient le groupe Ardlay lors de la crise de 1929. Une règle d'or était de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Mais ce fut énormément de travail.
Heureusement, il avait une femme extraordinaire et compréhensive qui savait occuper ses journées intelligemment, entre sa famille et son bénévolat dans un centre de rééducation pour les soldats revenus de la guerre, infirmes, et aussi son implication dans un institut pour les orphelins de guerre. Son admiration et son amour pour elle n'avaient fait que grandir et comme elle lui avait manqué, plus que tout ! Son rire cristallin, sa bonne humeur, son dynamisme, leurs discussions, mais aussi… la chaleur de ses bras, la fragrance de ses cheveux soyeux, le goût de sa peau tendre, ses baisers suaves… « Stop ! Ce n'est vraiment pas l'endroit pour fantasmer ainsi, mais bientôt, dans quelques heures…» se dit Albert qui commençait à sentir une chaleur bien connue inonder tout son corps. « Mais qu'est-ce qu'ils fabriquent ?! Déjà plus d'une heure qu'ils essaient d'enlever ce maudit arbre ! Peut-être devrais-je aller les aider pour que ça aille plus vite ?
Albert se consumait d'impatience. Il était un homme d'action et d'être assis là, à attendre passivement, devenait insupportable. Surtout qu'il avait pris le tout premier train du matin pour arriver à temps pour le déjeuner familial. « Ah ! Enfin, on redémarre ! » Georges, qui s'était assoupi, se réveilla lorsque le train se remit en route. Albert entama alors une discussion avec lui, qui se focalisa sur les projets d'avenir pour l'entreprise. Il aurait beaucoup plus de temps maintenant qu'Archibald était complètement formé, après quelques années d'étude et ses débuts dans la Compagnie Ardlay, l'an dernier. Il avait fait ses preuves et pourrait bientôt devenir vice-président pour le seconder efficacement. Son cousin était ambitieux, de plus compétent, et il accueillait volontiers le travail que lui déléguait de plus en plus le PDG des entreprises du groupe Ardlay.
Enfin, ils arrivèrent au manoir. Candy, qui surveillait régulièrement par la fenêtre de la salle à manger qui offrait une vue imprenable sur l'allée principale du domaine, l'avait vu arriver. Son cœur s'emballa et s'envola dans sa poitrine comme un oiseau s'échappant de sa cage. Avec une grande trépidation, elle quitta la table et courut à ses devants, sous l'œil amusé de la famille qui jugea bon d'attendre à l'intérieur pour leur offrir quelques instants d'intimité. Même Mme Elroy resta dans la pièce, sans même faire de remarque sur l'inconvenance de l'abandon de ses invités.
- Albert ! Enfin tu es là ! Elle se jeta dans ses bras tendus.
- Candy ! Mo chridhe ! Tu m'as tellement manqué !
Il l'enlaça par la taille, la souleva de terre comme une plume et la fit tournoyer avec lui. Elle resserra ses bras autour de son cou amoureusement, humant son odeur. Les larmes lui montèrent aux yeux, pourtant elle riait aux éclats, avant que les lèvres avides de son mari ne prirent possession des siennes. Pour le moment, Georges qui s'était fait tout petit et discret, était resté assis en souriant dans la limousine. Le baiser terminé, ils se cherchèrent des yeux. Le vert émeraude et le bleu azur n'avaient jamais été aussi intenses et étincelants, magnifiés par tout un panel d'émotions qui s'y mêlaient comme le soulagement, l'amour, la joie, le bonheur et le désir. Ils se dirigèrent alors vers la maison, tout en échangeant quelques mots et en se tenant par la taille.
- Toi aussi tu m'as terriblement manqué mon amour !
- C'est la dernière fois, je ne veux plus me séparer de toi et des enfants aussi longtemps. Mais dis-moi, comment vas-tu ? Comment vont nos chères têtes blondes ?
- Nous allons tous très bien. Et moi encore mieux depuis que tu es là. Mais toi, comment te portes-tu ? As-tu fait bon voyage ?
- Oui, juste du retard à cause d'un arbre tombé sur la voie qu'il a fallu dégager.
- Je commençais à m'inquiéter.
- Papounet !
- Aileen ! Ma petite étoile préférée, comme tu as grandi !
Une fillette de quatre ans et demi, le sosie enfantin de sa mère, avait accouru en entendant la voix de son père résonner dans le hall d'entrée. Elle s'accrocha au cou de son « papounet » qui venait de s'accroupir pour accueillir sa fille chérie. Puis, c'est une boule de poils noirs et blancs qui vint sauter avec difficulté sur l'épaule d'Albert, en poussant de petits cris aigus.
- Poupée ! Toi aussi tu viens m'accueillir.
Albert n'emmenait plus la moufette dans ses voyages, car elle était bien vieille maintenant, elle avait même dépassé l'espérance de vie de la plupart de ses congénères. Il ne l'avait pas emmenée en France pour ne pas l'exposer inutilement à la guerre, les bruits des combats auraient pu l'effrayer. Il avait été si heureux de la retrouver dans la forêt près de Lakewood, à leur retour d'Europe.
Toutes ces effusions étaient si attendrissantes, Candy observait la scène avec émotion, sa famille était à nouveau au complet.
Ils rejoignirent le reste de la famille qui accueillit Albert chaleureusement. Ensuite le chef de famille vit Arthur dans les bras de sa nounou, qui avait reçu la consigne d'amener le bébé à son père, dès qu'il serait arrivé. Il se précipita vers son fils qui était intimidé par ce grand homme qu'il ne connaissait pas, en quelque sorte, mais très vite, une fois dans les bras de son père, il se laissa apprivoiser et il lui offrit un beau sourire. C'était un joli poupon en pleine santé aux joues rosées et gonflées, des cheveux blonds et bouclés, et deux grands yeux bleu azur. Le bonheur inonda Albert une fois de plus à quelques minutes d'intervalle. C'était vraiment là où il était le plus heureux, près de sa femme et de ses enfants : son foyer.
Le déjeuner avait pris du retard, mais qu'importe, ils étaient tous heureux de se retrouver. Au cours de la fin du repas et ensuite au salon, la discussion fut centrée sur le voyage d'Albert : la description des contrées qu'ils avaient traversées, des terres encore en partie sauvages, surtout en Amazonie. On pouvait sentir que le côté aventurier d'Albert avait été comblé, c'était l'un des côtés positifs de son expédition. Candy fut contente de savoir qu'au moins il avait réussi à profiter un peu de son séjour, centré principalement sur les affaires et la prospection de nouveaux partenariats et marchés. Il distribua des cadeaux exotiques rapportés de son voyage.
Durant toute l'après-midi, les époux ne se quittaient pas des yeux, se dévorant du regard. Candy était radieuse dans sa belle robe rose sans manche à taille basse. Albert la trouvait magnifique et si désirable, il se demandait si la mode n'avait pas encore raccourci en lorgnant ses jambes. Le couple profitait de la moindre occasion pour se frôler, se toucher la main, caresser un genou sous la table … envoyant chaque fois plus de frissons. Sous prétexte d'une affaire urgente à régler, Albert entraîna Candy dans son bureau. En fait, ce n'était qu'une ruse, car il mourait d'envie de la serrer dans ses bras plus intimement, et surtout sans témoin. Candy l'avait bien compris et dès que la porte se referma derrière eux, ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Albert encadra le visage de sa femme avec ses mains, lui caressa d'abord les joues, sa nuque puis avec ses pouces, ses lèvres pulpeuses qui s'entrouvrirent, l'invitant à les goûter. Il ne se fit pas prier. Le baiser devint vite beaucoup plus passionné que celui sur le perron de la porte d'entrée. Ils se mirent à gémir de plaisir au contact de la langue affamée de l'autre, une danse sensuelle s'ensuivit, intense. Leurs mains ne restèrent pas en reste, explorant avidement leur corps déjà en feu. Ils ne s'étaient même pas rendu compte qu'ils avaient traversé la pièce jusqu'à rencontrer le bureau en ébène. Albert se pressa tout contre sa femme qui découvrit avec délectation l'évidence de son désir pour elle. Il la souleva et la déposa sur le plateau du bureau, relevant par là même les jupes de Candy toute haletante. L'une des mains d'Albert se faufila sur l'un de ses genoux, puis remonta jusqu'au niveau où la soie de sa lingerie devenait la soie de sa peau tiède qui frissonnait de plaisir.
- Candy mon amour, j'ai tellement envie de toi, lui susurra-t-il à l'oreille alors qu'il avait abandonné sa bouche à contrecœur pour reprendre haleine.
- Je sais Joli Bert, moi aussi, mais… nous devons attendre… que nos invités…
- Soient partis… oui je le sais bien... mais attends… juste encore un peu…
Il commença à embrasser son cou avec dévotion, s'enivrant de son odeur. Il était comme un alcoolique en état de manque, et qui ne pouvait pas s'empêcher de boire son nectar.
- Imagine un peu… ce que va penser la tante… si nous sommes trop longs…
- Aah, tais-toi ! Je préfère ne pas y songer, il souriait tout contre son cou.
- Et que nous rejoignons tout le monde… le visage en feu… tout décoiffés et… débraillés, elle le repoussa gentiment en riant.
- Pour les joues rouges, c'est déjà fait, répondit-il un sourire en coin et les yeux malicieux, tout en l'observant intensément.
- Raison de plus pour arrêter dès maintenant, elle le repoussa encore un peu plus pour glisser du meuble et retomber sur ses pieds.
- Tu es vraiment cruelle avec ton pauvre mari qui rentre d'exil ! Il fit la moue.
- Mais l'attente fait durer le plaisir, mon cher époux, et ce soir… je te promets de me dévouer entièrement à ta personne, corps et âme, dit-elle d'un ton mystérieux et sensuel.
- C'est bien vrai ça ?
- Oui, tu auras même droit à un traitement… spécial.
- Précise.
Il avait l'œil brillant de concupiscence.
- Non, car c'est une surprise !
- Elle lui échappa et s'enfuit en riant.
- Petite renarde, tu ne perds rien pour attendre !
Albert resta curieux, pensif, et il prit encore quelques instants seul pour se recomposer une attitude plus sereine. Ils avaient déjà retrouvé leur complicité de toujours qu'ils appréciaient tant et qui n'avait fait que s'accroître durant ces années de vie conjugale, en ajoutant une dimension sensuelle très riche et passionnée depuis leur mariage.
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Les invités partirent en fin d'après-midi, convaincus par le sous-entendu d'Archibald « qu'il était temps de laisser les amoureux se retrouver », mais la tante Elroy ne comprit pas ou fit semblant de ne pas comprendre l'allusion ; elle ne se retira dans ses quartiers qu'après le souper.
En attendant, Candy avait parlé de la lettre de Lise qu'elle venait de recevoir. Celle-ci avait fini par épouser Jean, six mois après son retour à la fin de la guerre, heureusement sain et sauf. Ils s'étaient installés dans le village natal de son mari qui avait repris l'exploitation viticole avec son père, et ils y vivaient heureux. Elle annonçait la naissance de leur deuxième petit garçon, Henri, ainsi que celle de Thomas, le deuxième garçon de Jane et Pierre de Vigny qui s'étaient mariés au printemps 1919. Lise et Jane étaient restées en contact après la fermeture de l'hôpital à la fin du conflit. Le printemps suivant, les de Vigny avaient eu un premier garçon prénommé Charles. Ils travaillaient tous les deux dans le même hôpital, dans le centre de la France, près du domaine de la famille de Pierre.
Ils recevaient aussi régulièrement des nouvelles de Yann Guézennec, à l'occasion de chaque nouvelle année. Il avait repris son poste d'instituteur à Nantes, sa famille s'était agrandie d'une deuxième fille, Nolwenn, née un an après son retour chez lui, et d'un petit garçon d'un an prénommé Tristan.
Juste après le départ de Mme Elroy, il fut temps de mettre Aileen au lit, Arthur dormait déjà. Albert lui raconta une belle histoire pour l'endormir, profitant ainsi de quelques moments précieux avec sa fille. Pendant ce temps-là, Candy prit un bain rapide et parfumé pour mettre en place son opération séduction.
Ensuite ce fut au tour d'Albert qui voulait se rafraîchir de cette longue journée, et être au mieux de sa personne pour sa belle. Candy en profita pour finir de mettre en place les derniers préparatifs.
Quand Albert sortit de la salle de bains, il trouva une enveloppe, une rose rouge et un bandeau bien en évidence dans sa garde-robe. Il ouvrit le message mystérieux qui disait :
Rendez-vous au jardin d'hiver.
Attends à l'entrée, mets le bandeau sur tes yeux et frappe trois coups à la porte si tu veux une nuit inoubliable...
La petite renarde
Inutile de dire qu'Albert s'habilla très vite d'un pantalon et d'une simple chemise bleue que Candy adorait. Il était plein d'anticipation, rien que l'idée de ce qui pouvait l'attendre le mettait en émoi. Qu'avait-elle bien pu imaginer ? … Ah ! Elle savait le mettre en appétit rien que par des mots.
Ainsi, il appliqua à la lettre les instructions. Il attendit quelques secondes avant que la porte ne s'ouvrit, puis une main l'entraîna à l'intérieur. Il entendit le verrou se fermer. L'air embaumait les roses. Il dit d'une voix déjà rauque de désir :
- Je suis venu pour ma nuit inoubliable.
- Alors vous êtes au bon endroit M. Ardlay. Venez avec moi, mais gardez bien le bandeau en place !
- Je vous suivrais au bout du monde.
- Je sais, vous l'avez déjà fait il y a six ans.
Ils rirent tous les deux. Elle l'emmena sur quelques mètres avant de s'immobiliser. Il tenta de la toucher, mais elle répondit:
- Non, pas encore ! Un peu de patience … ouvrez la bouche !
Albert ne voyait pas bien ce qu'elle voulait faire, mais il se plia à sa commande. Il sentit un objet lisse et sphérique de la taille d'une bille un fruit, qu'il croqua par réflexe… hum ! le jus doux et sucré d'une cerise, dénoyautée. Elle avait pensé au moindre détail. Tandis qu'il mâchait une deuxième baie, il sentit quelqu'un déboutonner sa chemise et l'ôter. Des mains sensuelles et chaudes commencèrent à lui caresser tout son torse, suivies par une bouche gourmande. Son cœur s'accéléra, son sang bouillonnait dans ses veines et afflua précipitamment à son entrejambe. Il commença à gémir de plaisir. Il chercha de nouveau à toucher l'objet de son désir, mais la voix sensuelle lui ordonna de rester immobile. Les mains reprirent leur effeuillage jusqu'à ce qu'il se retrouvât entièrement dans son costume d'Adam. La respiration d'Albert devenait erratique d'anticipation. Des doigts de plus en plus hardis exploraient tout son corps, concurrencés par une paire de lèvres avides et une langue habile. Albert s'abandonna tout entier, frissonnant. Il était ainsi à sa merci, vulnérable, et ce fut le moment le plus érotique de toute sa vie, pourtant il y en avait eu depuis leur nuit de noces ! Il gémissait de plus en plus fort, il tremblait et il n'allait pas pouvoir supporter très longtemps ce traitement spécial et si bon. Elle n'avait pas menti. Il ne put s'empêcher de passer ses mains dans les cheveux de cette Aphrodite insatiable. Puis, tout s'arrêta. Elle s'éloigna, ce qui le frustra, alors il protesta de cet abandon. Il entendit ensuite un bruissement d'étoffe.
- Maintenant tu peux enlever ton bandeau, mon amour.
Ce qu'il fit sans délai et ce qu'il vit, l'époustoufla : Candy portait une nouvelle nuisette à fines bretelles en soie et dentelle de couleur prune. Elle contrastait merveilleusement avec sa peau nacrée, donnant un air mystérieux et sensuel à son regard. Sa magnifique chevelure dorée retombait sur ses épaules en cascade soyeuse. Elle était debout, pieds nus, au milieu de couvertures douillettes et de coussins accueillants. Des bougies allumées diffusaient une lumière douce tout autour d'elle, et un rideau végétal fait de buissons de roses en fleur les cachait du reste du monde. Elle lui souriait, subtilement provocante sans vulgarité. Les yeux remplis de désir, elle se mordillait la lèvre inférieure et jouait avec l'une de ses boucles blondes. Elle était si belle, ses formes féminines s'étaient accentuées avec la maternité et cela charmait son époux. Elle ajouta en lui tendant une main :
Le traitement spécial valait-il la peine d'attendre, mon cher mari ?
L'action valant mieux que les mots, Albert, complètement envouté, émit un grognement rauque et la rejoignit en deux enjambées. Mentalement, il la remercia de ne porter que cet unique vêtement facile à ôter, car il n'avait plus la patience d'attendre davantage pour pouvoir la toucher à son tour et lui rendre la faveur de son traitement spécial. Il voulait lui faire l'amour comme un fou, toute la nuit et la vénérer de son corps. Il l'embrassa avec fougue et caressa tout ce qu'il pouvait atteindre, avec passion. Ils se laissèrent tomber sur les coussins, et ce ne fut plus qu'un enchevêtrement de membres, et un concert de mots doux susurrés, de soupirs, halètements et de gémissements. Ils avaient tellement faim l'un de l'autre.
Tout en lui léchant savamment l'un de ses boutons rose durcis, il s'assura qu'elle était parfaitement prête (si tant était qu'il en doutait encore) en explorant ses pétales cachés tout au creux de sa féminité. Elle était si humide, pour lui, il était au comble de l'excitation.
- Tu me rends fou de désir, mon amour… je ne sais pas si je pourrai attendre plus longtemps.
- Eh bien n'attends pas mon amour, fais-moi tienne, car c'est pareil pour moi… et puis nous avons toute la nuit pour recommencer encore, et encore.
- Petite gourmande !
Une fois rassuré, il bascula sur elle et s'enfonça dans son sanctuaire, les yeux fermés dans sa béatitude, en émettant un long gémissement. Il tremblait déjà de plaisir. Candy gémissait aussi et l'encercla de ses jambes pour mieux l'accueillir et approfondir leur fusion.
Il se sentait chez lui.
Elle se sentait complète.
L'abstinence et l'absence avaient sublimé le désir et magnifié leur plaisir.
Ils se redécouvraient comme lors de leur première nuit en Écosse ; l'expertise et la parfaite connaissance de l'autre en plus, mais la pudeur et les hésitations en moins.
Cette première rencontre fut brève, mais très intense. Ensuite, ils rejoignirent leur chambre où ils terminèrent leur nuit d'amour dans leur lit. Ils s'aimèrent encore, mais plus lentement, avec plus de douceur et de tendresse, prenant tout leur temps pour savourer l'autre avant d'atteindre la jouissance. Enfin, ils s'endormirent dans les bras de l'autre, épuisés mais rassasiés… du moins pour cette nuit.
Chanson : Turning Page - Sleeping At Last
Le matin suivant, après une courte nuit, Candy ouvrit les yeux en battant des paupières pour trouver une paire d'yeux bleu azur qui la regardaient amoureusement.
- Bonjour mon amour, tu as bien dormi ?
- Peu, mais divinement bien, et toi ?
Albert continua de la regarder ardemment, puis caressa sa joue avant d'ajouter :
- J'aime tant ton regard, la courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur. (2)
- Moi aussi mon amour, car ton regard est le ciel que je préfère contempler.
Ils s'embrassèrent avant de s'aimer jusqu'à l'extase une fois de plus ; ils avaient du temps à rattraper. Ils prirent ensuite un bain ensemble tout en discutant. Albert proposa à Candy de déménager à Lakewood maintenant qu'il aurait plus de temps avec l'aide d'Archibald. Il voulait installer sa famille loin de la criminalité galopante de Chicago, car Albert était très inquiet. Il y avait de plus en plus d'enlèvements contre rançon d'enfant ou d'épouse qui se terminaient parfois très mal pour ne pas laisser de témoins. Il ne pouvait pas se fier à cent pour cent aux gardes du corps qui les suivaient en permanence lors de leurs sorties en ville, des failles étaient toujours possibles. Ainsi, Candy serait aussi plus proche de Mlle Pony et de sœur Maria, qu'elle pourrait voir plus souvent. Elle pourrait également donner un coup de main, de temps à autre, au Dr Martin qui s'était installé dans la nouvelle clinique qu'Albert avait fait construire juste à côté de l'orphelinat. Quant à Albert, il travaillerait à Lakewood, le téléphone permettrait de discuter en direct de la plupart des décisions à prendre, et maintenant qu'Archibald était vice-président, la signature de ce dernier était suffisante. Albert se rendrait une à deux fois par mois à Chicago, notamment pour assister aux conseils d'administration. En cas d'urgence, il pouvait y être en quelques heures. Candy était enchantée par l'idée. C'était ainsi qu'un mois plus tard, toute la famille déménagea à Lakewood. Albert put profiter davantage de son épouse et de ses enfants. Il était au comble du bonheur.
Pourtant, il y avait un an de cela, et malgré le bonheur dans lequel ils vivaient déjà à l'époque, Albert avait ressenti une toute petite crainte en lisant une certaine annonce de mariage dans les journaux :
Deux étoiles de Broadway s'unissent à jamais.
Il n'avait pas pu s'empêcher de se demander comment Candy allait réagir à cette annonce ? Mais il fut vite rassuré en voyant une expression sereine sur le visage de sa femme, et même un certain soulagement quand elle dit :
Ils ont l'air si heureux sur la photo. Il a enfin tenu sa promesse d'être heureux, lui aussi. Je suis si contente pour lui et Suzanna.
Suzanna était remontée sur les planches, grâce à l'une des prothèses conçues par la section recherche et développement qu'Albert avait mise en place ; un pur hasard. Ce fut un succès et elle reprit confiance en elle, mais elle pensait que Terry ne l'aimerait jamais comme une femme puisqu'il ne l'avait jamais épousée. Autour d'eux, d'ailleurs, on les surnommait: les éternels fiancés. Alors, redevenue indépendante et autonome, elle lui avait rendu sa liberté. Elle avait mûri et son amour aussi, ce n'était plus celui d'une adolescente blessée et égoïste. Elle avait fini par l'aimer suffisamment pour le laisser partir si son bonheur devait se trouver ailleurs et sans elle.
Terry l'avait admirée de plus en plus, d'abord pour son courage de remonter sur scène, malgré son handicap, puis pour sa réussite et maintenant pour cette liberté qu'elle lui rendait. C'est alors qu'il se rendit compte qu'il ne voulait plus se séparer d'elle. Ils partageaient aussi l'amour du théâtre qui resterait la grande passion de Terry. Et puis Suzanna était aussi une très belle femme, et son assurance retrouvée la rendait encore plus séduisante. Ainsi, il était tombé amoureux de la belle actrice, petit à petit, sans s'en rendre compte, mais il finit par le réaliser au moment où elle lui avait proposé de séparer leurs destins. Ainsi, contre toute attente, il lui fit une demande en mariage pour son plus grand bonheur. Roméo et Juliette avaient ressuscité.
XXX
Peu de temps après avoir emménagé à Lakewood, le couple Ardlay et leurs enfants rendirent visite à la Maison de Pony qui avait été agrandie et modernisée, toujours grâce à Albert. Ils profitèrent de la sieste des enfants pour aller faire un tour sur leur colline. Maintenant il y avait une balançoire accrochée à l'une des branches du vieux chêne père, et Albert avait planté un cerisier juste à côté avec des myosotis au pied des deux arbres. Ce fut fait à la mémoire de cette magnifique journée, le jour de ses vingt-sept ans. Le jour où sur une autre colline au pied d'un autre cerisier, Candy lui avait offert une carte avec des myosotis. Le jour du premier baiser fugace qu'elle lui avait volé, mais qu'il avait tant apprécié, car ce fut la première preuve tangible de son amour pour lui. Tant de chemin avait été parcouru depuis lors, et il en restait encore bien davantage à parcourir, si Dieu le voulait bien. Ils étaient tous les deux installés, lovés l'un contre l'autre, sur l'une des plus solides branches du vieux chêne. C'était une habitude qu'ils avaient gardée, et ils discutaient de leur histoire qui avait commencé ici même. Albert avait apporté un unique sandwich qu'il sortit de sa poche. Il le déballa et le partagea en deux moitiés puis en offrit une à sa femme.
- Albert ! s'exclama Candy, les larmes aux yeux en comprenant son intention.
- Candy, je suis si heureux de pouvoir partager mes joies et mes peines avec toi. Tu es la seule personne avec qui je peux le faire, sans retenue.
- Albert, je me souviens de la première fois, c'était à Chicago. À l'époque mon cœur avait compris la signification de ce partage, mais ma tête était confuse et n'avait pas encore réalisé que c'était la même chose pour moi. Toi aussi, tu es le seul avec qui je puisse le faire. Joli Bert, mon amour, mon Prince de cette Colline, tu es l'amour de ma vie. Merci de me rendre si heureuse. Je t'aime.
- Candy, mo chridhe, c'est moi qui te remercie. Tu es la lumière de mon existence, car j'ai commencé à vivre le jour où je t'ai rencontrée ici, il y a dix-neuf ans. Je t'aime.
Les larmes montèrent à leurs yeux. Ils s'embrassèrent longuement, continuant d'exprimer leur amour autrement qu'avec des mots. Cet amour avait traversé la tourmente, le rendant plus fort, plus intense, et il fleurissait aujourd'hui dans la quiétude et la joie d'un foyer épanoui.
Chanson : Michelle Featherstone - We are man and wife
Cette fois c'est fini !
Alors, qu'en avez-vous pensé ?
Pour info, j'écris actuellement une fic sur « Orgueil et préjugés » (Darcy et Lizzie) à l'époque de la Régence, j'ai déjà écrit environ la moitié de l'histoire et dès qu'elle sera bien avancée, voire terminée, je la publierai ici. Alors peut-être à bientôt ;)
Notes :
(1) Chicago est connue comme la ville des vents.
(2) Premier vers du poème de Paul ELUARD : La courbe de tes yeux (Capitale de la douleur 1926) Je sais que ce moment se passe en 1923, mais supposons qu'Albert ait inventé ces vers.
