Chapitre 20
Scène 93 – Ginny
Le brouillard se leva soudainement. Plus que le brusque silence dans sa tête et autour d'elle, ce fut la douleur dans ses membres, sur son épaule, ses poignets et ses chevilles qui la surprirent. Ginny s'entendit gémir, le son résonnant autour d'elle. Elle essaya de porter une main à son épaule pour comprendre d'où venait sa douleur, mais son geste lui envoya une décharge de souffrance dans les poignets.
« Ginny ? » L'interpella une voix qu'elle identifia immédiatement comme étant celle de Ron. Elle ouvrit enfin les yeux, la lumière l'agressant aussitôt. Sa vision floue lui permit uniquement de voir trois silhouettes un peu plus loin, dont une portant les couleurs caractéristiques de son frère. Une autre avait l'allure d'Harry. Elle déglutit. Sa gorge était en feu.
« Ron ? » Appela-t-elle d'une voix cassée. Elle réessaya de bouger, mais lorsqu'elle baissa les yeux sur ses membres, elle put voir qu'ils étaient immobilisés. « Qu'est-ce qui se passe ? » Demanda-t-elle avec une soudaine panique, relevant le visage dans la direction de son frère.
Sa vision s'aiguisa, lui permettant de reconnaître ses traits, son air anxieux et soulagé à la fois. Elle jeta un coup d'œil à Harry qui détourna aussitôt le regard. Elle serra la mâchoire. Malgré sa confusion, elle n'avait pas oublié sa trahison.
Ginny essaya de comprendre ce qui l'avait amenée ici. Elle se souvenait de Joe qui faisait les cent pas dans son appartement sans réellement l'écouter lorsqu'elle lui avait rendu visite. Elle se rappelait être allée entraîner son équipe et de son agacement à la voir incapable d'exécuter correctement ce qu'elle demandait. Elle revoyait l'expression patiente d'Hermione, son salon dévasté, le visage las et coupable d'Harry, sa mère qui tentait de l'apaiser. Des bribes de conversations incohérentes lui revinrent, des flashs d'images indistinctes. Un bric-à-brac d'objets magiques, une maison qu'elle ne connaissait pas, des personnes dont elle ignorait le nom.
Mais elle se souvenait surtout du visage de Malfoy à la première page de la Gazette du Sorcier et de sa propre rage.
« Est-ce que la rune peut provoquer une manipulation mentale, comme l'Imperium ? » Demanda son frère à la troisième personne.
« Pas que je sache, non. Je n'avais jamais vu cette rune utilisée directement sur une personne mais je pense plutôt qu'elle exacerbe un sentiment existant, détruisant l'inhibition et rendant son porteur incapable de se contrôler. » Répondit tranquillement l'autre sorcier. Ginny écarquilla les yeux.
« Merlin, qu'est-ce que j'ai fait ?! » S'exclama-t-elle malgré sa gorge abîmée.
Scène 94 – Julian
Julian sortit de la salle d'interrogatoire, une main sur l'estomac. Il avait trop faim pour réfléchir et ne devait son succès précédent qu'à sa conscience professionnelle. De plus, rater une rune sur Ginevra Potter lui aurait fait une mauvaise publicité.
En marchant le long du couloir d'un des sous-sols du Ministère, précédé par l'Auror Sparrow, Julian ne pouvait néanmoins pas empêcher un certain malaise de s'agiter tel un serpent dans ses entrailles. Il était dangereux de tracer des runes sur le corps humains, et d'autant plus sur le corps des sorciers, car leur effet pouvait être différent de celui qu'elles produisaient lorsqu'elles étaient posées sur le sol ou des objets inanimés. La magie contenue dans le corps et le sang des Sorciers renforçait leur efficacité et la rune pouvait donc jouer sur tous les plans : physiques, psychologiques, magiques, que la rune soit active ou passive.
Lorsqu'il travaillait avec Vallen sur les motifs de tatouages que ce dernier pouvait développer, ils s'en tenaient strictement aux runes positives et le plus souvent passives, comme la protection, le calme, la nature dans son état le plus inoffensif. Le plus complexe qu'ils aient créé ensemble était celui qui se trouvait dans la main de Vallen. Cette rune double lui permettait, à l'instar d'une baguette, de focaliser sa magie sur un point depuis lequel il pouvait la projeter. Pour ne pas avoir de problèmes avec le Ministère, Vallen leur soumettait tous ses motifs avant de les proposer à ses clients, sauf celui-là. Il n'avait jamais eu de retour particulier ni même d'accord écrit pour les utiliser, seulement la visite régulière de quelques Sorciers de la Régulation Magique, qui pointaient le bout de leur nez de façon impromptue dans son salon.
Ce qui les dérangeait sans doute le plus n'étaient pas les runes utilisées, mais plutôt l'encre qui servait à son tracé. Le procédé de récolte de la magie du client en effrayait plus d'un. Celui-ci devait concentrer le maximum de sa puissance dans un appareil qui s'efforçait de lui donner un état liquide. Vallen la mélangeait ensuite avec une potion incolore qui lui permettait de la manipuler plus facilement.
Lorsqu'il avait débuté, le sorcier Russe avait distillé sa propre magie à partir de son sang. Tous ses propres tatouages avaient été tracés à l'aide de cette encre d'abord rouge qui s'effaçait progressivement, la magie contenue dedans se fixant sous sa peau. En découvrant ce procédé, le Ministère lui en avait interdit l'utilisation. La magie du sang, même utilisée de façon inoffensive, faisait toujours partie des tabous sorciers.
Sparrow appuya sur un bouton pour appeler l'ascenseur devant lequel ils s'étaient arrêtés. Julian consulta sa montre. Il était trop tard pour rejoindre les jumeaux, et il n'avait de toute façon aucune envie de déjeuner avec Viktor. Avec un peu de chance, Lysander n'avait peut-être pas encore mangé.
Les portes de l'ascenseur grincèrent en s'ouvrant sur un Auror que Julian reconnut comme étant celui qui l'avait amené devant Weasley lorsqu'on lui avait fait prendre du Véritasérum.
« Ah, Alistair, pas trop tôt. » Grogna Sparrow à son encontre. Le jeune Auror eut une grimace contrite. « Va relever Johns. »
« Oui Chef. » Répondit le prénommé Alistair, ne jetant qu'un bref coup d'œil à Julian avant de s'éloigner d'un pas rapide. Sparrow se tourna alors vers lui.
« Je vous laisse remonter tout seul. Merci pour votre aide. »
« Ce n'était pas gratuit. » Sourit sournoisement Julian avant d'entrer dans l'ascenseur. Il ne vit donc pas Sparrow lever les yeux au ciel alors que les portes se refermaient derrière lui. Il appuya sur le bouton qui le ramènerait au rez-de-chaussée où il pourrait emprunter une des cheminées pour sortir, puis se retourna pour s'appuyer au fond de la cage de fer.
Outre la dangerosité de la rune sur Ginevra Weasley, ce qui était réellement inquiétant c'était qu'elle n'avait pas dû la tracer elle-même. S'agissait-il toujours de la même affaire ? Avait-elle été impliquée dans la tentative d'assassinat sur Malfoy ?
Le ventre de Julian grogna à nouveau et son propriétaire soupira alors que l'ascenseur se mettait en marche. Il n'avait pas envie d'être plus impliqué qu'il ne l'était dans cette histoire.
Un brusque choc le fit sursauter et se coller à la paroi de l'ascenseur. Julian regarda frénétiquement autour de lui. L'engin s'était arrêté. Puis il sembla bondir en avant, le projetant sur le sol métallique, avant de s'immobiliser à nouveau.
Il s'aida de ses mains pour se mettre à genoux, le cœur battant à tout rompre. Il fut soudainement conscient d'une force magique autour de lui. Un champ malsain, sombre, corrompu tentait de prendre le contrôle de l'ascenseur qui fit un brutal saut en arrière. La vitesse et la force du choc l'expulsèrent contre la paroi, son crâne rencontrant le métal et le foudroyant de douleur. Il glissa contre le mur, ses mains tentant convulsivement de trouver quelque chose à quoi s'accrocher.
L'ascenseur se mit alors à le ballotter dans tous les sens, projetant son corps contre les parois, le sol et le plafond sans qu'il puisse se protéger plus qu'en serrant ses bras autour de sa tête. Il entendit et sentit son bras gauche se briser, et sa mâchoire se desserra alors qu'il criait de douleur, puis il retomba lourdement sur le plancher métallique de l'ascenseur avec un gémissement. La panique faisait affluer le sang dans sa tête qui s'écoulait ensuite par son nez et la plaie qu'il avait sur le cuir chevelu. Écroulé comme il l'était, immobilisé par la souffrance, il ne pouvait pas attraper sa baguette.
Réfléchissant à toute vitesse et refusant de mourir, Julian passa sa main droite, la moins habile, sous son nez puis dessina furieusement sur le sol. La terreur rendait sa vision floue, son bras tremblait et il se sentait sur le point de s'évanouir. Mais il réussit à tracer la première rune qui lui vint à l'esprit, celle du cocon magique, avant que l'ascenseur n'entame une chute vertigineuse dans les profondeurs du Ministère.
Scène 96 – Harry et Draco
Harry referma la porte de la salle d'interrogatoire avec un soupir, les mots de Ginny résonnant encore dans ses oreilles. Brightwood était posté dans le couloir à côté d'un autre Auror, et il lui adressa un bref signe de tête avant de se diriger vers les ascenseurs. Une partie de son esprit lui intimait de le remercier pour la fois où avait tenté d'empêcher Smith d'entrer dans la chambre d'hôpital de Draco, mais il n'en eut pas le courage.
Il plongea les mains dans les poches de son pantalon, les épaules basses et un sentiment d'impuissance et de découragement rendant sa respiration difficile. Son pas lent finit par l'amener au-delà du poste de contrôle et il appuya sur le bouton d'appel de l'ascenseur avant de retirer ses lunettes pour passer une main sur son visage las.
Expliquer la situation à Ginny n'avait pas été aisé. Ron refusait de lui en dire trop, préférant attendre d'avoir l'autorisation de lui faire prendre du Véritasérum, mais cela n'avait pas empêché sa femme de cracher à la figure d'Harry que si elle avait été dans son état normal, elle s'en serait plutôt directement pris à lui. A ces mots, Ron avait préféré demander à son meilleur ami de sortir pour qu'il puisse poursuivre l'interrogatoire.
« Celui-là à l'air d'être en panne. » L'interpella le Sorcier au poste de contrôle derrière lui. « Prenez plutôt l'autre. » Lui conseilla-t-il alors qu'Harry se tournait vers lui.
« Merci. » Répondit-il avant d'appeler l'ascenseur de droite. Il remit ses lunettes sur son nez et ses mains dans ses poches.
Il traversa le Ministère comme dans un brouillard. Il était épuisé, confus, son cœur était malade de tout ce qui arrivait et qu'il savait avoir en partie provoqué. Son malaise intérieur était tel que la blessure sur son flanc n'était plus qu'une vague démangeaison. Il emprunta une cheminée pour se rendre à Grimmauld d'où il transplana directement à Trowbridge.
Une fine pluie froide tombait du ciel grisâtre et il faillit glisser dans la boue en ouvrant la grille qui protégeait le jardin. Il la referma derrière lui et utilisa les dalles disparates qui formaient un chemin vers la maison. Quelques lumières étaient allumées au rez-de-chaussée, illuminant les flaques d'eau et donnant un peu de chaleur à la chaumière.
Il ouvrit la porte rouge avec un soulagement coupable et laissa l'atmosphère lumineuse et l'odeur chaude d'un repas guérir un peu son cœur éreinté. Draco sortit du salon alors que la porte se refermait derrière Harry. Son esprit voulait lui sourire mais son visage en fut incapable. Draco lui-même n'était pas quelqu'un d'extrêmement souriant, mais les émotions qui passaient par ses yeux étaient suffisantes pour indiquer à Harry tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il n'avait pas besoin de parler, il n'avait pas à se forcer, personne ne lui en voudrait.
Le blond s'approcha de lui pour l'enlacer, et Harry posa avec gratitude son front sur son épaule osseuse, ses bras encerclant sa taille. Il inspira son odeur, tentant de faire le tri dans ses pensées confuses.
Sans un mot, Draco l'entraina à l'étage pour le guider jusque dans sa salle de bain, le faisant s'asseoir sur le bord de la baignoire soutenue par des pattes de lion. Harry retira son pull et sa chemise, accepta la potion désinfectante proposée par Draco et se soigna lui-même, sous son regard attentif. Il s'était assis en tailleur sur le plancher, attendant en silence qu'Harry se décide à parler.
« Papa … ? » Murmura la voix de leur fils de l'autre côté de la porte close. « Ça va ? » Demanda-t-il avec inquiétude, et Harry pouvait l'imaginer l'oreille collée dessus, attendant sa réponse avec angoisse.
« Ça va Scorpius, ne t'inquiète pas. J'ai juste une petite coupure. » Sourit-il, s'attirant un haussement de sourcils de la part de Draco qui fixait la longue entaille qui partait de son aisselle jusqu'à son bassin. Son pantalon était tâché d'un sang qui avait déjà séché.
« D'accord … Heu … » Hésita Scorpius. « J'attends dans le salon alors. »
« Ok. » Répondit Harry en baissant les yeux vers l'endroit qu'il tamponnait d'une gaze avec une grimace. « A tout de suite. »
« A tout de suite. » Répéta Scorpius avant de s'éloigner, ses pas descendant les escaliers.
« Une petite coupure … » Mima Draco en levant les yeux au ciel une fois que leur fils ne pouvait plus les entendre. Harry rit légèrement en reprenant une compresse sur laquelle il appliqua un peu de potion.
« J'ai vu pire. Une potion de cicatrisation et il n'y aura presque plus rien. »
Le silence retomba jusqu'à ce que Draco ne puisse plus attendre.
« Donc vous avez attrapé ta femme … ? » Demanda-t-il, le visage d'Harry se contractant dans une grimace, plus à cause de son cœur qui se serrait que de la douleur sur son flanc. La lettre qu'il avait rapidement envoyé à Draco avait été brève mais explicite. Il lui avait annoncé l'arrestation de Ginny et lui avait demandé de rester à Trowbridge.
« Oui … Quelqu'un lui a gravé une rune sur le bras qui, d'après ce que j'ai compris, l'empêchait de réfléchir et l'obligeait à suivre un instinct vengeur. » Expliqua-t-il en nettoyant le bas de sa plaie.
Draco fronça les sourcils et décolla ses genoux du sol, les appuyant contre l'intérieur de ses coudes, les doigts entrelacés au-dessus de ses chevilles.
« Je n'en sais pas beaucoup plus, Ron l'interroge encore. » Ajouta-t-il, anticipant sa question.
« Et comment tu as su pour l'attaque ? Tu es revenu à peine quelques minutes après être parti de Grimmauld. »
Harry releva les yeux vers lui puis jeta la gaze dans le lavabo. Il prit la potion cicatrisante que Draco avait préparée et lui répondit.
« Beaucoup de sorciers ont disparu ces derrières heures. Leurs kidnappeurs avaient parfois détruit les protections de leur maison pour réussir à les atteindre. »
« Quels sorciers ? » Questionna Draco, ses sourcils blonds formant deux lignes parfaitement droites qui lui donnaient une expression perplexe et inquiète.
Harry haussa les épaules avant de grimacer à nouveau de douleur. Il déposa un peu de la gluante potion sur ses doigts et l'appliqua doucement sur sa blessure, sentant immédiatement le picotement magique tirer sa peau pour la resserrer. Le résultat n'était jamais parfait sauf sur des égratignures, mais il accélérait considérablement la cicatrisation des plaies superficielles.
« Je ne sais pas. D'anciens Serpentards, des gens qui ont profité de la guerre, quelque chose comme ça. » Dit-il avant de se lever de la baignoire. Draco l'imita en s'aidant du mur et ils purent voir leurs reflets dans le miroir. Harry déposa les gazes tâchées de sang sur le côté du lavabo puis se lava les mains.
« Des gens comme moi, donc. » Nota Draco. Harry regarda son reflet pour voir son expression qui se voulait neutre malgré son regard blessé.
« Arrête. » Gronda-t-il avant de chercher une serviette des yeux. Draco en prit une derrière lui et la lui tendit. « Ça n'a rien à voir. »
« De leur point de vue, si. »
« Est-ce qu'on va encore devoir avoir cette discussion ? » Gémit Harry en s'essuyant les mains, les yeux levés au ciel avec une moue suppliante.
« Pitié, non. » Grogna Draco. « Encore une fois et tu vas essayer de me faire passer pour un héros de la guerre. » Harry baissa les yeux vers le miroir pour voir son visage désabusé.
« Tu essayais de protéger tes parents. » Dit-il pour la centième fois depuis qu'ils avaient réellement appris à se connaître.
Il fut récompensé par la transformation de l'expression de Draco, qui se figea dans une mimique de fausse colère en lui attrapant un bras pour le lui secouer. Harry se laissa être balloté en souriant.
« Tais toi Saint-Potter, tu me saoules ! » Grinça Draco d'un ton excédé qu'il savait factice. Il se mit à rire.
« Je n'avais pas vu ton cirque depuis longtemps. » Réussit-il à dire malgré les secousses, et le blond finit par lâcher son bras avec un rire bref. Le travail qu'Harry avait commencé quinze ans plus tôt pour tenter d'éliminer le sentiment de culpabilité de Draco dû à la guerre n'avait jamais porté ses fruits, mais l'ancien Auror était déterminé à lui faire un jour entendre raison.
Scène 97 – Albus et Rose
Albus laissa sa cousine entrer la première dans la Salle Commune de Serdaigle, la porte se refermant derrière lui. La question posée par le heurtoir en forme d'aigle avait été ridicule de simplicité : « Pour me respecter il faut me donner, mais pour me donner il faut d'abord m'avoir. Qui suis-je ? ». Les cousins n'avaient pas eu besoin de réfléchir à la réponse. C'était la quatrième fois en deux ans que l'aigle proposait cette énigme.
Rose eut un rire surpris en avançant dans la Salle Commune et Albus suivit son regard avant d'esquisser un sourire carnassier. Elliott Goldstein, un élève de 4ème année, avait le haut du corps complètement collé au bureau de Scorpius. Seuls ses bras avaient été épargnés par le sortilège apposé par Albus la veille sur les conseils de James. Ses mains étaient fixées au bois mais ses coudes et ses épaules étaient restés libres, ce qui les pliait dans un angle qui devait être inconfortable.
« Pris sur le fait, Goldstein ! » S'exclama Rose en croisant les bras.
« Décollez-moi ! » Gémit l'élève avec une élocution étrange à cause de sa bouche à moitié gluée sur le bureau.
« Tu rêves. » Sourit Albus avec satisfaction, s'approchant de Goldstein. « On va surtout prévenir le Professeur Belby que c'est toi qui t'en prenait à Scorpius. » Menaça-t-il en parlant de leur Directeur de Maison.
« Je m'en fous ! » Souffla vivement Elliott. « Il est ami avec mon père ! »
Rose pouffa de rire et Albus ne put s'empêcher de ricaner.
« Dans ce cas, on devrait peut-être aller voir un ami de nos propres parents … » Albus se tourna vers sa cousine. « Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que ça vaut le coup de déranger le Directeur de Poudlard ? » Demanda-t-il sournoisement.
« Je pense qu'on pourrait d'abord inviter ton frère pour saluer Goldstein. Je suis sûre que James sera ravi d'apprendre à cause de qui il est collé tous les soirs pendant trois semaines. » Sourit Rose en décroisant les bras, jetant un coup d'œil amusé à Elliott dont le visage se fit plus désemparé encore.
Albus rit un peu malgré la déception qu'il ressentait. Elliott n'avait absolument pas fait partie de sa liste de suspects. Il était d'habitude aimable et serviable, même avec Scorpius.
« T'es quand même un sacré hypocrite Goldstein. On fait le gentil avec Scorpius et on s'en prend à lui dans son dos comme ça ? » Grinça Albus en s'éloignant de lui pour ne pas être tenté de lui faire quoi que ce soit de plus.
« Je suis pas le seul ! » Gémit Elliott en fermant l'œil qui n'était pas collé à la table.
Le visage d'Albus se ferma et il serra les dents, la colère lui montant au nez.
« Alors tant que tu es là, pourquoi tu ne nous donnerais pas les noms de tes complices ? » Demanda Rose avec un ton énervé. Elle lui donna un petit coup de pied dans la jambe qui provoqua un ridicule cri de douleur chez Goldstein.
« Allez-vous faire voir ! » S'écria celui-ci.
Albus attrapa le bras de sa cousine pour l'empêcher d'aller plus loin. Il était touché par sa colère, qui signifiait qu'elle se préoccupait elle-aussi du bien-être de son ami, mais il n'avait pas envie de la voir collée à son tour.
« Inutile, Rose. Neville s'en occupera. » Dit-il pour répondre à son regard interrogateur. Elle fit la moue puis haussa les épaules.
Scène 98 – Lysander et Astoria
Lysander reposa le dernier parchemin qu'il avait reçu dans la matinée, un étrange malaise s'installant en lui. C'était la troisième fois en quelques jours qu'on lui envoyait une demande d'investigation sur une disparition, et il commençait à y voir un schéma effrayant. Il avait décidé de ne pas accepter de nouvelle affaire depuis que Draco avait été attaqué, mais il était intimement persuadé que ces sorciers qui se volatilisaient avaient un lien non seulement entre eux, mais aussi avec les agresseurs de son ami.
Il fit pivoter son fauteuil et se pencha en avant pour ouvrir le tiroir d'une commode qui se trouvait précédemment derrière lui. Il y avait entassé de façon plus ou moins organisée toutes les demandes qu'il avait dû refuser. Les affaires marchaient bien pour lui, sans doute grâce à la publicité qui était publiée dans le Gazette du Sorcier. Tous les deux jours, un encadré avec son visage et l'inscription « Lysander Maxwell, détective super privé et magiquement efficace ! » se situait en bas de la cinquième page. Il s'était même un jour payé le luxe de la totalité de la dernière page. Cela avait largement porté ses fruits, si on ignorait le fou rire moqueur de Julian à chaque fois qu'ils se voyaient.
Lysander récupéra les parchemins détaillant les deux autres disparitions suspectes et se tourna à nouveau vers son bureau pour les étudier de plus près. Mais le craquement d'un transplanage dans son entrée le fut sursauter et reposer les documents. Soudainement paranoïaque, il sortit sa baguette de sa manche et la tint prête contre sa cuisse, pointée vers la porte.
Des petits coups furent frappés à celle-ci et il autorisa la personne à entrer. La porte s'ouvrit sur le visage souriant d'Astoria Greengrass. Lysander soupira et rangea discrètement sa baguette.
« Bonjour Lysander. » Le salua l'ex-femme de Draco en entrant dans son bureau.
« Belle Astoria, aujourd'hui serait-il enfin le jour où tu succomberas à mon charme ? » Dit-il théâtralement avec une main tendue dans sa direction.
La Sorcière haussa les sourcils avant de rire.
« Je ne crois pas, non. »
Lysander laissa lourdement retomber son bras avec un soupir déçu.
« Je vais devoir me rabattre sur ta sœur ? »
« Ah ! » Rit facilement Astoria en avançant vers son bureau pour s'installer sur une des deux chaises qui lui faisaient face. « Je te le déconseille. Son premier mari est mort plutôt mystérieusement, et le deuxième a soudainement décidé de faire le tour du monde sans elle en lui laissant toute sa fortune. »
Lysander plissa les yeux puis posa ses coudes sur son bureau, appuyant son menton sur ses doigts entrelacés.
« J'en ai entendu parler, oui. Qu'est-ce qui t'amène ? » Demanda-t-il alors.
« Une information qu'Harry Potter m'a chargée de te donner. » Déclara-t-elle en tripotant nerveusement le pendentif en forme d'arbre qu'elle portait autour du coup.
« Ah ? »
« Les Aurors ont arrêté sa femme. » Expliqua-t-elle rapidement. « Un groupe de Sorciers a attaqué la maison du Square Grimmauld, elle en faisait partie. Ils n'ont réussi à attraper que deux personnes, mais l'autre est mort. »
Écoutant avidement la Sorcière, Lysander posa doucement les deux mains à plat sur son bureau.
« Qui était-ce ? »
« Aucune idée. » Avoua-t-elle. « Par contre, pour Ginny Weasley … D'après Harry, son comportement aurait plus ou moins été manipulé par une rune gravée sur elle. Mais il a dit d'en demander plus à ton ami, Julian Mellowen. Il a vu la rune. »
Lysander haussa les sourcils avec surprise. Julian ? Au Ministère ? Incroyable ! Peu de personnes détestaient autant ses employés que lui.
« Elle a donné des noms ? »
Astoria secoua doucement la tête.
« Il n'est pas resté pour l'interrogatoire. »
« Est-ce qu'il a parlé de disparitions suspectes, par hasard ? » Demanda ensuite Lysander en baissant les yeux sur ses parchemins.
« Oui, les Aurors se penchent dessus. C'est comme ça qu'ils ont deviné qu'ils allaient attaquer Grimmauld. » Répondit Astoria en posant ses deux mains sur ses jambes croisées. Son regard en amandes se fit curieux. « Tu en as entendu parler ? »
« J'ai reçu des demandes d'enquête. Je commençais à me dire que ça devait être lié. » Il prit les trois documents et les montra un à un à Astoria. « Andrew Harper, même classe qu'Adam Davis et toi, Malcolm Baddock, même maison mais une année en dessous, Helena Parker, quarante-trois ans, soupçonnée d'avoir aidé des Mangemorts à s'introduire dans le Ministère mais innocentée à la fin de la guerre. »
L'expression d'Astoria se fit soucieuse et elle détourna le regard en appuyant ses épaules contre le dossier de sa chaise.
« Après ce qu'Harry a dit, je me doutais que je pourrais être moi-aussi une de leurs cibles, mais à présent ça semble parfaitement évident … »
« Pas seulement toi. Toute ta famille. » Prévint Lysander, la forçant à relever les yeux.
« Ca paraît tellement … gros, comme histoire. S'ils nous en veulent autant, pourquoi attendre tout ce temps pour s'en prendre à nous ? » Demanda-t-elle, son visage désemparé faisant souffrir Lysander qui soupira.
« Vu leur organisation … Je suppose qu'ils ont mit du temps à se préparer. Et à se trouver les uns les autres. »
« Comment vont-ils faire pour retrouver toutes ces personnes disparues ? Elles pourraient être n'importe où. Ou bien mortes… » Souffla Astoria.
« Avec un peu de chance, Ginny Potter pourra nous en dire plus. Sinon, on n'a plus qu'à espérer que l'une d'entre elles porte sur elle quelque chose qui permettra de la tracer. » Répondit Lysander en se laissant aller dans son fauteuil, priant pour que celle qu'il aimait et qui lui avait un jour fracturé le nez ne soit pas plus touchée par cette histoire.
Scène 99 – Hermione
Hermione avait déjà lâché ses cours sur le trottoir mais elle détacha en plus sa cape pour gagner en vitesse. Ses chaussures martelaient les pavés des rues étroites du Vieil Oxford. La terreur l'empêchait de transplaner, et elle courrait le plus vite possible, tentant de mettre de la distance entre ses poursuivants et elle, la baguette crispée dans son poing. Si elle pouvait s'arrêter une seconde, si elle pouvait se concentrer assez, elle pourrait disparaître chez elle, en sécurité entre ses murs, mais sa panique était telle que même si elle avait voulu risquer d'être démantibulée par un transplanage raté, elle était incapable d'utiliser la magie.
Elle n'avait pas couru ainsi depuis la guerre, mais la souffrance dans ses jambes, dans ses poumons et dans sa gorge n'était rien face à l'horreur qu'elle ressentait. Elle s'aida d'un coin de mur pour tourner dans une ruelle déserte trop petite pour laisser passer des voitures, et en atteignit l'autre bout, les pas de ses assaillants juste derrière, traversant sans regarder la rue suivante sous les klaxons furieux des moldus. Si elle arrivait à atteindre le quartier sorcier, peut-être qu'ils abandonneraient, peut-être que les sortilèges qui fusaient autour d'elle cesserait. Elle ne devait son salut qu'à sa vitesse désespérée et au faible bouclier qu'elle avait réussit à jeter sur elle-même avant de prendre la fuite.
Un moldu s'écroula devant elle, touché par un sort, mais elle n'avait pas le temps de se sentir coupable. Elle en bouscula d'autres, certains se mettant à hurler en voyant les étranges silhouettes au visage indéchiffrable qui la poursuivaient, et réussit à emprunter, courbée en deux, l'entrée d'un garage souterrain qui se referma derrière elle. Elle ne s'arrêta pas de courir, le souffle de la déflagration derrière elle lui donnant des ailes. Ses propres pas raisonnaient autour d'elle.
Les pneus d'une voiture crissèrent en l'évitant, et elle tourna brusquement sur la droite en voyant au loin la porte qui menait aux accès extérieurs. L'entrée explosée du garage avait sans doute déjà vomi tous ses poursuivants dans sa direction, ne lui donnant qu'une seconde d'avance en plus, mais elle se précipita sur la porte métallique qu'elle fit sauter de ses gongs d'un sort. Elle se jeta à l'intérieur de la pièce bétonnée, ne prenant qu'un instant pour repérer les escaliers et les gravir à toute vitesse, sa respiration sifflante et paniquée bondissant sur les murs sales.
Les silhouettes étaient déjà derrière elle, dans les marches, alors qu'elle atteignait l'étage suivant. Elle avait envie de hurler le prénom de son mari à l'aide, elle avait envie de leur crier d'arrêter de la suivre, mais elle savait qu'aucun de ses mots ne pourraient les faire changer d'avis. Une fois en haut des marches, elle traversa une pièce où des moldus payaient leur place de parking, tournant leur visage surpris vers elle, et elle ignora toutes les lois sorcières en défonçant la porte du fond d'un nouveau sort.
Elle retrouva la lumière extérieure, des cris retentissant derrière elle, mais n'eut pas le temps de bifurquer vers la gauche. Un objet lancé contre son dos traversa son bouclier et la fit tournoyer sur elle-même avant de la faire disparaître.
