Note de l'auteur : Je vous préviens, je ne vais pas suivre les mêmes dates que dans Harry Potter et la Coupe de Feu.


Chapitre 21

C'était assez idiot de sa part, mais c'est quand même ce qu'il fit.

Il évita comme la peste à la fois Tom Jedusor et de penser à leur statut de partenaire. Etant donné qu'Izar avait réussi à éviter Jedusor pendant un bon mois, il se considérait plutôt doué en la matière. A moins que Jedusor ne trouve ses agissements amusants et ait décidé de se prêter à son jeu.

Dans la Grande Salle, si le politicien était présent pendant un repas, Izar gardait fermement les yeux sur son assiette ou la personne qui lui parlait à ce moment-là. Généralement Daphné. Elle était ravie qu'il participe enfin à leurs conversations et Drago reniflait souvent devant son exubérance. Izar s'asseyait rarement à la table des Serdaigles. Les quelque fois où ça lui était arrivé, il avait évité les Serdaigles qui s'étaient moqués de lui plus tôt dans l'année d'avoir sauté une classe. Boot, plus précisément.

Il supposait que le garçon entretenait une certaine rancune contre lui... ça lui était plutôt égal.

Les cours se passaient sans heurt, et le mot était faible. Il s'ennuyait plus encore que d'habitude. Il avait reçu la note maximale à ses examens, tout comme à ses dissertations et devoirs. Pendant son temps libre, il étudiait la magie. Il avait déjà inventé quelques sortilèges, mais voulait étendre sa liste de charmes et sortilèges inventés. Le procédé pour créer un sort ne se limitait pas à prononcer une phrase en latin. Non, il fallait nourrir la magie et la faire accoucher. C'était un long processus, mais Izar était tout à fait capable de s'y atteler en parallèle de ses cours.

Il y avait un sortilège, en particulier, sur lequel il travaillait. Il lui avait fallu trois semaines complètes, deux heures chaque nuit, pour parvenir à le construire. Il devait encore le tester sur ses ennemis et il se méfiait. C'était son sortilège le plus dangereux jusqu'à présent.

Mais il était sûr de lui.

Chaque nuit, dans la sécurité de son lit aux rideaux tirés, il sortait la baguette jumelle de celle de Voldemort et la regardait. Il n'osait pas tenter d'expériences sur sa Marque des Ténèbres ici, à l'école. Quelques semaines auparavant, Izar avait fait des tests sur sa Marque à l'aide sa nouvelle baguette. Il avait alors compris qu'il y avait des protections autour de la Marque, des protections faites d'une magie très noire. Il allait devoir tenter des expériences sur la Marque pendant les vacances de Noël dans un endroit où la magie noire n'était pas bannie.

Soit, apparemment, au Manoir des Malefoy. D'après Regulus, du moins.

Son père lui avait écrit, expliquant que Narcissa et Lucius voulaient les avoir tous les deux pour les vacances. Soi-disant, plusieurs Mangemorts allaient également résider plusieurs nuits au Manoir Malefoy. C'était une espèce de tradition, apparemment.

Izar s'interrogeait quant à la présence de Regulus. L'homme n'était même pas encore un Mangemort officiel, encore moins du Premier cercle. Heureusement, Narcissa comme Lucius savait qui étaient les parents d'Izar. Personne n'aurait donc à faire semblant en présence de la famille Malefoy.

Malgré le fait qu'il allait devoir avoir affaire aux Mangemorts, Izar était impatient de manipuler la Marque des Ténèbres. Il était totalement confiant. Il ressentait également une excitation qu'il n'avait pas nourrie depuis longtemps. Et il était vrai qu'il était également impatient de pouvoir passer un peu de temps avec Regulus.

"Je ne porterai pas ça", siffla Izar, se regardant rapidement dans le miroir avant de fuir son reflet. "Je ne ressemble à rien."

Drago ricana. L'héritier Malefoy était étendu sur le lit d'Izar dans la Tour de Serdaigle. Il avait une position décontractée alors qu'il enfouissait son visage dans l'oreiller d'Izar pour dissimuler son rire.

Les deux sorciers étaient vêtus de robes élégantes. Le Bal de Noël allait commencer dans quelques minutes et Izar était encore dans son dortoir. Il savait ce qui l'attendait quand il quitterait la sécurité de la Tour de Serdaigle. Une Daphné contrariée et une école remplie d'adolescents bourrés d'hormones, qui attendaient de pouvoir danser parce que le Champion de Poudlard n'avait pas encore daigné se montrer. Apparemment, les trois Champions étaient censés ouvrir le Bal de Noël à huit heures.

Drago s'assit pour mieux regarder sa robe. Son visage se figea et il déglutit difficilement. "Tu as l'air... bien."

Les yeux d'Izar se plissèrent pour former deux fentes et sa colère s'accentua. "Tu n'es pas censé être d'accord avec tout ce que Daphné fait." L'héritière Greengrass avait choisi sa robe. Parce qu'Izar était un idiot, il ne les avait pas vérifiées avant qu'elle les commande. En fait, elle avait même tenté de les lui montrer, mais il l'avait ignorée, parce qu'il n'avait rien à faire de cette foutue robe.

Et à cause de son erreur, il allait devoir porter ça au Bal.

"Tu as raison." Drago se leva, ses cheveux effleurant ses épaules. "Tu ne ressembles à rien."

Les lèvres d'Izar se pincèrent et il se demanda s'il allait s'attirer encore plus d'ennuis s'il métamorphosait ses robes en noir.

L'héritier Malefoy cligna des yeux avant de rire à nouveau. Cette fois-ci, son rire était froid et calme, un rire typiquement Malefoy. "Honnêtement, je n'aurais jamais imaginé que toi, parmi tous, te plaindrais de ta tenue. Honnêtement, Izar, elle est identique en tous points à la mienne." Drago fit un geste vers sa propre robe. Elle était verte et argentée, ce qui n'étonnait en rien Izar. "Tu es juste mal à l'aise parce que tu n'avais jamais porté quelque chose de non-froissé et abimé."

Le garçon avait raison, Izar devait bien l'admettre. Ce n'était pas vraiment une question de réagir exagérément à sa tenue, seuls les sorcières et les sang-purs insignifiants tel que Malefoy se souciaient de leurs vêtements. Ses yeux parcoururent le précieux tissu. Il supposait qu'il était mal à l'aise à cause de son prix et du fait qu'elle était... eh bien... voyante. C'était une chose qu'il ne supportait pas. Etre vu. La robe était ajustée, quelque chose auquel Izar n'était pas habitué non plus.

Et elle était blanche et dorée. Deux couleurs qu'il ne se serait jamais imaginé porter. Il s'avérait que c'était également les couleurs de la famille Greengrass.

Avant qu'Izar ne puisse rétorquer, la porte du dortoir s'ouvrit brusquement. Le deux étudiants firent volte-face pour regarder l'homme qui les fixait avec méfiance. Sirius. Les yeux de son oncle se plissèrent en remarquant la proximité entre Drago et Izar.

"Qu'est-ce que vous faites tous les deux ici ?" questionna l'homme d'un ton méfiant, comme s'il les avait vu rouler sur le sol, nus.

Izar eut un sourire moqueur. L'homme se montrait parfois fou et dément. Même pendant leurs cours particuliers, Sirius s'interrompait parfois avec un sourire mystérieux et sortait une réflexion complètement hors-sujet. Mais Izar ne pouvait pas s'en plaindre. Les nombreuses semaines de cours avec son oncle commençaient à payer. Il était de plus en plus doué, parvenant même à battre Sirius à de rares occasions.

"L'amour avec passion et fougue, professeur", dit Izar d'une voix traînante tout en se dirigeant nonchalamment vers la porte.

Sirius grimaça et Izar ne vit pas le rouge qui monta aux joues de Drago. Le Black le plus âgé s'éclaircit la voix, tendit la main et entraina Izar en-dehors du dortoir, une main sur son épaule. "Eh bien, au moins, vous êtes rapides", répondit l'homme d'un ton léger et Izar le fusilla du regard. "Minerva est dans tous ses états sans son Champion pour ouvrir le Bal. Jolie robe, au fait", dit l'homme d'un ton totalement sérieux.

Derrière eux, Drago ricana. Izar l'ignora et à la place, posa ses yeux sur Daphné dès qu'ils furent sortis de la Tour de Serdaigle.

Elle l'attendait devant l'entrée de la Salle commune, l'air exaspérée mais aussi...

"Tu es magnifique", dit sincèrement Izar. Il n'était pas de ces sorciers qui bégayaient des compliments à leur cavalière. Peut-être était-ce parce qu'il était, soi-disant, gay. Mais en voyant Daphné, Izar oublia un instant Tom Jedusor.

Daphné était une sorcière incroyablement petite, plus petite encore qu'Izar. Mais son corps n'avait pas l'air mal proportionné avec une robe. Au contraire, elle la mettait en valeur. Elle était noire avec des petites touches de dorées le long de sa poitrine et ses bretelles étaient faites de petites perles en or. Ses cheveux blonds coupés courts étaient bouclés, formant un chignon fouillé, et un serre-tête doré accentuait la couleur de ses cheveux.

Elle sourit, son irritation envolée dès qu'elle l'aperçut. Daphné n'était pas connue pour porter beaucoup de maquillage et ce soir, elle s'était contentée d'accentuer ses traits, ce qui lui donnait une apparence sobre et... sensationnelle.

"Je pourrais te retourner le compliment", le taquina-t-elle avant de soupirer. "Tes cheveux. Tu n'aurais pas pu faire quelque chose avec eux, Izar ?"

Que voulait-elle qu'il en fasse ? Y mettre un foutu serre-tête, comme elle ? "Je les ai lavés", répliqua-t-il, grognon.

Lui lançant un regard, Daphné l'attrapa par le bras. Il remarqua que ses ongles étaient recouverts d'un vernis rouge cramoisi. Ils avaient l'air aiguisés en apparence comme en sensation alors qu'elle poussait sa tête en avant, faisant courir ses doigts sur son crâne. "J'ai changé d'avis. Ca a toujours l'air adorable avec les quelques boucles et mèches frisées qui s'en échappent."

Izar se força à ne pas rougir quand Sirius les dépassa, riant de son infortune. "Daphné", la réprimanda-t-il, repoussant ses mains et prenant son bras. Il marqua une pause quand il remarqua que son avant-bras était nu. "Comment..."

"Du maquillage, crétin, toutes les filles utilisent du fond-de-teint pour la couvrir."

Un peu plus loin devant eux, Izar aperçut Drago passer avec réticence son bras sous celui de Pansy Parkinson, une expression de détresse se lisant sur son visage. Le bras de Pansy était également vierge. Izar y réfléchit. Les charmes de maquillage ne fonctionnaient pas très bien sur la Marque des Ténèbres. C'était comme si le Seigneur des Ténèbres avait fait en sorte que les charmes de maquillage soient directement absorbés par la Marque. Peut-être devrait-il se procurer du fond-de-teint via Daphné. Du moins jusqu'à ce qu'il parvienne à manipuler sa Marque.

Il abandonna rapidement l'idée quand il imagina les garçons de son dortoir découvrir qu'il avait du maquillage en sa possession.

"J'espère que tu as pris des leçons de danse ces deux dernières semaines", le prévint Daphné d'un air sombre. Son expression montrait la douleur qu'il endurerait si ce n'était pas le cas. "Si tu me fais passer pour une idiote, Harrison, tu recevras un coup de pied au cul d'ici la fin de la soirée."

Elle portait des talons, nota Izar avec déplaisance. Avec des talons, elle était presque à la même taille que lui.

"J'ai bien peur de ne pas avoir eu le temps de prendre de leçons", mentit habilement Izar.

Les Serdaigles avaient proposé des leçons à quiconque serait intéressé. Et Izar s'était engagé, non sans réticence, à en suivre quelques unes. Il n'avait jamais dansé avant mais en s'entraînant, il s'était révélé plutôt doué. Il rejetait la responsabilité sur les gênes de la famille Black, après des siècles de pratique ; Izar ne pouvait qu'hériter de certains dons. En outre, il trouvait que la danse était un art empli de grâce, quelque chose en quoi il avait toujours excellé.

Elle leva les yeux vers lui, ennuyée. "Tu n'es pas sérieux ?"

Avant qu'Izar ne puisse répondre, une McGonagall dans tous ses états se fondit sur lui, le prenant par les épaules. Elle était étonnement forte pour une femme de son âge. "Mr Harrison, vous êtes en retard", répliqua-t-elle aigrement comme s'il n'était pas déjà au courant.

Devant eux, l'entrée était vide à l'exception des deux autres Champions et de leur cavalière. Lukas lui lança un regard froid avant de se détourner, son bras sous celui de sa cavalière de Durmstrang. Cyprien offrit un sourire, un sourire amusé avant de parler calmement en français avec sa cavalière. La Grande Salle était bondée d'étudiants de quatrième année et plus, qui les attendaient pour ouvrir le Bal de Noël.

Izar trouvait ça étrangement amusant. Peut-être aurait-il dû traîner un peu plus encore...

"Allez", pressa McGonagall en s'adressant à Lukas, et les autres suivirent.

La Grande Salle était décorée pour recréer un paysage hivernal féérique. De la neige enchantée tombait du plafond, et disparaissait avant d'avoir atteint les têtes des personnes présentes. Izar avait l'habitude de voir l'immense sapin de Noël dans la Grande Salle. Mais chaque année, il était impressionné par sa taille. C'était comme si chaque centimètre était recouvert de décorations étincelantes et de petites bougies. Izar avait toujours observé avec intérêt les groupes d'étudiants aider le professeur Flitwick à organiser les décorations.

Izar ignora les étudiants de chaque côté de lui alors qu'il escortait Daphné le long de l'allée. Des applaudissements polis résonnaient contre les murs de la Grande Salle, une façon insignifiante de glorifier les Champions. Devant eux, Izar essaya d'éviter le regard des professeurs et des hommes politiques. Ce soir, Izar savait qu'il ne pourrait probablement pas éviter le Sous-secrétaire Tom Jedusor, mais il allait quand même faire de son mieux.

Daphné et Izar atteignirent finalement la piste de danse. Elle était nerveuse, remarqua-t-il. Elle essayait de le cacher derrière un sourire forcé, mais Izar pouvait lire la tension dans son regard.

Izar plaça une main sur sa hanche et enroula son autre main autour de la sienne. "Tu as peur que je te marche sur le pied, n'est-ce pas ?" murmura-t-il d'un ton joyeux. "Je devrais probablement m'en excuser par avance." Il se demanda si elle regrettait déjà sa décision de l'accompagner au Bal. Il aimait la torturer ainsi, d'autant plus sur un sujet aussi stupide.

Au-dessus de sa tête, il pouvait voir Severus Rogue. L'homme était raide au milieu de ses collègues, un rictus renfrogné déformant ses lèvres. Izar rit. L'homme semblait vouloir être n'importe où plutôt qu'ici.

Ses yeux onyx rencontrèrent les siens et son rictus s'adoucit légèrement. Izar ne pouvait s'empêcher d'idolâtrer son professeur de potions. Il voyait tellement de similarités entre lui et l'homme, en particulier concernant leur enfance et leurs années passées à Poudlard. Izar savait que l'homme était compétent en magie noire et il savait également que Rogue avait créé quelques sortilèges. Créer des sortilèges n'était pas chose facile. C'était la cause de nombreuses blessures et décès. Seuls les sorciers possédant des connaissances approfondies en magie et en latin y parvenaient.

Izar nota mentalement de donner ses notes sur la Marque des Ténèbres à son professeur.

Il sortit de ses pensées quand la musique commença. Daphné tremblaient littéralement dans ses bras alors qu'il les faisait gracieusement tournoyer sur la piste de danse, en synchronisation parfaite avec la musique. Il ne put s'empêcher de sourire à son regard surpris.

"Salopard", lui lança-t-elle en le fusillant légèrement du regard, "tu sais danser. Qui aurait cru qu'Izar Harrison, aussi mal à l'aise puisse-t-il être en société, sache danser comme n'importe quel autre sorcier ?"

"Bien sûr", dit Izar d'une voix traînante. "Tu pensais vraiment que j'allais nous humilier tous les deux, hein ?", se moqua-t-il. "Penser humilier l'héritière de la famille Greengrass... ce serait un tel outrage."

Elle fut silencieuse un instant, son visage reflétant son excitation. "Tu souris." Ses lèvres maquillées s'étirèrent pour former un sourire.

"Vraiment ?" songea doucement Izar avant de les faire tournoyer loin de Lukas et sa cavalière. Le garçon de Durmstrang lui lança un regard noir au-dessus de la tête de sa cavalière. Ca aurait dû embêter Izar d'être sous le feu des projecteurs avant autant de spectateurs autour d'eux, mais il se sentait étrangement calme ce soir. Même sa robe lui semblait un sujet sans intérêt.

"Les gens vont commencer à se demander si tu n'as pas pris quelque chose avant de danser. Tu ne souris jamais. Pour ce que j'en sais, tu pourrais être le fils-perdu du professeur Rogue. Du moins, c'est la rumeur qui court." Elle rit légèrement, ne réalisant pas à quel point elle était proche de la vérité. "As-tu pris quelque chose, Izar ? Te connaissant, tu aurais pu faire pousser des champignons en douce sous ton lit pour calmer tes nerfs avant d'être le centre de l'attention."

"Où vas-tu chercher tout ça ?"

Les étudiants et professeurs commençaient lentement à envahir la piste de danse. Elle devint bientôt trop bondée pour continuer à danser formellement, et Izar se força donc à danser plus lentement avec Daphné, en effectuant des petits pas. A côté de lui, il vit passer Dumbledore et McGonagall. Il ne put s'empêcher de fixer avec horreur les robes du directeur. Des bonhommes en pain d'épice dansaient sur les ourlets et de la neige recouvrait rapidement ses robes, les faisant passer du bleu au blanc.

L'homme le surprit en train de regarder et lui fit un clin d'oeil. "Voudrais-tu connaître le nom de mon tailleur, mon garçon ?" McGonagall leva les yeux au ciel, éloignant le vieil homme dans un tournoiement, avant qu'Izar n'ait le temps de répondre.

Merlin merci.

Daphné plaça ses bras autour du cou d'Izar, l'obligeant à poser ses mains sur sa taille. Ses yeux n'étaient pas sur Izar, mais sur sa soeur. Izar savait que Daphné nourrissait un peu de jalousie pour sa petite soeur, mais il savait aussi qu'elle aimait profondément Astoria. C'était une relation étrange, mais dont Izar savait tout à force d'écouter les bavardages sans intérêt de Daphné.

"Tu n'as aucune raison d'être jalouse", la consola Izar.

Ses yeux verts se levèrent vers lui, une légère rougeur s'emparant de ses joues pour avoir été surprise en train de la regarder. "Je ne suis pas jalouse, Izar. C'est ma soeur." Ses yeux se posèrent à nouveau sur Astoria. "Tu la trouves jolie ?"

Izar soupira intérieurement, se demandant pourquoi il fallait qu'il ait cette conversation inintéréssante. Néanmoins, il supposait que flatter l'ego de Daphné s'avérait une conversation des plus importantes pour l'héritière Greengrass. Avec réticence, il jeta un coup d'oeil à sa petite soeur. Astoria ressemblait énormément à Daphné. Il ne comprenait pas pourquoi la jeune-femme dans ses bras manquait autant d'assurance. "En toute honnêteté ?" demanda Izar, se tournant à nouveau vers Daphné. La jeune-femme hocha la tête. "Tu es plus belle."

Elle lui lança un regard méfiant avant de sourire doucement. "Merci."

Il les fit tournoyer pour faire face à la foule. Ses yeux se posèrent sur Rusard, le concierge Cracmol. L'homme tenait son chat contre sa poitrine, tenant une des pattes du pauvre animal comme s'il dansait avec. L'homme fredonnait la musique, bougeant ses hanches en rythme. Les yeux d'Izar se posèrent sur l'homme derrière Rusard, se maudissant intérieurement. Jedusor se tenait à côté de Rusard et Rogue, le regard dirigé vers Izar.

Izar ne pouvait distinguer aucune émotion dans ses yeux. Aucune.

"C'est Airi Roux, la dernière femme du Ministre Roux. Apparemment, ils se sont fiancés il y a moins d'un mois. Elle travaille comme apothicaire en France, non loin du Ministère de la Magie. De ce que papa m'a dit, elle pourrait donner du fil à retordre à Rogue." Izar éloigna son regard de Jedusor pour le poser sur la femme dont parlait Daphné.

Le Ministre français, Serge Roux, dansait avec une grande femme asiatique. Elle semblait plus jeune que lui, un rideau de cheveux bruns et raides lui tombant dans le dos. Avec ses talons, elle était dépassait Roux d'au moins trente centimètres. Le Ministre souriait doucement à sa femme, ses yeux cachés derrière les traits tirés de son visage.

"Mariage d'intérêt ?" questionna Izar.

"Non." Daphné secoua la tête. "Etonnamment non. La première femme du Ministre Roux, la mère de son fils, a demandé le divorce quelques semaines avant que Roux ne se fiance avec Airi. La rumeur dit que le Ministre Roux a eu une aventure avec Airi alors qu'il était encore marié à sa femme. C'est également la fille d'un homme très influent en France. Sa mère était asiatique et son père français. Un très beau couple, dont Airi en est le produit."

Izar éclata de rire. "Où entends-tu tout ça ?"

Daphné lui offrir un sourire mystérieux. "Si tu t'y prenais mieux en société, comme moi, tu entendrais tous ces secrets."

"Ou rumeurs", souffla Izar d'un ton léger.

"Et voici la magnifique Kristine Steinar, la femme du Ministre Steinar." Les mains de Daphné le forcèrent à tourner la tête pour regarder la mère de Lukas.

Daphné avait raison de décrire Mme Steinar comme une femme magnifique. Elle était grande et blonde avec un visage très fin. En dépit du fait que Lukas ait hérité des cheveux bruns de son père, il avait hérité du physique de sa mère. Kristine et Bjørn formait un très beau couple, vêtus d'habits aux tissus très fins et ornés des plus beaux bijoux.

"Des ragots à leur propos ?" s'enquit Izar, amusé.

Daphné semblait apprécier Kristine et elle fusilla Izar du regard. "Non, seulement qu'elle est très difficile en politique tout comme son mari. Elle est très ambitieuse et aime découvrir tout ce qu'elle peut sur ses ennemis pour l'exploiter. Elle s'est jouée de la future femme de Bjørn pour le lui ravir. Sa fiancée d'origine est morte d'intoxication alimentaire." Daphné eut un sourire joyeux. "C'est mon idole. Toutes les femmes devraient être aussi dangereuses."

Izar sourit malgré lui. Daphné n'avait aucun raison d'envier Kristine Steinar car il était certain qu'elle finirait par devenir une conspiratrice aussi douée.

"Si tu veux tout savoir", poursuivit Daphné, "c'est mon père qui m'a tout raconté à propos d'eux. Il s'est montré très intéressé de te rencontrer, Izar." A travers ses cils noirs, elle lui lança un regard plein d'espoir. "Malefoy m'a dit que son père t'a invité à venir à leur Manoir à Noël. Dis-moi que tu as accepté ?"

"Oui", dit Izar, hochant la tête. "Et je suppose que tu veux que je rencontre ton père ?"

Il ne savait pas grand chose sur Mr Greengrass, seulement que c'était un des Mangemorts du Premier cercle de Voldemort. Et Daphné l'aimait profondément. Elle était, littéralement, une fille à papa. "Naturellement", dit Daphné dans un sourire.

La musique lente prit fin puis une chanson plus rythmée commença. Izar pâlit, horrifié. Daphné, sentant l'immobilité d'Izar, soupira avant de le tirer loin de la piste de danse. "J'ai soif", dit-elle en battant des cils. Izar remarqua qu'elle venait de tourner le dos à un garçon qui s'approchait. Il eut un sourire en coin, se demandant si Daphné avait vraiment soif ou si elle ne voulait juste pas avoir affaire à un Poufsouffle ayant trouvé suffisamment de courage pour lui proposer de danser.

Un jeune étudiant de Gryffondor, assigné au service des boissons, leur tendit les verres de punch qu'ils venaient de demander. Daphné prit le sien et le but avidement. Izar lança un regard dégoûté au Gryffondor. L'étudiant avait l'air un peu... éteint.

Il rapprocha le verre de son nez et le sentit avec hésitation. Exactement comme il le pensait, il y avait de l'alcool. Avant qu'il ne puisse affronter le Gryffondor, Daphné le tira par le bras jusqu'à une table à l'écart. Izar regarda le garçon par-dessus son épaule, les yeux plissés. Les professeur n'avaient-ils pas pensé à poser un bouclier ou un sortilège sur les boissons pour empêcher des adolescents hormonaux de corser le punch ?

Le garçon de Gryffondor n'affichait absolument aucune émotion alors qu'il rendait son regard à Izar.

"Ne bois pas le punch—" commença Izar en se retournant. Daphné leva un regard innocent vers lui, son verre vide à la main. "Laisse tomber", dit Izar dans un soupir. Il s'assurerait que Daphné soit raccompagnée proprement à son dortoir sans enfants pubères accrochés à elle. Un verre n'allait pas la tuer.

Dès qu'il fut assis, Drago marcha à grandes enjambées vers eux, le regard affolé.

"Merlin", commença le garçon en s'asseyant sans invitation entre Daphné et Izar, "c'est la pire danse qui puisse exister."

"Je pense que ça vient de ta cavalière", murmura Izar d'un ton léger. Au-dessus de la tête de Drago, il vit Daphné s'éloigner imperceptiblement de l'héritier Malefoy. Son visage exprimait les mots qu'elles ne pouvaient dire. Izar se demandait pourquoi ces deux-là refusaient à ce point de devenir amis mais trouvait ça tout à fait divertissant. C'était pratique pour Izar quand il voulait en éviter un. Tout ce qu'il avait à faire, c'était mentionner Drago ou Daphné à l'autre.

"Parkinson", cracha Drago, jetant un regard au-dessus de son épaule pour faire bonne mesure, "est presque aussi mauvaise que Greengrass..."

Le garçon poursuivit en se plaignant de Parkinson. Izar se détourna de la conversation, comme il le faisait souvent. Ses yeux parcoururent la Grande Salle et il aperçut Cyprien, le Champion de Beauxbâtons, discutant calmement avec Lukas Steinar.

"Je vais danser, Izar. Tu viens ?" questionna Daphné en se levant brusquement. Son ton suggérait qu'elle n'était plus très loin de lancer un sortilège à Malefoy s'il continuait sa diatribe contre Pansy.

Izar secoua la tête, distrait, alors qu'il regardait Lukas saisir Cyprien par le col et murmurer quelque chose au garçon roux. Pour n'importe qui, ça n'aurait pas semblé très menaçant, plutôt bon enfant. Mais Izar se redressa, intéressé.

Cyprien soupira, repoussant Lukas, avant de s'éloigner et de faire son chemin jusqu'à Izar.

"Izar", le salua Cyprien d'un ton léger alors qu'il arrivait près de lui. Le Champion de Beauxbâtons s'assit à côté de lui avant de se pencher pour lui souffler à l'oreille: "Ne bois pas le punch." Sa voix trembla légèrement, comme s'il n'était pas convaincu de ce qu'il disait.

Izar leva les yeux vers la table, tendant la main vers son verre, pour s'apercevoir qu'il n'y était plus. Il fronça les sourcils avant de s'emparer du verre vide de Daphné pour le renifler. Il ne puait pas l'alcool comme ce qu'il avait pu sentir plus tôt. Il ne sentait pas comme son verre.

"Où est mon verre ?" demanda-t-il à Drago.

Les yeux gris de Malefoy se dirigèrent vers Cyprien, l'air méfiant, avant de se poser sur Izar. "Greengrass l'a pris avec elle." Il n'en dit pas plus, suffisamment intelligent pour réaliser que quelque chose n'allait pas.

Izar se tourna vers Cyprien. "Pourquoi ?" Il tourna les yeux vers l'endroit où Lukas s'était trouvé, remarquant que, comme par hasard, le garçon n'était plus là. Il tourna ses yeux gris et verts vers Cyprien, étudiant l'expression impassible du garçon. "Quelqu'un y a-t-il versé de l'alcool ?"

Cyprien eut un sourire légèrement amusé, son accent français s'accentuant : "Selon la rumeur, il y aurait du Vesania dans ton verre..."

Izar se figea.

Le Vesania était une plante très puissante que se dissolvait dans les liquides. Elle se répandait rapidement dans le corps après qu'une matière visqueuse noire se soit développées dans l'estomac. La substance toxique remontait jusqu'au cerveau avant de le détruire. Et commodément, son odeur était très semblable à celle de l'alcool.

Ses yeux s'écarquillèrent. "Daphné", s'exclama Izar en se relevant brusquement de la table, envoyant valser sa chaise sur le sol. Le bruit alerta de nombreux étudiants et Izar se précipita vers la piste de danse. Derrière lui, il entendit Drago rappeler les professeurs qui étaient en train de quitter la Grande Salle.

"Professeur Rogue ! Izar—"

Il avait le coeur au bord des lèvres alors qu'il repoussait plusieurs couples sur son passage, qui restaient . Ils crièrent en tombant au sol, mais Izar ne leur accorda aucune attention alors qu'il luttait pour se frayer un chemin à travers la foule d'étudiants qui dansaient. Ils riaient et dansaient tous, donnant l'impression à Izar de bouger lentement comme dans un horrible cauchemar. Son corps était poussé et bousculé et il lutta pour retenir un cri de rage.

Au lieu de ça, il leva sa baguette au ciel, en faisant sortir un bang écrasant.

Tous les étudiants crièrent, les mains à leurs oreilles. La musique s'arrêta et les corps s'immobilisèrent.

Izar se faufila jusqu'à l'avant, apercevant enfin Daphné. Debout au milieu d'un groupe de Serpentards, elle tourna un regard vide vers lui, avant que son verre ne lui glisse des mains. Elle tendit le bras vers sa soeur avant de s'effondrer lourdement au sol.

Il arrivait trop tard.

Il arrivait trop tard, bordel.

Izar se précipita vers Daphné, agitant sa baguette vers le verre cassé, l'enflammant d'un sort silencieux. Des cris éructèrent de la foule, à la fois à la vue du feu et de la forme inconsciente de Daphné. Astoria Greengrass avait posé sa main sur sa bouche, choquée, alors qu'elle s'agenouillait près de sa soeur.

"Que s'est-il passé ?"

Ignorant la question désespérée, Izar pointa sa baguette sur Daphné. "Eructo."

Il plongea sur le sol au même moment où le sort faisait effet. Ses mains tremblaient alors qu'il manoeuvrait la tête de Daphné avec précaution sur le côté pour qu'elle puisse vomir. La substance noire fut expulsée de son estomac dans un haut-le-coeur violent. Izar était parfaitement conscient des professeurs autour de lui, dominant la scène, mais il était trop concentré sur la forme tremblante de Daphné pour y faire attention.

Izar lança à nouveau le sort de vomissement, cette fois-ci, de manière silencieuse. Son estomac fut à nouveau contraint de se contracter. La substance noire sortit en plus petite quantité, mais il y en avait encore.

Rogue s'agenouilla à côté d'Izar, formant des cercles au-dessus de la tête de Daphné à l'aide de sa baguette. Tout en poursuivant les mouvements de sa baguettes, il tourna ses yeux onyx vers Izar. "C'était très vite réfléchi, Mr Harrison, bravo." Izar était trop hébété par les évènements pour répondre de manière cohérente. Il se contenta d'un petit hochement de la tête. "Elle a besoin d'être emmenée à l'Infirmerie, vite. Il pourrait s'en trouver encore dans son système." Rogue parlait à Dumbledore cette fois-ci.

L'homme fit léviter le corps de Daphné après avoir mis fin au sortilège sur sa tête.

Des mains puissantes l'attrapèrent et le soulevèrent du sol. "Ca va, Izar ?" C'était Sirius qui le tenait fermement.

Ignorant son oncle, les yeux gris et verts d'Izar regardèrent Rogue et Dumbledore remorquer Daphné jusqu'à l'Infirmerie. Il commença ensuite à parcourir la Grande Salle des yeux à sa recherche.

Lukas se glissa hors de la Grande Salle, rencontrant le regard d'Izar avant de disparaître derrière les portes.

Le choc d'Izar fut remplacé par la rage alors qu'il s'échappait des bras de Sirius et courrait derrière le garçon de Durmstrang. Ce fut plus facile et rapide de courir après Steinar que lorsqu'il était allé à la recherche de Daphné. Peut-être était-ce la rage qui lui donnait l'impression que les choses allaient plus vite, trop vite pour être saisies. Alors que la peur et le désespoir avaient rendu les choses douloureusement lentes.

Les étudiants encore présents dans la Grande Salle parlaient plutôt bruyamment, s'exclamant les uns avec les autres. Mais il se fichait de ce qu'ils pouvaient bien penser. Du moment qu'il obtenait vengeance.

A l'autre bout du couloir, les yeux bleus de Lukas s'écarquillèrent quand il aperçut Izar lancé à sa poursuite. "Du er gal !" cria le garçon en norvégien avant de partir en courant, disparaissant derrière un angle. Izar remarqua qu'il avait sorti sa baguette et que ses traits fins était déformé par la détermination. Et pourtant, il ne s'était pas arrêté pour se défendre. Il était parti en courant. Il était coupable.

"Tu n'as encore rien vu de la démence, Steinar", siffla Izar, courant comme un dératé à travers les couloirs sombres, attendant d'avoir un bon angle pour lancer un sortilège à Lukas.

Il ne put arriver jusque là.

Alors qu'il descendait une volée d'escaliers, à présent loin de la Grande Salle, des bras l'arrêtèrent brusquement et s'encerclèrent autour de sa taille, le soulevant du sol. Izar lutta, la soif de vengeance sur le bout de la langue. Il ne pouvait pas s'arrêter maintenant. Mais en dépit de la finesse des bras, ils étaient trop puissants pour qu'il puisse s'en échapper. "Tu vas faire quelque chose de regrettable, cesse cette folie."

C'était Jedusor.

Et dans sa fureur, Izar dirigea sa baguette sur le cou de Jedusor, se tortillant.

La menace pure qui brilla dans les yeux de Jedusor au contact de la baguette d'Izar fit lentement revenir le Serdaigle à la réalité. De la peur au creux de l'estomac. "Petit...", ronronna dangereusement Jedusor. "Essaie si tu veux. Tu reçois peut-être mes faveurs, mais pas à ce point."

Izar se dégonfla, son corps retombant mollement dans les bras de Jedusor. Il éloigna lentement sa baguette, la dirigeant vers le sol, loin du Seigneur des Ténèbres. "Je m'excuse", dit sèchement Izar. Brièvement, il se demanda si un Mangemort avait déjà survécu pour raconter avoir pointé sa baguette sur le cou du Seigneur des Ténèbres. Probablement pas.

Le jeune sorcier fut reposé au sol, mais la main sur son épaule empêchait Izar de partir. Alors qu'il reprenait pied dans la réalité, son esprit vif se remit finalement en marche. Ca avait été idiot de sa part de s'élancer dans les couloirs, aveuglé par sa soif de vengeance. C'était trop irréfléchi et malavisé. Et il y avait également cette petite voix au fond de son esprit qui lui fit remarquer que Lukas pouvait être innocent dans tout ça. Il ne connaissait pas encore tous les faits.

La patience. C'était une vertu.

"Tu n'es pas connu pour ton mauvais caractère", contempla Jedusor à côté de lui. Ses doigts étaient profondément enfoncés dans l'épaule d'Izar alors qu'ils avaient recommencé à marcher en direction de l'entrée. Derrière eux, Lukas était parti, soit en s'enfonçant plus encore dans les profondeurs de Poudlard ou alors, en retournant vers des lieux plus fréquentés. "En fait, j'ai remarqué que tu gardais la tête froide dans les moments où la plupart des sorciers en auraient été incapable. Je t'en prie, éclaire-moi, en quoi cette situation est-elle si différente ?"

Il s'arrêta, le Seigneur des Ténèbres marquant une pause également. "Ce verre m'était destiné. Daphné... elle aurait pu mourir. Voilà le différence." Izar ne comprenait pas ce que Jedusor voulais sous-entendre. Comment l'homme faisait-il pour ne pas réaliser la gravité de la situation ?

"Dis-moi." Jedusor se pencha légèrement, ses yeux brillant de moquerie. "Est-ce que tu l'aimes ?"

Izar mit un peu de distance entre eux, en colère contre Jedusor et lui-même. La situation lui rappelait rudement que le Seigneur des Ténèbres n'avait que faire de ses partisans et de Daphné. Les partisans du Seigneur des Ténèbres n'étaient que des marionnettes. De simples objets d'amusement. Izar le savait. Pourquoi avait-il cru que Voldemort allait brusquement devenir compréhensif à l'encontre de Daphné et de la situation ? Juste parce qu'Izar estimait plus Daphné que les autres ne signifiait pas que c'était aussi le cas du Seigneur des Ténèbres.

Il était stupide.

Il inclina la tête, essayant de se contrôler. Il ne recevrait aucune pitié de Jedusor ce soir. Pas qu'Izar en ait besoin, mais de la compréhension vis à vis de son besoin de vengeance aurait été plaisante.

"Non." Izar releva le menton, fixant le Seigneur des Ténèbres dans les yeux. "Je ne l'aime pas", dit-il sincèrement, froidement.

Mais les évènements de ce soir faisaient réaliser à Izar qu'il se souciait de Daphné, du moins un peu. C'était vrai qu'elle lui rabattait les oreilles parfois. Elle l'ennuyait à cause de son manque d'intérêt pour les cours et la lecture. Ses pratiques féminines l'avait toujours révulsé. Cependant, elle était également amusante et ne pensait pas qu'à elle comme les autres enfants ici. Elle comprenait ce qu'était le devoir et la famille. Et elle était aussi innocente dans l'attaque.

Jedusor lui offrit un sourire pincé avant de se redresser. Une lueur étrange éclaira les yeux de l'homme et Izar se souvint alors que Jedusor savait ce qui se passait pendant le Tournoi.

"Vous savez qui a fait ça ?" demanda doucement Izar, sa voix résonnant légèrement dans les couloirs sombres et vides.

L'homme inclina la tête sur le côté. "J'ai mes suspicions", dit-il sombrement avant de reprendre sa marche.

"Qui ?" demanda calmement Izar. A l'intérieur, il maudissait le Seigneur des Ténèbres. Juste à sa manière de se tenir, Izar sentait que Voldemort savait qui, exactement, était derrière tout ça. Il le gardait juste pour lui, observant le déroulement des évènements avant de préparer sa propre attaque.

"La même personne qui t'a empoisonné pendant la première Tâche."

"Si je ne me trompe pas", dit Izar d'une voix traînante, les yeux plissés, "votre réponse ne répond pas à mon 'qui', c'est juste une autre de vos réplique sibyllines."

Alors qu'ils atteignaient l'entrée, Izar se fondit dans la mer d'étudiants. Il laissa Jedusor derrière, se fichant de son attitude irrespectueuse. Il était en colère contre l'homme. Voldemort savait ce qui se tramait derrière la scène et il ne voulait pas éclairer Izar sur le sujet. S'il voulait plus de preuves que les choses allaient rester les mêmes entre lui et Voldemort après avoir découvert leur statut de partenaires, tout ce qu'il avait à faire, c'était d'observer la situation.

Voldemort ne le traitait pas différemment.

C'était à la fois une bonne et une mauvaise chose selon les moments.

Izar coupa à travers la mer d'étudiants et traversa les couloirs qui menaient vers l'Infirmerie. Comment Voldemort pouvait-il savoir qui était derrière ces attaques et rien n'en dire à Izar ? A moins que...

Il trébucha en marchant, mais poursuivit. Et si Dumbledore et Steinar avaient raison depuis le début de l'année ? Et si Voldemort était derrière ces attaques, afin de s'assurer que les norvégiens et les français ne gagnent pas le Tournoi ? Ca semblait petit et complètement irréaliste, mais Voldemort était assez vicieux pour le faire. Mais pourquoi faire courir un danger à Izar s'il était son partenaire ? Ca n'avait aucun sens.

Il sentit son estomac se nouer en réfléchissant à une explication. Et si tout ça n'avait été qu'un mensonge ? Il y avait la possibilité que Voldemort sache depuis le début qu'Izar était le fils bâtard de Regulus, même ce jour-là, au Bal du Ministère. Et c'était à ce moment-là que tout avait commencé. Voldemort avait menti à Izar sur le fait qu'ils étaient partenaires, seulement pour qu'Izar ait un semblant de confiance en lui. Pendant ce temps-là, Jedusor prévoyait de détruire Regulus en tuant Izar pendant le Tournoi. Tout en montant un coup contre les norvégiens, et possiblement les français, pour s'assurer que la Grande Bretagne gagne le Tournoi.

Izar savait que ça paraissait gros. Mais c'était un plan qu'il pouvait imaginer être créé par Jedusor. Il jouait avec les émotions et la confiance de tout le monde et c'était incroyablement bien réfléchi, jusqu'au plus petit détail.

Izar ne pouvait et ne voulait le croire. Il savait que ce n'était pas le Seigneur des Ténèbres qui était derrière ces attaques.

Mais ça lui laissait tout de même un goût amer dans la bouche. Et dans l'estomac.

"Mr Harrison", appela Dumbledore depuis le bout du couloir. Quelques étudiants l'entouraient ; Lukas Steinar, Cyprien Beaumont, et ce jeune Gryffondor qui leur avait servi les verres de punch.

"C'est Mr Colin Crivey, un Gryffondor de cinquième année", commença Dumbledore, posant une main sur le garçon tremblant.

Le groupe se tenait devant les portes fermées de l'Infirmerie. Izar se déroba à Jedusor alors que l'homme arrivait derrière lui. Il ignora le regard curieux qu'il lui lança pour s'intéresser à Crivey. Il se souvenait distinctement de Colin en classe, avant qu'il ne saute une classe. Le garçon était un Sang-de-Bourbe, au moins aussi ennuyant que Granger.

Ses yeux vif parcoururent le visage pâle et le corps tremblant du garçon. La plus petite émotion dans ses yeux était sans commune mesure avec l'impassivité qu'il y avait lu pendant le Bal. "L'Imperium", souffla Izar. "Il était sous l'Imperium, n'est-ce pas, monsieur ?" Il s'arrêta devant le petit groupe, le regard dirigé vers les portes fermées qui menaient à l'Infirmerie.

"En effet", répondit solennellement Dumbledore. Il regarda Jedusor par-dessus ses lunettes puis tourna les yeux vers le Ministre Steinar qui arrivait. "Apparemment, quelqu'un a mis Mr Crivey sous l'Imperium. Mr Steinar ici présent", poursuivit Dumbledore en désignant le garçon de Durmstrang, qui ne quittait pas des yeux Izar, "prétend avoir vu Mr Crivey mettre les feuilles de Vesania dans votre verre et vous le donner."

Izar soupira doucement, baissant les yeux sur le sol sombre du couloir, avant de lancer un regard glacial à Lukas. "Pourquoi ne me l'as-tu pas dit toi-même, alors ?" demanda-t-il sèchement.

Avant que Dumbledore ne puisse répliquer, Lukas le coupa : "Je me fiche pas mal de toi. J'imagine que ma morale a fini par l'emporter. J'ai dit à Beaumont de te le dire. Après tout, tu le croirais plus que si ça avait été moi. Il s'y est opposé, ne voulant pas être impliqué dans un simple canular. Mais il a finit par te le dire. Quelques secondes trop tard." Là, son regard glacial se tourna vers un Cyprien désigné coupable.

Le garçon roux tourna un regard tueur vers Izar. "Je n'avais aucune raison de croire Steinar. Si j'avais su que c'était vraiment du Vesania dans ton verre, je ne m'y serais jamais opposé."

Izar hocha sèchement la tête. Il se demanda brièvement si ce n'était pas la vérité. "Avez-vous la moindre idée de qui pourrait être derrière tout ça ?" demanda Izar d'un air hébété. "Ou..." commença Izar avec méchanceté, regardant le Ministre Steinar, "pensez-vous que d'une manière ou d'une autre c'est moi qui ait ensorcelé Crivey et m'ait empoisonné à nouveau ? J'imagine que vous allez trouver un autre livre dans les affaires de Lukas avec le Vesania encerclé. Et en retour, vous allez finir par dénicher des feuilles de Vesania dans mon sac de cours."

Steinar eut un rictus méprisant. "C'est tout à fait plausible."

Dumbledore leva une main, sa magie grandissante. "C'en est assez." Ses yeux bleus n'étincelaient plus et les bonhommes sur ses robes coururent dans leurs maisons pour se cacher. "Je n'ai pas l'intention de faire retomber le blâme sur vous, Mr Harrison. Je ne crois que vous soyez derrière ces attaques. "Dumbledore s'approcha d'Izar. Ses yeux étaient étincellants. "Ces attaques deviennent bien trop audacieuses. Elles mettent d'autres étudiants en danger, dans mon école. Je n'autoriserais plus qu'on blesse encore un de mes étudiants." Dumbledore regarda le Ministre Steinar et Jedusor. "J'en fais la promesse."

Izar s'assit sur une chaise devant l'Infirmerie.

"Vous pouvez tous partir, allez", les chassa tous Dumbledore d'un geste de la main. "Mr Crivey, vous devriez vous faire examiner par Madame Pomfresh. Peut-être qu'une nuit à l'Infirmerie vous ferait du bien."

Les Champions partirent et les hommes politiques suivirent avec réticence. Jedusor fut le dernier à partir. Izar ignora complètement l'homme, fixant les portes fermées de l'Infirmerie. Même s'il ne regardait pas le Seigneur des Ténèbres, il était conscient de tout ce que l'homme faisait. Jedusor laissa échapper un petit rire avant de s'éloigner. La peau d'Izar fourmilla, avec la simple promesse que tout ça n'était pas fini.

Etonnamment, Dumbledore s'assit à côté de lui, tapotant gentiment son genou.

Izar se tourna vers l'homme, l'étudiant. "Je pense que Miss Greengrass se rétablira bien, Mr Harrison."

Il vit plusieurs bonhommes en pain d'épices sortir de leur maison avant de lentement recommencer à danser. "Je sais", dit Izar en essayant de sourire. "Elle peut être assez butée parfois."

Le silence retomba entre eux. Dumbledore continuait à fixer le couloir sombre comme s'il savait que quelqu'un s'y cachait. Izar n'aurait pas été étonné que Jedusor soit dans le coin. L'homme était plutôt protecteur à chaque fois que Dumbledore était proche de lui. "Y a-t-il quelque chose que vous voudriez me dire, Mr Harrison ?" questionna Dumbledore d'une voix douce. Le ton qu'il utilisait avec Izar était celui d'un grand-père triste.

Ses yeux gris et verts se tournèrent vers lui, étudiant l'expression sur le visage du vieil homme. Etait-ce ainsi que sa mère avait été manipulée ? Avait-elle voulu confier ses secrets à Dumbledore, espérant qu'il l'aiderait et la guiderait ? Izar se demanda brièvement qui serait le manipulateur le plus cruel.

Serait-ce Voldemort, le Seigneur des Ténèbres qui avait une tendance assez sinistre et sournoise dans ses manipulations ? A chaque fois qu'il manipulait, sa victime le réalisait qu'après que tout se soit passé. Et quand la victime de Voldemort finissait par réaliser qu'elle avait été manipulée, elle était envahie par une puissante vague de dévastation et de tristesse.

Ou serait-ce Dumbledore, un vieil homme dont les manipulations restaient silencieuses et indétectables ? Sa voix abritait une certaine consolation et sécurité mais sous une dentelle de manipulations. Il piégeait ses victimes en étant amical. Et si sa victime finissait par se croire manipulée, Dumbledore se montrait blessé et lui donnait toutes les bonnes excuses pour prouver pourquoi il ne ferait jamais ça. Après tout, comment quelqu'un d'aussi bon et saint pourrait être aussi cruel ? C'était pour le plus grand bien. Le plus grand bien de la Lumière.

"Non, rien en particulier", dit Izar en secouant la tête. "Si c'était le cas, je ne manquerais pas de vous en parler, monsieur."

Les lunettes de l'homme étincelèrent sous la flamme des torches alors qu'il souriait. Avant qu'il ne puisse répondre, les portes de l'Infirmerie s'ouvrirent.

Izar se leva, voyant Rogue sortir de l'Infirmerie. Le regard de l'homme alla d'Izar à Dumbledore, les lèvres pincées. "Comment va-t-elle ?" questionna Izar.

"Elle est stable", répondit froidement Rogue. "Elle est dans un semi-coma. Son cerveau essaie de se remettre du choc et du contact avec le Vesania. Son père et sa soeur sont à l'intérieur avec elle." Rogue marqua une pause, ses yeux parcourant Izar de haut en bas. "Comme je leur ai dit, vous avez été suffisamment rapide et malin pour extraire le poison de son estomac avant qu'il ne puisse atteindre son système sanguin. Bon travail, Mr Harrison."

Izar baissa les yeux, soulagé. "Merci, professeur."

"Merci, Severus", dit Dumbledore en hochant la tête avec gratitude. "Vous rendez un grand service à l'école."

Rogue ne répondit pas. Il hocha sèchement la tête avant de prendre la direction des cachots. "Profitez de la fin de votre soirée, Mr Harrison." Un main âgée et ridée tapota son épaule avant que le directeur ne se glisse dans l'Infirmerie, sans doute pour rassurer Mr Greengrass que tout était sous contrôle.

Après un dernier regard vers les portes fermées, Izar prit lentement le chemin de la Tour de Serdaigle. Il se sentait mieux. Il y avait une chance que Daphné ne se réveille pas tout à fait elle-même, oui, mais Rogue avait assuré à Izar qu'il avait expulsé la majorité du poison de son estomac avant que ça ne puisse se répandre.

Juste avant qu'il n'arrive aux escaliers, les torches s'éteignirent, le plongeant dans le noir. Izar fit volte-face, croyant apercevoir une silhouette. L'air sentait la magie de Jedusor et ses épaules se raidirent alors qu'il sentait son regard sur lui.

"Je vous verrai pendant les vacances, Mr Black", souffla l'homme à son oreille, puis des lèvres froides effleurèrent la peau sensible de son cou.

Izar se tourna vers l'homme avec l'intention de l'interroger sur ses motivations.

Mais il n'y avait plus personne.