Chapitre 21 – Un été pas comme les autres
Une semaine.
Cela fait une semaine que nous avons quitté Poudlard, et que je suis allongée en position fœtale, dans un grand lit à baldaquins de couleur douce bleu vintage, il est moelleux, accueillant, confortable et réconfortant avec des draps de soie et de satin, à la couette en plumes d'hippogriffes et aux oreillers et coussins en plumes d'oiseau tonnerre.
Une semaine que je ne bouge pas de là, que je ne parle pas, que je ne mange pas. A vrai dire, la seule chose que je fais est respirer. Et me torturer l'esprit. Au début, j'ai bien tenté de convoquer mon père… Sans résultats.
Tous les jours, Potter et Black viennent à mon chevet, et je n'entends que de manière lointaine leurs suppliques pour que je me reprenne, et la mère de Potter me fait boire tous les soirs des potions de nuits sans rêve et de sommeil… Seul moyen pour me faire dormir. Et ne pas avoir de cauchemars.
Elle vient aérer ma chambre, me fait des toilettes de chat, me borde… C'est ça l'effet que ça fait d'avoir une maman ? Génial.
Deux semaines.
Je crois que les deux Maraudeurs ont fait venir Regulus (étonnant, choquant, mais je ne débattrai pas là dessus) puis Andromeda avec Ted et Nymphadora (qui me gigotait dans tous les sens) pour essayer de me faire réagir, mais je suis reste tel un cadavre. Un Inferi a plus de vie. Une inferi, ça mange, déjà. De la chaire humaine, certes, mais ça mange.
Aucune nouvelle de mon Père.
Je suis désespérée, dépressive, et je veux mourir.
Où est passé mon fichu père ? Que s'est-il passé ? A-t-il été capturé, a-t-il fui ? Ou Pire ? Qu'est-ce que tête de moche peut bien lui vouloir ? Qu'il se radicalise ? Qu'il s'allie à lui ? Qu'il devienne Mangemort ? Qu'il me fasse rentrer dans ses rangs ? A-t-il refusé ?
A quoi cela sert-il d'avoir un don de voyance, si mes prémonitions ne se déclenchent pas par le simple fait de ma volonté ? Je suis pire qu'une aveugle, et j'avoue que je me fais pitié. Quelle décadence.
Trois semaines.
Divers chouettes et hiboux ont déposé des lettres sur le petit bureau prêt de la fenêtre.
J'ai senti Black venir taper l'incruste dans mon lit, pour me câliner avec son corps fort et ses bras réconfortants.
Enfin en théorie, parce que là, ça ne m'a fait ni chaud ni froid. Et je n'ai même plus la force de lui gueuler dessus, de l'insulter, ou quoique ce soit.
Dumbledore est venu aussi. Je ne saurai dire ce qu'il a fait, à part m'observer de son regard qui voit tout, omnipotent et omniscient. Mais il n'y a rien à voir, ni à entendre, je serai plus vivante si on m'avait fait le baiser du détraqueur, c'est vous dire.
Je suis vivante à l'extérieur, mais à l'intérieur, je suis déjà morte. Combien de temps pour mourir de faim ? C'est mon ADN Velane qui me fait survivre, ou Madame Potter trouve le moyen de me nourrir un minimum à mon insu ?
Peu importe, ce calvaire finira bien par s'arrêter.
Je suis comme une vulgaire poupée de chiffon, une tétraplégique.
Je n'ai envie de rien, je n'ai besoin de rien. Je veux juste cesser d'exister. Il n'y a plus rien qui me rattache à ce monde.
Quatre semaines.
Je suis lasse, fatiguée, et soûlée. C'est pas une vie, personne me lancer un avada kedavra, un doloris, n'importe quoi qui me fasse réagir, qui me fasse sentir vivante ? Ils sont vraiment inutiles au possible ces partisans de Mages Noirs. Tu m'étonnes qu'aucun d'entre eux n'aient jamais réussi à gouverner le monde magique de manière officielle, même les plus puissants de tout les temps tels que Voldemort et Grindelwald ont échoué. Pitoyable.
Un jour, je ne sais lequel, de la quatrième semaine, j'entends la porte s'ouvrir et se ferme dans mon dos. Oui, je regarde la fenêtre, comme attendant un signe. A part que je n'attends strictement rien. Mon lit s'affaisse derrière moi, et quelqu'un me caresse les cheveux. C'est agréable, et pour la première fois depuis le mois de mai où j'ai découvert une villa chaleureuse transformée en maison fantôme, que dis-je en cabane hurlante plus lugubre que la vraie, je ressens quelque chose.
J'ai grande peine à tourner de quelques centimètres en arrière mon cou endolori.
Lily ?
Une Lily avec un sourire triste est assise juste derrière moi, me massant le dos et remettant mes cheveux en place. Elle sent comme un mélange de jasmin, l'iris, de fleur d'oranger, d'orchidée, le lys, de violette, de hortensia, de bromelia, de bégonia, de coquelicot, de curcuma, de chrysanthèmes, d'amande, de noix de coco, la cannelle… Bref, un bouquet fleuri doux et agréable.
« Qu'est-ce que tu fais là ?
-Potter et Black m'ont envoyé un hibou, autant te dire que Pétunia a frôlé la crise cardiaque, plaisante doucement Lily. Au début, j'ai cru que c'était une nouvelle forme de harcèlement de la part de Potter, mais comme Black s'y est mis, je me suis dit que j'allais accepter. Son père est venu me chercher. Le transplanage, ce n'est pas ma tasse de thé. »
Je soupire comme si, pour la première fois depuis un mois, je respire enfin. Lily me prend dans ses bras et me berce doucement en chantonnant une berceuse inconnue au bataillon. Sûrement un truc moldu.
« À bord de mon rêve quand se taisent les bruits, la lune se lève dans la nuit, je pars en voyage, là je vole bientôt, vers les grands nuages, là-haut, Là-haut, errant dans le ciel j'ai arraché à l'un des nuages un lambeau léger, et je l'ai trouvé si fin si doux, que je l'ai noué autour de mon cou, mon écharpe de nuage volait dans le vent tout autour de mon visage, en bruissant doucement, et puis une étoile j'ai cueilli, claire fleur de nuit fragile et jolie, ct dessus l'écharpe, j'ai piqué tout étincelant ce bijou dore, mon écharpe de nuage volait dans le vent, tout autour de mon visage, en bruissant doucement, et puis le soleil s'est éveillé, je suis revenu tout émerveillé, mon écharpe au cou suis descendu, j'ai tout raconté mais nul ne m'a cru, mon écharpe de nuage, l'ai caché au fond , cela m'a paru plus sage, au fond de ma chanson. »
Sa voix ressemble à une flute traversière. Et pour la première fois en un mois, je m'endors sans l'aide des potions de Mme Potter.
Le lendemain, Lily ouvre les rideaux en grand, le soleil m'éblouit, tout devient blanc, ça faisait longtemps que je vivais dans une obscurité quasi complète, un filtre de lumière passant à peine.
Elle fait couler un bain, me lève, me déshabille, me met dans le bain, et me lave avec un gant.
Elle se rappelle qu'on est des sorcières, non ?
Pour autant, la tâche sans magie nous rapproche. Si j'étais lesbienne, ce serait mon âme sœur, forcément. A vrai dire, il y a eu des rumeurs à Poudlard disant qu'on était ensemble et que nos ex n'étaient que des couvertures. A ce souvenir, je souris.
« Voilà qui est bien, me dit gentiment Lily en souriant doucement. Tu es bien plus radieuse avec un sourire.
-C'est de ta faute, je m'explique mollement. »
Lily a un sourire rayonnant, me rince, me sèche, et m'habille d'un pantalon en toile rouge et d'un top blanc large, laissant mon épaule droite dénudée, laissant apparaître la marque en forme d'Augurey (son corps et ses ailes). C'est un phénix irlandais, timide, inoffensif, mais avec une mauvaise réputation totalement infondée, associé à la mort et à la magie noire. On dirait un vautour lugubre et maigre, son plumage et vert foncé pour ne pas dire noir. Ses lamentations sont mélancoliques et on dit qu'il présage un funeste destin, alors qu'on l'utilise pour prédire la pluie.
« Pourquoi un Augurey plutôt qu'un vivet doré ou un phénix classique ?
-Pardon ?
-Ton tatouage.
-Ce n'est pas un tatouage, on appelle ça une cicatrice, ou une marque Lily, je lâche, agacée.
-Désolée. Comment tu l'as eu ?
-Va savoir. »
Je ne peux me souvenir de tout ce qu'il m'est arrivé dans la vie non plus, elle exagère !
« T'as remarqué que les augurey ressemblaient au pivert ? Et tu as la voix d'un pivert !
-Dis moi donc quelque chose que j'ignore. », je dis de ma voix la plus acide, agacée par son entêtement.
Je m'observe dans le miroir en pied. Malgré les cernes et ma peau devenue cadavérique, sans compter le poids perdu, je fais peur. Et ces longs cheveux qui me tombent dans le dos, symbole de pouvoir et de noblesse.
Je les triture nerveusement. Nouvelle vie, nouvelle coupe ?
« Lily Pads, tu me couperais les cheveux ? »
Lily acquiesce, et je m'assois devant la coiffeuse. Lily métamorphose la brosse à cheveux en une paire de ciseaux et me les coupe à peine au dessus des épaules. C'est plus léger, très joli, et ça change. Ça me donne un air radieux, moins princier. Mes longues ondulations se sont transformées en bouclettes avec l'absence de poids. Je trouve ça réussi.
Nous descendons finalement dans la cuisine sous les regards enchantés des parents Potter et les sourires éclatants du fils et de Black.
Va falloir que je fasse un effort pour être agréable.
J'ai une folle envie de retourner dans mon lit.
« Je t'avais dit que ça marcherait, lâche Potter fier de lui.
-Je n'en doutais pas, on a tous besoin de son meilleur ami dans les coups durs. », réplique Black.
Les coups durs ? La disparition de mon père n'est qu'un coup dur ?
« Tu lui as dit ? demande doucement Mme Potter à l'adresse de Lily.
-Je n'ai pas eu l'occasion, répond Lily embarrassée.
-Oh. »
Quoi, pourquoi ils me regardent tous comme ça ?
J'ai l'habitude qu'on m'admire, les Vélanes envoûtent les hommes naturellement, et peuvent même hypnotiser les femmes par magie alors…
« Il y a un problème ? je m'agace en m'installant à côté de Lily et face à Black et Potter.
-Heu… »
Potter cache prestement La Gazette du Sorcier.
J'ai raté un épisode ou quoi ?
J'arrache le journal à Potter sous le regard désapprobateur de Black. Lily le tue du regard, un avada kedavra fait moins peur qu'elle à cet instant. Son père semble amusé, et sa mère… Son fils doit être la 8ème merveille du monde à ses yeux.
Ce que je lis me glace le sang.
En une de couverture, une photo de ma villa sous la Marque des ténèbres.
En titre « Le fils de Grindelwald disparu, son identité reste secrète : le bureau des Aurors embarrassé. »
C'est quoi cette connerie encore.
« Pourquoi parlent-ils de la descendance de Grindelwald avec une photo de ma baraque ? je m'offusque, furieuse. Ça arrive souvent à ce torchon de mélanger tout et n'importe quoi ?ET depuis quand les Mages Noirs ont des enfants ? Et pourquoi on ne l'apprend que maintenant ? Ils ne devraient pas s'occuper de Voldemort plutôt ?
-Poussin… commence Lily.
-Toi, tu ne me poussines pas, j'enrage. Alors personne ne peut me répondre ? C'est pourtant pas compliqué non ?
-Albus vous parlera de tout ça le moment venu, m'assure doucement le père Potter en se penchant vers moi. Mais inutile de vous torturer avec ça, reprenez votre vie là où vous l'avez laissé. Votre directeur viendra ici à la fin de la semaine pour discuter avec vous. », conclut-il avant de se replongée dans ses dossiers.
Ai-je vraiment l'air de quelqu'un de patient. Je me renfrogne en avalant une bouchée de croissant.
« On pensait aller au Chemin de Traverse, dit gentiment Potter, vous venez avec nous ? »
Il a les yeux pleins d'espoir vers Lily qui me lance un regard encourageant. C'est pas elle qui évite Potter comme la peste et qui se plaignait que je redevienne copine avec Black ? Et maintenant elle vit chez lui, avec moi, et elle veut traîner avec lui ?
Et je veux qu'on arrête de me regarder avec compassion ! Je n'ai besoin de la pitié de personne ! Je suis une Graves non mais !
Quoique, suis-je une Graves ?
Après tout, nous avons changé de nom en quittant la Russie.
Merlin, je tuerai pour retourner là-bas. Mes amis d'enfance me manquent. Ma vie me manque. Et mon père me manque.
C'est décidé, je redeviens moi.
« Soit, on n'a qu'à faire ça. »
Le lendemain, Potter, Black, Lily et moi partons pour le Chemin de Traverse. A vrai dire, Lily m'a rapporté que des pantalons en toile fluide et des tops comme ceux de la veille. A croire qu'elle juste dupliqué deux fringues. Super.
On va traîner chez Fleury & Bott, une boutique de brocante, l'apothicaire Slug & Jigger, chez Madame Guipiure, à la boutique de Quidditch et chez Fortarôme (le cousin paternel d'Alice, soi dit en passant) manger une glace. Nous flânons entre les marchands ambulants, à la papeterie, Pirouette et Badin.
On achète divers choses : des lunascopes, un jeu de Bavboules en or, une reproduction de la galaxie, divers ingrédients pour potion (foie de dragon, du ratconfortant, des yeux de scarabées, des pots remplis d'herbes, de racines, de poudres, de plumes, de serres, de cornes), des gros livres reliés de cuir truffés de symboles elfiques et runiques et divers jeux de farces et attrapes.
Au loin, je vois Lucius Malfoy s'engouffrer vers l'allée des embrumes.
« Où est-ce qu'il va celui ? demande Potter, dégoûté.
-Il s'engage dans une rue adjacente, note Lily.
-C'est une allée avec des boutiques à mauvaise réputations, précise négligemment Black.
-Hé Graves, tu vas où comme ça ? s'étonne Potter alors que je me lance à la poursuite de Lucius.
-Je vais saluer mon ami, je vous rejoins au Café de chez Warren, je tranche en tournant les talons.
-Traîne pas trop, me lance Lily dans le dos, inquiète.
-Compte là dessus. »
Je m'avance vivement vers mon ami.
Vous voyez, je suis enfant unique, et en grandissant avec les racistes débiles, j'ai vite considéré Elijah Greengrass (le frère aîné des sœurs Greengrass qui sont de l'âge de Regulus) Rodolphus et Lucius comme des grands-frères, et les 3 grâces (les sœurs Black), comme des grandes sœurs. D'ailleurs, ils se sont toujours comportés comme tels avec moi. Alors, je préférerai qu'ils pensent par eux-mêmes au lieu de répéter ce qu'on lui a inculqué de cochonneries, mais bon, faut pas trop en demander non plus.
Je vois qu'il discute avec ses ex camarades de Poudlard, Corban Yaxley, Antonin Dolohov et Augustus Rookwood. J'attends qu'ils se séparent et je hèle Lucius, il se retourne agacé, puis son regard s'illumine en me voyant. Il me serre genre deux secondes et demi dans ses bras, lui comme moi, on n'aime pas trop les contacts physiques, puis il se recule un peu, les mains serrant mes bras, une mine inquiète.
J'aimerai pas être à la place de ses gosses plus tard, sérieusement.
Pour vous parler de mon ami Lulu (il déteste ce surnom va s'en dire), c'est le stéréotype du Sang-pur faisant partie des 28 sacrés : il est raciste, imbu de lui-même, extrêmement froid et tendu comme… Bref. Il est super grand, super blond, super beau, et fin, élancé, franchement, ce n'est pas permit d'être aussi grand. Son air dédaigneux et hautain lui donnent un charme de bad boy, mais il est toujours froid, comme imperméable à ce qui l'entoure, et sûr de lui (trop, mais il a raison, il est très fort et sexy. Oups.). Ses yeux couleur gris glacier lui donnent un regard électrisant super flippant. Il est dur et flippant. Mais c'est mon pote, et il est adorable avec moi… à sa manière de Serpentard.
Ah, et il a un faible pour la magie noire, classique.
« Alisa, où étais-tu ? On était inquiets, tu n'as répondu à aucun de nos hiboux ! »
Ah.
Oui, c'est vrai que j'ai une tonne de parchemins sur le petit bureau que je n'ai pas touchée. Je pourrais lui dire la vérité, ou alors je pourrais éviter de l'inquiéter. C'est pas comme si j'adorais raconter ma vie.
« J'ai été accueillie chez des amis de ma maison. Mon père est absent et je suis mineure, tu sais comment c'est…
-Pourquoi n'es-tu pas venir chez nous comme d'habitude ? », s'impatiente Lucius, dubitatif.
Ouais, c'est vrai ça, pourquoi d'abord ? Ou chez Andy ? Ou chez les Lestrange ? Je veux bien avoir fait la paix avec Potter et Black, mais de là à vivre en colloc avec eux…
Tu me diras, c'est vrai que j'étais dans un sale état, et c'était Black qui était avec moi…
Je fais comment pour sortir de ce pétrin ?
« Tu sais mon père m'incite à me faire de nouvelles alliances. Ça peut toujours être utile de diversifier ses contacts.
-Soit. Et ça t'empêche de répondre à ton courrier ? »
Ah Malfoy, tu me les brises !
« Ben tu sais, j'ai profité de cette nouvelle liberté pour sortir. »
Il me regarde suspicieusement.
Si on pouvait me croire quand je mens, ça m'arrangerai ! Je suis la meilleure dans ce domaine !
Je me sens offusquée et ça doit se voir car Lucius se radoucit, même s'il pense que c'est parce que je suis vexée qu'il ne me croit pas… parce que je dis la vérité.
Oui, c'est très philosophique, je sais.
« Sois prudente Alisa, me prévient doucement Lucius. Il se passe des choses dehors, et étant à Gryffondor, sachant qu'on te voit rarement depuis l'été dernier, certains commencent à jaser… Certains de tes camarades ont prévu de fouiner cette année. »
Super, je déteste qu'on se mêle de ma vie. Voilà qui m'agace.
« Merci, je ferai attention. »
Il me claque vivement une bise sur la pommette et se retourne avant de s'engouffre chez Barjow & Berk. Il a beau travailler au Ministère, en attendant, il a un goût prononcer pour la collection d'objets dégueulasses…
Chacun ses hobbies, me direz-vous.
Je me retourne et m'éloigne donc en direction du café le jour / bar la nuit O'Connell's Elfin Pub.
C'est une terrasse et un balcon au premier étage, en plein soleil, agrémentés de pots en cuivre et en étain, remplis de fleurs, de fougères et de plantes coupées ou non qui virevoltent un peu partout atour des tables. La terrasse et le balcon sont protégés d'Assurdiato pour que les gens puissent se détendre sans être entendus. A l'intérieur, c'est typiquement une décoration irlandaise.
Cami O'Connell est une jolie blonde de l'âge d'Androméda, qui était à Poufsouffle, qui souhaitait devenir Psychomage mais qui s'est dit que finalement, elle pouvait allier son goût de l'humain et du social. Et c'est génial. Beaucoup d'étudiants sorciers post Poudlard lui servent de serveurs et de cuisiniers. Jamais les mêmes. C'est très convivial et chaleureux, à l'image de la maîtresse des lieux.
Elle est copine avec la serveuse des Trois Balais, Rosmerta, qui était dans sa promotion à Serdaigle et qui devrait bientôt prendre la succession de son père, soi dit en passant.
Chez Cami la carte est archi complète : bièraubeurre, jus de citrouille, chocolat liquides et solides, jus d'œillet, hydromel aux épices, rhum groseille, sirop de cerise soda avec boule de glace et ombrelle, whisky pur feu, vin de sureau, xérès, vin d'ortie, thé, whisky pur malt, tisane d'ortie, lait de poule, divers jus, porridge, petits pains et viennoiseries, céréales, harengs, œufs, bacon, toast, muesli, rosbif, ragoût de bœuf, choux de Bruxelles, roast-beef, souris d'agneau, volailles diverses et variées, viandes rouges exotiques, charcuterie, frites, ragoût, tripes, cotelettes, hachis, poissons, crudités, fruits de mer, frêmage, pâté, légumes, lard, sandwiches, bouillabaisse, citrouilles, pommes de terres, purées, écrasés, gratins, sauces, marshmallow, pancakes, crêpes, tartes, bonbons, glaces de chez Fortarême, pudding, éclairs, beignets, gelées, gâteaux, macarons, confitures, buches, fondants, biscuits, tiramisu, caramel, suçacides, dragées surprises, sucettes, crèmes, chocoballes et chocogrenouilles, bulles baveuses, fizwizbiz, souris en sucre, gommes de limaces, baguettes magiques, gnomes de poivre, pâtes de mentes, plumes en sucre, pralines longue langue, fils dentaires, ballongommes du bullard, patacritouilles, bref … Demandez, elle a tout, voilà.
Je vois au loin les 2 Maraudeurs et ma meilleure amie et je les rejoins.
« Elle a élargi son bar avec une piste de danse à l'intérieur, s'extasie Potter, on y va ce soir ?
-Faut prévenir les mecs, et puis l'équipe… compte Black.
-Et les filles, s'impatiente Lily en offrant son visage au soleil, les yeux fermés, le T-shirt d'un groupe de rock Moldu relevé sur son vente de porcelaine.
-On peut proposer aux équipes de Poufsouffle et Serdaigle aussi, et à la fille avec qui Lupin discute tout le temps, continue Potter.
-Je vais à la poste les prévenir, décide Black en se levant alors que je m'assois.
-Pense à Dorcas et Marlène aussi ! », je lui assène.
Je commande mon vin de sureau et ma pavlova aux œillets (c'est moi qui ai soumis cette idée à Cami, toujours preneuse de nouveaux mets à rajouter à sa carte déjà plus que garnie).
« Il foutait quoi, Malfoy ? demande Potter avec un regard réprobateur vers moi.
-Travail, je mens effrontément.
-C'est quoi le rapport entre le ministère de la magie et l'allée des embrumes ?
-T'as qu'à demander à ton père Potter. »
Touché coulé.
Il a un air profondément agacé, puis se radoucit.
Lily, neutre comme la Suisse. Elle pourrait pas l'engueuler pour moi ? J'ai la flemme.
Ouais, comment une Gryffondor pourrait être amie avec des Sangs Purs ségrégationnistes ET des nés moldus et Sang-Mêlés.
Qu'ils aillent tous se faire voir. Avec une telle tolérance et ouverture d'esprit et un tel goût de la fête, j'aurai pu finir à Poufsouffle, mais je n'aime pas les gens, donc… Et je suis tellement originale et excentrique, alors pourquoi pas Serdaigle ? Mais je n'aime pas étudier, alors...
Lupin et un Pettigrow encore amaigri nous rejoignent, puis Mary et Alice qui se sont arrêtées prendre des glaces, gratuites, forcément. Mary et Pettigrow se regardent en coin mais ne s'adressent jamais directement la parole. Pettigrow est-il au courant ? Le pauvre… Cela dit, pauvre Mary, à force de ne pas réfléchir avant d'agir, elle a l'air tourmentée malgré son sourire effronté.
Le soir approche et d'un coup de baguette, nos habits font place à des robes type année 20 (le thème de la soirée, Cami est comme ça), assorties à nos yeux. Lily est étonnée, pourtant un génie en métamorphose comme elle, comment fait-elle pour ne pas connaître ce sort ?
Je la vois bien apprendre des sorts de tâche ménagère pour aider sa mère chez elle, quand je pense que les moldus doivent faire ça à la main, qu'ils doivent repasser par chez eux pour se changer en cas de sortie improvisée… J'ai beaucoup de respect pour eux.
« Vous avez lu la gazette ? demande Peter. En Pologne, un savant cherche le moyen de prendre la magie des nés moldus pour les 'rendre' aux Cracmols, ajoute-t-il en mimant les guillemets de ses doigts.
-Comment peut-on croire une chose pareille ! Voler de l'ADN, non mais vraiment, s'offusque Lily.
-Tu sais comment sont les 28 sacrés. », dit gentiment Alice.
Si Dorcas et Alice sont de Sang-Pur, et Lily et Mary sont des une Née Moldue, et Marlène est une Sang Mêlée, dont la mère est banquière … Comment peut-on imaginer autre chose que ces gobelins grippe-sous gérer le patrimoine d'autrui ? Difficile à dire.
D'ailleurs, en parlant des Poufsouffle, elles arrivent, ravies de nous voir.
Personne ne semble plus attentionné vis à vis de moi, j'en conclue qu'ils ne sont pas au courant.
Tant mieux, ça me fera des vacances. Et je remercie intérieurement Potter et Black d'avoir tenu leur langue. Quoique, je garde bien leur secret, même à ma meilleure amie, alors ils me sont redevables.
La soirée avance, nous mangeons, buvons, dansons, fumons et nous amusons.
Dans un coin, je vois Mary et Pettigrow collés l'un à l'autre autour d'une table haute et ronde en chêne, un verre à la main, se jetant des coups malicieux et d'envie. Finalement, Black et elle ont dû se dire que parfois, cacher la vérité, même à ses proches, a du bon.
D'ailleurs, Black et Mary n'ont pas changés leur attitude l'un vis à vis de l'autre. A croire que ce mois sans se voir leur a permis de se décider sans se consulter à… Hé bien, continuer comme si de rien n'était.
Une boule se créé dans ma gorge. Et Potter, Dorcas, et Marlène qui m'assuraient que Black n'était pas du genre coureur. Tu parles oui ! Pourquoi ça m'énerve autant alors que le mois dernier ça m'était égal ? Peut-être que ma léthargie a touché mes neurones…
Dorcas et Marlène sont extrêmement proches. Je vais finir par croire qu'elles sont lesbiennes, je vous jure. A part que Joey Jenkins (notre autre batteur) et Aydan Lynch (notre attrapeur) semblent très intéressés.
Potter ennuie Lily qui papote avec Alice, Frank et Leslie (l'autre poursuiveuse de mon équipe). De manière animée. Bizarrement, Lily a un regard parfois condescendant et parfois amusé vers Potter. Au moins, elle ne lui hurle plus dessus. On ne va pas se mentir, c'est agréable.
Nos autres copains des équipes de Quidditch se mélangent les uns au autres.
Black répond distraitement à une minette au teint chocolat au lait qui lui fait les beaux yeux. Et je ne sais pas pourquoi, mais malgré la foule, j'ai l'intime conviction qu'il me regarde avec insistance.
Et moi ? Je suis prêt de Cami, au bar, à plaisanter avec elle. Cette fille est véritablement un rayon de soleil, avec sa coupe carrée courte ondulée, ses cheveux couleur pétillant et ses grands yeux bleu azur.
Tout à coup, Black envoie visiblement péter une autre fille décervelée et s'approche de moi.
« Pourquoi t'es pas avec les autres ?
-Je reste avec Cami, j'explique (Capitaine Evidence, bonjour !).
-J'ai eu une idée. A propos de ce mariage.
-Ah oui, tu as donc retrouvé ton cerveau sous cet amas de cheveux ? »
Quoi, me regardez pas comme ça, c'était une moquerie gentille. Entre amis. Enfin copains…
Vous vous attendiez à quoi ? Ce n'est pas parce qu'on décide de faire la paix que du jour au lendemain les relations changent. Regardez, il a fallu un sort de magie noire sur Mary pour qu'elle et Alice arrivent à m'apprivoiser (elles étaient déjà copines avec Lily avant, même si les liens d'amitiés sont vraiment nés suite au sauvetage de la MacDonald).
D'ailleurs, les cheveux de Black sont magnifiques, lui arrivant au dessus des épaules, bouclés. Je sais d'expérience que ça signifie qu'il est tourmenté. J'aimerai bien savoir ce qu'il a à l'esprit pour être comme ça.
« Au pire des cas, si on n'arrive pas à l'empêcher, on n'a qu'à le faire, me glisse Black.
-Faire quoi ? je demande en buvant mon hydromel aux groseilles.
-Se marier ! »
Je crache la gorgée que je venais de prendre devant moi, sous l'œil inquisiteur de Cami, tandis que Black se met à éclater de rire. Ou aboyer. Je comprends qu'il se transforme en chien, tiens !
« Ca te fait rire de te moquer de moi ?
-Ta réaction était hilarante ! Mais j'étais sérieux. Non, attends, me coupe-t-il alors que j'allais répliquer, toi et moi on est loin d'être conventionnels, n'est-ce pas ?
-Certes, je concède avec un regard noir.
-Tu te vois de marier un jour, je veux dire, en dehors de ce contrat débile que nos parents nous ont infligé ?
-Pas du tout ! je m'offusque, outrée, le regard scandalisé.
-Moi non plus, figure toi. Alors au pire, on n'a qu'à se marier à la date butoire, et vivre chacun de notre côté, avec le temps, en fonction de ce qu'on va faire de nos vies, on rencontrera des gens pour faire annuler le mariage, tu vois ou je veux en venir ? »
C'est pas con. Lily m'a expliqué une fois qu'à l'époque, les rois moldus se débarrassaient de leurs épouses quand celles-ci ne pouvaient pas enfanter ou n'était pas vierge ou ce genre de chose. Le contrat était annulé, c'était avant le divorce (qui bien sûr n'existe pas chez les sorciers, vous vous en doutez.). Etant donné que les coutumes de la noblesse Sang-Pur magique et la noblesse moldue se ressemblent en matière de famille et de bienséance, je me dis que c'est possible.
Quoique, les mariages magiques lient les esprits des sorciers telles deux âmes sœurs, pour toujours et à jamais. Même les mariages arrangés finissent par ressembler à des mariages d'amour avec le temps. Impossible de les annuler, ou en tous cas, il n'y a jamais eu d'antécédents. Les mariages magiques utilisent une magie élémentaire et ancestrale. Il paraît que c'est magnifique à voir. Et c'est bien pour ça que je n'ai jamais souhaité me marier. Trop d'engagement. Et puis avoir quelqu'un dans les pattes, merci bien !
J'acquiesce, ce n'est pas ce qu'il y a de plus con. Mais si on pouvait ne pas en arriver là, ce serait mieux.
Dans la nuit, ou plutôt, tôt le matin, Black, Potter et moi rentrons chez ce dernier.
Nous sommes allés dans le salon, allumant un feu plus pour l'ambiance que pour la chaleur, changés de nos tenues de sommeil (pantalon fluide et T-shirt court découvrant mes épaules pour moi, short et débardeur pour Lily, pantalons et torses nus pour les crâneurs).
On se raconte des histoires effrayantes, puis des blagues. On parle des farces et pitreries des Maraudeurs ces 5 dernières années. Ils nous racontent certaines anecdotes. Lily et moi leur racontons les péripéties de Mary. Elle raconte sa vie à tout le monde, elle s'en fou d'être un livre ouvert pour des parfaits inconnus. Au contraire, elle veut qu'on parle d'elle. Elle trouve que ça lui donne de l'importance. Elle paraît sûre d'elle comme ça mais en vrai, elle cherche à se rassurer… C'est ce que je détestais chez elle, mais maintenant, c'est que j'aime le plus.
Lorsque Potter et Lily finissent par monter se coucher, Black et moi avons des idées saugrenues.
Séance de tatouage. Avec le cadeau de ma meilleure amie.
Avec l'alcool, on devient débiles. Alors je mets à lui graver à vie des symboles de runes russes anciennes sur le torse musclé du batteur de Quidditch. Des écritures magiques (bravoure, courage, audace, combatif) que j'avais montré à Lily, qui avait les comparé à des marques de mafieux slaves. Je sais pas ce que c'est mafieux, mais bon.
Lui me dessine le symbole d'une fleur de lys (le symbole des rois) sur le poignet gauche. Et bien que je sois étonnée, elle est très réussie.
« C'est pas si mal, j'avoue.
-Je suis content que tu le reconnaisses. Je trouve que c'est tout toi. »
Il me sonde, le regard pétillant. Je lui lance un regard plein de malice. Il me dit que ma nouvelle coupe me va à ravir. Je lui dis qu'il serait temps qu'il s'occupe de la sienne. Et j'éclate de mon rire de pivert, typique des Velanes, en jetant ma tête en arrière lorsqu'il fait une moue boudeuse parce que je lui ai dit qu'il ressemblait à un enfant. Il allongé sur le flan, face à moi, le bras au sol, la tête dans sa main. Il fait la gueule. Enfin, il fait semblant.
« Si c'est pour tirer cette tête, je m'en vais. », je dis en m'apprêtant à me lever.
Black me retient par le poignet, et m'approche contre lui.
« J'en ai pas fini avec toi Graves ! »
J'éclate de nouveau de rire, et m'allonge sur le dos tout contre lui, sa main libre me caresse la joue. Entre ce contact et le feu crépitant dans la cheminée, je m'endors tranquillement, sans rêves, sans potion. La dernière chose que je vois avant de m'assoupir, c'est un regard gris perle et un doux sourire.
Je me sens en sécurité. Ce n'est pas si mal de se sentir protégée, et non pas être celle qui protège, pour une fois.
Et pourtant, je me suis sentie observée toute la journée, sans être capable de dire d'où cela provenait. Peut-être est-ce de la paranoïa.
Et alors que je m'endors tranquillement, engourdie par l'abus d'alcool, j'entends ces mots, de loin, comme un vague échos, comme un songe, et dont je ne me souviendrais pas le lendemain « « ça ne sert a rien de vouloir haïr quelqu'un qu'on aime, juste parce que c'est plus facile. »
