Vaisseau amiral républicain RSV115 «Emancipator», Infirmerie centrale.

Sven allait rejoindre Esan au chevet de Diane. L'infirmerie était loin d'être remplie, mais l'arrivée des blessés de l'escadrille de bombardement avait crée une certaine animation. Il vit Diane, Esan à son chevet, allongée sur une couchette médicalisée dans la section des blessés légers.

Tout en avançant, Sven ne put s'empêcher de jeter un œil à la dérobée vers l'autre section, celle des blessés graves, qui était séparée par des cloisons souples en petites cellules individuelles. Il reconnut d'autres équipages qui faisaient la même chose que lui et cela le mit mal à l'aise. Esan le tira de cette rêverie morose :

-Chef, Elle vient de sortir d'anesthésie.

Il entendit alors de la couchette une voix pâteuse, mais néanmoins étonnamment claire et enfantine :

-Je suis restée combien de temps dans le cirage ?

Esan aussi avait été surpris par la voix.

Ce n'était plus du tout le bombardier solide et professionnel qui parlait, mais quelqu'un de bien plus spontané, qui venait de profiter de l'éclipse momentanée de la combattante pour se révéler.

Les deux hommes se regardèrent et sourirent. Sven lui dit :

-Environ deux heures, Diane. Ce n'est pas grand-chose dans la vie d'une femme.
-Qu'est ce que ça donne ? On en est où de la chasse ?
-On les a ralentis. L'amiral veut les rattraper et les forcer à se rendre.
-C'est bien. Qu'on les rattrape et qu'on en finisse.
-Ça ne devrait plus tarder, répondit Esan. Ils sont au bout du rouleau.

Sven n'en était plus sûr du tout, mais il se tut. Un droïde médical arriva, se posta devant la couchette et scanna les données de la patiente. Une voix synthétique se fit entendre :

-Patient femelle Diane Rajai : état stable, cicatrisation en cours. Merci de ne pas vous agiter, ce qui serait susceptible de déplacer votre humérus. Temps de consolidation estimé : trois semaines. Vous resterez encore deux heures en observation avant de regagner votre quartier ou vous serez placée en convalescence.

Le droïde se dirigea ensuite vers l'autre section. Sans doute pour prêter main forte aux autres robots médecins, se dit Sven. Diane dit alors :

-Vous avez mangé les gars ?

C'était totalement imprévu, mais pas dénué de bon sens. En effet, la procédure standard de retour de mission des équipages était de se retrouver au mess après le rapport. Mais rien ne s'était passé comme d'habitude dans cette opération.

-Tu as raison Diane, dit Esan, nous n'avons pas encore mangé. On y va et on passe te récupérer après pour te reconduire à ta cabine.
-Ok, allez-y.

Les deux pilotes la saluèrent et quittèrent l'infirmerie pour le mess.


Destroyer Imperial II, ESV262 «Destiny Blade», soute bâbord, puis de tir supérieur S7-31 «Bunker Hill».

Hanson n'en revenait pas, et ses trois coéquipiers non plus.

Ils étaient tous les quatre autour de la table, avec au beau milieu une petite bouteille de spiritueux (denrée strictement interdite à bord des vaisseaux militaires, impériaux comme républicains).

Une première tournée avait déjà eu lieu, tous les visages étaient souriants et détendus.

Virbein parla le premier :

-Une communication personnelle de l'amiral ! Si je m'y attendais !
-Et diffusée sur le circuit général ! Renchérit Haberg.
-Dire que je croyais que c'était le centre de défense qui me rappelait ! ajouta Hanson en éclatant de rire. Et toi Josse, qu'est ce que t'en pense ?
-Que ce n'est que le début ! Il faut qu'ils apprennent ce que ça fait de se faire botter le cul !

-Ça ne va pas tarder à arriver. Je retourne de l'ordinaire, les «noirs» sont en train de se remplir la panse. Il vaudrait mieux que l'on se batte, sinon on va finir par tous mourir de faim.
-Mais comment «Le Cobra» va faire ? Intervint Virbein.
-Aucune idée. Mais ça m'étonnerai que les Réps nous lâchent après ce qu'ils viennent de prendre.
-Il veut peut-être les égarer dans cette foutue nébuleuse… émis Haberg.
-Pour qu'on crève tous de faim et de froid en attendant de rejoindre une base impériale ? Non, pour moi, il va chercher le contact, répondit Josse.

Sans un mot, Hanson remplit à nouveau les verres.

Il reposa la bouteille, désormais vide, et s'apprêtait à prononcer un toast lorsqu'il se figea.

La bouteille venait de se déplacer d'elle-même sur la table. Lentement, sans à-coups, elle avançait vers l'intérieur du vaisseau, ainsi que les verres, quoique dans une moindre mesure.

Tout le monde autour de la table avait observé le phénomène. Hanson se ressaisit et prit son verre. Les trois autres firent de même.

-Ils sont encore en train de régler les barres ? Hasarda Haberg.
-J'espère bien que non ! Il ne manquerait plus que ça ! répliqua Virbein.

Hanson jeta un rapide coup d'œil aux écrans.

-Non, le vaisseau est bien plat. On dirait plutôt une force d'attraction.
-Il semblerait que les barreurs soient en train de courir sur la crête du dragon, commenta sobrement Haberg.

«Courir sur la crête du dragon» était l'expression des marins spatiaux pour dire que le vaisseau s'approchait dangereusement de l'attraction d'un astre et risquait de s'y écraser ou engloutir.

-Qu'ils fassent gaffe quand même, les Réps vont bien rigoler si on se retrouve dans un dévoreur ! nota Virbein.
-Que cela ne nous empêche pas de boire ! Conclut Hanson.

Il leva son verre :
-A notre santé, au vaisseau et à l'Empire !

Tout le monde but, puis les verres furent reposés et continuèrent leur avance silencieuse. Virbein rattrapa le sien juste avant qu'il n'atteigne le bord de la table.

A peine l'avait-il saisi que l'éclairage passa en nocturne. La pénombre n'était plus percée que par les écrans et les lueurs rougeâtres d'identification des issues. Un message s'afficha et clignota.

-Tout l'équipage bâbord est consigné, lut Hanson. Qu'est ce que cela veut dire ?
-Que pour l'instant nous ne sommes pas concernés, répondit Josse.

Il s'allongea sur la banquette de la salle commune. Virbein fit de même sur l'autre banquette tandis que Hanson et Haberg allèrent s'allonger sur les couchettes, car c'était leur période de repos. Les quatre hommes essayèrent alors de dormir, attendant le signal du réveil.


Frégate d'assaut «Hoth's Revenge II», passerelle de commandement.

Le commandant était soucieux. Le vaisseau avançait à vitesse réduite dans le dédale provoqué par les dévoreurs. En vérité, la situation était totalement hors normes, le propre d'une bonne navigation spatiale étant précisément de les éviter.

-Deux secondes bâbord ! indiqua le commandant d'une voix forte.
-Info sonde trois. Quatre miles libres ! annonça un opérateur quelque part dans le poste.

Deux sondes avaient déjà été perdues, déchiquetées par les forces de gravitation. La dotation standard des frégates étant de six, il y avait encore de la marge pour avancer. Le commandant songea à l'«Alderaan's Spirit» qui venait de perdre sa dernière sonde. Il ne souhaitait vraiment pas que cela lui arrive.

Ils doivent vraiment serrer les fesses se dit-il. J'espère pour eux qu'ils ont bien pris des relevés intermédiaires, car autrement ça deviendra très dangereux.

Il avait ordonné à la console radio de ne plus diffuser les messages des autres frégates, à la fois pour améliorer la concentration du poste, mais aussi et surtout pour éviter de les soumettre au stress qu'éprouvaient tous les équipages dans la même situation.

Il ne manquerait plus que d'assister à l'agonie d'un vaisseau en direct ! pensa-il.

-Message de l'amiral ! Indiqua la console radio. Je vous le passe en Visio !

Le visage de l'amiral Rousseau apparut sur le petit écran de la passerelle :

-Commandant, où en êtes-vous ?
-Nous suivons une trajectoire parallèle à l'objectif, amiral. Mais impossible pour l'instant de le prendre pour cible, les dévoreurs absorberaient les rayons.
-Vous n'avez toujours pas trouvé de chenal transversal ?
-Non amiral. Mais on finira bien par sortir de cette souricière, les vrais culs de sac étant très rares.

Enfin pour ce qu'on en sait se dit-il pour lui-même. Il n'y a pas beaucoup de capitaines qui ont du faire ce que nous sommes en train d'essayer.

-Bien, tenez-moi au courant. Nous sommes à leur trousse dans le même chenal, et nous les attaquerons dans une demi-heure.
-A vos ordres, amiral.

L'écran redevint sombre et uni. Le commandant entendit une voix derrière lui :

-Semion, que voulait l'amiral ?

C'était l'officier navigation.

-Rien, comme d'habitude, répondit le commandant. Il faut croire qu'il aime perdre son temps.

Il soupira, puis reprit :

-On s'est fourré dans un sacré guêpier. Toute la flotte contre un destroyer isolé !
-Oui, répondit le navigateur. Et il a trouvé le moyen de nous fragmenter. Ce Louchké est un sacré marin !
-Je ne crois pas à un plan longuement mûri. Il doit improviser comme nous, répondit le commandant.

L'officier navigation secoua négativement la tête. C'était un homme âgé, qui avait longtemps bourlingué en faisant du cabotage spatial avant de s'engager dans la flotte républicaine.

Il finit par dire :

-Je n'en suis pas si sûr. Il y a plein de chenaux, pourtant il s'est engagé sans hésiter et sans envoyer aucune sonde, les radars sont formels. Il doit en savoir plus que nous sur cette zone.

Le commandant ne répondit pas. Les arguments ne manquaient pas de pertinence.

A ce moment, un sous-officier des forces planétaire entra dans le poste. Le commandant et le navigateur tournèrent la tête vers le nouveau venu.

Il s'agissait du sous-officier des LRSS que Jed Koïnsky avait envoyé comme agent de liaison auprès de la flotte d'attaque. Il salua le commandant et monta sur la passerelle :

-Alors sergent, quelles sont les nouvelles de la galaxie ? demanda le commandant.
-Ça claque dur sur Dvar, répondit le sous-officier. On leur a encore rongé un peu de terrain, mais ces fanatiques ne lâchent rien.
-On va voir avec ceux-ci, intervint le navigateur. Ils sont peut-être du même calibre.
-Sonde trois en divergence ! Annonça soudain une voix tendue de derrière un écran.

Les deux officiers spatiaux se raidirent. Le Commandant ordonna :

-Passez en procédure d'extraction !
-C'est déjà fait commandant ! On a commencé à la retirer dès que les seuils de gravitation ont déclenché !
-Ça baisse ! Annonça une autre poste.
-On reprend le contrôle, reprit la première console.
-Allez-y doucement, conseilla le commandant. Par impulsions courtes !

L'opérateur pianotait dans le silence du poste. Enfin il releva la tête et se tourna vers la passerelle :

-C'est bon, on l'a retrouvée. On repart en marche avant avec dix secondes de correction.

La tension diminua dans le poste et sur la passerelle. Le commandant poussa un discret soupir. Il répondit à l'opérateur sonde :

-Bon boulot. On continue.

L'officier navigation, qui s'était tu depuis le problème de la sonde se tourna alors vers l'agent de liaison et lui dit :

-Vous êtes toujours en contact avec l'antenne de Kuat ?
-Oui officier, répondit le scout.
-Si je me souviens bien, les archives de la capitainerie spatiale sont conservées dans un petit bâtiment à coté du chantier principal. Pouvez-vous demander à vos agents qu'ils aillent y faire un tour pour y regarder les rapports sur la Miséricorde ?
-Bien sûr officier, je peux le faire.
-Excellente idée Kern, approuva le commandant.

L'agent salua et quitta le poste.