« Il était là, devant elle, à lui expliquer qu'elle n'était plus rien à ses yeux alors que Rémus venait de lui passer le savon du siècle. Je ne les avais jamais vu si énervés. Si seulement tu avais été là. Il lui a dit de ne jamais refaire surface dans sa vie, c'est là qu'elle a commencé à lui jeter toute sa vaisselle à la figure. Je pense qu'elle doit manger dans des assiettes en carton maintenant, parce qu'il y avait de la porcelaine dans tout l'appartement.
_ Et toi tu es resté là à les regarder se disputer ?
_ Hé oh, ne me juges pas, hein. Si je n'avais pas été là, tu n'aurais jamais eu écho de tout ça. Rémus m'a impressionné. Il était tellement déçu du comportement d'Hanna envers toi qu'il en était presque enragé. Il me fait moins peur les nuits de pleine lune.
_ Oui bon, d'accord. Merci Sirius. »

Lily déposa les deux verres vides dans l'évier et vint se rasseoir en face de son ami. Elle n'était pas retournée au bureau depuis 2 semaines, Sirius et Eve se chargeaient chacun leur tour de lui apporter les dossiers, et elle avait la nette impression d'être devenue un fardeau, même s'ils s'acharnaient tous les deux à lui prouver le contraire.

« Tu sais, James n'a jamais été capable d'avouer ses sentiments à qui que ce soit, aussi loin que je m'en souvienne. Tu ne peux pas le blâmer pour ça, tenta le maraudeur.
_ Et c'est reparti. Arrête de le défendre à chaque fois que tu viens ici Sirius. Il a avoué toujours ressentir des choses pour Hanna, comment veux-tu que je réagisse à ça ?
_ Autrement ! Le tenir éloigné n'y changera rien. Il est seul face à toute l'entreprise pendant que toi tu te lamente ici. Il a perdu autant que toi dans cette histoire.
_ Ils murmurent plus dans mon dos que dans le sien, d'après ce dont je me souviens. Ils ne m'appellent plus par mon nom, maintenant je suis la fille du service des moldus qui couche pour avoir du travail.
_ Peu importe Lily. Ce n'est pas à propos des ragots. Il t'a dans la peau, c'est tout, et peut-être qu'il n'est pas doué pour le montrer, mais bon sang, tu le connais presque mieux que moi, tu devrais le voir…
_ Je le connais mieux que toi, affirma Lily.
_ Presque, corrigea Sirius. »

Lily soupira bruyamment avant de sourire et d'attraper son manteau. Elle en voulait à James et elle savait que rien ne s'arrangerait tant qu'elle n'était pas sûre de ce qu'il ressentait pour elle, tant qu'elle ne l'avait pas entendu de sa propre bouche. Elle avait besoin d'être rassurée, mais elle n'était pas prête à se confronter à lui pour le moment.

« Tu sors ?
_ On est jeudi soir, je vois Nathan, lui répondit-elle d'un ton neutre.
_ Tu l'as déjà vu la semaine dernière, non ? Lui demanda-t-il suspicieusement.
_ Oui, et alors maman ? Depuis quand la loi interdit-elle de voir une personne deux jeudis de suite ?
_ La loi des maraudeurs l'interdit lorsque cette personne est ton ex, qu'elle est toujours à fond sur toi, et que tu as déjà quelqu'un dans ta vie.
_ Ah oui ? Et depuis quand cette loi est-elle en vigueur ? Je n'en avais jamais entendu parler avant.
_ Depuis approximativement cinq secondes. Sérieusement Lily, j'espère que tu ne fais pas ça pour rendre James jaloux.
_ Bien sûr que non. J'ai juste besoin de me changer les idées, et Nathan m'y aide, conclut-elle en fermant la porte de son appartement derrière Sirius loin d'être rassuré. »

« Tu as changé un truc sur tes cheveux ? Ils semblent plus longs.
_ Oh, c'est le lissage, répondit-elle simplement. »

Nathan attrapa une mèche de ses cheveux roux et la fit glisser le long de son index avant de reporter son regard clair sur Lily dont la chope de bière-au-beurre subissait difficilement la pression de ses mains.

« Il t'a fait quelque chose, n'est-ce pas ?
_ Qui ?
_ James. Il t'a fait quelque chose. »

Lily détourna le regard et avala difficilement sa salive. C'était si évident… Même Nathan arrivait à lire en elle, maintenant, et c'était quelque chose qu'elle ne pouvait pas tolérer, même s'il lui avait été d'une aide précieuse ces derniers temps.

« C'est entre lui et moi, lui dit-elle.
_ Pas de soucis. Mais il va falloir que tu m'explique pourquoi tu passes tes jeudis soirs avec moi.
_ Tu me fais rire. Je passe toujours un bon moment avec toi, lui avoua-t-elle en souriant.
_ C'est mignon. C'est marrant, tu as toujours été comme ça, sauf quand nous étions ensemble, lui fit-il remarquer.
_ Comme ça ?
_ Mignonne. Je t'ai toujours trouvé exceptionnelle. Je sais que tu n'as aucun doute sur ce que je suis devenu, je ne m'attache plus aussi facilement qu'avant, je suis ce que les filles appellent toutes un « salaud » de première catégorie, mais tu es ma première. Tu as été ma première vraie petite amie, la première pour laquelle j'aie eu de vrais sentiments. Ca ne s'efface pas comme ça, tu sais. »

Lily releva ses yeux verts sur Nathan dont le regard vacillait dangereusement vers ses lèvres. Elle sentit sa main descendre le long de son bras pour trouver la sienne, et elle ne bougea pas. Tout semblait simple avec lui, et elle se surprit à penser l'espace d'une seconde qu'elle avait toujours apprécié la simplicité.

« Je t'aime profondément et je crois que ça sera le cas toute ma vie, admit-il. »

Elle ferma les yeux et lâcha sa main. N'importe quelle autre fille du pub ce soir-là aurait probablement hurlée de joie en entendant Nathan prononcer ces mots, mais Lily, elle, essayait tant bien que mal de faire taire cette douleur qui rugissait au fond d'elle. Pourquoi Nathan arrivait-il à se livrer aussi facilement ? Pourquoi James en avait été incapable jusque-là ? Pourquoi celui qui savait s'exprimer n'était-il pas celui dont elle était amoureuse ?

« Pourquoi tu pleures ? Lui demanda-t-il.
_ Je pleure ? S'étonna-t-elle en essuyant hâtivement les larmes qui roulaient sur ses joues.
_ Je savais que tu n'aimais pas les grandes déclarations, mais de là à en pleurer… Plaisanta-t-il.
_ Oh, non, non je suis désolée, j'étais autre part. Nathan vraiment, j'apprécie mais…
_ Ce n'est pas réciproque, je sais.
_ Je vais y aller, il se fait tard. »

Elle se laissa tomber sur son canapé et y resta pendant une vingtaine de minute, réfléchissant à tout et rien en même temps. Elle était fatiguée, terrassée, désarmée.

« Lily ? »

Elle sursauta et se retourna. Elle n'avait même pas entendu James ouvrir la porte. Elle ne l'avait pas vu depuis leur dernière dispute. Il ne lui avait pas donné de nouvelle, elle n'avait pas cherché à en avoir. Parfois, c'était comme s'ils comprenaient exactement ce dont l'autre avait besoin, que ce soit de temps, ou d'autre chose.

« Je sais qu'il est tard mais je viens de quitter le bureau, et ça fait maintenant deux semaines que… Enfin… Tu vois… Je ne sais pas ce que tu attends de moi. Alors je suis venu parce que je sais ce que moi je veux.
_ Qu'est-ce que tu veux ? Lui demanda-t-elle d'une petite voix en se redressant légèrement. »

Il retira sa veste qu'il posa sur le haut du canapé, et il s'assit à côté d'elle, l'air sérieux, sûr de lui. Il sembla perdre toute assurance quand il croisa son regard émeraude, mais il essaya de ne pas perdre la face. Il fallait qu'il lui explique.

« Je veux être avec toi. C'est difficile à dire parce que ça fait de toi la seule personne au monde à avoir le pouvoir de me rendre aussi vulnérable et faible qu'à ce moment précis où je me sens aussi viril qu'un chiot qui vient de naître et dont on ne connait pas encore le sexe.
_ Tu as un don pour trouver les bonnes figures de style pour illustrer tes propos James Potter, lui fit-elle remarquer.
_ Je sais. Mais Lily s'il te plaît comprends moi. Je suis handicapé quand il s'agit de parler de ces choses-là.
_ Il y a quelques temps, je t'ai demandé de m'aider à faire le ménage, et tu m'as aussi dit que tu étais handicapé pour ça.
_ Oui, disons que j'ai beaucoup de problèmes.
_ Je sais ça. »

Il eut un léger rire, et il caressa tendrement sa joue. Elle avait beau avoir envie de le repousser pour se venger de son manque de loquacité à propos de ses sentiments, elle n'en eut pas la force.

« Lily, je t'ai déjà dit ce que je ressentais pour toi. Plusieurs fois, même. »

Elle fronça les sourcils. Elle ne se souvenait pas de l'avoir entendu se livrer à propos de ses sentiments.

« Tu n'as peut-être pas compris, sur le coup… Mais par exemple, ce jour-là, aux Trois Balais, juste avant que tu ne te souviennes du bal de Poudlard, je t'ai dit…
_ Tu m'as dit que le fait que je ne passe pas par quatre chemin est une des raisons pour laquelle tu m'aimes autant. Mais ça ne compte pas.
_ Quoi ?! Mais pourquoi ?! S'exclama-t-il, indigné.
_ Je me serais contentée de trois mots, expliqua-t-elle en souriant.
_ Très bien, alors le soir du bal, quand j'ai dis que tu étais la…
_ Chose la plus magique et que je te rendais dingue ? Non Potter, ne compte pas là-dessus. Tu avais bu, et c'est le genre de trucs que tu sors à tout le monde.
_ Je suis choqué, murmura-t-il.
_ Quoi ? Ce n'est pas vrai peut-être, tu n'es pas un coureur de jupon ?
_ Oh, si, je l'étais, mais quand même, ce n'est pas pareil de l'entendre de ta bouche.
_ Pourquoi ? »

Il détourna le regard, et pour la première fois, elle le vit rougir. Elle écarquilla les yeux pour être certaine qu'elle ne rêvait pas, puis elle se retint d'éclater de rire.

« Parce que je ne veux pas que tu me vois comme ça. Je ne suis pas comme ça avec toi. Je suis sincère. Je n'arrive peut-être pas encore à te dire ce que tu veux entendre, mais je suis sérieux quand je dis que je veux être avec toi. Tu es une personne exceptionnelle, tu es belle, tu es drôle, tu me comprends, enfin, la plupart du temps… Quand je suis avec toi les autres n'ont pas d'importance.
_ Tu rougis.
_ Mais arrête, ça n'aide pas ! Protesta-t-il. »

Elle retira sa main de sa joue pour y entremêler ses doigts, et elle réalisa que, si les choses étaient toujours compliquées avec lui, c'est parce qu'ils avaient tellement peur de se perdre qu'ils finissaient toujours par douter l'un de l'autre.

« Merci. C'est tout ce que j'avais besoin d'entendre, lui dit-elle. »

Il esquissa un sourire et ouvrit les bras pour qu'elle vienne s'y loger. Elle ne se fit pas prier, et ils restèrent silencieux pendant un long moment, respirant en rythme, savourant la présence de l'autre.

« Comment c'était, au bureau ? Lui demanda-t-elle.
_ Crois-moi, tu ne veux pas y retourner, répondit-il en souriant légèrement.
_ Est-ce qu'ils disent toujours des choses sur nous ?
_ Ca s'est nettement calmé par rapport à la semaine dernière.
_ Je suis désolée de t'avoir laissé y faire face tout seul.
_ Je n'étais pas tout seul, ne t'en fais pas. N'accorde pas trop d'importance à ce que les gens disent, ils ne savent pas encore de quoi ils parlent. Ils feront moins les malins quand on les invitera à notre mariage dans quelques années. »

Lily releva doucement la tête vers James qui semblait se rendre tout juste compte de la signification des mots qui venaient de dévaler le seuil de ses lèvres sans qu'il n'ait pu les retenir.

« Est-ce que tu penses vraiment ce que tu viens de dire ? Lui demanda-t-elle.
_ Oui. Enfin, je… Je n'y ai pas réfléchis, mais je suppose que c'est la suite logique…
_ On a le temps, de toute façon, conclut-elle. »