John Sheppard prit son courage à deux mains et entra dans l'infirmerie.
« Hey, bonhomme ! Alors comme ça, tu joues à Tarzan dans les escaliers quand ta maman n'est pas là ? » demanda-t-il à un Torren grincheux assis sur un des étroits lits d'hôpital, un plâtre tout frais sur le bras.
« Ze suis pas Tarzan, ze suis Legolas ! » protesta l'enfant.
John se demanda qui avait bien pu montrer Le Seigneur des anneaux à un gamin de tout juste quatre ans. Il se demanda aussi ce qu'allait lui faire subir Teyla pour n'avoir pas protégé son fils unique.
« Ze suis Legolas ! » insista le petit.
Un grognement hargneux lui répondit du lit voisin.
« Hey, Todd ! C'est qu'un gosse ! » protesta le soldat alors que l'enfant se réfugiait dans ses bras, effrayé.
« Que cette larve aille faire du bruit ailleurs, John Sheppard ! » cracha l'alien, lui jetant un regard meurtrier.
« On s'en va dès que le Dr Keller nous aura donné le feu vert. Hein, Torren, on part loin du vieux grincheux dès que possible ? »
L'enfant acquiesça, tandis que le wraith poussait un nouveau grognement exaspéré.
« D'ailleurs, qu'est-ce que vous faites là ? » demanda John, réalisant soudain l'incongruité de la scène offerte par le wraith allongé sur le lit d'hôpital, une perfusion plantée dans son avant-bras pâle.
« J'ai dû l'opérer en urgence suite à une défaillance rénale, Colonel. Il a besoin de repos. » répondit le Dr Keller, s'approchant de l'enfant pour lui faire un dernier contrôle avant de le laisser partir.
« Une défaillance rénale ? » demanda-t-il, perdu.
Un grondement sourd d'avertissement retentit. La doctoresse regarda un instant son patient alité, l'air indécis.
« Le rétrovirus ne le tue pas, mais il pourrait tout aussi bien avoir le sida. Il n'a presque aucun système immunitaire et le moindre virus, la moindre bactérie est susceptible de provoquer une grave infection.» expliqua-t-elle finalement, soucieuse.
John ne sut que répondre.
« Toi en revanche, tu es un petit garçon en pleine forme ! Mais à l'avenir, n'essaies plus de descendre les escaliers sur un plateau de la cantine, tout ce que tu arriveras à faire, c'est à te casser autre chose. D'accord ? » conclut la doctoresse, tapotant amicalement la joue du petit qui sauta à terre joyeusement, avant d'entraîner par la main le militaire.
Il regarda partir la larve humaine avec soulagement. Le petit n'avait cessé de s'agiter, chantonnant, criant et riant tout seul de son insupportable petite voix suraiguë.
En revanche, il ne fut pas du tout enchanté de voir la scientifique s'approcher de lui, prenant son pouls et lui braquant une lampe dans les yeux.
« Vos constantes sont redevenues stables. C'est bien.» statua-t-elle.
« Non, ce n'est pas bien ! Votre rétrovirus était censé être viable! » protesta-t-il, furieux, mais trop faible pour s'énerver.
« Je sais que ce n'est pas ce que vous voulez, Todd. Mais nous avons fait de notre mieux dans le temps qui nous était imparti. Nous avons pu éliminer les facteurs mortels. C'est déjà un immense progrès.» répondit-elle, se voulant encourageante.
Il eut un feulement aigre.
« Votre rétrovirus ne me tue pas, mais la moindre maladie de ce maudit monde le pourrait ! »
« Avec le Dr Beckett, nous faisons tout ce que nous pouvons pour corriger ça.» répondit la femme avec une nuance de pitié répugnante dans la voix.
«Faites mieux ! » cracha-t-il, avant de se tourner pour fixer le mur, dans une attitude qu'il savait puérile, mais dans son état, il ne voyait pas quoi faire d'autre.
Il sentit l'humaine rester quelques instants derrière lui avant de partir.
Finalement quelqu'un avait fait quelque chose pour la machine à café ! Avec un grand sourire satisfait, Rodney savoura un liquide bien moins insipide que celui qu'il ingurgitait par dépit depuis des semaines, puis il fit la grimace. Son travail était si ennuyeux qu'un café tout juste passable était comme un rayon de soleil dans sa vie !
Avant il sauvait la galaxie, ou Atlantis, ou au moins les fesses de son équipe au moins une fois par semaine, mais depuis son retour sur Terre, le plus dangereux qu'il ait fait, c'était d'aider un collègue à éteindre un dispositif d'alarme goa'uld qui, avec ses flashes éblouissants et sa sirène à presque deux cents décibels, avait terrifié tout le laboratoire.
Nul, ennuyeux, inintéressant !
Lassé par les gadgets en tout genre, il s'était mis à éplucher tous les fichiers Anciens. Ceux d'Atlantis, mais aussi ceux retrouvés sur Terre, que ce soit en Antarctique ou dans le laboratoire de Janus.
Des milliers de pages non indexées, mal répertoriées et souvent fragmentaires à lire et à classifier.
Un travail totalement indigne de son génie, mais il ne désespérait pas de découvrir un dossier intéressant. Juste un petit dossier ! Le dossier qui remettrait un peu de piment dans sa vie.
Il faillit cracher du café partout sur son ordinateur lorsqu'il tomba sur une petite note parcellaire plus tard cet après-midi là.
-Pour expérimentations illégales sur des humains et utilisation illicite de matériel génétique restreint, Elus Eylon est condamné à l'exil à vie. -
Des expérimentations interdites ayant condamné l'auteur à l'exil, voilà qui était fascinant !
Il se plongea avec entrain dans ses recherches, traquant la moindre trace de cet Elus Eylon.
Absorbé par son travail, il ne remarqua même pas ses collègues qui partaient un à un, jusqu'à ce qu'il soit seul dans les locaux obscurs.
Il était presque quatre heure du matin quand, avec un soupir fatigué, il ferma enfin son ordinateur.
Cet Elus Eylon était pour le moins fantomatique. L'Ancien était visiblement un généticien de génie, qui avait été le premier à encoder complètement le génome altéran et aussi (soupçonnait-il) le génome wraith. Bien entendu, il ne put mettre la main sur ces recherches, seuls quelques mémos et autres comptes-rendus d'expériences barbantes y faisant référence.
Ce qu'il apprit de la vie d'Elus fut à peine plus complet. Il était né dans Pégase, et avait émigré tout jeune sur Terre, après la défaite des siens face aux wraiths. Invraisemblablement jeune, mais déjà célèbre pour ses recherches et sa tendance à ne pas respecter la déontologie.
Tendance qui s'était visiblement confirmée avec les années, les allusions à des condamnations et à des interdictions se multipliant.
Le généticien semblait obsédé par ce qu'il avait appelé "les gênes transcendants", et qui selon lui séparaient les « créatures inférieures » tels que les humains ou les wraiths, des « êtres supérieurs » qu'étaient les Anciens.
D'après ce que Rodney avait déduit des nombreux procès-verbaux des jugements d'Elyon, ce dernier avait tenté d'inoculer ses « gênes transcendants » à des cobayes pour voir si ces derniers deviendraient « supérieurs », en vain.
Un des procès-verbaux indiquait en outre que, dans un laboratoire secret du scientifique, de nombreux échantillons et prélèvements - incluant un fœtus humain de huit mois - avaient été retrouvés, tous porteurs de gènes wraiths. D'après le rapport, il aurait étudié comment l'ADN alien avait été intégré au génome humain, afin de tenter de répliquer la méthode avec les gènes Anciens.
Il était tard, et même s'il était assez peu à cheval sur la politesse, il n'eut pas le cran de réveiller Teyla d'un coup de fil nocturne.
Il se traîna donc jusqu'à un vieux canapé dans un coin des bureaux et s'y effondra pour un petit somme.
Ce fut le Dr Tuam qui le secoua quelques heures plus tard.
« Hey, Dr McKay, réveillez-vous ! »
« Hein ? Quoi ? Je dormais pas ! »
« C'est huit heure, Dr McKay. » notifia la physicienne avant de le laisser pour rejoindre son poste.
« Je me reposais juste les yeux. » maugréa-t-il.
Un café et un muffin plus tard, il était en ligne avec la centrale de l'armée de l'air, attendant patiemment de passer les contrôle successifs pour entrer en contact avec l'Athosienne sur la base top secrète.
Quinze longue minutes plus tard, il l'eut enfin en ligne.
« Rodney, je suis heureuse de vous entendre ! »
« Moi aussi, Teyla ! »
« Comment allez vous ? La Zone 51 vous plaît ? »
Il eut un maigre sourire. Devait-il lui dire qu'il s'y ennuyait à mourir ? Sa fierté le retint.
« Très bien. Et vous, la Voie lactée ? »
« Bien des choses sont différentes, mais beaucoup sont pareilles. » répondit évasivement la guerrière.
« Super. J'ai une question à vous poser, Teyla. C'est à propos des gènes wraiths que vous avez. »
« Vous devriez plutôt demander ça au Dr Beckett, c'est lui qui les a étudiés, mais allez-y Rodney, je vais essayer de vous répondre. »
« Bien, bien. Donc, ces gènes se passent de génération en génération, mais ne s'expriment pas chez chaque individu ? »
« C'est exact. »
« On peut donc dire que la mutation est stable ? »
« Je suppose que oui, mais où voulez-vous en venir, Rodney ? »
« Si je me souviens bien, vous m'avez dit être la première à développer des « pouvoirs » depuis bien des générations ? » poursuivit-il en ignorant sa question.
« Vous avez bonne mémoire, Rodney. » concéda l'Athosienne renonçant à lui poser des questions.
« Bien, bien. Merci beaucoup Teyla. Bonne journée. » maugréa-t-il, raccrochant pour parcourir fiévreusement le résultat de ses recherches nocturnes.
A ce stade-là, ce n'était même pas des preuves. Juste un mince faisceau d'indices et de suppositions.
Et pas franchement le genre de travail qu'on lui demandait de faire. S'il voulait enquêter là dessus, il allait devoir le faire sur son temps libre. Ça tombait bien, il avait encore des jours de congés à prendre !
Elle avait été mise à pied par la Commission au retour d'Atlantis sur Terre. Les gratte-papiers avaient déclaré que, la cité étant devenue le nouveau SGC, il était important que cette dernière soit dirigée par l'armée. C'était donc une militaire, le brigadier-général Samantha Carter - ancien membre de SG-1 - qui avait repris les rênes. (1)
Et depuis, elle était au chômage. Sur le papier, elle était toujours sous contrat avec l'armée pour leur servir de négociatrice si nécessaire, mais dans les fait, elle n'avait plus rien fait depuis des semaines.
C'est donc avec joie qu'elle avait accepté d'accueillir l'excentrique scientifique pour un brunch impromptu.
« Bonjour Dr McKay, qu'est ce qui me vaut votre visite ? » demanda-t-elle aimablement à l'homme dont les cernes bleus lui rappelèrent la grande époque des crises galactiques.
« J'ai fait une découverte... Et je ne savais pas trop vers qui me tourner, Elisabeth. » répondit il d'un ton fébrile.
« Allons en discuter devant une tasse de thé, Rodney. » suggéra-t-elle, lui ouvrant le chemin jusqu'à sa terrasse.
« Donc, si je comprends bien, vous soupçonnez cet Eylon de s'être livré à des expériences génétiques sur des humains, afin de leur inoculer des gènes Anciens ? »
« C'est exact. »
« Mais ce que je ne saisis pas, Rodney, c'est pourquoi faire ça ? Nous descendons des Anciens. Un pour cent de la population a déjà naturellement des gènes actifs ! »
« Oui, mais des gènes qui, dans le meilleur des cas, permettent d'utiliser leur technologie sans problème. Hors nous savons que les Anciens avaient des pouvoirs extraordinaires. Ils pouvaient lire dans les esprits, déplacer des objets par la pensée, ou guérir des blessures par simple imposition des mains. Je soupçonne que ce sont ces pouvoirs qu'il a voulu répliquer. D'après mes recherches, il s'est intéressé de très près à quel pourcentage d'ADN wraith était nécessaire pour que des humains commencent à développer des capacités spéciales. »
« Comme Teyla ? »
« Exactement. Vous voyez où je veux en venir, Elisabeth ? »
« Vous n'avez que des hypothèses, Rodney. » le calma-t-elle.
« Mais imaginez que j'aie raison, et je sais que j'ai raison ! Des humains avec en eux une partie du génome pur des Anciens ! »
Elle regarda le scientifique s'enflammer avec un sourire indulgent. Il ne risquait pas de faire sauter un système solaire, elle pouvait donc le laisser s'enthousiasmer.
« Très bien. Vous avez une théorie, maintenant, comment la prouvez-vous ? » lui demanda-t-elle, figeant le sourire très satisfait accroché à ses lèvres.
Rodney se frappa dans la paume de la main, frustré.
« Bien sûr, la seule personne semblant avoir de telles capacités est perdue quelque part dans Pégase, si elle est encore en vie ! » pesta-t-il.
Elle soupira. Elle n'aimait guère se rappeler que, pour sauver la Terre, elle avait abandonné cinq de ses hommes derrière elle, les laissant démunis dans une galaxie en guerre.
« Il doit bien rester des prélèvements ou des échantillons sanguins ! » s'illumina-t-il.
« Non, Rodney. Les échantillons ont tous été détruits six mois après que je l'aie déclarée tuée au combat. »
« Mais elle a de la famille ! Un frère, et ses deux parents ! On pourrait leur faire des prélèvements ! »
« Une sœur, Rodney. Rosanna Gady a une sœur, et vous n'allez pas aller harceler cette famille pour des échantillons de sang ! »
« Mais Elisabeth, un génome Ancien pur ! » chouina-t-il.
« Rodney, ces gens pensent que leur fille est morte quelque part au Moyen-Orient, il y a presque trois ans ! Laissez-les tranquilles. »
« Ils ne savent pas qu'elle est en vie ? » demanda-t-il d'une petite voix.
« Non, Rosanna Gady a été déclarée perdue deux semaines après l'évasion de la ruche. Vu sa condition, je ne pouvais pas garantir son retour sain et sauf avant qu'on ne l'ait retrouvée. J'ai préféré ne pas donner de faux espoirs à cette famille... » répondit-elle, sentant une boule se former au creux de son ventre.
« Mais on ne l'a jamais retrouvée... et maintenant, il n'y a plus aucune chance qu'on la retrouve, pas en étant coincés sur Terre ! » maugréa le scientifique.
Elle se passa une main fatiguée sur le visage. Elle avait beau tenter de ne pas y penser, chaque nuit, la culpabilité la rongeait alors qu'elle pensait aux hommes qu'elle avait abandonnés.
Atlantis n'abandonne jamais personne ! Belle parole en l'air !
« On n'abandonne personne... » murmura le scientifique, en écho de ses propres pensées.
« Pourtant je les ai tous abandonnés. Rosanna Gady, Milena Giacometti, Amanda Strauss, Dampa Kang, Markus... » maugréa-t-elle, sinistre.
« Markus ? » répéta Rodney, surpris.
« Oui, Markus ! Il faisait partie de la mission ! Il faisait partie d'Atlantis ! Je l'ai abandonné, comme les autres ! »
« Elisabeth, je crois que dans son cas, c'est mieux qu'il ne soit pas là... » lui répondit-il d'un ton doux.
« Vous avez sans doute raison, Rodney. »
Le silence retomba, triste et presque coupable, puis le scientifique se mit à marmonner, agitant ses mains comme à chaque fois qu'une de ses idées complètement folles lui venait.
« Qu'y a-t-il, Rodney ? » demanda-t-elle, tant pour faire cesser cette agitation fébrile que par curiosité.
« Il faut juste qu'Atlantis retourne dans Pégase ! »
« Rodney, la Commission est ravie que la cité soit sur Terre, bien en sécurité, pour qu'ils puissent en tirer le moindre secret. Ils n'accepteront jamais de la renvoyer dans Pégase, où elle risque à tout instant d'être détruite ou prise par les wraiths ! »
« Et si la Terre devenait plus dangereuse pour la cité que Pégase ? »
« Pardon ? »
Rodney jeta un coup d'œil à gauche puis à droite avant de se pencher, lui faisant signe de s'approcher. Elle obtempéra, tout en se sentant ridicule, penchée ainsi au-dessus de sa table basse.
« Il y a quelques semaines, je suis tombé sur des rapports d'expériences avortées sur des vaisseaux Anciens. Vers la fin de la guerre, ceux-ci ont commencé à craindre que les wraiths ne tentent de s'emparer de leur technologie pour traverser le vide entre nos galaxies. Une des contre-mesures envisagées était des sortes de verrous galactiques. En gros, les vaisseaux auraient été incapables de quitter la galaxie qui leur était attribuée sans que l'autodestruction ne s'active. (2) » murmura-t-il d'un ton de conspirateur.
« Mais s'il y avait eu un tel système sur Atlantis, il aurait dû se déclencher il y a des semaines ! »
« Il n'y a pas de verrous. Les Anciens n'ont pas eu le temps de finaliser le programme. Ils ont juste eu le temps de submerger la cité .»
Elle ne put retenir un sourire en voyant l'éclat dans les yeux du physicien.
« Vous pensez pouvoir finir le programme ? »
« Tout à fait. Le terminer, et même faire en sorte que l'autodestruction ne fasse pas tout sauter instantanément. »
« Très bien, admettons que vous conceviez ce programme. Comment l'installer sur Atlantis ? Je n'ai plus le droit d'y accéder, et vous non plus.» fit-elle remarquer.
« Il faut que quelqu'un nous aide de l'intérieur. »
« Mais qui ? Teyla et Sheppard sont trop honnêtes pour ne pas révéler la supercherie, Ronon serait incapable de l'installer, et je doute que Zelenka soit ravi de repartir... » énuméra-t-elle, réfléchissant.
« Ça me fait mal de l'avouer, mais je ne vois qu'une seule personne capable d'installer un virus sur Atlantis aussi bien que moi, et qui veut plus que nous retourner dans Pégase... » lâcha le Canadien.
« Todd ! » murmura-t-elle, excitée.
« Todd. »
(1) Dans la continuité officielle, Carter prend la tête du SGC en 2011 après avoir été démise de ses fonctions sur Atlantis, pour commander le Georges Hammond. Ici, elle est passée directement sur le Georges Hammond après SG-1 et n'accède que maintenant à la direction d'Atlantis.
PS : nous sommes en 2010, et Rosanna a entendu parler de la Porte des étoiles pour la première fois en 2006.
(2) Vaguement inspiré du comics Back to Pegasus, que je vous recommande d'aller lire.
