CHAPITRE 21

Terry but sa dernière gorgée et posa dans le cimetière dédié aux cadavres sa énième bouteille. Il jeta un coup d'œil à Candy, à nouveau endormi. Il n'était pas pressé et mettrait le temps qu'il faudrait pour qu'elle cède.

Niel attendait un signe. Il soupira. Se battre n'avait jamais été son fort, et il avait toujours compensé autrement cette faiblesse mais à présent c'était pour celle qu'il aimait qu'il allait devoir se faire violence. Sans crier gare il quitta la planque et grimpa à l'échelle. John tentât de l'en empêcher mais en vain. En face Élisa et Annie étouffèrent un cri.

Terry se leva en titubant mais ne vit rien. Cette partie du parc était ensoleillée qu'en début d'après-midi, le reste du temps le soleil ne pénétrait pas cette partie boisée. La lune quant à elle n'éclairait que les toitures des cabanes. Il se rassit et se saisit une nouvelle bouteille.

Niel vit une forme étendue près de la fenêtre et en déduisit que c'était Candy. Terry était hors de sa vue et il tempêtât en lui-même, comment savoir s'il était armé ou non. « Tu n'as pas le temps de te poser ce genre de question, si tu l'aimes, tu fonces ! ». Il pénétrât alors dans l'arène sous les regards atterrés de sa sœur, de John et de toute sa bande.

Terry regarda le goulot de sa bouteille et s'apprêtait à clore ses paupières lorsque soudain il vit quelque chose le saisir par le col. Quelque chose le frappa ensuite mais sans grande conviction. Son instinct l'informa que son agresseur ne savait pas se battre. Il éclatât de rire lorsqu'il prit conscience que c'était Niel. Aussitôt son stock d'Adrénaline fut à son maximum.

- Niel ... tu n'as aucune chance tu le sais au moins ?

- Nous allons bien voir ...

Terry se toucha le menton, histoire de vérifier que tout était normal puis sans crier gare envoya un coup de poing vers le visage de Niel qui par pur réflexe parvint à l'esquiver. Candy avait ouvert les yeux et déglutit devant les deux silhouettes masculines se livrant combat sous l'éclat pâle de la lune.

- NIEL !

- Tu entends ? Se moqua Terry ... Ta future femme t'es toute entière acquise ... mais elle ne sait pas que tu vas perdre, pas encore ! Il fixa son adversaire et le déséquilibra d'un balayage de jambe. À terre il se rua sur Niel et lui assena un nombre incalculable de coups de poings. Candy cria et chercha une nouvelle fois à se délier les mains mais elle cessa vite sous la douleur et la fatalité.

John se précipita sur l'échelle, rejoint par Archibald. D'un geste dans la direction des deux filles il leur interdit de les rejoindre. Annie fixa alors Élisa, interrogative.

- Nous allons nous laisser commander ? Lui chuchota t-elle alors que les garçons avaient atteints la « terrasse ».

Elisa lui souri tout en se montrant amusée.

- Je te croyais timorée, timide, et sans aucune personnalité ... lâcha t-elle enfin.

« Au moins je dois reconnaître ta qualité de franchise ... ». Annie baissa la tête sous les paroles assassines.

- Je l'étais ... il n'y a pas encore si longtemps ... Alors ?

Elle récolta un drôle de soupir.

- J'ai toujours détesté recevoir des ordres, fit enfin Elisa en joignant le geste à la parole. Elle se dirigea à son tour vers l'échelle et grimpa.

Dans la zone de combat les affaires n'étaient pas au beau fixe pour Niel. Son corps étaient marqués par les assauts de Terry et refusait plus de coups. Candy se tortillait pour se redressait mais elle aussi commençait à fatiguer. « Je dois absolument le mettre hors d'état de nuire, pour moi, pour lui prouver que le garçon qu'elle aime n'est pas une chiffe molle ... ». Il tentât de se remettre debout mais un coup de pied le cloua à nouveau au sol. Il y eut un bruit qui déconcentra momentanément son adversaire, Niel sut par instinct que la même chance ne se représenterait pas deux fois alors il laissa libre cours à sa colère.

Terry reporta son attention sur ce piètre combattant mais ne le vit plus là où il était. Il fit un quart de tour et un coup de poing magistral le propulsa contre le mur. C'était le premier d'une longue série, enfin Niel se saisit d'une bouteille, la brisa et resta indifférent devant l'odeur du mauvais vin qui s'écoulait de la surface de la table au sol. Il allait lui mettre le coup de grâce et c'était tout ce qui comptait. Il prit son élan et son bras fut stoppé net. Il râla avant de voir que ce n'était que John.

- Qu'est-ce qu'il te prend ? Lâche-moi ! Il n'aura que ce qu'il mérite !

- Non Niel ... il ne le faut pas !

- Et pourquoi ? Il jeta un coup d'œil sur Terry qui allait se relever et qui tentait de reprendre ses esprits. Lâche-moi ... il va me payer ...

- Il ne va rien payer du tout ! Écoute-moi ... tu veux un procès ? Niel serra les mâchoires devant cette évidence.

- Non mais l'idée qu'il s'en sorte ...

- Il ne s'en sortira pas. Il fit face à son tour à Terry qui a présent n'était que l'ombre de lui-même.

Pendant ce temps Annie et Elisa avaient fini par trouver un couteau et entreprenaient de couper les liens. Candy enfin senti les cordes s'effilocher et enfin ses mains purent reprendre vie. Elle se dégourdit les bras puis les jambes et remercia ses sauveuses avant de sentir la tête lui tourner. Ses jambes se dérobèrent sous elle et elle s'effondra. Les deux garçons se retournèrent et parvinrent à arrêter Terry qui allait profiter de cet instant pour s'échapper. John, pragmatique, demanda à Elisa de lui apporter la corde et le saucissonna comme il convenait.

La police fut bientôt sur les lieux, ainsi que l'ambulance. Candy eut beau dire qu'elle avait retrouvé ses esprits, Albert fit maintenir sa mise en observation. Il n'adressa pas un mot à Terry qui monta à son tour dans le panier à salades. De sa fenêtre tout cela n'avait pas échappé à Catherine Hillford.

Madame Legan ne se lassa pas de faire le lendemain de son fils un héros. Ce qui agaça profondément son rejeton qui dès qu'il le put se fit conduire à l'hôpital, retrouver sa fiancée. Son corps était endolori et portait encore les stigmates du combat de sa vie. Ce n'était rien il en était plutôt satisfait et de temps en temps un sourire apparaissait sur son visage par endroit marqué par des hématomes. Il repensait à son duel et au fait qu'au Collège, se battre contre Terrence était un fait d'arme non négligeable qui lui aurait rapporté de nombreux privilèges s'il y avait eu des élèves pour assister au spectacle. Râté, seuls ses nouveaux amis avaient été témoins. Il soupira tout en lâchant une grimace de douleur alors qu'il montait la volée de marche conduisant à l'étage où se trouvait Candy. Son cœur manqua un battement lorsqu'il vit Catherine Hillford faire les cent pas devant la chambre. Aussitôt il se mit en retrait. « Que voulait cette femme à la fin ? Pourquoi était-elle toujours dans les parages de Candy ? Pourquoi s'était-elle rapprochée de l'oncle William ? » Cela l'intriguait plus que cela l'inquiétait. Une odeur d'alcool flotta jusqu'à lui le ramenant dans l'atmosphère froide et aseptisée de l'hôpital et tentât un regard dans le couloir. Catherine Hillford avait disparu.

Il se présenta devant la chambre et alors qu'il allait frapper resta la main en l'air, Candy n'était pas seule.

Catherine Hillford se décida enfin à entrer. Ses traits étaient fatigués mais n'entâchaient en rien sa beauté naturelle. Elle avait été très inquiète lorsqu'elle avait constaté comme les autres la disparition de la mariée. Il était temps à présent qu'elle dévoile ce qu'elle avait déjà révélé à l'Oncle William et à John Silverman. Ce n'était tout simplement pas facile, surtout en voyant le visage détendu de la jeune femme à la chevelure bouclée auréolant son visage adorable.

- Candy ? Fit-elle la voix douce tout en se saisissant de la main glacée.

Candy battit des paupières. Elle était fatiguée et n'avait vraiment envie de parler à personne, sauf à Niel. Niel qui l'avait tiré d'un très mauvais pas. Elle soupira et fixa cette inconnue.

- Que me voulez-vous ? Et qui êtes-vous ?

L'inconnue la fixa, les yeux habités par une tristesse immense. Candy en fut touchée instantanément.

- Je vais te répondre à la première de tes questions. Elle se tût, cherchant à amener sa révélation le plus délicatement possible. Elle regarda Candy avec une grande bonté. Je vais te raconter quelque chose, si tu le veux bien ... bien. Ce que j'ai à te dire n'est pas facile, excuse-moi.

- C'est si grave ? Je ne vous connais pas, je ne vois pas ... Catherine eut un pauvre sourire.

- Voilà. J'avais seize ans lorsque mon employeur, riche ... j'étais sa domestique ... m'a ... enfin ... il a profité du fait que je me retrouve seule pour me ... son visage devint masque figé de douleur à l'évocation de ce souvenir. Candy la fixait à présent atterrée. Bref ... je ... après l'incident et surtout par le fait que j'étais enceinte il m'a renvoyée. À voix basse elle ajouta ... ce monstre était promis à une fille riche également, sa réputation devait être sans tâche. Ses paupières descendirent sur ses yeux pour panser encore une blessure vivace.

- Je ... elle se racla la gorge. Je ... si je vous suis bien ... je suis cette enfant ... c'est ça ?

- Je te demande pardon. Vraiment pardon. Je ne pouvais pas subvenir à tes besoins, du fait que j'étais enceinte le travail était devenu rare, encore plus après ... j'ai essayé mais un bébé et pas d'argent ... je ... je suis désolée !

- Je ... comprends. J'ai cru que la personne qui m'avait abandonnée était riche ... de part l'intérieur de mon couffin, d'après Mademoiselle Pony.

- Même si j'avais été renvoyée de chez mon employeur, certaines de mes collègues m'avaient en sympathie et m'aidèrent dans un premier temps, mais compter sur la générosité d'autrui n'est pas mon truc. « On est pareilles » se dit Candy.

- Tu es née le 7 Mai 1898, je t'ai mise au monde toute seule.

- Vous ... vous avez vos parents ?

- Ta grand-mère est morte peu de temps après ta venue au monde. Je me suis vraiment retrouvée toute seule et puis j'ai déniché du travail et enfin je suis devenue secrétaire d'un homme important et je me suis mariée avec lui ... Cependant je ne t'avais jamais oubliée et j'espérais que tu sois heureuse, dans une bonne famille ... ce qui a été le cas ! Elle sourit tout en lui prenant la main. Je t'ai retrouvée en regardant ce magazine dans lequel s'étale la vie des gens riches, pour faire rêver et ... je t'ai reconnue.

- Et vous m'avez retrouvée au mariage d'Annie et d'Archibald complétât Candy dans un souffle.

Catherine hocha la tête.

- Vous ... vous avez vu mon Oncle ?

- Oui, c'est un homme tout à fait charmant. Je n'en dirais pas autant de cette vieille femme aigrie qui se fait appeler la Grand'tante Elroy. Elle fronça ses sourcils parfaitement bien dessinés et légèrement plus foncés que sa chevelure bouclée, identique à celle de Candy.

- Disons que parfois ça a été compliqué soupira Candy.

- Et cet homme ? William ?

- Il a toujours été là pour moi. Elle se tût, hésitant à lui relater par le menu toutes ses péripéties et puis elle se ravisa. Il était encore trop tôt pour lui accorder toute sa confiance. Sa mère le sentit.

- Nous en rediscuterons plus tard fit-elle en souriant. Je te sens fatiguée après tous ses évènements.

- Vous repartez ?

- Oui, j'ai une famille et mon mari va s'inquiéter de ne pas me voir même si tes demi-frères sont grands et peuvent se passer de ma présence.

- Des demi-frères ?

- Andy et Luc. Un jour je te les présenterais mais avant il va falloir qu'à mon tour je dise la vérité ... son visage devient hermétique. Personne ne le sait à part toi et ton père adoptif. Je l'ai toujours caché, je pense parce que ... j'avais honte de ce ... enfin de cette agression et puis pour finir j'ai fini par accepter et laisser en l'état les choses. J'ai eu tort.

- Si ... enfin il ne faut pas que vous rompiez avec votre famille ... à cause de moi !

- Je t'ai retrouvée, enfin ! Je suis si heureuse de voir ce que tu es devenue ! Elle se leva, caressa la main de sa fille une nouvelle fois. Je dois régler ça. C'est à moi de le faire. Remets-toi et ... garde ce garçon qui t'aime.

- Qui m'aime ?

- Oui ... Niel ? C'est ça ?

Candy gloussa, ses joues reprenant des couleurs.

- Oui mam ... oui c'est bien ça, il s'appelle Niel.

- Garde-le.

Niel entra une poignée de secondes après la femme. Il se précipita au chevet de celle qui désormais tenait la place centrale de sa propre vie. Il fit un rapide état des lieux sur le plan physique et constatât que tout allait pour le mieux malgré les traits tirés et le teint chiffonné.

- Comment ... comment te sens-tu ?

- Bien ! Candy ne parvenait cependant pas à se détacher de sa précédente conversation.

- Qui ... tu sembles ... bouleversée ... je me trompe ? Tu connais cette femme ?

- Non ... Si ... je ne sais pas ...

Niel soupira, il n'aimait pas quand l'esprit de Candy devenait inaccessible, en proie à des pensées qui lui étaient propres.

- Sois plus claire ... je n'aime pas savoir que des gens rodent autour de toi et ... peuvent avoir des plans.

Elle sourit et lâcha un petit rire.

- Niel ... je crois que plus personne ne me veut du mal ... même Élisa ... semble être différente et à présent elle est avec John, non ... à part Terry (elle grimaça) je ... je ne vois pas qui pourrait me nuire.

- Tu as bien noyé le poisson en ne me répondant pas ... j'attends ... qui est-elle ?

- Ma mère.

L'annonce fit l'effet d'une bombe dans l'esprit de Niel. Il ouvrit la bouche et expira bruyamment avant de faire un bruit de sifflet avec ses lèvres. La nouvelle allait avoir des effets cataclysmiques dans la famille !

- QUOI ?

- Tu as bien entendu ... c'était ma mère. Niel je ... c'est incroyable !

- Tu m'étonnes !

Elle se redressa, à présent elle se sentait en forme, prête à partir. Elle réalisa soudain que la cérémonie avait été annulée et qu'il faudrait tout recommencer !

- Le mariage !

- Ne t'en fais pas, si tu veux toujours de moi, je propose que nous ... nous unions une bonne fois pour toutes la semaine prochaine.

- Bien sûr que je le veux.

- Je le sais bien ... il eut un air espiègle avant d'ajouter son fameux « ma-petite-Candy ».

- NIEL !

Il éclatât de rire.

- Tu tombes toujours dans mon piège ! J'avoue que j'aime ça. Sans crier gare il prit sa bouche par surprise. Candy se laissa aller à la félicité. Ce fût un petit bruit sur la porte qui mit fin à leur baiser, ce qui fit maugréer Niel.

- Après notre mariage je t'enferme dans une tour et tout ceux qui t'aiment devront savoir grimper à la corde pour te voir, fit-il menaçant. Candy sourit amusée.

Les empêcheurs de baisers n'étaient autres qu'Archibald et Annie qui venaient aux nouvelles, bientôt rejoints par Elisa et John. Niel devant cette invasion se rembrunit complètement ce qui n'échappa pas à sa sœur.

- Enfin mon frère ? Tu as l'air agacé ! Elle afficha un petit sourire en coin. Il faudrait savoir ... avant j'exécrais ma future belle-sœur et à présent je la considère comme une véritable amie, serait tu contre ce nouveau progrès ? John je pense n'aimerait pas une marche arrière sur moi-même, et j'avoue que moi non plus d'ailleurs. Ni personne pour finir, je me trompe ?

- Non !

- Bien sûr que Non ! Fit Archibald tout en lançant un doux regard vers Annie qui devenait plus expansive avec le temps. Je pense que Candy ne veut surtout pas que tu redeviennes l'immonde peste qui a empoisonné nos existences par le passé !

- Merci Archi ... normalement là je me serais vexée et je m'aurais promis une vengeance te concernant mais ... ça me fais plutôt plaisir que tu reconnaisses que j'ai évolué.

- Bien ! Ma chère sœur je suis moi-même très content que tu sois complètement différente, si si ! Mais euh ... il jeta un regard en biais vers le lit de Candy ... espérant que le message soit compris.

- Oh ... euh ... tu veux qu'on te laisse ?

- Je pense que oui ... souffla John malicieux.

- Et pour le mariage ?

- Quoi « Pour-le-mariage » ? Répétât Niel suspicieux.

- Il est remit à la semaine prochaine ? C'est ça ?

- Oui, c'est bien ça ... au revoir et bonne journée !

Le petit groupe s'esclaffa puis vinrent embrasser la reine sur son lit avant de sortir de la chambre bruyamment. Niel soupira et s'effondra sur le lit à son tour.

Candy fut de sortie le lendemain et fut accueillie à bras ouverts par toute la famille. Elle s'enquit quand même de Terry et ce qui lui était susceptible de lui arriver et l'avenir qui l'attendait n'était pas rose. Un journal People avait prit un cliché de lui lors de sa montée dans le fourgon qui le conduirait en prison, clôturant ainsi une carrière éclair dans le milieu du théâtre. Suzanne et sa mère affichaient un moral des plus morose et déclinèrent l'invitation de la famille de rester jusqu'aux noces. Candy crut y déceler comme une certaine colère à son égard mais Niel la rassura lorsqu'elle lui en fit part, elle avait réagit très correctement.

Enfin le jour « J » arriva, une nouvelle fois. Candy passa sa robe et main dans la main avec son oncle marcha jusqu'à l'autel devant lequel l'attendait un Niel rayonnant. Sur les premiers rangs trônaient la sœur du mariée, sans ses anglaises ! Candy marqua très vite sa stupéfaction mais récolta un sourire entendu. John se tenait à ses côtés puis l'Oncle William le rejoignit. La grand'tante Elroy et les époux Legan se tenaient de l'autre côté de l'allée. Annie et Archibald se tenaient au deuxième rang. Sœur Maria avait décliné l'offre ce que tout le monde avait compris.

Niel ne quittait pas des yeux celle qu'il avait eu tant de mal à conquérir, tellement ce jour tant attendu lui paraissait encore irréel. Mais non c'était bien elle, dans sa robe vaporeuse de tulle, qui mettait sa taille fine en valeur, qui le regardait (tout du moins c'est ce qu'il se disait car le voile qu'elle portait cachait ses yeux). Il y eut le bruit d'une porte qui s'ouvre et les mariés se tournèrent comme un seul homme vers elle. Candy sentit son cœur battre la chamade en voyant sa propre mère entrer, accompagnée d'un homme imposant – son beau-père certainement – et deux garçons déjà aussi grands que leur mère. L'inquiétude la traversa engendrant une cascade de frisson sur ses bras. Niel lui aussi était en alerte ce qui se traduisit par une pression plus grande sur les mains qu'il tenait de sa future épouse.

Un toussotement indiqua que le prêtre était prêt et que la cérémonie pouvait commencer.

Vint le moment des échanges et une chape de plomb se posa sur l'édifice et les spectateurs. Niel répondit « Oui » sans hésiter la moindre seconde. Personne n'entendit le discret soupir de regret que laissa filer Madame Legan. Cette fille qu'elle était désormais la seule à détester venait d'officialiser son appartenance à son monde. Catherine Hillford lança un regard plein de doute sur son époux mais celui-ci se contentât d'un bref hochement de tête. Il avait hâte de faire connaissance de cette enfant que lui avait caché son épouse dont il avait appris l'existence que deux jours avant, tout comme ses fils.

Catherine ne parlait d'ordinaire pas souvent à son chauffeur sauf pour l'indispensable mais là le silence était particulièrement pesant. Catherine ruminait la façon dont elle allait apprendre l'existence de sa fille à son mari et alors que la voiture entrait dans le fief, elle convint qu'il valait mieux être le plus naturel possible. Jonas Hillford venait de quitter le ministère et prenait quelques jours de repos bien mérités. Heureusement pour lui, il avait épousé une femme compréhensive et de surcroît magnifique, élégante et qui avait tout compris de son rôle soit : Être à ses côtés et le supporter sans rien dire. Ce qui était énorme, se disait-il tout en faisant s'entrechoquer une paire de glaçons gros comme des dès de Poker dans leur piste de jeu au parfum reconnaissable entre mille, le Whisky Irlandais qu'il affectionnait particulièrement. Il ne s'attendait pas le moins du monde à l'annonce fracassante qu'allait lui faire sa femme. Pour lui, Catherine l'avait attendu lui à l'âge de ses 21 ans tandis que lui déjà âgé de 33 ans faisait ses premiers pas en politique, délaissant de plus en plus son métier premier d'avocat.

Catherine vit le bolide de son mari tranquillement garé, elle inspira profondément. Sa vie allait se jouer sur ce passé qu'elle avait toujours caché. Comment allait-il prendre le fait qu'elle était déjà une mère avant de l'avoir rencontré ? Elle ferma la portière de la voiture et à son tour se retrouva embarquée dans le tourbillon des souvenirs. Deux ans avant leurs noces, Catherine enchainait les petits boulots mais elle avait vite compris une chose, il lui fallait une image irréprochable alors son argent passait dans son apparence. Les patrons ont horreur des chercheurs d'emplois qui « ont l'air » pauvres. C'est ainsi qu'elle s'était présentée à l'annonce d'un poste de secrétaire dans un cabinet d'avocat. Secrétaire était un travail qu'elle n'avait pas encore fait mais elle était d'un caractère optimiste malgré la vie qui lui avait joué des sales tours. Son dynamisme avait fini par convaincre la future mise en retraite et elle avait commencé le jour même. Jonas ne lui avait adressé qu'un coup d'œil, la considérant certainement (c'est ce qu'elle avait pensé) comme une chaise, un meuble. Elle avait courageusement ravalé l'insulte envers son égo et s'était attelée à la tâche. L'objet allait lui montrer qu'elle pouvait être une secrétaire hors paire.

Bien vite Jonas avait revu son jugement, puis considérant qu'elle n'était pas idiote ni trop intelligente (il n'aimait pas les femmes au Q.I trop élevé, il avait le sentiment d'être mis en danger) avait commencé à l'inviter puis à pousser un peu plus leur relation jusqu'à lui proposer le mariage. Des hauts-cris avaient parcourus les pièces luxueuses et en enfilade de la demeure familiale. Une roturière ? Mais il n'y pensait pas ! Mais que si il y pensait ! Elle avait la classe, l'élégance et en tant que futur homme politique il montrait à tous que sa vie n'était pas cloisonnée dans un carcan. En tant qu'avocat il trouva mille et une raisons qui achevèrent de conquérir à sa cause, son père.

Catherine était dans le même état d'esprit que ce fameux jour où elle s'était présentée à l'entretien. Cependant il y avait quand même une différence de taille, elle jouait son confort de vie et surtout ses deux fils. Elle soupira et se mordit la lèvre inférieure prenant soudain conscience du scandale que cela allait faire dans les journaux. « Depuis quand tu en as affaire de l'opinion des autres sur toi ? Tu as toujours agi pour le mieux, dans l'intérêt de tous, pour une fois ça allait être dans l'intérêt de ma fille ».

Jonas la vit entrer et de suite remarqua son air préoccupé. Il avait aussi remarqué qu'elle s'absentait de plus en plus de la maison et se demandait si par hasard elle ne jouait pas un jeu dangereux : celui de le tromper. Il décida d'en avoir le cœur net.

- Bonsoir très chère ... je vous croyais à la maison mais ... je constate que vous délaissez le foyer pour vous rendre je-ne-sais-où !

- Jonas ... ne m'accusez pas sans preuve, je ne vous ai jamais trompé et cela ne sera jamais. Il est vrai que je m'absente en ce moment mais c'est pour une affaire qui me concerne moi, moi uniquement ... quoi que ...

Jonas posa son verre de whisky encore glacé. Ce visage préoccupé l'intriguait. Soudain l'idée d'un Maître Chanteur, d'un coup fourré d'un adversaire politique le traversa.

- Qui vous veut du mal ?

- Pourquoi voulez-vous que quelqu'un me veuille du mal ? Mon monde est beaucoup plus calme que le votre très cher, non ... j'ai un problème mais ... il fit un petit geste comme si cela n'avait pas d'importance. Il n'en fut pas dupe.

- Racontez-moi.

- Comme vous voudrez. Elle inspira. Il allait falloir lever le voile sur cette partie la plus sombre de sa vie.

Jonas l'écouta sagement, oscillant entre la colère sur la rétention de ce secret et sur l'acte commis par ces gens sur celle qu'il aimait. Il avait entendu parler de cette pratique immonde dite de « Droit de cuissage » que s'octroyaient des propriétaires terriens sur leurs petites gens et s'était promis par le passé de lutter contre cette pratique mais il avait rencontré tellement de réticences de part et d'autres qu'il avait fini par oublier. Il se tût un long moment après que Catherine eut terminé de raconter son histoire. Il soupira, il fallait à présent gérer au mieux ces retrouvailles. Il lui demanda alors si elle avait rencontré le chef du clan, William Albert André. Elle hocha la tête.

- Bien, et ? Ça a dû le secouer ... j'imagine.

- Oui mais pas tant que ça. Il m'a mit en contact avec elle enfin ... il y a eu des événements qui ont fait que j'ai pû lui parler et enfin ... lui avouer la vérité.

- Alors ?

- Elle est merveilleuse Jonas ! Elle ... elle ne m'en veut pas de ce que j'ai fais. C'est de ça dont j'avais le plus peur, je peux t'avouer enfin que ma deuxième angoisse était ta réaction lorsque j'allais t'en parler.

- Les adversaires politiques vont se faire une joie de foncer sur notre famille pour lui jeter des pierres à moins que ...

- À moins que ... il entrecroisa ses doigts – signe d'une réflexion intense – et prit cinq secondes de réflexion avant de poursuivre. Il faut que nous attaquions les premiers. Je veux dire révéler son existence à la presse, dévoiler aussi ton histoire (il lui prit la main et l'enserra et une intense chaleur irradia vers le cœur de Catherine, quel soulagement elle ressentait devant le constat que son mari l'aimait vraiment !), si tu le veux. Il la fixa sévère. Je veux démolir celui qui t'a fait ça, qui a failli détruire ta vie et celle de ta fille.

- Je ... je n'ai pas envie du tout de recroiser la route de ce monstre, elle grimaça devant l'afflux acide de sa salive. Il va retrouver ma trace et à nouveau me pourrir mon existence.

- Je ne le permettrais pas. De toute façon je vais mettre tous mes avocats sur le coup et je vais demander à rencontrer son père adoptif afin de définir une stratégie commune, pour nos intérêts.

- Il faut que tu saches aussi une autre chose. Elle lui sourit. Ma fille épouse un garçon d'excellente famille même si la mère de jeune homme me rappelle furieusement celle qui a donné la vie à mon ... mon ... violeur.

- Je pense que ... Candy n'est plus seule pour faire face ?

- Non ! Elle est très bien entourée et protégée.

- Bien. Maintenant il me faut le nom de celui qui t'a agressé impunément, s'il-te plait !

Jonas et Catherine établirent un plan d'attaque. Candy quand à elle nageait à présent en plein bonheur loin des stratégies de communication des familles. Elle regarda par la fenêtre et vit la Lune haut perchée qui illuminait le parc majestueux, elle ne put s'empêcher de le comparer à celui de l'orphelinat où elle avait grandi et se demanda lequel elle préférait. « Bien sûr c'est celui de la maison de Pony ... sans aucun doute » puis elle fronça les sourcils en pensant à sa mère. Sa rencontre avait fait naître de nombreuses questions de l'ordre de :

« - qui était son père ? Sa mère ne lui avait pas révélé son nom et d'un autre côté valait mieux, elle sentait qu'elle pourrait lui vouer une haine mortelle.

- Qui était le mari de sa mère ? Elle avait du croiser son nom une ou deux fois dans un magazine mais elle l'avait vite oublié.

- Ses enfants ? Comment étaient-ils ? Ressemblaient-ils aux enfants Legan du passé ? C'est-à-dire imbus de leurs petites personnes et parfaitement imbuvables ? » .

Niel se leva et vint la rejoindre. Il sentait qu'elle broyait du noir et il n'aimait pas ça du tout. Elle le rassura et accepta de se recoucher. La nuit portait conseil et pour une fois cela se jouait pour elle sans qu'elle puisse agir d'aucune manière mais son instinct la confortait dans le fait que son protecteur de toujours agirait de telle sorte que ce soit dans son meilleur intérêt. Les bras protecteurs de Niel l'enlacèrent et elle se sentit fondre à nouveau.

Ce 27 Août fut imprégné d'une atmosphère particulière, cet état oscillant entre rêve et réalité, réalité qu'elle n'aurait jamais envisagé par le passé, soit se réveiller épouse de Niel Legan. Elle grimaça en pensant à sa belle-mère toujours acariâtre à son égard puis sa pensée sauta telle un papillon lassé par le goût d'une fleur, sur Elisa dont la transformation la laissait pantoise. Enfin sa mère qui venait de réapparaître tel un clown surgissant d'une boîte surprise pour enfant. Décidément sa vie serait toujours compliquée. Un seul endroit restait figé dans son jus malgré la mort de sa Directrice, l'orphelinat restait identique dans son atmosphère chaleureuse et bonne enfant. Elle se promit d'y retourner au plus vite, elle en avait le plus grand besoin comme un drogué accro à sa substance. Elle demanderait à Niel de retourner au Ranch loin de cette ambiance surfaite et hypocrite à laquelle elle se sentait complètement étrangère.

- Toi tu es encore entrain de ruminer fit la voix suave de Neal en appui sur son coude.

- Je ... je pensais à l'orphelinat, j'ai envie d'y retourner ...

- Tu y retourneras promis ! Je comptais te proposer de retourner au Ranch.

- Oh merci Niel !

Il eut un sourire en coin qui la fit frissonner, un instant.

- Pourquoi ce sourire ?

- J'avoue que ... j'aimais bien quand tu me résistais ma petite Candy ! Pas trop mais ... ça me mettais en appétit !

- Tu veux que je te résiste ?

- Hum tu es esclave de mon corps et de mon cœur ma petite Candy ... et il ne put terminer sa phrase car elle l'en empêcha par un baiser sauvage. Il avait au moins réussi à lui faire passer cette mélancolie ! Il répliqua aussitôt en partant à l'assaut de son cou puis de sa gorge. Une lutte amoureuse s'en suivit et bientôt de l'autre côté de la cloison, ne furent plus que perceptibles que des bruits de souffles, des petits cris et des rires.

- Tu sais que je déteste quand tu m'appelles comme ça ... gronda t-elle langoureusement tout en quittant ses bras. Elle avait l'air fâchée, mais Niel se mit à rire. Pourquoi tu ris ?

- Je vais demander à Terrence Grandchester dès qu'il aura quitté sa cellule de te donner des cours de théâtre soupira t-il. Tu aimes quand je t'appelle comme ça, avoue-le ma-petite-Cand... il ne put terminé car Candy venait de bondir sur lui tout en attrapant un oreiller. Reprenant enfin son souffle il se mit à lui rendre les coups d'oreiller, et bientôt leurs deux corps se retrouvèrent sur un nuage de duvet.

- Tu te rends compte tout le travail que l'on va donner aux domestiques ! Elle se tût et retira une plume posée sur ses lèvres.

Niel lâcha un soupir. Puis il la fixa et elle se sentit à nouveau fondre sous l'effet de l'ambre qui irradiait dans ses yeux. La flamme du désir naquit à nouveau tel un phœnix prêt à affronter une nouvelle vie.

- Je pense que ce n'est pas raisonnable ... faisons un peu de ménage d'abord !

Candy sourit et hocha doucement la tête. Il avait définitivement changé, se dit-elle tout en se levant pour attraper un balai.