Alors tout le monde désespérait de voir sortir ce chapitre, moi y compris. J'ai eu une longue période de doute, j'ai douté sur la qualité de mon français, sur l'intérêt de continuer cette histoire, et puis...l'écriture étant la meilleure thérapie, nous voilà?

Dans les starting-blocks pour la suite!


Merci à:

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Hermy

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Swangranger

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Leolili

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Enelica

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AndouilleEtSushi

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ElwynCloud

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LaPatateDouce

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Rose974

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Sey Maerks

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luce1999

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Neviy


Hermy: Hi Hermy, how are you? Happy that you found your way throughout the French HP fandom ^^ really glad that you like the concept of the story as well! Unfortunately, I haven't planned to translate this fiction from French to English yet, mostly because I think I would lack time (I hardly update regularly :'( ). But if you were to find a motivated translator, not afraid of my peculiar writing-style, we could probably make it work? Anyway, I appreciate, and thank you a million time for your kind compliments!

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Chapitre 18

O Tempora, O Mores

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« O Tempora.

Temps:

notion générale et abstraite que l'être humain utilise pour alimenter l'illusion que sa vie va quelque part. »

Êta à Atrée


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Mercredi 14 février
Appartement Potter-Weasley

Laniakea.

Du Hawaïen pour désigner « l'horizon céleste immense », il s'étire en feu d'artifice géant et nous propulse sans même que nous en ayons conscience vers une limite inconnue, infinie peut être…

Dans ce superamas de galaxie au sein du Bras d'Orion, à la périphérie de la Voie Lactée, dans le système solaire et quelque part devant son miroir, un homme s'observait avec anxiété. Ce n'est pourtant pas le genre de Harry Potter, de se soucier du regard des autres, ayant toute sa vie laissé couler les remarques désobligeantes sur son physique. Qui le traitant de mal-peigné, qui de maigrichon…Presque vingt-neuf ans lui avaient appris la patience et le repli sur soi quand la bêtise extérieure était générale. Enfin, chaque fois où il ne s'emportait pas dans des colères immenses dont il pouvait être on le sait, la proie.

De face, de profil, oblique…peu importe l'angle qu'il adoptait, il en arrivait irrémédiablement à la même conclusion : il s'empâtait. C'était stupide, pire : c'était exactement le genre de discours qui tenu par les autres, mettaient en branle son sens hermionesque de la justice sur la société du paraître et la nécessité de rester avant tout fidèle à soi-même et ses principes, sans que l'apparence extérieure n'interférât en rien avec les qualités et actions des individus.

Enfin tout de même : sans doute lui avait-il été (et il s'en rendait compte à présent) d'autant plus facile de tenir ce discours qu'il n'avait jamais été vraiment concerné par un trait physique handicapant. Il se jugeait banal et l'aurait probablement été tout sa vie, n'eût été cette radiance de l'âme l'entourant d'un halo de charisme qui laissât rarement le monde indifférent à sa personnalité…

Bénédiction, malédiction ? Il a son avis sur la question, mais ses réflexions reviennent déjà à ce fait pourtant insignifiant au départ, mais dont l'attention qu'il lui portait désormais le faisait grossir comme à la loupe : il engraissait, sa peau devenait acnéique, il y avait longtemps que le tube de dentifrice restait fermé. Bref : depuis qu'il vivait séparé de Ginny, ne voyant plus l'intérêt de cuisiner pour lui seul, sans paire d'yeux pour le scruter de près, il s'était reposé sur la restauration rapide et les stands de rue et allégé son hygiène de vie, ce qui lui valait à présent les chaleureux remerciements de son corps agacé d'être ainsi bouleversé dans ses habitudes sinon saines, un tant soit peu équilibrées.

Soucieux de ménager le peu d'estime personnelle qu'il lui restait, il se laissa retomber sur le canapé et se saisit de la télécommande dans un geste connu de tous: celui du travailleur fatigué en milieu de semaine, pas tout à fait un pied dans le week-end mais qui attend qu'il sonne avec impatience. Mais la télévision n'est vraiment pas une bonne idée : ce miroir aux alouettes ne laisse filtrer en ce soir de Saint-Valentin que des images de couples parfaits et heureux. Coup critique : une demande de mariage en direct. Et Harry de balancer un coussin sur l'objet infernal, remerciant presque de ce que les Dursley l'aient tenu éloigné de cette machine pendant ses années d'enfance.

Les publicités allusives, les zooms sur les corps parfaits des acteurs…L'érotisation rendait le tout encore pire. Non pas qu'il soit puritain, mais tout de même : à une heure de diffusion grand public il s'étonnait que la puissante église évangéliste ne trouva rien à redire au fait que les enfants américains puissent tomber en zappant sur ce qui s'apparentait selon lui, à de la pornographie allégée. Ah, si lui était père, jamais on ne surprendrait…

Aïe. Le sujet qui blesse, et inévitable au vu des circonstances. On dirait presque qu'Harry a arrangé son environnement de façon à ce que tout lui rappelle qu'il était en froid avec l'amour de sa vie, que son corps allait vers le mouvement inverse du rajeunissement, et qu'il semblait qu'un vide au plus profond de son âme lui hurlait pour combler quoi, mais quoi ?

Un autre écran le rappela à l'ordre, et enfin un sourire illumina son visage tandis que le nom de « Ron » s'affichait sur son téléphone. Lors de leur dernière entrevue, son meilleur ami lui avait révélé avoir engagé une relation avec quelqu'un, et qu'il serait en mesure de lui en dire plus quand il aurait déterminé si oui ou non, c'était sérieux. La joie qu'il éprouvait céda place à de la curiosité, se demandant bien qui pouvait avoir attrapé le cœur de Ron l'insaisissable, drôle et généreux, mais qui déclarait lui-même ne « rien comprendre aux femmes ». Il décrocha.

-Allô, Ron ?

-Harry, Seigneur une voix masculine ! S'exclama avec soulagement le rouquin. Tu es chez toi ?

-Oui, répondit le criminologue en fronçant les sourcils, je ne suis pas sorti du tout aujourd'hui, pourquoi-

-Je suis en bas de ton immeuble, ça fait au moins dix minutes que je sonne et je me demande pourquoi ton interphone ne fonctionne pas…

-Il est en état de marche, c'est juste que j'ai débranché la sonnerie, je t'expliquerai. Je vais te raconter maintenant d'ailleurs : monte, je vais déverrouiller la porte d'entrée.

-Merci, à tout de suite.

Sitôt fait, le Survivant se mit à observer la pièce d'un œil critique pour la première fois, et se dit qu'elle était…comment dire relativement en désordre et pas vraiment préparée à recevoir du monde. Heureusement qu'ils se connaissaient depuis presque vingt ans, il avait au moins la certitude que Ron ne le jugerait pas mais chercherait à le comprendre…

Bon sur ce dernier point il n'était totalement sûr : Ginny restait sa sœur, et si les années lui avaient permis de gagner et son consentement et sa bénédiction, il avait toujours le sentiment d'avancer en terrain glissant lorsqu'il s'épanchait sur son couple. Mais je pense que ce soir, malgré la délicatesse du sujet, Ron se montrera particulièrement souple…Attendez un peu pour voir…

Au son du carillon Harry s'empressa d'ouvrir la porte, et son grand sourire devint une expression de franche surprise. Élégamment vêtu d'un costume bleu sombre, la prestance n'y était pourtant plus : couvert d'une eau qui n'avait rien à voir avec le temps clair à l'extérieur, un bouquet de fleurs abîmées à la main, et son air perdu, Ronald Weasley était à l'instant présent l'allégorie même de la soirée romantique qui tourne mal.

Un coup d'œil dans l'appartement lui permis de comprendre, à l'absence des remarques sarcastiques de sa sœur qu'une telle entrée en scène lui aurait valut, au désordre ambiant et surtout à la tenue négligée d'Harry, qu'ils avaient tout leur temps pour une discussion d'homme à homme. Et je pense en effet que le moment est venu pour l'un comme pour l'autre, de poser carte sur table.

-Les femmes ? Interrogea le brun, blasé.

Ron leva les yeux au ciel, se débarrassa de son bouquet en le jetant sur la table et approuva dans un soupir :

-Les femmes !

Et ils entreprirent de trouver au rouge-galant des vêtements qui le mettrait au chaud, se dépouillant d'une soie bleue qui n'avait pas eu d'autre effet que de lui attirer les foudres du beau sexe.


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-Vernon, les valises !

-Oui, oui, ça vient, grogna le susnommé, le teint rouge, épongeant de sa main libre son visage rond couvert de sueur.

-P'pa t'es lent !

-Mon Diddy, tu as tout ce qu'il te faut ? Demande Pétunia en lissant les cheveux de son fils d'un air enchanté.

-Je veux une autre glace.

-Maman va te chercher ça tout de suite mon ange. Ah, les vacances ! Tu sais si Marge est déjà arrivée à la gare ?

-J'en doute fort, aucun de ses treize chiens en vue. Eh mais…ce bruit ?

Arrivés aux portes de leur quai de gare, les Dursley furent stoppés net par un contrôleur l'air affairé.

-On ne passe plus, messieurs dames: un incident technique vient d'empêcher le départ.

-Comment ? S'étrangla Vernon, savez-vous à quel prix j'ai payé ces billets mon cher ? Et depuis combien de temps j'attends vacances, mes vacances, ah ! Les vacances ?

-Je suis désolé, Monsieur, j'entends votre plainte mais nous avons un problème résolument plus important à régler.

-Qui est ?

-Une personne -encore non identifiée- s'est endormie près du bouton d'alarme. En glissant sous l'effet de l'assoupissement, son visage est venu heurter ce dernier et a déclenché les sirènes d'urgence.

-…une personne s'est endormie ?

-Consommation excessive de vin selon les premières informations. Mais ce n'est pas le pire : les fausses alarmes, nous pouvons les gérer. Toute à sa torpeur, cette personne a libéré la laisse qui retenait quelque douzaine de chiens plutôt agressifs, qui se sont mis à mordre tout ce qui bougeait. Ah, ces vacanciers !

-…

-Vous êtes pâle Monsieur, peut être un peu cynophobe ? En les circonstances, cela est compréhensible.

-Voilà ta glace, mon Dudlinouchet adoré ! Alors, Vernon, des nouvelles de Marge ?

-…

-Vernon, mon chéri, on dirait que tu t'étouffes ? A moins que ça ne soit le soulagement de partir en vacances ?

-…

-Ah, les vacances !

Vernon, Pétunia, Marjorie, Dudley. Ah les vacances !

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Plus tôt dans la journée
Roseway

Le rire d'Hermione fut étouffé par son écharpe. La laine mauveine cachait son sourire, mais ses yeux la trahissaient. Une petite femme qui avait commencé une bien mauvaise journée, levant les yeux par hasard sur ce visage rieur en fut contaminée malgré elle : et elle passa son chemin le cœur un peu plus léger. Ce qui peut arriver à tout le monde: une belle émotion je trouve, sublime les traits même les plus banaux. En l'occurrence l'assistante était en proie à une hilarité qui allait croissante, à mesure que défilaient les photos de la veille sous ses yeux.

Blaise sur la balançoire. Blaise sur le toboggan. Blaise en train de jouer au renard-passé avec un groupe d'enfants l'ayant charitablement accueillit. Blaise qui se fait virer par ledit groupe à cause de ce qu'il trichait. Enfin, bref : son Winny dans tous ses états. Elle se sentait particulièrement bénie de l'avoir avec elle ici, s'il écrivait ses mémoires un jour elle avait déjà un nom tout trouvé pour l'occasion : Blaise est une fête. Même quand il va mal, son charisme n'en est pas moins diminué : au contraire, il en devient encore plus touchant.

Hermione aimait cette pause du milieu de la journée. Treize heures sonnaient, et malgré l'air frais elle était assise sur un banc public, à quelques centaines de mètres l'immeuble gigantesque où se situaient les locaux de Roseway, et profitait de l'air sec pour se revigorer après une nuit difficile. Elle se languissait du printemps, plus encore de l'été, où elle pensait poser ses congés pour aller profiter de la campagne anglaise en famille, avec ses meilleurs amis aussi, espérait-elle.

Un chéri avec qui elle souhaiterait partager tout cela ? Ah, vous la faites rosir. Bien sûr que non, elle ne passera la soirée de Saint-Valentin avec personne, elle avait du mal avec cette fête, plus encore quand elle avait pour effet de briser plus de couple qu'elle n'en rassemble. Et puis c'était bien trop cliché. Et puis de toute façon en milieu de semaine, Tom était occupé à la librairie : il l'avait donc invité à passer la journée du dimanche aux jardins botaniques de Brooklyn. Mais elle pouvait aussi avoir mal étudié ses intentions: lui proposerait-il un dîner ce soir? Et elle devrait répondre, quoi, aucune idée, mais il faudrait sans doute une réponse...

Tom Riddle. Le ténébreux, le mystérieux Tom. Sans mentir, et pour répondre aux questions muettes : elle s'interroge évidemment, sur la relation qu'ils entretiennent, et le tour qu'il convient d'y donner. Amis, pas amis, plus qu'amis ? Elle ne sait jamais vraiment dire en sa présence, ce qu'il pense d'elle. Tout à la fois spirituel, diaboliquement intelligent, raffiné et drôle (en plus d'être ne soyons pas hypocrites, un trentenaire des plus séduisant), elle peut affirmer sans trouble que sa présence lui plaît…Mais quand à savoir lui plaît-elle, elle n'en a aucune idée. Parfois il lui semble un ami comme un autre, parfois moins qu'une connaissance, tandis qu'à d'autres moments il pourrait être en train de lui faire la cour. Un point d'interrogation dans un point d'exclamation. A la limite, qu'importe cette question : a-t-elle seulement tiré au clair ce qu'elle ressentait –et pas seulement pour Tom, mais d'une manière générale, qui ressent-elle romantiquement pour qui ?

Nous touchons là à la corde sensible, le point faible capital de cette tête bien faite. A force d'étaler sans aucune pudeur la vie sentimentale des autres, force est de constater qu'en zoomant un peu de ce côté, c'est fondu au noir et générique de fin : les pensées d'Hermione qui vagabondaient légèrement se ferment hermétiquement, c'est un non-sujet qu'elle ne souhaite pas aborder et d'abord avec elle-même. Un peu comme la poussière qu'on renvoie sans cesse sous le tapis, avec comme résultante cette seule vérité connue de tous : un jour ou l'autre, il faut bien passer par la case nettoyage…


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-Âtchâ !

-A vos souhaits, Lord Malfoy.

-Merci, marmonna distraitement Draco, fouillant sa poche à la recherche d'un mouchoir en tissu propre. Peut-on fermer cette fenêtre ? Ajouta-t-il, plus cassant.

Pas besoin d'ajouter un rhume aux problèmes qu'il avait déjà, maladie dont malheureusement il en sentait les prémices : oreilles qui bourdonnent, éternuements récurrents…à moins que quelqu'un ne soit en train de parler de lui ? Il grogna en son fort intérieur, commentant de ce que de toute façon il y en aurait toujours pour faire des remarques quand il avait le dos tourné.

Et c'était à lui qu'on collait l'étiquette du Serpentard couard.

Immérité, surtout en ce moment lui semblait-il, où il se sentait comme un poisson dans une mer de requins impatients de le dévorer. Il se racla la gorge sèchement, et le silence se fit immédiatement autour de la table. On ne mange pas un Malfoy. Le silence obtenu, il se mit à débiter son discours de président-directeur-général-roi-de-droit-divin-au-pouvoir-aboslu-et-si-vous-n'êtes-pas-content-de-toute-façon-c'est-ma-famille-qui-est-actionnaire-majoritaire-de-l'entreprise, que ses collaborateurs écoutaient dans une mosaïque de postures différentes qui retranscrivait assez bien leurs pensées.

De l'ambitieux aux dents à peines dissimulées, au parvenu trop stupide pour savoir même qu'il ne doit qu'à sa chance d'être là, il n'éprouvait de compassion que pour l'unique femme du groupe qui, la mâchoire serrée anticipait l'injuste combat qui aurait inévitablement lieu quand il lui faudrait défendre sa légitimité à être au sein de ce groupe. Il n'y avait guère que pour elle que Draco se sentait du respect. D'une part, Mrs Bell-Grahams était une collaboratrice des plus compétentes. D'autre part, il se battait depuis des années pour que la maison se débarrasse de l'étiquette patriarcale marquée par Lucius. Il plissa des yeux à cette pensée, et comme souvent l'évocation de son père agit sur son esprit comme un brusque coup de fouet.

-Commencez, claqua-t-il sèchement à la cantonade, ce qui fit bondir le premier intervenant de sa chaise, qui s'empressa d'introduire son propos par toute une série de chiffres flatteurs, dont il n'avait cure et qui pourtant paraît-il, étaient l'image de la vitalité de son entreprise.

Ses yeux se reposèrent sur Katie Bell, qui dû sentir l'appel de ce regard bleu-gris en quête d'un appui. Elle lui renvoya un regard fort, et presque involontairement, le visage de ces deux alliés de circonstances se fit miroir l'un de l'autre en même temps qu'un sourire entendu glissait sur leurs lèvres.

Ses épaules se détendirent, son air se regaussa. Il croisa les jambes, joignit les mains : tout à son aise de voir la salle s'agiter comme on comprenait qu'il écoutait avec attention et avait plus d'un tour en réserve dans ses manches. Les loups se souvinrent du bâton du maître, et revêtirent tout à coup leurs peaux d'agneau quand son regard se fit glacé.

Le chasseur était toujours dans la bergerie.


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-Le conseil d'administration s'est bien passé ? Interrogea Hermione d'une voix distraite, tandis qu'elle tentait de comprendre l'orthographie hasardeuse du dernier message électronique de Milicent Bulstrode.

Draco fit la moue, et se détourna en haussant les épaules un petit air supérieur à la pointe du sourcil indiquant combien il était au-dessus du cercle des mortels qu'il venait de présider. Elle roula des yeux dans une mécanique routinière et attendue, et se surprit d'être lassée : elle avait l'impression de jouer dans une pièce de théâtre, le rôle de la domestique moraliste face au maître capricieux. Dans quelle pièce était-elle partie chercher cela… Pas chez Shakespeare, certainement : c'était Molière à tous les coups. D'ailleurs, ne se demandait-elle pas régulièrement ce qu'elle était venue faire dans cette galère ?

Mmmh, moi non plus je ne suis pas convaincue. Je me demande en effet si Hermione n'est pas usée de ses réactions presque je dirais, de principe, quand Draco est autour. C'est attendu qu'il fasse un commentaire sarcastique, ou désagréable. Il est entendu qu'elle répondra avec une ironie à fleuret moucheté. S'en suivra une joute, un semblant de civilité, et circulez messieurs dames, il n'y a rien à voir avant la prochaine partie. Ces combats en pointillé l'amusaient, évidemment, mais plus autant qu'avant : quelque chose changeait, elle se retrouvait soudainement en position d'attendre…plus.

Bien sûr, n'allez pas croire qu'elle ait poussé la réflexion jusque là : ses pensées s'arrêtaient toujours au seuil, n'ayant pas conscience de la barrière du tabou que le seul nom (quand bien même détaché de la personne) de Malfoy valait dans son inconscient. Retenez-bien ceci cela aura de l'importance dans la suite.

-Tuiles dentelle au beurre ? Demanda nonchalamment Zacharias surgit de nulle part, tel un ovni vêtu d'un pull-over primevère.

-Volontiers, accepta la brune, acceptant un biscuit qu'elle se mit à grignoter du bout des dents.

La tête de Draco apparu dans entrebâillement de la porte de verre qui menait à son bureau

-Granger ! Je te signale pour la mille-et-unième fois (au moins) que toute consommation d'aliments se fait à la cafétéria. Ne sont guère tolérées dans les bureaux que les bouteilles d'eau.

Ce à quoi elle répondit en lui tirant la langue, signifiant ainsi qu'elle n'appréciait pas l'hypocrisie de quelqu'un qui sortait peu prendre ses repas à l'extérieur de son enceinte sacrée.

-Je vais m'empresser d'envoyer un memorandum à tout le service sur la question, poursuivit-il sèchement, contrarié de ne pas être pris au sérieux. Maintenant, Zac : tuiles.

Smith de son pas décontracté se dirigea vers l'antre du dragon, se voyant au passage confisqué sa précieuse boîte de confiseries faites maison. D'un geste rapide, le blond en mordit une, fronça les sourcils envers son assistante une dernière fois pour faire bonne mesure et s'enferma pour une réunion qu'Hermione soupçonnait d'avance être interminable.

N'empêche, elle aurait juré voir son œil tressaillir d'un rire qu'il retenait avant de disparaître. Elle ne put empêcher de répondre à cette facétie par un sourire amusée, avant de se concentrer de nouveau sur ses dossiers.

Une à qui il aurait été difficile de faire avaler quoique ce soit, c'était Pansy. La veille, le stylise avait mentionné quelque chose comme un régime « tout végétal » auquel elle s'astreignait désormais, comme il lui était coutume apparemment une fois l'an. Au risque de se rendre irritable c'est-à-dire, encore plus que d'habitude. Cette explication simpliste ne lui convenait pas, d'ailleurs elle s'étonnait que personne dans l'entreprise ne questionne plus avant cette pratique. A ses yeux d'enfants de docteurs, elle était difficilement compréhensible, parce qu'elle ne comprenait pas ce qu'il y avait de sain à faire passer autant d'aliments à la trappe. Et la fatigue engendrée par les carences ? Et l'équilibre du corps ? Fallait-il nécessairement que tout cela passe à la trappe pour aller d'une taille zéro à une taille moins deux ? Absurdités, à ses yeux. Elle n'était pas stupide : elle avait plus que des suspicions sur une potentielle anorexie de Pansy. Les séances de sport acharnées à cinq heures du matin. Ce mélange d'envie et de culpabilité qu'elle observait à certains moments quand ses collègues déballaient des plats riches en fromage. Cette manie de ne boire que des sodas garantie sans calories, quitte à se pourrir les artères à coup d'ingrédients chimiques cancérigènes. Pourtant elle était simplement cette jeune fille jolie, qu'on pourrait qualifier de mince sans que rien ne choque à la première impression.

Vraiment…Hermione sondait ses faiblesses, désormais. Se pouvait-il qu'un trimestre seulement en fit l'avocate du diable, pour qu'elle ne trouve rien d'anormal à une maigreur qui n'avait rien de naturel et probablement rien d'agréable à maintenir ? Discernait-elle moins bien les frontières de l'acceptable parce qu'elle était volontairement devenue un rouage au service de la machine formidable lancée par les Malfoy, et dont le modèle idéologique dominait le monde ?

Malfoy, oui. Ou plutôt, non. Maintenant qu'elle avait eu l'information qu'ils vivaient une histoire…romantique (l'idée n'irait pas de soi en deux jours), elle avait encore la possibilité de s'en ouvrir à Ron. Et puis, ça faisait longtemps qu'elle voulait les voir tous réunis chez Seamus pour un nouveau dîner du lundi.

Rendue guillerette à cette perspective, elle se saisit de son téléphone pour commencer à envoyer des messages d'invitation.


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-…donc si je comprends bien, c'est un râteau.

-Tu y vas un peu fort, quand même ! C'est rare quand tu te laisses aller à cette touche mélo-dramatique.

-Hermione.

-Bon. Je te remercie encore de ton invitation, vraiment, j'adorerais, j'adore passer du temps avec toi. C'est juste que un soir de quatorze février ça fait un peu…

-Un peu ?

-Cliché, voilà.

-Cliché de quoi, je ne comprends pas ?

-Je n'ai pas nécessairement envie de m'exprimer plus avant sur le sujet, Tom. C'est juste que je ne suis pas très favorable aux sorties les soirs de Saint-Valentin. Et puis, on se voit dimanche de toute façon...

-J'entends comme un message subliminal que tu essaies de me faire passer. Me trompé-je ?

Aïe, sarcastique pour cacher sa blessure. Là c'était la crise, vite, une issue de secours…

-Tom, je ne sous-entends rien du tout, et je ne suis responsable de rien si tu lis un peu trop entre les lignes. Je ne sors pas les soirs de Saint-Valentin, je n'aime pas cette fête : c'est grossier, clinquant, commercial, et je n'en ai que de mauvais souvenirs. Maintenant, prends-le comme tu le veux.

-Hermione…

Aaah, était-il normal que ce ronronnement à peine rehaussé de miel la fisse fondre à chaque fois ?

-Ne t'énerves pas, je voulais te voir, je ne te verrais pas : je suis déçu, c'est tout. Et de mon point de vue, c'est normal. Mais avant qu'on ne se revoie, j'aimerais que tu te poses sincèrement la question.

-Qui est ?

-Où est-ce que ça va, nous deux.

Et la journaliste de se retrouver comme un poisson hors de l'eau.

-Je ne veux pas te mettre mal à l'aise, mais sache que de mon côté j'y réfléchis – j'y réfléchis même beaucoup. Repose-toi bien, à l'abri de ces Cupidons-grossiers-clinquants-commerciaux, et rappelle-moi quand tu seras mieux disposée. Je t'embrasse.

Et la merveille avec la voix de Tom, c'est qu'elle était tellement cajôlante qu'effectivement elle vous laissait presque l'impression d'une caresse sur votre visage. Hermione eût-elle jamais rencontré un être plus séducteur ? Archange ou Bélial, elle était forcée de l'admettre : il marquait un point. Elle s'était efforcée de ne pas se poser de questions inutiles tant qu'il n'y avait rien à régler, elle aurait dû se douter que ce moment finirait quand même par advenir.

Ginny et Harry en crise. Pansy et Ron en couple. Dean et Seamus en rupture. Anthony en embuscade. Blaise amoureux. Il y avait tant d'émotions fortes dans l'air, qu'elle s'en sentit presque écœurée : et le besoin de battre en retraite auprès de Pattenrond ne s'en fit que plus fort.

-Seraient-ce les sanglots d'un amant injustement éconduit que j'entends hoqueter au loin ?

Comme si la vie privée avait un sens dans cette compagnie.

-Tu m'écoutes depuis longtemps ?

-Techniquement, je n'écoutais pas, je suis sorti de mon bureau en chef d'entreprise responsable pour demander à mon assistante l'état d'avancement du dossier que je lui ai confié ce matin. Est-ce de ma faute si ladite assistante était plongée dans une conversation privée (qui n'a rien à faire d'ailleurs sur son lieu de travail) et ignorait ainsi superbement le concerné ?

-Malfoy, je te signale que tu t'es sournoisement glissé derrière moi.

-J'aime l'effet de surprise.

-Et surprendre des conversations qui ne te regardent pas, visiblement, asséna-t-elle en lui remettant avec quelque force le dossier mandé dans les mains. La présentation et les corrections d'articles sont prêts pour la réunion de vendredi.

Il savait qu'elle était brillante, mais elle arrivait encore à le surprendre. Il en resta coi un moment.

-Déjà ?

-Oui, répondit-elle sèchement. Tu ne crois quand même pas que je prendrais un appel personnel si je ne m'étais pas assurée avant que mon travail était parfaitement terminé, mmh ?

Elle lui fit l'œillade inquisitrice, et il se sentit fondre.

-Je…j'ai presque envie de te formuler des excuses pour mon impolitesse, Hermione.

-Presque ?

-Disons simplement que je n'ai pas l'habitude des collaborateurs aussi efficace. La plupart d'entre eux passent plus de temps à aller venir dans les couloirs, ou à se plaindre au téléphone pour s'enquérir de quelque détails ou information quelconque qu'ils détiennent déjà…

-Mmph. Ça ira pour cette fois, daigna-t-elle répondre, rassemblant ses affaires.

Il ne la laisse pas tranquille pour autant.

-Pansy est partie ?

-Il y a une demi-heure, déjà. Elle voulait se préparer pour son rendez-vous galant.

-C'est vrai que tu ne fais rien ce soir ?

Elle le regarda avec suspicion.

-Je sens poindre le piège.

-Suis-je donc si transparent ?

-Limpide malgré le manque de clarté de tes propos. Si c'est pour me coller du travail supplémentaire sous prétexte de ma prétendue efficience, alors oui, je suis très occupée ce soir.

Il rit, et à gorge déployé.

-Bon sang Hermione ! Est-ce qu'il y a besoin de me servir tout un sketch à chaque fois ? Si j'avais envie de t'assigner du travail à domicile, je serais bien plus fin que cela : j'enverrai Zac t'annoncer la nouvelle.

Il continua de rire. Et la brune ne put s'empêcher comme souvent avec lui, de sourire en s'efforçant de ne pas lui faire écho.

-Hermione, reprit-il avec suffisamment de sérieux, il est dix-sept heures trente.

-Je vois que tu as appris distinguer les deux aiguilles de l'horloge depuis le week-end dernier, félicitations.

-Plus de sarcasme maintenant, les heures de bureau sont dépassées. J'entends bien que tu abhorres les soirs de Saint-Valentin. Toutefois, si l'on considère que la soirée commence à vingt-heures, alors peut-être accepteras-tu un café-débat autour du thème : Faut-il Blaiser le Zabini ?

Elle rit, finalement.

-Blaise ne zozote pas, rétorqua-t-elle malicieusement.

-On peut le découvrir ensemble, il m'a envoyé un message pour me signaler qu'il était dans les parages et tenait à me voir.

Ils échangèrent un regard complice, qui balaya en un instant les scrupules d'Hermione au sujet de Ron, Pansy, Tom, ou des Cupidons honnis du quatorze février. Le temps de l'attendue réunion à trois têtes de Cerbère était-il venu ?

-Draco, tu…

Comme le mauvais rebondissement dans l'intrigue d'un film à bas budget, les portes de l'antichambre où étaient les bureaux des deux assistantes, s'ouvrirent avec fracas. Mais qui vient de faire irruption dans ce cadre qui promettait de faire basculer cette fin d'après-midi en faveur du jeune Malfoy?

Vous la connaissez certainement, en tout cas Hermione elle l'a immédiatement replacée dans le fil des évènements de sa vie, comme d'une folle furieuse qu'elle ne souhait surtout pas recroiser, jamais. Jamais. Or la voici, grande et ondoyante comme une vipère dans les prés, toujours gracieuse et si plus aussi belle que dans sa prime jeunesse, en tout cas suffisamment charismatique pour former ce halo tentateur qui ne manquait pas de piéger les hommes.

Hermione fixa cette chevelure brune et opulente, ces yeux aux paupières lourdes qui ouvraient sur les deux caves ardentes les plus dangereuses du monde. Presque dix ans après, elle n'aurait pas imaginé recroiser la route de Bellatrix Lestrange, surtout pas ici, surtout pas à un moment pareil, quand tout ce dont elle se plaignait dans sa vie était de ne pas parvenir à trouver un équilibre de sommeil et suffisamment de temps pour ses amis.

Instinctivement, elle se serra un peu plus près contre le blond. Ce dernier avança, la mettant légèrement en retrait, pour accueillir sa parente avec son masque d'impassibilité le mieux étudié.

-Tante Bellatrix, constata-t-il avec une amabilité frimaire. Quel plaisir, ce n'est pas tous les jours que tu daignes t'aventurer jusqu'ici pour me saluer.

-Oh, Draco ! A mon époque, les plus jeunes allaient chercher les anciens pour leur présenter leurs hommages mais il est vrai que nous changeons d'ère. Pas toujours pour le meilleur. Je te cherchais au sujet de…

Trop facile jusqu'alors, il fallait tout de même qu'elle remarque l'ombre de l'assistante, qui tentait de se fondre dans celle de son patron. Quand elle comprit qui était l'autre présente dans la pièce, ses pupilles devinrent des flammes, ses traits devinrent bestiaux. L'exaltation sur son visage ôtait le peu d'humanité que son humeur civile lui avait prêté antérieurement.

-Tiens. Tiens. Tiens. Mon neveu adoré, mais je te trouve en bien intéressante compagnie…Lucius ne m'avait pas dit que la multinationale familiale accueillait les putains au sang-de-bourbe.

Elle porta la main à son flanc où, les deux autres acteurs présents, savaient d'expérience se cachait un poignard affuté.

-Draco, Draco…que t'ai-je répété, encore et encore, au sujet des mauvaises herbes dans un jardin ?

Et elle éclata d'un rire de démente qui hérissa les cheveux d'Hermione sur sa nuque, descendit un cube de glace dans on estomac, et la renvoya loin, loin en arrière…

Ô mores.


oOo

-Alors, charmantes demoiselles du continent, quelles impressions sur cet échange universitaire?

-Pas trop dégoûtées par la jelly...

-...les plum-cake...

-...et le ragoût de mouton?

-Mmh, à vrai dire, nous sommes très heureux d'être en Écosse, Monsieur...

-Weasley F., et voici Weasley G. Vous êtes familiers déjà, des gens qui vous entourent? Je vois que vous avez choisis une configuration intéressante pour votre premier jour de classe.

-Mais pas forcément très stratégique. Sur votre gauche, par exemple, vous êtes voisines de TCS.

-TCS?

-Troll-Copieur-et-Stupide.

-Aka Marcus Flint. ainsi nommé parce qu'il est trop bête pour faire la différence entre sa propre copie et celle de son voisin.

-Sur votre droite, B.B.

-Le Blaireau Bellâtre, aussi appelé Cedric Diggory.

-Mais, il a l'air tout à fait charm-

-Ex-acte-ment comment il les prend toutes au piège, soupira théâtralement Fred. Que diraient les gens s'ils savaient qu'en réalité il ne séduit que pour mieux extorquer le savoir des autres et voler les plans des équipes adverses de Quidditch?

-Parce qu'il n'y aurait aucune autre raison valable qu'il gagne contre Gryffondor, bien entendu.

-Bien entendu. Et là, le plus intéressant, il est derrière vous...

-Qui...?

-Roger Davies. Grand, beau, fort. Et surnommé "Ouragan" par tous ceux qui ne sont pas convaincus de ses talents de poursuiveurs.

-Et oserais-je demander...pourquoi ce surnom?

-Eh bien, quand il éternuera dans votre dos, vous saurez tout.

-...

-En toute connaissance de cause, Miss: vous serez-t-il plus agréable de venir vous asseoir auprès de nous?

Fred, Georges, étudiantes de Beauxbatons. En guerre comme à l'amour...

oOo