Et nous voici partis pour le chapitre 20 !

Un grand merci à ceux et celles qui me suivent depuis le début et bienvenue aux petits nouveaux ) Je vous assure que vos reviews redonnent du courage quand les personnages n'en font qu'à leur tête ! (et ça arrive souvent...)

J'espère que ce chapitre vous plaira, je vous avoue qu'il m'aura donné bien du fil à retordre...

Bonne lecture !

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Ça déménage

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Chapitre 20 : bonnes résolutions

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La maison de Balthazar n'avait jamais été aussi animée qu'en ces vacances d'hiver. Si les murs avaient pu parler, ils en auraient eu des choses à dire sur cette vie qui grouillait sous leur protection.

Ils auraient sûrement commencé leur histoire par le tout début, le jour où l'homme avait passé leurs portes, posant un regard critique sur les pièces, sur les grands espaces qui ne demandaient qu'à être remplis de meubles et de décorations. Ils auraient raconté comment cet homme les avait adoptés, après ce simple regard. Comment ensuite, il avait posé son premier pas en tant que propriétaire avec un soulagement évident mais aussi une certaine frayeur. La peur de l'inconnu, du saut dans le vide.

La maison avait rapidement vu ses murs être recouverts, ses pièces remplies de meubles, et un début de vie avait repris en son sein.

Le début de leur cohabitation commença sous le son du téléphone. Il sonnait presque tout le temps les premiers jours, les premières semaines, ne s'arrêtant que la nuit. Parfois le répondeur se déclenchait et une voix masculine furieuse envahissait la pièce, parfois c'était une voix féminine qui pleurait en le suppliant. Et parfois, son propriétaire débranchait simplement la prise du téléphone, sans un mot mais ses lèvres réduites à une fine ligne.

Les jours, les semaines, les mois passèrent et son propriétaire commença à prendre vie, à faire autre chose que d'errer entre ses murs, semblant parfaire la décoration jusqu'à l'obsession. Au bout d'une demi-année, les coups de téléphone s'étaient peu à peu calmés, les voix passant de l'ordre au chantage ou encore à la culpabilisation, puis ils s'étaient faits rares avant de devenir strictement anecdotiques.

Avait alors commencé la phase des obsessions. Celle des femmes déjà. Elles allaient et venaient, passaient et repassaient ses portes, jamais les mêmes, toujours pour vingt-quatre heures au mieux. Puis il y eut les tentatives « d'art », qui auraient fait trembler la maison d'effroi si elle en avait été capable. La peinture, la glaise, la pierre, le crayon, la machine à écrire, l'ordinateur, la couture, la musique – certaines des fenêtres ne s'étaient pas remises de cette expérimentation – et même « l'expression corporelle ».

La maison avait été soulagée de la fin de cette période et plus encore quand tous les échecs finirent à la poubelle. Revinrent les femmes mais de façon plus raisonnable, contrôlée, moins éphémère. S'ajouta la cave à vin et finalement, son propriétaire se trouva un travail et s'absenta quelques jours par semaine.

La routine s'installa, devint ennui et solitude. Jusqu'à ce qu'un matin, un bout d'homme sonne à la porte. Il s'agissait d'un adolescent excentrique et bruyant. Son propriétaire s'y s'attacha énormément et d'autant plus facilement qu'il traversait un passage à vide. La maison pouvait voir cette affection dans sa façon de le couver, de le protéger l'air de rien, de le conseiller aussi. Elle aimait bien le petit, c'est avec lui que débuta la folie de sa décoration, son originalité. Le canapé aux couleurs bovines ou encore les deux épées entrelacées dans la salle à manger. Et puis deux jeunes hommes étaient venus le chercher et il était parti, laissant son occupant à nouveau seul, mais pas pour longtemps.

Son propriétaire prit une décision, aménagea ses combles et fit de la seconde chambre quelque chose d'habitable. La jeune fille rousse arriva la première et s'installa aussitôt au dernier étage avec toute sa modernité électronique à laquelle la maison mit un moment à s'habituer. Ensuite vint la brune qui s'accapara la seconde chambre et qui apporta la touche gothique entre ses murs, après celle médiévale-fantastique de la rousse.

La décoration devint un mélange de genres proprement chaotique et la maison aimait ça. Ça prouvait qu'il y avait du monde, qu'elle vivait. Elle en avait presque l'impression de respirer. Un petit brun vint compléter le tableau bien après, ses combles furent réaménagés et d'une chambre en naquit deux. Le brun fut remplacé par le bout d'homme blond qui avait bousculé les habitudes de son propriétaire, sauf qu'il avait bien grandi entre temps.

Et ce matin, à l'avant-veille d'une nouvelle année, la maison avait en son sein plus de gens qu'elle n'aurait dû pouvoir en contenir. Si elle avait été vivante, elle se serait sentie heureuse. Si elle avait pu ressentir des émotions, elle se serait sûrement concentrée sur deux habitants en particulier.

Ils partageaient la même chambre, les mêmes sentiments, la même maladresse qui leur faisait faire tant d'erreurs. Pour l'instant, seul l'un des deux était réveillé et il observait l'autre.

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Dean ne savait pas à quel moment précisément il avait commencé à se dire que Castiel était beau. Peut-être immédiatement, à la seconde où il avait croisé son regard, sans imaginer que ça pouvait être autre chose qu'une simple appréciation esthétique. Reconnaître qu'un ami était beau n'était pas une preuve que vous vouliez le mettre dans votre lit après tout !

Alors voilà, Dean était tout à fait capable de reconnaître que Castiel était beau, qu'il aimait son visage, encore plus quand un sourire l'étirait et l'éclairait. Il trouvait ses yeux magnifiques et le sombre de ses cheveux ébouriffés et de son début de barbe rendaient leur bleu encore plus éclatant.

Maintenant, est-ce qu'il le trouvait attirant en plus d'être beau ? C'était la question piège.

Dean voulait bien admettre que ses lèvres pleines lui donnaient envie de les embrasser et son fouillis de mèches semblait appeler sa main pour y mettre encore plus de bazar. Il y avait aussi sa mâchoire dont il avait envie de dessiner la courbe et ses oreilles... Castiel soupirerait-il s'il prenait son lobe entre ses lèvres pour le goûter, le mordiller ? Allait-il gémir et se tordre s'il le léchait à cet endroit si particulier, là où la peau est tendre et si peu habituée au contact ? Le noir allait-il l'emporter sur le bleu dans ses yeux...

Définitivement, le visage de Castiel ne posait aucun problème à Dean. Il se sentait de l'aimer, de l'apprécier et quant à l'attirance, ça ne se discutait plus.

Mais il y avait le reste, son corps. Indéniablement masculin, tout comme son visage mais en pire. Des épaules larges, une musculature visible et des hanches étroites. Mais aussi des fesses rebondies qu'il pouvait observer de tout son saoul grâce à la manie de Castiel de dormir sur le dos. Des mains aux doigts longs, sans callosités, qui caressaient avec douceur mais aussi fermeté. Un torse plat contre lequel il pourrait entendre les battements de son cœur s'il posait l'oreille dessus... Et puis le vif du problème, une virilité tout à fait honorable que Dean avait mesuré de sa main, chose dont il ne se serait jamais cru capable et qui lui avait bien plus remué l'esprit qu'il ne l'aurait cru.

Castiel était beau et désirable. Clairement. Sa situation n'en était que plus problématique. Au point de tout flanquer par terre par une question prématurée, la tête remplie de vidéos et d'images qui le mettaient mal à l'aise. Au point qu'il paniquait quand tout son corps s'abandonnait avec un peu trop de naturel et de facilité. Cette peur de lâcher prise et de se retrouver à devoir faire bien plus que ce dont il est capable pour l'instant. Ça s'était finalement arrangé, grâce à son frère, à Gabriel et aussi grâce à Castiel qui lui avait pardonné et surtout qui l'avait compris.

Sa relation avec Castiel n'avait décidément rien à voir avec ce qu'il avait pu connaître avant.

Castiel n'était pas comme ces filles qu'il ne gardait pas une semaine, juste pour se sentir vivant, pour le contact de leur chair, pour s'approprier leur chaleur, corporelle et humaine, sans risque, sans penser à demain, sans avoir à réfléchir sur ce qu'elles représentaient pour lui. Castiel, c'était tout l'inverse. Il se questionnait en permanence, sur l'image qu'il renvoyait, sur ce qu'il pouvait s'autoriser ou non, sur ce qu'il pouvait faire remonter de ses craintes et de ses envies. Tout avait un impact sur la durée avec lui.

Voilà pourquoi il avait été rassuré quand Castiel avait exigé qu'ils avancent dans leur … couple, avant d'aller plus loin. Il avait tout de même été un peu frustré en pensant à tous les progrès qu'il avait faits et qui risquaient de s'envoler, mais ça le soulageait. Il pouvait arrêter de frissonner d'horreur en imaginant ces hommes qui semblaient heureux de se faire défoncer par deux godmichets en même temps ou ceux qui semblaient pouvoir prendre leur partenaire cinq fois d'affilée et même plus encore, sans mollir. Le plus bizarre étant qu'il n'avait jamais eu de mal à différencier la réalité de l'imaginaire avec le porno hétéro, mais là, il avait fait un blocage. Alors savoir que Castiel préférait attendre, quand bien même il ne l'avait jamais pressé – sauf une malheureuse fois et c'était lui qui l'y avait poussé -, ça le soulageait véritablement.

Avec Castiel, tout était différent. Il n'était pas une fille qu'il allait oublier dans le mois, il était celui qui s'était intégré dans sa famille avant même qu'il ne le réalise.

- Tu penses à quoi ? demanda l'objet de ses pensées en se frottant les yeux.

- Déjà réveillé ? s'amusa Dean. Il est tôt pourtant ! Presque dix heures, tu vas être en manque de sommeil !

- C'est de ta faute, j'ai senti ton regard, expliqua Castiel en s'asseyant, le visage brouillon.

- J'ai toujours eu un regard de braise.

Castiel préféra ne pas répondre et garda une expression neutre. Contrôle, tout était dans le contrôle ! Il avait décidé de véritablement se contenir, non plus seulement pour Dean mais aussi pour lui-même, et il était hors de question qu'il réponde à une telle provocation. Il y avait malgré tout une chose qu'il pouvait faire ou plutôt qu'il voulait faire. Ça le démangeait et ça restait dans les limites qu'il s'était fixé.

Castiel se mit sur ses pieds, s'approcha du lit et se pencha vers son petit-ami perplexe, les mains appuyées sur le matelas.

- Je ne te l'ai dit qu'une seule fois Dean mais sache que je le pense encore et toujours, commença-t-il lentement en le dévisageant. C'est quelque chose d'important pour moi et j'aurais sûrement dû te le dire plus souvent : je t'aime, murmura-t-il avec tendresse avant de déposer un rapide baiser sur ses lèvres.

Bizarrement, alors que Castiel connaissait et avait admis les sentiments qu'il portait à l'aîné des Winchester depuis déjà plusieurs mois, le dire tout haut, à un Dean qui écoutait attentivement, fit brusquement accélérer son rythme cardiaque tout en pressant son thorax d'une douleur délicieusement agréable. Il sourit à Dean qui rougissait lentement mais sûrement, toute sa répartie et son assurance envolées d'un seul coup, et il sortit de la chambre.

- Toi, tu as encore fait une bêtise avec Dean, sourit Charlie qui le croisa en remontant vers sa chambre.

- Je ne pense pas non, au contraire. Charlie, je crois que... Je vais avoir besoin de tes conseils.

D'abord interloquée, la rousse répondit par un grand sourire au regard déterminé de Castiel.

Ce dernier venait de décider une chose. Jusque-là, il avait laissé les événements venir à lui, en dehors de sa première déclaration. Il avait laissé à Dean toutes les clés de leur relation, allant jusqu'à lui offrir de nombreuses portes de sortie et ce, sans aucune condition. Il était plus que temps qu'il prenne les devants et commence une chose totalement nouvelle pour lui : la séduction. Si Dean avait besoin d'un coup de pouce pour comprendre qu'il n'avait plus affaire à un ami mais à un petit-ami, il allait le lui donner !

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Dean ne comprit pas très bien ce qui se déroula après cette matinée qui avait démarré sur les chapeaux de roue. Dès l'instant où il avait recroisé Castiel pour le repas du midi, il avait eu l'impression d'être tombé dans une autre dimension. Ça avait débuté par un clin d'œil timide et maladroit dans le couloir et un bras qui effleura le sien. Ça avait continué par une main discrètement posée sur son genou au déjeuner :

« Dean sursauta en sentant un contact inattendu. En baissant les yeux, il découvrit la main de Castiel sagement et légèrement posée sur sa jambe. Remontant sa tête, il envoya un regard confus au brun.

- Un souci Dean ? demanda celui-ci d'une voix rauque en resserrant légèrement sa main.

- Non, déglutit le Winchester en retournant à sa purée de pommes de terre tandis que son corps se mettait à chauffer. »

Après ça, Castiel avait été jusqu'à remplir son verre et lui proposer sa part de tarte. Il n'avait pas refusé.

Ensuite, durant l'après-midi, il avait reçu des compliments de Castiel saupoudrés d'autres attouchements légers, à l'épaule ou dans le dos, le tout sans un seul baiser. Ce qui l'avait parfois un peu frustré...

« - Regarde, souffla Castiel tout près de sa joue.

Dean se retint de faire un pas en arrière – ce qui l'aurait projeté droit dans les bras de Castiel – et tourna vaguement sa tête vers le lieu indiqué. Il y avait des phoques ou des otaries ou un tas de trucs du genre qui paressaient sous le soleil. Très franchement, Dean n'en avait rien à faire de ces gros balourds, ce qui l'intéressait c'était la voix grave qui murmurait à son oreille – ah, c'étaient des lions de mer... - et le corps si proche de lui.

Il tourna à nouveau la tête et regarda Castiel droit dans les yeux. Ils s'étaient tous les deux abrités derrière les cabanes en bois qui parsemaient le quai pour échapper à la foule et à la pluie, son petit frère et les autres faisant les magasins plus loin. Ils étaient donc seuls sans personne pour les voir. Dean se mordilla les lèvres avec hésitation avant de se lancer et de se pencher vers Castiel, mais celui-ci s'éloigna après une brève caresse sur sa nuque. »

Pas de baiser et un peu de frustration mais par contre son espace vital avait été envahi un nombre de fois hallucinant... Il pouvait encore sentir le souffle de Castiel sur sa nuque.

Dean ne comprenait pas vraiment ce qui arrivait à son petit-ami/ami. Il ne détestait pas, mais il avait encore une fois une impression d'inversion de rôle. À partir de quel moment il était passé du séducteur, du Casanova, à la proie fébrile qui se fait séduire en attendant le prochain geste avec impatience ?

Il avait changé de planète et personne ne l'avait prévenu ? Et son frère qui l'avait regardé toute la journée d'un air moqueur ! Sans parler de Gabriel mais lui c'était habituel... Ce qui craignait le plus, c'était le regard analytique de Charlie sur lui et satisfait sur Castiel. Il n'était pas un rat de laboratoire merde !

Dean grommela un bon coup, tourna le dos à Castiel pour éviter une tentation quelconque – il ne voulait même pas savoir laquelle – et essaya d'oublier à quel point cette journée, bien que très étrange voir dérangeante, lui avait été agréable. Surtout les premiers mots du matin.

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Un étage plus bas dans le salon devenu chambre, l'ambiance était toute différente.

- J'ai jamais eu autant de mal à ne pas éclater de rire de ma vie, avoua Gabriel en se tenant les côtes. La tête de ton frère Kiddo. C'était magique !

- C'est pas gentil de vous moquer de lui comme ça, râla Sam pour la forme en se mordant les joues pour garder un visage sérieux.

- En plus tu vas me vexer Gabe, ajouta Charlie. Castiel a fait du très bon boulot ! Normal, il a eu la meilleure conseillère qui soit !

- Ce n'est pas de Cassi que je me paye la tête mais de Deano ! Il avait tout du lapin qui voit venir les phares d'une voiture de chaque côté de la route !

- Il ne s'attendait pas à ça, le défendit Sam. Vous y auriez cru vous si on vous avait dit un jour que Castiel allait... allait...

- Draguer un mec ? proposa Charlie.

- Partir en chasse ? dit Gabriel.

- Je sais ! Faire sa cour !

- Si tu vas sur ce terrain je dirai plutôt : flirter sans modération !

- Tenter de le séduire ! gronda Sam en les coupant. Vous êtes vraiment pas sympas pour mon frère...

Sam se retourna dans le canapé-lit pour leur montrer son dos et son mécontentement.

- Du calme Kiddo, on rigole c'est tout, le rassura Gabriel en ébouriffant ses cheveux, obtenant un grognement agacé et un mouvement de recul.

- Ce n'est pas comme s'il ne l'avait pas cherché non plus, grinça Charlie avec beaucoup plus de sérieux. Faut voir comment il a agi avec Castiel ! Et puis Cassi ne fait rien de bien méchant...

- Mon petit Cassi devient grand, s'exclama soudain Gabriel en prenant une pose dramatique.

- Idiot, répondit Charlie en souriant. Lui au moins essaye d'avoir une relation stable ! Pas comme certains...

- Tu vas pas recommencer avec ça, pesta le blond.

- Je vais me gêner ! Quand est-ce que tu te trouves quelqu'un ?

- Et toi alors ?

- Moi je sors d'une rupture immensément douloureuse avec la fée Carabosse ! Mais toi tu n'as aucune excuse.

- J'en ai une, je ne vois aucun intérêt à jouer les gentils petits couples, lâcha froidement Gabriel. L'amour, les petits zoziaux, tout ça, c'est bon pour ceux qui y croient, pas pour moi.

Sam eut l'impression de se recevoir un coup de massue dans le ventre.

- C'est vraiment ce que tu penses ? demanda-t-il d'une petite voix en se tournant vers Gabriel.

- Oh que oui ! Les couples ne durent pas et « l'amour » encore moins, quel qu'il soit, qu'on soit frères, amis ou amants.

- Mais tu aides ton cousin et mon frère ! insista Sam le cœur battant, ses yeux commençant à l'irriter.

- S'ils ont envie d'y croire c'est leur problème et je ne vois pas de raison de les empêcher de rêver, dit Gabriel avec décontraction en s'allongeant sur le dos. Mais même pour eux, les choses ne dureront pas.

- Gaby, tu ne trouves pas que tu exagères un peu ? reprit Charlie pendant que Sam tentait d'assimiler le défaitisme du blond.

- On reparle de ta fée ? Tu étais persuadée que c'était l'amour de ta vie ! Non, désolé, moi je préfère voir la vie comme elle est et avoir des relations courtes mais pour lesquelles je ne me fais aucune illusion !

- Moi je ne pourrais pas, murmura Sam dans le silence retentissant qui suivit les paroles de Gabriel.

- Je ne vous demande pas d'être comme moi, lâcha abruptement le blond avant de prendre une longue inspiration pour se calmer. Laissez tomber... Par contre, tu me sembles bien concerné Kiddo. Y aurait-il une fille ou un garçon dans l'histoire ? demanda Gabriel en retrouvant un semblant de jovialité.

Un garçon, et il vient de détruire tous mes espoirs sans le savoir, pensa douloureusement Sam. Mais il devait faire bonne figure et trouver un mensonge potable rapidement. Une idée lui vint assez rapidement pour justifier son comportement.

- Elle s'appelle Ruby, répondit-il.

- Qui est-ce ?

- Une fille de... De mon cours d'anglais. Elle me poursuit depuis plusieurs mois, déglutit Sam avec difficulté, la boule dans son ventre grossissant face à l'intérêt faussement enthousiaste de Gabriel.

Il le voyait. Maintenant qu'il savait, il le voyait. C'était dans les yeux dorés, le fatalisme, l'assurance que rien ne durera, que tout ça n'était que provisoire. C'était affreux de voir une telle résignation dans ses yeux à la couleur lumineuse.

- Je dois aller aux toilettes, bredouilla-t-il la gorge serrée.

Sam prit la fuite et s'enferma dans les petits coins avant de lâcher un premier sanglot étouffé. Il avait été capable de se retenir tant que Gabriel était en vue, tant qu'il y avait Charlie mais maintenant il avait juste envie de pleurer et de hurler. Il se forçait à se taire pour éviter de réveiller toute la maison et en particulier son frère, pourtant il en avait sérieusement envie.

Il sentit les larmes dégouliner sur ses joues et ses cordes vocales se serrer à l'en faire mal.

Le plus douloureux n'était même pas de savoir qu'il n'avait aucune chance avec Gabriel, mais plutôt de voir à quel point celui-ci ne croyait plus en rien. L'amour, mais aussi la filiation ou l'amitié. Tout ça semblait étiqueté d'une date de péremption pour lui. Non seulement ça dépassait Sam, mais ça le plombait aussi de voir que pour Gabriel, tout ce qu'il vivait ici, avec ces gens, dans cette maison, n'était qu'un bref épisode de bonne entente entre deux séparations, que tous les moments qu'ils avaient passés ensemble n'étaient que les préliminaires avant les disputes et les adieux.

Sam lâcha un nouveau sanglot et dut se mordre la main pour ne pas faire trop de bruit.

La vision de Gabriel était en train d'empoisonner son esprit. Le monde se noircissait sous ses yeux, devenait celui que voyait le blond. Sam n'y voyait que de la solitude et la ressentait si douloureusement qu'il aurait voulu rejoindre Dean dans l'instant. Tout semblait sombre,fade, sans espoir...

- Sam ? appela Charlie à voix basse en toquant à la porte. Tu vas bien ?

Ledit Sam avait bien envie de ricaner méchamment à cette question. Non ça n'allait pas !

- Sam, ne prends pas trop à cœur ce que Gabriel a dit, ce serait une erreur, fit la voix étouffée par la porte de Charlie. Gabriel va... Plus mal qu'il ne veut bien le laisser paraître. Intérieurement il est en morceaux et plus blessé que tu ne peux l'imaginer. Il dit ça pour se protéger Sam, pour conserver à l'abri le peu qui n'est pas brisé. Mais tu sais, on est persuadé, Balthy, Meg et moi, qu'il n'est pas perdu, loin de là. Seulement, il faudra du temps avant qu'il n'arrive de nouveau à se confier et à s'attacher aux gens. A des gens autres que toi ou nous.

De l'autre côté de la porte, Sam continuait de pleurer silencieusement. Il entendait ce que lui racontait Charlie mais loin de le réconforter, ça réduisait d'autant plus son moral. Il n'avait rien vu pour Gabriel, rien vu d'autre que ce que celui-ci avait bien voulu montrer. Il s'était fait avoir par ses sourires et ses blagues et, alors qu'il prétendait l'aimer, ne s'était même pas aperçu de ce qu'il cachait au fond de lui.

- Sam, je sais que Balthy vous a tout raconté sur l'enfance de Gabriel, poursuivit Charlie avec insistance. Je ne devrais peut-être pas te le dire, mais s'il est ici, c'est tout simplement parce qu'il a fui sa famille, pour de bon. Il est persuadé que tout le monde l'a trahi. Sam, que penserais-tu du monde si Dean te trahissait ?

C'était une idée inimaginable. Dean ne pouvait pas le trahir ou l'abandonner ! C'était son grand frère, celui qu'il aimait plus encore que son père ! Alors s'il découvrait que tout n'était que mensonge...

- Je ne croirais plus en rien, avoua-t-il en posant sa tête dans ses mains.

- Balthazar essaye déjà de lui redonner confiance en la famille et Meg et moi dans l'amitié. Tu veux bien nous aider ?

Sam n'avait pas réellement besoin de réfléchir à la question. Bien sûr qu'il voulait les aider, être près de Gabriel et lui montrer que toutes les relations ne finissaient pas mal !

Il dut prendre plusieurs grandes inspirations pour se calmer avant d'essuyer ses yeux qui devaient être bien rouges. Il ouvrit la porte et se réfugia immédiatement contre Charlie..

- Tu sais, Gabe nous a déjà prouvé qu'il avait encore de l'espoir, lui confia-t-elle. Il est venu retrouver Balthazar quand ça n'allait pas et il était heureux de vous revoir, toi, ton frère et son cousin. Même s'il ne le sait pas lui-même, il y croit encore un peu.

Sam hocha la tête, pas tout à faire convaincu mais espérant que Charlie ne se trompait pas.

Il lui souhaita une bonne nuit après une dernière étreinte et retourna au rez-de-chaussée. Sam trouva Gabriel déjà alité et il le rejoignit en gardant toute de même une distance.

- Kiddo, souffla Gabriel avec tristesse dans la pénombre. Je suis désolé si je t'ai blessé, ce que j'ai dit n'était pas dirigé contre toi. Simplement, je ne crois plus à ces chimères dignes de contes pour enfant mais je comprends que toi tu veuilles encore y croire.

Sam ne répondit pas et se contenta de resserrer la couverture autour de lui. Il avait de nouveau envie de pleurer, pas pour lui mais pour Gabriel. Il se mit à maudire ses parents et ses frères, ceux qui l'avaient plongé dans une telle détresse morale.

- Tu vas me faire la tête jusqu'à votre départ ? demanda le blond d'une voix tristement moqueuse.

- Non, bouda Sam.

- Jusqu'au nouvel an alors ?

- Non plus, soupira-t-il avant de se retourner.

Il tomba aussitôt sur le visage souriant de malice de Gabriel. Sans lui donner le choix, Sam se lova contre son flanc, se servant de son épaule comme d'un repose-tête.

- Et si tu me racontais à quoi ressemble cette Ruby ?

- Elle a de longs cheveux bruns et me poursuit depuis le début de l'année presque, répondit Sam plus calme avant de se rappeler le mensonge qu'il avait servi. Je l'aime bien mais... J'hésite.

- Pourquoi ça ? Laisse-la te rattraper, tu pourrais découvrir des trucs sympas !

Sam frappa du point le torse de Gabriel.

- Je suis sérieux Kiddo ! continua le blond. Laisse-toi aller, profite de la vie ! À moins que... Elle ne te plaît pas tant que ça ?

- Si... Elle est juste un peu trop... Trop sur moi.

- Accepte et crois-moi elle te lâchera d'elle-même ! Et en attendant, tu auras passé un bon moment !

- Mais je ne pense pas l'aimer.

- Et alors ? On ne te demande pas de te marier avec elle, rit Gabriel en ébouriffant le plus jeune.

Sam préféra ne pas commenter et se serra un peu plus contre le corps chaud de celui qui faisait toujours battre son cœur et qui lui demandait d'aller voir ailleurs. Il aurait probablement dû dire à Charlie qu'il avait d'autres espoirs que la simple amitié avec Gabriel...

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Le lendemain, Dean eut à nouveau à subir les attentions de Castiel mais il le prit plus sereinement, entre autre parce que celui-ci avait déjà bien calmé le jeu. Castiel avait beau vouloir faire des efforts, ce n'était pas son caractère de draguer une personne avec acharnement et la nuit passée à se souvenir de son comportement l'avait mortifié. Charlie l'encouragea bien à reprendre ses assauts, mais il resta tout de même beaucoup plus light dans ses approches.

Sauf pour une chose.

Il avait remarqué qu'une phrase faisait beaucoup réagir Dean et lui aimait la dire, pour se rassurer et pour y trouver de l'espoir. Il n'hésita donc pas longtemps avant de le lui dire à nouveau le soir-même avec maladresse, devant le feu d'artifice du nouvel an, une main discrètement posée sur la sienne.

Dean s'était contenté de lui serrer la main en retour et Castiel en avait conclu que l'année à venir s'annonçait bien.

À côté d'eux, Balthazar et Charlie les observaient amusés de même que Gabriel, bien qu'avoir Sam allongé sur ses jambes rendait moins crédible ses moqueries sur les deux amoureux. Le feu d'artifice fut unanimement apprécié et la Cité se montra assez généreuse pour ne lancer le déluge qu'une fois qu'ils soient rentrés.

La soirée se poursuivit par un jeu sorti du chapeau – pardon, du sac ! - de Gabriel qui permit à tout le monde de s'engueuler joyeusement en se traitant de tous les noms et en s'accusant mutuellement de tricherie, le tout en s'empiffrant de gâteaux et de chocolats accompagnés d'alcool ou de jus de fruits.

En conséquence, le réveil le lendemain s'avéra particulièrement difficile et quelques-uns regrettèrent leurs abus ainsi que le mal aux cheveux ou au ventre qui en découlaient. Balthazar ne fut étonnamment pas du lot, mais Dean, Meg, Charlie et Gabriel oui.

Castiel en profita pour flirter un peu plus avec Dean, celui-ci commençant d'ailleurs à sérieusement apprécier la situation. Castiel continuait de fuir les grands baisers mais Dean y découvrait à la place un autre genre de sensations qui l'étourdissait. Les déclarations de Castiel, le matin ou le soir, toujours un peu timides, d'une voix étouffée par la couette ou chuchoter en tremblant à son oreille, le touchaient tout particulièrement. Pourtant, il en avait déjà reçues des déclarations d'amour ! Mais c'était le genre vite dit et vite oublié. Le « je t'aime » qu'on dit parce que ça fait partie du truc, celui qu'on aura oublié le jour ou la semaine suivante. De même qu'il avait déjà été dragué par des filles, peu souvent, mais c'était arrivé. des dragues peu discrètes, généralement plutôt basées sur la séduction des corps.

Sauf qu'avec Castiel c'était différent, encore une fois.

Ce gars arrivait à bouleverser tout ce qu'il croyait savoir et connaître. Il en finissait parfois, quand Cas' lui parlait à deux centimètres de son visage ou qu'il lui tenait la main, par oublier sa peur. Il s'imaginait alors l'embrasser devant tout le monde, voire plus. C'était fugace, ça durait le temps qu'il croise ses yeux bleus mais c'était suffisant pour qu'il commence à réagir.

A mesure que cette deuxième et dernière semaine de vacances avançait et que Castiel continuait de lui dire matin et soir qu'il l'aimait, Dean se décidait, se préparait à un grand pas en avant en priant pour qu'en face il n'y ait pas un ravin.

Il attendit le repas traiteur du samedi soir pour se lancer. Les plats chinois venaient à peine de finir d'être déballés quand Dean se leva de son fauteuil.

- J'ai un truc à vous dire, annonça-t-il en coupant court aux conversations. Je sais pas comment l'annoncer alors, je vais faire simple. Je... Je sors avec C-Castiel.

Le silence s'installa et tous les regards se tournèrent vers lui. Castiel observait Dean avec surprise et émotion.

- Félicitations, répondit sobrement Balthazar.

- Content pour toi Deano, osa Gabriel en applaudissant rapidement. Qui veut des nouilles sautées ?

- Pareil, mazel tov ! Oublie les nouilles et envoie plutôt le riz cantonais, fit Meg en tendant son assiette.

- Vous n'y connaissez rien ! Ce sont les bouchées vapeur à servir en premier ! argua Charlie. Et super Deano ! Depuis le temps qu'on attendait...

A la stupéfaction de Dean, les conversations reprirent l'air de rien. A croire qu'il avait simplement demandé à ce qu'on lui passe les beignets de crevette...

- Ça ne vous surprend pas ce que je viens de dire ? s'énerva Dean.

- J'étais déjà au courant, fit Sam en haussant les épaules.

- Pareil, confirma Gabriel.

- Je l'ai deviné aussitôt, ajouta Charlie.

- Et merde ! Il m'a fallu deux jours à moi, bouda Meg.

- Et t'as quand même continué de les ennuyer ? s'offusqua la rousse.

- Tant que ce n'était pas officiel, j'avais toujours mes chances. Et puis c'était marrant de voir ma licorne toute gênée quand je lui sautais dessus !

- Si ça intéresse encore des gens, je l'ai su au premier coup d'œil ! se vanta Balthazar.

- Mytho, lâcha Gabriel en ricanant.

- Toi, tu peux oublier ton « fortune cookie »...

Dean se laissa retomber sur son fauteuil, sonné pour le compte. Ok, c'était agréable de ne pas se faire jeter mais... C'était si visible que ça ? N'importe qui en le voyant avec Cas' ne pouvait que deviner qu'il se passait un truc ? S'il en croyait Chuck, oui puisque toutes ses bêta-lectrices étaient persuadées de la chose...

Alors il ne pouvait rien cacher.

Partout où il allait, il avait le tampon "gay" imprimé sur ses vêtements. Tous les regards qu'il avait cru sentir sur lui quand ils étaient en extérieur n'étaient pas de la paranoïa, les gens savaient bel et bien et ils le jugeaient. Tous...

- Dean, l'appela Castiel avec inquiétude en s'asseyant sur l'accoudoir à côté de lui. Regarde-moi.

Obéissant, le châtain leva les yeux et se noya une fois de plus dans les orbes bleus. La panique, la peur, l'amertume de s'être fait voler sa surprise aussi, tout passa au second plan. Castiel prit son visage dans ses mains et l'embrassa tendrement. Dean se laissa faire avec joie. C'était le premier vrai baiser depuis la décision de Castiel et il réalisait soudain combien ça lui avait manqué, combien c'était doux et agréable. Il voulait s'immerger dans ce baiser et oublier tout ce qu'il y avait autour. Sa main remonta le long du bras de Castiel et se posa sur sa nuque. Il caressa les cheveux duveteux qui naissaient à cet endroit, créant de longs frissons chez Castiel.

Une boite en carton vide les percuta à la tête, les faisant se séparer immédiatement.

- Pas devant moi ! gronda Sam avec colère.

Dean se sentit immédiatement perdu. Son petit frère n'aimait pas le savoir avec Castiel finalement ? Mais...

- Si je te laisse faire Dean, bientôt vous vous enverrez en l'air sous mon nez ! continua-t-il en râlant.

- Pourtant tu pourrais apprendre des choses, se moqua Dean, soulagé.

- Je veux pas savoir ! cria Sam en se bouchant les oreilles.

- Le petit n'a pas tort cela dit, fit Balthazar en masquant son sourire derrière son verre. Vous avez une chambre pour faire ce genre de choses.

- C'est toi qui laveras les draps, persifla Gabriel en foudroyant son oncle des yeux.

Dean laissa les conversations reprendre leur cours, son esprit de nouveau assailli par le doute.

- Qu'est-ce qu'il y a ? souffla Castiel à son oreille.

- …

- Dean ?

- Tu ne vas pas aimer.

- J'ai survécu à ton dernier coup d'éclat, remarqua Castiel d'une voix plus acide.

- Ils ont tous deviné très vite que toi et moi on... Sort ensemble, expliqua Dean à voix basse pour ne pas alerter les autres. J'ai l'impression que... Que c'est inscrit sur mon front, le mot « gay ». Cas', je sais que je vais devoir tout assumer un jour et pas seulement ici, avec des gens qui m'apprécient ou t'apprécient toi ! Mais là j'ai l'impression que je vais devoir... Dès que j'aurais mis un pied dehors tout le monde saura, nous jugera.

Ce ne fut qu'à la fin de son petit discours que Dean réalisa le silence qui l'entourait. Les mains réunies entre ses genoux, il n'osa pas relever la tête.

- Dean, si nous l'avons su si facilement, c'est parce que nous vous connaissons, se lança Balthazar. Nous connaissons Castiel et nous savions qu'il avait eu un coup de cœur. A partir de là, savoir que tu étais le coup de cœur en question n'avait rien de compliqué, surtout que Castiel nous avait laissé des indices. Ce sont des gens proches de vous qui l'ont deviné, uniquement.

- Et Chuck, grinça Dean malgré lui.

- C'est un écrivain et ses précédentes « œuvres » étaient toutes mièvres à pleurer, précisa Sam. Crois-moi, j'ai été voir, et je l'ai vite regretté... Il écrit ce qu'il a l'habitude d'écrire, pas ce qu'il voit. Et quand t'auras fini de faire ta tête de cochon tu nous le diras ! le brusqua-t-il pour finir.

- Hé ! se vexa aussitôt Dean. Je ne fais pas ma tête de cochon ! Je réfléchis !

- On sent que ça n'arrive pas souvent, railla son petit frère.

Dean répondit très élégamment par un doigt d'honneur. La tension redescendit aussitôt et le repas redébuta pour la troisième et dernière fois, avec la participation de Dean et Castiel.

L'un des deux se fit d'ailleurs un plaisir de piquer les plats sous le nez de Sam. Un petit blond décida de venir en aide à son Kiddo en jouant de son adresse pour faire disparaître les plats de la table et pour les faire réapparaître plus loin et plus vides.

Le coucher eut un avant-goût d'au-revoir. C'était la dernière nuit que les frères et Castiel passaient dans cette maison. Dès le lendemain ils reprenaient l'avion, au grand déplaisir de Dean. Dans leur chambre, celui-ci observait son petit ami commencer à ranger ses affaires – les siennes étaient encore en vrac un peu partout. Une idée trottait dans sa tête, moins une idée qu'une envie à vrai dire.

Durant la soirée, il avait embrassé Castiel devant tout le monde. En dehors du fait qu'il avait été à moitié en panique à cause de la réaction des autres, il se souvenait surtout d'avoir aimé, vraiment, au point de vouloir aller plus loin. Au point qu'il en avait oublié son rejet dû au porno et au corps masculin. Et maintenant encore, il ressentait cette envie. Celle de franchir un autre pas avec Castiel.

En conséquence, quand celui-ci alla pour s'allonger sur son matelas, Dean s'assit sur le bord du lit et lui attrapa le bras.

Bleu intrigué contre vert désireux.

Castiel eut un sourire tremblant en comprenant ce que voulait Dean, l'esprit tournant en accéléré. Devait-il accepter ce qu'il lui demandait ? N'était-ce pas trop tôt ? Trop rapide ? Est-ce que cela n'allait pas encore ralentir l'avancé de leur relation ?

- Cas', souffla Dean avec désir.

Castiel avait envie de tout lâcher pour se laisser aller à ses envies, à ce besoin qui sourdait dans ses reins. Mais il ne voulait pas tout faire rater ! Et en même temps, s'ils ne se lâchaient pas maintenant, quand viendrait la prochaine occasion ? Ce moment où Dean sera prêt et lui aussi, où ils seront dans un lieu tranquille, où ils ne seront pas pressés par le temps, dans la crainte d'une interruption impromptue...

- Castiel, murmura Dean en rapprochant lentement son ange de lui.

Le brun envoya balader sa raison et embrassa son petit ami, debout entre ses jambes écartées, ses mains fouillant déjà ses cheveux. Dean enlaça sa taille de ses mains et repoussa fermement la saloperie de petite voix qui lui disait qu'il se faisait encore dominer. Pour une fois, pour un soir, il voulait tout lâcher, prendre le risque. Il avait enfin osé dire devant tout le monde que lui et Castiel étaient ensemble et même si les réactions n'avaient pas été celles qu'il s'était imaginé, il se sentait plus léger. Il voulait profiter de cette sensation de liberté et la prolonger autant que possible.

Dean poursuivit le baiser jusqu'à ce que la position devienne inconfortable. Il fit alors lentement basculer Castiel sur le lit. Leurs lèvres ne se quittèrent pas durant l'opération, Castiel cherchant dans ce baiser la preuve qu'ils ne faisaient pas d'erreur et Dean voulant se rassurer pour la suite. Il avait beau désirer ce qui arrivait, ça n'empêchait pas un nœud de stress de se former dans son ventre, ni d'éviter pour l'instant un contact rapproché de leur bas-ventre, quand bien même le sien réagissait déjà en prévision de la suite.

Quand ils se séparèrent, essoufflés, Dean n'osa pas regarder autre chose que le visage de Castiel. Le remarquant, celui-ci ouvrit les couvertures dans une proposition claire que Dean ne refusa pas.

Maladroitement, avec des gestes saccadés, ils se glissèrent dans les draps et se firent face. Leurs lèvres se retrouvèrent, se dévorèrent dans un ballet maintenant connu et rassurant. Dean profita de cette distraction pour faire courir ses mains le long du corps de Castiel, d'abord par-dessus son tee-shirt avant de faire glisser ses doigts en dessous, faisant haleter et trembler Castiel de plaisir, accélérant son rythme cardiaque au-delà du raisonnable. Il parcourut son ventre et ses flancs, osa à peine effleurer son torse et les boutons de chair rose qui pourtant faisaient vivement réagir son petit-ami. Ses mains se contentaient d'effleurer la peau, de faire frémir le corps alangui sous ses doigts, de prendre confiance, pendant que son boxer devenait de plus en plus étroit et que sa respiration s'accélérait.

Sa bouche changea de cible dans l'excitation et s'attaqua au lobe d'oreille de Castiel, faisant manquer plusieurs battements de cœur à ce dernier qui ne savait plus où donner de la tête. Castiel était assailli par les sensations et ne réussissait qu'à les subir sans pouvoir réagir. Il n'avait plus aucun contrôle sur son corps au point qu'il se serait senti honteux si toutes ses pensées n'avaient pas été court-circuitées par ce qu'il ressentait. C'était la toute première fois qu'on le touchait ainsi, la toute première qu'on le caressait avec désir et il avait l'impression de se consumer dans l'afflux de sensations.

Castiel sentit Dean s'éloigner de lui et il ouvrit des yeux fiévreux pour en comprendre la raison.

- Jamais été avec personne hein ? souffla Dean en prenant une de ses mains dans les siennes pour la masser et la décrisper.

Castiel grimaça et hocha la tête, conscient de son manque total d'expérience comparé à son petit copain, au moins concernant les préliminaires. Celui-ci devait être déçu de ses réactions, ou plutôt de son manque de réaction...

- Et moi jamais avec un mec. On est deux à faire des découvertes, lui susurra-t-il tendrement.

Dean fit passer délicatement la main de Castiel sous son haut et fit la glisser maladroitement le long de son corps jusqu'à son torse. Sa respiration devint totalement erratique et ses halètements se mêlèrent à ceux de Castiel. Tout son corps frissonnait, mais c'était un nœud particulier au creux de ses reins qui lui envoyait les pires décharges de plaisir. Il avait mal au cœur, au bas-ventre et aux reins, de cette douleur qui n'était en réalité qu'un plaisir presque trop intense.

Il prit la seconde main de Castiel, l'amena à son visage et embrassa sa paume dans le feu de l'action avant de la poser sur sa nuque et d'enfouir sa tête sous le menton de Castiel, se recroquevillant légèrement en passant. Castiel osa enfin reprendre le contrôle de son corps et Dean frémit sous les sensations, sous cette main qui découvrait timidement son corps. Indépendamment de sa volonté, son bassin se rapprocha de celui de Castiel et leurs sexes se rencontrèrent.

Dean se figea, la peur et la panique le frappant à nouveau de plein fouet, son souffle s'accélérant contre l'épaule de Castiel. Ce furent les baisers hésitants et maladroits de celui-ci sur son crâne, dans sa nuque, sur sa pomme d'Adam mise à découvert qui le convainquirent de persévérer, sans parler de cette main hésitante qui parcourait désormais son corps avec délice.

Il ne devait plus tergiverser, il fallait qu'il se lance avant qu'il ne cède à nouveau à l'affolement. Le cœur battant et les membres frémissants, il osa glisser sa main entre leur corps et la posa sur le boxer de Castiel.

Oh bordel... Il y avait là une érection, bien présente, sans aucun doute possible. Dean déglutit difficilement tandis que son petit ami bientôt amant se cambrait contre lui dans un râle, cherchant plus de contact. Dean écrasa ses lèvres sur celles de Castiel et massa autant qu'il l'osa le membre dur, son propre sexe encore douloureusement contenu frémissant et ne demandant qu'à subir un traitement identique. Se concentrant sur le baiser, sur cette langue qui jouait avec la sienne et sur la main qui reposait sur son torse, Dean fit glisser ses doigts dans le sous-vêtement étroit.

- Oh putain, haleta-t-il en sentant le membre contre sa main.

C'était chaud, dur, épais, doux et ça semblait vivant entre ses doigts. Dean bougea un peu sa main, curieux de ce sexe qu'il touchait et qui n'était pas le sien. Il le serra, déclenchant un petit cri plus aigu que les autres chez Castiel. Fasciné, le brun arrêta son baiser et s'éloigna pour mieux observer Castiel qui se tortillait, frémissait et gémissait en rythme avec ce qu'il faisait subir à sa virilité. Sa poigne qui se serrait, son pouce qui caressait, ses doigts qui effleuraient... Chaque mouvement déclenchait des réactions différentes, plus ou moins importantes, sous les yeux émerveillés d'un Dean excité comme rarement auparavant.

De son côté, Castiel avait abandonné toute idée de garder une pensée logique. Il ne se concentrait plus que sur l'instant présent, cette main qui était en train de le masturber trop délicatement et sa volonté de ne pas jouir dans l'instant. Il découvrait quelque chose de tout à fait inédit et réalisait à quel point se faire plaisir seul ou à deux n'avait rien à voir. C'était tellement plus fort, intense, il ne contrôlait pas le rythme, n'avait aucune idée du mouvement suivant, l'obligeant à suivre fébrilement les gestes de son partenaire. Son boxer fut baissé, libérant enfin totalement son sexe gonflé.

Dean, gémit-il avec soulagement.

Dean se jeta à nouveau sur les lèvres de Castiel, rendu fou par ses gémissements. Incapable de se contenir plus longtemps, sa deuxième s'était posée sur son membre et il se massa avec soulagement en continuant de toucher Castiel. Il fit lentement descendre sa main le long du sexe de son partenaire et caressa ses bourses, les massa sans encore oser aller vers son intimité. En réponse, les réactions de Castiel se firent plus contenues, plus douce, sauf pour son bassin qui était parcouru de soubresauts, cherchant à rétablir le contact entre sa virilité et n'importe quoi d'autre. Dean comprenait cette envie, sa deuxième main étant aussi descendue par mimétisme. Il les fit donc toutes les deux remonter, glissa ses doigts le long du membre tendu pour l'empoigner depuis le sommet. Son pouce taquina le gland humide et sensible, faisant presque hurler Castiel.

- Dean... Plus de... gémit Castiel aux portes du septième ciel. Dean !

Le brun débuta le mouvement de pompe, lentement. Trop lentement a priori de l'avis de Castiel qui se colla à lui et écarta la main de Dean pour le masser lui-même. Ce fut au tour de Dean de gémir mais loin d'augmenter sa vitesse, il arrêta au contraire de bouger sa main, le cerveau englué dans le plaisir. Castiel entra donc dans son sous-vêtement et empoigna le sexe de Dean.

Ce dernier inspira bruyamment en sentant la prise ferme sur sa virilité. Castiel n'y allait pas de main morte et le serrait fortement en le masturbant, décuplant les sensations. Inconsciemment, Dean répliqua le mouvement fait sur son membre sur celui de Cas'.

Un rythme rapide, un brin erratique et fiévreux, commença, les transportant vers le plaisir ultime avec force gémissement.

Castiel sentit la jouissance l'envahir en premier, transformant son sang en lave et électrifiant tous ses nerfs. Il jouit dans un cri étouffé, tout son corps se tendant dans l'extase, un cri muet au bord des lèvres, incapable de se contenir plus longtemps tant il avait rêvé ce moment.

Dean empoigna la main désormais sans force de son partenaire qui était posée sur son sexe et reprit le mouvement brièvement interrompu en se mordant les lèvres, les yeux rivés sur le corps tendu et les yeux embués de plaisir de Castiel.

Aidé par les pressions de Castiel sur son membre pendant qu'il allait et venait, Dean gémit, se tendit, sentit sa respiration s'emballer alors que la jouissance montait. Il se cambra dans un dernier mouvement et se libéra dans la paume de Castiel avant de s'effondrer sur le dos, épuisé, la respiration courte et le cœur gonflé par ce qui venait de se passer.

Castiel le rejoignit et se reposa sur son torse. Dean l'enveloppa immédiatement de ses bras et lui embrassa le front dans une geste de pur tendresse. La main de Castiel reposait sur son épaule et son pouce effleurait doucement sa clavicule.

Il était... Bien. Il n'y avait pas d'autres mots. Il était juste... Bien. En paix, heureux, contenté aussi. Son cœur, son corps et son esprit étaient au repos. Il avait un homme dans les bras et s'en fichait royalement, il était simplement bien.

- Merci d'avoir accepté, murmura Dean à son oreille après avoir repris son souffle.

- On ne remercie pas son petit ami pour un truc normal, gronda Castiel en reprenant la phrase qu'il lui avait sorti un mois auparavant.

- Alors juste... Je ne pensais pas ça possible mais... J'ai adoré, dit-il en passant sa main dans ses cheveux de son amant.

- Moi aussi. Dean ?

- Oui ?

- Je t'aime, susurra Castiel à son oreille, souriant dans le noir de la réaction de Dean qui avait resserré ses bras autour de lui.

Le lendemain ça allait être les adieux, la fin des vacances, l'avion, le retour dans le Midwest, mais cette nuit, les deux amants s'endormirent loin de toutes ces considérations terre à terre.

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A suivre...

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Pas de cliff, Dean et Castiel sont réconciliés et même bien plus... Je vais devoirs m'acheter mes propres tomates ce week-end ) Ou pas à cause de Gabe... Oui je sais, je continue de charger la mule ! Maiheuu T_T C'est pas ma faute ! Et promis, tout va bien s'arranger ! (un jour sûrement...)

Pour information, j'ai un compte sur DeviantArt aussi qui me permet de poster des trucs dessinés et colorés (à l'ordi) par moi. L'adresse est sur mon profil et je vais très probablement y mettre quelques craquages (4) au cours de la semaine à venir ! Des fois que vous voudriez voir en couleur ce qui se passe dans mon cerveau dérangé...

Une petite review en passant ? é.è