Bonjour à tous! Il y a de la neige ce matin! Un peu... mais c'est magnifique! Je me sens un coeur en hiver. Bonne lecture!


Je ne peux pas croire à ça. Je ne peux pas croire que je suis assez crétin pour m'être laissé prendre dans son petit jeu. Faire le vide, ne plus penser. Oublier. Douze ans à essayer d'oublier. Deux semaines pour cesser le processus entamé depuis tant d'années. Quelques petites centaines d'heures pour remettre sur le tapis un passé vieux de millions de minutes. Faire le vide, ne plus penser. Dormir. Dix ans de sommeil interrompu, de milliers de nuits agitées. Je suis fatigué, si fatigué. Je voudrais faire le vide, ne plus penser, oublier, dormir.

Je rêve au jour où Bella sera dans mon lit chaque nuit. Son souffle dans mon cou, la chaleur de son corps, la douceur de sa peau m'apaisent et me réconfortent. Depuis le week-end à Montréal, Bella est devenue comme ma dose de valium. Une vague de repos dans une mer d'insomnie. Quelle vague! Du bonheur à l'état pur. J'en déduis qu'il faut apprécier ces petites doses de bonheur quand elles passent car depuis, niet! Je n'ai pu surfer à nouveau. Même lundi soir, je croyais bien l'avoir dans mes bras pour retrouver ceux de Morphée mais elle est repartie avec Angie. Les anges sont prioritaires, surtout quand leurs ailes sont blessées. Mince! Elle me manque!

«Hé! Vieux! Comment va?»

«Salut Jasper!»

«Wow! C'est Bella qui te donne cette mine-là?»

«C'est positif ou négatif?»

«On dirait que ça fait deux semaines que t'as pas dormi!»

Ok, négatif...

«Ça fait dix ans Jasp!»

«Dix ans de débauche... tu ne tiens plus la route, trop vieux. Dis à Bella de modérer avant qu'on te ramasse à la petite cuillère!»

Il se croit si malin...

«Je suis encore capable, ne fais pas de projection.»

«Oooouuuu! L'animal refait surface? Je flaire la compétition du loup qui veut pisser plus loin que le reste de la meute! C'est bizarre, ça sonne Jacob Black... Enfin! Alors, qu'est-ce que ça te fait de baiser une humaine en chair en os et pas juste une poupée Barbie comme celles que tu ramenais dans le temps avant-Bella?»

«Tu pourrais me dire le menu de la cafétéria?»

«Tu changes de sujet?»

«Non, je veux être certain de ne pas manger cette chose que tu viens d'ingurgiter qui te fait parler comme Emmett! T'as une sale gueule!»

«Surement pas pire que la tienne!»

«Je rencontre Sénior aujourd'hui...»

«Nom d'un chien Ed! Je suis désolé!»

«Ouais, ça explique ma gueule mais pas la tienne! Qu'est-ce qui te prend ce matin?»

«Je voulais juste rigoler un peu et voir où t'en étais rendu dans ta relation. C'est la première fois que je te vois accroché comme ça, c'est tellement bizarre! Et vu votre air béat après une fin de semaine à partager le même lit, je me disais...»

«Je ne... nous n'av... en fait Bella et moi n'avons pas...»

«Je veux pas les détails Edward! T'es un grand garçon, Bella est majeure... même si elle est sur le bord! Ahahah!»

Il se croit si drôle...

«Nous avons dormi dns le même lit... juste dormi. Nous avions juste du contentement écrit dans le visage parce que nous sommes heureux ensemble, pas à cause du sexe Jasper.»

Je ne sais pas pourquoi je sentais le besoin de rectifier le tir. Après tout, ce n'est pas de ses affaires mais le fait qu'il associe le mot baiser à Bella, ça me donne des frissons dans le dos. Baiser c'est animal, sans sentiment... vulgaire. J'ai baisé plusieurs femmes et aucune n'était Bella. Elle est tellement plus que ça.

«Ah oui?»

«Han, han...»

«Wow!»

Qu'est-ce que ça veut dire Wow? Super Edward, je suis fier de toi ou je crois que des ovaires envahissent ta cavité abdominale?

«C'est différent avec elle. Je suis vraiment amoureux.» Je ne peux m'empêcher de sourire. «C'est fou, hein? Je l'ai vu pour la première fois il y a un mois et maintenant je ne peux envisager ma vie sans elle...»

Mon ami de plus de dix ans me regarde comme pour la première fois. En fait il me scrute plus qu'il ne me regarde.

«Tu es amoureux, tu veux passer ta vie avec elle et vous n'avez pas eu de sexe encore? Wow!»

«Mais qu'est-ce que ça veut dire Wow, hein?»

«C'est... surprenant?»

«Surprenant!...OK... ç'aurait pu être pire...»

«Non, c'est super Edward! Je ne t'ai jamais vu aussi heureux! C'est wow! Ce n'est pas l'Edward que je connais.»

«Quand même! Comme si je couchais avec tout ce qui bouge! À vous entendre parler, j'ai des pétasses blondes différentes dans mon lit à chaque soir! J'ai eu quelques aventures mais sans plus. Je serais même curieux de comparer mes statistiques aux tiennes!»

«Non, non! Ce n'est pas ce que je veux dire! C'est vrai que nous exagérons un peu mais tu te fais accoster tellement souvent que c'est comme si tu étais avec un paquet de filles différentes chaque fois qu'on sort ensemble. Tu ne peux quand même pas désavouer que tu n'es pas le type à t'engager.»

«Parce que je n'avais pas trouvé et qu'en fait je ne cherchais pas non plus. C'est le destin.»

«Ça c'est du Bella!»

«Ouais! J'adore!»

Je lui donne une claque dans le dos. C'est mon pote et je l'aime... et il m'a fait oublié un instant que j'ai un noeud incroyable dans l'estomac.

«Comme ça tu vas lui parler?»

«Tu parles de Sénior?» Il fait oui de la tête. Lui non plus il n'a pas envie de mettre son nom dans sa bouche. Il ne le connaît pas mais ce n'est pas avec mes commentaires et sentiments qu'il trouve le bonhomme plein de charme! «Il veut me parler face à face. Je me sens piégé à cause de la subvention.»

«Tu n'es pas obligé, tu n'as rien demandé.»

«Je sais... mais en même temps... tu vas trouver ça bizarre car j'ai envie de lui parler et... je n'ai pas envie de le voir! C'est vraiment étrange comme sentiment. Je parlais avec Bella cette semaine et elle m'a dit quelque chose qui m'a fait réfléchir. C'est normal de toujours espérer rétablir les faits avec ceux avec qui nous avons du ressentiment, surtout lorsque c'est avec son père mais l'orgueil gagne souvent au profit de l'humilité. Elle n'a pas tord tu sais. Je crois que ma plus grande peur c'est qu'il gagne au bout du compte.»

«Lui as-tu raconté ton passé avec lui?»

«Pas tout, non.»

«Pourquoi?»

«Pas prêt...»

«Edward!»

«Je le ferai mais pas tout de suite!»

«Pourquoi? T'as peur de la perdre?»

J'ai peur? Bien sûr que j'ai peur! Je suis mort de trouille! À chaque fois que je la regarde, belle, souriante, un coeur d'or et... si pure... j'attends qu'un autre vienne me la voler!

«Edward, regarde-moi.»

J'ai tellement peur que j'en suis paralysé. Pourquoi ma descente aux enfers, toute cette merde remonte à la surface alors que je vis un des plus beaux moments de ma vie! Sénior. Il sera toujours là pour pourrir mon existence!

«Bella est folle de toi et ses intention sont nobles en toutes choses. Peu importe qu'est ton passé, elle ne cessera pas de t'aimer pour ça! T'as pas braqué une banque, t'as pas fait de mal à personne. T'as juste eu un mauvais père, bon sang!»

«Je sais Jasper! Je sais tout ça! Mais c'est comme pour Alice, tu n'as pas envie d'être son héros, son chevalier servant? L'homme qu'elle a envie d'admirer, sur qui s'y appuyer, d'être le plus fort, le plus courageux? Moi j'en crève d'envie!» Je ne peux m'empêcher de détourner la tête pour ne pas laisser voir mes larmes. «Qu'en je pense à Sénior et à tout ce qui s'est ensuivi quand je suis parti de cette maison, ce n'est pas du tout le parcours de l'homme que je m'imagine pour elle! Après toutes ces années, je me sens...argh!»

«Ce que tu n'est pas! Edward! Tu t'en aies sorti! Tu es un combattant, un gagnant! Ne le laisse pas te faire croire le contraire, OK?»

Jasper me prend par surprise, m'enlace et me serre dans ses bras. Je me raidis, mal à l'aise avec ce contact. Il est un frère pour moi mais nous n'avons jamais démontré physiquement notre affection. Il s'en rend compte et se recule en laissant une de ses mains sur mon épaule.

«Relaxe! Je n'avais pas l'intention de te faire savoir que j'avais changé de camp!» Il rit et me donne une claque derrière la tête. «Pauvre Bella! Elle ne sait pas dans quoi elle s'embarque! Quel macho!»


J'ai de la difficulté à me concentrer. Et pour être honnête, ça fait un mois que j'ai de la difficulté à me concentrer au travail. Avec le tourbillon Edward et Gisèle-Angie, il ne reste pas beaucoup de place dans mon cerveau. Mais aujourd'hui, Edward rencontre son père biologique et je sais que ça le met tout à l'envers. Ma situation est pire que jamais. Cette connexion que j'ai avec mon homme est tellement forte que je ressens des émotions qui ne m'appartiennent pas. Toutes mes pensées sont dirigées vers mon amour qui souffre terriblement ces temps-ci. Je ne sais pas ce qui s'est passé pour qu'un père accepte qu'un autre homme adopte son enfant mais ça ne me dit rien de bon. Et sa mère? Comment a-t-elle pu abandonner son fils! Tellement de questions sans réponse. Je comprends qu'Edward ait besoin de temps avant de me partager son passé douloureux mais je me sens heurtée aussi... Pourquoi ne me fait-il pas confiance? Ne sait-il pas que peu importe ce qui qu'il a déjà été ou fait, ça ne changera pas mes sentiments que j'ai à son égard? J'ai besoin qu'il me parle, j'ai besoin de savoir, j'ai besoin de tout connaître de lui. Il me manque! Ses mains sur mon corps, ses lèvres sur les miennes. C'est bien beau se parler par téléphone et prendre le lunch ensemble lorsque nous avons une petite heure de libre mais ça ne remplace pas notre intimité physique.

«Bella, est-ce que tu sais où se trouve le dernier livre de Dany Laferrière parce que je n'en ai plus sur les tablettes et un client en demande?»

«Han?»

«Allo la terre!»

«Oups! Désolée Gisèle! Que m'as-tu demandé?»

«Un client me demande L'énigme du retour de Laferrière. Je n'en ai plus en magasin, j'ai regardé à l'arrière et rien trouvé non plus. Tu sais où le patron a mis la commande?»

«Attends que je réfléchisse, c'est moi qui est reçu la commande cette semaine... où l'ai-je mis?...»

«Bella! Arrête ton Edwarêverie et active-toi, le client attend!»

«Donne-moi 3 petites minutes? Je vais refaire mon parcours pour la trouver.»

«Et qu'est-ce que je dis à monsieur en magasin?»

Gisèle est sur les dents depuis mardi matin. J'ai entamé une démarche lundi soir avec sa fille, ce n'est surement pas un hasard. J'imagine qu'Angie lui en a fait part. Avais-je le choix? Je ne peux laisser la petite avec un secret gros comme sa peine la gruger de l'intérieur... si son beau-père abuse d'elle, je ne peux rester assise sans rien faire! Si ce n'est pas son beau-père, qui ou quoi la tue à petit feu? Encore une fois, je n'ai pas de réponse à mes questions... mais ça viendra. Je ne la laisserai pas tomber.

«Je vais parler au client Gisèle. Et je vais trouver la boîte.» Elle veut arguer encore mais je n'ai pas la patience aujourd'hui. Je lève la main en signe de protestation. «Ça va, je m'en occupe!» Mon ton est peut-être un peu sec mais je n'ai plus le temps d'être compréhensive, j'ai des Edwarêveries à m'occuper!

Où ai-je pu mettre cette foutue boîte... et moi qui n'ai pas demandé à Gisèle de quel client il s'agit. Pas question de retourner lui demander! Voyons qui traîne dans l'allée... Ah! Ça doit être ce jeune homme.. Jeune intello, tout à fait le style. «Monsieur? Êtes-vous le client qui cherchez le dernier Laferrière, qui, à mon avis, est magnifique et son meilleur...» Le client en question se retourne, l'air de ne pas comprendre mon français. Quoi! Mon accent n'est pas si épouvantable! C'est alors que je remarque, par dessus l'épaule de celui-ci, qu'un homme très séduisant, fin quarantaine je dirais, me fixe de son regard perçant. Il porte un complet marine, bien coupé, faisant ressortir les quelques fils argent de sa chevelure. Rarement vu autant d'élégance en personne! Il me met mal à l'aise et me fait prendre conscience de mon apparence défraîchie. Il ne reste presque rien de ma touche légère matinale de maquillage. De mon chignon, savamment négligé, sortent, plus qu'il ne faut, plusieurs mèches rebelles. Mes vêtements sont un peu plissés par une longue journée ayant débuté depuis le lever du soleil. Il ouvre la bouche enfin après cette attente gênante.

«Mademoiselle, c'est moi qui ai demandé un exemplaire de ce livre!»

Cette voix.... envoûtante....

«Bella, c'est ça?» Il est à quelques pas de moi maintenant.

«Heu... oui?» Comment connaît-il mon nom?! «C'est que je ne me suis pas nommée!»

Il rit me révélant un dentier magnifique. Blanc. Trop blanc.

«Je suis désolée mademoiselle. Je dois avouer ma culpabilité ici. J'ai écouté aux portes.» Il se penche vers moi, mimant la confidence, me déversant ses effluves d'aromate fine et musquée. «Votre collègue en furie vous a donné quelque fil à retorde et je n'ai pu m'empêcher d'écouter votre échange. Elle vous a appelé Bella et je me suis dit que ce nom vous allait à ravir.»

Le feu me monte aux joues (naturellement!). Il sourit en coin me laissant percevoir qu'il sait que son compliment n'est pas pas tombé dans l'oreille d'une sourde.

Je me retourne lui désignant l'arrière du magasin, me permettant à la fois de masquer quelque peu mon trouble. «Ils sont très populaires, ils sont partis comme des petits pains chauds mais je sais que nous avons reçu une commande cette semaine, pouvez-vous attendre le temps que je les retrouve?»

«J'ai quelques minutes devant moi et j'ai envie de le lire alors je vous laisse chercher... Bella.»

«Bien, je reviens. Merci!»

Je me remets de mes émotions tranquillement et me dirige rapidement à l'arrière de la librairie. Je dois trouver et vite, que ce client parte le plus rapidement possible. Il avait l'air de s'amuser à m'embarrasser de la sorte. Ce petit paquet est trop bien caché, ce n'est pas si grand ici pourtant! Allez Bella, rappelle-toi ce que tu as fait après avoir signé le coupon de livraison... J'ouvre la porte du frigo pour rire, c'est bien le seul lieu qui n'as pas été inspecté... Eurêka!

La boîte est là!

OK....

Je dois sortir Edward de ma tête!

********

«Bon sang! Vous gardez vos livres au frais!»

«Heu... oui... il était tout près de l'air climatisé alors...»

On se souvient que je suis la pire menteuse en ville...

«Vous faites fonctionner votre air climatisé au milieu de septembre!»

«Heu... ce n'est pas très écolo en effet (mais qu'est-ce que je dis, pardi!)...»

«Je ne suis pas un fan de l'écolo non plus c'est juste qu'il ne fait pas très chaud à l'extérieur!»

«Oh! Mais je suis TRÈS écolo, la planète et les animaux, ça me tient vraiment à coeur!»

«Ah! Et vous faites fonctionner un bouffeur d'énergie pour rafraîchir l'air ambiant quand il fait moins de 20 degrés à l'extérieur!»

«C'est que... Argh! Pour être franche... j'avais mis la boîte dans le réfrigérateur. J'avais surement la tête ailleurs lorsque j'ai accueilli ce charmant paquet.»

Il éclate de rire.

«Bella! Vous êtes une femme, non pas seulement magnifique, mais pleine de rebondissements. L'homme qui se trouve à vos côtés ne doit pas s'ennuyer!»

Bis... couleur rouge pompier à nouveau. Je n'ai jamais compris qu'un homme puisse me voir autrement qu'ordinaire... enfin qu'il puisse me voir point. Qu'un homme d'une grande beauté, en plus d'un âge certain me complimente, ça ne s'insère dans aucun compartiment de ma logique. Je ne suis pas si naïve, je comprends que l'homme a parfois besoin de tester son pouvoir d'attraction, voir si le chromosome XY aimante toujours le chromosome XX. Mais ce qui me trouble c'est qu'un homme passé la quarantaine ait besoin de s'assurer qu'il peut toujours brasser les électrons d'une XX de moins de vingt ans. C'est comme brancher une vieille série de lumières de Noël avec une neuve. On peut penser que la neuve donnera de la puissance à la vieille, la refaisant briller de mille feux. Non, les résistances tronquées de la vieille boivent le jus de la nouvelle, faisant flancher celle-ci avant son temps. C'est mathématique... ou physique... métaphysique? Bof! Je suis en littérature, la science n'est pas mon domaine!

«Ce sera tout?»

Sans attendre sa réponse, je me retourne et me dirige vers la caisse. Il est plus troublant qu'une simple gêne par trop d'attention. J'ai ressenti pareille (sans être pareille...) émotion la première fois que j'ai posé mon regard sur Edward. Son regard m'avait transpercé comme s'il pouvait lire mon âme tel un livre ouvert. Cette fois-ci, je n'ai pas envie que cet homme capte aucun des chapitres de ma petite vie, même pas la jaquette arrière pour avoir un court résumé de ma personnalité. Mon histoire appartient à ceux que je veux bien me laisser connaître. Le regard bleu polaire est glacial lorsqu'il prend le sac que je lui tends.

«Au plaisir de vous revoir chez Forks!»

«Qui sera partagé chère demoiselle.»

Plus qu'un regard, c'est un souffle glacial qui glisse le long de ma moelle épinière. Mes poils se hérissent, mon corps frissonne, quelle sensation désagréable! Il se retourne et d'un pas élégant (la tête haute, les épaules droites tout en étant tout à fait décontracté... mais comment fait-il!), il se dirige vers la porte et disparaît hors de la librairie.

«Bella, j'ai vu le client sortir. Tu lui as trouvé le bouquin manquant?»

«Oui.»

Une autre qui me met mal à l'aise...

«Bon... tant mieux.... hummm... une petite peste a foutu le bordel dans la section enfant, tu pourrais remettre de l'ordre là-dedans?»

«Bien sûr... Gisèle, on peut se parler?»

«Pas maintenant.»

«Quand?»

«Je ne sais pas Bella.»

«Je vais aller ramasser le gâchis alors.»

«C'est ça.»

C'est vraiment une journée étrange. J'ai souvent l'impression de ne pas être à ma place mais ça ne m'était jamais arrivée dans une librairie... dans MA librairie en plus. J'ai déjà servi quelques clients légèrement déplacés, j'ai parfois été déplaisante à leur égard aussi mais jamais je ne me suis sentie hors des murs parmi les livres. Aujourd'hui, c'est une première. Je voudrais être le plus loin possible de cet endroit.

«Humm... tu as déjà vu ce client?»

«Pretty handsom, hue? Il n'est jamais vu venu ici, je l'aurais remarqué! Mais son visage m'est familier. C'est peut-être un acteur ou quelque chose comme ça.»

«Ça pourrait expliquer sa présence envahissante. Il était intimidant.»

«Il pourrait se le permettre avec le physique qu'il a, mais, pour ma part, je l'ai trouvé très courtois. Tu sais, il ne faut pas toujours voir le mal partout! Tu dois aller plus loin que ta première impression.»

J'ai compris le message, le ton sarcastique ne laissait rien au hasard. «C'était juste une question comme ça. Je... je retourne travailler.»

Mais quelle journée! Je dois la comprendre, elle souffre. Ce n'est pas facile ce qu'elle vit en ce moment alors arrête de penser à ta petite personne Bella. Pense plutôt à Edward qui passe un mauvais quart d'heure. Edward. Je pense à toi mon amour...


«Monsieur?»

«Une réservation au nom d'Edward Masen.»

«Oui monsieur Masen, suivez-moi.»

«Non...»

L'hôtesse me regarde avec une expression de surprise.

«Ou..oui, je vais vous suivre et non je ne suis pas monsieur Masen. Cullen, mon nom est Cullen.»

Si ça trouve, je vais lui dire qu'elle est la prochaine BondGirl et que je suis l'agent 007. Au moins, elle sourit.

«Alors, suivez-moi monsieur Cullen.»

Bon, elle sourit peut-être un peu trop...

«J'imagine que monsieur Masen n'est pas encore arrivé?»

«Pas encore.»

«Merci.»

«Tout pour vous plaire.»

Elle sourit définitivement trop. Mais qu'est-ce qu'elle fait plantée là.

«On vous sert quelque chose à boire?»

C'est une collante. Il fallait que ça tombe aujourd'hui, sur moi.

«Non, merci.»

«Je devine que pour vous c'est un Martini, extra olive. Je me trompe? Allez, avec les compliments de la maison.»

Compliment de la maison mon oeil...

«Vous vous trompez, désolée. Je ne bois plus depuis dix ans. Mais merci quand même. Excusez-moi, j'ai un appel à faire.»

Je prends de l'alcool à l'occasion mais c'est trop fascinant de voir la réaction des gens lorsque je lâche cette bombe. C'est le genre de remarque qui scie les jambes et qui décolle les collantes. Et effectivement, ça fonctionne car la chère demoiselle est promptement retournée au travail.

«Bonjour ma chérie.»

«Edward! Où es-tu? Tu as rencontré ton pè... hue, monsieur Masen...ark! Je ne sais pas comment l'appeler!»

C'est fou comme un si petit bout de femme peut me jeter à terre. Ma tension vient de tomber d'un coup. Sa fraîcheur, sa candeur, sa douceur... Wow! Ça rime en plus!

«Sénior.»

«Edward! Si j'avais à le rencontrer, je ne l'appellerais jamais par son prénom!»

«C'est réglé car tu ne croiseras pas sa route, fais-moi confiance! Je l'attends présentement, j'en profite pour dire une petit coucou à mon ange avant de rencontrer le diable.»

«Je croyais que c'était Dark Vader?»

Je ne peux m'empêcher de rire.

«Est-ce que tu connais Dark Vader Bella?»

«Edward! Pour qui me prends-tu! C'est le grand robot doré dans Star Wars!»

J'arrête de respirer un instant.

«Es-tu sérieuse?»

Elle ricane au bout du fil.

«Ah! Ah! Je blague! C'était presqu'un sacrilège hein? Qu'est-ce que vous avez avec ces trucs de science-fiction?»

«Qui ça vous?»

«Les hommes en général!»

«Aaahh! Je ne sais pas si je peux répondre pour l'homme en général mais il te serait difficile de comprendre. C'est comme les outils, le hockey et les voitures. C'est sacré.»

«Wow! Je crois que j'ai des informations à rattraper. Je savais pour la voiture mais le hockey et les outils...»

«Tout vient en son temps beauté! Je t'emmènerai voir un match de hockey au centre Bell à Montréal et tu vas comprendre tout de suite. C'est le délire à chaque fois. Pour les outils, je fais exception à la règle, je suis un piètre rénovateur! Trop de pouces dans les mains!»

«Edward Cullen mauvais dans quelque chose! Intéressant!»

«Arrête de te moquer! Parle-moi de toi. Comment était ta journée?»

«Non toi. Ta journée?»

«Il y a quelque chose qui ne va pas darling

«Non, pourquoi me poses-tu cette question?»

«Tu fais de l'évitement. You avoid my love...»

«Oh! Je ne voulais pas t'embêter. C'est difficile avec Gisèle et... c'était une drôle de journée mais ça va. Surtout depuis les cinq dernières minutes!»

Ça ressemble à un sourire dans la voix. Je soupire par trop plein d'émotions.

«C'est la même chose pour moi. Je t'aime ma Bella et je voudrais que tu sois ici, avec moi.»

«Je t'aime aussi. Appelle-moi quand tu auras terminé avec Darky ok? Promis?»

«Darky hein? Ah! Ah! Promis!»

«Même si tu te sens, selon ton expression, "à chier", tu m'appelles!»

«OK, à plus tard Bellissima!»

«Bye!»

Je ne peux m'enlever ce sourire mielleux du visage. Pas la meilleure façon d'accueillir ce bâtard par contre. Il faudrait que j'affiche un air plus en colère. Je n'aurais pas dû l'appeler, elle me rend trop guimauve.

«Edward?»

Je me retourne et le vois, pareil à mes derniers souvenirs. C'est bizarre de ne rien ressentir. Il ne m'affecte plus. Il n'est rien pour moi. Rien.

«Sénior.»

Il me tend la main que je serre fermement, ne lui laissant aucunement croire qu'il m'intimide.

«Je déteste que tu m'appelles Sénior.»

«Comment veux-tu que je t'appelle? Monsieur Masen?»

Il ne répond pas. Il contourne la table et s'assied face à moi.

«Tu as changé.»

«C'est ce qui arrive habituellement lorsqu'on devient un homme. Ça fait douze ans que tu ne m'as pas vu.»

Qu'est-ce qu'il pensait? Que j'avais arrêté de grandir et que je parlais encore avec voix quatre tons au-dessus de la portée!

«J'ai suivi ta carrière. J'ai vu plusieurs photos au courant des années. C'est différent que de te voir en personne.»

«Ma carrière t'intéresse?»

«Bien sûr! Tu es mon seul fils!»

Je rêve ou il me sort son mélo. J'espère qu'il n'essaie pas de jouer le père prodigue! Je dois garder mon calme, ne pas entrer dans son jeu. «Ne commence pas. Je ne suis plus un Masen, je suis un Cullen.»

«Tu seras toujours mon fils, que tu ne le veuilles ou non. Mon sang coule dans tes veines.»

«Être père n'est pas qu'une question de globules rouges et de chromosomes, c'est quelqu'un qui prend soin. Ce qui implique d'être présent, ce que tu étais incapable de faire. J'ai trouvé un père et tu n'es qu'un géniteur pour moi. Est-ce que tu veux vraiment que notre conversation prenne cette tangente? Parce que je ne suis pas certain que j'ai envie de ça.»

«Je te demande pardon. Je suis allée trop vite! J'aimerais reprendre contact Edward. J'ai changé... je regrette...»

Sa voix craque et ce n'est plus un magna de la finance que j'ai devant moi mais un homme. Edward Sénior Masen n'a jamais été qu'un homme. Il était le patron, le génie des affaires, le virtuose au piano, l'athlète du collège, le tombeur de ces femmes... et si ce n'était que des femmes... il a toujours poli son image pour nous laisser l'impression de perfection et de brillance. Ce qu'on devine qu'il n'était pas de l'intérieur. Mais laisser transparaître une faille en public...

«Que regrettes-tu au juste?»

«Toi!»

«Tu me regrettes? Mais qu'est-ce que ça veut dire? Ça ne veut rien dire! Sois plus clair!»

«Je regrette de t'avoir donné à Carlisle Cullen.»

«C'est ce que tu regrettes! De m'avoir donné?! À une famille unie qui m'a accueilli immédiatement comme un des leurs, qui m'ont aimé, éduqué, sorti de la merde sans RIEN demander en retour. Qui m'ont accepté tel que j'étais... et tu te souviens que je n'étais pas au mieux de ma forme. Qui m'ont respecté. Respecté Masen! De tout ce que tu m'as fait et de ce que tu n'as pas fait, c'est de m'avoir DONNÉ que tu regrettes? Tu n'as rien donné, tu as perdu. N'oublie pas ça. L'argent ne peut pas tout acheter!»

L'argent, le mot magique. Il se tortille sur sa chaise, visiblement en colère. Je me souviens de ce regard noir, glacial, déconnecté du père qu'il devait être. Je fuyais alors. Je me repliais dans le souvenir du père que je voulais avoir, celui incroyablement beau au regard d'azur, unique, celui que je n'ai presque jamais vu. Ce que j'ai pu être dégoûté par ces yeux bleus filtrés par l'ébène. Ces mêmes iris font partis de mes cauchemars encore aujourd'hui même si je n'y attache plus son visage. Je me refuse toute liaison psychique, diurne ou nocturne avec ces ténébreux souvenirs.

«J'aurais pu refuser. J'ai consenti.»

C'est ce qu'on appelle de la condescendance...

«Refuser? Et dis-moi, qu'aurais-tu perdu alors, hein? Probablement tout. Et je savais que je ne faisais pas le poids contre ton entreprise et ta réputation. Tu ne te souviens pas avoir eu quatorze ans? On est pas naïf. C'était MON choix de partir et j'ai utilisé MES cordes que les avocats n'ont eu qu'à tirer. Ce sont MES conditions qui ont été stipulées. Je savais très bien comment me sortir de cette maison et de ton emprise. J'aurais fait n'importe quoi... même utiliser la mort pour tirer un ligne sur cette vie. Ne te crois pas si malin, tu n'as rien donné, j'ai repris!»

«Tu me détestes vraiment... je peux comprendre.»

«Franchement? Je n' ai aucune idée si je te déteste. À l'époque certainement, aujourd'hui tu ne me fais ni chaud, ni froid. Jusqu'à il y a deux semaines, tu ne faisais pas partie de ma vie.»

«Et maintenant?»

Je le fixe, ne voulant pas répondre. J'ai menti... parce que je n'ai pas d'autres choix si je veux continuer à me mentir. Il a toujours fait partie de ma vie. Et je déteste qu'il en soit ainsi. Il m'a marqué, mordu comme un vampire sur sa proie. Il a pris mon innocence, ma vitalité à s'en prendre plein la bouche. Buvant de ce qui coulait dans mes veines, son propre sang. Il a ingurgité tout le Masen en moi, me laissant vide, vide de sens, vide de vie. Comment puis-je penser que ce regard qui hante mes nuits n'est pas relié à cet homme... l'instinct de survie ne veut plus y penser mais puis-je revivre pleinement si je ne lui fais pas face?

«Tu n'es pas tiède, Edward. Tu as le tempérament bouillonnant de ta mère. C'est pourquoi je t'ai ouvert des portes pour ton projet, je sais que tu as de l'avenir.»

«Je ne t'ai rien demandé, je ne voulais pas de ta porte Sénior et n'essaie pas de dire que tu me connais!»

Cette fois, je n'ai pu m'empêcher de lever le ton. Il ne répond pas. À quoi s'attendait-il? Une accolade peut-être? Ah! Ah! Quel sens de l'humour Edward! Ne voulant pas le regarder droit dans les yeux, je prends conscience de mon environnement. Nous sommes placés sur le côté d'un mur et les trois autres tables qui nous entourent sont inoccupées. Je ne sais si c'est un hasard puisque toutes les autres places, à ma vue, sont vivantes de travailleurs en pause déjeuner. La salle se met alors à tourner et je me sens au centre d'un vide qui s'élargit de plus en plus... je tombe, rien pour m'accrocher. Oh! Non, ça recommence! Mon nom est appelé au loin, essayant de me ramener au large de la réalité mais la vague qui m'emporte est beaucoup trop forte. Je me noie dans cette mer d'amertume. Mes membres sont lourds par le poids de toutes ces eaux qui m'ont imbibés au fil du temps. J'avais pourtant sécher les larmes de mon passé. Comment le courant est-il revenu si vite! Même si cette tempête fait rage dans ma tête, reste-t-il un coin de ciel qui pourrait me montrer quelqu'étoile que je pourrais suivre? Un guide pour me diriger tel celle du Berger il y a deux milles ans? Oh! Seigneur, vient me sauver! Porte-moi, je t'en prie! Bella... Bella, j'ai besoin de toi.


«Bella Swan?»

«Oui, qui est à l'appareil?»

«Garde Pronovost du département de psychiatrie de l'hôpital de Trois-Rivières. Vous êtes la conjointe d'Edward Cullen?»

Conjointe? Ce n'est pas pour une bonne nouvelle! Un sentiment de panique m'envahit. Mon Edward est à l'hôpital! Comment savent-il que je fais partie de sa vie, Edward m'aurait-il mise sur la liste de contacts?

«Ou...oui. Que se passe-t-il?»

«On m'a fait part de vous avertir qu'Edward Cullen est hospitalisé à notre département. Il semble avoir fait une crise d'anxiété et a perdu conscience dans un lieu public. Il a repris conscience mais n'a pas reconnecté complètement avec la réalité. Il ne cesse de vous appeler, madame Swann. Serait-il possible de venir à l'hôpital?»

Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, que lui a-t-il fait? J'essaie de retrouver ma voix mais c'est difficile quand le seul son qui veut sortir est un cri de détresse.

«Bien sûr, je serai là dans environ 35 minutes. Comment... comment avez-vous eu mes coordonnées?»

«Merci. Humm... Écoutez madame Swann... Je connais bien Edward puisque nous travaillons souvent ensemble... nous l'aimons tous ici au département et j'avoue que nous sommes un peu sous le choc. Il est contraire aux règles, vous savez, de contacter autres que les membres de la famille. La personne qui a conduit Edward ici nous a donné votre numéro de téléphone et nous a fortement suggéré de vous appeler puisque vous étiez une personnes très signifiante pour lui. Je crois que c'est maintenant confirmé puisqu'il crie et murmure votre nom depuis une heure. Edward est à la chambre 1315.»

Jasper.

«J'arrive. Merci encore.»

C'est un trajet de voiture qui ne m'a jamais paru aussi long. Après avoir stationné le plus près de la porte principal (tant pis pour le prix exorbitant!), je cours comme un poule sans tête dans les corridors immaculés de cette boîte aux arômes de médicament. Je déteste cet endroit, trop visité par mes nombreuses chutes. Un brin de raison me fait m'arrêter à un poste d'infirmières pour demander mon chemin qui me calme et m'explique comment me rendre au département de psychiatrie. Je ne pense plus, je ne réfléchis plus, je marche. Je marche vers mon homme, mon amour. Je ne vois rien, je ne regarde rien d'autre que vers l'avant, la direction qui m'amène à l'air que j'ai besoin de respirer. Parce que j'étouffe. La douleur m'oppresse. Sa douleur est ma douleur et je sais qu'il souffre. C'est presqu'insupportable... 1309...1311...1313...

«Edward?»

Il n'est pas seul dans sa chambre mais je ne peux voir que lui, couché dans ce lit blanc comme dans un linceul. Je cours réfugier ma tête dans son cou et embrasse sa mâchoire. Je m'assied au le bord du lit et prends son visage entre mes mains, approchant mon visage à quelques centimètres du sien. Tout doucement, je l'appelle du fond de sa détresse.

«Edward, mon amour, tu m'entends?»

Il ouvre les yeux. Il me voit. Il sourit.

«Ma Bella. Ma Bella.» Il prend aussi mon visage entre ses mains et caresse mes joues. «Je suis désolé! Je ne suis pas aussi fort que tu ne le croyais. Je suis tellement désolé ma Bella.»

Mes larmes se mélangent aux siennes.

«Je t'aime Edward, je t'aime tellement. Ne sois pas désolé, tu es parfait comme tu es, tu es tout ce que je n'ai jamais rêvé d'un homme. Tu peux t'appuyer sur moi, parle-moi.»

«J'ai peur, si tu savais.» Ses larmes sont transformées en sanglots. Il se soulève pour se mettre en position assise et il me serre dans ses bras. Si fort que j'en ai de la difficulté à respirer. Je suis bien, parce qu'étrangement, je me sens vivante.

J'entends des pas derrière moi. C'est alors, que sans desserer mon étreinte, je regarde par de là mon épaule pour découvrir le dos d'un homme qui se dirige vers la porte. Il s'arrête avant de sortir, se retourne. Nos regards se soudent.

«Vous?»