Tout en rédigeant sa dissertation, Lily, assise à une des tables de la salle commune, jetait de fréquents regards vers la porte, attendant avec une certaine appréhension le retour de son amie Louise, partie finir la potion pour Remus. Elle lui avait bien proposé de l'accompagner, mais la jeune femme avait refusé, arguant que, de un, elle devait tenir la promesse qu'elle avait faite à Rogue, disant que ni l'un, ni l'autre n'amènerai quelqu'un au laboratoire de potion, de deux, elle savait se défendre et, enfin, de trois, que Rogue savait à quel moment, elle devait venir finir sa potion et qu'elle était sûr que le jeune homme ne serait pas là, ne souhaitant pas l'affronter. Face à ces arguments, Lily n'avait pu que laisser partir Louise, surtout que du fond du canapé où ils étaient affalés, Tristan et Armand avaient mentionné que Louise était une vrai tête de mule et qu'il était difficile de lui faire changer d'avis. Celle-ci répliqua que les deux frères devraient s'écraser un peu parce que cette attitude était un trait famille qui avait tendance à les mettre dans des situations assez bizarres, dont certaines qu'on pouvait qualifier de dangereuse. Le départ de la salle commune de Louise fut accompagné par un lancé de coussins qui s'écrasèrent sur la porte que la jeune femme venait de fermer.

Louise revint trois-quarts d'heure plus tard, une petite boite dans la main et une expression choquée au visage. Sans hésiter, Lily attrapa son amie par le bras et l'emmena dans le dortoir des filles, avant qu'un des frères de la jeune femme n'ait fait un geste. Armant et Tristan venaient de se lever du sofa où ils étaient en train de discuter de Quidditch, quand la porte du dortoir des filles de septième année claqua. Ils se regardèrent puis haussèrent des épaules dans un geste synchrone. Ils avaient certes tout partagé depuis qu'ils se connaissaient tous les trois, mais ils n'avaient jamais vraiment été à l'aise quand ils parlaient ensemble de tout ce qui se rapportait à la sexualité et à l'amour, aussi les deux sorciers étaient heureux que Lily soit là pour s'occuper de Louise et de son histoire avec Rogue. Ils se rassirent et reprirent leur discussion, non sans jeter un regard curieux vers le dortoir des filles.

Dans celui-ci, Lily fit doucement assoir Louise sur son lit et prit délicatement la boite que la jeune femme tenait convulsivement dans sa main. Elle hésita un instant avant de l'ouvrir. Elle voulait savoir ce qui pouvait avoir choqué tant que cela son amie, mais c'était violer l'intimité de la jeune femme, et Lily avait déjà pas mal abusé quand elle avait regardé le carnet à dessin de son amie. Pourtant, lentement, de peur de ce qu'elle pourrait découvrir, elle souleva le couvercle, révélant, posé sur un papier de soie blanc, une boutonnière faite avec une fleur que toutes filles souhaiteraient arborer fièrement à leurs robes, un Amor, la fleur de l'Amour. De l'amour sans qualificatif, pas absolu, infini, passionnel, … Non, juste l'amour avec un grand a, le plus pur, l'unique. Celui que tout le monde espère rencontrer un jour, mais que peu de gens reçoivent. Et l'Amor représente cet Amour, il est la fleur de ce sentiment. Seul une personne, au cœur rempli de ce sentiment et pensant assez fort à l'être aimé pour se laisser guider par la magie, découvre cette fleur, qui se cache aux yeux de tous. Lily n'en revenait pas d'avoir cette fleur entre les mains. Cette fleur si rare, qu'elle avait trouvé banal la première fois qu'elle avait en photo dans son livre de botanique, une forme de coquelicot, pas plus grand qu'une pâquerette, les pétales blancs, le cœur gris. Elle n'avait pas compris comment cette fleur, si insignifiante et pas si jolie que cela, pouvait représenter l'Amour. Mais en la voyant sous ses yeux, elle s'aperçut que le cliché ne rendait pas sa beauté. Ses pétales n'étaient pas du banal blanc, mais un blanc irisé, son cœur était couleur mercure. Elle brillait de mille feux. L'Amor était une fleur magnifique.

Après avoir contemplée la fleur et passée la surprise d'avoir cette plante si rare et si symbolique entre les mains, Lily se concentra sur la boutonnière pour déterminer qui était le garçon qui l'avait faite pour Louise, même si, au fond d'elle, elle se doutait de son identité. Comme James avait fait, la personne avait mis sa chevalière autour des tiges des trois Amors qui formait la boutonnière. La bague était en or avec de légers reflets vert pâle. Elle semblait ancienne et ne portait sur le dessus que les armoiries de la famille qu'elle représentait, un serpent enroulé autour d'un chaudron, signe que la famille était un clan de maitre-potions renommés, surmonté d'une couronne. Elle connaissait très bien cette chevalière, pour l'avoir vu petite, au bout d'une chaîne autour du cou de son ex-meilleur ami, puis, plus tard, à son doigt. Comme elle le pensait, ce présent venait de Severus Rogue et elle pouvait comprendre que pour Louise soit assez choquée d'avoir reçu cela de sa part, quand on connait les idées du jeune sorcier sur les loups-garous et surtout, pour Louise, quand on connaissait son ancien futur.

-Est-ce une blague de mauvais goût, demanda d'une voix faible Louise.
Lily sursauta. Pendant qu'elle observait le présent de Rogue, Louise avait repris contact avec la réalité et la sorcière rousse ne l'avait pas remarqué.
-Je ne pense pas.
Louise lança un regard septique à Lily.
-Je connaissais Rogue plus jeune et il n'est pas comme ça, du moins, il n'était pas comme ça.
Louise secoua la tête de gauche à droite.
-Je ne comprends plus. Je ne sais pas sur quel pieds danser, pas après sa réaction quand je lui ai parlé de ma contamination et pas après ce que j'ai vu de lui dans le futur.
-Je ne sais pas non plus quoi en penser. Mais une chose est sure, la présence de ces fleurs prouve que Severus t'aime.
-Tu crois, demanda Louise pleine d'espoir.
Louise regarda un instant son amie, cherchant dans les traits de la jeune femme, si elle avait posé cette question parce qu'elle avait besoin d'être rassuré ou parce qu'elle ne connaissait pas la particularité des fleurs qui composées sa boutonnière.
-Louise, sais-tu le nom de ces fleurs et leur particularité ?
La jeune sorcière regarda un long moment le présent de Rogue, les sourcils froncés, concentrée. Lily put lire facilement le cheminement des pensées de son amie en scrutant son visage. Elle vit les sourcils, lentement se détendre, puis remonter vers le front, alors que les yeux s'écarquillèrent.
-Oh Merlin ! C'est des Amors, chuchota Louise.
Elle releva la tête et plongea son regard dans celui de Lily pour une confirmation. La jeune rousse inclina la tête de bas en haut.
-Oui, c'est bien des Amors.
-Alors ça veut dire que…
-Que tu es la plus chanceuse des femmes. Tu sais de quelle nature est l'amour que te porte Severus.
Louise prit dans ses mains la petite boite que tenait toujours Lily, enleva la chevalière des tiges d'Amors et la tint à hauteur du regard quelques instants, semblant réfléchir à ce qu'elle allait faire.

Même si la boutonnière représentait beaucoup, de part les fleurs qui la composaient, la chevalière représentait encore plus. C'était le premier pas dans un engagement à vie entre deux personnes, et surtout, le plus grand. Celui qui ne faut pas prendre à la légère. Cette chevalière ne représentait pas un amour de jeunesse qu'on se souviendra plus tard avec un sourire nostalgique ou indulgent sur ces promesses d'amour éternels chuchotées aux creux de l'oreille, ou sur ces je t'aime pour toujours, oubliés. Non, elle représentait une union entre deux personnes ayant des sentiments forts l'un envers l'autre, acceptant les défauts de l'autre, appréciant ses qualités, les mélangeant à ses propres caractéristique, pour former une entité, un tout. Louise savait que cela ne pouvait marcher entre Severus et elle que si tout était clair entre eux, sans non-dit, sans secret. Parce que Severus n'aimait pas cela et elle le comprenait, parce qu'elle, non plus, ne supportait les mystères. Mais que devait-elle faire ? Si elle acceptait la boutonnière, elle devait accepter la chevalière parce que Severus ne se contenterait pas d'un demi-engagement. C'était un homme tellement entier, qui n'appréciait pas les indécis, pour lui c'était oui ou non. Il voulait être fixé, savoir où il allait, il n'aimait pas avoir un couperet au-dessus de la tête. Louise savait que les années d'espionnage avaient été dur pour Severus, ne jamais savoir si il reviendrait vivant d'une réunion avec Voldemort, ne pas savoir si il serait vivant à la fin de la guerre. A cause de cette incertitude, l'homme avait préféré ne jamais s'engager auprès de quelqu'un, que ce soit en amitié ou en amour, ne voulant pas que la personne souffre de cette précarité. Parce que le jeune homme avait déjà supportait cet état à cause de ses parents, parce qu'il ne savait jamais si à son retour de Poudlard, il allait retrouver sa mère vivante, ou morte, tué par son mari.

Louise savait que accepter la bague, signifier révéler son histoire, son secret. Aimait-elle assez Severus pour le révéler? Est-ce que ce début d'histoire d'amour valait le coup de risquer la mission que Dumbledore leur avait confiée ?
-Que dois-je faire, demanda-t-elle à Lily.
-L'aimes- tu ?
-Oui, répondit Louise sans réfléchir.
-Vraiment ?
Louise réfléchit un instant.
-Oui.
-Alors tu sais ce que tu dois faire ?
-Oui.

Louise remit dans la boîte la boutonnière et la chevalière, elle ne voulait pas les mettre encore, souhaitant laisser une porte de sortie à Severus après qu'il est pris connaissance de son secret. Lui laissant, ainsi, une chance de changer d'avis, parce qu'elle ne voulait pas que le jeune homme se sente piéger. Elle descendit les marches du dortoir, traversa la salle commune au rapidement ne jetant aucun regard sur ses frères ou sur les Maraudeurs et commença à courir à travers les couloirs et les escaliers dès le portrait de la Grosse Dame franchit. C'est essoufflée qu'elle donna le mot de passe au maître May et qu'elle pénétra dans le laboratoire de potion. Comme elle le pensait, Severus était bien présent. Assis dans des fauteuils de la pièce, il l'attendait. Offrant un visage neutre, Louise savait que Severus était nerveux à cause de ses mains légèrement tremblantes et remarqua le regard déçu du sorcier quand il découvrit que la jeune femme ne portait pas ses présents. Elle lui fit un sourire confiant et s'installa sur l'autre fauteuil.
-Avant d'accepter tes présents, laisse-moi te raconter mon histoire.