Chapitre 21
Sirius sentait une douleur sourde lui marteler les tempes. Oh non, non, non… ! Il ne voulait pas ouvrir les yeux, il avait peur… Non, il ne pouvait pas laisser ce sentiment-là le dominer. Il devait faire face, s'efforcer de se relever.
Il était allongé contre un mur, dans un couloir du cinquième étage. Et il avait mal, comme toujours. Mais s'il reconnaissait parfaitement la douleur qui irradiait dans son bassin jusqu'à ses cuisses, il n'en était pas de même pour la brûlure intense qui lui déchirait le ventre.
Il s'assit et s'adossa au mur, avec une grimace. Lentement, il déboutonna sa robe. Sa chemise blanche, en dessous, était tâchée de sang. Il se mordit les lèvres. Qu'est-ce qu'on lui avait encore fait ?! Il souleva le tissu avec précaution.
La peau, au-dessus de son nombril, avait été profondément entaillée en une multitude de coupures douloureuses. Des coupures qui formaient des lettres, d'après ce qu'il put en juger.
Quelqu'un avait inscrit le mot « pute » dans sa chair.
Il effleura les coupures du doigt et regarda le sang qui le macula aussitôt avec dégoût et lassitude. Avec quoi allait-il soigner cela ? La potion contre les contusions de Pomfresh se révélerait sans doute inefficace, dans ce cas précis.
Et c'est une blessure magique, pensa-t-il. Je doute qu'un simple pansement suffise…
Il rajusta sa chemise souillée soigneusement. Il ne pouvait pas rester comme ça, dans le couloir…
« Ah, je vous trouve enfin, sale petit morveux ! gronda la voix nasillarde de Rusard. Voici plus d'une heure que je vous cherche partout ! Le professeur MacGonagall sera ravie de voir avec quel sérieux vous venez me retrouver pour vos punitions ! »
Le concierge se planta devant Sirius, les poings sur ses hanches maigres, et le dévisagea avec une joie féroce. Sirius, qui avait refermé précipitamment sa robe sur son ventre, s'appuya sur le mur derrière lui pour se relever.
« Et quelle excuse allez-vous nous pondre, cette fois-ci ? poursuivit Rusard en le regardant avec dédain.
- Je ne me sens pas très bien… » murmura Sirius. C'était vrai. La brûlure s'était intensifiée, lui nouant désagréablement les entrailles. Rusard fronça les sourcils. « Vous avez encore fait quelque blague idiote qui a mal tourné… » suggéra-t-il froidement. Sirius ne se donna pas la peine de répondre. Si ce crétin était incapable de voir qu'il était au bord de la syncope…
Il fit quelques pas dans le couloir. Peut-être que s'il marchait un peu…
Ce fut pire. Un violent spasme le plia en deux, et il vomit le peu de nourriture qu'il avait réussi à ingurgiter au repas de midi, sous le regard dégoûté de Rusard. « Qu'est-ce que… » marmonna celui-ci.
Il regarda Sirius se redresser sans esquisser le moindre geste vers lui pour l'aider ou le soutenir. Celui-ci écarta les mèches de cheveux trempées de sueur qui lui balayaient le front et respira doucement, pour s'empêcher de vomir à nouveau. « Je ne me sens pas bien du tout… répéta-t-il dans un murmure à peine audible.
- C'est ce que je vois… Je vous accompagne chez Pomfresh. »
Un long tremblement agita Sirius. Non, il ne fallait pas que Pomfresh l'examine. Il ne fallait pas qu'elle voit ce qu'on lui avait fait. Il devait se reprendre tout de suite.
« Ça ira, assura-t-il.
- Vous venez de vomir dans le couloir… remarqua Rusard. Et vous ne tenez pas sur vos jambes. Et votre visage est tout gris.
- Je vais aller mieux dans une minute…
- Ah, je vois ! Vous avez peur que l'infirmière découvre quelle misérable sottise vous avez encore faite ! Et bien vous méritez d'en subir les conséquences ! »
Sirius s'appuya à deux mains sur le mur, se concentrant de toutes ses forces pour ignorer la douleur, les vertiges, les élancements de sa tête et les nausées. Ce n'est pas pire qu'un doloris… se répétait-il en boucles.
« Gryffondor a perdu. »
Il fallut un instant à Sirius pour comprendre de quoi Rusard parlait. « Vos copains ont joué comme des nuls. Puisque vous allez bien, vous allez m'aider à nettoyer les vestiaires. Ces sales petits cons sont incapables de les laisser propres !
- Gryffondor a perdu… répéta Sirius d'une voix sans timbre. James doit être furieux.
- Potter ? Il a été pire que tout, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même ! Venez ! Et je vous interdis de vomir encore dans les couloirs, c'est dégoûtant ! »
Un bruit assourdissant régnait dans les vestiaires des Serpentards : cris de joie, chants de guerre, slogans anti-Gryffondors… Sirius sentit son mal de tête s'intensifier. Il suivit Rusard tant bien que mal, un seau dans une main, un balai brosse dans l'autre. « Allez lessiver les douches », ordonna le concierge, le poussant dans le dos.
Il y eut un silence, tandis que les regards convergeaient vers eux, surpris, puis narquois. « Black a retrouvé son balai ! s'esclaffa le gardien tandis que tous éclataient de rire.
- Je suis sûr qu'il aurait quand même fait mieux que Potter, même assis sur ce truc ! »
Sirius se tendit sous le sarcasme. Seul Regulus ne semblait pas trouver la boutade à son goût. Il finit de boutonner sa robe et tourna les talons, après lui avoir jeté un bref regard. Sirius le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il passe la porte, avant de se rendre dans les douches sous les quolibets des Serpentards. Rusard irradiait d'une satisfaction malsaine : il était ravi de jeter le garçon en pâture à ses ennemis déclarés.
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L'ambiance était plus que morose, dans le vestiaire de l'équipe de Gryffondor. L'abattement se doublait d'une colère latente. Tous les regards convergeaient vers James, lourds de reproches.
« Cette fois, c'est fichu, risqua Titus, le gardien de buts. On perd la coupe de quidditch et on n'arrivera jamais à rattraper les points qu'on a perdu à cause de Black ! »
S'il y avait bien une chose que James ne supportait pas à cet instant, c'était bien qu'on mentionne, en plus de ce fiasco, le nom de Sirius.
« Il fallait vous appliquer un peu plus, si vous teniez tant que ça à la victoire ! répliqua-t-il, acerbe. Tu as été une vraie passoire, Titus !
- Parce que tu crois que tu as été brillant, toi ?! répliqua Andrew, piqué au vif.
- Tu aurais pu faire l'effort d'attraper mes passes !
- Et comment j'aurais fait ?! Merde, Potter, tu es gonflé de dire ça ! Comment tu voulais que je devine tes passes ?! Tu balances le souaffle n'importe où, n'importe comment et tu t'attends à ce que je réceptionne comme ça ?!
- Comment ça, n'importe où, n'importe comment ?! J'ai joué comme d'habitude !
- Mais je ne suis pas Black ! s'exclama Andrew, à bout de nerfs. Lui, il sait peut-être lire dans ta tête, pas moi ! »
Il y eut un silence. Tous les regards avaient convergé vers le capitaine. James leur rendit leurs regard, un peu sonné. Franck hocha la tête gravement. « Il a raison, James… appuya-t-il doucement. Quand tu jouais avec Sirius, c'était… spécial… Vous vous connaissez tellement bien que vous savez toujours vous trouver l'un l'autre. Ça marche parce que Sirius est capable d'anticiper tes mouvements, il sait ce que tu vas faire, avant même que tu bouges…
- Ouais… acquiesça Titus. On a même l'impression qu'il sait avant toi ce que tu vas faire…
- Je ne suis pas Sirius, reprit Andrew, avec amertume. Je suis incapable de jouer comme ça. Tout à l'heure, je ne savais jamais si tu allais me lancer le souaffle à moi ou à Franck. Et ne parlons pas de tes trajectoires tarabiscotées… »
James ne trouva rien à répondre.
Il ramassa ses affaires et quitta le vestiaire, en silence.
Franck et Andrew avaient raison. Il devait ses succès autant à ses talents propres qu'à la merveilleuse compréhension de Sirius.
Mais Sirius n'était plus là, et il n'avait pas pris la peine de revoir son jeu. Il n'avait pas fait l'effort de s'adapter à son nouveau partenaire. Comment avait-il pu ne pas y penser ?!
« Bon, c'est ma faute… Super… Comme si on avait besoin, en plus, de se faire laminer au quidditch ! »
C'était, de loin, la pire année de toute sa scolarité à Poudlard. C'était aussi vraisemblablement la pire année qu'ait connue la Maison des Gryffondors depuis des années.
« Et tout ça à cause de nous, Sirius et moi… »
Non, se reprit-il aussitôt. Tout ça, c'est à cause de Sirius. Sirius qui nous a trahi, qui a trouvé le moyen de se faire jeter de l'équipe, qui prend un malin plaisir à provoquer les profs !
Il retrouva Peter et Remus qui l'attendaient, devant le portrait de la Grosse Dame. Ils échangèrent un regard. « Je vais me faire huer, si je rentre, hein ? soupira-t-il.
- Ils sont assez remontés, effectivement, répondit Remus. Ils misaient beaucoup sur ce match…
- Ils comptaient un peu dessus pour réduire notre écart avec les autres Maisons, renchérit Peter. Tu préfères qu'on aille faire un tour ?
- Je ne vais pas me défiler. Je vais entrer là. Et m'enfermer dans notre dortoir jusqu'au dîner !
- On t'accompagne.
- Bien sûr. »
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Sirius quitta le bureau de Rusard, après y avoir remisé son seau et son balai-brosse. Il était censé rejoindre la Grande Salle pour le repas, mais il voulait s'arrêter aux toilettes avant. Son ventre le brûlait tellement qu'il devait lutter pour ne pas avancer plié en deux.
Et il saignait. Il sentait sa chemise empoissée de sang lui coller à la peau. Sans doute cela finirait-il par se voir, même à travers sa robe d'uniforme. Et si un professeur insistait pour qu'il se fasse examiner ? Non, je n'irai pas voir Pomfresh dans cet état-là, plutôt quitter Poudlard que de la laisser me déshabiller !
Il ne s'agissait pas seulement de ce qui pourrait arriver à Remus, s'il parlait. Il avait tellement honte de son impuissance, de sa faiblesse. Lui, qui se pensait si fort…
Il entra dans les toilettes et vérifia qu'elles étaient vides. Il s'enferma dans l'une des cabines, pour être sûr de ne pas être dérangé, et s'appuya contre la cloison. Ses jambes peinaient à le soutenir. Il n'avait qu'une envie, s'étendre et dormir.
Il déboutonna sa robe et grimaça, devant sa chemise maintenant écarlate. Et ça brûlait tellement ! Il prit un grand morceau de papier toilette et tenta, vainement, d'épancher le sang qui coulait de ses blessures. Blessure magique… Ça ne s'arrêtera pas de saigner sans la bonne potion… Il confectionna un pansement de fortune avec le papier et referma sa robe. Cela tiendrait peut-être jusqu'à la fin du dîner, avec un peu de chance…
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Il était rare de voir la table des Gryffondors si silencieuse. Au contraire des Serpentards, qui devisaient joyeusement, chaque Gryffondor dînait le nez dans son assiette, n'échangeant que de rares propos, du bout des lèvres.
Lorsque Sirius s'installa à son extrémité, quelques regards hostiles se tournèrent vers lui, et il eut la désagréable impression qu'ils le rendaient aussi responsable de la débâcle de leur équipe de quidditch.
Les Gryffondors ne seraient pas en si mauvaise posture, si je ne leur avais pas fait perdre autant de point… admit-il cependant.
Il chercha James du regard. Celui-ci gardait la tête haute, prêt à affronter quiconque s'aviserait de lui faire une seule réflexion sur le match. Il était plein de défi, et Sirius ne put s'empêcher de l'admirer pour sa détermination. James refuserait toujours de se laisser intimider. Et il avait assez bonne opinion de lui, de toute évidence, pour ne pas souffrir de la rancœur latente de ses camarades. Ou du moins, il savait en donner parfaitement l'impression.
Tu es tellement, tellement plus fort que moi, James… Bien sûr, tu as ta bonne conscience pour toi, ça aide…Il se servit un peu de purée et un blanc de poulet. Il n'avait pas faim, sa blessure au ventre le rendait même nauséeux, mais il devait manger. Il n'avait plus assez de ressources dans lesquelles puiser pour pouvoir sauter un repas. En portant la fourchette à sa bouche, il constata que ses mains tremblaient, sans qu'il puisse l'empêcher. Ce signe de faiblesse suffit à l'exaspérer davantage.
Tout en mangeant, il promenait son regard sur la table des Serpentards. A qui devait-il son joli tatouage sanglant ? Ce n'était pas le genre de Rogue. Rabastan ? Bellatrix, également, aurait pu trouver amusant de faire cela. Malefoy ? Non, sans doute pas. C'était trop risqué, n'importe qui pouvait se rendre compte qu'il était blessé.
Oui, n'importe qui.
Il suffirait que quelqu'un pose un œil un peu attentif sur lui pour voir qu'il souffrait, de manière évidente. Et d'un regard à peine plus inquisiteur pour remarquer que sa robe était humide. Humide de sang.
Non, Malefoy n'aurait pas pris ce risque.
Même si, en définitive, personne ne semblait vraiment se soucier de poser les yeux sur lui. Sauf pour bien lui faire sentir tout le mal que l'on pensait de lui…
Bah… ! Qu'ils m'ignorent, tous, cela m'arrange, dans le fond…Mais il aurait tellement voulu que James se rende compte… Que James fasse vers lui les quelques pas qui pourraient les rapprocher et que lui-même était incapable de faire…
Oublie-ça, Sirius… Oublie…
D'ailleurs, Malefoy ne le permettrait sûrement pas. Il avait été suffisamment clair sur ce point.
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Après le dîner, Sirius rejoignit Rusard pour la seconde fois de la journée. Il était censé travailler avec lui jusqu'au couvre-feu. Il espérait que la punition ne requerrait pas trop d'huile de coude ; il était à peu près certain de ne pouvoir fournir aucun effort physique ce soir. La douleur était telle qu'elle en devenait oppressante.
Rusard l'examina un long moment d'un regard torve, comme pour le jauger. Sirius ne pouvait pas prétendre aller bien. Il espérait seulement que le concierge n'aurait pas suffisamment pitié de lui pour l'envoyer à l'infirmerie.
« Vous allez trier les œufs de caille du professeur Slughorn. Il en a besoin pour le cours des troisième année, demain. Certains sont moisis… »
Sirius hocha la tête. Au moins, il serait assis…
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Une fois sa retenue achevée, il se dépêcha de gagner le passage qui conduisait dans le parc. Il était hors de question qu'il reste dans le château cette nuit. Il ne voulait pas se faire débusquer par Rogue et sa clique. Il n'y aurait que dans la cabane hurlante, qu'il se sentirait vraiment à l'abri.
Une fois dans la chambre délabrée, il se laissa tomber sur le lit, épuisé. Il resta un long moment à regarder le plafond fissuré, dans l'angle de la porte, vide de toute énergie. Il devait bouger, pourtant. Se déshabiller, et soigner sa blessure. Il aurait aimé prendre un bain chaud, pour délasser ses membres noués. Pour effacer les marques de ce qu'il avait subi dans la journée. Mais il n'y avait pas d'eau, dans la cabane hurlante.
Lorsqu'il fut tellement sombre qu'il ne parvint plus à distinguer le plafond, il se força à se redresser et tendit la main pour prendre la boite d'allumettes posée sur la table de chevet, à côté de la bougie. Il avait obtenu l'une et l'autre auprès des Elfes de Maison, la veille. Lorsque la flamme de la bougie vacilla dans la pièce, il se résigna à se déshabiller. Il se débarrassa de sa robe et grimaça devant sa chemise rouge de sang. Mais ce fut pire, lorsqu'il essaya de la retirer. Le tissu collait à la plaie et il dut tirer dessus d'un coup sec pour dégager sa blessure.
Les lettres saignaient toujours. La peau refusait apparemment de se refermer, le sang ne coagulait pas correctement.
Qu'est-ce qu'ils avaient utilisé pour lui faire cela ? Et comment était-il censé se soigner, sans baguette, et sans recours possible à l'infirmerie ?
Il arracha un pan des rideaux en lambeaux pour se bricoler un pansement de fortune. La blessure ne saignait pas suffisamment pour le mettre en danger. Mais la douleur l'épuisait.
Il s'allongea sur le lit avec précaution et ferma les yeux. Il devait dormir. Ne pas penser à la souffrance. Il était en sécurité, il n'y avait que les Maraudeurs, à s'aventurer ici. Et ils ne lui feraient jamais de mal. Non. Il en était certain.
Il pensa à Remus, à ce qu'il endurait tous les mois dans cette même cabane. Lui aussi, devait composer avec la douleur. Et lui non plus, n'avait rien pour l'apaiser.
S'accrochant au souvenir de Remus, il se laissa glisser dans le sommeil.
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Sirius s'assit le plus près possible de la porte, à deux tables de James et Remus. Slughorn survolait la classe du regard, un large sourire sur le visage. « Dépêchons, dépêchons ! dit-il. Nous avons beaucoup de travail, aujourd'hui ! Une potion extrêmement difficile à faire, tout est une question de dosage ! »
Il tapota le tableau de sa baguette, qui se couvrit d'instructions. « Potion de régénérescence. Elle est utilisée dans les cas de blessures magiques. Elle permet aux tissus lésés de se reconstituer, sans cicatrice visible si elle est correctement préparée. »
Sirius se redressa sur sa chaise. C'était inespéré ! Il aurait une chance de pouvoir se soigner en toute discrétion. « Mouis… A condition d'arriver à la préparer… » pensa-t-il, après un coup d'œil au tableau.
C'était extrêmement difficile. Il ne s'agissait pas que d'une question de dosage. Le problème était que la potion nécessitait en plus une grande rapidité d'exécution, ce qui obligeait à faire plusieurs choses à la fois. Sirius n'arrivait plus à suivre. Il avait tellement mal à la tête qu'il avait du mal à lire ce que Slughorn avait inscrit sur le tableau.
« Bon ! fit le professeur à la fin du temps imparti. Voyons comment vous vous êtes débrouillés ! » Il passa entre les tables, se penchant sur les chaudrons, reniflant les effluves qui s'en échappaient, et commentait chaque potion. « Potter… dit-il, s'arrêtant devant James. Pas mal… Il y a de l'idée… Avec un peu d'entraînement, je suppose que vous arriveriez à faire une potion convenable… »
Il y eut des gloussements à la table des Serpentards. Rogue renifla de mépris.
Slughorn jeta à peine un coup d'œil au chaudron de Remus, qui ne s'était pourtant pas si mal débrouillé que cela, d'après ce que pouvait en voir Sirius. Puis, ce fut au tour des Serpentards. « Mr Rogue… dit le professeur, fronçant les sourcils. Curieux, ce que vous nous avez fait là…
- C'est une potion de régénérescence, Monsieur… répondit Rogue du bout des lèvres, comme s'il répugnait à devoir s'expliquer.
- Sauf qu'elle devrait être jaune pâle… La vôtre est… bizarrement brillante…
-Peut-être devriez-vous la tester, Monsieur… suggéra Rogue.
-Sans façon, non… Une nouvelle fois, vous vous êtes éparpillé… Vous devriez vous en tenir aux instructions que je donne Mr Rogue, cela éviterait quelques déconvenues… Dommage, car je vous crois brillant… »
Sirius vit James sourire méchamment. Pourtant, Sirius était plutôt d'accord avec Slughorn, Rogue était brillant... Il était bien placé pour le savoir. Il baissa les yeux sur sa propre potion, découragé. Il posa sa cuillère en bois sur la table avec un soupir. Il avait perdu sa meilleure occasion de se soigner. Le professeur s'arrêta devant sa table et secoua la tête d'un air navré. « Qu'est-ce que vous avez fait, Mr Black ! soupira-t-il. C'est à croire que vous n'êtes plus bon à rien, désormais ! Est-ce que vous comptez vous ressaisir ?
- Je ferai mon possible, Professeur… » répondit Sirius, en essayant d'adopter le ton le plus neutre possible. Slughorn haussa les épaules et passa son chemin.
« Excellent, Miss Evans, comme toujours ! s'exclama-t-il, en se penchant sur le chaudron de Lily. Mrs Pomfresh va être ravie de voir son stock de potion de régénérescence renouvelée si vite grâce à vous, ma chère ! J'accorde trente points à Gryffondor pour le succès de Mademoiselle Evans ! » Il sortit une série de fioles d'un placard et commença à les remplir.
Les élèves se levèrent et commencèrent à ranger leurs affaires, après avoir vidé leur chaudron d'un coup de baguette magique. Sirius regarda son chaudron tristement. Il n'aurait pas l'occasion de retenter de faire cette fameuse potion. Il allait devoir supporter encore ce feu qui lui rongeait les chairs.
Non, c'est vraiment trop nul ! Il faut que je trouve un moyen !Du coin de l'œil, il vit Slughorn aligner les fioles de la potion de Lily sur son bureau. Peut-être qu'avec un peu de chance, il arriverait à en subtiliser une…
Il fourra son livre dans son sac, se leva et s'approcha du bureau. Après s'être assuré que personne ne regardait dans sa direction, il tendit la main et saisit l'une des fioles, qu'il mit aussitôt dans sa poche.
Il avait presque atteint la sortie lorsque la main du professeur s'abattit sur son bras. « Monsieur Black ! fit Slughorn, d'un ton glacial qui ne présageait rien de bon. Vous serez assez aimable pour me rendre ce que vous venez de voler !
- Moi ?
- Dans votre poche, Black. La fiole de potion de régénérescence ! Je sais qu'elle est dans votre poche ! Il en manque une et vous seul vous êtes approché de mon bureau ! Ne m'obligez pas à vous fouiller ! »
Résigné, Sirius tira la potion de sa poche et la tendit au professeur. Celui-ci la prit d'un geste brusque. Son visage avait perdu sa bonhomie habituelle, et il semblait tout bonnement outré par ce qu'il avait osé faire. « Je devrais vous sanctionner, Black, pour cet acte incroyablement impudent, et retirer – encore ! – des points à Gryffondor ! Mais ce serait faire perdre à Mademoiselle Evans le bénéfice de ses efforts. Sachez cependant que j'informerai le professeur MacGonagall de ce qui vient de se produire. Je pense qu'elle saura trouver la punition la mieux adaptée à la situation ! Déguerpissez en vitesse, Black ! »
Sirius tourna les talons et quitta la classe rapidement. Se faire pincer pour vol, dans sa situation, était la chose la plus stupide qu'il pouvait faire. Et que Slughorn l'ait pris à partie devant le reste de la classe n'arrangerait rien.
Il allait tourner l'angle du couloir lorsqu'une main le saisit par l'arrière de sa robe. Il frissonna et fit brusquement volte-face, prêt à accueillir comme il se devait Rogue ou un autre des Serpentards.
C'était Lily.
Elle paraissait calme, mais Sirius ne s'y trompait pas. Elle était furieuse. « Je peux savoir ce qui t'est passé par la tête, Black ?! lui lança-t-elle, redressant les épaules pour ne pas paraître aussi petite. C'est une chance que Slughorn ne nous ait pas encore retiré de points ! Enfin, voler une potion, sous le nez du prof ! »
Sirius se contenta de planter ses yeux gris dans les siens, hostile.
« Et qu'est-ce que tu comptais en faire, de cette potion ?! La détourner pour jouer un de tes tours stupides ?!
- Non.
- Tu n'as plus ta baguette, il ne te reste plus que les potions, pour te distraire aux dépends des autres ! poursuivit Lily, s'échauffant. A qui tu allais t'en prendre cette fois-ci ? Encore à ce pauvre Rogue ? A moins que tu ne décides de régler tes comptes avec Potter à coup de potions foireuses ! »
Sirius avait serré les poings. Pour qui se prenait-elle, cette pimbêche de préfète, du haut de son mètre soixante, pour insinuer des trucs pareils ?! S'en prendre à James ?! « Tu n'es qu'une idiote, Evans ! »
Sirius n'eut pas le temps d'esquiver la main de Lily. Elle le gifla de toutes ses forces, hors d'elle. « Tu t'imagines toujours si supérieur à tout le monde, hein, Black, le Sang-pur… Espèce de sale gosse pourri gâté qui croit que rien ne doit lui être refusé jamais ! » Sirius avait reculé malgré lui et heurté le mur. Lily lui marchait presque sur les pieds, dans son désir de s'imposer à lui. « Tu t'es brouillé avec ton copain, du coup, tu en fais baver à tout le monde, uniquement pour prouver à quel point tu es fort ! Ne crois pas que tu pourras jouer à ce petit jeu-là éternellement ! Dumbledore finira bien par te renvoyer chez toi !
- Il ne le fera pas, répliqua Sirius, sans en être, au fond, totalement persuadé.
- Continue de voler, et tu verras, s'il hésite ! Mais quel intérêt, de voler une potion pareille ?!
- A quoi ça peut servir, d'après toi ?! » fit Sirius, sarcastique.
Lily recula d'un pas, les sourcils froncés, alors qu'elle essayait de comprendre. Sirius rajusta sa robe, sans lui accorder un seul regard.
« Tu en as vraiment besoin… ? demanda Lily, incertaine.
- Laisse tomber, Evans.
- Pourquoi tu ne vas pas à l'infirmerie, si tu en as besoin ? »
Sirius ramassa son sac qui était tombé à ses pieds et lui tourna le dos. Lily le regarda s'éloigner, profondément perplexe. En quelques secondes, elle se décida. Elle le rattrapa une nouvelle fois et lui mit la petite fiole qu'elle avait gardée dans la main. Surpris, Sirius fit tourner la potion entre ses doigts. « Promets-moi de ne pas en faire mauvais usage… » dit Lily, d'une voix incertaine. Sirius hésita avant d'acquiescer d'un hochement de tête.
« Merci Lily… »
