Wild Nature

Disclaimer: Thanks for letting us play with those wonderful characters.

Mille excuses, chers lecteurs, pour cette longue absence due, non pas au syndrome de la page blanche, mais à un fourmillement d'idées dans lequel il m'a fallu mettre un peu d'ordre. Je me suis vite rendu compte qu'il était nécessaire de faire une pause pour reprendre le fil de l'intrigue initiale, car j'avais tendance à m'égarer dans de sombres machinations qui ne simplifiaient en rien le déroulement de l'histoire. Bref, après avoir retourné dans tous les sens les éléments dont je disposais, j'ai enfin trouvé la lumière au bout du tunnel. Voici donc un nouveau chapitre qui, je l'espère, vous séduira et vous fera patienter en attendant une suite que je vous promets savoureuse… Merci de votre fidélité. A bientôt. Nadège.

Chapter 21: A new start

Le lendemain, c'est à une heure tardive qu'une Clarice Starling désorientée partit à la découverte de Venise en compagnie de Jessica Parker. Il avait cessé de pleuvoir sur la Cité des Doges mais le ciel était toujours aussi menaçant que la veille. Les rues étaient tout de même plus fréquentées. Quelques touristes égarés erraient sans but réel à la recherche d'endroits insolites alors que des Vénitiens affairés s'empressaient de rejoindre les taxis amarrés sur les quais.

Les deux femmes avaient réellement sympathisé pendant le déjeuner. Starling n'aurait pas pu mieux tomber. Sentant la fragilité à fleur de peau de Clarice, Jessica avait habilement décidé de prendre la jeune femme sous son aile protectrice, sans toutefois l'étouffer. Elle ne l'avait donc pas trop questionnée pour ne pas la mettre mal à l'aise. Jessica était certes un peu bavarde, mais elle racontait les histoires et les mystères de la ville avec un plaisir gourmand et contagieux qui convainquit la jeune américaine de sortir de son cocon.

Bras dessus, bras dessous, les deux femmes partirent à l'aventure dans les méandres des quartiers vénitiens. Clarice oublia un temps ses soucis devant la beauté architecturale de la place Saint Marc et fut reconnaissante à Jessica lorsqu'elles entrèrent boire un véritable "espresso" au célèbre Café Florian.

L'hôtesse de Clarice était une habituée des lieux comme la jeune femme s'en rendit compte. Les garçons saluaient Miss Parker avec déférence et un dénommé Federico aux allures efféminées s'empressa vers les deux clientes. Jessica lui demanda immédiatement dans un vénitien des plus fluides les derniers potins. C'était apparemment le passe-temps favori des habitants de la Cité des Doges. Il est vrai que sur un si petit territoire tout le monde ou presque se connaissait. Clarice écouta donc avec amusement les explications de Jessica après le départ du serveur.

A un moment du récit, Miss Parker s'interrompit et suivit du regard l'entrée d'un nouveau venu : il s'agissait d'un très vieil homme habillé avec une élégance rare, marchant dignement avec une canne au pommeau en ivoire. Accompagné d'une véritable cour de serveurs, il se dirigea lentement vers sa table située à la droite de nos deux protagonistes en saluant de la tête les quelques clients qu'il connaissait. Intriguée, Clarice se pencha vers Jessica.

"Qui est-ce?"

"Le Prince di Arnotti. Vieille noblesse vénitienne. Un homme très riche et très estimé. Sa vie est digne d'une tragédie grecque. Je meurs d'envie de tout vous raconter sur lui, mais…" et d'un geste, elle consulta sa montre, "… il se fait tard et je dois vous laisser pour mon rendez-vous avec Luigi, mon intarissable coiffeur."

"Une autre fois alors."

"Oh ! Je n'y manquerai pas… J'aurai encore des tas d'histoires à vous raconter à mon retour ce soir. D'ici là, promenez-vous encore dans le quartier… Et méfiez-vous des italiens…" Jessica lui fit un clin d'œil, "… ils ont le sang chaud…"

Clarice eut un sourire. Miss Parker se leva et salua la jeune femme. Restée seule, Clarice sortit enfin le journal qu'elle avait acheté un peu plus tôt dans l'après-midi. Jessica Parker avait eu le mérite de la distraire, mais à présent, ses préoccupations reprenaient le dessus. Elle parcourut les pages à la recherche de l'affaire quand enfin, elle tomba sur un article assez bref. L'enquête en Ecosse piétinait et la police n'avançait guère d'hypothèses. Avec un soupir, Clarice referma le journal et regarda par la fenêtre. Il s'était remis à pleuvoir. Des silhouettes encapuchonnées se pressaient à l'extérieur et les parapluies virevoltaient au-dessus des têtes sur la Place Saint Marc.

Elle repensa à l'énigme qui l'avait amenée à Venise et soupira. Comment allait-elle retrouver "le précieux donateur" qui s'intéressait à Janus ? Peut-être que si elle interrogeait Miss Parker et son réseau de relations ? Elle hésitait franchement à s'engager dans cette voie. La complexité et la nature de son histoire l'empêchaient de mêler son hôtesse à ce qui était devenu pour elle le point d'orgue de sa vie. Pourtant, elle savait qu'à un moment, elle devrait cesser de faire cavalier seul et devrait accorder sa confiance à quelqu'un. Mais en attendant ce jour, elle devrait se débrouiller seule.

Starling attendit que la pluie cesse et sortit. Elle erra dans le quartier de San Marco en suivant les canaux intérieurs à la recherche des curiosités dont lui avait parlé Jessica. Le soir tomba et les ruelles se vidèrent. L'éclairage public - parfois déficient - offrit un nouveau visage à la Cité des Doges. L'obscurité dissimulait la mousse qui envahissait les marches des Palais, faisait disparaître les fissures des églises et les plaques d'enduits manquantes aux façades des bâtiments. Comme beaucoup de femmes d'un certain âge, la ville avait besoin d'un éclairage trompeur pour donner l'illusion de sa beauté évanouie. Clarice n'avait aucun mal à imaginer Venise par temps de brouillard. N'importe quelle embarcation devait devenir la nuit, une silhouette inquiétante en route vers quelques destinations mystérieuses.

En parlant de silhouette… Celle qui venait de tourner précipitamment le coin de la rue ressemblait furieusement à celle d'une personne de sa connaissance. Dans le doute, Clarice marqua un temps d'arrêt. Etait-il possible qu'Hannibal fut à Venise ? Il lui fallait en avoir le cœur net. Elle courut derrière l'inconnu mais ce dernier avait mystérieusement disparu. Elle parcourut la ruelle mal éclairée à la recherche d'une impasse ou d'un passage qu'il aurait pu prendre. Mais elle l'avait bel et bien perdu. Avait-elle rêvé ? Non, elle était sûre de ce qu'elle avait entre-aperçu. Dans cette ville au charme envoûtant, elle était prête à tout croire.

Elle revint sur ses pas après avoir noté le nom de la rue, puis consulta son plan de la ville pour se situer. Il lui fallait retrouver les taxis du Grand Canal qui la conduirait vers le Cannaregio et son logement.

Elle n'eut aucun mal à trouver un bateau. A son bord, elle eut une idée précise sur la façon d'occuper sa journée du lendemain. Il lui fallait trouver la bibliothèque pour faire des recherches sur le personnage qui avait séjourné en 1500 à Venise et se rendre à l'Hôtel de Ville pour connaître les noms des donateurs de la Cité. Et surtout, revenir dans cette ruelle en plein jour et interroger ses habitants sur le mystérieux individu qui avait attiré son regard. Avec un peu de chance…

C'était une piste qui tenait à un fil, mais c'était déjà un début.

… A suivre…