- Bonjour Erik. Je t'en pris, entre. Tu sais qu'il est encore tôt pour moi ? Je te rappelle que je suis enceinte…
- C'est pour ça que tu fugues et pars à Las Vegas ?
- Je sentirai presque une pointe d'ironie. Tu devrais faire attention…
Erik se fige près de mon lit tandis que j'entre dans la salle de bain pour me doucher, m'habiller et réunir mes affaires. Le départ est imminent.
Quand je retrouve mon amoureux, il n'a pas bougé.
- Bon : tu restes planté là pendant encore longtemps ou on rejoint l'Institut ?
Lorsque Domitille et moi montons dans le Black-Bird, camouflé derrière une décharge publique, nous ne nous disons pas un mot. Mais sourions. Un rire s'échappe alors de papy Magneto qui, fier de nous, prend nos bras pour nous guider à l'intérieur du jet :
- Autant assumer jusqu'au bout, n'est-ce pas mesdemoiselles ?
Une fois nos affaires remises à leur place dans chacune de nos chambres, nous nous dirigeons toutes deux vers le bureau du Professeur. Une fois assises dans un divan, nous voyons toute l'équipe enseignante se placer en face de nous, les mines fermées, graves et les bras croisés.
Ororo est glaciale, Hank nous dévisage et semble déçu, Logan nous promet une mort imminente et douloureuse, Charles ressemble au Professeur, Erik est furieux et le Professeur est… Le Professeur.
Ils ne semblent pas apprécier la situation…
Pour ma part, il est temps que je subisse les conséquences de mes actes.
- Domitille. Coralie. Avez-vous une raison pour justifier vos actes ?
- Domitille n'a fait que me suivre et prendre soin de moi Professeur. Elle a agit comme une amie, non comme une professionnelle. Ne lui en tenez pas rigueur.
- Domitille ?
- Coralie ne m'a obligé à rien. Mes blessures sont cicatrisées et nous n'avons rien fait qui puisse nous mettre en danger.
Le Professeur joint le bout de ses doigts et a les yeux fermés, signe qu'il est dans une intense réflexion. Nul n'ose l'interrompre et le silence dure ainsi quelques minutes. Finalement, il daigne relever la tête et son regard traduit sa décision :
- Je ne peux vous punir comme des élèves et chacun, ici, est responsable de ses actes. Pour ma part, je ne peux que vous dire que je suis extrêmement déçu part votre attitude. J'espère que l'avenir ne me donnera pas de nouvelles raisons pour l'être. Je vous sais assez intelligentes pour ne pas tenter le diable. Vous pouvez disposer.
Pas de punition mais un sentiment d'extrême culpabilité dans l'âme.
Domitille et moi sortons, sans un mot, puis nous rejoignons chacun nos postes.
Elle, de professeur théorique et pratique de musique.
Moi, de psychomotricienne.
Mon sentiment de culpabilité et de mal-être ne me quitte pas de la journée. Et, entre deux prises en charge, j'ai le temps de réfléchir. Acte que j'avais fuit durant mon escapade.
Je suis beaucoup plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral, et encore plus à l'oral que dans ma tête. Alors, j'écris sur papier ce qu'il y a dans ma tête afin d'organiser l'ensemble de ma pensée.
- Pourquoi m'être enfuit ?
Certes, j'ai eu peur d'Erik. Mais il n'a fait que servir de miroir à mes propres peurs. Entre la situation des mutants dans le monde, l'équipe des X-men, la récente séance de torture de Domitille, l'éloignement de ma famille, mes disputes avec Erik et mes appréhensions de femmes enceintes, j'ai tout simplement… explosée.
C'est comme ça que je me rends compte de mon immaturité : fuir au lieu de rester sur place à régler les problèmes, me confier pour que quelqu'un m'aide…
Je ne suis vraiment pas prête à être maman…
- Que faire maintenant ?
Solution de facilité et totalement stupide : fuir ou me cacher dans un coin.
Solution adulte :
D'un point de vus professionnel : aller s'excuser auprès de l'équipe pour les désagréments causés.
D'un point de vue personnel : aller voir Erik et… Aucune idée.
- Conclusion :
Je suis dans la merde.
Au bout de cette journée qui me semble interminable, je rejoins la cuisine. Logan m'y attend, comme convenue dans le petit mot qu'il m'a fait parvenir par un élève.
Il y est froid, distant et, pour la première fois, je ressens l'animal en lui.
Lorsque je croise ses yeux, je ne vois que lui.
C'est un chasseur, un loup sauvage, qui n'abandonne jamais jusqu'à obtenir satisfaction. Et sa satisfaction actuelle est d'obtenir la reddition totale de son adversaire : moi.
Nous nous installons tranquillement à la table, l'un en face de l'autre, sans nous presser. Mais ses yeux ne font que parcourir mon corps afin d'y déceler une éventuelle fuite.
- Je ne pars plus Logan. Calme-toi.
- QUE JE ME CALME ! TU T'ES ENFUI ! TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE TU AS FAIT ? DE CE QUE J'AI RESSENTI ?
- Te présenter des excuses ne changera rien à ce que j'ai fait.
Je me suis adressé à lui calmement, en le regardant dans les yeux. La tempête dans mon cœur s'est dissoute instantanément dès que Logan a commencé à crier. Ces mots, je les avais sur l'âme. Mais plus maintenant.
- Logan, rien ne justifiera mon geste. J'ai eu peur, je me suis enfuie contrairement à tout les enseignements que la vie et toi m'avait prodigué. C'est seulement de cela que je porte la honte. Et dont je te demande pardon. Pour le reste, attends ma mort.
Je me lève ensuite, coupant court à toutes futures récriminations.
Mais je retrouve face à Erik qui, les bras croisés, a son épaule appuyée sur la rambarde de la porte.
- Je peux, moi-aussi, avoir des explications ?
Pour plus d'intimité, nous avons décidés d'un commun accord d'attendre d'avoir rejoins notre chambre pour discuter.
Une semaine de fugue m'a permis de me rendre compte d'une chose : j'ai besoin de ses bras pour dormir correctement. Pensée qui me fait frôler le diabète tant elle sent la guimauve.
Une fois la porte fermée à clef, je me permets à mon premier geste de lassitude de s'exprimer : je me masse la nuque et pousse un soupir. Mais je sens une main qui tente de s'en saisir et, n'ayant pas relâché ma vigilance un instant, je pars la main d'un tranchant et esquive la futur attaque possible en m'éloignant de portée.
Gestes qui ne passent pas auprès d'Erik.
Il me regarde, blessé profondément, et murmure :
- Tu penses donc que je serai capable de te faire du mal ?
La réponse est affreuse mais sonne comme une évidence pour moi :
- Oui.
Nous sommes toujours dans la chambre. Un silence horrible y règne depuis al confirmation de la pire crainte d'Erik. Il a compris que c'est bien parce que je lui avais fait peur que je m'étais enfuit.
Etrangement, ça a du mal à passer…
- Erik…
- Tais-toi.
- Erik… repris-je d'une voix douce. Je me suis assez tus. Il est temps que je t'explique. Quand tu m'as fait peur, j'ai vu Magneto, celui qui, sorti des camps d'extermination, a traqué sans relâche des nazis pour les tuer. Et son pouvoir, immense et froid, m'a fait terrifié pour mon bébé, pour moi. D'être utilisé à des fins politiques, les servants, sans nulles attaches autres que l'affection que tu nous avais porté, un jour. C'est de ce futur dont j'ai eu peur. C'est pour cela que je me suis enfuie. J'ai eu besoin de temps pour accepter cette part de toi-même dont tu m'avais parlé mais dont je n'avais qu'entrevue la profondeur.
- Et maintenant ? Qui vois-tu ?
- Un homme que j'aime, et que j'ai profondément blessé.
Je m'approche alors de lui et dirige mon regard dans le sien. Je n'y décèle plus de fureur, juste l'amère tristesse d'avoir failli perdre quelque chose et d'en être la cause.
- Tu n'es pas le seul responsable, Erik. On ne peut pas dire que je n'ai pas ma part de responsabilité. Je crois que toi et moi devons réellement apprendre à discuter et à devancer les difficultés. Ne serais-ce que pour lui…
Je me saisi alors de sa main gauche et la pose sur mon ventre…
- Il commence à s'arrondir, tu ne trouves pas ?
Nous passons les heures suivantes dans les bras l'un de l'autre, à réellement mettre nos âmes à nues, sans l'intervention de Charles cette fois-ci.
Puis, fatiguée par le parasite qui grandit en moi, je m'endors…
Je descends tardivement le lendemain matin. Le voyage m'a épuisée mais, fort heureusement, mon état de « femme enceinte » fait craindre mes humeurs et pardonne mes réveils tardifs.
Dans la cuisine, lieu de refuge premier de notre collaboration avec l'Institut, je retrouve Domitille qui a un air explosé. Les cheveux en vrac, pleins de traces rouges sur le cou, des cernes sous les yeux et un sourire lumineux, cette dernière boit son café en chantonnant.
- Tu as passé une bonne nuit à ce que je vois.
- T'imagines même pas. Charles a été sauvage et humphhhhhhh… Mon dieu, je ne vais pas m'en remettre.
- Réconciliation sur l'oreiller ?
- Et la porte, la bibliothèque, la salle de bain et même l'infirmerie.
- En gros : à quand la prochaine fugue, c'est ça ?
- OH QUE OUI !
C'est à ce moment que rentre Logan. Dévisageant Domitille, il passe outre sa dernière expression, passe devant moi, se sert du café et, après la première gorgée, me pose un baiser dans les cheveux.
- Tu as réussi à dormir malgré le raffut qu'ont causé ces deux énergumènes dans l'Institut ?
- Tu parles de Domi et Charles jouant aux lapins dans toutes les pièces du château ? Aucun problème.
- Logan… Comment tu…
- Outre l'oreille fine Domi, j'ai également l'odorat…
Etrangement, on a vu une Domitille rouge pivoine rejoindre sa chambre pour se laver…
Quand à moi, je rejoins le Professeur dans son bureau pour tester l'impact de ma grossesse sur mes pouvoirs… et inversement.
