Bien le bonjour la compagnie, me revoici !
Il pleut, je passe mes journées au coin du feu depuis presque une semaine (c'est beau une année sabbatique), donc j'ai été plutôt productive. Voilà donc la Deuxième partie qui s'ouvre, sur ce chapitre que j'ai eu un mal fou à sortir. On en apprend un peu plus sur la famille Proskoff, et les choses se précisent avec ce cher Rhys-Meyer. J'espère que ce chapitre vous plaira,
Merci à tou(te)s, quand je vois le nombre de personnes qui ont mis cette fic en favoris, j'admets que j'ai un petit frisson d'émotion.
Bonne lecture :)
PARTIE II,
Chapitre 1 :
« Aucun pardon à accorder. Je te détruirai avant que tu ne le fasses. »
Puisqu'on y était.
Heather avait eu un haussement d'épaules fataliste sur le quai de la gare. Sur sa peau elle sentait s'effacer la chaleur de la main de Rhys-Meyer, qui lui avait fait ses adieux avant l'arrêt du train. Il l'avait invitée quelques jours pour les vacances. Elle n'avait pas accepté, ni refusé. Il lui semblait totalement au dessus de ses capacités de faire un choix, de prendre ne serait-ce qu'un semblant de décision. Éteinte, elle avait rejoint ses parents qui l'attendaient au bout du quai. Son père avait eu un sourire satisfait à voir sa fille si docile, toute trace de fierté insolente disparue.
Depuis les dernières semaines, Heather était brisée. Incapable de faire face à la réalité. Incapable de faire un choix, de choisir un camp. Qu'aurait-elle dû faire ? Accepter la proposition de Selwin pour mieux renier sa famille, son ascendance, couper les ponts avec Rhys-Meyer et devenir une orpheline, une moins que rien sans nom ni avenir ? Tout ça pour quoi ? Pour des idéaux qui n'étaient pas les siens ? Mais en même temps, il était au dessus de ses forces de se séparer de Lily, d'abandonner le sourire d'Alice, de souscrire à la soif de haine et de violence de l'autre camp. Le trajet avait été silencieux jusqu'à leur manoir londonien. Heather monta lourdement les escaliers menant à sa chambre. Lorsqu'elle poussa la porte, une angoisse sourde monta en elle. Elle tira les rideaux, ouvrit en grand la fenêtre pour contrer la crise de claustrophobie qui s'annonçait. L'air glacial lui fit du bien. Abandonnant une Ismène outrée sur le tapis, elle se figea devant son miroir. Était-ce vraiment elle, cette fille si pâle ? Doucement, elle fit glisser ses vêtements au sol. Elle grimaça. Sa peau n'avait jamais été aussi blanche, translucide par endroit. Combien de fois avait-elle oublié de manger ces dernières semaines ? Combien de nuits blanches à regarder le plafond de la Salle sur Demande ? De ses doigts fins, elle traçait les contours des cicatrices nacrées, des traces de brûlures, les pointes saillantes de ses hanches et de ses clavicules. Face à son reflet, Heather se trouvait laide. Qu'était-elle en train de devenir ? Il lui semblait qu'elle s'effaçait peu à peu. Toute grise, comme la boue du ciel avant la neige. Incapable de soutenir plus longtemps cette confrontation avec elle-même, elle éteignit la lumière, se roula en boule sur son lit et sombra dans un sommeil sans rêve.
Sa mère avait toujours eu un don pour distraire sa fille. Assise dans un canapé de cuir patiné, elle lui lisait un livre. Comme si Heather avait cinq ans à nouveau. Comme une petite fille qui n'a peur de rien tant que les bras de sa mère font le tour de l'univers. La voix chaude et rauque d'Anastazie Proskoff réchauffait sa fille de l'intérieur. Une mère sait toujours quand son enfant va mal ; elle l'avait vu à la première seconde lorsque la jeune fille avait paru sur le quai de la gare. Depuis deux jours, Heather sentait bien tous les efforts de sa mère pour lui redonner le sourire. Histoires, shopping, gâteaux et thé chaud au coin du feu commençaient à porter leur fruit. Heather avait repris des couleurs. Lorsque le conte fut terminé, Anastazie resta silencieuse un moment tandis que le regard d'Heather se perdait dans l'horizon des flammes. Enfin, sa mère brisa le silence. Sa voix rauque n'était qu'un murmure, alors qu'elle choisissait prudemment ses mots.
« Heather, j'ai conscience que la situation actuelle n'est pas facile pour toi. Ce que je vais te dire, je ne le répéterai jamais. Je veux que ton père l'ignore, alors je scellerai ce souvenir dans ton esprit, est-ce que tu es d'accord ? »
La jeune fille acquiesça douloureusement. Bientôt tout le monde lui aurait confié des secrets à sceller dans sa mémoire !
« Quand j'ai rencontré ton père, je n'étais pas du tout celle que je suis aujourd'hui. La situation était moins sombre alors, bien des choses étaient différentes. Peut-être que si j'avais su comment tout cela évoluerait, je n'aurais pas fait les mêmes choix. Mais il est trop tard désormais, et mon seul but est de vous protéger au mieux, toi et ton frère. Lorsque Vladimir m'a demandée en mariage, j'ai accepté immédiatement. J'étais jeune et follement amoureuse de cet homme secret, ténébreux, tellement intelligent et raffiné. Plus ou moins consciemment, j'ai occulté tous les aspects sombres, et dangereux, qui le caractérisaient. Ma famille était bien moins extrémiste que la dynastie Proskoff sur la question du sang, de la magie noire et de tout le reste. Mais je n'avais pas envie de me soucier de tout ça, et peut-être ai-je cru pouvoir l'apaiser, le changer. Force est de constater que je n'y ai pas réussi. Je sais qu'avec les éléments du dehors, la place qu'occupe ton père, la situation doit être compliquée à gérer pour toi. Je ne sais pas ce que tu en penses, au fond de toi. Je n'attends pas de toi que tu me le dises. Tu as reçu une certaine éducation, mais j'ai essayé de faire de toi quelqu'un d'ouvert, capable de se remettre en question. Tu es majeure désormais, tu as tes propres choix à faire. Mais ils ne seront pas aisés. Tu peux choisir de suivre la voie que nous t'avons tracée, épouser Lucius Malfoy – ou pourquoi pas ce si séduisant camarade de classe, Rhys-Meyer. Tu peux être la digne héritière de la famille Proskoff. Mais tu peux aussi choisir de changer de vie, de faire tes propres choix. Dans ce cas-là, je ne pourrai pas te soutenir. Certainement seras-tu déshéritée ou reniée par l'ensemble de la famille. Je veux que tu en sois bien consciente. Mais cette porte n'est pas fermée pour toi. Tu es forte, et peut-être réfléchiras-tu d'avantage que ta mère au même âge, pour décider de ta vie. »
Heather acquiesça en silence. Ce fut tout. La seule fois de son existence où sa mère lui parla sincèrement. Quelques minutes plus tard, Anastazie Proskoff redevenait une attentionnée mais frivole mère de famille aristocratique. Rien de plus qu'un souvenir scellé.
Le Gryffondor avait surgi de nulle part. Heather ne put réprimer un sursaut de surprise teinté de peur. Elle ne l'avait pas vu, ni entendu arriver. Comment diable faisait-il pour jaillir de l'obscurité de cette manière ? Dans le couloir désert du septième étage, Sirius Black la projeta violemment contre le mur. Elle ne dit rien, retint une grimace et laissa le déshérité cracher son fiel.
- Tu crois que je vais te laisser faire, Proskoff ? Tu penses vraiment que je vais avaler tes couleuvres comme les autres ? Selwin s'est peut-être laissée tromper par tes sourires hypocrites, mais je sais moi ! Tu crois que je n'ai pas compris, que tu es passée à l'ennemi ? Si tu oses penser une seule seconde que nous allons te laisser infiltrer l'Ordre de cette façon, tu te goures complètement ! Je ne sais pas comment tu as fait pour les convaincre que tu es une fille bien sage, mais je n'ai aucun doute moi ! Je suis sur que si je relève ta manche, j'y trouverai la Marque. Nous sommes en guerre, Proskoff, et tu es passée à l'ennemi. Il n'y a aucun pardon à accorder, rien à ajouter. Je te détruirai avant que tu ne le fasses.
Elle n'avait pas eu le temps de répliquer, déjà il avait tourné les talons. Disparu. Elle cligna des yeux plusieurs fois, abasourdie, mais le couloir était vide. Aucune trace de son agresseur. Et la marque violacée de son étreinte sur son bras droit.
Le traitement maternel portait ses fruits. Les mots de sa mère résonnaient en elle chaque soir, lorsque l'obscurité dévorait sa chambre d'enfant. Heather fixait le plafond, incapable de bouger. Les tempêtes fébriles de son esprit la maintenaient éveillée jusqu'à la pointe rosée du jour. Des choses se décidaient au creux d'elle-même, un peu malgré elle. Le matin du 21 décembre, elle sauta de son lit de bonne heure, avec une vigueur qu'elle avait oubliée. Elle dévala les escaliers, son rouleau de parchemin et une plume sous le bras. Sa mère haussa un sourcil élégamment surpris devant tant de raffut avant sept heures du matin.
- Eh bien, jeune fille ! Il semblerait que la vie vous soit revenue d'un coup, sourit-elle par dessus sa tasse de thé fumante.
Heather s'attarda un instant sur la coupe de porcelaine finement ouvragée, dont les motifs animaliers s'étiraient et s'ébattaient joyeusement sous la chaleur du liquide brûlant. Un éléphanteau trébuchait timidement sous les coups de trompe de sa mère, sous l'œil dédaigneux d'un hyppogriffe majestueux. La porcelaine chinoise la fascinait toujours autant que lorsqu'elle était petite. Les yeux d'un brun doré de sa mère pétillaient de joie devant l'énergie retrouvée de sa fille, alors que cette dernière entamait son premier vrai petit-déjeuner depuis fort longtemps.
- Iulia, des œufs, du bacon et de la tarte pour Mademoiselle !
Au claquement de mains discret, mais ferme, de la maîtresse de maison, une jeune elfe de maison se matérialisa à la porte de l'imposante salle à manger et trottina vers Heather pour la servir. Heather sourit sans la voir, et griffonna à la va vite sur le morceau de parchemin qu'elle avait posé à côté d'elle.
« Londres, manoir Proskoff,
le 21 décembre,
Toi,
Puisqu'il faut bien que je prenne des décisions parfois, j'arriverai le 22 décembre au soir, et repartirai pour la St Sylvestre. Tes parents sont cordialement invités à la soirée organisée par mes parents dans notre manoir londonien.
A très vite,
Un peu à toi, mais pas trop,
Heather. »
Abandonnant son petit-déjeuner, elle courut dans la cour intérieure, couverte de neige en cette veille de fête. Ses pieds nus laissaient de légères traces dans la poudreuse, et elle riait comme une enfant lorsqu'elle s'empara du faucon familial pour faire parvenir sa missive au plus vite au Serpentard. Elle était une Proskoff, et elle allait prendre ses propres décisions à partir de maintenant.
« Ma féroce Lily ,
J'espère que tes vacances se passent bien, que les hiboux de Potter ne t'abrutissent pas par de trop nombreux cadeaux et que ta sœur est supportable. La vie est douce ici, je regrette notre manoir russe, le grand air, le parc, mais on est bien au coin du feu et Londres est belle sous la neige. Je vais mieux. Je grandis. Ne t'en fais pas pour moi.
Je t'embrasse, passe de merveilleuses fêtes.
Heather. »
La réponse du Serpentard était arrivée par retour de hibou le lendemain à la même heure. Indiquant un horaire et une adresse pour la poudre de cheminette. Heather croqua avec délice dans son croissant chaud, abandonna son assiette de bacon pour aller préparer son sac. Sa mère leva les yeux au ciel, condamnant la frivolité de sa fille aînée, mais dans ses yeux pétillait une étincelle de satisfaction. Elle avait tant ressemblé à cette fille insouciante, autrefois.
Vladimir n'avait jamais rien su refuser à sa femme. Lorsque celle-ci lui avait demandé d'autoriser leur fille à passer quelques jours au manoir Rhys-Meyer, il avait commencé par refuser tout net. Il voulait avoir sa fille sous la main, ne pas lui laisser trop de liberté. Mais Anastazie n'en avait pas démordu, et son obstination avait finalement eu raison de la froideur de son époux. Elle préférait sa fille heureuse, loin d'elle, que malheureuse à ses côtés.
Heather avait enfilé un jean brut, un pull en cachemire trop grand et des derbies de cuir marron. Son elfe l'aidait à mettre de l'ordre dans sa chevelure auburn, tandis qu'elle se mordait la lèvre quant au contenu de sa valise. Elle n'avait que quelques heures avant de quitter son manoir. Fébrilement, elle remplit un sac avec des vêtements saisis au hasard, un roman, pas de manuels – le Serpentard aurait les siens – et le cadeau qu'elle lui avait acheté la veille.
- Heather, un peu de politesse, il te faut quelque chose à offrir à ses parents !
Sa mère avait poussé la porte de sa chambre, sans un regard pour le monstrueux désordre qui y régnait en maître. D'autorité, elle posa dans les mains de sa fille un paquet de chocolats français, et un ouvrage fort rare et ancien retrouvé dans la bibliothèque familiale. Heather remercia sa mère d'un sourire. Un coup d'œil à sa montre lui apprit qu'elle avait encore quatre heures à tuer avant de partir. Comme une enfant impatiente d'ouvrir ses cadeaux de Noël, elle trépignait. Sa mère haussa les épaules.
- Je suppose que c'est le moment d'aller te trouver une tenue pour le Nouvel an !
Il était 18h59. Sa valise à la main, Heather attendait dans le salon. Son père lui avait fait un long discours qu'elle avait écouté sans cesser de fixer le mur face à elle. L'honneur des Proskoff, l'alliance entre leurs deux familles, les principes fondamentaux des Sang-Purs... Rien de plus que ce qu'elle savait déjà. Pourtant, pour l'une des premières fois, elle avait pris sa décision sans se soucier de ses devoirs, des apparences. Elle n'avait pensé qu'à elle, à son envie de voir le Serpentard. Que lui importait ses parents, ce qu'en pensait Lily, Alice ou tout Poudlard ? Sa mère l'avait serrée dans ses bras.
« Je n'ai pas besoin de te dire de bien te tenir, ton père le fait mieux que moi. Profite de ces quelques jours, envoie-moi un hibou pour me tenir au courant de ton retour, et passe un merveilleux Noël. »
Le tourbillon de flammes cessa. En face d'elle, un elfe s'inclina très bas et saisit d'autorité son sac de voyage de cuir brun. La salle était immense, pas très différente de Poudlard. Des pierres noires, froides, des tableaux d'illustres sorciers la toisant avec une curiosité mal dissimulée. Visiblement, la salle était entièrement dévolue aux départs et arrivées par la poudre de cheminette, d'autre foyers crépitaient allègrement, illuminant la pièce d'ombres fantasmagoriques.
- Mademoiselle Proskoff, quel plaisir de vous accueillir ici !
Marius Meyer avait un visage qui rendait fort crédibles ses propos. Heather s'autorisa un franc sourire et s'inclina légèrement devant son hôte.
- C'est un plaisir pour moi d'être ici, Monsieur. Je ne saurai assez vous remercier pour votre invitation.
Marcus Rhys-Meyer n'avait pas le charme froid de son fils, mais son visage débonnaire n'était pas dépourvu d'une certaine beauté. Des traits fins, un port de tête altier trahissaient une ascendance élevée. Mais son sourire franc et ses yeux rieurs étaient pour le moins inhabituels chez un représentant d'une telle famille. Heather s'était renseignée en détails sur la famille Rhys-Meyer. Cette vieille et estimée lignée galloise n'était pas très connue dans la société sorcière, mais ce manque de célébrité était souhaité par les Rhys-Meyer, qui de tout temps avaient su jouer de leur incognito pour agir dans l'ombre de la façon la plus propice à leurs intérêts. S'ils n'avaient pas encore pris de positions claires par rapport au conflit en cours, nul doute que Marcus Rhys-Meyer avait déjà tissé sa toile d'influence pour tirer le maximum de profit de cette situation. Sa femme, Deirdre Rhys-Meyer, née O'Connell, venait d'une vieille branche irlandaise presque éteinte. On murmurait dans les hautes sphères qu'elle était bien plus violente que son mari, et d'une intransigeance monstrueuse envers son unique fils. Elle ne travaillait pas, mais passait son temps à voyager dans toute l'Europe pour asseoir son réseau d'influence, tandis que Marcus se cantonnait à la liaison diplomatique entre les Ministères gallois et anglais, tout en naviguant avec aisance des plus hautes sphères jusqu'aux bas-fonds les plus dangereux. Dans toute l'histoire, les Rhys-Meyer avaient toujours su se salir les mains. Et Heather était certaine que celles de l'homme débonnaire qui lui narrait l'histoire de ce manoir perdu dans la campagne galloise, étaient poisseuses de sang.
- Bienvenue, Mademoiselle Proskoff, murmura une voix doucereuse.
- Madame Rhys-Meyer, souffla Heather en s'inclinant alors qu'elle pénétrait dans un petit salon confortable, à peine illuminé par une petite cheminée et une lampe à pétrole posée sur une table couverte de livres. Les murs de pierres supportaient tant bien que mal d'immenses étagères croulant sous les ouvrages les plus précieux. D'emblée, elle sut que cette pièce serait sa préférée du château.
Après les salutations d'usage, la maîtresse de maison indiqua qu'on passerait à table une fois que leur invitée aurait pris ses quartiers et aurait, si elle le souhaitait, pu se changer. Manière implicite de mettre en place un code vestimentaire pour le repas du soir. Enfin, Owein parut. Heather garda son calme, refréna l'envie de sauter au cou du Serpentard aux yeux verts.
- Montre sa chambre à ton amie, Owein, et soyez en bas dès qu'elle sera prête pour le dîner.
Il acquiesça en silence et fit signe à Heather de le suivre, l'entraînant dans un dédale de couloirs de pierres sombres, illuminés par de grands flambeaux. Heather se sentit plongée en plein Moyen-Âge. Une porte finit par claquer derrière eux, et Heather distingua une petite mais très accueillante chambre, aux couleurs bleues de la Maison Proskoff.
- Tu as une salle de bains attenante, et Misty sera à ton entière disposition pour toute la durée de ton séjour, si tu as besoin de quoi que ce soit, je serai dans l'aile opposée du...
- Owein ?
- Oui ?
- Tais-toi.
Heather avait laissé tomber sa lourde cape au sol, et sans que le Serpentard puisse répliquer, l'avait fermement plaqué contre la porte de chêne qui craqua sous la pression de leurs deux corps. Owein referma ses bras sur la frêle Gryffondor qui enfouit sa tête au creux de son cou. Son odeur sucrée lui donnait le tournis, il la repoussa doucement dans un sourire un peu moqueur.
- T'aurais-je manqué ?
- Pas le moins du monde, répliqua-t-elle dans un sourire espiègle. Maintenant laisse-moi me changer pour plaire à ta mère.
La garce du château semblait être devenue un chaton en mal d'affection, pensa-t-il en fermant la porte derrière lui, laissant à la jeune fille quelques minutes pour enfiler une robe faisant honneur à la maison Rhys-Meyer. Si la jeune fille passait le test du repas, tout irait bien. Si ce n'était pas le cas, sa mère ferait de son séjour un enfer.
Jamais encore Heather ne s'était autant sentie sous surveillance. Dès qu'elle avait pénétré dans la salle à manger, le regard de Deirdre Rhys-Meyer l'avait balayée, jaugée de bas en haut, s'arrêtant sur le moindre détail de la robe discrète mais élégante de satin noir qu'elle avait enfilée à la hâte. Ses cheveux, coiffés le matin-même par son elfe, restaient docilement posés sur son épaule droite en une longue tresse, et elle portait pour seul bijou le pendentif au blason des Proskoff. Prudemment, Heather avait mis en œuvre toutes les règles de bienséance que lui avait enseigné sa mère. Subtil jeu de masques et de politesse, sous lesquels devaient tout de même transparaître la force sociale d'une grande famille. Comme une funambule sur son fil, Heather tachait de répondre avec humilité mais finesse aux questions que lui posaient les époux Rhys-Meyer. Elle n'avait pas le droit à l'erreur, et Owein n'aurait aucun moyen de lui venir en aide en cas de défaillance de sa part. Le dîner fut copieux, et la frêle Gryffondor qui recommençait à peine à manger normalement eut du mal à faire honneur au repas. Mais elle se força, et cacha son soulagement lorsque la table fut débarrassée et qu'on proposa de passer dans le petit salon pour prendre le thé.
Alors que Misty, jeune elfe de maison maladroite, déposait un plateau sur la petite table, Deirdre Rhys-Meyer annonça qu'elle se sentait lasse et qu'elle regagnait sa chambre. Souhaitant bonne nuit à son fils, elle n'eut pour Heather qu'un bref mais poli hochement de tête, qui fit trembler la jeune fille. On but le thé en parlant de la collection éminente de vieux ouvrages que renfermait le manoir, avant que Marcus annonce à son tour qu'il allait se coucher. L'horloge sonna les douze coups de minuit.
Owein s'autorisa enfin à rejoindre la jeune fille dans le confortable canapé de cuir. Les flammes mourraient doucement dans l'âtre, les étoiles brillaient au dehors. Tout était calme, apaisant. Heather s'enfonça confortablement au creux du sofa, à la fois soulagée et inquiète.
- Ils sont en train de délibérer sur mon cas ? interrogea-t-elle le Serpentard dont les yeux s'étaient perdus dans la contemplation des flammes.
Sans bouger, il eut un sourire un peu ironique.
- Inquiète, Proskoff ?
Elle haussa évasivement les épaules. Il était de notoriété public que les Rhys-Meyer ne laissaient pas n'importe qui entrer dans leur cercle. Elle n'était pas n'importe qui, mais de là à devenir une intime de la famille... Peut-être avait-elle déplu aux parents d'Owein d'une façon ou d'une autre après tout. Le Serpentard secoua la tête, ébahi de ce soudain manque de confiance en elle. Finalement, la lionne n'était pas si différente de la plupart des filles qu'il avait côtoyées, lorsqu'elle quittait son costume de scène.
- Proskoff, mon père te mangeait dans la main dès que tu as posé le pied dans la cheminée tout à l'heure. Quant à ma mère, elle peut être bien pire que la femme froide que tu as vue ce soir. Quant à moi, je trouve que tu ne t'es pas trop mal débrouillée pour une Gryffondor, se moqua-t-il en se retournant enfin vers elle.
Venant de lui, c'était un immense compliment. Heather s'étira comme un chat, réalisant peu à peu l'incongruité de la situation. C'était l'une des premières véritables fois qu'ils se retrouvaient tous les deux, face à face. Ni camarades ni professeurs, personne autour, pas même le prétexte d'une interclasse ou d'une réception mondaine. Pour la première fois l'un en face de l'autre, ils avaient le temps. Ce n'était plus un bref instant volé au sommet d'une tour, une danse enivrée ou un cours de défense contre les forces du mal. Face à face dans ce salon silencieux, ils avaient le temps. Des jours et des nuits devant eux. Heather frissonna sous le regard brûlant du Serpentard qui eut un rictus narquois. En dehors de l'école, il lui faudrait l'apprivoiser.
Le soleil perça les rideaux, Heather sortit doucement d'un profond sommeil. L'horloge murale indiquait presque neuf heure et demie. Une heure tout à fait décente pour aller déjeuner. Étouffant un bâillement, elle s'étira comme un chat. La fenêtre face à son lit donnait sur la partie du parc qui lui rappelait un jardin à la française. Au delà des grilles, une campagne sauvage qui l'attirait au delà des mots. Elle appela Misty, qui s'inclina bas devant l'invitée de ses maîtres et l'aida à se préparer, lui apprenant que les époux Rhys-Meyer seraient absents jusqu'au souper.
Heather dévala les escaliers qui la menèrent jusqu'au salon. À la lumière du jour, le labyrinthe des couloirs lui semblait plus facile à appréhender. Ses cheveux encore humides faisaient des boucles folles autour de son visage de poupée, qu'elle n'avait pas maquillé. Elle portait un jean taille de basse, des bottines de cuir sombre et un ample chemisier blanc dont la transparence ne manquerait pas d'interpeller Owein. Par une magie qu'elle ignorait, il régnait dans le manoir une chaleur telle qu'elle n'avait pas besoin de se couvrir outre-mesure, alors même que la gelée brillait sur la pelouse jusqu'à une heure avancée du jour.
Il était déjà là.
- Je vois qu'on a bien dormi ? demanda-t-il d'un ton narquois.
Heather ne répondit pas et laissa Misty lui servir avec empressement un Earl grey brûlant. Elle refusa avec gentillesse les œufs, bacon et tartines que lui proposait l'elfe mais accepta de bon cœur un jus d'orange et des framboises exquises. Owein la regarda manger, amusé, sans plus porter attention au journal qu'il lisait avant son arrivée. Heather avait un air qu'il ne lui avait encore jamais vu. Calme, rassérénée, elle mangeait sans excès mais avec plaisir, et quelque chose étincelait dans son regard mordoré.
- Tu as du jus de framboises partout, sourit-il. On dirait une gamine.
Heather haussa un sourcil interrogateur, qui indiquait clairement qu'elle n'appréciait pas la comparaison. Mais le Serpentard s'était levé, et lui fit face. Heather sentit quelque chose s'emballer en elle. Les prunelles du Préfet-en-chef lui brûlaient la peau. Du doigt, il caressait ses lèvres pour les débarrasser de leur couleur rosée. Heather retint son souffle avec une brusquerie qui n'échappa en rien à Owein. Il savait très bien ce que lui disait le corps de la lionne aux battements de cœur affolés. Il eut un sourire narquois, murmura doucement à son oreille
- Tu croyais vraiment que ce serait aussi facile ?
Touché coulé. Chacun son tour. Heather éclata d'un rire clair, reconnaissant que la vengeance du Serpentard était méritée. Ils avaient encore du temps avant de s'entre-dévorer.
Tadaaaaam ! Voilà voilà, enfin cette relation digne de Roméo et Juliette prend son envol. J'ai littéralement adoré écrire ces moments d'intimité entre Owein et Heather, parce qu'ils ne sont plus sous le poids des regards des autres élèves. Le chapitre suivant approfondira encore davantage leur passion naissante, mais je ne vous en dis pas plus.
Un commentaire, un avis ?
Aimablement vôtre,
Hélène.
