Coucou ! Enfin un (petit) chapitre pour vous mes agneaux !


Au treizième étage, assis derrière le bureau du Grand Pope, Hakurei fixe la boîte noire face à lui. Sa main ridée caresse le couvercle fermé. Il perçoit nettement l'énergie divine enfermée à l'intérieur, il ne la connait que trop bien. Le vieil homme ferme les yeux, une unique larme coule le long de sa joue parcheminée.

Son frère Sage a sacrifié sa vie pour enfermer Thanatos, le Dieu de la Mort, dans ce réceptacle, conformément à la promesse qu'ils se sont faite deux cent quarante-trois ans auparavant…

Mais à quel prix as-tu réussi… Tu as perdu la vie et Manigoldo nous a quitté prématurément en voulant t'aider. Nous n'avions pas prévu que la nouvelle génération voudrait à ce point nous seconder dans notre mission.

L'air las et fatigué, Hakurei quitte le fauteuil et reprend la boîte afin de la ranger dans sa cachette.

Bientôt, je vais devoir à mon tour respecter notre serment et enfermer Hypnos avec son frère.


Le gravier blanc crisse sous les pieds d'Albafica qui remonte l'allée de sa maison. Il est tard, minuit passé, et le Chevalier se sent épuisé aussi bien physiquement que mentalement. Beaucoup des siens ont perdu la vie en l'espace de seulement quelques heures. Il n'en connaissait pas beaucoup personnellement, préférant rester seul que de se lier d'amitié, mais leur mort ne le touche pas moins que les autres. Le seul à sortir un peu du lot est le Cancer. Après avoir été envoyé en mission à Venise quelques années auparavant, il a appris à connaître Manigoldo et sa perte le bouleverse tout particulièrement. De plus, réaliser que le Grand Pope les a abandonné a achevé de le démoraliser. Il aimait beaucoup le vieux patriarche. Sept ans plus tôt, c'est lui qui l'avait officiellement nommé Chevalier d'Or des Poissons et qui avait pris le temps de le consoler après la mort de son Maître Lugonis. Tous avaient pris en affection ce vieil homme qu'ils adoraient à peu près autant que leur Déesse. Depuis toujours, il veillait sur eux, les guidait, les conseillait… qui serait à la hauteur pour succéder à un tel homme ?

Il va falloir que je trouve un moyen de prévenir Gioca… Elle devait venir cet été pour rendre visite à Manigoldo. Pauvre petite, elle l'adorait…

Tête basse, Albafica pose la main sur la poignée de la porte d'entrée et se fige, la clé entre les doigts.

Elle est déjà ouverte.

Quelqu'un s'est introduit chez lui !

Immédiatement alerte, le jeune homme entre dans sa maison. Il ne tarde pas à trouver l'intrus affalé sur son canapé, en train d'engloutir tout un plateau de sushis. La radio a été allumée sans la moindre gêne et réglée sur une station diffusant des vieux tubes.

L'indésirable lève les yeux vers lui en brandissant un sushi au saumon entre deux baguettes japonaises :

- J'ai trouvé ça. C'est pas un peu cannibale pour un Chevalier des Truites de bouffer du poisson cru ?

- Casse toi, Minos ! réplique sèchement Albafica.

Quel sans-gêne ! Il se tape l'incruste et pille mon frigo ! Et d'abord, comment a-t-il su où j'habite ?

Lisant en lui comme dans un livre ouvert, le Spectre du Griffon gobe la nourriture le plus tranquillement du monde et se redresse.

- T'es pas difficile à trouver, Poisson… Une maison à l'écart, des roses partout dans le jardin…Vu du ciel, c'est facilement repérable.

Le Chevalier hausse un sourcil agacé :

- Je ne suis pas le seul à cultiver des roses, réplique-t-il en détaillant le T-shirt gris froissé et le pantalon en jean troué de l'ennemi.

Pas le moment de rester planté là à le regarder prendre ses aises, je dois l'attaquer ! Maintenant !

Pourtant, il se trouve incapable de bouger alors que Minos se poste en face de lui et attrape une mèche bleue qu'il caresse entre ses doigts… et le Spectre n'utilise même pas sa technique pour l'obliger à rester sur place.

- Mais tu es le seul à faire pousser des roses noires, petit.

Albafica se renfrogne et lève la main pour le frapper. Vif comme l'éclair, Minos lui attrape le poignet et le plaque contre le mur, sans douceur. Malgré lui, le Chevalier sent son cœur accélérer, il ne doute pas que son adversaire s'est muni de son muguet blanc.

Touche moi encore…

- Lâche-moi !

- Tu rêves, Poisson, répond Minos avec un sourire sadique en lui attrapant le menton entre le pouce et l'index.

Le jeune homme s'efforce de rester impassible. Les lèvres du Juge se plaquent sur les siennes qu'il garde hermétiquement closes.

- Tu n'es vraiment pas coopératif, susurre le Griffon en reculant d'un pas.

Silencieux, le fleuriste le regarde avec froideur, les yeux étincelants d'une lueur assassine.

Il est toujours magnifique… qu'il soit en colère ou en train de sourire.

Les joues cramoisies, il sent ses mains se mettre en mouvement sans qu'il ne le veuille.

- Arrête ça tout de suite ! ordonne-t-il au Spectre qui retourne s'installer dans le canapé comme s'il était chez lui.

- Oh que non, roucoule l'autre en le gardant sous l'influence de sa Manipulation Cosmique.

Amusé et fier de plier le Chevalier à sa volonté, Minos l'oblige à retirer sa veste en premier lieu. Albafica baisse les yeux en inclinant la tête de façon à dissimuler au mieux les expressions de son visage. Un rictus étire les lèvres du Griffon.

Il n'ose même plus me regarder en face, le parfait petit soumis… Il n'essaye même plus de résister, quel dommage… En même temps, il sait que je le prendrai même si ses bras et jambes sont brisés.

Ravi, le Juge d'Hadès force sa proie à se dévêtir lentement, sans se gêner pour le faire tourner plusieurs fois sur lui-même et le détailler tout à loisir.

Une fois Albafica nu, Minos tire sur ses liens invisibles :

- Viens ici !

Le fleuriste n'a pas le temps de réagir et se retrouve brusquement affalé dans le canapé, à plat ventre sur les genoux du Spectre. Celui-ci lui claque les fesses avec un ricanement dédaigneux, sans vraiment chercher à lui faire mal. Le jeune homme sursaute en essayant de se redresser :

- Me touche pas, connard !

Il essaye de se débattre sous le contrôle de la Manipulation Cosmique et s'arrête net en sentant ses os prêts à se briser au premier faux mouvement. Un sourire narquois aux lèvres, Minos le repousse soudain et l'envoie rouler à terre puis s'installe à califourchon sur lui, maintenant ses poignets de chaque côté de la tête.

- Tu es si excitant, Poisson… murmure-t-il.

Le Chevalier grimace tandis que les lèvres ennemies viennent lui ravager le cou.

Ça recommence… Je ne peux nier que… j'adore sentir sa chaleur… ses mains…

Albafica prend une profonde inspiration, tâchant de maîtriser les réactions de son corps, de ne pas se trahir. Mais malgré ses efforts, il sent sa volonté lui échapper et flancher une nouvelle fois.

Continue, Minos… Fais-moi encore sentir ces sensations, touche moi encore…

Il ferme les yeux pour essayer de se concentrer.

Ne… Je ne dois rien laisser paraître. S'il réalise que j'apprécie plus que je ne le devrais ce qu'il me fait…

Ses poings se serrent lorsque la bouche du Spectre du Griffon s'aventure sur son torse et descend toujours plus au sud.


Dimanche :

L'aube n'est plus très loin lorsque Minos achève de se rhabiller. Ses yeux s'attardent sur le beau jeune homme étendu au sol, auréolé de ses cheveux bleus, le visage paisible. Ce corps parfait qu'il a pris soin de posséder… Il sursaute soudain lorsque la voix étranglée d'une chanteuse s'échappe de la radio encore allumée. D'un geste machinal, il attrape la télécommande et l'éteint. Il s'accroupit alors et regarde de plus près Albafica endormi, un sourire moqueur aux lèvres.

Il n'a vraiment aucune endurance... et ça se prétend Chevalier ?

Minos le soulève dans ses bras, presque avec délicatesse, et le porte jusqu'à la chambre. Le plancher grince sous ses pieds. Ignorant l'imposant livre traitant de la « culture des roses dans le monde » posé sur la table de chevet, il le dépose dans son lit et rabat les couvertures sur lui. D'un index léger, le Juge repousse les mèches tombant sur le front d'Albafica et le contemple.

C'est drôle. A bien regarder, son visage me dit quelque chose… Une conquête d'un soir qui lui ressemble, peut-être. Ou quelqu'un que j'ai tué il y a longtemps…

Minos secoue la tête et recule.

Il ne faut pas m'attendrir. C'est un jouet ! Un beau jouet, mais rien de plus.

Le Juge d'Hadès quitte la chambre, puis la maison et bâille en prenant la direction de son chez lui.

Une bonne douche et un café s'imposent.


Le Jeune Homme et la Rose (par Yo)

« Il s'est blessé en caressant
Cette rose si belle à la robe si fine,
Il n'a pas vu ses crochets menaçants,
Il s'est blessé sur ses épines.
Et comment croire au chœur grinçant
Qui dit aux jeunes gens que tant de belles choses
Ont sous leurs habits d'or et leurs parfums d'encens,
Bien des poisons, et des laideurs encloses ?
Et comment croire que les roses
Font couler le sang ?

Il s'est blessé en caressant
Cette rose si belle à la robe si fine,
Il n'a pas vu ses crochets menaçants,
Il s'est blessé sur ses épines.
Comment croire au printemps naissant
Que les jours de l'amour sont suivis d'autre chose,
Que l'automne succède à l'été finissant,
Que les matins d'ivresses sont moroses ?
Et comment croire que les roses
Font couler le sang ?

Il s'est blessé en caressant
Cette rose si belle à la robe si fine,
Il n'a pas vu ses crochets menaçants,
Il s'est blessé sur ses épines.
Et comment dire à l'innocent
Que partout le soleil en éclairant les choses
Leur apporte aussi l'ombre et qu'il est, sous-jacent,
Au creux de l'ange un diable qui repose ?
Et comment croire que les roses
Font couler le sang ? »


Le front appuyé contre la vitre de sa fenêtre, Saga fixe d'un air absent les Chevaliers qui conversent plus bas, dans le jardin. Il ne cesse de penser au Grand Pope décédé si brutalement, sans explication. Le survivant de la précédente Guerre Sainte n'était pas homme à se laisser supprimer si facilement, tout particulièrement par des Spectres… L'idée que les sbires d'Hadès ne soient peut-être pas les réels responsables de cette disparition ne cesse de lui trotter dans la tête.

Et si Kanon… ? Il a déjà essayé de tuer Sage. S'il a réussi à s'enfuir du Cap Sounion, ce serait un bon moyen pour lui de se venger. Il sait que la disparition de notre Grand Pope m'atteindrait à coup sûr.

Le Chevalier des Gémeaux hésite mais finit par se détourner de la fenêtre et tire le rideau pour ne pas être vu de l'extérieur.

Si par hasard il est toujours en vie et enfermé là-bas, cela me prouverait qu'il n'a rien à voir dans cette affaire et dans ce cas, puisque Sage n'est plus là, peut-être pourrais-je ramener Kanon ici et tenter de discuter, d'arranger les choses entre nous.

Un pli soucieux barre son front.

Mais si je ne trouve personne dans la prison…

Décidé à en avoir le cœur net, Saga active son Cosmos, le visage résolu et ouvre une faille donnant sur le Cap Sounion.

La marée étant basse, il franchit l'ouverture dimensionnelle et s'approche de la prison, ses pieds foulant un chemin de pierres rendues glissantes par les résidus de sable portés sur la crique par la houle.

Le jeune homme saisit les barreaux à deux mains en scrutant l'intérieur de la cellule du regard, s'attendant à trouver le corps noyé de son frère.

Mais rien.

Saga ignore lui-même s'il se sent soulagé ou non. Kanon aurait-il réussi à s'enfuir comme il le soupçonne ? S'enfuir pour attaquer les Chevaliers ou simplement pour survivre, tout en restant reclus dans son coin en espérant se faire oublier ?

Non, faire profil bas ne ressemble pas à son jumeau, surtout après avoir été jeté en prison de cette façon et condamné à mort par la même occasion.

Saga soupire doucement en appuyant son front contre les cylindres métallique glacé par l'humidité.

L'intérieur de la cellule est enduit d'un puissant Cosmos , probablement divin, empêchant le prisonnier de prendre la fuite d'une quelconque façon… Il n'est pas impossible que ce même Cosmos désintègre les corps après leur mort. Après tout, Kanon n'est pas le premier à avoir été jeté ici, et à bien regarder, ni restes, ni ossements ne laissent présumer de ce qu'il est advenu des autres victimes avant lui.

Es-tu en vie, mon frère ?

Saga ferme les yeux. Le vent joue avec ses longs cheveux et dépose un goût salé sur ses lèvres.

Est-ce vrai ce que l'on raconte, quand on dit qu'on ressent le moment où un être cher nous quitte ? Es-tu mort sans que je ne le sente dans mon cœur ? Toi, mon frère… mon jumeau… mon autre part de moi-même… Est-ce égoïste d'entretenir l'espoir que tu vis encore quelque part tout en sachant que si tel est le cas tu ne nous pardonneras pas si facilement ?

Le Guerrier d'Athéna rouvre les paupières et se détourne de la cellule. Il regarde d'un air absent la faille qu'il a laissée ouverte.

Te chercher ne servira à rien, tu maîtrises parfaitement ton Cosmos. Si tu t'es enfui, tu as sûrement dû te réfugier dans une autre dimension, passer de l'une à l'autre à ta guise sans te faire repérer doit être aussi facile pour toi que pour moi… Je ne te retrouverai pas tant que tu ne le voudras pas.

Avec un soupir un peu las, Saga croise frileusement les bras et retourne vers la brèche lui permettant de rentrer chez lui.

Si seulement… j'avais agis autrement avec toi, nous n'en serions pas là aujourd'hui. Comme je regrette, Kanon…


Mon Frère – (Les 10 commandements.)

« Bien sûr qu'un jour s'en va pour l'un et pour l'autre s'en vient
Bien sûr les étoiles se meurent quand le ciel s'éteint
C'est notre amour qui n'aura jamais de lendemain
Mon frère…

Bien plus qu'un monde qui s'ouvre à l'un et pour l'autre chavire
Bien plus qu'une mer qui supplie quand la source est tarie
C'est tout notre amour qui s'éloigne des rives et se perd
mon frère

Tout s'oublie
Chacun avec sa peine
Que le temps nous reprenne
Les souvenirs
D'un frère

Chacun avec sa peine
Que le temps nous apprenne
A nous aimer
En frère

Bien sûr que la terre est brûlée quand la pluie l'oublie
Bien sûr que tout est cri puisqu'on se l'est jamais dit
Bien sûr l'amour puisqu'il ne peut plus grandir, s'enterre
Mon frère

Bien plus qu'un dernier regard pour décider d'une vie
Bien plus que cette fin d'espoir que le courant charrie
C'est un amour qui ne trouvera pas de rivière
Mon frère

Tout s'oublie
Chacun avec sa peine
Que le temps nous reprenne
Les souvenirs
D'un frère

Chacun avec sa peine
Que le temps nous apprenne
A nous aimer
En frère

Puisqu'on ne sera toujours
Que la moitié d'un tout

Puisqu'on ne sera jamais
Que la moitié de nous
Mon frère...

Bien sûr que rien ne pourra jamais nous l'enlever

Bien plus que tout ce que la vie peut nous accorder

L'amour sera toujours cette moitié de nous qui reste
A faire
Mon frère ... »


Hey, hey, hey, désolée d'avoir mit si longtemps pour poster si peu... bon, la santé ça va mieux pour ceux que ça intéresse, mais je viens de commencer à travailler et pour le moment les journées sont bieeeeeeen remplies (qui connait les joies de faire l'inventaire complet d'une boutique ? -.-) mais la suite est déjà en cours d'écriture. Je précise également que je travaille sur une autre fic en parallèle, toujours avec Minos et Albafica, donc forcément j'ai ralenti celle-ci au passage.

La playliste youtube a été mise à jour également et contient à présent les deux chansons de ce chapitre.

Merci encore à vous tous qui me suivez ! Je vous remercie et vous fais plein de bisous !

Ah oui, et pour ceux que ça intéresse, comme je n'ai jamais trouvé de date de naissance officielle d'Albafica des Poissons, avec une amie nous avons décidé de lui en donner une et c'est aujourd'hui !

Alors : Bon Anniversaire Sushi Bleu !