.

CHAPITRE 30

=== Edward===

Je m'assis sur le lit et attendis. Honnêtement il n'y avait rien d'autre à faire. Le temps c'était tout ce que j'avais. C'est toujours ce que j'avais eu mais actuellement c'était insoutenable. Les minutes passaient lentement, presque douloureusement et finalement je fis la seule chose qui me restait à faire avant qu'elle se réveille. Je pleurais sur la vie humaine de Bella alors que je la veillais. Je dis adieu à la précieuse mais fragile et maladroite humaine que j'aimais. La seule personne dont j'étais jamais tombé amoureux.

Mes yeux ne quittaient jamais son corps. Pas une seule fois depuis que nous étions là. Mon corps était encore strié de boue et mes vêtements secs et cassants. Le soleil du matin filtrait par la fenêtre orientée à l'est et éclairait la peau de ses pieds. Quand il atteindrait la couette qui était posée au pied du lit, ce serait de nouveau la nuit et je resterai assis dans l'obscurité complète. Mon corps laissait sa marque dans le doux cuir du fauteuil s'écrasant sous mon poids. J'étais figé, sans vie jusqu'à ce qu'elle me revienne.

J'étais comme ça maintenant, rivé à mon fauteuil alors qu'elle gisait à côté de moi, sans bouger dans le lit. Son corps était rigide, tendu pendant la transformation. J'avais observé ses cheveux s'assombrir, chaque mèche s'épaississant sous mon œil vigilant. Sa peau pâlissait et le sang de ses veines se dissipait, laissant cette teinte violacée à laquelle j'étais habitué. Ça paraissait impossible mais ses pommettes devenaient plus saillantes et ses épaules s'élargissaient, les muscles remplaçant la peau fine d'avant. Je me penchai et passai mes doigts sur ses nouvelles joues et je me souvins de quelques jours auparavant quand j'avais pensé à elle comme à Blanche-neige, couchée dans mes bras, en paix, presque au repos. Cette description ne convenait plus.

Bien sûr, Bella était magnifique, plus que tout ce que j'avais pu imaginer. Mais couchée là, en train de se transformer pendant deux jours, les cris qui s'échappaient de ses lèvres pâles rebondissaient sur les poutres de bois au-dessus de nos têtes. Je fis la grimace quand ses ongles tranchants s'enfoncèrent dans le matelas, coupant le tissu et s'y accrochant tandis qu'elle se tordait de douleur et de détresse. Ça me faisait mal de ne pouvoir rien faire mais de devoir juste rester assis là, à attendre.

J'avais déjà vu cela. C'était comme pour les autres quand Carlisle les avait ramenés à la maison. Je me souvins de moi-même et frémis en me souvenant des soubresauts de mon corps. Les crampes violentes qui montraient que mes muscles se contractaient et que ma peau durcissait pour devenir dure comme de la pierre. C'était une métamorphose totale. C'était le moment où je m'étais figé, le venin remplaçant tous les autres fluides, la fonction de mes organes devenant inutile et chacun de mes sens s'aiguisait. Je savais ce qu'elle traversait et il n'y avait rien que je puisse faire à présent pour l'apaiser ou soulager sa souffrance.

Je pris sa main dans la mienne — elle gémissait moins souvent et la souffrance commençait à décliner. Bella était là quelque part. Sous ces transformations, derrière ses longs cils, sous sa peau pâle et parfaite et bientôt avec ses mouvements gracieux malgré l'étrange silence de son cœur, la Bella de laquelle j'étais tombé amoureux existait toujours.

Je l'espérai.

Ça ne devrait plus être long, supposai-je, glissant, pour la première fois depuis des jours, de désireux à impatient. Trois jours s'étaient écoulés depuis que j'avais pris ce qui restait de sa vie. Je tendis la main pour toucher son visage mais à la place je passai mes doigts dans mes cheveux, devenant plus agité au fur et à mesure que le moment où elle devait se réveiller s'approchait.

Je voyais la cicatrice là où j'avais planté mes dents dans sa chair douce et je repoussai cette idée de meurtre de ma tête. Je savais que je devais le faire… Je voulais le faire … mais ça avait été un conflit. Je voulais la sauver, vivre avec Bella pour l'éternité. Je la voulais, tout cela l'avait conduite à la mort. Mais à la seconde où le sang toucha ma langue, où il coula dans ma gorge, l'emplissant de chaleur, de soulagement, ce que je ressentis c'était de l'euphorie. C'était exaltant, enivrant, voire érotique - tout ce que j'avais prévu. Ce qui était inattendu c'était le niveau auquel je voulais la consommer. Littéralement. Ma bouche aspirait sur son cou dans une tentative de me gaver de sa vie. Je fis glisser mes mains jusqu'à ses bras, la serrant fermement et brusquement je m'arrêtais parce que j'avais sentis le faible battement de son pouls sous sa peau. Comme toujours c'était le signe et je me souvins de ce que j'étais en train de faire, qui je buvais. Je ne me nourrissais pas, me rappelai-je. Et pour qu'elle survive je devais m'arrêter.

J'enlevai mes dents de sa chair et à regret, essuyai le sang de la blessure de son cou avant de lécher goulument ce qu'il restait sur mon doigt en regardant ce qu'il se passait autour de moi. James avait disparu, les images de sa destruction étaient claires dans la tête de chaque membre de ma famille. Je sentais la chaleur du feu de l'autre côté, détruisant la preuve inexplicable que nous ne pouvions pas laisser derrière nous. Je ne me concentrai pas sur la vengeance, je laissai cela à Alice et Jasper. Toutes mes pensées étaient tournées vers Bella, la prendre aussi rapidement que possible pour la garder au calme pendant sa transformation.

Carlisle voulait que je l'amène dans la maison familiale où il pourrait la surveiller mais je secouai la tête. Ce n'était pas l'affaire de la famille. C'était Bella et moi.

Nous devions faire ça par nous-mêmes.

Esmée courut à la maison et revint avec la voiture. Je transportais rapidement Bella sous l'œil protecteur d'Emmett et de Rosalie et nous mis à l'abri. Je la tins sur le siège arrière tandis qu'Esmée nous conduisit à travers plusieurs états dans une maison en bois isolée. Elle était enfoncée loin dans la forêt et je tentai d'étouffer les tremblements qui se formaient dans son corps, Esmée s'arrêta à la fin d'un long chemin sinueux. Je regardai par la vitre ce qui allait être notre nouvelle maison pour notre proche avenir. Nous possédions de nombreuses maisons à travers le pays, des milliers d'hectares et c'était celle-là qui était sûre pour nous en ce moment.

Par sécurité je voulais être à des kilomètres de toute civilisation.

J'avais transporté Bella dans le chalet, plissant les yeux aux prismes de lumière qui reflétaient sur mes bras nus et je souris légèrement aux faibles reflets provenant du sien. Je la portais comme une jeune mariée, me servant de son corps pour tenir la porte, pour dire au revoir à Esmée. Elle me fit un geste de la main, elle souhaitait rester mais elle repoussa ses instincts maternels quand je lui fis un regard dur elle partit. Je la priai silencieusement de m'autoriser à faire cela à ma façon et elle approuvait, ses pensées n'étaient pas d'accord mais son cœur respectait mon vœu.

Elle déposa un baiser sur la joue de Bella, caressa ses cheveux et elle repartit par où elle était venue. Ensuite ce ne fut plus que Bella, moi et ses cris de douleur tandis que son corps mourrait lentement et douloureusement dans le petit chalet au fond des bois.

Maintenant nous en étions là, sa transformation était presque achevée. Je me penchai au-dessus d'elle attendant qu'elle s'éveille, désespéré de voir la femme que j'aimais après sa renaissance. J'essayai de rester calme, silencieusement tandis que son corps bougeait à peine, la douleur avait cessé et mes doigts passaient sur les siens.

"Bella?" murmurai-je. C'était une question. Je n'avais jamais connu personne avant la transformation. Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. Encore une fois, je murmurai "Isabella…"

Ses yeux s'ouvrirent en grand. Les miens aussi, mes lèvres se relevèrent, ignorant ses pupilles rouges et je sentis ses doigts s'enfoncer dans ma chair. Elle était éveillée.

Sa bouche s'ouvrit légèrement et je la regardai, elle sentait, elle me sentait. J'attendis encore, la laissant faire, la laissant me sentir avant que je bouge, avant que je caresse sa peau et pose mes lèvres sur les siennes.

Elle tourna la tête mais au lieu de voir s'y refléter de la reconnaissance, ses yeux se plissèrent et elle grogna… méchamment.

Avant que je puisse comprendre la situation, elle était maintenant plus rapide que moi, sa main saisit la mienne très fort et en un instant l'autre était sur mon bras me jetant par-dessus son épaule à travers la pièce et je m'écrasai sur le bureau. Au milieu des airs j'entendis le lit se renverser, je me redressai rapidement pour l'empêcher de partir par la porte, bloquant sa fuite. Je vis qu'elle s'était accroupie, ses cheveux étaient en broussaille derrière sa tête et ses mains fermées en poings serrés, elle les ouvrait et les fermait rapidement évaluant toutes ses options.

Je pouvais encore entendre un faible grondement de peur dans sa poitrine et il m'apparut à ce moment-là que ma Bella n'était plus avec moi … pas exactement. Cette Bella était sauvage et indomptée. Elle respirait rapidement bouche ouverte. Elle n'avait pas besoin de respirer et il fallait que son corps s'adapte à cet état de chose. Elle était sauvage et régie par ses instincts. Petite et maigre, je pouvais voir ses muscles tendus. Je regardai son visage et je me rendis compte qu'elle était complètement terrifiée.

Elle était toutes ces choses, elle était belle mais surtout elle était à moi.

Elle bougea, recula et se retrouva dos au mur et je la regardai dans les yeux, noirs et rouges, le brun riche avait complétement disparu. Je pouvais voir la colère dans ses yeux mais ce n'était pas ce que je cherchai, je cherchais mon âme sœur, la femme que j'aimais, par-delà la brume sanglante qui envahissait sa vision. Je ne voyais que de la peur et je savais que je devais l'attirer à moi, pour lui rappeler notre amour.

Je tendis mes mains innocemment, "Isabella," dis-je et je vis ses yeux regarder vers la porte et la fenêtre, planifiant son évasion. Je n'avais aucune idée de ce qu'il fallait dire mais je savais que je devais la raisonner avant qu'elle ne s'enfuie de la maison. "Bella il faut que tu me regardes."

Ses yeux se posèrent sur moi, verrouillant son regard au mien et sa lèvre se souleva révélant un éclat de ses dents parfaites. Je fis un pas en avant et elle frémit parce qu'elle était au bord de la rupture, trop effrayée. "Bella," répétai-je. "Il faut que tu restes tranquille."

Elle ne m'écoutait pas. Je la regardai s'enfoncer contre le mur, ses yeux allant de droite à gauche, cherchant toujours une issue. "Regarde-moi," demandai-je, plus fort cette fois mais au lieu de s'exécuter elle siffla – prévoyant d'attaquer, posant ses mains sur ses oreilles.

Je passai ma main dans mes cheveux, horrifié en réalisant que c'était moi qui lui faisait peur. Ma voix était trop forte, mes actions trop rapides. Je me demandai si je devais appeler Carlisle à l'aide – il pourrait être là dans quelques heures si j'avais besoin de lui. Je soupirai et regardai vers la fenêtre en plissant les yeux, en pensant que je pouvais ne pas y arriver. Elle était tellement en colère, elle avait tellement peur, je n'avais jamais vu ça auparavant ni chez Esmée ni chez Rosalie. Elle avait une façon de réagir bien à elle. Je la regardai de nouveau, le cœur brisé, elle s'était réfugiée dans un coin de la chambre, les oreilles bouchées et accroupie sur le sol. On aurait dit un chat timide et effrayé qui s'ébouriffait pour paraitre plus imposant.

Il fallait que je me rappelle qui se contrôlait ici. Qui avait le pouvoir de rendre cela plus aisé, de la tirer de son état de choc. Et il n'y avait que moi.

Lentement je tombai à genoux. Ses yeux suivaient prudemment mes mouvements, je m'assis, complètement immobile nous laissant nous habituer au changement. J'entendais ses inspirations et combattis un sourire en analysant sa situation.

Je la regardai et commençai à parler gentiment assez bas pour ne pas lui faire mal aux oreilles. "Je me souviens comment c'était quand je me suis réveillé il y a de nombreuses années avec Carlisle. J'étais assailli par les fortes odeurs la première fois que j'aie inspiré, par l'odeur de Carlisle lui-même, l'odeur de la décomposition. Peu importe la façon dont il a essayé, il n'arrivait pas à se débarrasser de cette odeur, l'odeur de l'épidémie. Ses vêtements étaient couverts de transpiration et de maladie, de traces de sang, peut-être même mon sang, avait complètement détruit son pantalon. Le venin a immédiatement afflué et je ne savais pas ce que c'était, il coulait dans ma gorge."

Elle me regardait intensément et je pouvais dire qu'elle écoutait le moindre des mots qui sortaient de ma bouche.

Je continuai : "Et les sons… c'était comme des coups de canon dans mes oreilles. Les oiseaux, les pas de Carlisle sur les planchers en bois…" je repensai à ce jour et à l'intensité de tout cela. "Il y avait une partie du plancher qui craquait chaque fois qu'il passait dessus et je me demandai si ce bruit allait me rendre fou."

Je chuchotai à présent, elle avait enlevé ses mains de sur ses oreilles et à mon grand soulagement ses muscles s'étaient un peu détendus. J'en profitai pour m'approcher un tout petit peu plus d'elle, sur mes genoux, doucement.

"Bien sûr, il y avait d'autres distractions, des voix qui bataillaient dans ma tête. J'ai pensé pendant un grand moment que j'étais fou." Son expression se fit compréhensive malgré son air toujours résolu et je savais que ma Bella – celle que je connaissais - n'était plus très loin. "Est-ce que tu entends quelque chose?" demandai-je, priant juste pour qu'elle n'entende rien.

Elle ne répondit pas mais j'attendis, nous avions le temps, toujours rien d'autre, mais du temps. Les minutes passèrent, je profitai de sa beauté une fois de plus, je voulais tellement la toucher, apaiser ses mains tremblantes. Son silence nous recouvrit… pas de souffle, pas de pensées, le calme pur et total… je me rendis compte pour la première fois combien ma vie avec Bella serait plus magnifique que ce que j'avais pu imaginer.

"Non," grinça-t-elle me faisant un signe de tête. Je m'efforçai de ne pas sourire au bonheur que je ressentis en entendant sa voix mais je lui donnai toute mon attention. Elle secoua la tête et répéta : "Non, non pas de voix."

Je m'approchai encore un peu et m'assis complètement par terre les jambes croisées. A présent nous n'étions séparés que par quelques centimètres. Le sol était recouvert par des morceaux de lit éparpillés, des draps et du bois mais l'ambiance s'était calmée, ses yeux étaient plus doux sous leur couche de vernis rouge.

Avant que je puisse décider de quoi que ce soit, elle murmura si bas que je ne l'entendis presque pas. "Edward," dit-elle et sa main se leva pour aller caresser sa gorge, signalant, je le savais, l'incendie qui faisait rage. "Ça fait mal."

Mon cœur se brisa encore parce qu'elle était si forte aujourd'hui et pourtant encore si fragile, comme avant, et elle avait plus besoin de moi que moi d'elle. Hochant la tête en reconnaissant sa douleur, je glissai vers elle, tendant ma main en offre de paix. Je m'arrêtai avant de la toucher, lui permettant de la prendre ou non. L'euphorie traversa mon corps quand elle l'attrapa et la serra si fort que ça me fit mal.

"Je sais," la rassurai-je, et c'était vrai. Je savais ce que ça faisait quand les flammes de la soif léchaient le fond de votre gorge. Ça vous rendait presque fou. Je fixai ma compagne aux yeux rouges dans les yeux. "Je peux faire en sorte que ça aille mieux," promis-je et je posai mes lèvres sur la peau froide et dure de sa main, pour la première fois dans notre nouvelle vie, pour sceller cette promesse.

=== Bella ===

14 octobre

Je viens juste de casser le vingt-deuxième stylo sur les vingt-quatre que contient le lot.

Je déteste les stylos.

Je déteste les journaux.

Je déteste le fait d'avoir détruit trois Mac, un ordi portable et un Pc avant qu'Edward ne dise que la police allait penser que nous appartenions une organisation mafieuse à cause du nombre de matériel électronique que nous achetions au milieu de nulle part.

J'ai faim et je déteste les cerfs. Oui. Je l'ai dit. Je déteste ça.

"Merde," murmurai-je au moment où le stylo numéro vingt-trois se cassa entre mes doigts trop puissants.

Je fermai mon journal doux en cuir jaune beurre et le posai sur le bureau avec un soupir. A droite le tas de stylos, tous étaient partagés en deux, la pointe détruite et je rajoutai le dernier au tas, faisant tomber tous les autres par terre.

J'étais seule. Enfin aussi seule qu'Edward voulait bien me laisser. Je pouvais l'entendre bricoler à côté, il déballait le nouvel envoi d'Alice. Je pense qu'il était très enthousiaste de tout recommencer dans cette maison. Le jour où sa collection de t-shirt bien aimée est arrivée, on aurait pu penser que c'était un camion de nourriture.

Je tournai la tête légèrement pour écouter et je pus distinguer le bruit du tissu, suivi par du bruit métallique et je soupirai longuement. Plus de vêtements supposai-je, le métal était ce qui servait à les suspendre dans le placard – méticuleusement bien sûr – par couleur, catégorie et matière.

J'attrapai le dernier stylo et le pris doucement entre mes doigts comme on m'avait appris à le faire à l'école quand j'avais cinq ans. Etre vampire était comme tout réapprendre à nouveau. Se réveiller gracieux et posé était un mythe.

Ou alors c'était seulement moi.

Le premier moi j'avais presque détruit le chalet des Cullen pièce après pièce. Edward passait la plupart de sa journée (le temps qu'il ne passait pas à ranger ses chaussettes) à réparer les dégâts que j'avais laissés dans mon sillage. Je touchais tout trop fort ou trop vite… ça n'allait jamais. Les charnières se cassaient, les chaises encombraient le sol. Une fois j'avais mal calculé la distance entre le bas de l'escalier et le palier, mon orteil s'est pris dans la deuxième marche et j'avais tout arraché.

Chaque fois que ça se produisait, j'aurai dû crier et être en colère, la frustration bouillait sous ma peau tandis qu'Edward me regardait avec ses yeux magnifiques, ennuyés mais amusés. Des jours après ma transformation, Edward m'amena un cerf et il me le tendit comme un cadeau. Ça puait, je ne pouvais pas manger ça et je l'avais supplié de me trouver quelque chose de 'bon". Nous savions tous les deux ce que ce 'bon' signifiait et il m'ignora, en poussant le petit cerf brun vers moi, m'expliquant avec un éclat dans les yeux comment mordre et vider l'animal face à moi.

Son plaisir de me voir mal à l'aise me causait des accès de colère épique et je sortis et déracinai autant d'arbres que possible avant qu'il ne me plaque au sol de tout son poids. Il est plus que probable que les mots Va me trouver un putain d'humain, aient franchi mes lèvres au cours de la lutte mais mon compagnon toujours discipliné et patient faisait comme s'il ne m'entendait pas, jusqu'à ce que je sois d'accord pour me calmer.

A présent, j'étais assisse au bureau, face au journal qu'Edward m'avait donné pour que j'y consigne ma vie, comme lui l'avait fait, je regardai le tas de stylos éparpillés sur le bureau et par terre. Je savais qu'il avait raison, bien sûr il fallait que j'arrive à me contrôler, mon corps et mes sens. Je ne voulais pas être comme ces nouveau-nés qui suivaient James pas à pas à la banque. Je voulais être comme Alice, Rosalie ou Esmée. Forte et en contrôle. Et ce journal était le premier pas pour y arriver.

J'entendis le bruit de ses pas avant qu'il atteigne la porte et je me levai renversant le fauteuil.

Edward fut là avant que j'ai même pensé à le relever. Il était toujours plus rapide que moi, même avec mes nouvelles capacités. Il était plus fou de moi que ce que j'avais imaginé, même quand je ne voulais pas de lui.

"Tu es prête? C'est presque la nuit," demanda-t-il en remettant le fauteuil en place après avoir vérifié qu'il n'était pas cassé. Il regarda les stylos et le journal et se pencha pour les ramasser et les mettre à la poubelle.

Son côté vampire compulsif était de retour.

"Ça a marché?" demanda-t-il, en fronçant les sourcils.

"Oui un peu? Je n'en ai cassé que vingt-trois," ris-je amèrement.

"Bien," il sourit, encourageant, frottant son front avec la gomme au bout d'un crayon, "ça t'en laisse deux pour t'entrainer pas vrai?"

Je lui tirai la langue mais il ne réagit pas - il ne le faisait jamais - et je me retrouvais serrée dans ses bras. J'essayai de me détendre contre lui. Je l'aimais tellement mais tout me rendait perplexe. Le toucher, c'était comme si tout mon corps prenait feu. Je réalisai à présent pourquoi ça avait dû être aussi difficile pour lui de passer toutes ces étapes dans notre relation. Ça faisait du bien mais en même temps ça faisait mal. La limite entre amour et désir s'effaçait et me rendait folle.

Il sentit ma tension et me relâcha, je fis semblant de ne pas voir son expression de désir au fond de ses yeux.

Se comportant toujours bien, il me prit la main et sourit simplement en disant : "Tu fais toujours des progrès."

J'hésitai avant de lui sourire et le laissai m'emmener dehors pour une autre nuit.

16 octobre

Je déteste le cerf.

23 octobre

Je ne peux pas dormir. Pas du tout. Je le savais. Je savais qu'Edward ne dormait pas mais je n'avais pas vraiment remarqué puisque je dormais pendant que lui non.

Edward lit beaucoup pendant ces temps calmes. La maison est pleine de livres et Esmée en envoie des cartons presque chaque semaine. Des romans, des livres d'histoire, des revues médicales. Il y a des choses en français, en portugais. Je m'assieds à côté de lui, sur le canapé, je regarde les flammes lécher les murs de pierre dans la cheminée, j'ai un livre ouvert sur mes genoux. J'essaie de lire mais les mots me semblent trop grands, se mélangeant dans ma tête et me faisant loucher. Edward me rassure en me disant que ça me passera, tout semble me dominer en premier mais ensuite j'arriverai à m'habituer à tous ces changements.

1er novembre

Je veux aller en ville.

C'est tout. Aller en ville. Je veux marcher dans la rue et voir des gens. Je veux regarder dans les vitrines. Je n'ai même pas besoin d'y entrer. Je serai heureuse de voir un restaurant, même si je ne peux pas manger. Je voudrai simplement me pencher à travers la portière et crier mon menu dans l'interphone burrito aux haricots sans oignon, juste pour entendre la voix éraillée de l'autre côté. Je suis fatiguée que ce soit Alice et Jasper qui me procurent tout, même les livreurs ne viennent pas ici, je pourrai accidentellement les attaquer et les manger.

Aujourd'hui j'ai gentiment demandé à Edward si nous pouvions aller quelque part. Cela fait des semaines. Par habitude il a répondu non. Il m'a fait un sourire condescendant qui n'a pas entamé sa ridicule bonne humeur, il a seulement levé ses yeux de la pile de demandes de subvention pour le travail. Oui Edward travaille toujours, il discute au téléphone et parfois il est obligé de partir alors Jasper et Emmett viennent veiller sur moi au cas où je tenterai "quelque chose".

J'ai décidé de me rebeller.

Je suis allée dans la chambre et je me suis changée, j'ai enlevé mon tee shirt et mon jeans. Je ne me change pas souvent depuis que j'ai cassé le bouton du lave-linge, c'est l'un des avantages d'être vampire, pas de transpiration pas de crème pour le corps. J'ai fouillé dans le tiroir et trouvé ce que je cherchais. Un ensemble en dentelle noire, débardeur et shorty qu'Alice m'avait achetés, j'arrangeai mes cheveux devant le miroir.

Je me sens un peu coupable en sortant de la chambre car l'ensemble était trop petit, Alice s'entête à m'acheter des vêtements une taille en dessous de la mienne. En fait je sais que c'était un coup bas, je refuse de laisser Edward me voir nue, de me toucher et de le laisser approcher son corps du mien depuis ma transformation.

Mais je l'ai quand même fait. J'ai essayé de le séduire pour pouvoir sortir en public et peut-être même commander des nachos que je ne pourrai jamais manger.

Il a fait semblant de ne pas me remarquer que j'entrais, je voyais ce genre de choses à présent. Le battement rapide de ses paupières, la légère crispation de ses mâchoires, il retenait même son souffle pour ne pas me sentir. Il me voulait totalement – et j'avais prévu de me servir de ces nouvelles observations contre lui.

Je me concentrais pour mettre un pied devant l'autre sans casser quelque chose et je me postais face à lui, bombant ma poitrine de façon suggestive. Je vis ses doigts se crisper sur le bord du canapé et le bas de son corps bouger discrètement mais il réussit quand même à m'ignorer alors j'enlevai calmement les papiers de ses mains et les posait sur la table avant de m'installer à califourchon sur lui.

Là il répondit. Il réagissait même bien et précisément de là où je le voulais. Tout le reste ainsi que sa bouche non. C'est exactement ce qu'il dit :

"Isabella bien que je te veuille vraiment … ça fait six semaines depuis ta transformation et nous n'avons rien fait tu tout… et j'ai vraiment hâte tu sais du moment où tu seras prête … mais il n'y a pas moyen par l'enfer que je te laisse faire comme ça. Oublie ça."

Voilà ce qu'il m'a dit.

Bien sûr, ses yeux étaient rivés sur ma poitrine, je tournai sur ses genoux juste assez pour le faire grimacer et repartis dans ma chambre. Je claquai la porte si fort qu'elle sortit de ses gonds et cassa le mur.

Je passai le reste de l'après-midi dans le placard, à ranger les chaussures d'Edward pendant qu'il réparait la porte de la chambre. Je pris les lacets de chacune de ses chaussures et les remplaçait par d'autres, les mélangeant. Je mis une parfaite pagaille, juste assez pour lui faire péter un plomb, la chose étonnante avec le fait de n'avoir aucune notion du temps c'était que je pouvais continuer à jouer avec mon petit-ami qui 'ne voulait pas de moi' aussi longtemps que je voulais.

Demain je m'attaquerai à sa collection de CD.

20 décembre

J'ai vu le calendrier aujourd'hui et j'ai réalisé quel jour on était. Noël n'est plus que dans quelques jours. Je n'avais jamais été loin de ma famille à cette époque de l'année et cette prise de conscience m'a heurté comme si j'étais rentré dans un mur de briques.

Quand j'ai vu la date sur la grosse montre en argent d'Edward je me suis figée. Il m'a regardée attentivement pendant une minute, se demandant ce qui m'inquiétait. Pauvre Edward, il ne comprenait jamais ce qui me faisait changer d'humeur. Il était tellement habitué à lire dans les pensées et l'autre jour il m'avait même expliqué qu'il reliait mes émotions aux battements de mon cœur et à ma respiration pour comprendre et que maintenant il n'avait plus rien. Il m'avait expliqué que c'était pour ça qu'il fallait que je lui parle et que je lui fasse confiance.

Je l'aimais tellement.

En fait mon amour pour lui faisait que l'absence de ma famille était moins amère. Je voulais être ici avec Edward. Je voulais que ça devienne ma maison et qu'il soit ma famille, lui et les autres. Je détestais le fait que je n'avais pas pu leur dire au revoir… Mais je l'avais fait.

A présent nous étions en plein délire. J'appelai mes parents et leur racontai tout à propos de mon merveilleux travail et des voyages excitants que je faisais. Ça faisait mal de leur mentir mais c'était mieux que leur dire que j'avais été assassinée par le tueur en série de Forks dans l'état de Washington. Edward m'avait dit que nous pourrions aller les voir une fois que j'aurai le contrôle sur mes besoins mais je soupçonnais qu'il se moquait de moi.

Pour finir je me décidais à dire à Edward, que j'avais vu la date, que mes parents me manquaient ainsi qu'Angela, ma voiture, la dinde et la farce et il me dit de lui parler de tout ça ainsi je n'oublierai pas. Après que j'aie fini de sangloter sur le canapé, pas vraiment pleuré parce que les vampires n'ont pas de larmes, il m'encouragea à monter et à tout consigner dans mon journal.

Ce que j'ai fait.

4 janvier

J'ai envie de sexe.

J'avais pensé qu'en étant vampire, ce côté serait plus facile. Nous deux ensemble, forts et passionnés. Plus à s'inquiéter du venin ou des blessures. Sans mentionner que mon petit-ami est le vampire le plus sexy qu'une fille vampire puisse avoir. On aurait pu penser que ça serait du nanan.

Mais ce n'est pas le cas.

Et c'est vraiment de ma faute. Edward veut lui aussi. Je peux le voir dans ses yeux. Le sentir sur sa peau. Je pense qu'il passe la moitié de son temps à éloigner sa perpétuelle érection de moi. Croyez-moi, il ne cache rien quand il est dans cet état d'excitation.

Le problème c'est que je ne peux pas me concentrer sur quelque chose plus de trois secondes. Par exemple, l'autre jour Edward a pris une douche après avoir chassé. L'ours qu'il poursuivait l'avait envoyé dans la rivière, le trempant jusqu'à l'os. Je me suis assise sur le lit quand il est sorti de la salle de bain, les cheveux sauvages d'avoir été frottés avec une serviette, des gouttelettes d'eau ruisselaient dans son dos.

Je notai pour la millionième fois qu'Edward était parfait de partout même de dos. Il était lisse et large. Ses épaules parfaitement proportionnées à sa taille. Il y avait des creux et des bosses en guise de muscles et pour la première fois j'ai été frappée par ce désir de faire courir mes mains sur son corps et de les laisser errer sans but.

C'était ce que j'avais projeté, ou du moins ce à quoi j'avais pensé quand j'avais été distraite par une intense vibration dans la chambre. J'ai bien essayé de la repousser et de m'intéresser qu'à la forme des hanches d'Edward alors que sa … pointait comme une flèche mais ce son irritant revint, résonnant dans mes oreilles, m'empêchant de penser.

Je regardai dans la chambre et je la trouvai. C'était une mouche. J'étais absolument obsédée, il fallait que je la chasse et que je l'attrape. J'en oubliai Edward. J'oubliai ses cheveux et son dos et son V au niveau de ses hanches. J'oubliai tout sauf l'insecte qui me narguait, m'appelant à travers la pièce.

Je réussis finalement à l'attraper et je courus – joyeusement la montrer à Edward comme une enfant de deux ans. Je regardai autour de moi et je réalisai qu'il était parti ça faisait un bon moment. Il était habillé et assis en train de travailler, de répondre à des mails pour le bureau. Tristement il n'était plus à moitié nu ni mouillé.

Je réalisais après avoir ouvert la porte et laissé l'insecte s'envoler que j'avais un sérieux problème.

Même si j'étais actuellement incapable de me concentrer plus qu'un jeune chien, je voulais vraiment coucher avec Edward et il fallait que je m'en souvienne.

8 janvier

J'ai chassé le puma aujourd'hui. Le préféré d'Edward. Il l'a vu le premier mais me l'a laissé. La chasse a été passionnante, ça m'a captivé et ça avait meilleur goût que tout ce que j'aurais pu imaginer.

Je ne suis pas prête à remanger du cerf.

15 janvier

Alice et Jasper sont venus nous rendre visite. Elle a regardé mes vêtements et remarqué que je n'avais même pas enlevé les étiquettes. Je lui ai expliqué que quand Edward me laisserait quitter la maison je me changerai. A moins qu'elle puisse le faire changer d'avis sur cette règle il n'y avait pas matière à discussion.

Je tournai le dos quand elle se mit à fouiller dans mon tiroir à lingerie. Tout était neuf. J'aurais pu rougir si j'avais pu, mais elle ne dit rien gardant, pour une fois, son opinion pour elle.

Plus tard nous sommes partis chasser ensemble et nous avons joué comme des enfants. Jasper et Edward se défiaient pour voir qui aller sauter plus loin, lancer des boules de neige le plus fort et suivre les animaux. Nous avons couru et j'ai pensé que je pourrai gagner mais Edward ne me laissa pas et avant l'arrivée il jeta mon corps sur son épaule et nous la passâmes en même temps. Nous étions en avance sur les autres et à ma grande surprise il me poussa contre un arbre et m'embrassa fort et vite que si mon cœur avait battu, il en aurait explosé dans ma poitrine. Ses lèvres étaient parfaites, dures mais comme les miennes. Douces, souples et merveilleuses. C'était le premier baiser passionné que nous partagions réellement depuis ma transformation et c'était incroyable.

Alice et Jasper arrivèrent, nous interrompant et faisant gémir Edward de frustration mais il rit quand Alice le bombarda de neige dans le dos.

Nous nous prîmes par la main puis nous rîmes et reprîmes le chemin du retour.

=== Edward ===

Si j'avais pensé que Bella allait me tuer quand elle était humaine, je n'avais aucune idée de ce que ça allait être une fois qu'elle serait transformée. Avant elle était courageuse et difficile – indépendante et forte. Je la revoyais porter mon t-shirt des Rolling Stones pour nettoyer les meubles dans le patio ou quand elle m'avait interpelé dans le couloir et m'avisant qu'elle n'allait pas se laisser traiter comme une moins que rien.

Actuellement je la regardais au sommet d'un tas de neige poudreuse tandis qu'elle bataillait avec un grand élan. Ses longs cheveux était tirés n'importe comment en arrière, quelques mèches collées le long de son cou parfait et doux et ça appelait les caresses.

Je voulais la toucher.

Elle grimaça – elle détestait le goût du sang animal, nous le détestions tous, mais le temps apprivoisait nos palais et nous y arrivions malgré tout. Son expression me fit rire et je ne fis pas d'effort pour m'en cacher.

"Arrête de me regarder," exigea –telle, jetant la carcasse sur le côté et s'essuyant les mains sur son pantalon.

Je ne pus empêcher un large sourire de s'étirer sur mon visage. "Pas de chance. Il faut que je t'observe en train de manger," déclarai-je franchement, remarquant que le soleil brillait sur son visage quand elle leva ses yeux vers moi.

Elle secoua la tête en signe de désapprobation et elle me rejoignit en haut rapidement ses bras et ses jambes travaillant maintenant à une vitesse normale. "C'est dégoûtant," murmura-t-elle dans un souffle.

Je lui tendis mes mains quand elle fut à ma portée et la tirai près de moi, la déposant sur mes genoux. J'aimais le fait de pouvoir utiliser toute ma force à présent. Elle aimait ça. Je pouvais le dire à la façon qu'elle avait de tirer sur mon pantalon quand elle voulait mon attention ou me faire avancer plus vite. Elle se blottissait contre mon torse et je pouvais l'envelopper dans mes bras confortablement.

Tout cela était nouveau pour nous. Elle avait été terrible au début, complètement dépassée. Il lui avait fallu des mois pour être à nouveau détendue avec son corps et tous les changements qu'elle avait subis. Une fois je pensai que mes années de discipline m'avaient aidé pour mon contrôle avec elle quand elle était humaine mais je réalisai à présent que c'était vraiment à cause de la situation. Elle demandait de la patience et de la tolérance. Il fallait que je l'étudie et me concentre pour gérer ses humeurs. Elle changeait d'humeur comme les enfants. Elle me provoquait, me tentait sans fin. Mais chaque jour elle devenait plus calme et plus consciente d'elle-même et chaque jour je tombai un peu plus amoureux d'elle.

Je respirai l'odeur de ses cheveux, inspirant profondément avant de poser mes lèvres sur son cou. Ravi qu'elle ne m'ait pas repoussé, je déplaçai ses cheveux sur un côté pour avoir plus d'accès à sa peau. Quand nous nous étions embrassés l'autre jour, après la course avec Alice et Jasper, j'ai su que nous avions franchi un cap. La situation était bizarre et un peu maladroite. Je l'avais vue nue. Mais c'était comme si nous devions tout recommencer – nous découvrir l'un l'autre. Ça devait être à son rythme et à sa manière. J'avais attendu des décennies pour qu'elle arrive dans ma vie et je pourrai attendre aussi longtemps qu'elle en aurait besoin.

"Edward?" dit-elle et j'arrêtai ma bouche, restant là tout près de sa peau.

"Oui?"

"Je pense que je suis prête à rentrer à la maison," répondit-elle en tournant suffisamment la tête pour que je puisse voir ses yeux, plissés et brillants.

"Tu es prête?" demandai-je, ce qui impliquait plus que ce qui était dit.

Elle hocha lentement la tête pour que je puisse bien la voir en face. "Oui. Je pense que je suis."

=== Bella ===

"Je sais que tu cours vite Edward mais ça c'est sûrement un record," plaisantai-je, tandis que nous rentrions à la maison. Edward me fit tomber de son dos sur le lit, le faisant taper contre le mur.

Il haussa les épaules innocemment, "Je n'avais simplement pas eu la bonne motivation avant."

Je me mis sur mes coudes, me débarrassai de mes bottes en les laissant tomber bruyamment sur le sol. Je pliai mes genoux devant moi et dit: "Comme quoi?"

Il rampa sur le lit et posa ses mains sur les miennes et disant en insistant, "toi."

Je le regardai, il était à genoux au-dessus de moi, magnifique et heureux. Ses cheveux sauvages déclenchaient en moi des pulsions qui ne devraient pas exister. Et sa mâchoire. Dieu que j'aimais sa mâchoire. Carrée, parfaite. J'avais eu des fantasmes à son sujet et au nombre inimaginable de choses qu'elle me donnait envie de faire.

Aujourd'hui, je me sentais entière pour la première fois depuis des mois. Comme si je me réveillai qui plus est j'avais mangé un élan et tout s'était mis en place.

J'étais heureuse.

Et j'étais amoureuse.

Et immortelle.

Et mon compagnon, mon âme-sœur était le plus beau vampire au monde.

Et je pouvais lui dévisser la tête et personne ne serait blessé ou effrayé ou mordu ou blessé d'aucune façon.

Mais j'avais peur. Mon corps le voulait tellement. Son seul contact me faisait frissonner et me tortiller. C'était étrange et nouveau et je ne savais pas comment le contrôler.

Ce conflit me submergeait.

Edward devait l'avoir vu dans mes yeux parce qu'il prit mon visage en coupe dans sa main et dit, " On peut faire simplement ce qui te met à l'aise."

Je soupirai à son contact, voulant plus mais je ne savais pas si je pourrai gérer davantage. "C'est le problème. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'est être à l'aise. Ma peau est si dure c'est comme si je ne sentais rien mais en même temps je sens tout."

Ensuite il passa sa main le long de mon cou autour de l''encolure de mon chemisier. Je luttai pour combattre l'envie de fuir son contact. Il ne me quittait pas des yeux, il était prudent, concentré sur moi, me demandant la permission pour chaque mouvement qu'il faisait. Il était doux et gentil. Ma réaction fut un frisson et un mouvement de recul.

Confus il fronça les sourcils et dit, "Je suis désolé," avant de retirer la main de mon cou. Je me sentais horrible parce qu'Edward me voulait.

J'attrapai sa main et la serrai. Etonnamment cette sensation était plutôt réconfortante. Instantanément je compris que je n'avais pas besoin de baisers légers ou de tendres touchers comme avant – ce qu'il faisait quand j'étais plus fragile.

"Les contacts doux rendent cela plus difficile," murmurai-je, honteuse, je ne savais pas pourquoi.

Edward semblait pensif puis la compréhension flasha dans ses yeux, "je suis tellement stupide. Je n'ai pas pensé…" murmura-t-il dans un souffle.

"Quoi qu'est-ce que tu racontes?" demandai-je.

"Bien sûr que c'est trop. Ta peau est tellement sensible. La mienne aussi d'ailleurs mais je suis plus âgé et je suis accoutumé à ces sensations. Etre près de toi, à l'intérieur de toi me demandait tellement d'attention. Je n'avais pas réalisé combien ça devait être amplifié pour toi."

"Que pouvons-nous faire? Je te veux Edward. Ma tête est prête même si mon corps ne l'est pas totalement," confessai-je.

Il sourit d'un air conspirateur et poussa son doigt, plus fort cette fois-ci sur mon cou. "Je pense que nous devons envisager simplement une approche différente."

La pression qu'il exerçait me fit immédiatement me sentir mieux. Je voulais plus : le désir se répandit comme une trainée de poudre au creux de mon estomac, allumant un incendie qui s'était construit pendant des mois.

"Je t'aime," dis-je, parce que c'était vrai et je m'agrippai à ses épaules fortement, le tirant au-dessus de moi en faisant rentrer mes doigts dans sa chair. "Ne demande pas Edward… fais-le," lui dis-je.

Le sourire que je reçus valait de l'or, ses mains poussèrent mes genoux sur le côté tandis qu'il se glissa entre eux. "Dieu je t'aime tellement," dit-il en retour avant d'écarter mes lèvres facilement et laisser entrer ma langue à l'intérieur.

Ses lèvres sur les miennes avaient le goût du sucre le plus doux. Douces et humides. Son souffle était intoxicant plus qu'avant et ses mains, dieu, ses mains… elles travaillaient vite et fiévreusement. Elles auraient dû être rudes et dures sur ma peau humaine mais à présent avec ce corps elles étaient parfaites.

"Guh… hu….uuuuumm," j'étais choquée essayant de retrouver mes mots, "tu as bien résisté pas vrai…?"

Je sentis le souffle d'Edward sur mon ventre alors qu'il riait, "Peut-être," dit-il se servant de ses dents pour ouvrir le bouton de mon pantalon avant de sucer et de mordiller mon ventre. Je soulevai les hanches le laissant le faire redescendre avant de le repousser avec son pied pour l'enlever complètement.

Je m'émerveillai de la vitesse de mes mains tandis que je défaisais ses boutons et essayai de ne pas me laisser distraire par la façon dont la boucle de sa ceinture reflétait la lumière. Ça brillait argenté avec du rouge au milieu. Edward devait avoir remarqué mes yeux fixes et il arracha la ceinture de mes mains et la jeta par-dessus son épaule. Il agrippa mon cou et posa son front contre le mien pour que mes yeux restent rivés aux siens. "Ici Bella. Reste avec moi… ici…" et ses lèvres s'écrasèrent à nouveau sur les miennes avant qu'il ne me repousse, avec un gémissement, poussant la tête du lit contre le mur assez fort pour provoquer la chute d'un tableau qui était accroché au mur.

"Je suis là," promis-je, hochant la tête contre son torse et je fondis presque sur place quand je sentis la dureté de son corps pousser en moi. Il était découvert, son venin avait déjà fait ses ravages. Je sentis ses doigts m'attraper doucement par les hanches, ses pouces faisant comme avant. Je mis mes mains sur les siennes et poussai vers le bas, forçant ses pouces à s'enfoncer profondément dans ma peau. Je ne pouvais plus avoir mal.

"Plus…" suppliai-je dans sa bouche, cherchant plus de pression et plus de poids, je voulais qu'il me prenne dans cette vie comme il l'avait déjà fait dans l'autre.

Edward s'exécuta sans perdre de temps, poussant et s'enfouissant dans mon corps. Je découvrais ma nouvelle force, mes sens surdéveloppés, ressentir chaque petit mouvement à l'intérieur de mon corps, chaque gémissement de sa bouche faisait vibrer ma peau.

"Encore Edward…" dis-je, encore incapable d'en avoir assez après avoir attendu si longtemps. Je vis ses sourcils se froncer et un sourire apparut sur son visage et avant que je puisse m'en apercevoir le lit avait disparu et il me plaqua contre le mur, mes jambes enroulées autour de sa taille. Il se servit de l'appui qu'il avait pour me pénétrer avec abandon, poussant fort, ma poitrine tapant contre son torse jusqu'à ce que mes nerfs hypersensibles commencent à exploser autour de lui avec fureur.

Ma tête tomba sur le côté, savourant les sensations parcourant mon corps et j'attrapai son regard, sombre et plein de désir, sa peau rigide continuait à bouger à l'intérieur de moi. J'étirai mon cou et fis courir ma langue le long de sa mâchoire jusqu'à ce que je trouve ses lèvres et commençai à tirer goulument dessus avec mes dents. Encouragé par ma brutalité, il siffla et se mit à taper avec force contre le mur avant de sursauter violemment en expulsant jusqu'à la dernière goutte de son venin dans mon corps.

Pour la première fois depuis ma transformation je me sentis entière.

J'étais complètement figée, il me tint et nous nous fixâmes presqu'étonnés par le rythme effréné de nos ébats. Je couinai amèrement lorsqu'il se retira puis il me berça et nous entassâmes sur le sol en un tas de chair et de pierre. Mes lèvres trouvèrent son cou, juste sous son oreille ce qui me rendit sauvage et je dis "c'était…."

"Brutal?" dit-il, ses glorieuses mèches retombaient devant ses yeux.

Je ris dans le creux de son cou et hochai la tête. "Je me suis sentie comme un animal."

Il repoussa mes cheveux derrière mes épaules et caressa ma peau toujours froide. "Ouais. Je pense que c'est comme ça," il embrassa mes lèvres, suçant gentiment l'inférieure et dit," Bienvenue dans le monde du sexe chez les vampires."

Je digérai cela en me perdant dans les reflets brillants de sa peau pendant un moment, "C'est toujours ainsi?"

Il sourit. "Seulement si tu le veux. Mais Bella nous avons l'éternité pour faire tout ce que tu veux."

Nous restâmes là, assis par terre un moment, deux statues de marbre l'une contre l'autre, nous familiarisant avec nos corps. Le soleil passa sur nous depuis la fenêtre pour aller se coucher tandis que je me reposais tranquillement pour la première fois depuis des mois. Des prismes de lumière éclataient dans la pièce et je fis passer mon doigt sur la crête bien dessinée de son biceps qui étincelait furieusement.

"Nous allons sortir de cette bataille avec des cicatrices," dit-il et il releva mon menton, mon cou était au soleil, provoquant un arc en ciel de couleur sur son visage.

"Ça valait le coup," répondis-je le pensant vraiment. Chaque sacrifice, chaque cicatrice valait bien un petit moment avec Edward. Le soleil déclina sur nos poitrines et je levai ma main toujours impressionnée par ce scintillement.

Je m'appuyai contre son torse et fermai les yeux, laissant ma tête aller contre son épaule. Ses doigts descendirent le long de mon corps et s'arrêtèrent sur mon ventre.

"Bella?" murmura Edward, parlant doucement et calmement à mon oreille.

"Hummmm…" fut tout ce que je pus me résoudre à lui dire.

"Maintenant que tu es vampire, je suis curieux de savoir quelque chose," son ton était innocent mais la façon dont ses mains étaient étalées sur mon ventre ne l'était pas.

Je me tournai un peu sur le côté pour le voir et je me demandai qu'est-ce que je pouvais lui dire qu'il ne savait déjà. "Et qu'est-ce que c'est?" demandai-je en levant ma main pour repousser une mèche de son visage.

Il baissa les yeux sur moi un moment, une lueur d'amusement traversa ses yeux et il posa un baiser intense et passionné sur mes lèvres. Sa bouche était divine, bien mieux qu'avant et je me retrouvai totalement perdue dans son odeur, son goût. Nous nous éloignâmes lentement et j'embrassai rapidement ses lèvres une dernière fois ce qui provoqua son sourire en coin. "Alors ils le font?"

Je plissai le front complètement perdue. "Ils font quoi?"

"Brillent idiote." Et à mon grand étonnement sa main passa sur mon côté, caressa la partie de mon corps dont il était en train de parler.

Je ris à son audace et me levai en le tirant à ma suite. "Je n'ai pas vérifié mais je vais te montrer le mien si tu me montre le mien…" le taquinai-je, l'entrainant vers la porte dans les derniers rayons du jour.

4 juin

Voilà presqu'un an que je suis devenue l'assistante d'Edward. C'est difficile d'imaginer la vie avant que je l'aie rencontré. C'est difficile d'imaginer cette vie tout court. Mon corps va rester pour toujours celui d'une jeune femme de vingt-ans, diplômée de l'université mais mon esprit s'est élargi au-delà de mes rêves les plus fous.

Avant ma transformation je pensai que traverser cette vie serait facile. J'aurai plus de force et serai plus rapide. Plus belle et plus gracieuse. Je pourrai faire l'amour avec abandon. J'avais gagné toutes ces choses mais c'était une lutte qui prenait du temps et demandait de la patience. Mais pendant ce temps j'étais réellement devenue son âme-sœur.

C'était Edward et son amour inconditionnel, il me guidait malgré les miroirs brisés et mon mal de la maison. Ça demanda aussi à sa famille toutes leurs capacités pour me faire rire et dire la bonne chose, et maintenir mes contacts avec l'extérieur pendant le temps où je ne pouvais pas aller dans le monde.

Edward pensait que j'étais prête à sortir de temps en temps. Le rouge de mes yeux s'était fané, rien qui ne puisse disparaitre sous des lunettes noires et je ne brisai plus la poignée de la portière quand je voulais l'ouvrir. Il avait passé les six derniers mois à planifier et à penser au plus exotique des voyages que nous pourrions faire pendant deux ans, le temps que je continuei à travailler sur mon contrôle.

Oui j'avais toujours des pulsions.

Deux mois auparavant après que j''aie supplié Edward sans relâche, Emmett, Jasper et Carlisle restèrent près de moi quand le livreur d'UPS vint à la porte pour livrer un colis à Edward. Je n'avais jamais rien senti d'aussi délicieux dans ma vie. Même Edward ne sentait pas aussi bon. Je restai tranquille dans la cuisine, résistant à cette odeur qui flotta quand il monta les marches du perron pour sonner à la porte.

Emmett me sourit pour m'encourager et leva les deux pouces en l'air.

Jasper me regarda avec scepticisme, tout en se concentrant intensément sur mes émotions après avoir promis de ne pas intervenir.

Carlisle caressa mon bras et me parla pour me rassurer me disant que ça avait été difficile pour nous tous mais que tout se passerait bien pour moi.

J'étais très confiante jusqu'à ce que la porte s'ouvre et que je reçoive un effluve du livreur qui était l'équivalent de ce qu'était une tarte aux pommes à la sortie du four. Avant que mes pieds puissent s'élancer, ils me plaquèrent tous les trois au sol, Emmett posant même son genou dans mon dos tandis qu'Edward raccompagnait le pauvre homme en dehors de la propriété sans jamais avoir su qu'il était passé très près de sa propre mort.

Je réalisai alors que je devais aller plus lentement.

Nous avons donc fait de petits pas à la fois. Edward m'attendit patiemment pendant que je faisais du lèche-vitrine dans la petite ville près de notre chalet et il se moqua de moi quand je commandai plusieurs repas au bar à tacos et que j'insistai en disant que nous déposerions la nourriture pour les sans-abri en rentrant à la maison. Il restait assis avec moi à regarder des films, me distrayant de l'odeur humaine qui me submergeait, en me sautant dessus dans le noir. C'était idiot mais drôle et quelquefois effrayant mais je n'ai jamais faibli et à présent je suis capable de rester avec les humains sans vouloir planter mes crocs dans leur douce et adorable chair pour me gorger de leur sang.

Donc aujourd'hui nous quittions le chalet pour de plus grandes aventures. Il ne voulait pas me dire où nous allions et que faire mes bagages était tout ce qu'il m'était possible. Hier je m'étais assise sur le lit et avais regardé Edward ranger ses chaussettes en minuscules petites boules et faire de petites piles ordonnées de chemises et de pantalons. J'ai vu qu'il avait acheté un cadre double – d'un côté la photo de ses parents et de l'autre une de mes parents le jour de leur mariage. Mes yeux suivaient ses mains gracieuses tandis qu'il remplissait la valise, la rangeant avec soin. Je m'empêchai de sourire en voyant le flash de couleur de vieux cuir jauni de sa précieuse balle de baseball à l'intérieur de ses bottes en cuir marron usé

Après tout il est ma creature of habit*.

Nous avions les passeports avec de faux noms et de faux âges et adresses et beaucoup d'argent. Nous avons un véhicule écologique qui nous attendait. Nous avons dit au revoir à la famille pour l'instant – sachant que nous les reverrions tôt ou tard. Nous dîmes au revoir à la maison une dernière fois en faisant l'amour et nous étions là sous le porche verrouillant la porte derrière nous alors que notre voyage allait commencer. Mes doigts s'enroulèrent autour d'une mèche perdue qui s'était soulevée avec la brise de l'été et Edward me fit un de ses merveilleux sourire en coin et je réalisai que j'avais vraiment la seule chose importante pour une vie pour l'éternité : quelqu'un avec qui vivre.

*C'est le petit clin d'œil au titre de la fic, il n'y a pas d'équivalent en français : une créature qui est un tissu d'habitudes.