Note de l'auteur : Et voici le chapitre suivant, merci pour tous vos commentaires et bonne lecture ^^


Alessandro soupira en renfermant la porte. Rah, qu'est-ce qu'il n'aimait pas laisser Matthis rentrer chez lui, il craignait toujours que son père pète réellement une durite et ne le frappe ou quelque chose comme ça. Enfin, il supposait son petit ami plus fort physiquement et plus intelligent qu'une brute avinée mais...Tout de même, ça ne le rassurait pas. En plus, il avait refusé net toute aide de la part du châtain (et par aide, il entendait bien le meurtre du tonneau de vin), ne voulant pas se retrouver en foyer d'accueil quelque part où il ne serait plus libre de ses mouvements. Plus qu'un an, disait-il...

Avec un nouveau soupir, il se dirigea vers sa chambre mais s'arrêta juste devant, la main sur la poignée, songeant à la discussion qu'il avait eu un peu plus tôt avec le brun aux yeux gris. Il n'était pas ingrat. Enfin, il n'avait pas l'impression de l'être. Son père n'avait juste jamais été là pour lui, voilà tout. Ce n'était en aucun cas SA faute !

Ou peut-être que si ?

Bon. Il était vrai que son père avait été là pour lui lorsqu'il en avait eu besoin, même s'il ne comprenait pas vraiment comment fonctionnait son fils...Pouvait-il vraiment lui reprocher de ne pas le comprendre ? Après tout, personne ne pouvait le comprendre. Il était un génie, il était supérieur et il avait sa propre manière de réfléchir. Même Gaël qu'il considérait aussi intelligent que lui ne le comprenait pas pleinement, et lui ne comprenait pas complètement son meilleur ami. Ils réfléchissaient différemment mais avec la même complexité. Alors...Comment accuser son père, d'une intelligence moyenne, et avec une façon très basique de réfléchir, de ne pas le comprendre ? Bien sûr que non, il ne pouvait tout simplement pas le comprendre, c'était impossible. Après tout, Christian ne l'avait jamais compris non plus. Mais pourquoi en voulait-il uniquement à Andriu alors ? Ne devrait-il pas en vouloir également à son frère aîné ? Non c'était débile. A ce stade-là, autant en vouloir à tout le monde et ce n'était pas le but. Bon...Il n'en voulait pas à Christian parce qu'il était son frère, sa famille. Son père aussi était sa famille alors où était le problème ? Où était SON problème ?

L'option du psychologue ne lui semblait pas trop mauvaise en ce moment-même. Pourquoi n'arrivait-il pas à se comprendre ?

- Alessandro ? Ca va ?

Il tressaillit à la voix de son père et se retourna presque mécaniquement.

- Non. Pourquoi ?

- Tu...Es devant ta porte depuis dix bonnes minutes.

- ...En effet.

Un long silence gênant s'installa alors qu'il ne bougeait pas, dévisageant cet homme qui partageait sa vie depuis 17 ans et qu'il n'avait jamais pris vraiment la peine de regarder. A quel moment de sa vie s'était-il tant désintéressé de son paternel ? S'était-il jamais intéressé à lui ? Que savait-il d'Andriu au final ?

...

Rien. Pas même sa date de naissance.

Il ne savait rien de son père.

- ...C'est quand ton anniversaire ?

- ...Euh...Le 11 mai, pourquoi ?

- Et...(Il réfléchit, cherchant comment tourner sa phrase) Qu'as-tu ressenti...Quand on t'a annoncé que j'étais surdoué ?

Andriu fronça les sourcils, ne s'attendant pas à une telle question. Son fils était décidément bien imprévisible, cela faisait longtemps qu'il avait abandonné l'idée de prévoir ses actes et se contentait de le suivre à son rythme...Bien qu'il le sente très souvent s'éloigner loin, bien trop loin de lui.

- De la peur, je...

- De moi ?

- Non ! Peur pour toi ! Tu étais déjà rejeté par les enfants de ton âge et j'ai eu peur que tu ne te sentes encore plus différent avec ça...En plus le psychologue n'arrêtait pas de parler d'écoles spéciales et de choses comme ça, comme si tu étais une bête de foire, ça m'avait énervé...Et puis...Tu sais...Ta maman était aussi très intelligente. Avant. Pas autant que toi, c'est sûr, mais plus que moi à n'en pas douter...Alors, j'ai crains...Que tu ne tombes malade toi aussi. Et puis peur aussi de l'inconnu, honnêtement je ne savais pas vraiment ce que ça signifiait quand on m'a dit que tu étais "un génie".

- Bah, ça c'est normal, personne ne sait, ce n'est pas ta faute, regarde, Gaël et moi le sommes bien tous les deux et pourtant on est très différents.

Il s'arrêta de parler, surpris. Il venait réellement de dire ça ? Lui, Alessandro, avait fait preuve d'indulgence envers son père ? Le regard d'Andriu lui indiqua qu'il était tout aussi surpris que lui. Ce genre de choses n'étaient pas très habituelles avec lui...Pas plus que le fait d'avoir une conversation de plus de trois phrases avec son paternel. La remarque de Matthis l'avait vraiment perturbé, hein...Saloperie, ne pouvait-il pas s'occuper de ses propres affaires ?

- Je...Vais finir mes leçons. A tout à l'heure, lâcha-t-il avant de rentrer dans sa chambre.

L'adulte acquiesça vaguement, toujours pas remis de ce qui venait de se passer. Et en prime Alessandro se justifiait avant de le quitter ? Son fils avait pourtant pour habitude de quitter la table en silence, de s'enfermer dans sa chambre en silence et de faire il-ne-savait-quoi dedans en silence. Sûrement travaillait-il, il l'avait entendu parler avec Matthis de son souhait d'entrer dans une grande université britannique ou américaine...

Bon. Semblait-il que son petit châtain avait eu un accès d'amour pour le vieux débris qu'il était. A espérer que ça durerait jusqu'au dîner, peut-être pourrait-il avoir un de ses premiers repas de famille "normaux" depuis...Depuis bien trop longtemps. Un léger sourire fleurit sur ses lèvres et il alla en cuisine, motivé.


- Alors ? Tu t'es trouvé une université toi ?

Gaël fit une moue pensive à l'écran, tapotant son bureau. Alessandro sourit en le voyant manger des noix. Certains mangeaient des bonbons ou des chips devant leurs écrans...Non, son meilleur ami, lui, mangeait des noix et des fruits secs. Pire qu'une gonzesse au régime.

- Mouais. J'ai cherché la meilleure en Biologie et...Bon, allez je te laisse deviner.

- Harvard ?

- Mouais. Toi ?

- J'hésite encore...Il y a deux vraiment bonnes écoles pour le business et la finance alors...J'hésite entre Harvard ou la London Business School...Après...A Harvard je serais tout prêt de Wall Street et ça...C'est le top. Ce truc c'est le coeur de tout, si je veux devenir trader et...Gravir les échelons...Ce sera là-bas et pas ailleurs. Même si la bourse de Londres est très influente, elle n'est pas centrale...Et puis à Harvard il y aurait toi et Matthis.

Il entendit distinctement le bruns 'étouffer, probablement avec une noix, et rigola. Il savait bien que la mention du nom "Matthis" et de l'Université d'Harvard dans la même phrase feraient faire une jaunisse à Gaël. Déjà qu'il n'aimait pas Matthis, mais en plus d'imaginer qu'il pourrait éventuellement avoir les capacités pour rentrer dans la même université que lui...Non, ça ne passait visiblement pas.

- ...Matthis ? parvint-il à articuler en récupérant sa respiration.

Alessandro lui adressa un sourire angélique.

- Mais oui, tu sais bien, mon petit ami.

- Je sais qui est Matthis, merci... Mais...A Harvard ? Aaaah ! Non, je sais, tu veux l'emmener avec toi là-bas, c'est ça ? Aux USA ?

- Non, non, il veut entrer à l'université. A Harvard.

Il prit un screenshot. Le visage atterré de Gaël valait vraiment le coup d'oeil, là.

- ...Mais pour faire quoi ?

- Enfin Gaël ! (il éclata de rire) Je savais que la pilule serait dure à avaler pour toi mais tout de même ! Pour y faire ses études de politique.

- Mais il ne pourra jamais entrer, il ne doit pas avoir le niveau !

- Ouh que tu es méchant. Tu ne connais même pas ses notes, tu ne crois tout de même pas que je serais sorti avec un parfait imbécile ? Tu le penses idiot juste parce que tu ne l'aimes pas.

Le brun roula des yeux.

- C'est sûr que je n'ai AUCUNE raison de ne pas l'aimer, après tout il n'a QUE manipulé mon meilleur ami et envisagé de le tuer. Je ne comprends VRAIMENT pas pourquoi je ne suis pas devenu meilleur ami du monde avec ce type !

Alessandro soupira. C'était un fait, Matthis l'avait manipulé (et plutôt bien, preuve qu'il était loin d'être stupide) et envisagé de le tuer si son plan tournait mal. mais bon, ce n'était franchement pas Gaël ou lui qui allaient lui en faire le procès...Quoique avec la mauvaise foi de son meilleur ami, ce n'était pas sûr. Il se balança pensivement sur sa chaise. Matthis et Gaël ne s'aimaient pas, il l'avait bien remarqué. Il pouvait y avoir un demi-million de raisons à ça, entre autres cette histoire de manipulation et le fait que c'était "à cause" (ou grâce, selon les points de vue) du brun aux yeux rouges qu'il avait pu démasquer le double jeu de son petit ami. Mais tout cela était du passé, il était sûr qu'il y avait une cause bien plus...Psychologique à tout ça.
L'orgueil ?
Mais oui, ça se tenait. Gaël était très fier de sa condition de génie surdoué de naissance. Il avait du mal à supporter que quelqu'un puisse arriver à son niveau par la seule force de son travail et de sa volonté. Alessandro avait eu à peu près la même réaction, au début, en réalisant que pour la première fois dans sa vie, en excluant son meilleur ami, il avait un rival en classe. Quant à Matthis...En tant que "génie du travail"...Sûrement n'appréciait-il pas l'arrogance du brun aux yeux rouges alors qu'il n'avait rien fait pour avoir de telles capacités...Hm...Si ces deux-là se retrouvaient à la même université, ça risquait d'être explosif. Il avait plutôt intérêt à aller à Harvard aussi pour les empêcher de s'étriper.

- Bon, au moins vous m'avez aidé à me décider...Ce sera Harvard. Pour éviter que vous ne vous tapiez dessus.

- Hm, pour ça encore faudrait-il qu'il passe...

- Et toi aussi, je te signale. Et vu comment tu réagis au fait qu'il veut se présenter au concours aussi, mon petit doigt me dit que tu as un peu de mal dans tes révisions, n'est-ce pas ?

- Hmpf. j'aime pas apprendre par coeur...J'ai dû réapprendre un tas de formules de maths...Pft. Et toi ?

- C'est pas facile, c'est sûr...Déjà Matthis a dû m'apprendre à travailler (il rigola) la dernière fois que je l'ai fais doit dater de la maternelle, ou de l'époque où on faisait les cours à la maison, tous les deux.

Le châtain eut un sourire nostalgique un instant. Aaah la tendre époque de l'innocence où il n'avait qu'à sauter sur son grand frère pour se sentir heureux. Bon, "innocence" n'était peut-être pas si approprié pour Gaël et lui mais...Oh, disons que c'était plus simple, à l'époque. Ils se contentaient de régler leurs petits problèmes dans leur coin...A présent...Il se retrouvait à vivre seul avec un homme avec qui il était incapable de parler. Enfin, il avait fait un effort tout à l'heure...Effort fort peu satisfaisant à son goût...


Aless' et Andriu devraient aller faire une thérapie père-fils /SBAF/

Review ? :3