Juste nous deux

Désolée pour le retard, j'ai passé une semaine dans les Balkans, et sans ordinateur forcément pour revenir juste pendant les exams, et mon écriture s'en est un peu ressentie ! J'aimerai tant que ce chapitre vous plaise… Les reviews anonymes trouveront leur réponse sur mon blog, comme d'habitude. J'ai écrit ce chapitre en écoutant la BO de Moulin Rouge (El Tango de Roxane plus précisément), donc si ça a tendance à partir en délire de temps en temps, ce n'est pas tout à fait de ma faute…

Draco évita le regard du petit homme et vida sa coupe de champagne en quelques gorgées avant d'en prendre une nouvelle sur le plateau d'un serveur qui passait devant lui. Ses yeux cherchaient autours de lui une quelconque échappatoire ou même une simple porte ouverte… Il ne réalisa immédiatement qu'il n'y avait en fait qu'une seule personne dont ses yeux cherchaient le visage parmi la foule dense. Un visage aux traits fins et aux yeux lumineux qui avaient toujours une réponse, même quand la situation paraissait aussi désespérée qu'elle en avait l'air sur le moment. Et un nom venait sur ses lèvres, celui de celle qu'il avait considérée comme sa pire ennemie. Hermione. Il avait l'impression d'étouffer au milieu de ces inconnus, il avait besoin d'elle, elle qui le connaissait, elle qui saurait quoi faire, elle comme une gorgée d'eau fraîche au milieu d'un désert aride… Mais où était-elle ? Et ce garçon qui l'avait emmenée Merlin savait où, qui était-il, que lui voulait-il, que lui avait-il déjà fait ?

« Et elle, qu'en pense-t-elle ? », demanda à côté de lui une voix en écho à ses pensées.

Il tourna la tête et rencontra les yeux brillants de Graham. Sa bouche s'ouvrit pour prononcer un mot, mais aucun son n'en sortit. Il haussa les épaules et recommença désespérément à passer en revue les visages de ceux qui les entouraient. Mais rien, pas le moindre éclat de satin vert pâle parmi les atours bigarrés…

« Qui, elle ? », demanda-t-il en fin de compte vaguement à tout hasard. Il posa sa coupe encore à moitié pleine sur le plateau d'un serveur qui passait, et marmonna quelque chose qui était sensée être un mot d'excuse.

C'était incroyable comme la foule pouvait être dense. Il n'y avait pas vraiment prêté attention jusqu'à cet instant. A vrai dire, il prêtait rarement attention à ce qui l'entourait. Son cerveau semblait avoir été formaté pour sélectionner de lui-même les informations susceptibles de l'intéresser. Elles apparaissaient dans son esprit comme des sortes de flashs dénués de contexte, et jusqu'à présent, cela s'était avéré être largement suffisant pour qu'il puisse décider de ses actes. Mais ce soir, tout d'un coup, des barrières s'ouvraient et le monde extérieur surgissait en lui, s'imposant d'une désagréable manière au jeune homme qui n'avait jamais connu que des nuques pliées et des acquiescements à ses moindres désirs. Et elle, la seule chose qu'il voulait vraiment voir, elle demeurait hors de vue et hors de portée. Un autre jour, il s'en serait irrité. Mais ce soir là, il ne ressentait rien d'autre que quelque chose qui ressemblait désagréablement à de la peur. Il y avait trop de choses nouvelles qu'il ne comprenait pas autours de lui. Personne ne lui avait jamais dit comment se comporter face à des Moldus qui posaient des questions bizarres, des Moldus qui par ailleurs ne ressemblaient en rien à ce que des Moldus étaient sensés être : soumis, terrifiés, respectueux.

Pour la première fois de sa vie, Draco découvrait qu'on pouvait avoir besoin de quelqu'un. Quelqu'un qui soudain se mettait à représenter tout pour lui. Il n'aurait pas dû pourtant, ce n'était pas bien. Mais c'était comme ça.

Les bulles du champagne pétillaient joyeusement dans sa tête, légères et dorées, et elles entraînaient ses pensées avec elles. Elle n'était pas ivre, non, elle se sentait encore maîtresse d'elle-même. Un peu plus même qu'elle ne l'aurait voulu. Par exemple, elle aurait voulu oublier totalement l'air furieux de Draco quand elle l'avait quitté. Elle aurait voulu également qu'il ne soit pas celui auquel elle pense lorsqu'elle regardait son compagnon : il était plus grand que Draco, plus élancé aussi, ce qui lui conférait une sorte de fragilité qu'elle n'avait jamais décelée chez le Préfet-en-chef. Ses traits n'avaient pas cette perfection glacée qui caractérisait ceux du Serpentard : au contraire, ils avaient plein de petits défauts à peine décelable qui curieusement ajoutaient encore à son charme. Au final, le résultat était parfaitement harmonieux. Et puis il y avait ses yeux, ses yeux d'un bleu surnaturel qu'elle ne pouvait se lasser de regarder encore et encore. Elle sentait qu'elle avait l'air stupide quand elle le regardait, qu'elle souriait bêtement, qu'elle riait pour un rien, et qu'au fond cela n'avait aucune importance.

Autours d'elle, les gens souriaient également les uns aux autres, explosaient en grands éclats de rires un peu trop aigus et surfaits : l'alcool n'agissait pas seulement sur elle, visiblement. Cela donnait à l'ambiance une sorte de gaieté factice plus embarrassante qu'autre chose, du moins à ses yeux. Elle se sentait curieusement en dehors de tout, comme si elle observait la scène de loin au lieu de se trouver au milieu de la foule comme n'importe quel invité. Non, pas exactement… Plutôt comme s'il y avait une partie d'elle accrochée au bras de ce garçon magnifique mais qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, et une autre partie en train de la considérer d'un air concerné tout en cherchant l'autre garçon, celui avec qui elle était venue, et qui, lui, avait une réelle signification. La foule autours d'elle devint soudain oppressante, et elle s'arrêta quelques secondes.

« Je n'ai pas l'alcool gai, vraiment… », murmura-t-elle pour elle-même.

Olek, ne la sentant plus derrière lui, s'arrêta à son tour et se tourna vers elle. « Que dis tu ? », demanda-t-il.

Elle lui sourit en retour, hésita quelques secondes. « Rien du tout… », finit-elle par répondre, « C'est juste que j'ai un peu la tête qui tourne. Pourrions-nous sortir un moment ? »

« Bien sûr », répondit son nouveau chevalier servant en l'invitant d'un geste à le suivre vers le jardin enneigé.

Ce n'était pas vrai, sa tête allait parfaitement bien. Mais elle refusait de s'admettre que Draco lui manquait à ce point : le souvenir de leur dernière conversation, leur dispute, ces choses qu'ils s'étaient dites dans la voiture… Elle se souvenait du début de l'année, la crainte qu'elle avait éprouvée en découvrant qu'il était le Préfet-en-chef. Et puis il y avait eu les longues discussions, les liens qui se resserrent qu'on le veuille ou pas, tout ce temps passé ensemble. Un premier baiser plus ou moins forcé dans un couloir sombre. Le désir physique qui monte entre deux êtres que tout sépare. Et puis, et maintenant ? Elle en avait assez d'attendre après quelque chose qui ne venait pas, des espoirs sans cesse déçus… Il fallait passer à autre chose. Il en était temps. Plus que temps même. Tous ces petits jeux avaient bien trop duré. Hermione prit une grande inspiration et avança d'un pas plus assuré dans le sillage du jeune polonais. Mais une partie de son esprit restait tournée vers le passé.

Il la repéra au moment où elle s'apprêtait à franchir la porte fenêtre qui donnait sur le jardin illuminé, recouvert d'une épaisse couche de neige, et désert. Elle avait les joues un peu plus roses que d'habitude et les yeux brillants d'un éclat étrange. Il était bien en peine de savoir si cela était le fait de l'alcool, de la fatigue ou de l'excitation, mais il devait admettre que cela allait plutôt bien à son teint de brune. Le garçon avec qui elle était partie était toujours là, il parlait tout en lui tenant la porte et elle le dévisageait avec une sorte de sourire béat et stupide, comme s'il était la huitième merveille du monde. Cela l'exaspéra. Il avança un peu plus vite, bousculant au passage une femme d'âge moyen, trop maquillée, qui fumait une longue cigarette en portant un regard désabusé sur le reste du monde. Celle-ci le considéra d'un œil éteint tandis qu'il s'excusait brièvement auprès d'elle, puis le vert et argent se retourna vers l'endroit où il avait vue sa colocataire pour la dernière fois. Mais elle avait disparut, et son cavalier avec elle.

Le cœur de Draco manqua un battement tandis qu'il se précipitait vers la porte qu'ils avaient franchi l'instant d'avant et se retrouva sur une sorte de balcon d'où s'échappaient de part et d'autres deux escaliers qui donnaient sur le jardin lui-même. L'air glacé le frappa de plein fouet, mais la neige avait cessé de tomber et le vent était retombé. Une fois la porte refermée derrière lui, les bruits de la réception, les conversations et la musique, lui paraissaient très lointains, comme provenant d'un autre monde, d'un autre temps… Il s'avança jusqu'à la balustrade et regarda autours de lui. Des lumières avaient était disposées partout dans les arbres, et des torches éclairaient à intervalles réguliers les allées majestueuses du jardin à la française. Dans l'obscurité de la nuit, cela donnait lieu à une sorte de dessin géométrique parfaitement symétrique qui formait une sorte de nouvelle constellation brillant sur une surface immaculée et vierge de toutes traces. Malgré lui, en dépit de son agitation intérieure, il ne put s'empêcher de sourire tout en cherchant le couple du regard. Les allées avaient été dégagées de toute la neige dont elles auraient dû être recouvertes, et on pouvait donc y cheminer facilement.

Le Préfet-en-chef plissa les yeux et finit par les repérer un peu plus bas. Il poussa un léger soupir de soulagement avant de dévaler les escaliers à leur suite. Ils marchaient lentement côte à côte, Hermione semblant embarrassée par les flots de tissus qui formaient sa traîne, et elle trébuchait parfois sur ses talons aiguille qui se plantaient dans le gravier. Le jeune homme aux yeux bleus lui présenta son bras, auquel elle se raccrocha avec un sourire reconnaissant. Le jeune couple se retourna en entendant soudain les pas pressés de Draco crisser derrière eux dans l'allée, et échangea un bref regard. Le Serpentard était plus essoufflé que ce à quoi il s'était attendu. Peut-être avait-il couru ? Il ne s'en souvenait plus… Juste qu'il avait essayé de rejoindre Hermione aussi rapidement que possible. Tous trois se regardèrent sans parler pendant quelques secondes. Draco et sa collègue se dévisageaient mutuellement d'un air avide plein de questions, et Olek les regardait d'un air paisible, comme s'il assistait à une pièce de théâtre…

« Draco ? », finit par dire la rouge et or d'un ton interrogateur.

Ce dernier hocha la tête en reprenant son souffle et répondit après quelques secondes. « Oui. Je te cherchais… »

Elle fronça les sourcils d'un air suspicieux. « Oh, vraiment… Et pourquoi ça ? »

Curieusement, la question le prit de cours. Et pourtant, elle était loin d'être inattendue, après tout. Il haussa les épaules et regarda autours de lui, comme s'il pouvait trouver une réponse dans les arbres dénudés et recouverts de neige. « Je n'en sais rien… C'est juste que tu es la seule personne que je connaisse, alors… »

« Alors quoi ? » La réponse fusa aussitôt, sèche et dure. « Alors tu as pensé venir me faire un petit coucou, histoire que nous puissions nous jeter nos quatre vérités à la figure une fois de plus, dans une énième dispute tout aussi stérile que les précédentes ? J'en ai assez, d'accord ? Je n'en peux plus de ce petit jeu ! Je veux passer à autre chose. Avec, ou sans toi. Et sans toi serait le mieux ! »

Il la dévisagea la bouche bée. Sans s'être particulièrement attendu à un accueil chaleureux, cet éclat de colère brutal le laissait sans voix. Un toussotement discret à côté de lui le poussa à détacher son regard de la jeune fille : le fils du Premier Secrétaire souriait d'un air gêné. Voyant qu'il avait réussi à attirer l'attention des jeunes gens, ce dernier désigna d'un geste vague le bâtiment illuminé où se tenait la réception. « Je crois que je vais aller voir ce que fait mon père. Entre autres… », dit-il brièvement. Ne trouvant chez ses interlocuteurs qui l'observaient d'un œil un rien hagard qu'un écho très limité, il marmonna quelque chose dans sa barbe inexistante avant de hausser les épaules et de tourner les talons. Les deux sorciers se retrouvèrent seuls. Ce bref intermède avait laissé à Draco le temps de rassembler ses pensées et de retrouver sa morgue habituelle.

A peine le jeune homme avait-il disparu au tournant d'une allée, le son de ses pas crissant encore à portée de leurs oreilles, Draco attrapa sans douceur le bras de sa compagne retrouvée et l'entraîna plus loin vers un labyrinthe de feuillages qui formait une masse sombre dans la semi obscurité qui hantait ce coin du jardin. Contrairement au reste du parc, aucune torche n'y avait été disposée, que ce soit à dessein ou par erreur.

« Aucun besoin d'exposer notre… discussion au reste du monde ! Nous sommes dans une réception diplomatique, alors, que nous le voulions ou non,il faut que nous exposions un front uni ! A quoi pensais-tu quand tu as commencé à m'insulter devant ce type ? Il n'est pas de notre monde ! Et puis que faisais-tu avec lui dans un jardin désert ? Tu ne peux donc pas te tenir ? », grinça-t-il entre ses dents. Dans son esprit, sa peur, ses griefs contre la rouge et or, et ce sentiment extrêmement désagréable dans lequel il refusait de découvrir de la jalousie, se fondaient en une masse inextricable, formant une boule de plus en plus lourde au niveau de sa poitrine.

D'un geste brusque, Hermione se dégagea de sa poigne et le dévisagea d'un regard noir tout en massant son avant bras endolori. « Non, mais qu'est-ce qui te prends, enfin ? Ce n'est pas moi qui suis venue te chercher. Ce serait même plutôt le contraire ! Alors si c'est tout ce que tu as à me dire, tu aurais mieux fait de rester où tu étais… Ou tu passes une soirée si mauvaise qu'il faille à tout prix que tu viennes ruiner la mienne pour qu'elle ne soit pas tout à fait perdue ? Mais au cas où tu ne l'aurais pas encore compris, ce n'est pas moi qui t'ais obligé à venir ici, je n'y suis absolument pour rien ! Si tu as des réclamations à faire, adresse toi directement à Dumbledore plutôt que de venir déverser toute ta mauvaise humeur sur moi ! »

Elle affichait un air buté, le menton pointé en avant avec défi, les lèvres boudeuses, les yeux brillants.

Il la considéra quelques secondes sans rien dire, conscient qu'elle était tout à fait dans le juste mais refusant de l'admettre devant elle à voix haute. « Ah bon ? Parce que maintenant il faut passer devant Dumbledore pour pouvoir avoir l'autorisation de te parler ? », répliqua-t-il avec la plus parfaite mauvaise foi. « Ne te crois pas devenue subitement importante, juste parce que le gouvernement a décidé de faire ami-ami avec une poignée de Moldus débiles ! »

« S'ils sont si débiles que ça,alors pourquoi ne pas rester avec eux à leur montrer à quel point tu vaux mieux qu'eux plutôt que de venir me chercher, moi qui suis déjà tellement au courant de ta supériorité pour avoir dû subir ta méchanceté gratuite et tes insultes injustifiées depuis plus de six ans ? », rétorqua-t-elle d'un ton glacial.

« Parce que… », commença-t-il. Mais une inspiration soudaine l'arrêta. Il attrapa Hermione par les épaules, l'attira à lui, et écrasa ses lèvres contre les siennes.

Elle poussa un petit cri étouffé contre sa bouche et tenta de se débattre sous ses mains. Il la sentait se tordre contre son torse tandis qu'elle martelait sa poitrine de ses poings fermés, mais il ne la lâcha pas, au contraire. Il raffermit sa poigne sur son corps de manière à ce qu'elle se retrouve totalement immobilisée. Leurs souffles précipités se mêlaient tandis que sa langue tentait de se frayer un chemin entre se dents serrées, sans succès. Il la sentit se détendre légèrement, ses mains sur ses épaules, et relâcha la tension. Quelques secondes. Aussitôt qu'elle sentit que les bras de Draco ne l'enserraient plus de façon aussi étroite et impitoyable, elle posa ses mains contre son torse et le repoussa de toutes ses forces, se libérant de son emprise comme un boulet de canon. Elle le fixa un quart de seconde, s'essuyant la bouche d'un revers de la main tandis qu'il la contemplait avec une intensité qui lui donnait l'impression qu'il fouillait en elle, la dépeçant petit à petit. Puis elle s'enfuit en courant dans l'allée qui s'ouvrait droit devant elle, les jambes entravées par la jupe longue, les talons trop fins de ses escarpins s'enfonçant dans les graviers.

Elle avait l'impression que quelqu'un était en train de lui enfoncer des aiguilles dans les pieds, des éclairs de douleur remontant jusqu'à ses genoux puis se propageant dans tout son corps jusqu'à ses épaules. Elle finit par s'arrêter, hors d'haleine, dans un chemin obscur. Elle était glacée, elle sentait dans son dos couler des gouttes de sueur glaciales comme des éclats de glace, et pourtant elle brûlait d'un feu qui envahissait son corps. Elle ferma les yeux en s'adossant à une colonne de marbre glaciale, le visage levé vers le ciel obscur. Des flocons minuscules venaient se déposer, puis fondre sur ses joues brûlantes tandis qu'elle aspirait de grandes bouffées d'air glacial au goût d'acier qui lui donnait l'impression de déchirer sa trachée artère. De l'eau coulait sur son visage, mais elle n'était plus en mesure de savoir s'il s'agissait simplement de flocons, de sueur, ou de larmes. Son cerveau ne répondait plus. Où elle en était, où elle était, pourquoi et comment elle était arrivée là, elle n'en savait rien. Elle sentait juste son cœur battre dans sa poitrine comme s'il cherchait à s'en échapper, et ses battements dans sa tête, et le marbre glacé sur sa peau nue. Une immense araignée l'avait faite prisonnière dans sa toile, mais elle ne voyait ni la toile, ni l'araignée. Elle se laissa glisser le long de la colonne jusqu'à se retrouver accroupie sur ses talons, et enfouit sa tête dans ses bras.

Elle n'arrivait pas à pleurer. Mais peut-être qu'en fait elle pleurait déjà. Draco l'avait embrassée, une fois de plus. Elle sentait encore la façon dont il l'avait tenue contre lui, ses bras qui l'empêchaient de bouger, ses lèvres qui meurtrissaient les siennes... Elle passa la langue sur ses lèvres et sursauta en sentant le goût du sang envahir sa bouche. Un baiser de plus, un baiser de trop. Il l'avait blessée. Elle n'arrivait plus à distinguer la douleur physique de la douleur morale, toutes deux se mêlaient dans un même tourbillon où ses esprits se perdaient. Un grand cri montait en elle, qui cherchait à sortir, mais qu'elle enfermait au plus profond d'elle-même, contre lequel elle se battait de toutes ses forces. Ils avaient dit qu'ils ne s'embrasseraient plus, pourtant, n'est-ce pas ? Draco ne la méritait pas. Non. Non. Non. Elle ne serait pas comme les autres. Ce n'était qu'un sale gosse orgueilleux qui ne supportait pas qu'on lui refuse quoique ce soit, et c'est pour cela qu'il l'avait embrassée. Blessée. Elle releva le visage. Et bien, ce ne se passerait pas comme ça. Elle ne se baisserait pas devant lui comme les autres. Toutes les autres. S'il croyait qu'il pouvait surgir devant elle et l'embrasser quand bon lui chantait après l'avoir insultée, il se trompait. Il trouverait quelqu'un à qui parler. Les autres l'adoraient, pas elle. Les autres, tous les autres, toutes les autres. Les jeunes filles en jupes courtes qui gloussaient quand il passait devant elle en les déshabillant du regard. Les hommes en cagoules pointues qui portaient des crânes et des serpents tatoués sur leurs avant-bras. Harry, Ron, Neville, Ginny. Les autres. Quels qu'ils soient, ils formaient un océan de visages connus et inconnus qui les séparaient. L'araignée s'éloignait, défaisait sa toile. Une rage froide l'envahissait. Elle se releva en boitillant, ses pieds douloureux ne formant plus que deux blocs de douleur qui lui donnait envie de hurler. Et au loin, elle voyait les arabesques lumineuses du jardin, et l'ambassade comme une lune rayonnante dominant un ciel aux milles étoiles. Elle commença sa marche à petits pas comptés et douloureux, retenant ses larmes à chaque pas.

Le goût de sang sur ses lèvres, son sang, le sien à lui aussi, leurs deux sangs qui se mêlaient. Sang Pur, Sang de Bourbe. Ils avaient tous les deux le même goût, la même couleur, la même texture. Ils ne formaient plus qu'un seul sang dont le goût l'enivrait encore plus que les quatre coupes de champagne qu'il avait bues à jeun et qui commençaient à embrumer elles aussi son cerveau mal mené. A l'avoir sentie à nouveau entre ses bras, il avait su qu'elle lui appartiendrait, à lui et à personne d'autre, et il éclata de rire comme un fou, riant à la face des arbres, du jardin silencieux, des flocons minuscules qui trouvaient leur mort sur la flamme des torches dans un petit grésillement. Le bien, le mal, tout ça n'était que des notions totalement suggestives. Une vague de pouvoir rugit en lui tandis que des larmes montaient à ses yeux, et les torches grossirent soudain, jusqu'à devenir des énormes boules de feu qui illuminaient le jardin comme en plein jour, teintant tout de lueurs rougeâtres, formant des visions à la fois magnifiques et infernales. Plus les torches grossissaient, plus le sentiment de puissance qui l'envahissait s'amplifiait lui aussi, et les flammes grossissaient encore. Il se souvint du garçon qu'il avait trouvé avec elle dans le jardin, de l'inquiétude qui lui avait dévoré le ventre lorsqu'il les avait vu sortir tous les deux dans ce jardin indécemment romantique. Les boules de feu avaient enflé au point de se rejoindre, formant des lignes flamboyantes ininterrompues qui crépitaient et faisant fondre lentement la neige, tout en dessinant les lignes du jardin. Prit d'un sentiment furieux, dans lequel il ne discernait plus la rage, la jalousie, l'enthousiasme, et cette soif intarissable de puissance, Draco se concentra, et des murs de feu s'élevèrent dans tout le jardin.

Hermione tomba à genoux en regardant autours d'elle. Elle ne savait pas les torches avaient prit cette ampleur, mais elle les voyait à présent grossir de plus en plus, jusqu'à former de véritables murailles qui roussissaient les feuilles des arbres du parc. Elle n'avait plus du tout froid. Au contraire, elle sentait les flammes montant du brasier venir lui lécher le visage. Elle avait l'impression d'être tombée dans une sorte d'enfer neuf. Ce n'était pas naturel, bien sûr. Il y avait quelque chose de magique derrière ça, quelque chose, ou plutôt quelqu'un, quelqu'un de puissant et d'incontrôlable qui avait sur le feu un aval qui dépassait tout ce qu'on pouvait imaginer. Draco… Draco qui se servait de ses pouvoirs surnaturels, de la Magie Elémentale elle-même. Une sensation étrange s'empara soudain d'elle, une vague qui s'abattait sur elle puis refluait emportant avec elle toute son énergie. Saisie d'un haut-le-cœur, vidée de toute son énergie, elle tomba à genoux à même le sol et dû se rattraper sur ses mains. Sa tête bourdonnait, elle avait envie de vomir. Le fait même de respirer, quelque chose qu'elle avait toujours considéré comme aisé et qu'elle exécutait sans même y penser, respirer lui coûter un effort intense, comme si sa poitrine était devenue tellement lourde qu'elle devait se concentrer intensément pour pouvoir la soulever.

C'était une des sensations les plus désagréable et les plus douloureuses de toute son existence, un Doloris qui ne lui aurait même pas laisser la force de crier sa douleur. Elle était à présent complètement couchée sur le sol, l'humidité et le froid transperçant le tissu trop fin de sa robe. Autours d'elle, il n'y avait rien d'autre que des murs de flammes rougeoyants. Elle avait des étoiles devant les yeux… Si elle ne se reprenait pas possession d'elle-même très vite, alors elle s'évanouirait et ne penserait plus à respirer. Alors elle mourrait, toute seule dans un jardin désert peuplé de flammes, sans que personne ne le sache. NON ! Il fallait qu'elle remonte jusqu'à Draco, qu'elle l'arrête avant qu'il ne soit trop tard. Elle le sentait qui la vidait de son énergie. Mais comment cela était-il possible ? Elle aurait dû ouvrir elle-même les liens pour lui transmettre son énergie si… Ce n'était vraiment pas le moment de réfléchir à ça. Elle se concentra de toutes ses dernières forces sur la neige, l'opposé exact du feu pour en tirer suffisamment de force et fermer les liens qui l'unissaient à Draco. L'effort qui lui en coûta tant qu'elle avait la tête qui tournait et tout son corps tremblait, mais elle y parvint. Elle resta quelques minutes étendue sur le sol à reprendre son souffle et à accumuler toute l'énergie qu'elle pouvait afin d'affronter Draco. Petit à petit, sa respiration se fit plus facile et elle réussit à se lever avec difficulté. Elle avait l'impression de marcher pour la première fois après avoir passé des mois et des mois couchée sur un lit.

Elle progressa lentement entre les murs de flammes, se fiant à son instinct pour trouver Draco. Elle avait ouvert un peu le lien qui existait entre eux deux pour pouvoir suivre le flux d'énergie. Hermione avait bien essayé de lui parler en pensée au travers du feu comme elle l'avait fait avec Ron bien quelques mois auparavant en utilisant les pierres, mais elle n'avait pas trouvé de réponses. A cheminer ainsi vers son ennemi, ce garçon, cet homme qui avait manqué de la tuer, qui l'avait blessée au plus profond de ses sentiments, marchant entre deux murs de flammes, elle avait l'impression de se trouver au plus profond des Enfers. Elle sentit sa présence bien avant de le voir lui. Sa silhouette mince se découpait noire face aux flammes, sa cape se gonflait au grès d'un vent invisible. Il avait le visage levé vers le ciel, en extase, et cela inquiéta la jeune fille. Elle n'était pas sûre que son homologue ait vraiment conscience de ce qu'il était en train de faire, ni même des implications de son geste. Elle déchira le voile qu'elle avait créé pour filtrer le courant d'énergie qu'elle avait utilisé pour retrouver Draco et tenta de faire passer l'énergie en sens inverse, du jeune homme vers elle. Si cela faisait longtemps maintenant qu'elle servait de source d'énergie aux quatre garçons qui partageaient son sort, elle n'avait jamais tenté cela. C'était plus difficile qu'elle ne l'aurait cru : consciemment ou non, Draco luttait contre elle, tentant de renverser le courant d'énergie qui les unissait à son avantage. C'était comme une porte de part et d'autre de laquelle ils se seraient trouvés et tiré chacun de leur côté.

Puis Draco abandonna tout d'un coup, et l'afflux soudain d'énergie fit vaciller Hermione tandis que le jeune homme tombait à genoux comme elle un moment auparavant. Les torches revinrent instantanément à leur taille normale, et la Préfète-en-chef rejoignit aussi rapidement que possible son homologue recroquevillé sur le sol.

« Draco ? », souffla-t-elle, le cœur battant à tout rompre en posant sa main sur son bras.

Il tourna la tête vers elle avec difficulté. Elle sentit son cœur se serrer en le voyant aussi pâle, les lèvres bleuâtres. Il semblait éprouver les mêmes difficultés à respirer qu'elle précédemment. Un regard aux alentours lui montra qu'elle était totalement seule. Avec Draco qui la regardaient d'un air à la terrifié et plein d'espoir. La panique l'envahit insidieusement, et une envie de crier sa peur. Elle se retrouvait petite fille face à un problème trop grand pour elle, sans aide de quiconque… Mais elle n'avait pas le temps d'avoir peur. Elle ne pouvait pas se le permettre, pas maintenant. Mais que lui avait-on dire lors des cours de premiers secours pour blessures qu'elle avait suivis deux ans auparavant (vu ses aventures en compagnie de Harry et Ron, cela lui avait paru une très bonne idée). Tout ce qu'elle savait, ce qu'on lui avait appris semblait avoir été effacé de son cerveau. Plus elle paniquait, plus elle se trouvait démunie.

« Je vais t'aider, Draco, je suis là… », murmura-t-elle plus pour elle-même que pour le jeune homme en prenant sa main dans la sienne.

Il bâtit des cils en réponse en se raccrocha à sa main comme s'il devait ne plus jamais la lâcher. Toutes ses forces semblaient être réunies pour maintenir ce simple contact. Elle se concentra tant qu'elle pouvait, les yeux clos. Petit à petit, les battements de son cœur se firent plus calmes, plus réguliers, et elle créa un lien entre elle et Draco, comme lors de cette soirée mémorable lors de laquelle il l'avait emmenée dans la Salle sur Demande pour un concert privé. C'était comme si elle était entrée dans son corps à lui : elle sentait le sol glacé et humide, le poids de la cape qui s'imbibait de neige fondue, les gouttes de sueur glacée qui perlaient à son front, et cette insupportable douleur à la place du cœur, chaque respiration constituant une véritable torture. Il était tellement faible ! Elle utilisa un peu de la force qu'elle avait emmagasinée pour l'aider à respirer. De toute façons, il n'était vraiment plus en mesure de se battre contre elle. Lentement, de façon quasiment insensible, son cœur à lui reprit un rythme normal, sa respiration également, et Hermione se dégagea avec soulagement. Quand elle reprit pleinement conscience, Draco était déjà assis à ses côtés, la tête placée entre ses bras croisés sur ses genoux remontés. Les deux jeunes gens restèrent immobiles, sans rien dire pendant plusieurs minutes. Aucun des deux ne regardaient l'autre, et pourtant ils pouvaient tous deux percevoir ce lien qui existait entre eux.

« Tu m'as sauvé, n'est-ce pas ? », finit par dire le Préfet-en-chef à voix basse.

« Et toi, tu as manqué de me tuer… », répondit-elle. Elle le regarda, et toute la pression, toute la peur qu'elle avait accumulée au cours de la dernière heure lui tomba dessus. Elle se mit à trembler de tout son corps, et des larmes nerveuses se mirent à couler sur ses joues sans qu'elle puisse les arrêter. Il tendit la main vers elle pour lui toucher le bras, mais elle se recula brusquement, se leva et s'enfuit en courant maladroitement vers le bâtiment illuminé d'où s'échappaient les rires et la musique.

Elle referma la porte des toilettes des femmes avec précipitation derrière elle. Ayant évité les trois pièces de réception en enfilade, elle n'avait croisé personne. Et heureusement. L'image que lui renvoya le miroir était cruelle : la jeune fille en robe de soirée neuve du début de la soirée n'était plus qu'un vague souvenir si on regardait à présent la créature échevelée portant une dépouille d'organdi vert pâle tâchée de boue et de suie, trempé de sueur, froissé et déchiré par endroit. Son maquillage avait coulé, et les larmes avaient formé des sillons plus clairs sur ses joues noircies par la fumée.

« Oh, Merlin… », ne put-elle s'empêcher de murmurer en portant ses mains à son visage en voyant les dégâts. « Dory ? Dory ? Est-ce que tu m'entends ? »

Un pop sonore dans son dos la fit se retourner. L'elfe de maison était là, un air étrangement réconfortant dans ses gros yeux ronds.

« Mademoiselle m'a demandé ? », demanda-t-elle de sa petite voix criarde qui raisonnait étrangement entre les murs carrelés de marbre bleu pâle de la salle de bain immaculée.

« Que je suis contente de te voir ! », répondit la Préfète-en-chef en s'agenouillant à sa hauteur. « Je ne sais vraiment pas ce que j'aurai fait sans toi… Je ne peux décemment pas sortir d'ici dans cette tenue ! Penses-tu que tu peux rentrer à Poudlard et m'en ramener une, s'il te plaît ? »

« Bien sûr ! », couina l'accommodante créature en lançant un regard adorateur à sa jeune maîtresse, « Dory n'a même pas besoin de revenir ! Elle n'a qu'à claquer des doigts… Comme ça ! », ajouta-t-elle en s'exécutant.

Et soudain, une nouvelle robe fut là, exactement semblable à celle qu'elle portait. « C'est parfait, je te remercie infiniment », dit Hermione en s'en saisissant avec soulagement.

« C'est toujours un plaisir, mademoiselle… Mademoiselle ne pense pas assez que Dory est là pour l'aider dans sa tâche ! », répondit l'elfe en s'inclinant. Elle l'aida rapidement à s'habiller et à se recoiffer avant de s'éclipser après maintes révérences dans un petit claquement.

Hermione sortit discrètement des toilettes pour se mêler de nouveau à la foule. L'épisode dans le jardin semblait extrêmement lointain au milieu des rires insouciants. Elle chercha Olek du regard, mais une main ferme venant se poser sur son coude l'obligea à détourner son attention du beau polonais.

« Professeur Dumbledore ? », s'exclama-t-elle.

« En personne, Miss Granger ! Où étiez vous passée ? », demanda le vieil homme, ses yeux bleus la considérant avec sévérité au-dessus de ses lunettes en demi lune.

Elle sentit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Il était inutile de nier… Elle prit une grande inspiration avant de répondre : « Je m'excuse… J'étais dans le jardin avec Draco Malefoy. Et nous avons eu un problème de Magie Elémentaire, je suis désolée. »

« C'est bien ce qui me semblait… Vous pouvez imaginer l'inquiétude de nos hôtes lorsque ceux-ci ont vu leur jardin se transformer en fournaise en l'espace de quelques instants… Et la notre également ! Heureusement, il semblerait que vous vous en soyez bien sortie. Et votre partenaire ? »

Comme un flash, Hermione revit en pensée le visage livide de Draco, les muscles de son cou tendus à craquer pour aspirer une simple bouffée d'air et ses yeux désespérés tournés vers elle. Et que ce serait-il passé si… « Il va bien », répondit-elle pourtant en réprimant un frisson.

Le directeur la regarda quelques secondes avec attention, puis un fin sourire apparut sur ses lèvres. « Parfait, alors… Sur ce, je m'en vais trouver ce cher ambassadeur pour inventer un mensonge plausible pouvant expliquer pourquoi ses torches ont été prises tout d'un coup d'une folie des grandeurs. Profitez bien de votre soirée… »

Hermione le regarda s'éloigner, sa longue cape bleu nuit effleurant le sol avec majesté. Elle avait l'impression qu'un poids s'était ôté de ses épaules, que le pire était passé. A son tour, elle se dirigea vers le buffet où elle s'autorisa une razzia sur les petits-fours avant de déambuler au travers de la salle. A nouveau, une main l'attira dans un coin sombre. Elle se laissa faire, curieuse. Elle ne pouvait pas voir son visage, caché par l'ombre, mais elle avait reconnu son parfum instantanément, cette odeur de citron et d'autre chose qu'elle était incapable de définir. Draco, évidemment. Mais s'il pensait pouvoir se permettre ce genre de rapprochement uniquement parce qu'il avait décidé de se soucier d'elle cette soirée-là parce qu'il n'avait rien de mieux à faire, avant de retourner courir après les autres dès le lendemain, et bien il se trompait amèrement. Elle ne dit rien en sentant les lèvres douces du jeune homme venir se poser sur sa tempe, rien non plus lorsque celles-ci descendirent le long de son cou jusqu'à l'os fragile de la clavicule.

Elle se dégagea en riant avant de protester : « Allons, Olek, ne descend pas trop bas ! »

Elle réprima un sourire en l'entendant pousser un cri de rage inarticulé. Puis elle s'échappa avec légèreté hors de la portée du jeune homme pour se fondre dans la foule des invités qui glissaient au son de la musique sur la piste de danse. Elle avait conscience de se montrer un rien odieuse, mais son alter ego l'était autrement plus qu'elle. Du coin de l'œil, elle l'observa sortir à son tour du coin obscur où ils s'étaient terrés, mais la vue de son visage lui ôta instantanément toute envie de rire. Il était très pâle, et ses yeux brillaient d'une rage froide comme elle en avait rarement vue. Elle eut conscience d'être allée un peu trop loin : Draco n'était pas de ces hommes qui ont l'habitude d'être rejeté, et encore moins pour des êtres qu'il jugeait inférieur comme les Moldus. Et s'il lui venait l'envie de s'en prendre au polonais innocent, alors les choses risquaient de tourner très mal.

Prise de remords, elle s'avança vers lui, mais il l'esquiva aussitôt qu'il la vit s'approcher pour se fondre dans la foule et disparaître avec tant de dextérité qu'elle le soupçonna d'avoir emporté avec lui une Cape d'Invisibilité. Enfin, elle devina la silhouette mince aux cheveux clairs s'éloigner à grandes enjambées en direction d'une galerie déserte, et elle s'élança sur ses traces. Qu'il l'ait devinée ou non, Draco était rapide, bien plus qu'une jeune fille en escarpins entravée par sa robe longue. Elle ne le rattraperait jamais si elle ne remédiait pas à cette situation. Avec dextérité, elle enleva ses chaussures avec un soulagement tel qu'elle en avait rarement connu et prit sa traîne dans ses bras, et elle eut l'impression d'avoir perdu plusieurs kilos. Ce bref arrêt avait encore créé un espace entre eux, et elle se mit à courir derrière lui, ses chaussures à la main. Ses pieds s'enfonçaient avec bonheur sur la moquette épaisse qui étouffait le bruit de ses pas.

« Draco ? Draco, attends moi ! », appela-t-elle, et les murs lui renvoyèrent l'écho de ses cris.

Le jeune homme se retourna et s'arrêta une fraction de seconde avant de la reconnaître, et de tourner les talons pour avancer encore plus vite. Hermione voyait ses chances de le rejoindre s'amenuiser de plus en plus au fur et à mesure qu'il prenait de l'avance.

« Draco, je suis désolée, excuse-moi ! »

Il s'arrêta enfin et la dévisagea avec méchanceté. « Que me veux-tu, maintenant ? Tu savais que c'était moi, n'est-ce pas ? Et bien, tu n'as qu'à aller retrouver ton polonais s'il te manque tant que ça ! »

Elle marcha jusqu'à lui, s'arrêtant suffisamment proche pour qu'elle puisse le toucher. Mais elle ne le fit pas. Elle le regardait avec attention, comme si elle le voyait pour la première fois. Il avait la mâchoire serrée, et ses yeux lançaient des éclairs.

« Ce n'est pas lui que je veux », dit-elle lentement à l'homme dont elle venait de sauver la vie. « C'est toi. Mais si je ne suis pas celle que toi tu veux, alors je ne suis pas prête à mettre le prix pour pouvoir t'avoir. Je ne suis pas à toi, pas plus que tu n'es à moi. Ni toi ni moi ne sommes ce genre de personne qui est prête à subir toutes les humiliations pour se contenter de miettes de bonheur. Je ne veux pas vivre ma vie à moitié en attendant que tu daignes m'accorder quelques instants volés entre les bras d'une autre. Et je ne me soumettrai jamais à toutes tes volontés. Jamais. Si c'est ce que tu attends de moi, alors ne m'embrasse plus, ne me touche plus de quelque manière que ce soit, car la prochaine fois je te tuerais. Je le ferais vraiment. Je ne pourrais plus supporter une autre rebuffade. Mais si tu penses que tu peux faire de moi la seule pendant un bout de chemin, alors embrasse-moi si tu le veux. Mais je ne supporte pas la trahison, de la part de qui que ce soit. Je ne te dis pas que ce sera facile tous les jours, mais… »

Les lèvres de Draco l'interrompirent. Perdue entre les bras du jeune homme, Hermione sut qu'elle était en train de commettre une des pires bêtises de son existence. Mais elle espérait trouver dans cette bouche collée à la sienne, qui la caressait et la torturait de la plus délicieuse façon l'espoir d'une promesse.

Tadam ! Review please, le prochain chapitre va essayer de suivre…