Chapitre 20
- Mince on a oublié Hyôga!
Aiolia poussa un rire amusé et entoura le corps de Shun de son bras musclé pour l'empêcher de se lever.
- Relax, dit-il d'une voix douce, c'est un grand garçon ton copain je suis sûr qu'il a trouvé le chemin de sa chambre tout seul.
Shun poussa un rire mi-amusé et mi-gêné puis se blottit d'avantage dans ses bras, tout contre son torse. Le Chevalier d'or soupira et ferma les yeux, appréciant l'odeur et la saveur du garçon contre lui. Après l'avoir rassuré et s'être déclaré, Aiolia l'avait serré fort pour tenter de sécher ses larmes. Le garçon avait pleuré un long moment, s'abandonnant dans ses bras sans retenu avant de se calmer, et là le Lion l'avait emmené dans sa chambre et s'était couché avec lui. La nuit dernière, ils étaient dans son temple, et ce soir ils étaient allongés l'un près de l'autre dans le lit de Shun. Aiolia n'avait même pas eu besoin de demander la permission, Shun n'avait pas prit la peine de lui demander de rester, car d'un commun accord silencieux, ils savaient l'un comme l'autre que c'est ce qu'ils voulaient. Dormir enlacés jusqu'au lendemain sans plus penser à rien.
L'ennui c'est que, malgré la douceur du moment, Aiolia ne pouvait s'empêcher de se remémorer ce qu'il venait de se passer. Lorsqu'il était sortit du palais du Pope il avait surpris Shun et Hyôga assit en bas des marches à discuter. Le Lion n'avait pas perdu une miette de ce que les deux amis s'étaient dis et avait sentit son cœur se serrer tout au long de la discussion, et se n'est que lorsqu'il avait entendu Shun avouer ce qu'il ressentait pour lui qu'il était sortit de l'ombre. La détresse et les pleurs du garçon avaient pénétré son âme et son cœur jusqu'à lui faire monter les larmes aux yeux et Aiolia sut, à cet instant précis, qu'à présent son unique but dans la vie était de le voir sourire, que plus jamais Shun ne soit triste, que plus jamais il ne pleure, et que plus jamais il ne quitte ses bras. Alors Aiolia avait envie de savoir ce qui avait provoqué ça chez lui, pour être sûr de pouvoir le protéger au cas où ça se reproduirait. Tendrement, il le serra plus fort et éloigna une mèche de cheveux verte de son visage. Il vit Shun sourire.
- Ça va mieux? demanda-t-il doucement.
Shun prit une profonde inspiration, tout en souriant toujours, et blottit son visage contre sa poitrine.
- Oui, répondit-il dans un soupir de bienêtre, dans tes bras ça va toujours.
Aiolia sentit son cœur faire un bon et pulser dans tout son corps. Jamais Marine ne lui avait dit des choses pareilles avec tant de simplicité et de naturel. Shun avait une telle aisance à exprimer ce qu'il ressentait que c'en était presque magique, et ça le faisait craquer.
- Va falloir éviter de dire des choses comme ça, murmura-t-il en souriant, sinon je vais vraiment devenir accro.
- Parce que tu l'ais pas déjà?
Le Lion sourit de nouveau et se permit de penser que jamais son bonheur ne pourrait être plus fort. Shun avait une telle facilité à le rendre heureux que ça lui fit presque peur, mourir de bonheur c'était possible ?
- Comment t'expliques ça? demanda Aiolia en fixant le plafond.
- De quoi?
- Qu'on soit si bien tous les deux?
- Mmh tu te poses trop de question.
Aiolia sourit de nouveau et Shun se redressa, dardant dans ses yeux bleus sont regard étincelant. Ils se fixèrent, sans rien dire. La pièce était plongée dans l'obscurité mais les rideaux n'avaient pas été tirés et le quartier de lune qui brillait doucement dans le ciel éclairait quand même un peu, sans briser la magie du moment. Le Chevalier du Lion chercha brièvement dans sa mémoire, tentant de se remémorer un instant qui fut aussi magique, dans lequel il fut tout aussi heureux. Mais il n'y en avait pas, seul Shun était capable de faire battre son cœur de cette façon. Tout doucement, il tendit une main et vint caresser la joue du garçon qui ferma les yeux et posa sa main sur la sienne.
- C'est moi qui me pose trop de question? demanda-t-il dans un sourire. Pas une seule fois je me suis demandé si ce que je ressentais pour toi était factice ou non.
Peut-être y avait-il été un peu fort, mais ce qu'il avait apprit en quelques jours justifiait amplement la façon qu'il avait de se comporter avec Shun en ce moment. En voyant Hyôga agir avec le garçon, il avait découvert qu'afin de lui faire comprendre certaine chose lorsqu'il était dans cet état d'esprit, il était préférable de le brusquer un peu, pour le faire réagir. Etre trop gentil ne servait à rien.
Shun rouvrit les yeux, ils étaient tristes et désolés, mais bien plus calme et posés.
- Je suis désolé, murmura-t-il alors que la main d'Aiolia quittait sa joue, mais j'ai eu peur. Après le départ d'Ikki je me suis rapproché de toi et je n'ai pas arrêté de me prendre la tête.
- C'est normal. Aphrodite te rend réellement visite parfois?
- Oui, mais seulement en rêve. La première fois qu'elle m'a parlé de toi je n'étais pas encore arrivé en Sanctuaire et tu n'étais même pas revenu à la vie. C'est pour ça que je me suis demandé si elle n'avait pas tout manigancé.
Soudain, un nuage sembla éclaircir le ciel noir et les rayons de la lune pénétrèrent plus intensément dans la chambre, éclairant le corps de Shun au-dessus du sien. Le souffle d'Aiolia se coupa. Devant lui, la peau nacrée du garçon brillait comme si elle était recouverte d'une fine couche de diamant, et ses yeux d'émeraude semblaient rayonner avec encore plus d'intensité. Doucement, Shun sourit tout en rougissant.
- Qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-il gêné.
- Tu es magnifique.
Shun baissa les yeux, souriant toujours, et la main du Lion se leva de nouveau mais pour venir caresser son épaule dénudée cette fois. La peau était tellement douce sous ses doigts, tellement délicate et chaude qu'un frisson de délice remonta tout le long de son bras pour parcourir son corps en profondeur. Même Marine, qui était tout de même une femme qui aimait assez prendre soin d'elle, ne lui avait jamais offert autant de douceur. Shun se transforma soudainement en bijou précieux à ses yeux, une pureté et une rareté à protéger, c'était comme si sa vie prenait enfin tout son sens alors que jusqu'ici, il n'avait fait que vivre pour vivre. Ce soir, Aiolia su qu'à présent il allait vivre pour l'aimer, et le combler.
- Tu veux que je te dise un secret? chuchota-t-il les yeux plus brillants que jamais.
Shun sourit de nouveau. Déesse, ce sourire !
- Je comprends totalement pourquoi on perd la tête en te voyant, continua le Lion sur le ton de la confidence, et je me demande encore comment Ikki a fait pour tenir toutes ses années.
Aiolia s'appuya sur ses coudes pour relever doucement son visage et l'approcher de celui de Shun. Celui-ci rougit de nouveau, imperceptiblement, mais ne baissa pas les yeux cette fois. De nouveau, le Chevalier d'Or vint caresser sa joue et éloigner les cheveux de son visage.
- Et je comprends aussi que tu sois le fils d'une Déesse, continua-t-il en chuchotant toujours, une telle beauté, une telle innocence. Une telle pureté ...
- Arrête.
- Pourquoi? Ça te gêne?
- Oui.
Le Lion sourit et sentit son cœur se gonfler. Mais comment avait-il fait pour ne pas voir tout de suite que c'était Shun qui manquait à son existence ? Autant qu'il s'en souvienne, durant toutes les fois où ils s'étaient croisés pendant les batailles, c'est à peine s'il avait remarqué la présence du garçon. Pourquoi ? Parce qu'il était avec Marine ou parce que la situation ne s'y prêtait pas ?
La première fois c'était dans le jardin de l'hôpital de la Fondation Graad au début des hostilités entre le Sanctuaire et Saori, lorsque Saga était encore Grand Pope. Aiolia avait été envoyé par ce dernier pour tuer Seiya et, alors qu'il se battait contre le Chevalier Pégase, Hyôga et Shun étaient arrivés en renfort et avaient été balayés par le Rugissement du Lion sans pouvoir rien faire. Etrangement, bien que sur l'instant il s'en moquait totalement, le souvenir de Shun propulsé dans les airs par son attaque et retombant inerte sur le sol était incroyablement net et précis. Autant qu'il s'en souvienne, le garçon ne s'était pas immédiatement relevé et avait été plutôt secoué par l'attaque, blessé. Aiolia avait porté la main sur lui avant de rencontrer Saori Kido, en qui il avait juré allégeance et obéissance avant de repartir vers le Sanctuaire, sans plus faire de mal à personne. Mais il l'avait frappé à cet instant. La deuxième fois c'était durant la bataille du Sanctuaire elle-même, qui avait vu se battre les Chevaliers d'Ors contre les Chevaliers de Bronze. C'était il y a trois ans maintenant, Shun était un enfant à cette époque et Dieu merci, ça n'était pas contre lui qu'Aiolia avait passé sa folie alors qu'il avait été envoûté par son Pope. Devenu une bête féroce assoiffée de sang, il avait frappé et frappé encore ce pauvre Seiya qui en avait eu une jambe brisée. Shiryu et Shun n'étaient arrivés qu'après, une fois qu'il eut retrouvé ses esprits. Encore une fois, l'image se dessina nettement dans ses souvenirs alors qu'à ce moment précis, il était accablé par la mort de Cassios, qui s'était sacrifié pour que l'envoûtement disparaisse. Ensuite lorsqu'il l'avait revu c'était dans le temple des Poissons, Shun était allongé à terre, mourant et agonisant sur le sol, près du corps sans vie d'Aphrodite. Saori l'avait fait revenir à lui et ils étaient arrivés tous ensemble aux pieds de la statue d'Athéna. Là, Shun et ses compagnons s'étaient dressés face à Saga maléfique et Aiolia avait vu l'enfant se battre de toutes ses forces pour venger toutes ses morts inutiles qui avaient été provoqué par un dérangé. Ensuite, et ce souvenir fit faire un bon à son cœur, Shun gravement blessé par ses combats avait atterrit dans ses bras. Il l'avait porté jusqu'à l'infirmerie avant de s'en détourner, sans un geste de plus. La dernière fois qu'ils s'étaient croisés ils s'étaient unis face à leur ennemi qui était alors Hadès, c'était il y a un an et demi, peut-être plus. Shun avait surgit devant lui avec Hyôga, Seiya et Shiryu et, bien que sa mémoire s'en souvienne avec précision, encore une fois c'est à peine si le Lion l'avait remarqué, pas même alors que le garçon s'était joint à ses compagnons pour arrêter leur Athéna Exclamation combinée, ou encore lorsque son armure d'Andromède s'était transformée en or. Lui ne regardait que Seiya, il n'avait crié que le nom de Pégase lorsque le temple de la Vierge s'était effondré sur eux, tout comme Mü et Milo qui étaient à ses côtés à ce moment-là. Une fois encore, c'est à peine s'il avait ressentit de la gratitude envers Shun lorsque celui-ci l'avait sauvé, alors que Rhadamanthe avait tenté de le jeter dans le Cocyte. Certes il avait protégé le garçon de l'attaque du Chevalier d'Hadès, mais c'était uniquement pour lui permettre d'arriver au bout, sans plus d'arrière pensées.
Quelle était l'explication de tout ceci ? Comment expliquer que, toutes ses fois où il aurait pu se rapprocher de Shun, c'est à peine s'il l'avait regardé ? D'ailleurs, autant qu'il s'en souvienne, il ne lui avait jamais adressé la parole à cette époque. Peut-être parce que se n'était qu'un enfant à ce moment-là et Aiolia n'était pas friand de ce genre de chose, et même si Shun n'avait que seize ans aujourd'hui, il ressemblait d'avantage à un homme qu'avant. Marine était forcément l'explication, car même maintenant, alors que Shun vivait au Sanctuaire, il ne lui avait que très peu parler lorsqu'il était encore avec elle et les sentiments étranges qu'il ressentait pour le garçon au début lui faisaient tellement peur qu'il n'avait pas toujours été très sympathique avec lui. Mais les choses avaient changé lorsque la jeune femme l'avait quitté, il avait eu plus de facilité à s'adresser à Shun, et à s'intéresser à lui. Alors oui, Marine avait forcément été le problème. Il faudrait qu'il pense à remercier son frère de lui avoir piqué la jeune femme, sans cela il n'aurait pas remarqué Shun. Ou peut-être que si ? Mais alors, si Marine l'avait choisit lui, comment les choses se seraient-elles passées ?
- A quoi tu penses? demanda doucement Shun dans un sourire.
Aiolia eut un sourire presque carnassier. Il aimait tellement voir le garçon rougir d'un air gêné que s'en devenait presque machiavélique.
- A comment je n'ai pas fait pour voir ta beauté avant, répondit-il avec un naturel désarmant.
Mais au lieu de sourire en rougissant, Shun fronça les sourcils et s'éloignant un tantinet de ses bras.
- Je t'ai di d'arrêter ça! lança-t-il avec autorité. Sinon je serais obligé de sévir.
Aiolia se permit de rire. Il n'y avait que Shun pour le surprendre autant, que lui pour l'amuser avec sensualité, et même avec un brin de provocation et de perversité. Tout doucement, il ramena le corps chaud du garçon vers le sien et dit, amusé :
- Bah j'aimerais bien voir ça tient.
- Tu ne m'en crois pas capable?
Ils se fixèrent quelques secondes, le regard de Shun était sûr et décidé et celui d'Aiolia brillait et souriait. Soudain, le garçon le repoussa, se dégageant de ses bras et souleva les draps tout en déclarant :
- Je vais dormir chez Shaka.
Il s'était redressé dans l'intention de sortir du lit lorsqu'Aiolia grogna et l'attrapa par la taille en s'écriant :
- Reviens là toi!
Ils rirent tous les deux alors que le garçon atterrissait sur le dos, le Lion au-dessus de lui. Le visage souriant de Shun se dessina dans la pénombre.
- T'es vraiment un petit diable! lança Aiolia en tenant fermement ses poignets.
- Mmh je dirais plutôt un lutin, c'est plus mignon un lutin. Pis j'aime pas le rouge.
Aiolia sourit et le fixa intensément dans les yeux avant de se pencher vers lui.
- J'ai envie de t'embrasser, murmura-t-il avec chaleur.
Cette fois, Shun sourit timidement et rougit enfin. Le Lion eut envie de crier : victoire ! Mais se contenta d'attrapa ses lèvres douces avec les siennes. Le garçon sembla répondre positif à son baiser, même s'il était un peu timide, alors Aiolia l'approfondit et pénétra sa bouche de sa langue. Shun gémit, de surprise et de délice mêlé, et serra les poings les yeux fermés. Son corps tendre tremblait sous lui et se réchauffait, il était là à porter de main, le Lion n'avait plus qu'à le cueillir. Mais doucement, il mit fin au baiser et se releva quelques peu, admirant le visage rosée de Shun qui le regardait de ses yeux étincelants.
- Tu me rends dingue, murmura le Chevalier d'Or qui se sentait perdre le contrôle de lui-même.
- Ah oui? J'adore te faire planer.
Shun rit, Aiolia sourit en descendant son regard sur ses lèvres qu'il avait envie de lécher de nouveau mais se contenta de déclarer :
- Petit lutin diabolique!
Avant de fondre sur lui tel un prédateur, attrapant ses hanches pour le chatouiller vivement. Shun se tordit sur lui-même et se mit à rire sans pouvoir s'en empêcher, tentant d'éloigner ses mains. Mais Aiolia tenait bon, et puis en termes de force physique, avec sa vingtaine de kilos de muscles en plus, il n'avait pas trop à s'en faire. Mais Shun réussit à se dégager en roulant sur le dos, le déstabilisant quelques peu avant que le Lion ne revienne à la charge. Shun se tordait sous ses doigts, sa peau se dévoilant plus douce que jamais, et son rire cristallin raisonnant à ses oreilles. Aiolia se sentait tellement bien qu'il en avait oublié pourquoi il avait posé toutes ces questions.
Au bout de plusieurs minutes de chatouilles intenses, Aiolia cessa ses attaques et se laissa retomber sur le corps chaud de Shun. Celui-ci souriait encore, essoufflé, et attrapa doucement sa main qui vagabondait sur son ventre. Un court silence régna avant que le Lion ne reprenne :
- Expliques-moi ce qu'il s'est passé.
Shun se tourna vers lui, le regard triste et embêté.
- Rien ne t'inquiète pas, dit-il en souriant doucement, quoi que tu ais pu entendre tout à l'heure je t'assure que Sion n'a rien fait. On a parlé et j'ai trouvé la discussion amusante mais une fois que je me suis retrouvé seul ici, j'ai pensé à Ikki. Et j'en suis arrivé à toi.
Aiolia sourit et s'allongea sur le côté, attirant Shun vers lui pour qu'il se blottisse contre son corps, ce que le garçon fit dans un sourire, soupirant de bienêtre. Le Lion se contenta de cette explication, même s'il se doutait que le garçon ne lui disait rien uniquement pour ne pas l'inquiéter et ne pas se plaindre, il le laisserait s'expliquer doucement, sans le brusquer. Et puis ça n'était pas non plus vital qu'il le sache, tout ce qu'il désirait c'était empêcher que ce genre de chose n'arrive.
- J'ai envie que tout le monde sache que je t'aime, déclara-t-il brusquement en le serrant plus fort.
- Mais euh! gémit Shun en le frappant doucement du plat de la main. Je t'ai di d'arrêter.
- Ah j'suis pas né pour obéir, c'est un truc qui faut que tu saches.
Shun rit avant de relever son visage vers lui.
- Je te caresserais et t'embrasserais devant tout le monde d'accord? reprit le Lion avec un regard espiègle.
- Nan, pas d'accord! répliqua Shun en fronçant les sourcils.
Le lendemain matin, il était tôt lorsque Milo gémit de nouveau. Le Chevalier du Verseau leva les yeux du livre dans lequel il s'était plongé, assit dans un fauteuil confortable près du lit du blessé, puis se concentra de nouveau sur sa lecture sans faire un bruit, sans prononcer un mot. Le Scorpion ne faisait que grogner dans son sommeil. Camus était assit ici depuis pas loin de deux heures déjà ici pour veiller sur Milo et attendre qu'il se réveille. Si on lui demandait de se justifier, il aurait répondu qu'il se sentait simplement responsable de ce qui avait pu arriver à son compagnon d'arme, ni plus ni moins. Qu'est-ce que ça pouvait bien être de toute façon ?
Si Milo avait été blessé, c'était de sa faute, le Scorpion lui avait sauvé la vie au péril de la sienne et en était tombé gravement malade. Au souvenir des huit jours qu'ils avaient passé dans le désert, Camus s'était sentit extrêmement reconnaissant envers son camarade. Finalement, celui-ci s'était révélé être un Chevalier digne et fort qui avait supporté la douleur de leur errance dans le sable avec courage. Autant qu'il se l'avoue, Milo l'avait épaté. Au fond, il n'était pas cet incorrigible vantard qu'il se targuait d'être tous les jours. Alors le Verseau se sentait un peu responsable de lui maintenant.
Soudain, la porte de la petite chambre d'infirmerie s'ouvrit et Mü pénétra dans la pièce, les traits tirés et les yeux cernés. Il se figea devant Camus, légèrement surpris, puis soupira lorsqu'il l'eut reconnu.
- Qu'est-ce que tu fais encorelà? demanda-t-il en refermant la porte. Je t'ai demandé de rester dans ton temple et de te reposer, c'est trop dur pour toi?
- Je ne fais que lire, répondit calmement le Verseau en fixant le Bélier par-dessus ses lunettes, ça n'est pas une activité trop épuisante je t'assure. Et puis hier je me suis couché à vingt heures pour me lever à sept heures ce matin, je pense que c'est suffisant comme repos non?
- Mais comment tu fais pour te coucher si tôt? Moi à une heure du matin je suis encore à crapahuter dans mon salon!
- Et pour faire quoi?
- Rien en plus, je tourne en rond.
Camus se tut, tenant devant lui son livre ouvert, et continuait de fixer Mü. Son homologue doré ne semblait pas au mieux de sa forme. Certes, parmi la Chevalerie le Bélier était très certainement le plus sollicité des douze : il avait un apprenti dont il devait s'occuper, il avait à charge de réparer les armures qui avaient été endommagées durant les dernières guerres et notamment leur petite mission au Sahara, avait aussi la responsabilité de s'occuper de Milo et devait en plus assurer la garde de son temple qui était la première barrière du Sanctuaire à franchir pour n'importe quel ennemi - sans compter les gardes, mais généralement quand au s'attaque au domaine sacré, on en a dans les bras.
- Tu as besoin de repos, lança finalement Camus en refermant son ouvrage avec douceur, bien plus que moi j'ai l'impression.
- Ça n'est pas de ça dont j'ai besoin, répliqua Mü tout bas.
Le Verseau ne dit rien et continua de le regarder alors qu'il s'affairait autour de Milo, vérifiant sa température, sa tension, écoutant les battements réguliers de son cœur, et puis annotant tout ceci sur un petit carnet. Lorsqu'il eut finit, il le referma d'un coup sec et tâtonna les coussins avant de déclarer :
- Il ne semble pas avoir fait de suer cette nuit, et sa fièvre a enfin disparu. Il ne devrait pas tarder à sortir.
- Ça lui fera du bien, il craque d'être enfermé ici.
- Parce que tu crois que c'est une promenade de santé pour moi? J'ai autre chose à faire.
Camus fronça les sourcils cette fois. Quelque chose n'allait décidément pas dans le comportement de Mü, qui était d'ordinaire si doux et patient. Voilà qu'il s'était transformé en un être taciturne et tout aussi râleur que Masque de Mort, ce qui relevait tout de même de l'exploit. Mais bon, comme ça n'était pas dans les habitudes du Verseau de se mêler de ce qui ne le regardait pas, il rouvrit son livre et se concentra de nouveau pour déchiffrer les mots qui formaient des phrases et qui elles-mêmes formaient des pages et des pages qu'il lui fallait décoder. Il faut dire aussi que lire du Descartes et le comprendre, ça n'est pas donné à tout le monde.
- Tu t'es déjà prit un râteau? lui demanda soudainement Mü sans le regarder.
- Non, répondit Camus d'une voix calme en levant ses yeux de son bouquin, en même temps je n'ai jamais eus le courage de me déclarer à qui que se soit.
- Tu y as déjà pensé pourtant?
- Oui, bien sûr.
- Et ça ne t'a jamais rongé au point de te rendre dingue?
Le Verseau releva le menton vers son camarade, le fixa intensément alors que leurs yeux se rencontraient enfin, et tenta de déchiffrer son regard. Soudain gêné, Mü reprit plus vivement :
- Enfin je veux dire ... ça ne t'a pas rendu fou de ressentir quelque chose pour quelqu'un sans que celui-ci ne le sache?
- Non. Jamais.
Le Bélier poussa un soupir et tourna son visage vers la fenêtre voilée d'un rideaux léger, qui laissait entrer la lumière du soleil matinal dans la pièce sans trop l'éclairer toutefois.
- J'aimerais pouvoir être comme ça moi, dit-il doucement, ne rien ressentir et resté distant malgré tout ce qui peut me tomber sur la tronche!
- Je ne suis froid qu'en apparence, répliqua Camus en soupirant, mais crois-moi tout ça ne fait que me ronger de l'intérieur.
Mü tourna un regard vert et brillant vers lui, aussi le Verseau se sentit obligé de continuer et d'approfondir :
- Tout ce que je ressens, toutes les tristesses et les déceptions que j'encaisse s'entasse en moi et ma solitude ne fait qu'aggraver les choses. Soit je fais un ulcère, soit je deviens acariâtre à trente ans.
Le jeune homme aux cheveux parme laissa échapper un rire et Camus sourit également.
- Sérieusement, reprit-il d'une voix douce, tu as la chance d'avoir deux amis supers et tu te ronges les sangs tout seul dans tout coin? Avec des amis pareils moi je leur aurais tout raconté et me serait nourri de leur conseil et de leur consolation. Tu as tord de t'isoler, crois-moi qui suis l'expert!
- Au fond, tu m'hérites à être connu Camus du Verseau.
- Evidemment! s'écria ce dernier en brandissant son bouquin. Pourquoi crois-tu que je me prenne la tête à lire çasinon?
Les deux Chevaliers rirent ensemble avant que Mü ne déclare :
- Bon, j'ai des armures à réparer moi. Je fais ça tout de suite comme ça, une fois fini, je pourrais glander.
- Très bonne philosophie.
- Aller à plus tard, et ne traine pas trop! Tu étais quand même à deux doigts de crever quand je t'ai récupérer alors fais-moi le plaisir de retourner dans ton temple te reposer.
Le Bélier adressa un signe de la main à son compagnon d'arme, légèrement plus souriant qu'à son entrée, puis sortit de la pièce et referma doucement la porte derrière lui. Le silence s'installa alors, et Camus baissa ses yeux vers son livre, espérant pouvoir avancer dans sa lecture mais c'était sans compter sur Milo qui avait choisit ce moment pour se réveiller :
- J'ai cru qu'il partirait jamais.
Camus sursauta doucement et braqua sur lui son regard vert d'eau caché derrière ses lunettes carrées. Le Scorpion se permit un petit rire.
- T'étais réveillé? demanda brusquement le Verseau.
- Peu importe la raison, on a déjà tous fait semblant de dormir.
Camus ignora sa blague - pas drôle en passant - et se concentra de nouveau dans son bouquin, réajustant doucement ses lunettes sur son nez.
- Ça te va super bien, constata Milo en se redressant, ça appuie ton côté intello coincé.
Il s'adossa à la tête du lit en souriant mais le Verseau ne répondit rien. Extérieurement, il paressait aussi inébranlable et froid qu'un iceberg vieux de mille ans, mais intérieurement, il bouillait comme un volcan sur le point d'exploser. Milo et sa grande gueule avaient le don de le faire sortir de ses gonds. Finalement il aurait dû le laisser crever !
- Il y a un truc que j'aimerais bien comprendre ma Camomille, reprit le Scorpion sans se douter un seul instant qu'il risquait sa vie en ce moment-même, pourquoi est-ce que tu te dérides avec Mü, et que tu gardes ce foutu balai que t'as dans le cul quand t'es avec moi?
- Tu le préfères sur la gueule le balai?
Milo papillonna des yeux, hébété par la réplique qu'il venait de se prendre en pleine face, puis finit par étirer ses lèvres dans un sourire niais à en mourir.
- Bah voilà on progresse! déclara-t-il avec entrain. Finalement t'es moins ennuyant que t'en as l'air.
Camus ne répondit pas et tenta de se concentrer sur son livre, mais c'était devenu très difficile avec le regard perçant de Milo sur lui. D'ordinaire, il y a encore deux ans, il était capable de supporter tout ceci sans broncher, sans même se soucier des yeux du Scorpion. Mais aujourd'hui c'était différent. Sa peau brûlait sous l'insistance du Chevalier d'Or non loin de lui et il sentait une colère sourde et menaçante, injustifiée aussi, envahir progressivement son corps. Pourquoi maintenant ? Que se passait-il ? Depuis leur résurrection, Camus se sentait différent. Peut-être avait-il prit conscience dans la mort que la vie était précieuse et éphémère, que ça ne lui apporterait rien de la passer seul dans son coin à cacher ses sentiments et ses émotions. Mais pourquoi lui bordel ? Il avait la réponse à cette question, bien sûr, car sous la chaleur et la déshydratation, croyant qu'il allait de nouveau mourir, Camus s'était avoué l'évidence qu'il n'avait jamais accepté ni même soupçonné. Se déclarant, dans la même foulée, à son homologue du Scorpion. Il était amoureux de cet imbécile, peut-être même depuis longtemps et avait même été jusqu'à lui réclamer une baiser ! C'était tellement honteux de lui, ça ne lui ressemblait décidément pas mais il aimait les yeux bêtement heureux de Milo lorsqu'il fixait une charlotte au chocolat, son rire idiot lorsqu'il faisait éclater son chewing-gum et qu'un bout lui restait sur le nez, son sourire niais lorsqu'il se sentait supérieur après avoir balancé une vanne qui ne faisait rire que lui. C'était incompréhensible, pourquoi lui qui était la représentation même de la bêtise et de l'idiotie ? Ils étaient tellement différents tous les deux que ses sentiments en devenaient ridicule. C'est alors que la voix de Milo, enquiquinante et lancinante, raisonna à ses oreilles :
-Caaaaaaaamooooooomiiiiiiille...
Et comme le Verseau ne répondit pas immédiatement, il continua :
- Hey Camomille! Youhou Camomille!
Camus releva finalement les yeux, le visage brûlant de cette colère qu'il ne parvenait toujours pas à s'expliquer. Oui, vraiment, il ne pouvait pas comprendre pourquoi son cœur lui jouait de si vilain tour ! Ça n'avait pas de sens. Milo sourit de plus belle et poussa un sifflement admiratif avant de chantonner :
- Opération drag queen! Et maintenant tu vas faire quoi? Me sauter dessus et me frapper? Allons la violence ne résout rien et tu le sais.
- Peut-être, répliqua le Verseau d'une voix étrangement calme, mais une baffe dans ta tronche qu'est-ce que ça me ferait du bien.
- Je te comprends, je me dis souvent la même chose.
Court instant de répit avant que Milo ne reprenne :
- Hey Cam?
Celui-ci soupira mais le fixa dans les yeux, attendant patiemment de devoir encaisser une nouvelle blague nulle ou une pique quelconque légèrement vexante. Mais le Scorpion se contenta de lui dire :
- Merci.
Il était rare de voir Camus rester littéralement sur le cul, aujourd'hui était donc un jour exceptionnel. Milo venait de le remercier ? Le Chevalier du Scorpion, faire preuve de gratitude ? Il s'était endormi en lisant où on l'avait drogué à son insu ? Son homologue Chevalier se permit de rire avant de reprendre :
- Bah fait pas cette tête on dirait que t'as perdu ton balais!
- Non mais c'est que ... toi, reconnaissant? C'est quand même limite magique là.
- Ouais enfin n'abuse pas non plus.
Nouveau silence. Camus et Milo se fixaient sans rien dire, sans faire un seul geste, attendant simplement quelque chose sans qu'aucun des deux ne sachent vraiment de quoi il s'agissait. C'est alors que le cœur de Camus fit un bon dans sa poitrine. Et si le Scorpion se souvenait de sa déclaration ? De son baiser ? Il était souffrant à ce moment-là, mourant presque alors il ne se souvenait certainement pas, il ne devait pas se souvenir ! La panique commença à le gagner et il retourna à son livre en se raclant la gorge, se maudissant d'avoir été assez stupide pour venir ici. Le Scorpion s'était réveillé la veille et Mü ne l'avait pas autorisé à ce moment-là à le voir, il était donc venu aujourd'hui. Mais en fait il aurait mieux fait de rester dans son temple et de s'enfermer, se barricader, pour ne pas avoir à affronter son erreur.
C'est alors que Milo répéta doucement, d'une voix chaude et intense :
- Vraiment Camus, merci.
Le Verseau ne releva pas les yeux et pria pour que le Scorpion ne voie pas le rouge qui colorait ses joues. Son compagnon le remerciait-il pour cette épreuve qu'ils avaient traversée et surmontée ensemble, ou bien pour sa déclaration et son baiser ? Camus commença à prier doucement pour que sa panique ne se voit pas trop, et c'est à ce moment-là que la porte de la petite chambre individuelle de l'infirmerie s'ouvrit de nouveau.
