Disclaimer : Tout appartient à Tolkien. Seuls quelques personnages sont de mon invention.
J'ai décidé de poster en avance, rien que pour vous faire plaisir :)
Je tiens à préciser que je ne fais pas l'apologie du terrorisme, mais une guerre propre n'existe pas, que ce soit dans un camp ou dans l'autre.
Chapitre XX : Mirdautas Vras (Summoning)
Quatre ans plus tard. An 7 du Quatrième Age, Minas Tirith
Derrière les murs de la cité, tous s'activaient pour la future bataille. D'ici quelques jours, les armées de Sauron déferleraient sur le Gondor, comme six ans plus tôt, sous le «règne» de feu Denethor. Les soldats les moins expérimentés s'entraînaient avec ceux qui maîtrisaient le mieux l'épée, la hache, la lance ou l'arc. Des arbalètes circulaient même parmi les tireurs les plus adroits. Dans les laboratoires, en compagnie de Gandalf, Radagast, et quelques Elfes, j'aidais à préparer des grenades. Mes alliés furent choqués lorsque je leur appris l'existence de ces armes et leur circulation plus courante dans mon pays d'origine, mais l'armée de l'ennemi étant très nombreuse, il nous fallait avoir recours à quelque chose de plus efficace que des lames, des flèches ou des carreaux. Heureusement, les ingrédients furent rapidement été réunis pour la préparation. Il s'agissait ensuite de verser délicatement la solution explosive dans les flacons gros comme le poing et bouchés. Plusieurs fois au cours de la préparation des accidents avaient été évités de justesse.
Il nous avait fallu plusieurs mois, à mes amis et moi-même, pour gagner la confiance des résistants. Nous avions dû prouver notre honnêteté à Elrond, Galadriel, Celeborn, Thranduil, Legolas, Círdan, Aragorn, Arwen, Glorfindel, Elladan, Gandalf, Erestor, Radagast, Gimli, Haldir, Faramir, Eomer, Eowyn, Pippin et Merry. Ça faisait du monde. J'avais eu un serrement de cœur en apprenant le décès d'Elrohir, tué par ordre de Sauron. En voyant la douleur d'Elrond dans ses yeux, je m'imaginai à sa place, apprenant la mort d'Eiria. C'était insupportable. Le remords me serrait la gorge, et en même temps me donnait plus de détermination dans la lutte contre les forces du Mordor. Je ne craignais pas les représailles. Plus maintenant. Après quatre ans à dresser des embuscades aux Orcs, organiser des attentats en Isengard et à Dol Guldur, piller les réserves de nourriture et d'armes des ennemis, les narguer avec des messages évidents, je me sentais à ma place aux côtés de mes nouveaux alliés. Mais mener une guérilla était plus fatigant que prévu.
En ne me voyant pas vieillir, Gandalf m'avait longuement interrogé. Je lui avais dit être une Maïa partie peu avant lui de Valinor et explorant Arda avant de m'établir en Terre du Milieu. Il accepta cette version de l'histoire, mais je voyais qu'il ne me croyait pas. Il ne changeait donc pas : il constatait sans agir. Heureusement que je n'étais pas (plus) du côté de Sauron, sinon son manque de réaction aurait été catastrophique. D'ailleurs, le temps n'avait pas épargné mes amis. Aghan approchait de la quarantaine mais excellait à l'épée. Dorlas, à presque trente-cinq ans, était devenu un archer et arbalétrier talentueux. Quant à Eofor, qui fêtait ses vingt-neuf ans, il me faisait toujours peur avec ses haches. Les jumeaux avaient vingt-huit ans. Eiliniel et Eofor s'étaient mariés et leur fils de trois ans, Bleddyn (dont j'étais la marraine), était resté chez Cadwr et Almeda à Bree. Ma fille me manquait, et j'espérais qu'elle soit heureuse à Valinor.
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Sauron
L'Orodruin vomissait inlassablement son flot rouge et ardent en gerbes d'étincelles avant qu'il ne s'écoule le long des roches noires. C'était le sang bouillonnant de la terre qui servait d'unique source de lumière au Mordor. Au cœur de la Montagne du Destin, Sauron observait distraitement le magma en fusion s'étendre sous ses pieds comme une mer de feu. Tout son esprit était tourné vers elle. Ophélie. Depuis des années il la traquait, mais elle restait introuvable. Après tout ce temps, le goût amer de la trahison n'était toujours pas passé. Il voulait lui faire payer, à cette gamine arrogante, mais elle s'était évanouie dans la nature. Avait-elle fui ou rejoint les rangs de ses ennemis sous un nouveau nom et, pourquoi pas, une nouvelle apparence ? Sauron avait gardé la lettre d'adieu, pliée et rangée dans les pages d'un livre. Lorsque par hasard il était retombé dessus, chacun des mots avait été un coup de poignard. Il avait aimé cette femme, elle le rejetait, le combattait. Leur prochaine rencontre serait la dernière, et il le savait. L'un d'entre eux tuerait l'autre.
Mais d'abord, il lui fallait s'occuper de l'Anneau. Il serait facile à sa femme de lui trancher le doigt, ou pourquoi pas, la main, et de le détruire dans les flammes. Non, il était plus sage d'absorber les pouvoirs du bijou. Le Seigneur des Ténèbres le mit en suspension devant ses yeux et commença une incantation en Parler Noir. L'or devint liquide et s'accrocha à ses mains sous forme de serpents progressant le long de ses bras puis sur tout son corps. Le métal en fusion s'infiltra dans sa peau et ses veines, laissant sur ses bras les textes couleur or de l'Anneau. Sa peau avait bruni par la brûlure, l'or de ses yeux était plus prononcé, le blanc était noir, ses pupilles semblables à celles des chats. Sauron sentit la puissance de la Magie Noire grandir en lui. Il était si beau et terrible que même Morgoth aurait reculé devant lui.
Il sortit de l'Orodruin, prêt à lancer son armée à l'assaut de Minas Tirith. Tout ça n'avait que trop duré. Même s'il ne le montrait pas, il était lassé de cette guerre qui n'était au final qu'un jeu du chat et de la souris. Ses ennemis avaient repris Dale et chassé son autorité du Rhovanion, reconquis Mirkwood et fait fuir les Nazgûl de Dol Guldur. Les Orcs restés au nord se terraient au Mont Gundabad, n'osant affronter les groupes menés par Legolas, Thranduil et Aragorn. Les Istari Gandalf et Radagast avaient libéré la Comté qui se trouvait désormais protégée par un sort extrêmement puissant. Eomer s'était libéré du joug de Saroumane, le Rohan lui appartenait de nouveau. Cette situation était insupportable pour Sauron. Le Multicolore avait été tué par cette sorcière de Lithiel, celle que l'on surnommait la Guerrière de l'Est, lors d'un attentat où elle avait posé des explosifs au pied de la tour d'Orthanc. La jeune humaine au nom elfique causait énormément de problèmes.
En clair, jamais Sauron ne s'était senti aussi ridicule. Même Minas Tirith lui avait échappé, désormais de nouveau aux mains de ses ennemis. Ils paieront très cher leur rébellion…
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Ceridwen
Cela faisait longtemps que Ceridwen ne s'était pas occupée d'un enfant. Aussi, lorsqu'elle fut chargée de l'éducation d'Eiria, la Maïa fut un peu troublée. Heureusement, elle se souvenait de ce qu'il fallait faire, et put garder sa petite-fille avec elle. Eiria grandissait aussi vite qu'un humain, ce qui avait effrayé sa grand-mère. Varda expliqua alors à Ceridwen que la petite aurait grandi comme sa mère si elle avait vécu dans le monde des vivants, et qu'elle sera quand même immortelle. Ceridwen en fut soulagée, et la vie continua. Elle avait été choquée d'apprendre que sa fille avait épousé Sauron, mais n'avait pas éprouvé de colère ni de déception. Quand Melian lui demanda comment elle faisait pour être si patiente, elle lui répondit être la dernière personne à pouvoir juger les actes de Lithiel, et qu'au moins le mariage de la jeune femme, même s'il fut très court, n'avait pas non plus été aussi catastrophique que celui de ses parents. Enfin, si l'on pouvait vraiment qualifier cette relation de mariage.
En quatre ans, Eiria était devenue une enfant espiègle et énergique. Avec les enfants Elfes et Maïar, elle fit d'innombrables bêtises qui lui valurent de nombreuses réprimandes. Quand elle n'était ni avec sa grand-mère, ni avec ses amis, la petite restait avec Melian ou Ilmarë qui lui enseignaient de nombreuses choses. Lorsqu'elle fut en âge de comprendre qu'elle n'avait pas de mère, Ceridwen lui expliqua :
-Ta maman est restée en Terre du Milieu, elle t'a envoyée ici quelques jours après ta naissance, tu étais toute petite et tu dormais.
-Pourquoi ?
-Parce qu'un méchant fait du mal là-bas, et ta maman est une héroïne qui va l'arrêter et le punir.
La petite sourit en s'endormant, et Ceridwen se demanda comment Lithiel aura le cœur de lui expliquer que le «méchant» en question était aussi son père. La Maïa sortit de la chambre et descendit dans le salon. Lithiel avait manqué les premiers pas de sa fille pour combattre son propre époux. Ceridwen ne savait pas si elle réussirait, et se demandait ce qui se passerait ensuite. Si Sauron gagnait encore une fois, sa femme y survivra-t-elle ? S'il perdait, rétablirait-elle Aragorn sur le trône du Gondor et d'Arnor ? La Maïa était sceptique sur cette vision des choses. En effet, ça ne ressemblait pas à sa fille de vouloir mettre une personne en particulier au pouvoir de façon permanente (si on ne comptait pas les élections sur Terre). La seule exception était son propre couronnement à Dol Guldur cinq ans auparavant.
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Lithiel
Tout était prêt. Enfin. L'armée de Sauron ne pourra pas nous surprendre, nous étions préparés. L'attente avant les combats fut insupportable, je ne parvins à rester en place. Glorfindel me conseilla de m'asseoir et méditer, je l'ignorai. La gorge nouée, je déambulais dans la cité. Une partie de moi voulait fuir en hurlant le plus loin possible, alors que l'autre n'était même pas en état de trouver la sortie.
-Avez-vous déjà participé à une bataille, me demanda Elladan.
-Non. Je me suis déjà battue toute seule, j'ai été présente durant quelques conflits*, mais de loin.
-C'est toujours angoissant, vous savez. Je ne sais pas si ça peut vous rassurer, mais nous ressentons tous la même chose.
-Merci, messire Elladan.
-Elladan tout court, Lithiel.
Je souris et m'apprêtai à partir, lorsqu'une déclaration très importante me vint :
-Je suis désolée pour votre frère.
Ses yeux brillèrent un instant, et je crus l'avoir blessé. Mais non :
-Merci. Vous avez perdu quelqu'un dans cette guerre ?
-Ma mère.
-Alors vous savez ce que ça fait, ce grand vide.
Oui, je le savais. Sauf que quelle que soit l'issue de cette guerre, je ne verrai pas mes proches dans les Cavernes de Mandos, mais dans les jardins de Lórien, à regarder ma fille grandir et s'émerveiller chaque jour de la beauté d'Aman.
L'armée du Mordor avançait devant les murs de la cité. Mon époux la guidait, splendide et terrible sur son cheval noir. C'était toute la Terre Noire qui s'était vidée, déferlant telle une mer furieuse sur Minas Tirith. Du haut des murailles, nous étions quand même effrayés. Mais hors de question de se laisser abattre. Il nous fallait garder confiance, la tête froide et les pieds sur terre. Nous ne devions pas perdre courage face à la mort qui nous attendait, personnifiée par l'affreuse armée ténébreuse. Tout allait se jouer aujourd'hui, et, qui sait, peut-être les chants célèbreront la dernière bataille de la Guerre de l'Anneau, où Sauron fut défait. Les plus pessimistes appelleraient sans doute cet évènement un «suicide collectif». Pour ma part, j'espérais que les combats et la tyrannie cesseraient. A croire que l'Histoire ne m'avait rien appris. Le Mal, qu'importe sa forme et son but, ne disparaissait jamais. C'était une lutte éternelle que chacun devait mener sans arrêt, avant de passer le flambeau à ses successeurs. En ce jour du 21 octobre de l'an 7 du Quatrième Age, notre tour était venu de lutter, de se lever face à la tyrannie, à l'injustice et à l'horreur, pour que les générations futures puissent tirer des enseignements de ces évènements et évitent que tout ça ne se reproduise. Les combats menés pour briser les chaînes de la soumission et du despotisme devaient être connus, sans ça ils n'auraient servi à rien, et l'histoire se répèterait inlassablement, dans la souffrance et le désespoir.
J'arrêtai là mes réflexions, écoutant le discours d'encouragement d'Aragorn qui faisait écho à mes pensées. Cet homme était un orateur hors pair. Sur Terre, il aurait pu faire des débats avec Victor Hugo. Je ne m'étais pas dit ça depuis des années, mais cette bonne vieille planète me manquait un peu. J'eus un instant la nostalgie de l'Europe, continent qui avait bercé mon enfance. Des flashs, de simples petits détails, me revenaient : une lecture dans un café, une bataille sur les barricades, une fête au Moyen Age, un entraînement avant un ballet à Saint Petersbourg… Non, je devais rester concentrée. Ne souhaitant pas croiser le regard terrifié de mes amis, je reportai mon attention sur Sauron. Erreur. Je faillis lâcher l'anse du panier contenant quelques unes des grenades. Percevant mon trouble, Eradan posa sa main sur mon épaule en m'adressant un sourire presque maladif. Je le lui rendis, priant pour que mes amis s'en sortent, sains et saufs.
*Notez l'euphémisme
Foilàààààààà ! J'espère que l'ellipse de quatre ans ne vous a pas trop gênés… Reviews ?
