20

Nouvelles règles, nouveaux dangers

Lorsque Cassia disparue dans un grésillement étrange, ne laissant derrière elle que le vague souvenir de son passage, Mû se redressa sur son séant. Toute sa tête n'était qu'un étau de douleur, et il se sentait nauséeux. Cependant, lorsqu'il se tata le front, il fut rassuré de constater qu'il n'y avait pas de sang. Apparemment, il ne s'était pas ouvert la tête. Dans un grognement, il se redressa, tout en promenant ses doigts gourds sur ses côtes afin de vérifier si l'une d'elles étaient cassée ou fêlée. Rien non plus. Il avait eu une chance extraordinaire.

Des hurlements de frayeur et de rage lui parvinrent lorsque son ouïe lui revint dans sa quasi-totalité, et le Bélier releva les yeux. Devant lui, déchaîné, Milo du Scorpion était en train de mettre en fuite le reste des Amazones. A lui tout seul. L'Aiguille Ecarlate frappait impitoyablement, ne laissant sur son passage que des cadavres, ou des corps empoisonnés agonisant. Sur son rocher, Athéna contemplait son Chevalier, alors qu'Ikki, bouche bée, semblait ne pas en croire ses yeux. Non loin de lui, Mû entendit la reine des Amazones ordonner la retraite. Lorsqu'il tourna la tête, il la vit brandir sa lance rouillée qui crépita, et les femmes guerrières disparurent totalement dans un souffle grésillant. Ne laissant derrière elles que la mort et les larmes.

Essoufflé, Mû regarda tout autour de lui, appuyé sur sa jambe gauche. Sur son genou droit, une plaie béante laissait écouler des filets de sang qui s'égaraient sur son tibia et jusque sa cheville, traçant sur sa peau des sillons rouge. Il se hasarda à faire un pas en avant, stoïque et dépassé. Le Sanctuaire s'était transformé en véritable cimetière et les corps des gardes et des Amazones gisaient par centaine dans toutes les directions. Au loin, le Dragon s'était tu.

Et le silence … ce silence ! Mû en entendait ses oreilles bourdonner, et seul son souffle rauque et erratique semblait déranger ce silence de mort. Même les hurlements de rage et de démence de Milo avaient cessé. A présent, il se tenait debout, droit comme une statue, et fixait l'horizon noir de la nuit. Il se taisait. Athéna le fixait. Mû hésitait. Devait-il le rejoindre et tenter de le consoler ? Lui aussi avait vu Likian disparaitre. Mourir. Cet enfant n'était pas de cette époque, il était donc évident qu'il ait disparu à sa mort. Ce fragment de temps ne voulait pas de son cadavre chez lui, et l'avait donc renvoyé là d'où il venait. Il ne restait aucune trace de lui, si ce n'est la flaque de sang de la blessure mortelle qu'il avait reçu.

Shiryu choisit ce moment pour les rejoindre. La démarche sûre, le visage en sueur, il tenait son épaule gauche de sa main droite. Une flèche, vicieuse et chanceuse, s'était plantée dans un interstice particulièrement petit de son armure, entre l'épaulette et le brassard gauche. La blessure ne semblait pas grave, et le Chevalier du Dragon avait déjà ôté la flèche, mais le sang tâchait son armure Divine aux reflets vert et bleu. Ikki sauta de son rocher, laissant Athéna derrière lui, et le rejoignit. Le visage de Shiryu se fit grave et il s'apprêtait à réprimander son compagnon d'avoir dédaigné sa Déesse pour lui, mais lorsque le Chevalier du Phénix le prit dans ses bras pour le serrer fort contre sa poitrine, leurs armures s'entrechoquant, il en oublia toute rancœur.

- Ça va ? lui demanda Ikki.

- J'suis pas encore mort, répondit Shiryu.

- Crétin.

Le Dragon sourit et s'extirpa des bras du Phénix.

- Tout le monde est là ? demanda-t-il, soucieux.

- J'sais pas.

On pouvait toujours compter sur Ikki du Phénix pour être autant précis que possible. Avisant Mû non loin d'eux, Shiryu s'approcha de lui et l'interpela ainsi :

- On devrait se regrouper et voir si certains d'entre nous manquent à l'appel.

- Je peux déjà te dire que deux des enfants sont morts, répondit Mû d'une voix rauque, Likian et la petite brune … je ne connaissais pas son nom.

Il l'avait vu disparaitre, allongée au sol dans une mare de sang, quelques instants avant que le fils de Milo ne reçoivent ce mortel coup d'épée.

- Rivkah, précisa Shiryu avec douceur, c'était la fille de Shina et Shura. Les autres vont bien ?

- Pour autant que je sache, répondit Mû en détournant les yeux.

Milo n'avait toujours pas bougé, aussi immobile qu'un pilier. Ikki s'approcha de Shiryu et attrapa son épaule blessée non sans une certaine brusquerie maladroite.

- Retire l'épaulette, ordonna-t-il gravement, il faut bander avant que ça s'infecte.

Shiryu eut un léger sourire en coin mais se déroba.

- Plus tard, dit-il simplement.

- Où est Shun ?

Ils se tournèrent tous vers Athéna. Toujours sur son rocher, elle fixait un point précis à quelques mètres derrière eux. Son visage était livide.

- Où est Shun ? répéta-t-elle d'une voix blanche.

D'un seul mouvement, ils se retournèrent tous les trois, mais la parcelle de terre caillouteuse que fixait leur Déesse était vide. Mû balaya les environs des yeux. Il avait vu Shun s'écrouler là pourtant … où était-il ? S'était-il relevé sans qu'il ne s'en aperçoive ? Prit d'une panique soudaine, Ikki se mit à regarder frénétiquement autour de lui, lançant des regards fauves sur l'horizon, tentant de percer l'obscurité.

- Shun ! appela-t-il de sa voix puissante, où Mû percevait une légère pointe de panique.

Alors qu'Athéna restait figée sur place, Shiryu et Ikki se retournèrent tous deux d'un même mouvement parfaitement synchronisé et, dépassé, Mû suivit la direction de leur regard, les sourcils froncés. Apparemment, quelqu'un approchait.

Saga apparut, d'abord fine silhouette dans la nuit, soutenant son frère Kanon gravement blessé à la cuisse. Mû se hâta à leur rencontre autant que faire se peut, gêné par sa blessure au genou droit. Il boitilla jusqu'à eux et ordonna sèchement à son Pope :

- Fais-le s'asseoir.

Kanon grogna lorsqu'il s'accroupit au sol, et un flot de sang sombre inonda son pantalon déjà imbibé malgré le garrot qui lui cinglait la cuisse. Aussitôt, le Bélier se pencha sur la blessure. L'artère fémorale avait été sectionnée, et à voir la couleur effroyablement blanche du visage de Kanon, il était sur le point de s'évanouir. Le Bélier raffermit le garrot tout en demandant au grand frère :

- C'est toi qui as fait ça ?

Saga lui balança un regard, avisa le bout de tissu ensanglanté que Mû resserrait d'un geste sec, et acquiesça en silence.

- Félicitation, tu lui as sauvé la vie, déclara le Bélier.

Kanon choisit cet instant pour tomber dans les pommes en poussant un gémissement. Saga sourit, et répondit simplement :

- Je sais.

- Tu sais où est Shun ? lui demanda Ikki d'une voix brusque.

- Je ne l'ai pas vu. Mais j'ai vu les Amazones emmener Camus … elles l'ont peut-être emmené, lui aussi.

- Comment ça emmené ?

Saga garda le silence, fixant le Phénix avec gravité. Mû ferma les yeux, prit d'un vertige. Pourquoi avaient-elles pris la peine d'emmener avec elles un enfant assommé, et un Chevalier d'Or affaibli ? De lourds bruits de pas leur parvinrent dans le silence de la nuit et la silhouette massive d'Aldébaran apparut. Il n'avait, en tout et pour tout, qu'une égratignure mineure sur le pectoral droit mais tout son corps était sale de poussière et de sueur. Il haletait, et la colère dans ses yeux noirs surpris le Bélier. Il n'avait jamais vu son camarade du Taureau aussi furieux.

- Ces salopes ont emmené Shura et Aioros ! Je n'ai rien pu faire !

Un silence sépulcral accompagna ses paroles. Mais au bout de quelques secondes, la voix d'Ikki s'éleva dans la nuit lorsqu'il cria :

- Shun !

La nuit lui répondit par son silence figé. Shiryu baissa les yeux, en pleine réflexion. Déchirant un morceau de sa chemise, Mû tenta d'éponger le sang qui s'écoulait encore faiblement de la blessure de Kanon, et fit pression dessus pour stopper l'hémorragie. Sa priorité désormais était de soigner les blessés.

- Shun !

Le cri du Phénix lui serra le cœur et le Bélier ferma de nouveau les yeux. En réalité, il ne préférait pas penser aux disparus, car il n'imaginait que trop bien ce que ceux-ci allaient devoir endurer maintenant qu'ils étaient entre les mains des Amazones.

- Shun !

Plus il lançait d'appel, plus sa voix laissait transparaître toute sa panique de ne pas retrouver son petit frère. Shiryu tenta d'apaiser son compagnon en lui murmurant quelque chose, une main apaisante sur son bras, mais Ikki le repoussa et se détourna, relançant son appel d'une voix désespérée. Le Dragon soupira.

- Je crois bien qu'elles ont emmené Aiolia également, déclara Athéna en descendant prudemment de son rocher.

Là, Mû du Bélier se redressa, lui lançant un regard paniqué, et se mit à faire comme Ikki avant lui : il jeta des regards dans toutes les directions. Non. Impossible. Il ne se souvenait pas d'avoir vu Aiolia sur le champ de bataille. Il ne l'avait pas vu du tout aujourd'hui, d'ailleurs.

- Il était avec moi, reprit la Déesse une fois arrivée à leur hauteur, mais je ne le vois plus …

Incapable de retenir ses larmes, Mû les laissa couler sur ses joues. C'était incompréhensible, avant que les cinq Divins ne viennent les chercher sur l'île, les Amazones s'apprêtaient à tuer Aiolia car il leur était devenu inutile. Alors pourquoi le capturer maintenant ? Cela n'avait absolument aucun sens !

- Le plus important pour l'instant, c'est de se regrouper, déclara Shiryu en lançant un regard entendu à Saga, qui acquiesça.

- Oui, nous pourrons ainsi dresser une liste des disparus, des morts et des blessés, continua celui-ci avec autorité, ce qu'il faut en priorité à présent, c'est s'occuper des blessés … Mû ?

Celui-ci sursauta en entendant son nom et se tourna vers son Pope. Il pleurait toujours et paraissait totalement déboussolé. Depuis que la reine des Amazones lui avait fait subir tout ça, il n'était plus lui-même. Trop effrayé. Trop sensible. Trop faible. Mais le regard impérieux et presque suppliant de son Pope Saga lui redonna un semblant de force et ces poings se serrèrent de colère avant qu'il n'essuie rageusement les larmes qui laissaient sur ses joues des sillons de poussière.

- Oui, tu as raison, dit-il avec détermination, Aldébaran tu veux bien m'aider à le transporter ?

Le colosse acquiesça et souleva Kanon avec un maximum de précaution, étonnant de la part de quelqu'un d'aussi rongé par la colère.

- L'infirmerie n'a pas trop été touchée ? demanda Saga.

- La grande salle d'auscultation, si, répondit Mû d'une voix encore légèrement tremblante, mais je pense que les instruments chirurgicaux n'ont rien.

- On va avoir besoin de place pour les blessés, hasarda Shiryu.

- On utilisera la salle de réception, lui répondit Saga.

Mû se détourna, accompagné d'Aldébaran, mais arrêta son geste et lança un regard inquiet à la silhouette solitaire et lointaine de Milo. Encore une fois, il hésita à le rejoindre. Et abandonner Kanon et son artère fémorale sectionnée ? Il fallait lui installer un garrot plus convenable et une transfusion sanguine, sans cela le cadet des Gémeaux ne verrait certainement pas le jour se lever. Alors il reprit sa route vers l'infirmerie.

Un homme apparut soudainement sur le sommet d'un promontoire, vestige d'une colonne esseulée, et Shiryu soupira de soulagement en reconnaissant Hyôga. Il ne semblait pas blessé, mais son armure, autrefois d'un blanc éclatant, était grise de poussière.

- Tout le monde va bien ? demanda-t-il en les rejoignant.

Derrière lui, Seiya emprunta le même chemin, arborant une longue estafilade rouge sur le front.

- La vache, qu'est-ce qu'on a pris ! déclara-t-il vivement.

Le Cygne s'arrêta près du Dragon et jeta un regard étonné à Ikki, au loin, qui semblait chercher activement quelque chose. Ou quelqu'un. Lorsqu'il croisa le regard vert d'eau de Shiryu, et qu'il y lut l'acquiescement qu'il redoutait, son visage devint livide. A ses côtés, Seiya poussa un soupir de fatigue et demanda naïvement :

- Il est où Shun ?

...

Milo ne regardait pas l'horizon. Il ne regardait pas le ciel noir et les étoiles qui se dessinaient, étonnamment brillantes, sur ce fond d'obscurité glaciale et immense. Il ne regardait pas non plus les corps qui s'étendaient, un peu partout autour de lui. Il ne regardait plus rien. Car il savait qu'à présent, il n'y avait plus rien à voir. Son fils était mort.

Tournant toujours consciemment le dos à ses camarades, les poings serrés à l'en faire saigner, les yeux fermés et la tête baissée, Milo pleurait toutes les larmes de son corps. Pleurait, pleurait et pleurait encore.

...

Sans trop de raison, Aiolia se réveilla en sursaut en poussant un cri. Il n'avait pourtant pas rêvé. Après avoir entendu la voix de Cassia tout contre son oreille, il s'était évanouit, emporté par le poison paralysant que lui avait injecté Absol. Tout n'avait ensuite été que ténèbres et silence. Alors pourquoi ce brusque sursaut ? Un bruit ? Une présence ?

Mais ces questions lui échappèrent très vite lorsqu'il se rendit compte qu'il était entravé par les poignets. Assis sur la roche dans une cellule sombre et froide, dos au mur, il sentait ses jambes ankylosées et ses poignets douloureux. Deux lourdes chaînes pendaient du mur. Elles cliquetèrent lorsqu'il tira dessus, et l'une d'elle lui entailla légèrement la peau. Une rage sans nom l'envahit et il poussa un hurlement avant de tirer plus fort sur les chaînes. Etant reliée au mur par deux anneaux de fer épais et rouillés, elles ne se détachèrent pas. Quelques poussières et minuscules morceaux de roches lui tombèrent dessus. Il tira de plus belle et poussa un nouveau cri.

Il était de nouveau prisonnier. Les Amazones l'avaient une seconde fois enfermé sur leur île. Mais alors, pourquoi faisait-il si froid ? Dans le colisée, le soleil l'avait pourtant brûlé de sa chaleur, et maintenant, il ne sentait même plus ses pieds. Etait-il véritablement sur l'île des femmes guerrières, cette même île enfermée dans une bulle temporelle qu'Athéna avait réussi à percer ? La cage dans laquelle il se trouvait ne semblait pas non plus être la même. Les quatre murs semblaient faits de roche sombre, et seul des barreaux symétriques et épais sur sa droite donnaient dans un couloir éclairé par des torches. Ce même couloir qu'il avait traversé un jour, lui semblait-il, emmené par des femmes pour que Cassia s'accouple avec lui. A ce souvenir, il se sentit secouer par un frisson d'horreur, et ses gigotements désordonnés reprirent de plus belle.

Le bruit d'une porte qui claque violemment le fit sursauter et il s'arrêta, essoufflé, l'oreille tendue. La coupure à son poignet s'était un peu aggravée, et une fine ligne de sang zébrait son avant-bras droit. Il n'entendait plus que les battements désordonnés et désagréables de son cœur battant la chamade, appréhendant ce qui pouvait s'en suivre. Mais il ne se passa rien cette fois, rien que des bruits de pas. Et le silence.

- J'suis désolé …

Aiolia sursauta, surprit, et ramena instinctivement ses jambes contre son torse. Un frisson de peur et de froid parcouru sa colonne vertébrale de haut en bas. Les yeux plissés pour lutter contre la pénombre, le Lion distingua une silhouette adossée au mur du fond. Il n'était pas seul. La forme bougea, releva la tête et les yeux d'Aiolia s'écarquillèrent.

Shun darda sur lui son regard d'émeraude.

Il portait encore la toge qu'il avait déjà sur le dos lorsqu'ils s'étaient croisés dans les couloirs du Sanctuaire, sauf qu'elle était maintenant tâchée de poussière et de sang. Sur son visage, le jeune homme portait de légères traces de coup : sa pommette droite était rouge et sa lèvre inférieure fendue, encroûtée de sang séché. Il avait été battu. Les genoux sous le menton, il les enserrait de ses bras frêles pour se protéger du froid ambiant. Ce qui ne l'empêchait pas de trembler.

- Et dire que je me suis permis de te donner des conseils, reprit-il dans un sourire amer, de te dire ce que tu avais à faire … et …

Il se tut, baissa les yeux et posa brièvement son front sur ses mains avant de relever la tête à nouveau. Il avait les yeux embués de larmes, mais l'expression de son visage ne laissait voir que sa colère. Sa stupeur passée, Aiolia déplia ses jambes douloureuses sans quitter le garçon des yeux. Celui-ci continua :

- Je ne savais pas ce que tu endurais … je ne comprenais pas …

Leurs regards se croisèrent à nouveau.

- Mais maintenant je sais, murmura Shun en détournant les yeux, et c'est horrible … horrible !

Lorsqu'Aiolia comprit, sa bouche s'ouvrit sans qu'il trouve quoi dire. Que dire, de toute façon ? Il n'y avait rien à dire. Shun était comme lui désormais, pauvre Chevalier déchu privé de son cosmos. Car les Amazones le lui avait volé. Les poings serrés, le Lion détourna le regard et poussa un soupir de déception et de colère.

Qu'est-ce que les Amazones cherchaient à faire ? Quel était leur but en les capturant tous ainsi ? Et pourquoi Shun, désormais aussi faible et fragile qu'un enfant ? Elles n'avaient déjà pas voulu de Shaka, Camus et Aphrodite, arguant qu'il n'était pas de vrais hommes, alors pourquoi Shun bon sang ? Pour avoir le loisir de lui taper dessus ? De le faire souffrir ? Peut-être était-ce là une façon de poser un ultimatum à Athéna. Avec des Chevaliers morts, celle-ci ne souhaiterait plus que la vengeance, mais des Chevaliers capturés et torturés étaient un formidable moyen de pression.

Un bruit soudain le tira de ses réflexions et Aiolia tourna de nouveau la tête vers Shun. Celui-ci claquait des dents et tremblait de tout son être.

- J'ai tellement froid, murmura-t-il.

Avec horreur, le Lion vit que l'extrémité de ses pieds bleuissait déjà. Le pauvre gamin était en train de mourir de froid. Faisant fi de la fierté et de la gêne, Aiolia tendit sa main vers lui, tirant doucement sur ses chaînes, et dit :

- Viens contre moi, reste pas dans ton coin à crever.

Lentement, Shun releva ses yeux vert lui, fixa un instant sa main tendue, puis secoua la tête de droite à gauche et enfouit son visage dans le creux de ses bras, se recroquevillant davantage sur lui-même.

- Fais pas le con, viens ! insista Aiolia avec énergie.

- Laisse-moi !

Le Lion soupira. Il avait conscience d'être en présence d'un jeune homme qui avait compté, durant un bon nombre d'année, sur la puissance – phénoménale – de son cosmos. Et même si aujourd'hui il s'en retrouvait dépouillé, Shun n'en restait pas moins un gamin au caractère bien prononcé qui avait appris à se débrouiller seul, et détestait particulièrement qu'un autre le protège et prenne les dangers pour lui. Mais Aiolia n'en avait que faire de cette fierté mal placée. Durant ces derniers jours, il avait appris à faire sans, et il savait dur comme fer que, à cet instant, il était le plus fort d'entre eux deux dans cette cage, et que sans lui Shun avait toutes les chances de mourir. Sous le froid, ou les coups.

- T'es vraiment qu'un petit crétin ! argua-t-il tout en sachant pertinemment qu'il n'utilisait assurément pas la bonne méthode.

- Fous-moi la paix ! lui répliqua Shun sans même daigner le regarder.

La porte dans le couloir extérieur s'ouvrit à nouveau dans un grincement sinistre et les deux hommes tournèrent la tête d'un même mouvement vers la grille de la cellule. Aiolia retint son souffle. Il entendait des voix rauque et des bruits de pas qui s'approchaient de plus en plus, et il n'avait pas l'intention de montrer à ses visiteurs dans quel était de fatigue intense il se trouvait. Aussi, tout en étant pas certain que ses jambes ankylosées puissent le porter, il se dressa en s'appuyant au mur. Ses chaînes cliquetèrent sous le mouvement.

Au même moment, Absol s'arrêta devant la cage, accompagné de Ténia et d'une autre Amazones dont Aiolia ne connaissait pas le nom. Il braqua sur son fils un regard plein de haine, mais celui-ci ne lui renvoya à la figure qu'un masque impassible d'indifférence. Il portait la même tenue de cuir que sur le champ de bataille, hormis son arc et la marque de peinture sur le front, qui avait disparu. Les deux femmes à ses côtés étaient armées de lances, prêtes à servir. Ténia paraissait encore plus grande et plus musclée que dans ses souvenirs, ou peut-être était-ce dû à son ventre arrondi par l'enfant qu'elle portait. L'enfant de Milo.

- Enfoiré de traître ! lança Aiolia en tirant sur ses chaînes.

- La ferme, lui répliqua Ténia d'une voix grave avant de se tourner vers Absol. Pourquoi a-t-on mi ces deux-là dans la même cage ?

- Cherche pas à comprendre et ouvre cette grille, renchérit le jeune homme avec autorité.

Les yeux de sang de l'Amazone brillèrent de colère et elle pointa l'extrémité pointue de sa lance vers lui.

- Ne me parle pas comme ça, petit mâle même pas terminé ! grogna-t-elle méchamment.

« Et vlan ! » pensa Aiolia sans pouvoir s'empêcher de sourire.

La porte de la grille s'ouvrit, et il ne comprit pas immédiatement ce qu'il se passa. Une petite tornade verte le bouscula violemment et se jeta sur l'Amazone, vers l'ouverture qui venait de se créer, en poussant un cri de rage. C'était Shun. Les yeux écarquillés, Aiolia se réceptionna difficilement sur la roche du mur et s'écorcha la paume de la main, réalisant alors que le jeune homme n'était pas, comme lui, enchaîné.

- Pourquoi ? hurlait-il avec colère, les larmes inondant ses joues. Pourquoi tu nous as vendu ?

Le visage si impassible d'Absol fut un instant ébranlé. Un très bref instant. Abasourdi, Aiolia restait immobile, encore sous le choc. Il n'avait pas un seul instant imaginé que Shun ait une telle rage en lui, lui qui avait l'air si faible et si désemparé quelques instants plus tôt. Et, à vrai dire, il n'avait pas non plus imaginé qu'un tel lien ait pu se créer entre lui et son fils, sans qu'il s'en aperçoive.

C'est alors que, d'un brusque mouvement de l'épaule, Ténia éloigna Shun de la porte ouverte et l'envoya heurter violemment le mur. Aiolia entendit la toge du jeune homme se déchirer. Lorsqu'il le vit se relancer immédiatement à l'attaque, se jetant directement sur les muscles bandés de Ténia, il suivit son exemple et se rua dans sa direction. Pour lui prêter main forte ? L'en empêcher ? Il l'ignorait. De toute façon, il ne parvint pas à l'atteindre car ses chaînes l'arrêtèrent.

Ténia laissa tomber sa lance au sol dans un bruit fort de fer contre la roche et stoppa net la charge de Shun en lui envoyant un direct en plein dans l'estomac. Le jeune homme se plia immédiatement en deux dans un grognement de douleur, tout l'air de ses poumons s'échappant par sa bouche grande ouverte. Se fut au tour d'Aiolia de pousser un cri de rage, et d'impuissance.

L'Amazone releva Shun en l'attrapant par la gorge, le plaqua violemment contre le mur et le frappa cette fois en plein visage. L'arcade sourcilière du jeune homme explosa dans une gerbe de sang et il s'écroula au sol.

- Ça suffit ! hurla Absol, que l'autre Amazone arrêta alors qu'il pénétrait dans la cellule.

- Salope ! renchérit Aiolia et tirant de plus belle sur ses chaînes.

La blessure à son biceps se réveilla, lui cinglant toute l'épaule, et sa coupure au poignet s'aggrava au point que son avant-bras en devienne presque entièrement rouge. Totalement sourde à leur mise en garde, Ténia se jeta sur sa victime, la retournant et s'installant à califourchon sur ses hanches. Shun se débattit aussitôt et lui asséna même un violent coup de poing sur la joue. L'Amazone ne tiqua même pas, et sa bouche se tordit dans un sourire satisfait. Un sourire de fauve ivre de sang. De nouveau, elle le frappa en plein visage et la tête de Shun rebondit sur la roche. Sa coupure à la lèvre inférieure se rouvrit et se remit aussitôt à saigner. Il cessa presque immédiatement de se débattre, à moitié assommé.

Les mains immenses de l'Amazone se refermèrent sur le cou blanc de Shun, qui fit prit d'un sursaut et lui attrapa immédiatement les bras, ses jambes battant faiblement l'air. Il n'avait aucune chance face à elle, et Aiolia le savait tout autant que lui. Lui aurait peut-être une chance de la repousser, à défaut de la blesser réellement, mais les chaînes étaient trop bien fixées, et il ne pouvait rien faire. Il se contenta de tirer dessus avec autant de force que possible en hurlant. Absol tenta une nouvelle fois de pénétrer dans la cage mais l'autre Amazone tenait bon.

- Lâche-le ! hurla-t-il de nouveau.

Mais Ténia, le visage tordu par ce rictus de plaisir, ne l'écoutait pas. Petit à petit, Shun cessa de se débattre et ferma les yeux, les jambes prises de soubresauts. Les yeux voilés par la rage, Aiolia hurla :

- Tu vas le lâcher sale pute !

Cette fois, l'insulte sembla atteindre le cerveau de l'Amazone et elle se redressa avant de lâcher sa victime et de se tourner d'un bloc vers Aiolia. Se fut à son tour de recevoir un coup de poing sur la joue. Projeté sur le côté, le Lion ne tomba pas au sol grâce à ses entraves et se rééquilibra rapidement. Il cracha du sang et darda sur l'Amazone un regard noir de haine.

- C'est toi la pute ici, mâle ! lui lança-t-elle.

Shun toussa et rouvrit les yeux. Le sang coulait sur son front et son menton et sa respiration semblait laborieuse. Souriant de nouveau, Ténia se pencha sur lui.

- Tu me plais toi, lui murmura-t-elle avant de lécher le sang qui coulait de sa lèvre, j'aime quand tu sors tes griffes petit chat !

Puis elle se redressa, abandonnant là sa victime qui cherchait encore son air, récupéra sa lance et sortit de la cellule. D'un geste impérieux du menton, elle obligea la seconde Amazone à déposer un plateau repas composé d'un bol de gruaux gris et un verre en terre cuite remplit d'eau brune.

- Tu n'avais pas le droit ! lança Absol avec fermeté. Ils appartiennent à Cassia, ils sont le butin de ma mère ! C'est pour ça qu'ils sont dans la même cage, et tu …

- Tu es peut-être le fils de l'une de mes sœurs, le coupa brusquement Ténia, et tu nous as peut-être permis une brève victoire sur le Sanctuaire, mais je ne t'autorise pas à me parler de la sorte !

Absol et l'Amazone se fixèrent intensément avant qu'elle ne se détourne. La porte de la cellule claqua, la clef tourna et les femmes s'en allèrent sans plus se préoccuper des hommes. Lorsque son fils porta sur Shun un regard voilé de tristesse, Aiolia fronça les sourcils. Leurs yeux se croisèrent ensuite puis le jeune homme s'en fut. Plus il y pensait, et plus le Lion était persuadé que ce soi-disant traître jouait un double jeu …

Shun poussa un gémissement de douleur, toussa et porta une main hésitante à son front. L'arcade était bien ouverte mais cette région de la tête, comme le cuir chevelu, avait tendance à impressionner par la quantité de sang déverser. La blessure n'était pas grave en soi. Aiolia se laissa tomber sur les fesses et poussa un soupir, massant sa mâchoire douloureuse. Elle avait une sacrée droite tout de même !

- Très classe, lui dit Shun en lui lançant un bref regard, j'ai cru entendre mon frère.

Aiolia pouffa de rire, se rappelant qu'Ikki avait effectivement tendance à beaucoup insulter ses ennemis. Sauf que lui, il le faisait uniquement dans le but d'impressionner et de dissuader lorsqu'il se sentait impuissant. Pas pour énerver. Enfin, cela dépendait du point de vue, bien évidemment.

Shun bougea légèrement et tata ses côtes en grimaçant de douleur. Aiolia se rendit compte alors que la toge sale du jeune homme s'était relevée sur ses hanches et dévoilait ses jambes fines, marquées de coups divers : petits bleus très prononcés et autres légères coupures. Un frisson étrange le prit, mais il préféra mettre ça sur le compte de l'air ambiant, glacial.

- Elle ne t'a rien cassé ? demanda-t-il en tentant d'ignorer son trouble.

- Je ne crois pas, lui répondit Shun en sifflant de douleur. Fragilisé peut-être.

Il tourna alors ses yeux verts dans sa direction et leurs regards s'accrochèrent. Aiolia réalisa alors que la luminescence presque surnaturelle de ces yeux d'émeraude n'était absolument pas du au cosmos, car à cet instant, il lui semblait que les yeux de Shun brillaient plus que de coutume dans cette froide pénombre.

Soudain, le jeune homme fronça les sourcils et se détourna de lui en rabattant sa toge sur ses jambes. Se tournant sur le côté, il lui tourna promptement le dos. Aiolia vit alors que le tissu déchiré lui laissait voir la peau de la hanche droite, blanche, et la nuque, fine. Il fixa le dos de Shun, incapable d'en détourner le regard.

- Tout va bien ? demanda timidement une voix, de l'autre côté du mur de roche.

Aiolia en sursauta et en resta paralysé de stupeur durant quelques instants.

- Aioros ? demanda-t-il timidement.

- Aiolia ? renchérit son grand frère. C'est toi ?

- Qui d'autre.

- Tu n'as rien ?

- C'est pas sur moi qu'elles ont frappé, c'est sur Shun.

- Il va bien ?

- J'en sais rien.

- Je vais bien ! lança le garçon d'un air agacé.

Court silence.

- Et toi, ça va ? demanda doucement Aioros.

Nouveau silence.

- J'en sais rien, répondit Aiolia.

- C'est pas bientôt fini ce salon de thé ? lança Shura depuis sa cellule, plus bas dans le couloir.

- Tiens bah t'es là toi aussi ?

- Ouais, et j'ai la chance d'avoir Camus comme compagnon de cellule. Il roupille. Il aime le climat je crois.

Aiolia ne put s'empêcher de pouffer de rire.

- Moi je dois me coltiner Dohko ! grogna Aioros.

- Yo ! lança celui-ci avec entrain.

- Et lui quand il dort, c'est un vrai concert de bétonneuses !

- T'as quelque chose contre les bétonneuses ?

Aiolia sourit. Pour résumer, ils étaient six emprisonnés, deux par cellule. Il restait donc en ce moment même sept Chevaliers d'Or au Sanctuaire, dont un seul seulement semblait avoir récupéré son cosmos, et quatre Chevaliers Divis, dans l'hypothèse où aucun d'eux n'avait perdu la vie. C'était bien trop peu, si les Amazones décidaient de lancer une nouvelle attaque.

Shun se remit à claquer des dents. Aiolia baissa les yeux sur sa nuque dévoilée et vit le jeune homme se recroqueviller sur lui-même, tremblant de tous ses membres. Il n'allait pas le laisser comme ça. Mais, comme précédemment, il se doutait que Shun n'allait pas accepter sa proposition d'aide – d'autant qu'ils leur faudraient se coller l'un à l'autre s'ils voulaient bénéficier d'une plus grande chaleur corporelle. Il tenta donc une approche plus sournoise. Lentement, il tendit la main, priant pour que les chaînes ne fassent pas de bruit, et tenta d'attraper un pan déchirer de la toge de son camarade de cellule. Trop loin.

Brusquement, Shun se tourna dans sa direction, dardant sur lui un regard sauvage. Aiolia se redressa et s'éloigna instantanément de lui.

- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda le jeune homme.

- T'es mort de froid ! argumenta Aiolia avec verve. Arrête de faire ta tête de mule et viens près de moi !

- Mais tu veux pas me lâcher ! Qu'est-ce que ça peut te faire que je crève de toute façon ?

Aiolia fronça les sourcils. Il entendait encore, dans sa tête, la voix d'Absol lui demandant de ne pas laisser Shun mourir, lui disant qu'il était important pour leur avenir. Il n'avait aucune raison de le croire bien évidemment, mais il n'avait, jusqu'ici, pas une seule fois écouté son fils, et voilà où il se retrouvait. Il était peut-être temps d'adopter un autre comportement. Et puis, il revoyait les yeux plein de tristesse et de culpabilité d'Absol lorsque celui-ci avait regardé Shun étalé au sol avant de partir. Alors il avait envie d'y croire. Shun se détourna de nouveau de lui, lui tournant ostensiblement le dos.

- Tu m'as jamais vu, dit-il d'une petite voix, jamais regardé. Et maintenant tu me fais chier parce que t'as peur que je crève de froid ?

- De quoi est-ce que …

- T'es qu'un pauvre con têtu ! Un sale lâche qui préfère tourner la tête et éviter les conflits !

- Et c'est qui le lâche, là, qui tourne la tête ? J'te préviens, tu vas te calmer tout de suite parce que …

Shun se tourna brusquement vers lui. Ses yeux embués de larmes lançaient des éclairs et son visage n'était qu'un masque de froideur et de rancœur.

- Parce que quoi ? lança-t-il sèchement. Tu vas peut-être me dire que j'ai tort ?

Aiolia ferma la bouche, les sourcils froncés, et préféra garder le silence. Les deux hommes s'entreregardèrent quelques instants avant que Shun ne reprenne :

- Très bien, prenons un exemple. Est-ce que tu as seulement parlé une seule fois à ton frère depuis que vous êtes revenus ?

Silence.

- Est-ce que tu as un jour permis à Aioros de s'expliquer avec toi ?

- Nan, lança Aioros depuis l'autre côté du mur.

- Te mêle pas de ça toi ! renchérit Aiolia.

- J'ai compris depuis longtemps que je ne devais rien attendre de toi, lança Shun en se détournant une seconde fois, alors maintenant tu me fous la paix ! Et si j'ai envie de crever de froid ici, ça me regarde !

Aiolia sentit la colère le submerger. Il savait que Shun avait développé un caractère bien trempé en grandissant, mais il ne s'attendait pas à ce que le garçon ait une telle haine envers lui. Pourquoi ? Qu'attendait-il de lui exactement ? Si sa colère datait déjà de l'époque où il se contentait de le fixer depuis l'autre bout de l'infirmerie, ses grands yeux verts ne le quittant pas, alors oui, il avait des raisons d'être énervé. Alors Aiolia se rembrunit, certain que s'il laissait éclater sa colère à son tour, cela ne ferait qu'aggraver les choses. Mais Shun poussa le bouchon trop loin en marmonnant :

- Connard …

Le Lion sentit alors tout son self-contrôle lui échapper. Les dents serrées, il lança sa main en avant et s'empara du pan de toge déchiré de Shun. Celui-ci, à force de se tourner et se retourner vers lui, avait légèrement fait glisser le tissu dans sa direction. Aiolia ressentit une joie sans nom lorsque sa main se referma sur la toge, et il la tira aussitôt vers lui.

Surpris, Shun poussa un cri en glissant douloureusement sur la roche qui lui écorcha le bras gauche, et se débattit lorsque la poigne ferme d'Aiolia se referma sur son poignet, y imprimant une empreinte de sang. Les chaînes cliquetèrent bruyamment lorsque les deux hommes luttèrent, chacun pour installer sa domination sur l'autre.

Mais ils en vinrent tous deux très vite à l'évidence : dépouillé de son cosmos, Shun ne faisait pas le poids contre lui. Il ne faisait le poids contre personne. Aiolia jubila alors de satisfaction. Des jours entiers qu'il avait l'impression d'être plus faible que tout le monde, et voilà qu'aujourd'hui, c'était lui le plus fort. D'un geste sec, il emprisonna Shun dans ses bras et le serra contre lui. Le jeune homme poussa un cri de rage et lança :

- Mais lâche-moi !

- J'ai pas l'intention de te laisser crever de froid !

Dans sa cellule de l'autre côté du mur, Aioros, les sourcils froncés, murmura à Dohko :

- Mais qu'est-ce qu'ils font ?

- A ton avis ? renchérit la Balance dans un sourire.

- Ça flirte pendant que ça se fritte ! chantonna Shura un peu plus loin.

Shun gigotait de moins en moins, et ses bras tremblaient si fort qu'Aiolia avait peur de les briser en les maintenant. Mais il n'avait pas l'intention de lâcher. La suffisance de Shun commençait à lui taper sur les nerfs ! Il ignorait ce que le garçon avait contre lui, mais il avait bien l'intention de lui faire comprendre qui était le plus fort.

- Arrête, le supplia Shun dans un sanglot, lâche-moi …

Surpris, Aiolia desserra légèrement sa prise et baissa le visage vers celui de Shun. Il était inondé de larme. Honteux, il défit son étreinte. Cependant, Shun ne s'éloigna pas pour autant. Le corps secoué de sanglots, il blottit son visage dans la chemise sale d'Aiolia et pleura en s'agrippant à lui. D'abord étonné, le Lion finit par comprendre que les allures de durs du jeune homme n'étaient qu'une façade destinée à cacher sa peur, et que cette façade s'effondrait entre ses bras. Alors il les referma délicatement autour des épaules de son compagnon de cellule et marmonna :

- Excuses-moi …

- Tu comprend rien, hoqueta Shun d'une petite voix, t'as jamais rien compris.

Tout en s'adossant au mur derrière lui pour soutenir le poids de Shun, Aiolia entendit la voix d'Absol lui dire :

« T'as toujours été trop con pour comprendre ! »

Mais comprendre quoi ? La main de Shun s'agrippa à sa chemise et il baissa de nouveau les yeux vers lui. Les larmes coulaient toujours sur ses joues, mais à voir l'expression de son visage, le garçon avait honte de se laisser aller à pleurer. Pourquoi avoir honte, lorsque votre visage est si beau lorsque vous paraissez si désemparé …

Incapable de détourner le regard, Aiolia dit :

- Je suis désolé.

Pour toute réponse, Shun replia ses pieds sous son corps pour les réchauffer et enfouit son visage dans le tissu, sur le torse d'Aiolia, pour se cacher. Mais il ne tenta plus de s'échapper. Il resta là à pleurer doucement, jusqu'à ce que ses larmes tarissent, et qu'il s'endorme d'un sommeil léger, emporté par ce trop plein d'émotion et de danger, sous le regard attendrit du Lion.

Celui-ci lui frotta doucement les bras pour le réchauffer, sans le quitter des yeux. Petit à petit, il sentait cette part vide en lui se remplir de quelque chose de nouveau. Quelque chose de fort qu'il ne pensait pas avoir déjà ressentit, pas même pour Mû. Quelque chose qui était tout, sauf de l'indifférence pour cet enfant obligé de grandir trop vite, qu'il tenait à présent dans ses bras. Ça, Aiolia en avait pleinement conscience. Et pour la première fois de sa vie, il n'avait pas peur de ce sentiment.


Désolé du retard, mon ordinateur à flenché ... et non, ça n'est pas une blague ! Un an que je l'ai et ça fera trois fois que je l'emmène à réparer : deux fois à cause du disque dur, et maintenant ce serait la carte mère -_-" si je peux me permettre un conseil : n'achetez pas chez Toshiba !

Bref. Pour en revenir à des choses plus drôles, il m'est arrivé un truc étrange aujourd'hui. Ma mère m'a fait très peur 0o A cause du lâchage de mon ordi, je suis obligé d'écrire dans son bureau et de squater l'un des siens (en tant que secrétaire qualifiée, ma mère à une plétore d'ordi dans son bureau, plutôt pratique dans mon cas en ce moment) Je tournais donc en rond à la recherche d'une fin sympa pour ce chapitre laborieux, lorsque nous nous mîmes à discuter (attention mes amies, j'utilise le passé simple 0o) :

Maman : pourquoi tu tournes en rond ?

Moi : je cherche une fin sympa pour mon chapitre. (oui, j'ai tendance à tourner en rond, debout ou sur une chaise, quand je ne trouve pas -_-)

Maman : il se passe quoi dans ce chapitre ?

Moi : bah en gros ils se font emprisonnés et taper dessus (pensez-vous, je n'allais pas lui parler des sentiments naissants de notre Lion pour son mignon colocataire ! XD)

Maman : bah, ils sont plusieurs dans la cellule ?

Moi : moui ... ils sont six, deux par cellules.

Maman : bah t'as qu'à dire que le héros, il a tellement faim, qu'il bouffe l'oreille de l'autre.

Moi : 0o z'ai peur ...

Comprenez donc que, parfois, je m'interroge sur ma santé mentale défaillante ... et parfois, non.

Au week-end prochain ! =)

Ps : vous en pensez quoi alors, de ce chapitre ? ^^