Note de traducteur : Cette histoire ne m'appartient pas. Je ne suis que la traductrice de 'Apple Pies and Other Amends' de ToEatAPeach.
Disclaimer : Rien n'est à moi. Tout appartient à la grande J.K Rowling. Sauf l'histoire. L'histoire, elle, est de ToEatAPeach.
Chapitre 21
Malgré ce qu'elle a avoué à Harry et Ginny deux jours plus tôt, Hermione sait que ce soir est son premier vrai rancard avec Drago Malefoy. Le premier qu'ils considèrent tous deux comme tel.
C'est aussi la première fois qu'elle doit se préparer sans l'aide de personne. Et pour tenter d'oublier ce détail angoissant et le rendez-vous en lui même, elle passe la journée à travailler depuis chez elle, à étudier des textes d'autres départements pour s'assurer qu'ils ne vont pas à l'encontre de sa future législation sur les droits des géants. C'est un travail si minutieux et captivant qu'elle perd la notion du temps et réalise bien après cinq heures qu'elle ne s'est toujours pas préparée.
Se distraire était sans doute une mauvaise idée. Comme l'a deviné Drago, ses cheveux s'avèrent pratiquement impossibles à dompter. Elle lance sortilège sur sortilège et applique autant de sprays, laques et autres produits moldus que possible, mais en vain. À six-heures moins le quart, elle n'est rien de plus qu'une loque transpirante et frustrée et commence à se demander si elle ne ferait pas mieux de réfléchir aux sorts qu'elle pourrait lancer à Drago dès l'instant où il mettra les pieds chez elle.
Mais à six-heures cinq, elle finit par maîtriser ses cheveux et parvient à l'aide d'une potion et d'un million de barrettes à les ramener en un chignon bas. Elle s'est aussi lavé le visage, a vaporisé un peu de parfum dans son cou et même appliqué un gloss rosé sur ses lèvres. Mais elle n'a toujours aucune tenue en vue…
Elle fixe avec résignation la pile de jupes, robes et chemises qui manque de s'effondrer sur son lit. Rien ne lui plaît, rien ne lui convient, rien ne semble crier « premier rancard » et elle pousse un grognement sauvage.
« Je ne suis pas du genre à me prendre la tête pour une tenue ! siffle t-elle à la pile de vêtement. Ce n'est pas moi. »
Certes, elle est angoissée, excitée et tout un tas d'autres choses qui la font bouillonner. Et pétiller. Et frissonner. Mais elle refuse d'accorder une minute de plus à son apparence. Alors elle sort sa baguette, ferme les yeux et crie : « Accio tenue habillée. »
Il y a comme un léger bruit de froissement et quand elle rouvre les yeux, une petite robe noire flotte au-dessus de la pile. C'est même une robe à elle cette-fois, une robe qu'elle avait acheté pour une soirée au Ministère à laquelle elle avait finalement décidé de ne pas se rendre. Comme la robe qu'elle portait la semaine précédente, celle-ci est évasée en-dessous de la taille, mais plutôt qu'un bustier, des manches courtes habillent cette-fois simplement ses épaules. C'est joli, habillé et sobre.
Jetant un coup d'oeil paniqué à sa pendule, elle s'empresse d'enfiler la robe. Puis elle cherche à tâtons au bas de son armoire jusqu'à trouver les talons métamorphosés par Maevy. Elle se débat avec le fermoir d'un collier délicat à sa mère quand elle entend sa cheminée s'activer.
Oh, Merlin. Il est là. Il est là. Dans son appartement. Dans son chaleureux, accueillant mais minable petit salon, avec ses armoires qui débordent et ses étagères pleines à craquer.
« Fais comme chez toi », crie t-elle depuis sa chambre. Elle est habillée mais pas tout à fait prête à l'affronter. « J'en ai pour une minute.
— Comment tu sais que c'est moi et non pas un foutu Weasley venu saboter une soirée agréable et sympathique ? répond Drago de l'autre côté du mur.
— Un Weasley ne porterait pas autant de parfum », blague t-elle.
Elle soupire, soulagée de l'entendre rire.
« Attends… Est-ce que tu viens de sous-entendre que tu te comporterais bien ce soir ?
— Absolument pas », souffle t-il, presque trop bas pour qu'elle l'entende. L'insinuation dans sa voix ne fait qu'accentuer son angoisse à l'idée de sortir de la chambre.
« Hé, lance Drago bien plus fort cette fois. Tu n'avais pas un chat ?
— C'était un hybride, mi-chat, mi-Fléreur. Mais Pattenrond s'est échappé après la Bataille de Poudlard. On ne l'a jamais retrouvé.
— Merde, je suis désolé.
— Ne soit pas désolé. Bien sûr, ça m'a fait de la peine. Mais il était déjà très vieux quand je l'ai eu et je m'étais faite à l'idée de le perdre un jour.
— Si tu le dis. » Mais il a l'air sincèrement navré et ce ton attendrissant lui donne enfin le courage de se montrer, malgré sa tenue qui laisse à désirer et la panique qui l'enserre.
Drago ne la voit pas entrer. Il est occupé à étudier sa bibliothèque et lui tourne le dos. Hermione se tait un moment et le regarde tirer un livre vers lui pour mieux lire la tranche. Cette inspection n'est qu'une activité comme une autre pour lui, quelque chose pour s'occuper en attendant qu'elle arrive. Mais pour Hermione, le voir explorer son étagère à livres est un geste intime, un geste si terriblement sexy que ses joues ont déjà viré au rouge quand elle se racle la gorge pour annoncer sa présence.
Drago se retourne, bien plus préparé qu'elle, un sourire en coin aux lèvres et une réplique narquoise sur le bout de la langue. Mais à l'instant où il l'aperçoit, tout son être se fige.
Il est superbe ce soir, dans son costume gris anthracite et sa cravate bleu nuit. Un vrai homme. Et un foutu bel homme. Mais il y a quelque chose dans son expression ahurie et captivée qui lui inspire un sentiment de déjà-vu. Et elle ne comprend pas bien pourquoi. Du moins jusqu'à ce qu'une image lointaine, l'image d'un soir d'hiver à Poudlard, s'imprime dans sa mémoire. L'image d'un garçon hautain et privilégié au milieu de la foule.
C'était leur quatrième année, le soir du Bal de Noël. Hermione s'était mise sur son trente-et-un et n'était qu'une boule de nerfs. Mais elle s'était forcée à descendre le grand escalier de Poudlard en reine, la main posée sur le bras de Viktor Krum, la tête fièrement relevée, ignorant les murmures sur son passage. Mais tandis qu'elle marchait à côté de Viktor, ses yeux s'étaient cloués sur Ron, avec sa robe rapiécée et son air maussade. Et malgré son compagnon de bal, malgré le terrible comportement de Ron à son égard ce soir-là, Hermione l'avait regardé toute la soirée. Elle s'était languie de lui, n'avait rêvé que de lui, n'avait voulu que lui. Mais un peu plus tôt, un autre visage s'était détaché de la foule. Rien que pour un instant.
Alors qu'elle entrait dans la Grande Salle, elle avait vu nul autre que Drago Malefoy la dévisager ouvertement. Pourtant Pansy Parkinson était occupée à le tirer par la manche avec un grimace ennuyée et ses acolytes le bousculaient pour qu'il avance dans la salle, deux choses qui auraient dû attirer son attention. Mais il la regardait, il la regardait avec une fascination confuse, soudain incapable de détourner le regard. Comme si sans trop qu'il comprenne comment ou pourquoi, elle était devenue la seule fille de la salle, la seule fille de l'école, peut-être même du monde entier.
Elle avait trouvé son expression mystérieuse à l'époque, insondable pour son esprit de quinze-ans, et elle l'avait oubliée. Mais aujourd'hui elle la revoit clairement dans sa mémoire et il n'y a plus de doute. Drago Malefoy avait été attiré par elle le soir du Bal de Noël et il n'était pas parvenu à s'en cacher. Et aujourd'hui, ce soir, il éprouve indéniablement la même attirance. Mais cette fois, bien sûr, c'est réciproque.
« Salut toi, souffle t-elle.
— Granger. Tu es… tu es juste… »
Pour une fois, elle décide de lui venir en aide.
« Tu es beau aussi Drago. Très beau. » Elle lui tend gracieusement le bras. « On y va ? »
Toujours pris dans une sorte de transe, Drago s'avance vers elle et pose sa main dans le creux de son coude. Elle attend qu'il soit blotti contre elle avant de les faire transplaner tous deux sur le Chemin de Traverse. Hermione fait appel à toute la concentration dont elle est capable pour le transplanage d'escorte et ils atterrissent sans heurt devant Fleury et Bott. Mais il sait l'effet qu'a ce moyen de transport sur elle et ses mains se posent immédiatement autour de sa taille.
« Ça va ? » lui murmure t-il à l'oreille. Elle se contente de hocher la tête, heureuse de constater que cette fois ce n'est pas la nausée mais un bonheur fou qui lui retourne le ventre. Il lui serre doucement la taille avant de la relâcher. Mais Hermione n'est absolument pas de cet avis et elle se baisse pour rattraper sa main qui s'éloigne et la poser fermement dans la sienne.
« Où est ce fameux Portoloin alors ? » demande t-elle.
Drago tourne la tête vers Fleury et Bott. « Tu vas me dire qu'Hermione Granger va se retenir d'entrer dans une librairie ? Après tout, on a cinq bonnes minutes d'avance. »
Elle pousse un soupir théâtral. « Ça va me demander beaucoup de courage, mais je vais résister. Estime toi très, très chanceux que je tienne tant à être à l'heure.
— Chanceux, tu dis ?
— Oui, très. »
Pendant la conversation, ils ont commencé à descendre le long de la rue. Et sans s'arrêter, Drago se penche vers son oreille et chuchote : « Pouvoir te voir dans cette robe, Granger ? Je suis en effet très chanceux. »
Elle frissonne de plaisir et tire doucement sur sa main jusqu'à ce que leurs épaules se touchent à nouveau.
Ils marchent côte à côte et les lampadaires de l'allée s'éclairent un à un au-dessus d'eux. La nuit est en train de tomber et les lueurs orangées du coucher du soleil éclairent joliment les pavés. Sous les reflets du soir tombant, les pommettes de Drago semblent plus aiguisées et plus colorées que d'ordinaire. L'allure qu'il a dans cette lumière est si… Disons que si Hermione n'était pas déjà au courant de l'existence de la magie, elle y croirait sans aucun doute ce soir.
Il la voit le dévisager et lui lance un sourire en coin. « Qu'est-ce que tu regardes, Granger ? »
Elle lui renvoie le même sourire. « Je ne suis pas certaine.
— C'est une bonne chose qu'on soit arrivés au Portoloin alors.
— Quoi…? »
Ses mots se meurent dans sa gorge quand Drago les force subitement à s'arrêter devant un lampadaire et place leurs mains liées autour du poteau. Tout se met à vaciller autour d'eux et l'univers n'est plus qu'une succession tourbillonnante de flashs et de cris. Au milieu du chaos, elle croit entendre le son feutré d'un accordéon.
Et aussi vite qu'il a commencé, le tournoiement s'arrête. Ils atterrissent dans une sombre allée déserte qui donne sur une rue animée de centre ville et Drago les tire vers le brouhaha du dehors. Des voitures vont et viennent le long de l'avenue et le trottoir sur lequel ils se sont arrêtés est bordé d'arbres et de cafés joliment éclairés. Les terrasses sont noires de passants accrochés à leurs verres qui soufflent la fumée de leurs cigarettes dans l'air de la nuit. Au-dessus des restaurants et des boutiques, des immeubles blancs et gris surplombent la ville. Les façades sont ornées à chaque étage de balcons en fer forgé sur lesquels on distingue des hommes et des femmes occupés à boire du vin en admirant le coucher du soleil.
Ce son feutré d'accordéon qu'elle a entendu pendant le voyage est plus clair maintenant et semble s'échapper de la porte entrouverte d'un café voisin. La Vie en Rose, croit-elle reconnaître.
« Paris, souffle t-elle. Tu m'as amenée à Paris.
— Boulevard Beaumarchais pour être plus précis. Mais ce n'est pas ici qu'on va dîner. Est-ce que ces chaussures sont adaptées à la marche, Granger ? »
Elle fait tourner son pied devant lui, son pied glissé dans les jolis talons de Maevy. « C'est encore mieux que des baskets. »
Il rit. « Parfait. Le Passage Secret est un peu plus loin dans le troisième arrondissement, rue de Montmorency. C'est à quelques pâtés de maison d'ici. »
Hermione ne savait pas qu'il connaissait si bien Paris. Elle avait toujours supposé qu'il n'avait passé sa vie qu'entre Poudlard et le Manoir et considérait son manque d'ouverture présumé d'un mauvais oeil. S'apercevoir aujourd'hui qu'il connaît une partie du monde extérieur lui donne certes une belle leçon d'humilité, mais lui fait surtout terriblement plaisir.
« Le Passage Secret ? demande t-elle en se mettant à le suivre. Dans quel genre d'endroit clandestin tu m'emmènes exactement ?
— C'est un restaurant sorcier, explique t-il. Très fermé et très secret.
— En d'autres mots, très cher ? »
Drago hausse les épaules. « Les Malefoy ont une ardoise là-bas depuis des siècles.
— Des siècles ?
— Le Passage Secret partage ses cuisines avec la plus vieille auberge de Paris, auberge qui entretient des relations de longue date avec le monde sorcier. Je… je crois que tu comprendras mieux quand on arrivera là-bas. »
Effectivement, vingt minutes plus tard, Hermione comprend. Elle comprend vraiment.
Bien qu'aucune pancarte n'indique Le Passage Secret sur la façade du numéro 51 de la rue de Montmorency, elle distingue clairement la devanture éclairée d'un restaurant au rez-de-chaussée de l'auberge. Et au-dessus de l'entrée, une plaque prétend que l'établissement est le bâtiment le plus vieux de tout Paris et abrite nulle autre que 'l'Auberge de Nicolas Flamel'.
Hermione observe, bouche bée, l'inscription dorée gravée sur le panneau ocre. Puis elle finit par demander : « Nicolas Flamel ? Le Nicolas Flamel ?
— Le seul et l'unique. Sa femme et lui ont commencé à construire ce bâtiment en 1407. Le Passage Secret a ouvert ses portes en 1550, environ trois ans avant que Lucius Le Premier n'ouvre une ardoise ici. »
Hermione fait tout son possible pour paraître un tout petit peu moins sonnée. Et elle parvient finalement à articuler : « Lucius Le Premier ne baignait-il pas dans les Gallions comme vous tous ? Pourquoi ouvrir un compte à crédit ?
— Il venait de se faire rejeter par Elizabeth I. Je suppose qu'il voulait s'assurer d'avoir un endroit où il serait certain de pouvoir consommer à flots.
— Elizabeth I, lâche t-elle. La Reine Vierge. »
Drago lui jette un regard espiègle. « Au plus grand dam de mes ancêtres. »
Elle le fixe un moment, ahurie, puis finit par sourire. « Mes ancêtres ont participé à la construction du plus vieux crématorium d'Angleterre dans le Surrey. Est-ce que ça compte ?
— Ça dépend, c'est quoi un crématorium ? »
Quand elle lui explique, il éclate de rire. « J'ai une famille peuplée d'amateurs de Magie Noire. Bien sûr que ça compte, Granger.
— L'humour noir, c'est ça ton idée d'un rancard ?
— Granger, t'as un rancard avec Drago Malefoy. Tolérer l'humour noir est un prérequis. »
Leurs mains sont toujours liées quand il agite sa baguette entre l'ancienne maison de Nicolas Flamel et le bâtiment voisin. Le ciment entre les deux immeubles grince et se tord, jusqu'à laisser apparaître une mince allée.
« Tu es le Gardien du Secret de cet endroit ? » s'extasie t-elle.
Il secoue de nouveau les épaules et la tire vers l'allée. « En quelque sorte. Le Passage Secret est soumis à une variante un peu particulière du Sortilège de Fidelitas. Une variante qui fonctionne sur les lieux publics. »
Au fond de la ruelle un long mur en pierres blanches est apparu. Drago tapote plusieurs pierres du bout de sa baguette en suivant un schéma qui ressemble à celui de l'arrière-cour du Chaudron Baveur. Les pavés répondent immédiatement à son sortilège et s'écartent pour révéler une grande porte en or, un peu trop chargée à son goût, au-dessus de laquelle brillent les mots « Mot de passe, s'il vous plaît. »
« Moelle osseuse et oursin », dit Drago d'une voix assurée. Et la porte tourne sur ses gonds.
« Le mot de passe est 'moelle osseuse et oursin' ? »
Drago rit doucement tandis qu'ils franchissent ensemble le seuil. « Ça change tous les ans. Mais je t'avais prévenue. Un peu d'humour est indispensable. »
Hermione est tout sourire quand la serveuse les approche. C'est une de ces beautés parfaites dont on ne saurait réellement dire l'âge, avec de longs cheveux châtains, une robe noire et une infinie confiance en soi.
« Mr Malefoy et Mrs Granger ? » demande t-elle avec un fort accent. Ils confirment et elle hoche sèchement la tête. « Bastien m'a informé qu'on vous attendait à une heure précoce. Suivez-moi, je vous prie. »
Une fois que la sorcière leur a tourné le dos pour les mener jusqu'à leur table, Hermione se risque à chuchoter dans l'oreille de Drago : « Elle a dit 'heure précoce' comme si c'était une maladie honteuse. »
Drago ne la regarde pas, mais elle voit le coin de sa bouche se relever sous la lueur dansante des chandeliers.
« Pour les français, c'est un peu ça. C'est terriblement impoli à leurs yeux de dîner avant vingt-heures. »
Elle secoue la tête et se décide à observer le décor alentour. Bien que le restaurant soit situé au rez-de-chaussée d'un immeuble existant, elle n'a jamais vu aucun lieu comme celui-ci. La pièce qui se rapproche le plus de ce qu'elle voit est la Grande Salle de Poudlard et son plafond enchanté. Les tables du Passage Secret sont éclairées par un coucher de soleil qui ferait pâlir celui qu'ils ont vu plus tôt au Chemin de Traverse. Un coucher de soleil aux tons rosés, pêche et lavande qui s'efface doucement pour laisser place à la nuit étoilée. Mais la comparaison entre Le Passage Secret et Poudlard se limite au plafond.
La salle ici est plus petite et plus intime. Les tables sont nichées sous leurs propres petites alcôves, des alcôves aux plafonds bas et lumières tamisées qui ont des allures de grottes. Et on mange sous les pierres dans la plus parfaite confidence. Seul l'îlot central, où un ruisseau enchanté s'écoule mélodieusement, est visible depuis les tables. Son eau se déverse dans tout le restaurant et leurs chaussures ne semblent pourtant jamais se mouiller. Des poissons aux couleurs poétiques suivent les ondulations de l'eau et de petits lumignons flottent à la surface.
« Merlin, souffle t-elle ébahie.
— Un Serpentard lui aussi. » Drago lui donne un petit coup de coude. « Serais-tu enfin d'humeur à pardonner ma maison ?
— C'est juste pour ça alors ? le taquine t-elle. C'est juste dans un esprit de réconciliation que tu m'as amenée ici ?
— C'est bien ce que tu as dit dans ta première lettre, non ? »
Hermione rougit. Elle est terriblement émue qu'il se souvienne de ces mots. Se sentant gênée, heureuse et tout un tas d'autres sentiments merveilleux, elle tourne la tête et se perd à nouveau dans la contemplation de la pièce.
« S'il suffit d'offrir quelques pâtisseries à deux ou trois personnes pour gagner le droit de venir ici… Alors je me lance dès demain dans les millefeuilles. »
La serveuse entend un bout de leur conversation et fait volte-face, les sourcils froncés.
« Mademoiselle désire t-elle un millefeuille en dessert ? Je crois que le Chef avait prévu un plateau de fromage et quelques chocolats à la fin du repas. Mais si Mademoiselle le souhaite, je peux faire part aux cuisines de toute demande particulière. »
Hermione rougit à nouveau et agite la main - la main qui n'est pas blottie dans celle de Drago.
« Non, ce ne sera pas nécessaire, merci. Un peu de fromage et du chocolat, c'est parfait. »
Bien que l'affaire soit close, c'est avec un regard noir et un ton cassant que la serveuse tend le bras en direction d'une alcôve déserte. « Mr Malefoy et Mrs Granger, voici votre table. »
Hermione et Drago baissent la tête comme des enfants qu'on aurait disputé et s'assoient sans un mot à leurs places. Après leur avoir servi à chacun un verre d'eau gazeuse, la sorcière les laisse seuls et ils poussent tous deux un soupir soulagé.
« Cette serveuse. C'est… quelque chose.
— En effet. Elle m'a servi chaque fois que je suis venu ici, depuis que je suis tout petit. Et je ne connais même pas son prénom. J'ai trop peur de lui demander. Sérieusement, je ne l'ai jamais vue aussi agréable qu'aujourd'hui. Elle doit bien t'aimer. »
Hermione sourit malicieusement. « Faut dire que je suis une fille sympa.
— Parfois, oui. On verra comment tu t'en sors après un repas entier ici.
— Oh, parce que tu viens souvent ici avec tes conquêtes ?
— Si par conquêtes tu entends Lucius et Narcissa Malefoy, alors oui, je viens souvent avec mes conquêtes pour discuter de sujets aussi passionnants que la politique sorcière internationale autour d'un plat d'escargots.
— Tu n'imagines même pas le prix que je serais prête à payer pour voir Lucius Malefoy manger des escargots. »
Drago soulève son verre d'eau gazeuse. « Garde tes Gallions pour l'anguille, on croirait voir un cannibal lâché en pleine nature quand mon père commande ce plat. »
Riant doucement, ils trinquent par-dessus la nappe satinée. Hermione repousse sans même l'ouvrir la carte des vins, un geste qui allume un reflet tendre au fond des yeux gris de Drago. Et leur repas peut vraiment commencer.
Des plats plus délicieux les uns que les autres se succèdent magiquement dans leurs assiettes. Et malgré ses connaissances en gastronomie, Hermione n'a jamais rien mangé de semblable. Des ris de veau marinés au caviar, des légumes anciens baignant dans des bouillons délicats, de la lotte préparée dans une sauce braisée aux morilles et les morceaux de viande les plus tendres et fins qu'elle n'ait jamais goûté.
Bien qu'ils se trouvent dans l'un des meilleurs restaurants du monde sorcier - peut-être même du monde entier - ni Hermione ni Drago ne peuvent s'empêcher de pousser des gémissements de plaisir à chaque nouveau plat.
« L'agneau est un miracle, annonce t-elle après une première bouchée. Sérieusement, je pense écrire au Vatican dès demain pour demander la canonisation de cet agneau.
— Pendant que tu y es, pense à leur demander s'ils peuvent valider mon mariage avec cette pièce de boeuf alors. »
La conversation reste légère tout au long du repas et ils trinquent de temps à autre, faisant tinter leurs verres d'eau pour célébrer la saveur inouïe d'une sauce ou le charme divin d'une côtelette. Mais quelque part entre le sixième et le septième plat, la discussion glisse vers des sujets plus sérieux.
« Pour toujours ? » demande Drago en avalant la dernière cuillerée de son sorbet à l'orange sanguine. Une petite douceur qu'on vient de leur apporter pour rafraîchir leur palais avant le met suivant.
Hermione hoche vigoureusement la tête. « Absolument. J'adore mon travail au Ministère. Rédiger des projets de loi, débattre des droits des groupes marginalisés… Tant qu'il y aura des inégalités dans le monde sorcier, j'aurais toujours du travail. Et malheureusement, je pense que j'aurais du travail pour très, très longtemps.
— L'éternelle militante…
— Ça te pose un problème ? » contre t-elle, soulevant son verre en signe de défi. Mais Drago se contente de trinquer avec elle. Au même moment un petit plateau de fromage vient remplacer leur septième plat.
« Si ça me posait problème, Granger, je n'aurais jamais eu le plaisir de goûter à la tarte aux key limes. »
Hermione sourit doucement et secoue la tête. « Et toi, Drago ?
— Et moi quoi ?
— T'as des projets pour l'avenir ? »
Il semble troublé par sa réponse et boit une gorgée d'eau pour masquer son embarras.
« Je… je ne suis pas sûr de vraiment avoir des projets Granger.
— Aucun ? Rien du tout ? »
Il hausse les épaules et évite son regard. « Aucun qui vaille la peine d'être mentionné. Ma lignée est richissime depuis des siècles. Je sais que ça parait pédant, mais c'est la réalité. À part de vagues rôles de conseillers politiques ou promoteurs fonciers, personne n'a jamais travaillé dans ma famille. Certainement pas mon père et encore moins son père avant lui.
— Mais même après toutes les réparations vous avez toujours…?
— Oh, il reste probablement assez de Gallions dans notre chambre forte pour vivre un siècle ou deux de pure paresse à la Malefoy avant que l'un de nous ait besoin d'amasser à nouveau des richesses. »
Il semble toujours aussi méfiant et évasif. Mais il y a autre chose dans son regard, quelque chose qui la pousse à insister.
« Est-ce que ça veut dire que tu ne veux pas travailler ? Simplement parce que tes ancêtres ne l'ont pas fait et que personne ne s'attend à ce que tu le veuilles ? Tu n'as pas une seule passion à toi ? Rien qui te définit en dehors de ta qualité de Malefoy ? »
Drago a un léger mouvement de recul. « Est-ce que ça compte, Granger ? Personne n'embaucherait un Malefoy de toute façon. Pas après… après tout ça. »
Hermione rapproche sa chaise de la sienne pour pouvoir à nouveau attraper sa main. Elle entrelace ses doigts dans les siens, les emmêle si bien, les serre si fort que seuls les tons à peine distincts de leurs peaux permet de les différencier. Les sourcils toujours froncés, Drago baisse les yeux sur leurs mains liées. Mais plutôt que de s'éloigner, il se met à caresser doucement son poignet de son pouce.
Ils restent là sans bouger, muets, inséparables. Ils restent si longtemps que le plateau de fromage toujours intact disparaît déjà et est remplacé par une majestueuse sculpture en chocolat. Mais ils ignorent l'un comme l'autre le fabuleux dessert. Drago regarde fixement leurs mains et Hermione le regarde lui.
« Qu'est-ce qui te passionne, Drago ? murmure t-elle. Qu'est-ce que tu aimes plus que tout ? »
Ses yeux gris se relèvent brusquement sur elle et son coeur loupe un battement. Il met un moment à répondre, un si long moment qu'elle a peur que son coeur n'explose et que Drago finisse accusé à tort de son meurtre. Après tout, elle n'a mis personne au courant de sa présence ici ce soir.
Finalement, heureusement, il répond : « Les potions
— Vraiment ?
— Oui. J'adore les potions et tout ce qui les entoure. La précision et le niveau de détail nécessaire à une préparation réussie. Leurs propriétés. L'origine des ingrédients et la difficulté pour se procurer les éléments les plus rares. Je… j'y pense beaucoup. Je me demande souvent à quoi ressemblerait une vie consacrée à l'art des potions. »
Hermione ne peut s'empêcher de sourire comme une foutue imbécile.
« Eh bien… J'ai une bonne nouvelle pour toi. Formidable même. »
Malgré la délicieuse tension qui fleurit toujours entre eux, Drago lui lance un sourire narquois.
« Quoi, Granger ? Le Ministère a besoin de cobayes humains pour tester une nouvelle souche de Dragoncelle ?
— Mieux. Le Ministère va ouvrir une nouvelle formation de Maître des Potions à l'automne. Bon nombre des anciens Maîtres sont… ont disparu pendant la Guerre. Et on a désespérément besoin de nouvelles personnes. Tout ce dont tu as besoin pour postuler c'est de quelques Optimal dans certaines matières à tes ASPIC et… »
Il soupire bruyamment et l'interrompt. « Granger, je n'ai pas passé mes ASPIC. Rappelle-toi, j'étais trop occupé à être un larbin du diable pendant notre septième année. »
Hermione rejette son sarcasme d'un geste de la main. « Et moi j'étais trop occupée à le combattre, le diable. Mais la commission d'examen est visiblement prête à faire des exceptions pour les élèves de notre année. C'est la moindre des choses, on s'est battus pour eux et pour bien d'autres générations à venir. On m'a laissé revenir un semestre à Poudlard après la Guerre et j'ai pu passer mes ASPIC en dehors du calendrier habituel. Je suis sûre que tu pourrais les passer toi aussi.
— Ils ne feront pas d'exceptions pour un ancien Mangemort.
— Peut-être pas. Mais ils ne peuvent pas t'empêcher te passer les ASPIC en même temps que tout le monde à la prochaine session. »
Drago grogne, mais un peu de cette tristesse mêlée de honte s'est effacée de son visage.
« La prochaine session est fin juin, Granger. Ça me laisse bien trop peu de temps pour m'inscrire, réviser et… » Il s'interrompt quand il voit la lueur fanatique qui s'est mise à briller dans ses yeux. « À quoi tu penses Granger ? À voir ta tête, on croirait que t'es prête à m'ébouillanter, m'assaisonner et me dévorer en guise de dixième plat ce soir. »
Hermione éclate de rire. « Si tu veux tout savoir, je suis en train d'organiser mentalement le code couleur de tes fiches de révision.
— Mes… quoi ?
— Tes fiches de révision. J'en préparai pour chaque matière secondaire dont tu auras besoin pour la formation. L'arithmancie, sans aucun doute. La Métamorphose. Peut-être aussi les cours de Sortilèges et d'Étude des Runes. Puisque qu'on se concentrera bien sûr principalement sur le cours de Potions, il faudra préparer pas mal d'entraînements supplémentaires pour ce cours. Mais je ne me fais pas trop de souci quant à ta réussite dans cette matière.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as toujours eu de très bonnes notes en Potions à l'école, dit-elle en serrant un peu plus fort sa main. Et tu étudies encore le sujet. J'ai vu ce livre dans ta bibliothèque l'autre jour et je doute que ce soit le premier que tu lises de ton plein gré. Tu adores cette matière. Et… et…
— Et ? »
Hermione inspire longuement avant de s'incliner. « Et tu es juste brillant, Drago. Aussi brillant que moi. C'est une des choses que j'aime le plus chez toi. Alors si moi j'ai pu exceller à mes ASPIC, je suis absolument certaine que tu le peux aussi. »
Un autre de ces longs silences tendus s'installe entre eux. Elle baisse la tête, gênée par ses propres louanges à son égard et ses yeux s'arrêtent sur leurs mains jointes. Drago, lui, semble incapable de détourner son regard d'elle. Lentement, prudemment, il pose l'index de sa main libre sous le menton d'Hermione et l'invite à lever les yeux sur lui.
« Tu ferais vraiment ça pour moi ? demande t-il doucement. Tu m'aiderais à réviser ?
— Bien sûr. Et si le Ministère ne t'accepte pas dans cette formation, je dirai à Kingsley que ce sont tous de parfaits imbéciles. » Elle sourit largement quand un rire rauque s'échappe de sa gorge. « Je serais prête à commencer dès ce soir, Drago. Mais j'ai peur que ça tue le romantisme.
— Quel romantisme ? » la taquine t-il. Mais ses doigts laissent son menton pour venir caresser sa joue. Il se penche encore un peu plus et instinctivement, elle aussi se rapproche. Ils sont si près l'un de l'autre maintenant qu'elle sent son souffle sur sa peau.
« Drago », murmure t-elle. Ce n'est qu'un mot. Un seul mot. Est-ce une demande ou une affirmation ? Elle ne sait plus très bien.
« Hermione », souffle t-il en retour. Et la chaleur de ces trois syllabes sur ses lèvres la fait frissonner.
« Hermione, je crois que je vais t'embras…
— Mione ? les interrompt une voix derrière eux. Et… Malefoy ?! »
Leurs lèvres ne sont qu'à un millimètre, qu'à une seconde de celles de l'autre, quand Hermione et Drago se trouvent brutalement forcés de se tourner vers la voix, vers l'intrus. Là, à moins d'un mètre de leur alcôve, avec la tête de quelqu'un prêt à attaquer, se tient Ron Weasley.
Note de traducteur : Je suis rentrée de vacances :) J'espère que ce chapitre vous plaira, d'autant que c'est le plus long depuis le début. Et comme promis, j'en publierai un de plus cette semaine.
