CHAPITRE XXI
34.
Même s'il détestait cela, Aldéran avait dû se vêtir de noir et de blanc pour la soirée organisée par Skendromme Industry pour ses meilleurs sponsors !
Eryna et Hoby sautillèrent autour de leur aîné.
- Tu es tout beau ! firent-ils alors que le jeune homme achevait de lisser ses mèches rousses avec du gel invisible.
- Bien sûr ! En l'absence de maman, Sky et moi, avec notre pourcentage d'actions, nous représentons auprès de Dankest la majorité de la société… Compliqué, technique, et je m'en fous éperdument ! Ca va, je me suis bien brossé les dents ?
- Tu es magnifique, sourit Eryna. Je peux veiller sur Torko ?
- Merci. Et, non, je ne laisse pas Torko seul avec toi ou Hoby ! Torko, sois sage, et je te glisserai des petits fours sous la table !
Le molosse aboya, remuant la queue pour se frotter contre les jambes de son maître qui flatta tendrement les flancs musclés.
- Je vous ramènerai des mises en bouche ! promit le jeune homme.
- Tu as intérêt, sinon on te saute dessus ! menacèrent ses deux
cadets. On a bien dîné, mais on a toujours un petit creux pour des canapés garnis ! Reviens les poches pleines, sinon gare à toi !
- Ce que j'ai peur !
Avec un clin d'œil complice pour les deux enfants, Aldéran quitta sa chambre pour descendre vers les salons où avait lieu la réception.
Comme redouté, la soirée était interminable, assommante, insipide, à vomir !
- Tu es pourtant beau comme tout, 'tit frère ? glissa Skyrone. Essaie de n'oublier aucune règle de bienséance et de faire plutôt des courbettes au lieu de ficher ton poing sur le nez d'un donateur de Dankest – comme la dernière fois !
- Il voulait qu'on finisse la nuit dans le même pieu…
- Il était si moche ?
- De la brioche, plus beaucoup de cheveux et plein de fausses dents !
- Mlle Ayvanère Thyvask, annonça l'Aboyeur.
- Comment elle est entrée, elle… siffla Aldéran.
- Mlle Thyvask, que me vaut le déplaisir ?
- J'accompagne le Général des Polices, vu mon statut d'experte. Mais, vous, que fichez-vous ici ? !
- Savez-vous pourquoi vous êtes là ? gloussa Aldéran.
- Le Bal Annuel des Bienfaiteurs de Skendromme Insustry… Vous, Skendromme… Il me semble que j'ai sous-estimé quelque chose dans votre CV… Alors, vous êtes…
- Je suis un policier pour lequel il faudrait aligner, au minimum, neuf zéros sur un chèque de corruption, ironisa le jeune homme. Vos six zéros sont juste le montant de mon argent de poche annuel ! Franchement, Mlle Thyvask, je suis le dernier du Bureau à pouvoir me faire corrompre par du fric !
- Je le constate, en effet. Une erreur. Mais, pour mes autres déductions, je ne doute nullement ! Vos équipiers de l'Unité sont sous ma loupe !
- Et vous n'obtiendrez rien, tant que vous l'orienterez vers mes partenaires !
- Comme par hasard… Bon, j'admets que pour vous il ne faut pas allonger d'argent pour vous corrompre, mais pour tous les autres, c'est bien moins évident ! Pourquoi me reluquez-vous ?
Aldéran rit, ses prunelles bleu marine détaillant une Ayvanère plutôt jolie en robe fourreau vert foncé assortie à ses yeux, juste une chevalière au diamant un peu trop gros à son majeur gauche, la chevelure toujours multi-couleurs !
- Ca ne me déplairait pas de vous culbuter !
- Toujours aussi direct. Pour cela, on m'avait prévenue ! Mais, bien que je pense que vous ne soyiez pas des corrompus du AZ37, il n'est pas dans mes principes de mettre ma propre intégrité en cause pour une simple histoire de cul !
- Le contraire m'aurait dépité, à votre encontre, Mlle Thyvask.
Ayvanère allait sans nul doute riposter avec verve, mais le Général Grendele était venu lui prendre le bras pour la présenter à des amis à lui.
Soulagé, Aldéran reposa verre et assiette et profitant qu'on ne lui prêtait aucune attention, il se retira du salon.
Du coin de l'œil, tout aussi en représentation, Skyrone le vit s'éclipser mais ne dit rien, Delly près de lui, accueillant au mieux les bienfaiteurs de son grand-père.
Enchantés, Eryna et Hoby, en pyjama, s'étaient jetés sur les assiettes d'amuse-bouche ramenés par leur aîné.
- Hum, trop bon !
- Evitez d'avoir une indigestion devant ma porte, pria Aldéran.
- Pourquoi on n'a pas pu être de la fête ? protesta pour sa part Hoby.
- Bientôt, sourit Aldéran. Mais, ne râlez pas, ce genre de soirée est barbante au possible !
- Tu es revenu avant le dîner…
- Je n'ai pas faim. Viens, Torko, on sort pour ta dernière promenade du jour !
A son nom, le molosse courut s'abattre aux pieds de son maître, queue battante, grognant de bonheur et quelques minutes plus tard, il galopait de toute sa puissance dans le parc.
35.
Au matin, au Manoir, il n'y avait plus la moindre trace de la soirée qui avait accueilli près de deux cent invités la veille, les surplus de mets fins empaquetés et conditionnés pour des plats individuels qui seraient servis dans les foyers d'accueil de la galactopole-capitale.
A table, affamé, Aldéran avait dévoré pour deux, faisant ainsi concurrence à Delly !
Dans son bureau, Dankest leva un regard surpris au cadet de ses petits-fils qu'il venait d'entretenir de ses derniers soucis vu qu'il n'avait pu dissimuler la préoccupation sur son visage.
- Quoi ? !
- Laisse ces grévistes bloquer les entrepôts sud, répéta Aldéran. Tu as tout ce qu'il faut aux stocks de Glom pour assurer la production des vaisseaux. Il n'empêche qu'ils ont raison : accorde-leur cette prime aux bénéfices, prévue d'ailleurs par la Loi !
- Aldie !
- Quoi ? Je reçois le Rapport Annuel, je l'étudie, même si je n'avais jamais placé un mot à ce sujet… Là, cependant, bien qu'avec Sky et mes cadets, nous disposions de 51% des parts, chacun de tes Conseils d'Administration relève du bras de fer, avec en sus cette grève actuelle !
- Tu me surprendras toujours… Tu as raison, c'est vrai, au lieu de me braquer contre eux et leurs revendications… Merci, petit ! Où vas-tu ?
- On doit galoper avec Sky !
- Bonne promenade !
En voitures électriques, venus retrouver leurs aînés, Eryane et Hoby avaient rejoint un chalet forestier, près du barbecue, apportant viande, légume et poissons !
En hors-bord, tous les quatre, ils avaient littéralement survolé le lac, Delly prudemment restée sur la berge, chaudement emmitouflée, l'eau lui faisant assez peur.
Et, au volant, Skyrone avait poussé les gaz à fond pour le plus grand plaisir de ses trois cadets !
Au lever, épuisé, la poitrine douloureuse, alors que son cœur ne battait que normalement lui semblait-il, Aldéran s'obligea à passer sous la douche avant de s'habiller et de déguster son café du petit déjeuner, les viennoiseries étant pour plus tard.
