Coucou chers lecteurs,

Merci de vos commentaires, j'espère que vous aimerez ce chapitre! :)

A bientôt et bonne lecture


Chapitre 21 : Au-delà des apparences

Marchant depuis quinze bonnes minutes, je tente de me repérer grâce à la carte du maraudeur qu'Harry m'a généreusement prêtée. Ce n'est pas si facile que ça en a l'air.

Trouvant l'entrée des appartements de Rusard, dont j'ignorais jusqu'à présent l'existence, je frappe à la porte. C'est une vielle porte en bois dont la poignée est à moitié rouillée, aucune barrière magique, aucun mot de passe.

N'importe qui peut entrer. Cela dit qui aurait un quelconque intérêt à venir ici ?

Ayant vérifié la carte, je sais que le concierge n'est pas dans son bureau, il rôde dans les couloirs du quatrième étage.

Presque immédiatement, on entrouvre la porte.

- Qui est-ce ? murmure une voix hésitante.

- Bonjour, je m'appelle Alice Snape. Nous nous sommes croisées l'autre jour.

Aussitôt, la porte s'ouvre plus grande et laisse apparaitre une jeune femme mince au visage pâle. Elle m'observe tout d'abord avec méfiance puis demande :

- La fille du professeur Snape ?

J'acquiesce en souriant, voulant la mettre à l'aise.

- Puis-je vous demander votre nom ?

Mon interlocutrice se raidit instantanément à cette demande et jette nerveusement des coups d'œil aux alentours.

- Lau…ra… Swin…ter, articule-t-elle avec difficulté.

- J'ai entendu dire que vous étiez la nièce de Mr Rusard.

- Oui…

- Avez-vous déjà visité l'école ?

- Pas vraiment.

- Je pourrais vous montrer si vous le souhaitez, propose-je d'un ton avenant.

- Je ne sais pas…

- Vous étiez dans une autre école, laquelle était-ce ?

- Je n'ai pas été à l'école, mes parents m'ont… appris la magie.

Trouvant l'expression un peu étrange, je me demande si elle est vraiment cracmol.

- Que faites-vous ici ?

- Je viens aider mon oncle, répond-t-elle d'un ton étonnamment ferme.

- Pour cela, je pense que vous devriez connaitre tout le château, Mrs Swinter.

- Mon oncle me montrera plus tard.

La jeune femme semble à présent plus sûre d'elle-même et pose ses yeux sur moi, d'une façon qui ne me plait pas beaucoup.

- Quel âge as-tu ?

- Onze ans, depuis hier, certifie-je fièrement.

- Pourquoi viens-tu me voir ?

Il va falloir jouer subtilement…

- Je connais quelqu'un qui vous ressemble beaucoup et j'aimerais savoir si elle est de votre famille. Elle s'appelle Nora, vous la connaissez ?

La nièce de Mr Rusard se met à pâlir subitement, ses yeux s'agrandissent d'étonnement et elle se met à trembler imperceptiblement.

Mon propre cœur bat la chamade, mais je fais tout mon possible pour conserver mon calme. Je peux encore me tromper.

- Co… comment dis-tu ? bafouille-t-elle.

- Nora. Elle a une fille nommée Harmonie.

Cette fois-ci, Laura tremble vraiment et doit s'accrocher à la porte pour ne pas tomber, son regard paniqué fixé sur moi.

C'est impossible ! Ça ne peut pas être elle !

Je reste figée de stupéfaction. Pendant un instant, le monde s'arrête autour de moi.

Ça ne peut pas être une coïncidence. Père me dit toujours que les coïncidences n'existent pas.

Voyant l'état de faiblesse extrême de la jeune femme, qui semble sur le point de s'évanouir, je m'approche d'elle et lui touche gentiment le bras.

- C'est moi, maman.

- Harmonie ?

- Oui, dis-je d'une voix douce.

- Tu ne lui ressembles pas.

- J'ai un peu changé, comme toi.

Laura m'observe attentivement, et se détachant lentement de la porte, la referme.

- Viens t'asseoir, articule-t-elle si bas que je me demande si je ne l'ai pas imaginé.

Elle se dirige lentement, toujours tremblante vers un fauteuil, et se laisse tomber dedans comme une vulgaire poupée de chiffon. Ses yeux se ferment et elle reste prostrée une bonne minute avant de les rouvrir.

Avisant un vieux fauteuil mité, je m'y installe et détaille le visage de Laura. Ses cheveux sont plus blonds, sa peau plus pâle, ses yeux plus bleus, mais la ressemblance est incroyable.

En la voyant, je réalise qu'elle m'a manqué.

Pourtant, je ne pensais jamais à elle.

Prise d'un soudain élan, je me précipite sur ma mère et la prend dans mes bras.

La jeune femme se met à pleurer et me serre fort contre elle.

- Après cet affreux accident de voiture, tu es tombée dans un coma profond. Si tu savais comme j'étais inquiète.

- Je sais, je suis désolée…

En réalité, pas vraiment, mais c'est la chose à dire n'est-ce pas ?

- Les médecins ont dit que tu ne te réveillerais jamais.

- Ce qui est sûrement vrai car je compte rester ici.

- C'est cela dont tu m'avais parlé ?

Fronçant les sourcils, je me rappelle qu'après mon retour j'avais conté une partie de mon aventure à ma mère.

- Tu ne me croyais pas, dis-je d'un ton cassant.

- Tu dois admettre que c'était une drôle d'histoire.

- Et alors ? J'étais ta fille !

Laura semble prise de court par ma réplique et je lis dans ses yeux que je viens de la blesser.

- Dans ce monde, je ne suis pas ton enfant.

Des larmes coulent à nouveau sur ses joues et elle détourne ses yeux de moi.

Exactement comme dans l'autre monde, faible…

- Cela fait combien de temps que tu es arrivée ?

- Quelques jours…, murmure-t-elle.

- Comment ?

- Je ne sais pas….

Mary m'a dit que les voyages inter-mondes accidentels étaient très rares. Ce serait-elle trompée ? Non, elle a trop d'expérience pour cela. Et la coïncidence est trop grande, quelqu'un de ma famille, dans le même monde… C'est impossible. Et Nora aurait-elle voulu changer de monde ? Très peu probable.

- Il y a quelqu'un qui pourrait répondre à cette question, c'est elle qui m'a fait revenir grâce à…

Je m'arrête brusquement de parler en pensant à une éventualité.

La potion ! Qu'est-ce que j'en ai fait ?

- Est-ce que tu as bu dans une bouteille que j'avais posée sur la table de la cuisine ? m'écrie-je.

Elle me dévisage avec incrédulité.

- Je ne me rappelle pas, Har… Alice…

- C'est important ! Essaie de te souvenir !

Après un instant de réflexion, elle balbutie quelques mots :

- Je… je crois… j'ai fait du… café avec… une… une…

- Une quoi ?

- Une bouteille d'eau… qui trainait sur la table.

Par Merlin, c'est de ma faute si Nora se retrouve dans ce monde !

- Ce n'était pas de l'eau mais une potion que Madame Collins m'avait donnée.

- Oh, fait-elle d'un air perdu.

Je retourne m'asseoir dans le fauteuil mité et m'enfonce dedans.

Est-ce une bonne chose ou une mauvaise ? Je ne veux pas retourner dans l'autre monde, je ne veux plus rien avoir à y faire. Et je ne veux personne pour me le rappeler !

- Tu vas repartir aussi vite que possible, je vais demander à Madame Collins de te préparer une potion.

Un long silence s'établit dans la pièce.

- Madame Collins, l'assistante bibliothécaire ? demande Laura en hésitant.

- Oui, c'est une voyageuse inter-monde, elle sait comment faire.

- Je ne veux pas voir à nouveau ton corps sans vie…

- Ça m'est bien égal, je reste ici pour toujours et toi, tu repars !

- Alice… j'ai moi aussi une vie ici. Argus m'a accueillie, il est ma famille.

- Tu plaisantes.

Qui voudrait d'un vieillard sénile comme Rusard dans sa famille ?

- Non, j'ai des souvenirs.

- Je m'en fiche.

Laura se remet à pleurer silencieusement.

Elle n'arrête jamais !

- S'il-te-plait, revenons ensemble dans notre monde.

- Mon monde est ici et je ne veux pas de toi dans ma vie ! m'écrie-je méchamment.

Je me lève brusquement avec l'intention de partir, pour aller voir Mary tout de suite.

- Alice, ne pars pas…

Je regarde la jeune femme se morfondre et malgré ma colère, je n'aime pas la voir dans cet état.

Ce monde n'est pas fait pour elle, elle doit retourner dans l'autre monde pour son bien…

- Je t'aime, déclare Laura, désespérée alors que je m'apprête à ouvrir la porte.

Si tu m'aimais vraiment, tu n'aurais pas passé toutes ces soirées à boire. Tu n'aurais jamais été avec Daniel. Tu l'aurais empêché de faire partie de notre vie, tu ne l'aurais pas laissé me faire du mal…

Lui lançant un regard noir, je lui en veux soudain pour toutes ces choses auxquelles je ne veux plus penser.

- Je m'en fous, dis-je avant de sortir, sans attendre une quelconque réponse.

Mes pas résonnent furieusement dans les couloirs déserts.

Dans un premier temps j'envisage d'aller parler à Mary, mais après un moment je réalise que je suis bien trop énervée.

D'un autre coté quand aurais-je le temps sinon maintenant ?

Je ralentis mon allure pour finalement me diriger vers la bibliothèque. Seulement, j'ai beau chercher la nouvelle assistante partout, je ne la trouve pas.

Repérant Madame Pince occupée à ranger des livres, je l'interpelle.

- Puis-je savoir où est Mrs Collins ?

- Elle est en vacances, jeune fille.

- Où ça ?

- Ce ne sont pas mes affaires, et ce ne sont pas les tiennes non plus, réplique-t-elle d'un ton sec.

- En tout cas, ça vous ferait du bien d'en prendre à vous des vacances, vieille pie ! m'écrie-je sans réfléchir, avant de m'en aller dans la direction opposée.

Choquée, la bibliothécaire reste sans voix une fraction de seconde avant de me hurler, car je suis déjà loin, que mon père en entendra parler.

C'est ça…

Descendant les escaliers d'un pas rapide pour me rendre aux cachots, je fulmine.

En vacances ? Depuis quand elle prend des vacances ? Pourquoi elle ne me l'a pas dit ! En plus elle m'avait promis un cadeau d'anniversaire ! Et pourquoi elle n'est pas là quand j'ai besoin d'elle ?

Ouvrant la porte des appartements de mon père à grand bruit, j'ai dans l'idée d'aller ruminer en paix dans ma chambre, quand je vois celui-ci planté au milieu du salon.

- Où étais-tu ? demande-t-il d'un ton glacial.

Oh non, il ne manquait plus que ça…

- A la bibliothèque.

Ce n'est pas vraiment un mensonge.

Voulant éviter le conflit, je prends la direction de ma chambre. Cependant je n'ai pas fait quelques pas que Severus m'attrape le bras et m'oblige à le regarder.

- Rappelle-moi les règles.

Je me retiens de frapper du pied par terre, difficilement.

- Alice, gronde-t-il.

- Pendant les vacances, je dois vous prévenir quand je vais quelque part.

- Pourquoi ne l'as-tu pas fait ?

- Vous n'auriez pas voulu.

- Que ce soit le cas ou non, cela ne te donne pas le droit de désobéir.

- Mais, je…

- Cesse de répondre.

Je jette un regard noir à mon père, qui n'a pas l'air d'apprécier du tout.

- Tu vas venir copier le premier chapitre de ton livre d'histoire de la magie dans mon bureau pendant que je termine ce que…

- Non.

- Je te demande pardon ? s'écrie Severus.

- Non, répète-je.

Bien que sachant que garder cette attitude n'est pas la meilleure chose à faire, je ne peux pas m'en empêcher.

- Très bien, tu as décidé de me tester aujourd'hui…

Il m'entraîne un peu brusquement dans son bureau et referme la porte violemment.

- Enlève ta cape, ordonne-t-il en me lâchant.

Obéissant sans réellement réfléchir, puisque je l'aurais fait de toute façon, les cachots étant chauffés, je détache l'attache en argent et sens dans une de mes poches la carte du maraudeur.

J'ai failli l'oublier !

Prenant soin de replier ma cape d'hiver de façon à la cacher, je la dépose sur une chaise et observe mon père qui a sorti sa baguette.

Il a déplacé une petite table sur laquelle sont posé deux gros bocaux en verre ainsi qu'un tas de mollusques baignant dans un liquide jaunâtre.

- Tu vas collecter la bave de ces veracrasses, énonce-t-il en réduisant la taille de la table jusqu'à ce qu'elle atteigne à peine cinquante centimètres de hauteur.

Qu'est-ce qu'il fait ?

Je grimace devant l'aspect des vers, n'ayant aucune envie de plonger mes mains dans ce gluant mélange.

- Avance-toi, exige Severus en désignant la table.

- Je ne veux pas faire ça, dis-je d'un ton boudeur en croisant les bras sur ma poitrine.

Sans répondre, mon père me pousse jusqu'à la petite table, qui m'arrive à la taille.

- Mets-toi à genoux.

Hein ?

- Dépêche-toi !

Alternant mon regard entre les veracrasses et mon père, j'hésite un peu. Je n'ai aucune envie de rester plantée là à récolter de la bave ! En revanche, lancer une poignée de ces limaces sur le maître des potions me tente beaucoup plus.

Non, je ne suis pas suicidaire non plus…

Avant que j'aie pu me décider à obéir, mon père se tourne vers son bureau, qui est juste à côté, et en ouvre le deuxième tiroir.

Oh oh…

Refoulant tout-à-coup toute rébellion, je descends sur mes genoux. La pierre tiède est dure sur ma peau, qui malheureusement n'est pas protégée par le tissu de ma robe qui m'arrive au-dessus du genou.

Je regarde avec appréhension Severus sortir sa maudite canne et s'avancer vers moi.

- Tiens, on est plus obéissante maintenant ? raille-t-il.

N'osant pas répondre, je prends un veracrasse dans ma main et le presse au-dessus de l'un des bocaux vides.

- Bien. Applique-toi, je ne veux pas voir de bave ailleurs que dans ce bocal, c'est compris ?

- Oui, père.

Il s'assoit à son bureau, qui jouxte la table sur laquelle je travaille et après s'être assuré que j'effectue correctement la tâche, entreprend d'étudier des parchemins éparpillés devant lui.

Après une dizaine de veracrasse, je comprends mieux la punition. Rester à genoux par terre est extrêmement inconfortable.

Je tente de bouger un peu mais je me rends vite compte que cela rend la tâche plus ardue, mieux vaut rester immobile.

J'en ai marre de ces veracrasses !

Mes mains sont imbibées de bave et mes doigts deviennent collants.

- Continue, ordonne mon père, voyant que je me suis arrêtée.

Soupirant bruyamment, ce qui me vaut un regard menaçant, je reprends ma besogne à contrecœur.

Après un laps de temps qui me parait une éternité, je commence à avoir mal aux genoux. Je jette un coup d'œil vers mon père qui est occupé à lire ses parchemins.

Discrètement, j'essaie de m'asseoir pour soulager un peu mes genoux mais le mouvement est douloureux.

Juste une minute…

Parvenant enfin à me mettre en position assise, je me sens bien plus à l'aise.

Néanmoins, Severus qui comme à son habitude remarque tout, s'empare de sa canne et faisant un pas vers moi, me relève brusquement.

J'entends la canne siffler dans l'air et la sens cingler mes fesses avec une rapidité fulgurante.

L'association de mes genoux douloureux bougés soudainement de cette façon et de la canne, me font presque monter les larmes aux yeux.

- Je ne t'ai pas autorisée à t'asseoir, si tu recommences ce sera deux coups. C'est clair ?

- Oui, père.

C'était vraiment une mauvaise idée.

Les minutes se passent et j'ai de plus en plus mal aux genoux. Sans parler des veracrasses dont j'ai à présent une sainte horreur. Heureusement, le bocal est bientôt rempli.

- S'il-vous-plaît, père…

Je lui lance un regard suppliant mais il ne daigne même pas lever les yeux vers moi.

- Père…

- Qu'y a-t-il ?

- J'ai mal.

- Tant mieux, tu y réfléchiras à deux fois la prochaine fois que tu voudras être aussi désobéissante et insolente que tout à l'heure.

- Je vous demande pardon, père.

Cette fois, Severus croise mon regard et doit lire la sincérité dans mes yeux car il hoche la tête.

- Fais-en encore cinq et tu pourras t'arrêter.

- Merci, père.

Finissant le travail aussi vite que possible, je referme le bocal plein et m'appuie sur mes coudes pour me relever.

Aie…

Voyant ma difficulté, mon père s'approche de moi et me soulève avant de me remettre sur mes pieds.

Puis, mettant sa main sous mon menton, il me relève la tête.

- Je ne veux pas que tu ailles quelque part sans ma permission. En ce moment le château est vide, s'il t'arrivait quelque chose, personne ne serait là pour t'aider. Je veux savoir où tu es à tout moment. Demain quand nous partirons à Spinner's End, ce sera la même consigne. Tu ne devras pas quitter la maison sans mon autorisation préalable. Si tu me désobéis sur ce point, tu seras sévèrement punie, Alice. Est-ce que tu as compris ?

- Oui, père.

- Bien. Un paquet est arrivé pour toi tout à l'heure.

Il se retourne pour fouiller dans son bureau et en sort un petit paquet emballé dans du papier craft.

- Il me semble que cela vienne de Mrs Collins.

- Vraiment ? demandé-je, soudainement excitée.

- Va ouvrir ça dans ta chambre et vérifie donc que Potter est toujours en vie.

Je lui lance un regard amusé et après avoir pris ma cape d'hiver, je file vers ma chambre en courant à moitié.

Mes genoux sont un peu sensibles mais ce n'est pas gênant.

En arrivant au salon, je m'aperçois avec surprise que le survivant s'est endormi sur le canapé.

Sa position est assez rigolote et je pouffe de rire avant de sauter sur mon lit et d'ouvrir le paquet.

Il contient une sorte de livre à la reliure dorée. Celui-ci n'a aucun titre, alors je l'ouvre à la première page et y trouve une note glissée à l'intérieur.

Alice,

Pardonne-moi de ne pas t'avoir offert ceci le jour de ton anniversaire, mais j'ai mis plus de temps que je ne l'aurais cru à le créer. Je ne suis encore que peu habituée à la magie de ce monde.

Ce livre est très spécial, il te permet de communiquer avec moi quand tu le désires. Pour cela, il te suffit d'écrire dedans. J'en ai créée un pour moi également de manière à pouvoir te répondre.

Quand le livre sera entièrement rempli, je t'en créerais un autre.

N'aie pas peur que quelqu'un le découvre, seuls les voyageurs inter-mondes peuvent lire ce qui y est écrit. Aux yeux d'autres personnes, il apparaitra comme un simple roman moldu (les Fables de Jean de La Fontaine). Néanmoins, assure-toi d'être seule lorsque tu écris dedans.

Mary

Emerveillée par ce présent, je le contemple sous tous les angles et relis la note trois fois.

Waouh ! Génial !

Ayant envie de l'essayer immédiatement, je cherche une plume et un encrier, et m'installe confortablement à plat ventre sur le tapis de ma chambre.

Bonjour Mary, c'est Alice.

Je m'arrête d'écrire et attends que Mrs Collins me réponde. Cependant, rien ne s'écrit et après une minute je décide de continuer à écrire.

Merci pour ce livre, c'est un très beau cadeau. J'espère que vous allez bien, Madame Pince m'a dit que vous étiez en vacances.

Aujourd'hui, j'ai découvert quelque chose… S'il-vous-plaît ne soyez pas fâchée.

Voyez-vous la nièce de Mr Rusard est arrivée récemment, je suppose que vous en avez entendu parler. Je l'ai vu l'autre jour et elle ressemble beaucoup à ma mère Nora, vous savez ma mère de l'autre monde. Je lui ai parlé aujourd'hui et… en fait…

Vous vous rappelez la potion que vous m'avez donnée ? Celle qui était dans une bouteille et que vous m'aviez fait croire que c'était une solution pour les courbatures.

Je n'avais pas tout bu et… en fait j'ai laissé la bouteille dans la cuisine. Ma mère en a pris pour se faire du café en croyant que c'était de l'eau et… vous devinez la suite.

S'il-vous-plaît Mary, il faut que vous m'aidiez à la faire repartir dans l'autre monde. Vous pourriez fabriquer une potion ?

Je repose ma plume en espérant que Mary réponde vite.

En vérité je n'ai pas à attendre longtemps car moins de trente secondes plus tard, une écriture fine et rapide s'étale sur une nouvelle page.

Petite sotte ! Comment as-tu pu laisser traîner la préparation que je t'avais confiée ! Quand on effectue des voyages inter-mondes, il faut être extrêmement prudent. Il ne faut rien, absolument rien laisser au hasard ! A cause de toi, une personne qui n'aurait jamais dû voyager l'a fait ! Est-ce que tu te rends compte des dommages que cela pourrait causer ?

Horrifiée par cette réponse, je m'empresse d'écrire à la suite.

Je suis désolée, je ne voulais pas… mais en même temps vous ne m'aviez pas dit ce que c'était, comment pouvais-je savoir ?

Cette fois encore la fine écriture ne tarde pas à répondre.

Je t'avais mise en garde de ne l'utiliser que pour toi. Crois-moi tu as de la chance de ne pas être en face de moi en ce moment. Je suis très déçue Alice.

Un peu touchée par ces mots, je ne sais pas quoi répondre.

Que peut-on faire ? Pouvez-vous préparer une potion ?

J'espère de toutes mes forces que la réponse sera positive, quand je la vois s'afficher petit à petit.

Ce n'est pas aussi simple. Une potion de voyage entre les mondes requiert certaines dispositions particulières très complexes. De plus, je ne connais pas encore très bien ce monde, j'ignore comment en préparer.

Je soupire et reprend ma plume.

Quand pourrez-vous en faire une ?

La réponse ne vient pas instantanément, ce qui me frustre énormément.

Pas avant plusieurs années.

Fixant chaque lettre, je reste pétrifiée. Agacée de ne pas obtenir ce que je veux tout de suite, je referme le livre d'un coup sec et l'envoie valser sous mon lit.

Enervée, j'ai envie de passer mes nerfs sur quelque chose, malheureusement il n'y a rien qui puisse faire l'affaire dans ma chambre.

Je sors en essayant de me calmer et remarque le Gryffondor qui est toujours endormi sur le sofa.

Souriant machiavéliquement, je me dis que j'ai trouvé une distraction.

Je sors ma baguette et m'approche de lui, murmurant un aguamenti.

Aussitôt, une quantité d'eau équivalente à un seau se déverse de nulle part sur le visage du survivant, qui se réveille en sursaut.

Sans pouvoir me retenir, j'éclate de rire devant son air hagard.

Harry, après avoir retrouvé ses esprits me dévisage avec incrédulité.

- T'es folle ou quoi ?

- Et toi tu n'es pas drôle.

A ma grande surprise, le Gryffondor se met soudainement à trembler, de rage à ce qu'il semble, en serrant les poings.

- Qu'est-ce que tu veux à la fin ? s'écrie-t-il.

- C'était juste une blague, dis-je finalement en haussant les épaules.

- Moi ça ne me fait pas rire ! hurle Harry.

Ebahie par cette réaction démesurée, je le regarde se lever et m'empoigner avec force.

- Lâche-moi ! m'écrie-je.

Voyant que le garçon n'a pas l'intention de me libérer, je lui donne quelques coups de pieds bien placés, qui le font lâcher mais l'énervent encore davantage.

- Les Serpentards, tous les mêmes ! continue le survivant d'un ton qui ne lui ressemble pas.

C'est alors que je comprends mieux la situation. Harry est en pleine crise de manque.

Le voyant se précipiter de nouveau vers moi, je m'enfuis en direction du bureau de mon père, mais le Gryffondor est trop rapide et me rattrape en me tombant dessus, ce qui nous fait basculer tous les deux par terre.

Je me débats comme je peux et crie en sentant le survivant me tordre le bras. Aussitôt, je décide de contrattaquer en lui donnant de violents coups de pieds, ce qui l'enrage au lieu de le calmer.

En désespoir de cause, je lui mors le bras, mais cela ne le fait toujours pas lâcher.

Il est devenu fou !

Alerté par le bruit, Severus entre dans le salon en catastrophe et nous voit nous battre par terre.

- Que se passe-t-il ici ? POTTER ! Arrêtez ça tout de suite !

Voyant que le Gryffondor n'a aucune intention de cesser notre lutte, mon père sort sa baguette et la pointe sur Harry qui lâche immédiatement sa prise sur moi.

Le maitre des potions agrippe fermement le survivant qui semble à présent un peu dans le gaz.

Je me relève difficilement en massant mon bras endolori.

- Que s'est-il passé ? demande-t-il en se tournant vers moi, l'air sévère.

- C'est… c'est lui qui a commencé, père.

- Je ne veux pas le savoir. Pourquoi étiez-vous en train de vous battre comme des moldus à l'instant ?

- Il… il a fait une crise, père. Il s'est énervé tout d'un coup et s'est jeté sur moi !

- Ne va pas me faire croire qu'une crise d'une telle ampleur n'a pas été provoquée. Que lui as-tu fait ?

- Rien, dis-je en boudant.

- Ne me mens pas, Alice.

- Je… je l'ai juste réveillé.

A ce moment, le survivant émet des grognements inaudibles, le regard dans le vague. Mon père le regarde d'un air désapprobateur.

- Je vais m'occuper de lui d'abord. En attendant, tu vas aller réfléchir à ton comportement au coin, m'ordonne-t-il.

- Mais père, ce n'est pas moi qui…

Pour toute réponse, mon père claque ses doigts en direction du mur opposé et je me résigne à obéir.

Je déteste quand il fait ça !

Traînant les pieds jusqu'à l'intersection du mur, j'entends mon père emmener Harry dans la pièce d'à côté. J'essaye d'écouter ce qui se passe, mais je n'entends rien du tout.

Ce n'est pas juste, je n'ai presque rien fait…

Mon bras me fait un peu mal et je le serre contre moi, mais ça ne soulage pas. Dans ma chute, je me suis écorchée les mains et les jambes et ça commence à me piquer légèrement.

Après quelques minutes à fulminer contre le Gryffondor, je me calme finalement et appuie mon front contre la pierre.

J'ai du mal à rester debout ainsi sans rien faire, à fixer le mur.

Repensant à Laura, je m'en veux un petit peu et me rend compte que j'ai été méchante avec elle.

J'ai toujours été comme ça dans l'autre monde, je ne vois pas où est le problème.

Une autre partie de moi-même n'est pas d'accord avec cette pensée, et je comprends que le caractère d'Harmonie influence de temps en temps sur mes réactions.

Le temps me parait interminable. Je n'entends toujours aucun bruit et commence à me demander si un sortilège de silence n'a pas été jeté, quand des pas résonnent enfin et la voix de mon père m'appelle.

Je me retourne et m'avance timidement vers lui.

Celui-ci me détaille de la tête aux pieds et m'emmène jusqu'au canapé.

- Assieds-toi, ordonne-t-il en sortant un pot en céramique.

J'obéis et le regarde ouvrir le pot qui contient un onguent épais.

- Allonge tes jambes.

- Où est Harry ?

- Il se repose, répond Severus en étalant l'onguent sur mes égratignures. As-tu réfléchis ?

- Oui, je suis désolée de l'avoir réveillé mais ce n'est pas ma faute si on s'est battu.

Mon père soupire et examine le bras que je tiens contre ma poitrine.

- C'est seulement musculaire, affirme-t-il en se mettant à masser mon bras. Est-ce que tu as mal ailleurs ?

- Non, père.

- Bien, va commencer ta valise, demain matin nous partirons tôt. Je te rejoins tout à l'heure.

- Je sais faire toute seule, père.

Mon ton boudeur fait sourire le maitre des potions et il m'embrasse le front avant de me pousser gentiment vers ma chambre.


Assise en tailleur sur mon lit, j'observe avec minutie la jolie baguette que j'ai trouvée la veille dans les appartements du professeur Lupin. Elle est mince, faite d'un bois sombre, et le serpent qui s'enroule autour parait presque vivant tant je peux sentir la magie qui circule à l'intérieur.

Entre mes doigts, elle a l'air si puissante.

La porte de ma chambre s'ouvre brusquement et je me dépêche de fourrer la baguette sous mon oreiller.

Mon père entre dans la pièce et me regarde en haussant un sourcil interrogateur.

- Où sont tes affaires ?

- J'ai commencé, dis-je en désignant une pile de vêtements sur une chaise.

- C'est tout ce que tu as fait ? demande-t-il incrédule.

Je hausse les épaules en réponse et Severus lève les yeux au ciel avant d'entreprendre de vider mon armoire.

- As-tu pris des pyjamas ?

- La plupart sont dans mon dortoir. Mais ils sont trop petits, père.

- Nous irons chez Madame Guipure pendant les vacances, j'ai l'impression que beaucoup de tes vêtements ne sont plus à ta taille de toute façon. Et tes sous-vêtements ?

Je sens mes joues rougir tout à coup sous le regard perçant de mon père, qui lui n'a pas l'air gêné du tout par la question.

- Il m'en faudrait d'autres aussi, père…

- Très bien. Où est ton bonnet de l'année dernière ?

Ah non, pas cette horreur !

Je hausse les épaules d'un air détaché, qui ne trompe néanmoins pas le maitre des potions.

- Alice, où est ton bonnet ?

- Je ne sais pas, il est perdu.

- Tu sais très bien qu'il fait aussi froid dans le nord de l'Angleterre qu'ici. Et si je suis parfaitement au courant que ce mois-ci tu ne l'as pas mis une seule fois, il n'en sera pas de même dans le monde moldu où tu n'auras pas tes vêtements habituels qui te protègent magiquement du froid.

- Je pourrais en avoir un nouveau, père s'il-vous-plaît ?

- Celui que tu as déjà convient très bien, je ne vois pas pourquoi il t'en faudrait un autre. Ah, le voilà !

Je soupire en voyant mon père sortir un affreux bonnet gris de l'un de mes tiroirs.

M'en fiche, je le mettrai pas !

Il a fait plusieurs piles de vêtements sur mon lit et semble à présent chercher quelque chose pour les mettre dedans.

- Tu n'avais pas un sac il y a deux ans ?

- Je l'ai laissé au manoir Selwyn.

- Oui, c'est vrai que là-bas il est très utile, ironise Severus.

Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas passé de vacances ailleurs qu'ici… Seulement j'aurais préféré une autre destination que Spinner's End.

- Je vais chercher ta malle, annonce mon père après des recherches infructueuses.

Amusée, je me retiens de pouffer de rire devant son air agacé.

On n'est vraiment pas équipé dans cette famille…

En l'attendant, je commence à rassembler mes affaires et décide d'emmener tous mes cadeaux d'anniversaire. Je balance la petite licorne que Savannah m'a offerte devant mes yeux, lui faisant faire d'incessants allers-retours.

Finalement, je la pose sur la pile avec le reste de mes cadeaux. Puis, jetant un regard vers la porte, je passe discrètement ma main sous l'oreiller où j'ai caché la baguette.

Dois-je la prendre avec moi ou non ?

Une partie de moi me dit de la laisser ici, voire même de la donner à père et une autre…

Emmène-moi, petite.

Aussitôt je lâche la baguette, effrayée. Je n'aime pas cette voix, elle est comme maléfique.

N'aie pas peur de moi, je suis ton amie.

Méfiante, je la prends à nouveau dans ma main et décide de la cacher pour le moment sous mon matelas.

C'est alors que mon pied droit heurte un objet dur sous mon lit et je me baisse pour voir de quoi il s'agit.

Le livre de Mrs Collins.

Curieuse de voir si elle a continué à écrire depuis la dernière fois, je l'ouvre à la troisième page.

Mais, je découvre vite que la vieille dame n'a rien ajouté à notre conversation. Peut-être a-t-elle senti que je n'écrirais plus avant un moment.

J'hésite à prendre une plume mais je ne suis pas prête pour d'autres réponses.

Plus tard…

A ce moment, mon père revient dans la chambre, faisant léviter ma malle et la dépose sur le tapis dans un bruit lourd.

- Range tes vêtements et tout ce que tu veux emmener dedans. S'il est nécessaire de l'agrandir, préviens-moi.

- Oui, père.

- Nous dinerons dans un moment et tu iras t'excuser auprès de Mr Potter.

- Quoi ? m'exclamé-je avec effarement.

- Tu as provoqué sa crise, il est bien normal que tu partages ta part de responsabilité.

- Mais…

- Je ne veux pas entendre de protestations, prévient mon père d'un ton menaçant.

Pourquoi c'est moi qui devrait m'excuser ?

- Et lui alors ?

- Mr Potter s'excusera également.

Après un instant d'hésitation, je hoche la tête et entreprends de ranger mes affaires dans ma malle.

Le maitre des potions m'observe faire un instant, puis pose une main sur mon épaule.

Je tourne la tête vers lui, surprise.

- Viens t'asseoir, j'aimerais que nous parlions, dit-il sérieusement.

Son ton me met mal-à-l'aise, mais j'essaie de ne pas le montrer.

Qu'est-ce que j'ai fait ?

Alors que nous nous asseyons sur mon lit, mon père semble considérer la façon d'aborder le sujet dont il veut parler.

- J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit l'autre jour.

Il fait une pause et je le regarde d'un air interrogateur.

- Concernant Peter Pettigrew et Sirius Black.

Oh, ce sujet-là…

- Es-tu sûre de ce que tu m'as dit Alice ?

- Oui, père.

- Tu ne m'as pas raconté de mensonges ?

- Non, dis-je un peu insolemment, vexée qu'il puisse penser ça.

Il me lance un regard d'avertissement et je reprends plus poliment.

- Non, père.

- Bien, car cela implique que Sirius Black serait innocent d'avoir tué Pettigrew. Enfin, jusqu'à il y a peu selon tes dires.

- Il est innocent de tout ce dont on l'a accusé, père.

- Comment le sais-tu ?

Pourquoi j'ai lâché ça comme ça moi ?

- Je le sais, comme une intuition.

Beau rattrapage.

- Hum, fait pensivement mon père. As-tu eu de nouvelles visions ?

Je secoue la tête négativement.

- N'oublie pas de venir m'en parler si cela arrive.

- Oui, père.

Je suis bien embêtée que le cours de l'Histoire que je connais ne soit pas le même qu'ici. Le professeur Lupin n'était pas sensé attaquer Harry ni quitter l'école aussi tôt dans l'année. Sans parler du survivant allant passer ses vacances chez le maitre des potions.

Est-ce moi qui ai provoqué tout cela ?


A l'heure du diner, je retrouve mon père et Harry dans le salon. Je regarde celui-ci d'un air méprisant, ce qui semble l'embarrasser.

Je ne vais pas lui pardonner si facilement de m'avoir attaquée comme ça.

Mon père me jette un regard significatif et je m'avance vers le Gryffondor. En réalité, il n'est même pas plus grand que moi.

Enfin, juste un peu.

En revanche, il est encore plus maigre que je ne le suis.

Inspirant profondément, je m'adresse à lui en essayant de paraître la plus sincère possible

- Je suis désolée de t'avoir réveillé en te lançant de l'eau. C'était méchant et stupide, je ne le ferais plus.

Harry m'observe tout d'abord sans rien dire, doutant peut-être de ma franchise.

- Je m'excuse aussi, dit-il. Ma réaction était excessive, j'aurais dû essayer de me calmer au lieu de me jeter sur toi sans réfléchir. Pardon si je t'ai blessée…

Puis, hésitant, il me tend sa main en signe de réconciliation.

Cette offre de paix me prend un peu au dépourvu mais après quelques secondes, je consens à lui serrer la main.

Le survivant affiche un sourire soulagé, que je lui rends, sous le regard perplexe mais approbateur de Severus.

Ces vacances ne vont peut-être pas être si mal finalement…