Chapitre 21 - Récit

La mort donne d'excellentes couvertures.

Gibbs, NCIS n°401

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Ils s'installent dans le salon. Tony est le seul à rester debout. Il se tient près de la fenêtre et observe la neige qui tombe à l'extérieur. Il ne sait pas comment il va raconter ce qui lui est arrivé depuis un an. Les autres attendent qu'il parle.

- C'est la première chose que j'ai vu quand j'ai pu mettre le nez dehors, la neige. À ce moment là, je la détestais, elle me rappelait trop l'hôpital.

Il tourne la tête vers ses amis. Ils ont un air un peu perdu.

- Ce jour là, je suis allé voir l'océan. Je ne tenais plus debout, j'ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, j'étais dans une chambre d'hôpital et on était le 4 janvier.

Il reporte son attention vers l'extérieur et se replonge dans ses souvenirs, comme la veille, leur rapportant ce qu'il s'est passé. Puis il passe à la suite.

- Je n'ai rien pu faire, Kort s'était déjà débrouillé pour que l'homme du Fantôme me connaisse. Et à partir du moment où il est entré dans ma chambre, j'ai été pris dans l'engrenage. Il me prenait pour un type ayant ses entrées un peu partout et la personne ayant fait disparaître tout ce que contenait son casier. Il m'était redevable, alors il a décidé de m'inclure dans son monde. Je refusais et j'étais mort. J'ai dû entrer dans son jeu. Et puis, j'avais de la rééducation à faire, des traitements à prendre, j'en ai toujours d'ailleurs, je ne pouvais pas agir comme je voulais. J'étais coincé à l'hosto.

« Lorsque j'ai enfin pu le quitter, je l'ai accompagné et je suis entré dans le réseau. Mais je n'ai jamais pu vous contacter. Toutes mes tentatives ont échoué. Quand ce n'était pas le Fantôme que j'avais sur le dos, c'était la CIA, impossible d'agir. Alors j'ai pris mon mal en patience et j'ai fait ce qu'on attendait de moi. Seulement, il y avait une chose que Kort n'avait absolument pas prévu, c'est que le Fantôme sache la vérité.

« Un jour, il m'a fait venir dans son bureau, c'était la première fois que je le voyais. Il m'a dit qu'il savait qui j'étais en réalité, un agent du NCIS infiltré par la CIA. Il l'avait toujours su et avait laissé faire. Ensuite, eh bien, ce ne sont pas les meilleures semaines que j'ai passé de ma vie. En tous cas, il a fini par m'accorder une chance de lui prouver que j'avais basculé de l'autre côté et que je lui étais loyal. Dès lors, j'ai dû jouer la comédie à tout le monde, à Kort, au Fantôme, à ses hommes, aux uns pour les autres... Ma vie est devenue un cauchemar.

Il soupire.

- Je me suis débrouillé pour que Kort garde toujours un œil sur vous. Il me devait bien ça ! Bref, c'est moi qui suis infiltré chez le Fantôme. C'est pour cette raison que la CIA a bloqué toutes les informations qu'elle avait. Quand Kort s'est rendu compte que vous n'en démordiez pas, il s'est arrangé pour que Fornell découvre la vérité sur Stone. Il pensait que vous abandonneriez après avoir découvert sa disparition. Pour mon plus grand plaisir, il s'est complètement planté ! Quant au Mossad...

« Eli David était le seul en mesure de savoir que j'étais vivant. Ce qui est arrivé quand Vance lui a envoyé les rapports. J'ai dû m'en occuper pour qu'il ne vous révèle rien. Je voulais m'en charger moi-même et puis c'était trop tôt. J'ai tout dit à Ziva le jour de Thanksgiving, du moins je lui ai fait savoir que j'étais vivant. C'est à ma demande qu'elle a compromis la vidéo. Je devais éloigner les soupçons du Fantôme, parce que c'est moi qui ai chargé Eli de l'arrestation de Langa et de la marchandise. C'est également moi qui ai permis à l'OPS d'approcher le réseau, mais j'ai dû tout arrêter, ça devenait dangereux, autant pour eux que pour moi.

« Je suis sur le point de faire tomber le réseau. Ça n'a pas été rien de manipuler tout le monde pour arriver à ce que je voulais, mais c'est bon. C'est pour ça que j'ai décidé de vous dire la vérité. Maintenant, ça ne risque rien. Évidemment, personne ne doit le savoir, surtout pas la CIA, j'ai déjà eu du mal à les écarter, c'est pas pour les avoir sur le dos 24h/24h ! J'ai déjà donné. Enfin, voilà, je crois que je vous ai tout dit. Des questions ?

Il se retourne vers eux. C'est à eux de parler à présent.

- On a vu ton corps ! s'exclame Abby.

- C'était celui à qui je dois mon nouveau cœur. La CIA a de très bons maquilleurs.

- Qui est-ce ?

- Aucune importance. N'insiste pas.

- Ziva savait la vérité, dit Tim, pourquoi ne pas l'avoir dit en même temps qu'à nous ?

- C'est plus compliqué que ce que tu crois. Kort a eu beau faire, le Fantôme également, j'ai réussi à échapper à leur surveillance. Je me suis rendu au cimetière et c'est là que je l'ai vu. À partir de ce moment là, je me suis débrouillé pour la revoir le plus souvent possible. Je ne pouvais pas prendre le risque de faire ça avec une personne de plus. Et puis un jour je lui ai fait croire qu'elle me voyait. Comme ça, je pouvais garder le contact avec vous. C'était égoïste de ma part, je le sais, mais je ne pouvais pas m'en passer.

- J'ai vraiment cru que je devenais folle !

- C'est pour ça que j'ai avancé le jour où je t'ai dit la vérité. Jouer les hallucinations te faisait du mal.

- Tu as fait ça ? s'étonne Abby.

- Je suis aussi passé chez McGee faire la même chose.

- Il a débarqué chez moi pour me parler de mon livre !

- Sérieux ?

- Oui.

- Et pourquoi pas pour moi ?

- Contrairement à eux, toi et les autres n'étaient pas en dépression ! Je savais qu'ils ne poseraient pas de question sur ma présence ou qu'ils se satisferaient de mes explications sans rien vous dire.

- Alors tu m'as laissé une photo de l'album !

- Oui, je n'avais pas d'autres idées. Il ne fallait pas que tu comprennes tout de suite, juste que tu te poses des questions.

- La rose blanche était une bonne idée Anthony.

- Je sais que ce n'était pas le meilleur endroit, mais...

- Ce n'est rien, rassure toi.

- Et toi Gibbs ? reprend la laborantine. Tu n'as pas encore décroché un mot.

L'homme sort la plaque du jeune homme de sa poche et la pose sur la table.

- Tu m'en veux ? demande Tony.

- Non. Je comprends.

- Vraiment ?

- Oui. En revanche, j'ai plusieurs questions.

- Je t'écoute.

- Pourquoi seul le directeur du Mossad pouvait découvrir la vérité ?

- Je crois qu'on voudrait tous comprendre, déclare Ziva.

Tony les rejoint et s'assoit sur une chaise face à eux.

- Ça remonte à l'an dernier, pendant l'enquête sur Stone. Il souhaitait te récupérer, Ziva, alors j'ai passé un marché avec lui. Moi contre toi.

- Tu as fait quoi ?

- J'étais condamné je te rappelle ! C'est un miracle que je m'en sois sorti vivant. Et, à ce moment là, je pensais que j'allais mourir !

Il marque une pause avant d'ancrer son regard dans celui de Ziva et de poursuivre.

- Pendant l'interrogatoire je lui ai passé un coup de fil. Le marché était simple, il faisait ce qu'il voulait de moi et il te laissait tranquille. Je ne lui ai pas caché mon état, c'est ce qui l'a décidé. On s'est donné rendez-vous le lundi soir. Je pensais vraiment qu'il s'amuserait à me faire souffrir, et finalement j'ai réussi à le faire se remettre en question. Alors il m'a relâché, vivant, ou presque. Avant de partir, il m'a laissé un petit souvenir.

Il déboutonne sa chemise et lui montre sa poitrine. Tous peuvent y voir une étoile de David à côté de la grande cicatrice résultat de l'opération de son cœur.

- À cause de la greffe, Kort n'a pas su qu'elle existait, pas avant un moment du moins. C'est pour ça que dans le faux rapport d'autopsie elle n'est pas mentionnée. Quand Vance lui a envoyé les rapports, il l'a découvert. J'ai dû l'appeler pour lui dire de ne rien faire, si ce n'est prévenir le directeur qu'il savait ce qui n'allait pas. Ce fut une charmante conversation, il avait beaucoup de mal à formuler des phrases cohérentes.

Il reboutonne sa chemise.

- Tu as fait ça pour moi ?

- Lui aussi avait du mal à accepter l'idée. Mais oui, je l'ai fait. Pour toi, pour moi, pour nous ou contre lui, je n'en sais rien. Un peu de tout je pense. L'essentiel c'est que tu sois là, peut importe pourquoi.

- Tony !

- N'en parlons plus, ce qui est fait est fait. Parler n'y changera rien.

- Alors parle-nous du Fantôme.

- Qu'est-ce-que tu veux savoir, Gibbs ?

- Pourquoi as-tu permis à l'OPS de l'approcher ?

- Je voulais que le NCIS puisse l'infiltrer, comme ça j'aurais pu vous contacter, vous aiguiller à propos du réseau. Kort a eu pas mal de soupçons, ça n'a pas été simple de le convaincre que ce n'était rien, mais vu ma position j'ai réussi. Et puis il faut dire qu'après avoir été à L.A. il était sur ses gardes. Il s'y est occupé de son affaire, mais il a surtout eu peur que Keelson ait un dossier sur moi. Ce type avait des dossiers sur tout le monde ! Ils ont été détruits, ce qui l'a soulagé.

- Ta position ?

- Vous avez dû apprendre de Lloyd et Vigo que le Fantôme a plusieurs personnes de confiance.

- Ses bras droit.

- Je suis l'un d'eux, Angel.

Il marque une pause.

- Le Fantôme se nomme Pedro Alcazar. Il est veuf et sans enfants, aussi reporte-t-il tout son attachement à son entourage proche, sa sœur et ses neveux ainsi que ses plus proches collaborateurs, c'est à dire moi et Lennoy Mencken alias El Diablo ou Dia. Je suis son petit protégé. Il considère son neveu Pablo inapte à lui succéder, il a raison et je l'ai encouragé dans ce sens. Il ne s'occupe que des basses œuvres. Le problème c'est sa sœur, Christina Twain, la mère de Pablo et Maria. C'est elle qui tire les ficelles, mais il ne s'en rend pas compte. Elle se sert de ses enfants pour accéder au pouvoir. Elle veut placer son fils à la tête du réseau, elle le dirigera à travers lui. C'est une véritable manipulatrice. Sa fille se charge de trouver les proies, la marchandise, une vraie vipère. Elle la suit comme son ombre.

« Les hommes de Pablo se chargent du ménage, il y en a trois, Ted, Miguel et Garceli. Je n'ai pas pu les empêcher de tuer Stinger, mais c'est moi qui ai fait disparaître tout ce qui les incriminerait. Parallèlement, j'ai laissé Kensi et Callen escorter un chargement. Cela m'a permis de me rapprocher d'Alcazar tout en vous éloignant de moi. J'ai gardé toutes les preuves de leurs crimes, vous pourrez les inculpez. Mais la tête du réseau reste intouchable pour l'instant.

- Et c'est là où tu interviens je suppose ? réfléchit Ziva.

- Oui.

- Quel est ton plan ? attaque Gibbs.

- Je ne peux pas vous en parler pour l'instant.

- Pourquoi ? questionne Tim.

- Parce qu'il ne va pas vous plaire.

- DiNozzo ! siffle Jethro.

- Tu peux me menacer de tout ce que tu veux je ne dirais rien. Et pas la peine de penser à Kort, il n'en sait pas plus que vous, même moins. Tout ce qui s'est passé cette nuit doit rester entre nous. Vous ne devez en aucun cas intervenir.

- Alors pourquoi nous avoir parlé du Fantôme ? interroge McGee.

- Vous cherchez ces réponses depuis des mois.

- Pourquoi maintenant ?

- Je l'ai déjà dit, Ziva, parce que maintenant ça ne risque rien.

- Qu'est-ce-que tu veux dire ?

- Je suis libre de mes mouvements. Avant je devais échapper à la surveillance du Fantôme et de la CIA, ce n'est plus le cas.

Le silence s'installe dans la pièce, laissant chacun à ses pensées. Il est rompu par le portable de Tony. Il s'en saisit tout en se levant. Il s'éloigne de quelques mètres pour répondre, l'attention de ses amis sur lui.

- Angel. ... Je sais. … Quand ? … J'arrive.

Il raccroche.

- Je dois y aller.

Il attrape son casque et sa plaque sur la table. Il tend cette dernière à Gibbs.

- Garde-la.

Il commence à partir quand quelqu'un le retient par le bras. Il se retourne.

- Abby !

- Où vas-tu ?

- ...

- Quand est-ce-qu'on te reverra ?

- …

- Tony !

Il la prend dans ses bras alors que les larmes coulent sur ses joues.

- Ça va aller petite sœur. Je te le promets. Et je tiens toujours mes promesses.

- Tony !

- Je t'aime, Abs.

Il se détache d'elle tout en déposant un baiser sur son front.

Il attrape ses clés dans sa poche et gagne la porte. Il leur jette un dernier regard puis son visage devient dur. Sous leurs regards interdits, il redevient l'impavide. Il ouvre la porte et passe dehors. Ils l'entendent démarrer sans réagir.

Abby se retourne vers eux.

- Il a changé.

- La CIA l'a fait changer, rétorque Tim.

- Tout ce qui s'est passé a eu un impact sur lui, corrige Ducky.

- Non, les contredit Ziva, il cache seulement celui qu'il est vraiment.

- Ou qu'il est devenu, termine Jethro.

Ils se concertent sans bruit. Dans tous les cas, il a changé. Et aucun d'eux n'est en mesure de dire si c'est en bien.