La vie est belle. La vie est triste. La vie est joyeuse. La vie est rires et larmes. Elle est amour et haine. Elle nous permet d'être ce que nous sommes. Et elle se vit, tout simplement.
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« La Vie »
Harry se précipita à l'extérieur sans même adresser un seul regard à Charlie et sa mystérieuse compagne. Il courut jusqu'à perde haleine. Il devait retrouver Draco ! Il devait le prendre dans ses bras, et tout irait mieux ! Comme la fois dernière, dans la cuisine. Il savait que c'était stupide. Totalement irrationnel ! Mais il en avait besoin, là, maintenant ! Il devait le retrouver. Il n'était pas dehors. Peut-être avait-il transplané à la maison ? Mais laquelle ? Chez lui ou chez Harry ? Etait-il encore à Poudlard ? Et s'il était encore à Poudlard, où serait-il allé ? Le dortoir des Serpentards ? La Tour d'Astronomie ? La Salle sur Demande ? Où ? Où ? Où ?
Harry paniquait. Son cœur battait la chamade. Sa tension était élevée. Il tournait la tête dans tous les sens, cherchant sans savoir où. Il n'arrivait pas à rester fixe. Il bougeait dans tous les sens. Un pas à droite, un pas à gauche, demi-tour, courir, avancer, reculer… Il respirait vite, ses mouvements étaient saccadés. Il se rongeait les ongles ou laisser ses bras se balancer sans savoir quoi en faire. Ses yeux étaient grands ouverts, cherchant à scanner les environs, tentant de repérer le moindre indice sur la direction à prendre. Une boule se formait dans son ventre. Il paniquait…
Tout à coup, il entendit un sanglot. Il tourna vivement la tête vers une forme au loin, recroquevillée. Harry se précipita vers elle et se jeta sur la neige, à ses côtés. Draco pleurait.
- « Draco… tenta Harry sans savoir vraiment quoi dire.
- Je me suis fait mal à la cheville… »
Harry mit du temps à comprendre. L'information n'atteint pas son cerveau immédiatement. Il était bloqué sur les mots « semi-divinité » et « absence ». Alors une histoire de cheville était loin, très loin… Draco fit un petit sourire qui décoinça les pensées de Harry.
- « Tu es tombé ? lui demanda-t-il.
- Foutus talons… répondit Draco. Je crois que j'ai fait plus que me tordre la cheville… »
Harry lui renvoya un sourire triste, comprenant parfaitement que Draco tentait de dédramatiser les récents évènements. Harry s'installa et prit la jambe de son amour sur ses cuisses. Il massa doucement l'articulation endolorie, provoquant une grimace de douleur au blond.
- « Tu ne t'es pas loupé, remarqua le brun. Je crois que c'est cassé…
- Tu as ta baguette pour me la soigner ?
- Non, elle est dans mon manteau, au dressing. Et toi ?
- Pareil. »
Ils se regardèrent quelques temps. Puis, ils rirent doucement, nerveusement. Harry continua à caresser la longue jambe, fixant Draco. Celui-ci avait les larmes aux yeux, braqués sur sa cheville, un sourire las, les sourcils froncés d'inquiétude. Il finit par lever le visage vers son compagnon, tentant de le rassurer par un visage confiant et joyeux… Mais il ressemblait plus à une grimace. Il inspira alors longuement, tentant de se reprendre. Il avait l'air sur le point de craquer. Harry, lui, attendait un geste, un signe, une parole… Il dévisageait Draco, une mine sérieuse. Il devait être fort. Draco avait toujours été là lors de ses crises de larmes. Et le blond n'avait jamais craqué. C'était le moment de le soutenir. Lui, pleurerait plus tard.
- « C'est déjà arrivé je crois… fit enfin Draco au bout de quelques minutes de massage.
- Quand ? demanda Harry, sachant parfaitement qu'il parlait de son absence.
- Dans le couloir, il y a quelques jours… Tu m'avais demandé quelque chose, mais je n'avais pas entendu. Je ne me souvenais pas m'être arrêté sur mon chemin, et j'étais devenu subitement immobile. Mais de là à penser à une absence… Je croyais que ce n'était rien… Alors je ne voulais pas t'inquiéter…
- Attends… réfléchit Harry. J'étais dans la cuisine et je t'avais demandé où tu avais mis le vinaigre…
- Ah, c'était la bouteille de vinaigre ? Elle est dans le placard sous l'évier, pour que cela soit plus facile à atteindre pour toi. Vu que tu t'en sers souvent…
- Pourquoi as-tu fait croire que tu ne savais pas où elle était ?
- Je ne voulais pas t'inquiéter…
- Tu aurais du me dire que tu n'avais pas entendu.
- Et tu m'aurais cru ? En me voyant, statique, en plein milieu du couloir ? Déjà moi-même, j'avais du mal à me convaincre que ce n'était rien… Alors toi… Je ne voulais pas en rajouter, et voir plus tard…
- Est-ce que c'est arrivé souvent ? demanda Harry, inquiet.
- Je ne m'en rends pas compte, Harry… soupira Draco. Ce soir, si tu ne m'avais rien dit, je n'aurais jamais cru avoir fait un saut dans le temps… Que mon esprit s'est bloqué… Combien de temps cela a duré ?
- Quelques secondes… peut-être une minute… Est-ce que quelqu'un a eu une réaction étrange avec toi ?... Je ne sais pas, par exemple… Blaise. Est-ce qu'à un moment il t'a demandé si tu étais dans la lune, ou secoué une main devant tes yeux…
- Oh ! fit Draco, surpris.
- C'est arrivé ? paniqua Harry, avant de se mettre une claque mentale pour rester calme et soutenir Draco.
- Oui… chuchota Draco, la voix légèrement tremblante, l'air soudain très inquiet.
- Quand ? insista Harry.
- Au début du mois…
- Quoi ? s'exclama Harry. Un mois ?
- C'était juste une fois, je n'ai pas très bien compris ce qui s'est passé. J'ai boudé en disant que Blaise me croit toujours dans la lune, alors que je l'écoute… Mais c'était un argument faux, puisqu'il ne me dit pas ça si souvent… En fait, c'est arrivé juste trois fois depuis plus de dix ans. C'est assez énorme… Donc ce devait être une absence… très légère cependant. Elle n'a pas du être très longue, vu que je ne me suis pas posé de questions comme dans le couloir… n'est-ce pas ? »
Draco tentait d'être rassuré. Il voulait entendre que ce n'était pas bien grave. Il voulait qu'on lui dise que sa dégénérescence serait longue… lui laissant encore au moins un an à vivre. Il ne voulait pas que cela s'accélère. Trois absences en un mois. Ce n'était pas grave, non ? Et puis, elles étaient assez courtes ! Même pas une minute ! Ce n'était pas grave, hein ? Ce n'était pas grave ?
Harry ne savait plus quoi dire, ni quoi faire. Il continua à masser la cheville douloureuse, d'une façon très douce, comme pour le soulager et le rassurer en même temps. Lui aussi voulait espérer. Il voulait lui dire que ce n'était rien. Mais il ne savait pas. Il ne souhaitait pas lui donner de faux espoirs. Seule Hermione pouvait dire quelque chose… Et il n'était pas pressé de savoir. Être dans l'ignorance était horrible, comme ne pas savoir quand la fin arriverait… Mais avoir connaissance d'un réel début de dégénérescence était pire que tout. Harry le redoutait. Il redoutait qu'on lui dise qu'il n'y avait pas d'espoir. Même s'il savait déjà qu'il n'y en avait pas. Cependant, quand Draco n'avait encore aucun symptôme, son apparence mise à part, ils vivaient tous deux dans l'oubli de la maladie… Il se rendait maintenant compte que c'était une mauvaise chose. Le choc de ce début de manifestation était énorme, et aurait pu être moins important s'ils s'étaient rappelé plus souvent le drame futur…
C'était si cruel. Cette semi-divinité était vicieuse. Rien n'était là pour amoindrir leur souffrance. Une apparente bonne santé, et l'ignorance de la durée… Harry avait l'impression de chuter dans un puis duquel il ne pourrait jamais sortir. Il était en train de tomber. Une chute vertigineuse !
- « Nous devrions aller voir Hermione, » fit remarquer Harry.
Draco se contenta de hocher la tête, le cœur serré. Il ne voulait pas savoir, lui non plus. Il avait de hurler, de crier cette injustice. Qu'avait-il fait de si horrible pour mériter une telle torture ? Il n'avait tué personne, et c'était justement à cause de ça qu'il avait cette horreur en lui…
- « Je n'ai jamais tué personne… murmura vaguement Draco en se relevant, aidé de Harry.
- Je sais…, répondit le brun en aidant Draco à marcher vers le château.
- Blaise a toujours tout fait pour m'éviter ça…
- Je sais…
- Tu sais, je l'en remercie vraiment. Je ne lui en voudrais jamais… »
Harry avait perdu le fil… Pourquoi en voudrait-il à Blaise ? Au contraire, il l'avait préservé de la folie de ce Lord débile…
- « Que veux-tu dire ? demanda-t-il finalement.
- Tu ne sais pas ? C'est à cause de ça que j'ai cette maladie.
- Quoi ? Je ne comprends pas…
- Seul un être pur peut approcher un Dragon-Dieu. Un être vierge, avec une âme vierge de tous méfaits… Il n'y avait que des gens comme ça dans l'expédition. C'était pour cette raison que Charlie n'avait pas pu venir : il avait déjà couché avec une fille…
- Attends… s'arrêta subitement de marcher Harry. Tu es en train de me dire que… Si tu as fait parti de l'expédition, que tu as croisé cette… ordure de créature… et que tu es maintenant malade… c'est parce que Blaise t'a sauvegardé ? Que tu n'as jamais tué personne, malgré ton statut de Mangemort, et que tu n'as jamais eu l'envie de coucher avec quelqu'un ? »
Le silence lui répondit. Harry avait envie de s'énerver, de crier, tempêter, piquer une crise, frapper, hurler, pleurer, sangloter, se mettre en colère, s'arracher les cheveux… Ses mains tremblaient. Il eut besoin de prendre plusieurs grandes inspirations pour calmer son esprit confus et les larmes qui menaçaient de monter. Il savait que si ces larmes venaient, il ne pourrait plus se contrôler. Cette nouvelle information l'avait atteint en plein cœur. Il comprenait maintenant pourquoi Draco lui disait ne pas aimer être considéré comme pur : cela ne lui avait attiré que des ennuis… Et c'était un euphémisme. Le surnom d'« ange » lui parut tout à coup très cruel. Draco devait le recevoir comme une insulte. Si seulement… Si seulement Blaise n'avait pas tant protégé ses amis. Si seulement Draco avait plus été porté sur le sexe… Si seulement il n'était pas devenu chercheur à Moscou… Si seulement il n'avait pas été si talentueux dans son métier pour avoir été embarqué dans cette expédition devenue cauchemar…
Harry avait l'impression de devenir fou. Tout ! Tout s'était ligué contre eux ! Il avait l'impression de se battre contre le monde entier, contre la nature, contre les humains et les animaux. Contre les sentiments aussi, qui le submergeaient. Qui l'inondaient. Qui le noyaient. Il avait la sensation de suffoquer lentement, mais sûrement. Il sentait qu'il ne s'en sortirait jamais. Qu'il se battait contre le vide, le néant, le destin… contre une force au dessus de tout. Et c'était vrai. Il avait beau se débattre, il ne s'en sortirait jamais. Il mourrait à petit feu. Il allait mourir en même temps que Draco. Il le sentait, comme un constat. Une évidence. Il l'avait déjà pressentit, mais à présent, c'était clair, limpide. Tellement évident.
Ils reprirent lentement le chemin vers la gigantesque porte de Poudlard. En silence. Que pouvaient-ils dire de plus ? Harry était dans un état second. Son seul espoir résidait en Hermione et les chercheurs russes. C'était une course contre la montre. Le compte-à-rebours avait commencé.
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Ils étaient au centre médical de Saint-Mangouste. Hermione les avait attendu dans le hall, leurs manteaux sur le bras, et ils étaient partis immédiatement, sans même dire au revoir. Ils n'en auraient pas eu le courage, de toute façon. Comment auraient-ils fait, devant une foule de convives, leurs yeux rivés sur eux ? Ils étaient déjà mal, pas la peine d'en rajouter. Hermione avait soigné la cheville de Draco d'un coup de baguette, sans même poser de question en le voyant boiter. Et ils étaient partis, séance tenante.
Harry attendait dans le couloir blanc. La peur au ventre, la poitrine douloureusement comprimée. Assis, sa jambe faisait des soubresauts incontrôlables. Ses doigts étaient crispés sur ses genoux. Sa gorge était sèche, et il déglutissait sans cesse. Il avait envie de pleurer, de crier, mais rien de venait. Il ne se retenait même pas, non. Son corps était en pause. Il attendait. Et le verdict tardait à arriver.
- « Harry ! »
Des têtes rousses arrivaient en courant. Harry avait du mal à réagir. Il mit quelques secondes avant de comprendre ce qu'il se passait, et qui étaient ces gens. Ron, Georges, Ginny, Cho, Luna, Blaise, Neville, Pansy, Théo, Seamus et Dean arrivaient en courant. Le personnel soignant les regardait avec un air réprobateurs, mais n'eurent pas le temps de leur signaler qu'ils étaient dans un hôpital et non sur un terrain de sport ! Harry ne se leva même pas quand ils arrivèrent devant lui.
- « Il est encore dedans ? » demanda Blaise, l'air paniqué mais encore conscient.
Harry hocha la tête. Il ne savait même pas s'il allait pouvoir prononcer un son cohérent. Bon sang ! Draco n'était pas encore sur le point de mourir ! Il avait l'impression de s'attendre à voir Hermione surgir et lui dire que c'était terminé. Il avait vraiment fait une sale chute avec cette absence… Ce rappel de la maladie était comme un coup de poing, si violent qu'il en était assommé. Il se demandait s'il allait pouvoir se relever, ou attendre la fin, allongé, pour s'endormir quand tout serait fini…
Ron vint s'asseoir près de Harry, et entoura ses épaules d'un bras réconfortant. Harry ne s'en rendait même pas compte, plongé dans ses pensées. Blaise tournait en rond, sous le regard apathique de Luna, qui ne semblait pas atteinte de la peur générale. Georges se rongeait les ongles. Ginny s'accroupit devant Harry pour capter son regard, sans y parvenir. Neville observait tout le monde, sans savoir quelle attitude adopter. Seamus et Dean se seraient dans les bras l'un de l'autre, inquiets. Des larmes silencieuses coulaient des yeux de Pansy, pendant que Théo fixait d'un air dur la porte de la salle d'auscultation. Cho se sentait étrangère et se tordait les doigts en se demandant ce qu'elle pouvait faire. Finalement, Lun vint s'installer de l'autre côté de Harry…
- « Ce n'est pas fini. »
Tout les yeux se dirigèrent vers elle, à la fois mécontent qu'elle brise le silence religieux qui s'était installé, et curieux de ce que cette fille, atteinte d'une folie douce, pouvait bien vouloir dire.
- « Ce n'est pas encore fini, Harry. »
Harry la regardait sans comprendre. Pour lui, tout était terminé. Il ne quitterait jamais Draco, ça non. Mais comment continuer à vivre avec cette mort qui planait au-dessus de leurs têtes ? Elle était déjà là, avant, mais invisible. Maintenant, elle était apparut, menaçante, ricanante. Une Marque des Ténèbres encore plus sournoise et cruelle. Une marque sans signature, sans personne à pouvoir blâmer… A part cette maudite créature, la pire réincarnation de Voldemort, pour Harry. Mais hors d'atteinte.
- « Tu savais, continua-t-elle. Tu savais et tu as choisi. »
Elle le regarda longuement. Elle voulait que ses paroles atteignent son cœur, qui s'était refermé. Il fallait le rouvrir. Lui faire comprendre. Lui rappeler le choix qu'il avait fait, quelques mois auparavant, en débutant cette relation avec Draco.
- « Tu as choisi de vivre et d'aimer. Tu as choisi de faire vivre Draco. Et il est vivant. Il n'a jamais été aussi vivant que maintenant, avec toi. »
Harry aurait eu envie de rire devant ce cliché, si la situation n'avait pas été aussi dramatique. Mais aucune autre parole n'aurait pu le soulager à ce point. Rien n'aurait pu l'atteindre plus sûrement que Luna. Elle avait raison. Il avait choisi de vivre avec cette menace. Et un rappel lui faisait baisser les bras ? Foutaise ! Draco avait besoin de lui, comme lui avait besoin de son ange.
Harry se redressa. Une nouvelle détermination au fond des yeux. Il s'était dit qu'il pleurerait plus tard. Il tiendrait cette promesse. D'accord, c'était horrible. Ce qu'il vivait, il ne le souhaiterait même pas pour son pire ennemi. Mais il ne regrettait rien. Parce qu'il était amoureux. Et qu'est-ce qui était plus beau que l'Amour ? Rien. Ces petits instants vécus avec Draco, ces rires, ces disputes, ces tendresses, ces discussions… Tous ces petits moments à deux. Ils valaient tout l'or du monde. Même les séances de torture que lui avait infligées Draco en l'obligeant à porter d'autres vêtements. Même ces crises de larmes lorsqu'une parole mentionnant la semi-divinité arrivait dans leurs échanges. Même maintenant, cette douleur qu'il ressentait, cette peur… C'était violent, mais c'était beau aussi. Parce qu'il aimait.
Un goût de noix de coco arriva sur sa langue, alors qu'un parfum de coquelicot envahit ses narines. Sur ses doigts, il sentait la peau douce de Draco, l'amplitude de sa cage thoracique qui se soulevait au rythme de sa respiration… et son cœur qui battait. Sa chaleur. Sa vie. La fréquence cardiaque qui augmentait quand Harry l'embrassait, ou qui ralentissait lorsque Draco s'endormait. Sa vie, guidée par ses sentiments ou son état. Qu'est-ce qui pouvait être plus beau que ça ?
Harry n'avait jamais souhaité abandonner Draco, malgré la tournure tragique que prenait leur existence. Mais il voulait abandonner la vie en restant couché, terrassé par sa détresse. Non ! Il ne devait pas ! Il voulait encore vivre des petits instants, des petits détails. Ceux qui affolaient son cœur, qui lui donnait chaud, qui le faisait sourire, qui l'emplissait de tendresse et de joie. Il voulait revivre ce basculement, dans le restaurant. D'autres anecdotes triviales dues à un parfum comme la noix de coco, à une fleur comme le coquelicot, un souvenir comme les « Wind Bubbles » de chez « Pirouette et Badin », une boisson comme le jus d'orange… Il voulait les yeux ensommeillés de Draco au réveil, son haleine fétide du matin, ses rangements étranges dans la cuisine, son obsession de la mode, ses taquineries puériles lorsqu'il s'ennui, sa manie de toujours avoir le dernier mot, ses répliques sarcastiques, son refus de vouloir se lier à lui physiquement… Ses rires, sa voix, sa douceur, sa tendresse… Ses longues jambes fines, son corps élancés, ses yeux aguicheurs, ses mains douces, ses hanches étroites… Sa première fois…
La porte s'ouvrit. Harry était tellement absorbé dans ses réflexions qu'il sursauta. Il avait eu chaud, excité par le cours qu'avaient pris ses pensées, mais fut refroidit aussi durement qu'une douche glacée. Il avait rougi, il était maintenant pâle. Draco sortit avant Hermione, tête basse… mais pas triste. Il réfléchissait. En levant son visage, il sursauta devant tant de gens amassés devant la porte, les yeux braqués sur lui dans l'expectative. Puis, il sourit. Un sourire chaleureux, réconfortant. Un sourire qui disait « tout va bien ». Tous soupirèrent, soulagés sans savoir vraiment pourquoi. Ils avaient retenus leur respiration. Rien n'était pourtant résolu. Harry se leva, pas dupe de l'air rassurant de Draco, et vint lui prendre la main, le regard braqué sur lui.
- « Il n'y a rien, fit Hermione, pensive.
- Comment ça ? demanda vivement Blaise.
- Rien n'a changé. Je ne vois aucune déficience quelconque. Rien dans sa tête, rien dans son corps… Tout est normal… Et pourtant, cela ne l'est pas…
- C'est inquiétant ? demanda timidement Pansy, la voix faible.
- J'ai bien peur que oui. Si nous ne pouvons rien voir, nous ne pouvons rien prévoir non plus. D'après les examens, Draco ne devrait pas avoir d'absence. Et pourtant, c'est le cas. Si au moins nous arrivions à déterminer quels sont les gênes de la maladie… Mais même là, nous sommes impuissants ! ce virus ou bactérie, ou quoi que ce soit, a réellement fusionné dans le corps de Draco… Médicalement, Draco va parfaitement bien. Et ce n'est pourtant pas le cas.
- Hermione, intervint finalement Harry. Est-ce que cela veut dire que si vous arrivez à déterminer ce qui ne va pas, vous pourriez faire quelque chose ? Si vous trouvez le gêne ou la manifestation de la maladie dans son corps, vous pourriez l'isoler ? Ou trouver un remède ? »
Un lourd silence lui répondit. Draco détourna les yeux. Il n'avait pas le courage d'affronter la réalité. Il détestait Harry pour poser une telle question ! La réponse ne ferait que confirmer ses craintes et certitudes : on ne pouvait rien faire !
- « C'est une possibilité, répondit pourtant Hermione.
- Tu peux confirmer ça ? s'exclama Théodore, la voix partant dans les aigus sur le coup de la surprise.
- Si nous arrivons à déterminer ce qui ne va pas et pourquoi nous n'arrivons pas à le voir dans les examens, nous pourrons savoir si nous pouvons faire quelque chose. Je ne dis pas que l'on y arrivera, mais nous saurons au moins si on peut ou pas. Pour l'instant, Draco est un véritable mystère pour la médecine d'aujourd'hui. Nous avons beaucoup à apprendre sur la semi-divinité, puisque de toute façon, nous ne savons rien. Alors oui, peut-être que l'on peut trouver un remède… Mais ne vous faites pas trop d'espoirs. Si on y arrive, ce qui n'est déjà pas gagné d'avance, il faut aussi que cela soit fait à temps. Peut-être qu'il sera trop tard pour le soigner.
- Ou peut-être pas… ajouta Ginny.
- Je dirais que les chances de soigner Draco à temps sont de 5%... Et je suis gentille. Nous ne savons même pas quand exactement il sera trop tard. Je le répète : nous ne savons rien ! Et c'est très frustrant. Peut-être y arriverons-nous mieux avec une analyse du Dragon-Dieu, mais encore faut-il que les chercheurs russes la retrouve ! Et il est aussi possible qu'ils en trouvent un autre qui n'a pas la possibilité de contaminer… Nous ne savons même pas si cette contamination est due à l'espèce, à la race, au sexe, ou autre prédisposition !
- Que veux-tu dire ? demanda Georges.
- Par exemple, les reptiles. C'est une catégorie d'animaux. Parmi eux, se trouvent les serpents. Et au milieu de toutes les espèces de serpents existantes, seulement quelques uns sont venimeux. Et là encore, le venin est différent et produit des symptômes différents. Nous ne savons rien des Dragon-Dieu. Nous ne savons pas s'ils sont des reptiles ou des mammifères. Nous ne savons pas s'ils ont différentes espèces ou s'ils sont une espèce à part entière. Et peut-être que le venin, ou quoi que ce soit, est propre aux femelles ou aux mâles… Il y a beaucoup trop de facteurs inconnus. Et si les chercheurs capturent un autre Dragon-Dieu, sans s'en rendre compte, et que celui-ci ne révèle rien… Et même s'ils attrapent le bon ! Peut-être ne trouverons-nous pas le fameux venin ? Peut-être qu'il est indétectable ? Et aussi… peut-il contaminer les animaux aussi ? Ou juste les humains ? Ou peut-être même certains humains avec certaines prédispositions ? Il faut alors comparer avec Draco… Et nous ne saurions pas où chercher exactement ! Cela prendra beaucoup de temps. Temps que nous n'avons pas. Et encore, nous n'avons même pas le Dragon-Dieu ! Non, il nous faut absolument trouver ce qui cloche chez Draco… L'anomalie. Et après tous ces examens, je dois avouer que nous désespérons de trouver… »
L'espoir qui était né venait de s'effondrer… Mais pas pour Harry. Il était comme un naufragé s'agrippant à une brindille pour ne pas couler. Et il la saisissait de toutes ses forces. Il y avait un espoir. Mince, infime, ridicule, minuscule… mais un espoir tout de même. Au début, Harry était prêt à vivre avec cette mort prochaine. Il espérait un espoir, sans vraiment le voir. Puis, il avait sombré, petit à petit. Il eut, grâce à Luna, un regain, un sursaut de volonté. Et maintenant, il avait confirmation de l'existence de cet espoir. Il savait où tourner la tête pour voir la lumière. Et c'était énorme pour lui. Elle était encore faible, un fantôme de lueur à l'horizon… Mais elle était là ! Il allait se battre ! Il ne laisserait pas tomber ! Il allait espérer ! Vraiment, c'était énorme !
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Harry fermait la porte de l'appartement de Draco. Celui-ci n'avait pas décroché un mot, même pour dire au revoir à tous leurs amis. Blaise avait eu l'air dépité. Il voulait rester avec sa princesse. Et Harry du lui faire comprendre qu'il voulait être seul avec Draco. Blaise eut du mal à digérer ce fait, mais l'accepta tout de même. Sa princesse lui avait déjà échappé. Il le savait… Mais il avait encore du mal à le tolérer.
- « Tu veux du café ? demanda Draco, parlant enfin.
- Du jus d'orange, s'il-te-plaît. »
Draco comprit le sous-entendu. Tous les deux se rappelaient parfaitement le jour où tout avait commencé pour eux. Le jour où Harry avait offert à Draco son premier présent, un bouquet de tiges et de feuilles. Ils avaient bu un jus d'orange avant que le brun se précipite dehors pour revenir, des superbes coquelicots dans les mains. Cette boisson était devenue symbolique pour eux. Le moindre détail avait de l'importance à leurs yeux. Tous les objets, les mots, les gestes… Tous avaient pris un sens. Et ils ne l'oublieraient jamais. Le café était Harry. Le thé, Draco. Le jus d'orange, c'était leur couple. Le coquelicot, l'image de l'Amour qu'éprouvait Harry. La noix de coco, la parfaite représentation de Draco. Blanc et subtil. Dur à l'extérieur, mais si doux lorsque l'on brisait la carapace.
Draco servit deux verres du jus. Il s'installa sur le plan de travail, et sirota en silence. Harry l'observait. Il attendait qu'il parle. Lui, ne savait quoi dire. Il ne voulait pas partir se coucher sans avoir eu une discussion. Il voulait lui dire qu'il n'abandonnerait jamais. Qu'il ferait tout pour le rendre heureux. Qu'ils ne devaient pas se laisser aller.
- « Je crois que je vais aller me coucher, dit tranquillement Draco, une fois son verre vide.
- Non, » répondit simplement Harry.
Draco le regarda, surpris. Il interrompit son geste alors qu'il allait descendre du plan de travail. Harry posa son verre et s'approcha lentement de Draco. Il fixa ses yeux dans ceux de son ange, et se posta entre ses jambes. Doucement, il enroula ses bras autour de sa taille, et l'embrassa. Longuement, tendrement. Il voulait lui transmettre sa force. Lui montrer que tout était encore possible. Cela ne pouvait pas être pire que maintenant, non ? Et comme ils ne savaient rien de l'avenir, il pouvait y avoir de bonnes surprises, n'est-ce pas ?
Draco se détacha de lui, et le fixa étrangement. Il n'était pas sûr de comprendre le message. Mais il y avait une telle volonté dans les yeux de Harry. Une détermination si forte qu'elle le submergea. Il ne savait pas quoi en faire. Que devait-il comprendre ? Il était perdu…
- « Il y a un espoir, dit Harry.
- Tu as entendu Hermione, soupira Draco, las. Elle…
- Il y a un espoir, le coupa Harry.
- Harry, souffla Draco. Je… Je n'ai plus la force…
- Je l'ai pour nous deux.
- Non, Harry. Ne fais pas ça…
- J'ai la force, » insista Harry.
Draco n'aima pas du tout ce regard. C'était celui d'un désespéré qui serait prêt à tout pour arranger les choses. Et il n'en ressortait jamais rien de bon. Draco ferma les yeux, un court instant, tentant de reprendre ses esprits. Il n'avait pas besoin de ça maintenant. Il allait se mettre à pleurer tant il était à cran. Lorsqu'il les rouvrit, il prit le visage de son amour entre ses mains, et lui envoya un regard insistant.
- « Accepte, dit-il. Est-ce que tu te rends compte que tu es en train de replonger dans les cinq étapes du deuil ? Le marchandage. Tu espères. Tu es prêt à tout pour cela. Mais il n'y a rien.
- Si, il y a un espoir, s'énerva Harry. Et je ne me voile pas la face comme toi. Tu es vivant. Nous sommes en vie, tous les deux. Et nous vivons la plus belle chose qui puisse exister dans ce monde. Tout le monde n'a pas la chance de vivre ça. C'est un bonheur de chaque instant ! C'est vrai, la mort plane. Et j'accepte sa présence. Mais je refuse de rendre les armes sans me battre ! »
Draco déglutit et tenta de reprendre sa respiration pour ne pas pleurer. Il détourna le visage, levé vers le ciel, comme pour chercher de l'aide, de la force pour pouvoir raisonner la folie qu'il commençait à voir dans les yeux de Harry. Cette situation ne pouvait rien donner de bon. Des sentiments trop forts l'un pour l'autre, et une fin tragique contre laquelle ils ne pouvaient rien… De quoi devenir fou ! Une larme roula sur la joue de Draco avant qu'il retourne son attention vers Harry.
- « Harry, chuchota-t-il, caressant doucement ses joues avec ses pouces. Est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu veux te battre contre la mort ? Comment ?
- En ne la laissant pas nous bouffer le peu de vie qui nous reste. »
Les vannes étaient ouvertes. Harry pleurait, sans sangloter. L'air toujours aussi déterminé. Le regard dur. Les traits crispés par sa rage de vivre. Draco était interloqué. Il ne s'attendait pas à ça. Il avait cru que Harry donnerait une réponse farfelue, comme d'aller à la chasse au Dragon-Dieu ou monter son petit laboratoire de recherches médicales. Qu'il serait prêt à tout, partir chasser avec un filet à papillon ou faire des prélèvements sur la chair de Draco pour l'analyser. Mais ça, c'était inattendu. Il n'était pas aussi fou que Draco le pensait. Au contraire, il était logique. Il voulait se battre avec ses armes, et pas celles des chercheurs ou des médecins. Il restait dans le domaine qu'il connaissait, et pas celui où il n'était qu'un débutant et un poids pour les professionnels. Harry était incapable de trouver le Dragon-Dieu, puisque non pur. Et il n'avait aucune connaissance médicale. Par contre, il savait ce que c'était de vivre en sachant que l'on allait mourir. Draco savait que Harry pensait ne pas survivre de l'affrontement contre Voldemort. Mais il avait une chance. Un espoir. Et cela lui avait donné la force de se battre. Le combat, ici, était différent. Mais cette petite lueur permettait de ne pas sombrer. Elle donnait la force de continuer. Et c'était cette force-là que Harry avait voulu donner à Draco à travers son baiser.
Draco comprenait. Des sillons de larmes se creusaient aussi sur ses joues. Il savait quoi faire maintenant de cette force. Il allait en faire la vie. Tout simplement.
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Note de l'auteur :
Quoi de plus beau que l'Amour ? La vie ! Parce que c'est elle qui nous permet d'aimer !
Ce chapitre est un message d'espoir, donné à travers les larmes. Il y a eu un rappel de la maladie la fois dernière, et maintenant, un rappel de leur choix. Le choix de vivre et d'aimer. De continuer, tout simplement. Et puis, le discours d'Hermione permet d'éclairer une faible lueur. Celle qui permet de se battre, et ne pas dépérir. Elle peut rendre fou. Un noyé peut nager jusqu'à elle comme un dément, perdre toutes ses dernières forces, avant de se rendre compte qu'elle n'était qu'un reflet de la lune sur l'eau : un mirage. Ou bien tenter de la rejoindre et perdre toutes ses forces en chemin pour finir par mourir d'épuisement. Draco eut peur que Harry prenne ce chemin. Finalement, il s'est aperçu que ce n'était pas le cas. Alors que Draco se laissait couler lentement, Harry l'a tiré à la surface. Il lui a donné une gifle magistrale pour le réveiller. Ils ne nageraient pas, ils ne couleraient pas non plus. Ils attendraient. Que la lumière, celle d'un bateau, vienne les rejoindre ? Ou que les vagues les emportent vers une berge qu'ils n'avaient pas vue ? Ou qu'un morceau de bois flottant arrive jusqu'à eux pour les aider à se hisser ? Mais ils resteraient tous les deux, ensemble. Et ils se battraient, ensemble, pour ne pas couler. Parce que la vie est trop belle.
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Beaucoup m'ont dit que c'était trop dur, trop triste, cette fic. Et bien… Il fallait d'y attendre un peu ! C'est quand même le thème : tragique ! Tragique ne veut pas dire mort, je le rappelle. Il n'est pas vie non plus. Il est cet entre-deux que j'essaie de cultiver. Cet entre-deux qui rend vivant, qui fait que l'on se bat et que l'on ressent pleinement la vie. Parce qu'on se rend compte de sa fragilité.
Il y a tout un message à capter sur la vie, l'adversité, la tristesse… Si la vie n'était que joie… est-ce que l'on ne s'embêterait pas un peu ? C'est un peu fort ce que je dis, je sais. Mais c'est ce que je pense. Si tout était joyeux et facile, si nous vivions dans un printemps permanent, sans pluie, sans tempête… Nous n'apprécierions rien ! (Aucun message destiné au Japon, hein ? C'est trop horrible ce qui se passe là-bas ! Je parle de petites adversités, pas une immense calamité, un désastre énorme !) Je ne veux pas vanter les mérites des tragédies, à petites ou grandes échelles. Je vante ceux des batailles pour se sortir de l'adversité, celles qui permettent de ressentir pleinement la vie et de l'apprécier à sa juste valeur. Beaucoup vous diront que c'est dans cette adversité que les liens se resserrent. Et c'est le cas pour Harry et Draco. A votre avis, est-ce qu'ils s'aimeraient autant s'il n'y avait pas la menace que tout se termine brusquement ? Si le temps n'était pas compté, est-ce qu'ils vivraient aussi pleinement ? Bon, ok, Draco ne vit pas PLEINEMENT, puisqu'il refuse encore de se donner à Harry… Du moins pas encore. Et puisque vous savez, parce que très logique, qu'il va céder à son beau brun… est-ce que vous croyez qu'il le fera sans penser qu'il va bientôt mourir ? Est-ce qu'il ne le fera pas simplement parce qu'il sait qu'ils n'ont pas tout le temps devant eux ? Et tout ce qu'ils feront, par la suite… Est-ce qu'ils ne précipitent pas les choses pour vivre entièrement leur bonheur, leur vie, leur amour, avant la fin ?... Leurs sentiments sont vrais… mais ne sont-ils pas exacerbés pour tout cela ? Et ceux, depuis le début ?... A méditer…
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Merci à tous ! Et à la prochaine ! (plus tôt que ça, je l'espère…)
