Blabla de l'auteur : Voici enfin le dernier chapitre. Vous me direz sûrement à la lecture qu'il ne résout rien : et pour cause, l'épilogue seul apportera des réponses très concrètes. J'espère cependant qu'il vous plaira. Je sais que dans cette fic, je sous-traite certains personnages tels que Bellatrix ou le père de Drago, mais la vocation de cette fic n'était pas de raconter la vie de tout le monde mais de se concentrer sur Harry/Voldy/Severus/etc
Je suis en cours de rédaction pour l'épilogue vous l'aurez sûrement ce soir et de fait, je pense qu'on pourra dire que j'ai fini le reboot. Je vous précise une toute petite chose au passage : la fin de ce chapitre correspond à ce que j'avais prévu à la fin de la fanfic originelle et en particulier l'épilogue. Je suis donc heureuse que vous ayez la fin malgré les années. Vous êtes nombreux à lire et à ajouter cette fic à vos fav ou vos alertes, donc un GRAND MERCI à vous tous pour votre gentillesse et à ce soir pour l'épilogue
Chapitre 20 : Une dernière lueur.
L'aube pointait entre les toits de Londres, allongeant des ombres malingres dans cette étrange aurore aux couleurs de fin du monde. Le ciel semblait hésiter lui-même entre la pluie et la soleil. L'odeur humide de l'asphalte le prit à la gorge et l'adolescent croisa son reflet dans une flaque d'eau salie d'hydrocarbures. Pâle, les yeux cernés, seul malgré la petite escouade de sorciers autours de lui. Seul malgré le bras de Ginny et la présence toute proche de Ron et d'Hermione. Seul comme au commencement de sa vie, enfant orphelin aux parents assassinés. Lui, qui avait survécu, se trouvait à présent sur le seuil du champ de bataille. Ho bien sûr, il savait ce qu'il avait à faire. Bien sûr, il avait été entraîné et s'était résolu. Toutes ces choses ne servent que de décorum le moment venu. Inutile de se donner bonne conscience. Tout allait finir, d'une façon ou d'une autre, en ce mois de mars glacial. Ginny lui pressa gentiment l'avant-bras et il se détacha de ce reflet hagard pour continuer à suivre silencieusement les autres sorciers, comme ils l'avaient convenu ensemble. D'après les sources de l'Ordre du Phénix, Voldemort et ses Mangemorts avaient prévus une attaque sur le Chemin de Traverse dans moins d'une demi-heure. L'idée était d'y être avant eux et d'ainsi pouvoir plus facilement les empêcher de se déployer et les neutraliser – le terme chez les gentils pour dire les éliminer froidement juste parce qu'ils sont méchants avait compris le Survivant. Harry devrait rester en retrait le plus longtemps possible afin de localiser Voldemort et ils l'aideraient à rejoindre le Sorcier Noir pour le combattre. La main sur son balais, l'adolescent sentait ses doigts gourds glisser légèrement. Il se força à avancer en inspirant profondément. Il était temps d'être un homme et d'assumer son choix. Bientôt ils furent devant l'arche de pierre qui s'ouvrit pour les laisser passer. A cette heure matinale, les boutiques étaient sur le point d'ouvrir et les devantures étaient encore éteintes pour la plupart, les rues vides de passants leur permirent de rapidement se déployer. La plupart des sorciers de l'Ordre, renforcés de sorciers du Ministère dans la confidence étaient tendus, sur le qui-vive, et le silence régnait, la plupart des visages crispés en des expressions de froide résolution. Harry avala sa salive alors que le plus gros groupe dont il faisait parti s'aventura plus avant dans les rues. Il savait, lui que ce calme n'était qu'une illusion.
Il avait raison. Soudain, l'air retentit du bruit caractéristique de sorciers transplanant en masse tout autours d'eux. D'autres Mangemorts retirèrent les sortilèges qui les maintenaient invisibles et la calme aurore se déchira soudain des cris de l'un des groupes secondaire de l'Ordre en direction de l'allée des Embrumes. Mais Harry n'avait plus le temps de penser : il devait agir vite. Ginny lâcha son bras et elle et Hermione se placèrent aussitôt à ses côtés, invoquant un bouclier sur lequel les sorts ennemis ne tardèrent pas à rebondir. Tous trois crièrent en synchronisation « Stupefix » et trois membres de leur escorte s'écroulèrent, puis, sous les yeux horrifiés de leurs compagnons, ils transplanèrent sur le toit de Gringotts, près de Voldemort qui venait d'apparaître, dominant la scène de sa noire silhouette.
Les trois adolescents voyaient ainsi le monde sombrer dans la folie. Les Mangemorts accompagnés de centaures et de loups-garous massacraient la petite armée de Sorciers rassemblés. Partout, les explosions colorés des sortilèges s'entre-choquant faisaient écho aux cris de souffrance des ennemis. Harry déglutit quand Voldemort, sans un mot, lui indiqua d'un geste du bras un groupe de membres du Ministère qui résistaient aux assauts. Le Gryffondor enfourcha son balais, bientôt imité d'Hermione et Ginny et ils foncèrent en rase-motte, combinant leurs sorts pour tenter de percer les sortilèges de protection du groupe. Au bout de plusieurs passages, celui qui maintenait la protection s'effondra d'épuisement, et ils en profitèrent pour fondre sur les mages, lançant des Avada Kedavra sur deux d'entre eux. Un autre fut plus rapide et parvint à tenter de s'enfuir. Harry fut le plus rapide. Il fondit sur sa proie tel un faucon et, attrapant l'homme par un bras, il décolla aussitôt en chandelle, montant en vrille vers le ciel avant de lâcher le malheureux qui tomba en hurlant. Son cri résonnait encore dans sa tête, ainsi que l'image de son corps disloqué sur les pavés quand il revint se poser au sol afin d'aider une Hermione en difficulté entre deux sorciers du ministère. Les sortilèges fusaient de toutes part. Les trois jeunes gens reprirent vite pied, parvenant à rejoindre une rue moins dangereuse, abattant encore quelques ennemis.
Mais, alors qu'ils allaient rejoindre la route principale, quelqu'un leur barra le passage.
"Va-t-en, Ron !" C'était Hermione qui avait crié, et dans ses yeux et dans sa voix transparaissait une sorte d'espoir fou qu'il lui obéisse, qu'il ne pose pas de questions.
Hagard, le rouquin fixait sur sa sœur, sa petite amie et son meilleur ami un regard de désespoir.
"Vous pouvez pas avoir fait ça... Non vous pouvez pas..."
"Ron ! Fiche le camp !" Cria de nouveau Hermione qui semblait au bord des larmes. Harry, songea qu'il y aurait un prix à payer pour chacun. Un prix incommensurable.
"Tuez-le."
La voix, désincarnée, sifflante, et dépourvue d'humanité ne pouvait venir que d'un seul être. Cette voix les glacèrent tous jusqu'à l'âme. Harry regarda Hermione et Ginny, qui elles-même le regardèrent, avec chacun la même détresse. La brune avait les joues trempées de larmes alors que Ron blanchissait en faisant un pas en arrière.
"Non... Harry... Pourquoi vous faites ça ? Hermione, Ginny... Vous pouvez pas le rejoindre, pas vous... C'est un cauchemar, c'est ça ? Je vais me réveiller..."
"Ron..." Cria Hermione, et sa voix vibrait de désespoir.
"Obéissez." Siffla la voix, terrible, emplie de cruauté. Ils sentaient peser sur leurs nuques la volonté du Lord. "Obéissez ou mourrez."
Hermione s'effondra en sanglots et ce fut Harry qui la rattrapa pour la serrer fort, fort, lui cachant le monde de son corps alors que la voix de Ginny lançait :
"Avada Kedavra."
Le bruit sourd d'un corps qui s'effondre et Hermione se mit à hurler contre lui. Harry dut la retenir de toutes ses forces pour ne pas qu'elle se détache de son étreinte et se jette sur le corps de son petit ami.
"Une raison de plus." Lui chuchota-t-il à l'oreille en caressant ses cheveux bouclés. "Tiens bon."
La jeune fille hocha la tête contre lui, en reniflant, tremblante et Harry eut une conscience plus accrue encore de la folie de ce plan. Combien d'amis devraient-ils tuer ? Hermione se détacha de lui et, tournant la tête, faillit tomber en tentant un coup d'œil vers le corps de Ron.
"On ne peut pas rester là." Fit finalement Ginny en lui pressant doucement l'épaule, séchant elle-même ses propres larmes.
La brune hocha la tête et ils quittèrent le cadavre. Tout semblait à Harry complètement irréel. Ron était mort, les yeux ouverts dans une expression de surprise qui lui donnait presque l'air comique. Mais il ne pouvait pas pleurer. Il n'avait pas le droit de pleurer, pas maintenant, pas après tout ce qu'il avait sacrifié.
Ils rejoignirent donc le théâtre majeur des combats et virent que, si l'Ordre tenait encore un peu ses adversaires en respect, ils perdaient du terrain à chaque minute. Soudain, un mouvement de cape noire attira son attention. Rogue se battait contre Remus et ce spectacle lui coupa le souffle. Rogue. L'ennemi de toujours, affrontait le dernier vestige de son enfance. Le dernier ami de son père.
Incapable de bouger, Harry resta simplement là, figé, pendant un temps aléatoire. Il regardait les mouvements fluides des deux hommes, la rage qui animait leurs prunelles. Un instant, une fraction de seconde, Remus le remarqua et le dégoût qu'il lut dans ses yeux le blessa plus profondément qu'aucun sort. Cette infime distraction faillit cependant coûter la vie au loup-garou, qui esquiva le sort mortel de justesse mais le renvoya sans attendre. Comme seul au milieu des combats, Harry ne remarqua même pas le bouclier généré par Hermione et Ginny autour de lui, retenant son souffle alors que Rogue perdait soudain pied en devant éviter un sortilège perdu. Il y eu comme un instant de flottement dans l'univers. Puis l'éclair de lumière verte frappa Severus au torse. Ce dernier retomba comme une poupée de chiffons, dans un dernier tourbillon de robes. Ses yeux noirs fixaient le ciel sans le voir. Quelque part au dessus du carnage, un son étrange monta dans les cieux, une sorte de hurlement aiguë et terrifiant. Un cri de douleur, de détresse. Un cri d'homme ébranlé de la perte de son pilier. Harry sut que le temps était venu et, expirant doucement, il tourna lentement sur lui-même. Fred et Georges gisaient au milieu de corps anonymes, la plupart des membres de l'Ordre avait péris en tentant d'emporter avec eux le plus de Mangemorts possibles. Les parents de Ginny se battaient contre Lucius Malefoy avec Tonks. La mort et la douleur était partout. Il était temps, oui, plus que temps. Voldemort venait d'apparaître au milieu du champ de bataille, se précipitant vers le corps sans vie de son lieutenant. Il semblait à Harry qu'il aurait voulu savoir pleurer alors qu'il s'accroupissait près du corps. Ce serait plus facile qu'il l'aurait jamais imaginé, que tous les plans élaborés auraient pu le prévoir. Il avait fallu d'un grain de sable. Harry franchit le bouclier de ses amies, rejoignant le mage noir, posant une main sur son épaule. Ce dernier ne se retourna pas. L'adolescent se pencha pour lui murmurer doucement à l'oreille quelque chose que personne n'entendit. Ce que tout le monde vit cependant, fut l'éclat de lumière verte.
Personne semblait vouloir bouger, comme si le monde était soudainement figé, incrédule, retenant son souffle. Les regards convergeaient vers le corps étendu sur celui de Rogue. Un corps qui ne tarda pas à se recroqueviller, à ne devenir bientôt plus qu'une momie répugnante à la peau semblable à du goudron. Et Harry, debout près de sa Némésis de toujours, incapable de croire qu'il avait réussi alors même que les membres de l'Ordre tentaient d'arrêter le plus possible de Mangemorts en déroute, ces derniers tentant de fuir, aurait lui aussi pleurer librement. Le Gryffondor ne bougea pas quand Hermione et Ginny l'enlacèrent. Pas plus quand les premiers cris de liesse, presque timides, se transformèrent en applaudissements, puis en rugissement de triomphe. Les yeux fixés sur le corps répugnant, il s'étonna de ne trouver en lui aucune larme à verser. Tout était fini. Tout allait fonctionner. Alors pourquoi la boule dans sa gorge était-elle si présente ? Il aurait voulu être seul et pleurer, pleurer jusqu'à ce que le monde s'effondre et le laisse en paix. Il aurait pu l'aimer, réalisait-il à présent. Il avait du même l'aimer aussi. Il y avait tellement de non-dits... Et une bien étrange vérité. Il avait gagné, mais la victoire avait un goût amer. La victoire ne valait rien en comparaison de sa peine, aussi subite qu'imprévue. Il aurait dû se réjouir mais il n'en avait pas la force. Parce qu'il n'y aurait plus jamais de chambre aux candélabres et de soupirs secrets. Un sentiment qui resterait caché pour toujours, jamais avoué, jamais montré. Une lueur quelque part dans sa poitrine.
Le lendemain la Gazette du Sorcier titra « Le Survivant sauve le Monde Sorcier. » Harry dut sourire, donner des interviews. Personne ne songea à lui demander ce qu'il avait pu dire au mage en le tuant. Personne ne parla de son brusque revirement pour le camps de Voldemort, tout le monde crut à un plan, ou voulurent s'en persuader. En soi, ils n'avaient pas tord sans seulement effleurer la surface de la réalité.
Le monde était débarrassé de celui qu'on voyait comme un fléau. Du monstre sous le lit, du croquemitaine. Le 11 mars fut annoncé journée nationale sorcière. Harry croula sous les propositions de postes au Ministère une fois qu'il aurait fini ses études. Puis, au bout de plusieurs semaines, le monde se lassa un peu et l'on se concentra sur les procès de Mangemorts, sur leur traque et leur emprisonnement. De Drago Malefoy et d'Audric, personne ne sut jamais ce qu'ils étaient devenus et l'Histoire les oublia. Harry tenta de reprendre sa scolarité comme si de rien n'était. Cependant tout était différent à présent. Les autres se pressaient autours de lui, chacun témoignant sa reconnaissance. Il était aimé des bien-pensants, on vantait son courage. Mais quel courage avait-il fallu pour simplement user du sort mortel ? Hermione et Ginny le savait : tout était différent, ni blanc, ni noir. Il faudrait juste patienter, terminer leur scolarité sans faire de vagues, en remuant juste un peu le chaudron pour ne pas oublier leur but. Sur le bras de Ginny, à la place de la marque des Ténèbres qui avait disparu en même temps que Voldemort, se trouvait à présent un tout autre symbole. Un éclair familier à bien des personnes côtoyant Harry Potter, Celui qui avait Sauvé la Lumière.
