Chapitre 21

Les premiers cliquetis d'armes et armures s'entrechoquant se font entendre, de plus en plus proche.

Je pousse un long soupir, puis me lève en secouant mon t-shirt avant de l'enfiler. Quand je tourne la tête, une petite troupe de pensionnaires armés me fait face. Leurs regards sont partagés entre crainte et appréhension.

-Zack, fait calmement le meneur de la troupe en s'avançant de quelques pas. Tu vas nous suivre calmement, d'accord ? On doit parler.

Je reconnais Alexandre à sa stature et à sa voix, dans laquelle je détecte un léger tremblement, quasiment imperceptible.

Je ne l'avais pas revu depuis le Tournoi, à part en de brèves occasions, l'apercevant parfois au réfectoire ou sur une aire d'activité. Il semblait plus bronzé qu'avant, et, si c'était possible, plus musclé aussi.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je questionne en essayant de paraître sincèrement surpris.

-Ne joue pas à l'idiot avec nous, Faucheur, grogne un pensionnaire derrière Alexandre, que ce dernier soumet au silence d'un geste ferme. Je crois reconnaitre un des frères de Halley, fils d'Hécate.

Alexandre fait un autre pas vers moi, suivit prudemment par les autres demi-dieux.

-C'est quoi le soucis mec ? Je sors de mon jogging là, je réplique en fronçant les sourcils.

-Suis-nous calmement, on t'expliquera sur la route. Chiron et Monsieur D veulent te parler.

-Dit-moi ce qu'il s'est passé Alexandre. Tout de suite.

Il lance un regard aux autres, mal à l'aise, cherchant sûrement un semblant d'aide ou de courage, auquel aucun ne répond.

Il pousse un soupir en piétinant sur place.

-Les jumelles, Sharlène et Any ont été retrouvés mortes tout à l'heure. Ils... Les corps étaient difficiles à identifiés.

Je retiens un sourire et me fait violence pour prendre un expression désolée.

-C'est malheureux ... Mais je vois pas pourquoi vous venez me voir ?

Le regard de Alex se durcit.

-Il semblerait que ... que leurs corps aient été tranchés à l'aide d'une grande lame, de l'acier stygien plus exactement. Et les ... ( il se racle la gorge ) les coupures ressemblent à celle qu'une faux pourraient produire.

Ses yeux se figent dans les miens, tandis que je ne peux retenir cette fois un sourire malsain se dessiner doucement sur mes lèvres.


-J'ai en effet croisé les jumelles cette nuit, je vous l'ai déjà dit. Elles discutaient de quelque chose sur la plage, et elles ne semblaient pas vouloir être entendu. Elles sont rapidement partis et je ne les ai pas suivis. J'ai continué mon chemin sur la plage et c'est tout.

-Outre le fait que vous avez déjà violé le couvre-feu instauré, Jack, vous êtes le premier suspect, pour ne pas dire le seul. Et toute les preuves sont contre vous.

-Je vous dit que c'est pas moi, je répète calmement, fixant les yeux violacés du dieu du Vin qui me fait face. Et je m'appelle Zack.

-Et vous croyiez que votre simple parole va nous suffir ? Demande t-il sur le même ton. Je voudrais examiner l'arme que vous affectionnez tant, pour voir ce que l'on peut en tirer comme informations.

Le coin de ma bouche tressaille.

-Elle est cachée, je ne veux pas vous la montrer.

Chiron, qui était resté silencieux et pensif pendant toute la durée de mon échange avec Dionysos, se râcle soudain la gorge en me regardant longuement.

Je lève les yeux au ciel.

-Très bien, j'irai la chercher si ca peut vous aider. Vous verrez que je n'ai rien fait.

-On verra, en effet, fait calmement Monsieur D en décapsulant une canette de Coca Light.

Un silence gênant pèse quelques instants, rompu par Chiron qui se râcle de nouveau la gorge :

-Monsieur D, vous avez finis avec Zack ? J'aimerai lui parler en privé.

-Hein ? Fait-il, surpris, comme si il m'avait déjà oublié. Ah oui, vas-y, j'ai fini avec lui.

Chiron me pose une main sur l'épaule et me fais sortir de la pièce.

Avant de franchir la porte, je crois entendre Dionysos marmonner quelque chose du genre : ''M'oblige à sermonner les gamins qui s'entretuent maintenant, et puis quoi encore, les sanctionner moi-même bientôt ?''

Le maître archer, sous sa forme chevaline, m'emmenne sur la terrasse de la Grande Maison, et me fais m'asseoir sur un des chaises en bois qui entoure la table que Monsieur D affectionne pour jouer au poker. La vue sur le Colonie est superbe d'ici, on peut tout voir en faisant le tour de la terrasse qui entoure le batîment. Les gens vaquent à leur activités habituelles.

On ne dirait absolument pas que deux pensionnaires viennent d'être retrouvés morts. Je ne comprends décidement rien à la logique de cet endroit.

Chiron s'enfonce doucement dans son fauteuil roulant qui était rangé dans un coin. Je détecte une certaine nervosité dans ses mouvements. Il a son air sérieux bien à lui.

-Eh bien Zack, ça fait longtemps que nous n'avons pas discuté en privé. Pas depuis ton arrivée en tout cas, commence t-il sur le ton de la conversation.

-Monsieur D n'a pas l'air très concerné par l'assassinat de deux des demi-dieux sous sa responsabilité, je réplique en ignorant sa remarque.

-En effet, soupire Chiron. Il ne s'est pas impliqué depuis les deux guerres. Entre nous, continue t-il à voix basse, je crois que la perte de l'un de ses deux fils l'a plus touché qu'il le laisse paraître.

-C'est pas une excuse, je réplique. C'est un dieu, il a des responsabilités.

Le regard de Chiron s'assombrit.

-Qui sommes nous pour dire aux dieux quelles sont leurs responsabilités ?

Sa réponse me laisse pensif quelques secondes. Il a raison. Qui sommes-nous pour critiquer les dieux ? Je ne sais même pas qui je suis. Ou ce que je suis, pour ce que je peux en dire.

-Vous avez acquis votre répartie avec les siècles ? Je demande en souriant.

-Plus ou moins, réponds Chiron en me rendant mon sourire. Mais j'ai bien peur que celle-ci ne puisse nous soustraire à des sujets plus graves et plus désagréables.

-Allons-y, vous commencez à dire les choses plus directement Chiron, vous vous améliorez ! Je ris.

Il pouffe avant de reprendre son sérieux, le regard plus dur.

-Tu n'as pas menti au directeur, n'est-ce-pas ? Demande t-il.

-Je ne dis que la vérité. Surtout que là, j'avais pas vraiment d'intérêt à mentir.

-Qui peut savoir quand son interlocuteur ment ? Soupire Chiron. Je me demandais juste si ...

-Si les absences ou pertes de contrôles dont je vous ai parlé pourraient être liées à ça ? Vous ne tournez vraiment plus autour du pot Chiron !

-Comme à ton habitude, tu as vu juste Zack. Mais j'aimerai que tu répondes sérieusement à ma question.

Je prends le temps de sonder son regard qui m'analyse en retour. Ses yeux bruns millénaires sont vraiment fascinants, presque ... transcendants.

-C'est une possibilité, j'admets en baissant finalement les yeux. Comment je pourrais savoir ?

Chiron se gratte la barbe, pensif. Puis ses yeux rencontrent les miens avec une dureté surprenante.

-Nous verrons bien cela, Zack, en espérant que tu n'y sois pour rien. Mais je tenais à te prévenir que le climat est plutôt tendus à la Colonie actuellement ...

-Vous voulez parler de la troupe armée qui est venue me chercher tout à l'heure ? Je le coupe.

-L'attaque de la Colonie a pas mal remuée les coeurs, comme tu le sais. Et maintenant la mort des chefs du bungalow d'Hécate. Tout ça, sans parler de ton arrivée remarquée, des choses étranges qui ont eu lieu et qui coincide étrangement avec ton apparition à la Colonie, sans compter les événements survenus dans ton passé qui restent mystérieux, ainsi que ton âge assez avancé pour un demi-dieux ...

-Vous avez finis ? Je demande en le regardant avec des yeux ronds. Ca fait beaucoup d'un coup là, vous savez. C'est le moment ou vous m'annoncez qu'il y a une prophétie ou je sais pas quoi ?

-Malheureusement, ou, plutôt, heureusement pour toi, non. Il n'y a pas eu de prophétie depuis celle des Sept, annonçant la guerre contre Gaïa.

Je m'adosse à mon siège en soupirant, les yeux tournés vers le ciel.

-Alors ou voulez-vous en venir, Chiron ? Qu'attendez-vous de moi ? Tout ce que vous m'avez dit, j'en ai conscience, je le sais. Mais je le laisse de côté volontairement. Trop réfléchir ne nous mènera nulle part.

-Et ignorer les événements pourraient te conduire à ta perte. Me sermonne t-il.

-Un point pour vous, je fais en hochant doucement la tête. Mais ça ne réponds pas à ma question.

-Ecoute Zack, je ne suis qu'un simple conseiller ici. Je fais partager mon expérience avec les demi-dieux, j'essaie de les guider du mieux que je peux, mais j'ai appris une chose au cours de toutes ses années passer à entraîner des sang-mêlés : quoi qu'ils fassent, leur destin les rattrapera toujours, mais pas de la manière qu'ils avaient imaginés.

-Mais ... Chiron, je ne comprends pas. Vous me dites qu'il n'y a pas de prophétie, que je ne dois pas ignorer les choses, mais vous me dîtes également que je n'ai le contrôle sur rien ? Ou est la logique de tout ça ?

Il sourit tristement.

-C'est ça, Zack, c'est la bonne question. Le monde dans lequel nous vivons n'est et ne sera jamais logique.

-Alors que dois-je faire ?

Il secoue la tête, sans me lâcher de son regard profondément triste.


Un. Deux. Trois. Quatre.

Les mannequins explosent en brins de paille désordonnés l'un après l'autre.

J'en ai marre de m'entraîner contre des bouts de bois et de paille, je marmonne en réduisant le cinquième en morceau.

Il fait nuit noire aujourd'hui, la lune est absente et le ciel sombre et monochrome. J'ai du prendre une torche pour pouvoir me repérer correctement dans l'Arène, au risque d'être moins discret.

Ma faux vibre dans ma main, prête à aller plus loin. A affronter de réels adversaires.

Je perçois presque sa soif de sang.

Je fauche la dernière rangée d'un mouvement circulaire quasiment invisible, avant de pousser un cri de rage.

Tant pis.

Au diable le couvre-feu, les harpies ou les remontrances de Chiron.

J'attrape la torche accrochée à un mur, et me dirige d'un pas décidé vers les bois ténébreux, inconnus dans la pénombre de la nuit. Un frisson d'excitement me parcours le corps.


Le soleil est bien haut dans le ciel quand je sors de la lisière du bois.

Ma torche éteinte dans une main, ma faux couverte de poussière dorée dans l'autre.

Mes vêtements sont en lambeaux, et recouvert de baves et de poudres dorées également.

Je n'ai pas vu le temps défilé là-bas, et le passage de la noirceur tamisée des bois à la luminosité soudaine me fait plisser les yeux.

Je longe les champs de fraises sous les regards sceptiques ou attentifs des satyres et nymphes, travaillant à faire pousser par magie les grappes qui se mouvent et réagissent aux notes et chants. Le spectacle est fascinant, mais je suis éreinté, et tout ce dont j'ai besoin actuellement, c'est d'une bonne douche chaude.

J'ai renoncé à cacher ma faux. Je l'ai laissé volontairement quelques jours pour analyse aux mains de Monsieur D et de je ne sais qui, mais les résultats n'ont pas été concluants. Les ondes magiques ne sont pas facilement lisibles, de ce qu'on m'a dit.

Il n'aurait rien trouvé, de toute façon. Ou du moins, c'est ce que j'essaie de me dire.

J'attire de plus en plus de regards perçants jours après jours. La faux étant déjà un symbole mal vu, je vous laisse imaginer les réactions quand les pensionnaires ont appris comment sont théoriquement mortes les jumelles.

Leur cérémonie funéraire, qui a eu lieu il y quelques jours également, a du être émouvante aux vues des visages renfrognés et attristés de tous, et du silence quasi-religieux qui a plané sur la Colonie pendant le reste de la journée.

Je ne saurai pas vous dire comment c'était, je n'y ai pas assisté.

Je continue de marcher d'un pas assuré vers la Grande Maison. Je croise les habituels regards mauvais de certains, effrayés pour d'autres. On ne me pose pas de question sur mon état et la crasse qui me couvre, et tant mieux.

Pourtant, quand j'arrive au niveau des bungalows, un regroupement attire mon attention.

Une foule d'une trentaine de pensionnaires, quasiment tous portant les t-shirts oranges de la Colonie.

Froncant les sourcils, je me dirige vers eux, renoncant à contrecoeur à ma douche tant attendue.

J'entends une voix s'élevé au milieu de la troupe, et je m'approche discrètement dans leur dos, essayant de me faire tout petit. Imaginer un gars sale, aux vêtements déchirés, avec une faux de presque trois mètres dans une main, essayer d'être discret, c'est un spectacle unique.

-... sieur D ne veut rien faire. Il ne sert à rien. Il le laisse se balader librement, il enfreint je ne sais combien de règles et personne ne trouve rien à lui dire. Et pourquoi ça ? Parce qu'il est nouveau, qu'il manie une faux, qu'il fait peur, qu'il a une belle gueule ?

Bon, je ne suis ni égocentrique, ni vraiment perspicace, mais je me doute bien qu'il parle de moi.

Je reste légèrement à l'écart, et m'adosse tranquillement sur une colone du bungalow d'Hermès, prêtant l'oreille pour écouter la suite.

-Qu'est-ce que tu veux faire ? Demande une voix que je reconnais comme étant celle de Orel. On n'a aucune preuve que c'est lui, et il n'a rien fait de mal. Il est arrivé à la Colonie il y a maintenant plus d'un mois, il s'intègre comme il peut.

J'éprouve pour la première fois un sentiment de gratitude envers lui. Bizarre qu'il me défende.

-Il est surtout arrivé à la Colonie déjà âgé de 18 ans, malgré le pacte des dieux, proteste une voix. Sans parler de la faux qu'il manie ...

Un frisson parcours la foule.

-Mais il était accompagné de Zoé ! On peut faire confiance à Zoé ! Crit une autre voix.

-Zoé, qui a tué Camille, Charlotte, Donovan, et blessé je ne sais combien de monde lors de l'attaque ?

Un murmure parcours les gens.

-Et cette attaque alors, pourquoi les conseillers ne veulent pas nous en parler ? Demande encore quelqu'un d'autre.

-Si il garde ça pour eux, c'est que c'est probablement grave, fait Orel d'un ton apaisant.

-Mais vous vous entendez ? Crit cette fois Alexandre, que je suis presque étonné d'entendre ici. Pourquoi vous parlez de tous ces détails inutiles ? On saura tout en tant voulu, arrêtez de poser des questions. On s'en fou de Zack. Ce qui compte, c'est que la colonie s'est faîtes attaquée et que les jumelles se sont faîtes assassinées.

-Massacrées à coup de faux ouais, intervient une fille dans le groupe. Et qui possède une faux ? Zack, comme par hasard. Ce gars a un truc qui cloche, et tout a commencé depuis son arrivée.

Un silence s'installe tandis qu'il échange des regards songeurs. La fille en question croise mon regard et je vois d'ici ses yeux s'agrandir en deux orbes de terreur.

-Euh ... bafouille t-elle, les ... les gars ... fait-elle en me pointant du doigt.

Tous tournent la tête vers moi et deviennent blêmes, excepté Alexandre qui fronce les sourcils. Je leur fais un grand signe de la main avec un sourire amical. Alexandre se sépare du groupe et se dirige vers moi.

-Ils t'ont vraiment pas gardés longtemps, hein ? Demande t-il, sa main droite saisit de tics, tout près de son épée accrochée à sa taille.

-Nope. J'suis innocent comme un enfant, tu sais ? Je réponds avec un grand sourire.

-J'ai de gros doutes là-dessus.

-Quel intérêt j'aurai à tuer ces filles ?

-Je sais pas. T'es peut-être dérangé ?

-Possible, mais c'est pas la bonne réponse.

Il ne bouge pas, et ne me lâche pas du regard. Sa main est de plus en plus agitée.

-Ecoute mon pote, je t'aime bien et j'ai bien aimé notre combat dans l'Arène. Mais ne te lance pas dans quelque chose que tu risques de regretter, je dis doucement avec un petit sourire.

Sa main se fige sur la poignée de son épée.

Il me regarde de haut en bas, inspectant les déchirures de mes vêtements et la poussière dorée me recouvrant.

-Tu as encore violé le couvre-feu ? Demande t-il.

-Comment tu es au courant ?

-Pas mal de monde est au courant de tes escapades nocturnes depuis qu'on a retrouvé les jumelles.

-Humh, d'accord, et donc ?

-Emmène-moi avec toi la prochaine fois, dit-il sur un ton tout aussi calme.

-Pardon ? Je demande, surpris.

-Tu m'as compris. Je veux m'entraîner aussi, être prêt, avoir une experience du réel. J'en ai marre des mannequins de paille et de botter le cul des autres pensionnaires. C'est quoi ton bilan de la nuit ?

-Six chiens des enfers, trois stryges et une hydre, j'énonce en comptant sur les doigts d'une main.

Il blémit soudain.

-Il ... il y avait un hydre dans les bois ? Demande t-il en jettant un coup d'oeil vers ceux-ci.

-Ouais, plutôt tenace d'ailleurs. Toujours partant ?

Il hoche la tête et reprend un peu ses esprits.

-Demain, à 00h devant l'Arène ?

-Ca me va.

Il me tend la main que je sers avec un sourire amusé, puis il repars vers le groupe qui le regarde comme si il venait de sortir d'un combat contre un monstre impressionnant..

Je m'avance à sa suite, sous le regard gêné des quelques pensionnaires.

-J'apprécie qu'on trouve que j'ai une belle gueule, mais je n'ai pas tué les jumelles, désolé. Ah, et aussi, vous avez raison de vous interroger sur l'attaque de la Colonie, vous êtes moins cons que vous en avez l'air vous savez ? Je leur glisse au passage avec un clin d'oeil, avant de partir en direction de la Grande Maison.

Une bonne douche m'attends. Et sûrement une grande sieste.

Ouais, ça me semble une bonne idée.


Quand je me réveille, le soleil se couche déjà. Je me frotte les yeux en regrettant à moitié de m'être autant assoupi. J'ai l'impression de vivre la nuit.

Heureusement que je ne fais parti d'aucun bungalow, je n'ai pas à aller aux activités obligatoires chaque jour.

J'ai encore rêvé.

Pas de cauchemar, mais bien un rêve. J'ai comme un sentiment de déjà vu à chaque fois. Ce visage familier.

J'ai appris il y a peu que les rêves étaient communs pour la plupart des sang-mêlés. Qu'ils leur donnaient des informations sur l'avenir ou sur le passé, mais que la plupart du temps ils n'étaient pas vraiment clair ou interprétable.

Chiron et son sens du mystère légendaire, je vous jure.

Tous ça pour dire que je m'habilla rapidement, et que je descendis quatre à quatre les marches de la Grande Maison pour courir au réféctoire. Oui oui, je sais, mon estomac gargouillant parlait pour moi.

-Zack, ou tu vas ? Crie une voix derrière-moi.

Aaron, accompagnée de Eric et de plusieurs autres Apollons et Héphaïstos, semblait se diriger vers une destination totalement opposée à la mienne.

-Bah ... manger ? Je réponds en m'arrêtant net, levant les bras en signe d'incompréhension.

Tout le monde éclate de rire.

-Le dîner est déjà passé vieux ! On va tous à l'amphithéâtre, c'est soirée ce soir. C'est censé remonté le moral de tout le monde, donc on va au moins essayé de jouer le jeu. Pas de Chiron, pas de Dionysos ou autre, juste les jeunes !

Mon estomac pousse un grondement de protestation.

-Et il y aura deux trois trucs à manger, t'inquiète pas, s'esclaffe Eric.

Un grand sourire se grave sur mon visage à l'annonce de cette bonne nouvelle.


Les flammes du foyer projetaient une ombre mouvante sur les murs de l'amphithéâtre. Les rires fusaient, les conversations étaient animées et entrecoupées par divers plaisanteries ici et là. J'étais moi-même assis aux côtés de Eric et de Aaron, entourés de leurs frères et soeurs. Malgré des regards méfiants lancés par quelques pensionnaires, je me sentais vraiment bien en ce moment même. A ma place, comme si j'avais trouvé un semblant de famille.

Oui, c'est sûrement le mot. Une famille, avec des gens plus ou moins proches, avec ses différents, et qui malgré les événements et les disputes, restait soudé et savait profiter des moments comme celui-ci. Des moments ou on oubliait tous les événements passés et ou l'on se concentrait sur ce qui importait vraiment. La différence entre ce soir et les jours précédents était choquante, mais étrangement agréable.

J'aperçois Zoé et Adaline, en train de discuter avec quelques Athénas, il me semble, ou encore Alexandre avec ses frères et soeurs. Halley est un peu plus loin, à l'écart avec ses frères et soeurs, toujours en deuil de la perte de leur chef de bungalow. Elle ne m'a pas adressé la parole depuis l'incident, malgré les efforts que j'ai fais pour aller vers elle et m'expliquer.

Ca lui passera. J'espère en tout cas.

Quelques Apollons jouaient de divers instruments sur le scène : harpes, lyres, et même guitares électriques pour certains, ce qui donnaient un rendu assez particulier.

Je les fixais déjà depuis quelques minutes, intrigué par le spectacle qu'ils offraient sans réellement écouter mes amis discuter autour de moi, quand une main puissante s'écrase sur mon dos.

-Impressionné par les Apollons ? Me demande Eric avec un grand sourire.

-Plutôt oui, j'admets sans les lâcher du regard. J'en viendrai même à avoir envie de les rejoindre...

-Faudrait déjà que tu saches jouer d'un instrument pour ça, non ? Lança Aaron qui venait d'écouter notre conversation.

Je lui lance un regard amusé.

-Ce n'est pas parce que je ne suis pas un Apollon que je sais pas joué d'un instrument, banane.

-''Banane'' ? Se moque t-il. Tu fais de pire en pire niveau insulte, vieux ! Mais sans rire, tu sais jouer d'un instrument ? Ajoute t-il avec une mine perplexe.

Les quelques amis de Eric et Aaron qui nous entoure me lance aussi des regards intrigués.

-Tu doutes toujours de moi, hein ? Je ris en secouant la tête, essayant de changer de sujet.

-Sans rire, Zack, tu sais jouer d'un instrument ? Insiste Aaron.

Je pousse un soupir.

-J'ai peut-être pris quelques cours pendant quelques années ... j'admets à contrecoeur.

Aaron se lève soudain et descends les marches en courant. Il s'arrête sur la piste et met ses mains en haut-parleur, sa voix mélodieuse et puissante raisonne contre les murs et fait taire les conversations.

-Oyé, oyé, gentes dames et damoiseaux, nous avons aujourd'hui un spectacle exceptionnel, unique en son genre !

Des murmures intrigués commencent à s'élever dans les gradins, les pensionnaires cherchent du regard la surprise dont parle Aaron.

Je sens mon coeur s'accélérer après m'être remis de la surprise de l'annonce de mon ami. Il n'oserait quand même pas ...

-Notre ami Zack, que je suis sur que vous adorez tous ( quelques rires et grognements fusent, mais personne n'intervient ), va nous interpréter un petit solo de musique ! Bon, je sais pas de quel instrument il joue, mais on s'en fou ! C'est histoire de vous montrez qu'il n'est pas forcément bon qu'à faire flipper les gens avec son regard d'acier et sa faux ! ( Quelques rires fusent encore, plus haut cette fois, les flammes du foyer s'agitent doucement )

Je comprends ce qu'il essaye de faire, et la gêne qui m'envahit et quelque peu atténuer par un sentiment de gratitude.

Je sais que c'est assez difficile de vous rendre compte de l'ambiance qui règne ici, seulement vu par mes yeux. Mais ... les choses ne vont pas en s'arrangeant, à vrai dire. Les rumeurs qui circulent sur mon sujet s'intensifient, et je vois bien le doute dans les regards de beaucoup. Ca ne me dérange pas, j'y suis habitué. Mais l'attaque inexpliquée, les secrets que gardent les chefs de bungalow, la mort étrange des jumelles, et, sujet tabou : le massacre de Zoé lors de l'attaque, tout cela créé une certaine tension ressenti par tous. Et beaucoup relie ça à mon arrivée. Tous se posent des questions, s'interrogent.

Mais aucune réponse n'a encore été donné. Et ce flou semble nous séparer petit à petit.

-... demander à Zack, fils de ... on sait pas trop, de bouger ses fesses des gradins et de venir nous interpréter une petite musique, histoire de détendre l'atmosphère ! Finit Aaron.

Une grand silence plane sur l'amphithéâtre, tandis que presque tous les regards se fixent sur moi. Je croise celui de Zoé et d'Adaline, qui sont plutôt encourageant.

Je lance un regard de détresse à Eric, et son rire grave raisonne dans le silence ambiant. Il me lance une tape sur l'épaule et me dis d'y aller.

Je respire un grand coup et finit enfin par me lever. Je descend les marches avec les regards fixés sur moi, mon coeur bat à la chamade. Je suis pas du genre à stresser en public mais ... Imaginez-vous à ma place.

-C'est pas trop tôt ! Rit Aaron. Qu'est-ce qu'il y a mon pote, tu stresses ? ( Quelques rires timides fusent encore, ce mec à vraiment un don pour détendre l'atmosphère )

Il se dirige vers un coin de l'amphithéâtre, et me demande :

-Tu joues de quel instrument ?

-Passe moi une guitare acoustique, ça devrait faire l'affaire je pense, je réponds après une brève réflexion.

Il fouille un instant, et me rapporte ça avant de grimper quatre à quatre les marches.

Je me retrouve seul, sur la scène, devant la quasi totalité des pensionnaires de la Colonie.

Je m'éclaircis la gorge, mon coeur tapant contre ma poitrine à toute vitesse.

-Ahem, bon. Euh ...

-Allez Zack, lance-toi ! Crie Eric au loin, applaudissant à tout rompre.

Il est rapidement suivit par quelques cris d'encouragements du groupe avec qui j'étais. J'entends Zoé et Adaline crier aussi sur ma gauche.

Plus gênant comme situation, tu meurs.

Je m'éclaircis de nouveau la gorge, plus confiant.

-Okay, bon, je vais vous demander d'être tolérant. Déjà je suis là contre mon gré, et je n'ai pas joué depuis un bout de temps donc ... Si jamais quelqu'un veut prendre ma place ?

Un grand silence encore plus pesant règne.

-Merci de votre aide les gars, je ris.

L'amphi réponds à mon rire et l'atmosphère semble se détendre légèrement.

-Bon, vous voulez un son en particulier ou je choisis ?

-DU SYSTEM OF A DOWN ! Hurle un Arès, qui se voit vite corriger par une claque derrière la tête d'un de ses frères.

-J'approuve tes goûts musicaux, mec ! Je lance en souriant. Peut-être après si vous êtes chauds, j'suis pas trop équipé pour, là, je réponds sur un ton d'excuse.

Je le vois lever discrètement un pouce vers le haut et mon sourire s'agrandit.

Personne d'autre n'ose prendre la parole.

-Okay, j'ai pigé, vous êtes timide, ou c'est moi qui vous met mal à l'aise. Et moi qui croyait que Aaron disait des conneries quand vous m'aimiez pas ... je soupire.

Quelques sourires se dessinent sur les visages des demi-dieux en face de moi.

-Bon, je vais vous faire une musique que j'affectionne tout particulièrement. Ca devrait vous rappeler des souvenirs, que vous connaissiez ou pas. J'espère que vous aimerez.

Je prends ma guitare en main et passe l'accroche à mon cou. J'accorde l'instrument, essayant de me souvenir du réglage exact des cordes. Une murmure impatiente s'élève.

-J'arrive, j'arrive, je vous ai dit que ça faisait longtemps ! Je lance.

Quelques rires fusent encore, réchauffant l'ambiance.

-Bouge ton cul Zack ! Crie Aaron.

D'autres rires encore plus fort s'élèvent.

-Je suis prêt ! Je finis par annoncer, tout joyeux. On y va ! Ah, et j'ai oublié de préciser, je vais pas juste jouer. Je vais chanter.

Les pensionnaires se lancent des regards interrogateurs, intrigués.

-Eh, ne vous enflammez pas, je vais essayé de chanter ! Je ris.

Une idée me traverse l'esprit, et je souris bêtement pendant une seconde.

-Cette chanson est dédiée à Alizéa.

Les premières notes de la guitare raisonnent contre les murs de l'amphi. Les yeux de certains s'écarquillent quand ils reconnaissent les premières notes, de nouveaux sourires se dessinent sur les lèvres d'autres, quelques-uns applaudissent même.

( Pour les lecteurs : Jason Mraz – I'm yours )

Les flammes, qui étaient basses, s'élèvent peu à peu en un grand feu de joie. Je comprends soudain qu'elles sont le reflet de l'humeur des gens l'entourant, et mon sourire s'agrandit tandis que je continue de chanter. Un coeur venant des gradins s'élèvent avec ma voix, ceux qui connaissent les paroles chantent, les autres essaient de suivre.

Je conclus la dernière note sous une salve d'applaudissement qui fait trembler les murs et le sol.

J'enveloppe du regard les pensionnaires en face de moi, tout sourire dehors. Zoé me regarde, impressionnée, les bras levé en signe d'incompréhension et de stupeur, l'air de dire ''Depuis quand tu sais chanter toi ?''. Eric, Aaron et les autres gars crient et applaudissent plus fort que les autres.

J'attends que la clameur se calme avant de demander :

-Vous êtes un putain de bon public sans déconner ! Je fais, choqué, sous les rires des gens. Pour la peine, je peux en refaire une autre si vous voulez. Vous avez d'autres propositions ? Je demande en regardant la foule.

-Ed Sheeran ? Demande une Déméter.

-Pas mal, pourquoi pas ? D'autres idées ?

-Imagine Dragons ? Crie un Hypnos.

-Bonne idée, je retiens aussi ! Je fais en souriant.

-Et pourquoi pas une musique que tu aimes vraiment, Zack ? Crit Adaline, assise à côté de Zoé.

Je la regarde, pensif.

-J'ai bien une idée mais ...

-Pas de mais ! Renchérit Zoé, criant à son tour. Allez, fais nous rêver !

Je souris légèrement, et accorde de nouveau ma guitare tandis que le murmure de la foule s'apaise une nouvelle fois.

J'entame les premières notes de All My Days de Alexi Murdoch.


La soirée dans l'amphithéâtre a été un franc succès. Je n'ai jamais vu les pensionnaires aussi heureux depuis que je suis là. Pendant les quelques heures passés à parler, chanter, rire et manger, toutes les tensions ont semblé s'envoler petit à petit au fil de la soirée.

Chacun est parti de son côté, certains couples main dans la main, d'autres en groupes d'amis, certains sont partis se coucher.

Je ne sais pas si les harpies sont de services aujourd'hui, mais j'ai l'impression que tout le monde s'en fiche pas mal.

Aaron, Eric et les quelques Héphaïstos et Apollons qui les accompagnent, dont je commence à connaître les prénoms, m'ont entraînés pour prolonger la soirée sur la plage, et profiter d'un bain de minuit. Zoé et Adaline nous accompagnent, j'ai réussi à les convaincre de venir bien qu'elles étaient fatiguées. J'ai cherché Halley, en vain. Je ne crois pas qu'elle aurait accepté mais ... Ca lui aurait fait du bien.

Et apparemment, Aaron a une surprise pour nous. Il s'est eclipsé il y a déjà un bon quart d'heure.

Nous sommes donc posés sur la plage, loin des bois par précaution, avec Eric, Zoé et Adaline, et respectivement, Nathan, Alexandra et Meggie, fils et filles d'Apollons et deux fils d'Héphaïstos, John et Wayne.

J'ai pas mal chambré ces deux derniers sur l'accord fortuit de leurs prénoms, mais ils n'ont pas encore capté la blague. Ils sont tous deux petits mais musclés à force de passer leur temps à la forge, mais on les différencie clairement par leur peau, John à une peau blanche, laiteuse, immaculée, tandis que celle de Wayne, plus bronzée, est recouverte de cicatrices. Je n'ai pas osé lui demandé d'ou elles venaient.

Nathan est ... Et bien, pour utiliser des mots simples, il est très effeminé, et ses longs cheveux blonds noués en queue de cheval me le font parfois confondre avec une fille. Il est très drôle, plaisante de son comportement tout le temps, et s'entends super bien avec Alexandra et Meggie. D'ailleurs, ces deux là ne se lâchent pas. Elles sont ... dans leur délire aussi on va dire, Alexandra à les cheveux violets et Meggie des mèches bleues, et je ne compte pas leur nombre de percing. Outre passer l'apparence, je crois que c'est les filles les plus drôles que j'ai rencontré. Sans parler qu'elles n'hésitent pas à dire ce qu'elles pensent, ce qui leur vaut souvent de sacrés remarques des autres pensionnaires.

Nous formons donc un groupe assez particulier à nous tous. J'aime ça.

Eric commence à allumer un feu de camp sans grande difficulté, quand soudain Aaron surgit de l'obscurité, un immense sac et une énorme glacière à la main.

-Surprise ! Crit t-il en déposant le tout devant nous.

Nathan et les deux fils d'Héphaïstos s'empressent d'ouvrir la glacière, découvrant plusieurs bouteilles de vodka, des bières et d'autres boissons plus légères comme du jus de pomme ou du Redbull. Le sac contient des paquets de marshmallows et de chips.

Je regarde le tout émerveillé, comme si on offrait son plus beau cadeau de Noël à un enfant.

-Aaron ... Je fais, les yeux remplis d'étoile. C'est ...

-La plus belle chose que tu ais vu depuis longtemps ? Demande t-il en riant devant ma tête.

Je hoche la tête, sans mots.

-Comment tu as trouvé l'alcool ? Je questionne à voix basse.

-J'ai des relations ! Mais, j'y pense, il en va de ma responsabilité ! Vous êtes tous âgés de 21 ans ici ?

Tout le monde se regarde en souriant. Eric lève la main pour jouer le jeu.

-C'est plutôt discriminant comme question pour moi ça vieux, j'ai l'impression d'être un ancien avec vous tous.

-Mais t'es un ancien ! T'es un peu notre grand frère non ? Fait Aaron en se grattant le menton.

-Si j'étais votre grand frère, je ne vous laisserai pas boire je pense, plaisante t-il.

-Un point pour Eric, fait Nathan en souriant aussi.

Je lance un regard moqueur à Zoé et Adaline.

-Vous comptez boire aussi ? Je leur demande avec un sourire ironique.

Elles se regardent et éclatent de rire.

-Tu nous connais pas je crois, dit Adaline, secoué d'un fou rire.

-Okaaaaaay ! Je fais en levant les mains en l'air. Désolé de vous avoir sous-estimées mes dames.

-Tu prends un cul-sec pour la peine, fait Zoé.

-Tu rêves, je rétorque en souriant.

Nous commençons à faire griller des marshmallows sur des piques de bois au-dessus du feu. Plus cliché, tu meurs, mais ça fait du bien.

Aaron paie sa tournée et remplit les verres de tout le monde. Les sujets de discussions fusent, j'en apprends un peu plus sur les divers rumeurs et tendances dans la Colonie, les couples, les exs de tous, et même les aventures de Nathan avec quelques gars à l'extérieur. Tous parlent de leur vie d'avant, de leurs amis, de leurs familles, des souvenirs d'enfances.

Sans m'en rendre réellement compte, je me nourris de tous ça, je souris devant les visages nostalgiques, et je me retrouve à imaginer les scènes racontées.

Les verres s'enchaînent, la soirée suit son court sous la lune haut dans le ciel, qui éclaire la plage et la mer autour de nous.

-Tu aurais du apporter la guitare Zack, me lance soudainement Meggie, la bouche pleine.

-Merde, pas con ! Je peux aller la chercher rapidement ! Aaron, tu l'as laissé où ?

-Amphithéâtre, près de l'entrée. Tu peux pas la rater, elle est dans la pièce à instrument, c'est ouvert.

-Je me dépêche.

-J'espère bien, tu vas rater le bain de 00h ! Fait John en souriant.

-Mais ... il est 2h du mat', je fais, perplexe.

-HEIN ? Crit tout le monde en coeur, en se lançant des regards choqués, avant d'exploser de rire.

-On doit rattraper ça, tout de suite, dit Alexandra en commençant à se déshabiller.

-Je vous suis, fait Adaline en se levant également.

-Pareil, fait Adaline.

-Je crois que t'as intérêt à te dépêcher Zack, fait Wayne en enlevant également son t-shirt, suivit pour ses deux frères qui sourient bêtement. Tu risques de rater le spectacle.

Les filles sont déjà en train de courir vers la mer, en sous-vêtements.

-Je vais chercher ça, même si j'ai de nombreuses raisons de pas le faire maintenant, j'affirme à contrecoeur.

Aaron me lance un sourire entendu avant de lui-même commencer à se déshabiller.

Je secoue la tête en souriant, avant de prendre un dernier verre et de courir vers l'amphithéâtre. La tête me tourne, mais je tiens debout. Enfin, je crois que je court droit en tout cas.

Sur le chemin, une idée me traverse l'esprit, et je fais un léger détour.


-Hey, tu fais toujours la gueule ?

Je suis agenouillé près du ruisseau, pas loin du buisson ou je cachais habituellement ma faux.

Pas un mouvement dans le ruisseau. Rien du tout. Je soupire et me relève après avoir attendu quelques minutes.

-Tant pis, tu rates un truc.

Je m'apprête à partir chercher la guitare quand un jet d'eau me trempe de la tête au pied.

-Putain Alizéa t'es sérieuse ? Je crie, avant de m'insulter intérieurement pour le bruit que je fais.

-''Tant pis, tu rates un truc'' ? Même pas un mot d'excuse, espèce d'enfoiré fini, fait Alizéa, en colère.

-Hey, doucement le vocabulaire, sois polie.

Un nouveau jet d'eau m'atteint en plein visage.

-Arrête ça ! Pourquoi tu crois que je suis là ?

-Je croyais que c'était pour t'excuser, mais apparemment je me suis trompée. Tu viens me faire perdre mon temps ?

-Non, je viens t'inviter à une petite soirée pour me faire pardonner de l'autre fois, ça te tente ?

Alizéa me fixe un instant, ses yeux se plissent en croisant mon regard.

-Dis-moi Zack, tu n'aurais pas bu ?

-Quelques verres, tout au plus ... j'admets en souriant.

Elle pousse un soupir désespéré.

-Et dire que tu as besoin d'être bourré pour venir me voir ... Au moins, tu as pensé à moi, ça me fait plaisir.

-Je t'ai aussi dédié une chanson. Dommage que tu l'ais raté.

Je ne sais pas si c'est moi qui voit mal, mais je crois bien la voir bleuir un petit peu.

-J'ai entendu ... et vu, fait-elle timidement, sur un tout autre ton qu'il y a une seconde.

-Tu étais là ? Je lui demande, étonné.

-J'étais cachée. Je savais pas que tu savais aussi bien chanté.

-Euh, merci, je suppose, je fais en me grattant l'arrière du crâne, gêné. Bref, tu me gênes là, tu veux venir ou pas ?

Elle semble réfléchir un instant, mais je sais que sa décision est déjà prise depuis longtemps.

-Peut-être que si tu demandes gentiment ...

-Et puis quoi encore ? Je proteste. Je suis déjà bien assez gentil de t'inviter.

-Dommage, tant pis, dit-elle en faisant mine de replonger dans le ruisseau.

-Okay, okay ! Viens, s'il-te-plaît, ça me ferait plaisir que tu viennes.

Un sourire se dessine sur ses lèvres, tandis que je lui tends la main pour l'emmener à la plage, passant chercher la guitare sur la route.

Quelques minutes plus tard, nous rejoignons mes amis. Ils sont toujours dans l'eau et nous courrons les rejoindre, tandis que je fais les présentations. Ils sont d'abord étonné de voir une naïade, mais l'accueil rapidement dans le groupe. Les verres s'enchaînent, les jeux, les confidences, les blagues et discussions philosophiques, et je perds petit à petit le fil de la soirée tandis que nos rirent s'élèvent dans la chaude nuit d'été.


Je me réveille, sans me rappeler m'être endormi.

Les souvenirs de la veille m'assaillent, soulignés par un mal de tête assez impressionnant.

Ca faisait une bail que j'avais pas eu une gueule de bois.

Et ça fait un bien fou.

Je me prends la tête entre mes mains, me massant le crâne comme si ça allait changer quelque chose. Je titube vers la salle de bain, me passant de l'eau sur le visage dès que j'ai atteint le lavabo.

Je retourne dans la chambre, prêt à me recoucher. Je me glisse sous les draps, mais quelque chose prends la moitié du lit.

Pas quelque chose, quelqu'un.

J'ai un éclair de lucidité dans mon état second, et je tâtonne brièvement avant de relever légèrement la couverture.

Une longue chevelure brunes aux reflets châtains cache la visage d'une fille que je reconnais immédiatement.

Je remet la couverture à sa place et me passe la main sur le visage.

Je crois que je n'ai même pas envie de savoir, et je suis bien trop dans les vapes pour réfléchir. Je me glisse à côté d'elle et ferme les yeux, sombrant presque instantanément dans les bras de Morphée.


-C'est l'heure de te réveiller, Faucheur, murmure une voix à mon oreille.

Je me réveille en sursaut, manquant de heurter le visage situé à quelques centimètres du mien.

-Qu'est-ce que ... Je marmonne en me frottant les yeux.

-C'est moi, boulet, panique pas.

Alizéa.

C'est la voix d'Alizéa.

Et ses yeux bleu-vert qui me fixent, sans aucun doute.

-Tu m'expliques ce que ... Ah. Très bien, je fais en voyant qu'il lui manque ses vêtements.

-Ca faisait combien de temps que tu n'avais pas picoler comme ça, dis moi ? Demande t-elle sur un ton moqueur.

-Un ou deux mois je dirais, je fais en reposant ma tête sur mon oreiller, les yeux fixés au plafond, allongé sur le dos.

Alizéa en profite pour s'allonger sur moi.

-Tu as pas de gêne, dis moi ? Je lui demande en riant.

-Hier, ça te dérangeait pas pourtant ...

-Pardon ? Tu sais que je n'étais pas bourré au point de ne plus me rappeler ce qu'il s'est passé dis moi ?

-C'est pour cela que tu mens depuis tout à l'heure, et que hier soir j'ai du te raccompagner jusqu'ici parce que tu cherchais désespérément ta chambre alors qu'on était sur la plage ? Demande t-elle sur un ton moqueur, son sourire narquois juste au-dessus du mien.

Je pousse un long soupir avant de rassembler mes souvenirs, essayant de me rappeler un semblant d'extrait de la soirée d'hier.

En vain.

-Okay, je m'avoue vaincu, je me rappelle de plus grand chose après le feu de camp, j'admets en soupirant de nouveau.

-Tes amis non plus ne se rappellent de pas grand chose. J'espère qu'ils ne se sont malencontreusement pas fait dévorer par les harpies de garde, s'interroge sarcastiquement Alizéa en levant les yeux au ciel.

-Très drôle ...

-Je sais ! Fait-elle avec un grand sourire avec de déposer un baiser sur mon nez.

-Et ... tu m'expliques ce que tu fais là, entre autre? Sans vouloir te vexer, évidemment.

-Tu m'as gentiment proposé de rester dormir ici, hier soir. Je t'ai dit que tu étais bourré et que tu allais regretté, mais tu as insisté. Si tu savais la nuit torride qu'on a passé ...

-Arrête de déconner, Alizéa, je ris.

-Je déconne pas ... Ou pas pour tout, en tout cas, sourit-elle, son regard plongé dans le mien.

-Je sais pas trop quoi dire là, je t'avoue.

-C'est bien la première fois que tu es gêné en ma présence, les rôles s'inversent ?

-Jamais, mais je trouve que tu commences à prendre la confiance, je rétorque.

-Moi ? C'est pas mon genre tu sais ... Dit-elle en secouant doucement la tête. Surtout après ce qu'il s'est passé hier soir.

-Arrête.

-Arrête quoi ?

-Arrête ça, je réponds.

Et sans attendre, je l'embrasse, la faisant basculé sur le dos, moi au-dessus d'elle. Ses mains glissent le long de mon dos tandis que nos lèvres se rencontrent en un baiser ardent.


Je n'ai pas rêvé.

Pour la première fois depuis un bout de temps, je n'ai pas rêvé.

Je me suis frappé la tête contre le mur, j'ai fait le point, j'ai été courir, j'ai tous fais pour me réveiller.

Rien.

Tout était vrai.

Je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas comment tout ça fonctionnait. Pourquoi je vois des choses qui ne sont pas réels. Pourquoi je suis arrivé ici si tard. Pourquoi j'ai tué ma famille.

Tellement de questions.

Si peu de réponses.

Et pourtant, rien ne m'inquiétait. Qu'est-ce qu'il se passait ?

Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez moi bordel ?

Ma vie d'avant me semblait tellement simple. Le lycée, mes deux meilleurs potes, Clément et Pitt, ma colocataire Diana. Tout ça paraissait tellement lointain, que ça en devenait presque flou.

Mais ce qui m'inquiétait vraiment, c'est que plus j'essayais de remonter loin dans mes souvenirs, plus ceux-ci m'échappaient.

Et ce qui m'inquiète le plus au moment présent, c'est de savoir ce que je faisais là à réfléchir à tous ça, ma faux posé à mes côtés, assis au bord d'une falaise à contempler la lune se refléter sur la mer qui se jetait sur la roche cinquante mètres plus bas.

Un craquement retentit derrière moi, et un frisson d'effroi me parcourut le corps.

De l'effroi.

Voilà que je n'avais pas ressenti ça depuis longtemps.

Ou peut-être bien jamais, qui sait ?


Salut tout le monde, désolé pour le retard, les événements se sont pas mal enchaînés dans ma vie et j'ai pas vraiment eu le temps de me pencher sur l'histoire de Zack, surtout que je n'ai plus de chapitres d'avance.

En espérant que celui-ci vous ai plu.

yoOyOo, je suis toujours content que tu apprécies la relation Zack-Alizéa. Je pense que le chapitre a répondu à certaines de tes interrogations de l'autre fois, bien qu'il en reste pas mal à élucider. Mais eh, ça va venir, tu verras !

Little Lazuly, j'adore tes théories et hypothèses, c'est plutôt inspiré ! Par contre, les Héros de l'Olympe se passent bien dans les années 2010, donc les événements actuels se passent bien plusieurs années plus tard. Je suis d'accord pour les Kane Chronicles, j'en voulais plus aussi, c'est dommage. Mais tu m'as donné envie de lire Les Travaux d'Apollon, rien que pour voir du Caléo, je t'avoue que je suis tenté de le lire. Au passage, je te rassure, tu ne fais pas de pavé pour rien dire, au contraire, c'est agréable à lire !

A la prochaine, j'essaie de sortir un chapitre pour le week-end prochain !