Une fois dans la grande maison familiale et les bagages défaits, Colleen prépara du thé pour tout le monde, y compris Dorothy qui les avait accompagnés, avide d'en apprendre un peu plus sur la vie de princesse à Boston de sa meilleure amie.

— Ce doit être magique les illuminations dans les rues !
— Oui, c'est superbe, dit Katie, un grand sourire sur les lèvres. L'électricité, quand est-ce qu'on l'aura ici, maman ?
— Oh pas avant quelques années, j'en ai peur, ma chérie ! répondit Mikaela en déposant des biscuits au centre de la lourde table. Mais c'est vrai que c'est tellement plus pratique que les lampes à pétrole ! Il suffit de lever ou d'abaisser un petit cliquet et les ampoules s'éclairent ! Je n'aurais plus à m'user les yeux sur mes chirurgies éclairées à la bougie, une simple ampoule sur un bâton m'aidera grandement !

Dorothy sourit. Bien entendu, elle savait que Thomas Edison avait fait installer l'électricité dans les grandes villes depuis un peu moins de dix ans maintenant, mais avant que les fils viennent jusqu'à Colorado Springs...

— Vous aurez peut-être la chance de le voir, nous peut-être pas, dit la rousse avec un sourire.
— Mademoiselle Dorothy, vous êtes pessimiste, répondit Brian.
— Non, réaliste, répondit sa mère. Nous vieillissions, comme tout le monde, mais heureusement, la relève est assurée !

Andrew regarda sa femme avec un tendre sourire puis jeta un œil sur leur fille endormie dans le berceau qui avait été construit par Sully pour Katie et que le couple avait reçu en cadeau de félicitations.

— Vous dinez avec nous, Dorothy ? demanda soudain Mikaela en regardant l'heure.
— Oh non ! Je dois veiller sur Nuage Dansant.
— Comment va-t-il au fait ? J'ai été peinée d'apprendre pour son attaque...
— Qui vous l'a dit ? s'étonna Andrew. D'ailleurs, je trouvais étrange que vous n'en parliez pas, Mère...

Mikaela haussa les sourcils, étonnée.

— Eh bien, dit-elle. J'ai reçu une lettre... Le soir de Noël je pense puisqu'elle était dans mes appartements...
— C'est moi qui l'y ai mise, dit Brian. Elle était coincée sur la poignée de la porte quand nous sommes montés nous coucher, Katie et moi...
— Une lettre ? s'étonna Dorothy. Mais de qui ?
— De Hank...
— Hank ! Hank Lawson ? dit Colleen. Maman, permettez-moi d'en douter...
— Mais enfin, pourquoi cela ? demanda Mikaela, surprise.
— Vous n'êtes pas au courant ? demanda Dorothy.
— Au courant de quoi... ?

Mikaela sentit son cœur s'accélérer aussitôt, trahissant une inquiétude approchante.

— Hank est parti, Mikaela...
— Parti ? Mais encore ?

Dorothy regarda Andrew puis Colleen et ce fut le jeune homme qui prit la parole.

— Le lendemain de votre départ en catastrophe, il a plié bagages, annoncé à Jake qu'il allait devoir assurer la Pépite d'Or seul, et prit le train dans la journée. Nous pensions qu'il allait vous rejoindre à Boston...

Mikaela cligna des yeux.

— Pourquoi... aurait-il fait une telle chose ? demanda-t-elle, surprise. Je ne... Non, je n'ai vu que Sully, le soir de Noël, nous avons discuté un peu puis il est parti, je n'ai vu personne d'autre d'ici...

Mikaela baissa les yeux et soudain, s'excusa et se leva. Elle disparut à l'étage, provoquant la consternation des siens, puis revint et tendit un petit carré de papier dur à Dorothy.

— Voilà la lettre, dit-elle.
— Je peux ? demanda la rousse.
— Oui.

Dorothy tira la feuille pliée en deux de son enveloppe puis la déplia et la lu, d'abord pour elle, avant de la répéter à voix haute, s'étant assurée qu'elle ne contenait rien de personnel.

— Elle n'est pas datée, acheva Dorothy. Il indique juste que Nuage Dansant a fait une attaque et qu'Andrew s'est occupé de lui, qu'il ne faut pas s'inquiéter, la routine, quoi. Vous êtes sûre que c'est son écriture ?
— Non, répondit Mikaela. Mais celle sur l'enveloppe, c'est celle d'Horace, j'en suis certaine.
— Allons lui demander, ce sera plus simple, dit Brian.
— Il est trop tard pour déranger les gens, dit sa mère. Nous verrons cela demain.
— Je peux la garder ? demanda Dorothy en agitant la lettre. Je redescends en ville, je passerais voir Jake et lui demanderait s'il reconnait l'écriture de Hank.

Mikaela hocha lentement la tête. Dorothy leur souhaita alors une bonne soirée puis s'en alla et son cheval hennit quand elle lui dit tourner bride. Mikaela se tourna ensuite vers ses enfants, un peu troublée.

— Je... dit-elle. Je suis désolée mais vous allez devoir diner sans moi, je vais aller me coucher, je suis épuisée...
— Pas de soucis, Maman, allez vous reposer, dit Colleen. Andrew et moi allons coucher ici de toute façon. Le Château est trop loin pour rentrer ce soir avec Alicia.

Andrew fit un signe de tête puis Mikaela se détourna et monta dans sa chambre. Elle s'y enferma, déposa sa robe de voyage, enfila sa robe de nuit puis s'assit en tailleur sur son lit et regarda pensivement son reflet dans le miroir en pied devant elle.