Note : Hé, vous n'avez pas eu six mois d'attente pour celui-là, alors ne vous plaignez pas. En plus, il m'aura fallu une soirée pour le boucler. Mais je crains d'avoir un tempérament à retardement : il me faut plusieurs semaines pour enclencher la dextérité de mes doigts. Ainsi donc, déjà 21 chapitres... Ayé, on a dépassé mon âge ! Car voyez-vous, j'ai eu 20 ans la semaine dernière, on vieillit. Ça n'a absolument aucun rapport, j'en conviens et je m'excuse. Mais on fait ce qu'on peut avec les rides que l'on commence à avoir. Et donc oui, je disais donc 21 chapitres, et plus que 3 avant la fin. 4, si je veux faire ma grosse maniaque et m'arrêter à 25 et pas 24 (or j'ai peur d'être cette grosse maniaque, pauvre de moi). La fin, quoi ! J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire que moi à l'écrire, et encore une fois merci pour toutes vos reviews. Love you, gens !
Comme toujours : Arrêtez d'envoyer des fleurs à Lissoue, sérieux. Je sais qu'elle est géniale, extraordinaire, et tant d'autre synonymes propres à quelqu'un qui me corrige toujours aussi vite avec en me donnant toujours des avis de la mort qui tue, mais je crois qu'elle se joint à moi pour vous dire qu'on préfèrerait des Gallions. Parce que hein, même que nos robes de gala pour dîner avec des milliardaires ne sont pas gratuites.
Ah, tant qu'on y pense : Les RAR sont en cours, mes poussins. J'y suis en plein dedans au moment où je vous parle. J'espère que vous m'êtes reconnaissants de mes efforts, parce que sinon hein, attention ! Donc toujours la même adresse, je suis désolée de ne pas mettre à jour le LJ très souvent mais... en fait c'est stupide, je ne sais pas quoi mettre dedans. A part les RAR, j'ignore ce que je pourrais poster. Quand je vois les auteurs qui ont des dizaines de posts et tout autant de commentaires par page, je suis admirative : mais où trouvent-ils leurs sujets, dediou ? Bref, bonne lecture !
MERCI à :
Atchoum16
N'etoile
Shebang
sarah0406
Zod'a
Lady Black S
Lalyh
ConanBlack
Malicia M. Dalriada
Mary Malfoy Black
violettepoete
Victoria Boubouille
Lyloya
feufollet
LaLousiaBlack
Takinza
Dillawyn
Missey
Drottingulove
CHAPITRE 21
"Pour la première fois, Black et moi étions d'accord sur un point : un bon Potter est un Potter pendu. "
- Plus vite, allez plus vite !
Potter ouvrit les bras et éclata de rire, tout à sa joie de traverser le salon sur les épaules de Pettigrow qui, pour l'occasion, avait sorti ses grandes chaussettes rayées et son bonnet de pirate. Black, de son côté, faisait une partie d'échecs avec Lupin, sauf qu'il s'agissait de pièces représentant des légumes.
Bien. Que se passait-il ?
Soudain, Black arriva vers moi la bouche en cœur et un cri perçant fendit le silence de la chambre. L'oreiller sur la tête, le regard vide, un soupçon de bave au coin des lèvres, Potter émit un gargouillement et se redressa.
- Qu... quoi ? Keskia ?
Le coeur battant à tout rompre, je me forçai à respirer profondément. Une, deux. Voilà, parfait. Il n'y avait pas de courgette mettant en échec le morceau de concombre, et jamais Potter n'avait hurlé "taïaut" en tapant sur la tête de son ami comme sur un tambourin. J'avais seulement un grain. Un gros.
Je m'enfonçai de nouveau paisiblement sous les couvertures et songeai que cela faisait déjà deux jours que je supportais l'hospitalité du Maraudeur, et que, ma foi, cela faisait deux jours que j'étais toujours en vie. Il fallait que je modifie ma thèse comme quoi rester plus d'une heure à leurs côtés ne pouvait qu'être fatal. Peut-être fallait-il un peu plus, une semaine ? De toute façon les vacances qui allaient se terminer ne me laisseraient pas le loisir de trépasser pour m'en rendre compte.
- Rendors-toi, soufflai-je à mon colocataire qui avait repris le cours de sa nuit sans me demander mon avis, sa respiration mettant déjà à mal les nerfs de nos voisins qui tapèrent contre le mur.
Je répondis à Black - car il n'y avait que lui pour manquer à ce point de savoir-vivre, en tapant de la même façon, et bientôt un échange résonna dans les oreilles de tous ceux qui avaient eu le malheur de ne pas jeter un sortilège d'Insonorisation autour de leur lit. C'est-à-dire... tout le monde, étant donné que personne n'avait l'âge de pratiquer la magie. Mon sens de la déduction me laissera toujours bouche bée.
- Et donc je suis tombé du lit et je me suis réveillé, commenta d'une voix neutre Lupin en mangeant son toast.
Devant lui, Black et moi avons échangé un regard chargé de haine destructrice avant de plonger simultanément dans notre bol de lait.
- Moi je n'ai rien entendu, mais la tête de Rémus quand je me suis levé était assez représentative, ajouta Pettigrow en sirotant son jus d'orange.
Je lui jetai une œillade mauvaise et il eut un mouvement de recul avant de planter son regard de petit rongeur dans le mien. Un sursaut de courage sorti du gouffre que représentait sa personnalité, sans doute. Il n'empêche que sur ce point, j'étais scotchée. Depuis quand Pettigrow n'était plus impressionnable ? Voilà un monde qui s'écroulait - pour moi.
- Allons, allons, Peter, le calma Potter en lui tapotant la tête d'une main tandis qu'il mangeait sa tartine de l'autre.
- J'espère que tu es en train de toucher mes cheveux avec la main qui ne t'aide pas à manger, lança le concerné avec une grimace, éloignant vite le danger potentiel que ces cinq malheureux doigts constituaient pour son hygiène.
De toute façon, tout ça n'était que le résultat de la connerie de Black. S'il n'avait pas le sommeil aussi léger, rien ne serait arrivé.
- Et puis estimons-nous heureux, nous avons eu deux jours de répit avant le grand débordement.
- Non mais je t'en prie !
- Corny, tu veux mourir ?
- Vous êtes trop forts ! lança Potter en levant le pouce pour la seconde fois depuis mon arrivée. Hein Rémus, qu'ils sont forts ?
- Très, répliqua ce dernier en buvant son thé, totalement déconnecté de la situation.
Au moins un qui conservait son sens commun.
Les vacances n'allaient pas tarder à se terminer, et je n'avais eu aucune nouvelle de mes parents, me faisant craindre à la fois le pire et le meilleur. Après ma sortie monumentale - j'ose à peine imaginer la dégaine devant les invités huppés, j'avais espéré recevoir un message disant que j'avais été adoptée par des pêcheurs de l'Est, me faisant renoncer à un nom détestable et à un groupe de quatre péquenauds lents du ciboulot. Mais je savais également que ma mère ne resterait pas sur une défaite et qu'elle ne faisait que retenir son coup pour lui donner plus de force encore. J'étais donc partiellement effrayée et s'il n'y avait pas eu mes gardes du corps personnels, je crois qu'il y a bien longtemps que je me serais jetée du haut du toit. Malheureusement, ils semblaient prévoir toutes mes tentatives et je n'étais jamais seule. Il n'y avait que Potter qui ait compris que m'accompagner à la salle de bain et aux toilettes n'était pas vraiment réaliser l'un de mes fantasmes et il s'en était sorti avec un hématome au genou - la seule région que je puisse atteindre.
- Il y a du courrier, claironna Peter de l'entrée en agitant une liasse au-dessus de lui.
Tous se ruèrent sur sa frêle personne devant mes yeux écarquillés. Wow, que se passait-il ?
- Ne me dites rien : une invitation au grand banquet organisé par votre fan-club ?
- Enlève tes sales pattes de mon enveloppe.
- Ce n'est pas comme ça que les voyantes agissent ? Agiter la main au-dessus des objets et les toucher pour avoir une vision ? Comme je suis généreuse, je te fais part de la mienne : tu risques de devenir sourd très bientôt.
Il m'arracha l'enveloppe des mains et je levai un sourcil. Depuis quand il n'acceptait plus que je me foute de lui ? Et depuis quand Sirius Black était impatient d'ouvrir une lettre qui avait quatre-vingt dix-neuf pour cent de probabilité de contenir du poison/un philtre d'amour/une déclaration ET un philtre d'amour/autre ?
- Sirius n'est pas très coopératif lorsqu'il s'agit de sa vie privée.
Lupin m'avait discrètement tirée en arrière afin d'éviter un énième conflit.
- Non mais je rêve. Et qui l'a amené chez elle, le faisant dormir dans sa chambre, entouré justement de tas d'objets révélateurs de sa vie privée ?
- Oui, et j'en suis ressorti plus traumatisé que si j'avais aperçu Rogue en maillot de bain, me parvint sa voix du hall.
- Tu veux te battre ?
Il ne répondit pas et se contenta d'observer attentivement chaque destinataire avant de reposer le tas sur la table. Il n'en avait pris aucune, ce qui laissait de côté l'hypothèse de la correspondante anonyme. Il revint donc vers nous, accompagné de ses deux acolytes.
- Ta commande express d'hormones de croissance n'est pas arrivée ?
- Et ta commande d'allumettes destinée à brûler ta garde-robe douteuse ?
- Non plus. On porte plainte ?
De son côté, Pettigrow s'attardait sur un courrier de ses parents, et Potter gémissait qu'il n'avait toujours pas de nouvelles d'Evans. A ce stade, je trouve le terme quelque peu étrange : "toujours pas", ça ne sous-entend pas "toujours pas alors qu'elle avait promis de m'en envoyer" ? Or je pense ne pas me tromper en comparant Potter à un morceau de chewing-gum dans l'intellect de sa rouquine adorée. Ça colle, on peut difficilement s'en débarrasser, et on ne sait pas par qui ça a été mâchouillé auparavant. Et Lupin avait repris le fil de ses occupations, c'est-à-dire qu'il s'était rassis et terminait son thé. Je crois que je l'envie.
- En tout cas, pas de nouvelles de tes parents, continua Black en s'étirant et en reprenant sa place à table.
Silence. Clignements d'yeux. Sensation de ne plus rien comprendre à la vie telle que je l'avais toujours connue.
- C'était ça que tu vérifiais dans la pile de lettres ? Si mes parents m'avaient envoyé quelque chose ?
Ce que j'avais moi-même craint, entre nous. Ils étaient tout à fait capables, après l'esclandre que j'avais créé, de me faire parvenir une copie de leur testament où ils me rétrogradaient derrière le poisson rouge de ma sœur. Mort.
Mais que Black s'en soucie, c'était une autre paire de manche. Parce que soyons réalistes : il ne m'avait accompagnée que pour une obscure raison dont j'ignorais encore la cause, sans doute pour manger à l'oeil, et il n'avait pas été question d'une relation de princesse et chevalier. Tout d'abord parce que je n'avais rien d'une princesse et que c'était sans doute à cause de ses ancêtres chevaliers que la plupart des Royaumes étaient aujourd'hui lamentablement réduits en poussière. L'époque funeste de notre non-relation dévoilée au grand jour devrait cesser dès la rentrée, pour ma santé mentale et également parce que je n'étais pas suicidaire. Je voulais mettre fin à mes fiançailles, pas à ma vie.
C'est en silence que se termina ce petit déjeuner, chacun étant trop occupé par ses propres pensées pour se préoccuper de celles des autres. Lorsque Potter proposa une promenade, je le regardai avec un air vide.
- J'ai l'air d'un cheval ? Ou d'un chien qu'on promène ?
- Il ne fait pas un peu trop froid dehors pour marcher ?
Tous se tournèrent vers Pettigrow, car c'était lui qui venait de m'appuyer. Oh ?
- Dans ce cas on vous laisse, vous garderez la maison.
C'est bien ce que je disais, j'étais un chien.
Ils furent dehors en un clin d'œil et j'entendis leurs éclats de rire devant une énième stupidité énoncée par Black dans l'allée. En me retournant, je vis Pettigrow qui s'était installé dans le canapé et qui fouillait dans le tiroir de la table basse.
- Une partie d'échecs ?
- Okay, répliquai-je en haussant les épaules.
Nous n'avions rien à nous dire et la partie se déroula dans le silence le plus complet. Évidemment, j'étais on ne peut plus nulle à ce genre de jeu de stratégie et je m'étais faite prendre mon Roi au bout d'exactement... vingt-quatre minutes. Un record.
- Bien. Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?
Il haussa les épaules à son tour, semblant réfléchir.
- Je n'ai pas l'habitude d'être à la tête des expéditions.
- Ne me dis pas que tu attends toujours que ce soient les deux blaireaux qui te proposent des occupations ? Mais as-tu un minimum de dignité ou d'estime de ton corps ? Tu sais de combien sont tes chances de finir dans un trou quelconque dans un endroit isolé avec leur cervelle dérangée ?
Je repris mon souffle et il me jeta un regard abasourdi. Comprenez-moi : je n'aimais pas Pettigrow et il ne devait pas m'apprécier des masses non plus. Mais si je pouvais sauver une malheureuse victime de leurs griffes, je le faisais. Quoique j'ai un sérieux doute pour lui, le pauvre. Cinq années d'études en commun pouvaient être fatales.
- Ils sont plus sympas qu'ils n'en ont l'air, dit-il simplement.
- Les gens disaient ça des tigres dans les cages, aussi. Jusqu'à ce que le verrou saute.
Silence, de nouveau. Nous avions tous les deux la sociabilité d'une taupe agonisante et il fallait avouer que l'ambiance devenait de plus en plus lourde.
- Sinon, repris-je afin de briser la glace, ça fait longtemps que tu les connais ?
- Depuis la première année.
Depuis la première année. Okay. Pas de "oh tiens et si tu veux je te raconte quelques anecdotes, histoire de tuer le temps". Non que ça m'intéresse, mais tout de même, il aurait pu poliment me proposer ce que j'aurais alors tout aussi poliment refusé, ce qui nous aurait alors occupé au moins... deux bonnes minutes. Voire deux minutes trente, si je déclinais son offre avec une extrême lenteur. Bref, quelque chose que l'on ne prend pas à la légère.
Un hibou s'engouffra alors par la fenêtre à point nommé, déposant une lettre sur mes genoux. Les yeux de Pettigrow se plissèrent tandis que je tapotai distraitement le hibou qui me mordit sauvagement.
- Putain de bouffeur de souris !
Me massant mon doigt qui commençait à devenir bleu, je reconnus alors Myonos, le hibou familial. Pas étonnant qu'il soit aussi agressif. Une cuillère deviendrait agressive si elle devait faire face à ma tendre sœur et à ma mère tous les jours que Merlin fait.
Hé.
Le hibou familial ? Le hibou familial ?
Mes doigts ne m'obéissant plus, la lettre fut prestement ouverte, et mes yeux la parcoururent avec une rapidité telle que je crus qu'ils allaient sortir de leur orbite. Malgré moi je blêmis, à un point tel que je sentis la timide pression de Pettigrow sur mon épaule.
- Est-ce que tout va bien ?
Rejetant son bras, je tournai les talons, lettre dans mon poing serré, et grimpai les marches deux par deux, mes jambes m'interdisant les trois, voire quatre, que s'autorisait ce crétin de Black.
Black...
"Je n'ose pas revenir sur cette ridicule amourette qui nous met tous dans l'embarras. Tu nous montre une nouvelle fois à quel point tu es immature et indigne de notre confiance en t'entichant du pire de tous."
Entendant Pettigrow me suivre, je fermai la porte et mis le verrou malgré ses protestations. La technologie moldue était parfois bien utile lorsque les baguettes étaient interdites d'usage.
- Tomson, hé ! Qu'est-ce que tu fais ?
Je n'avais pratiquement rien apporté, constatai-je en faisant le tour de la chambre de Potter dans laquelle je m'étais engouffrée. Je remis ma robe de soirée et lui laissai ses habits soigneusement pliés sur son lit, même si j'imaginais bien qu'ils ne le seraient plus d'ici une journée. Coinçant ma baguette dans mon corsage, de façon tout à fait élégante et distinguée, j'en conviens, j'ouvris la porte et faillis écraser le nez de mon colocataire forcé qui se tenait devant. Profitant de sa surprise, je dévalai les escaliers à toute vitesse, traversai le hall et me retrouvai dehors. Regardant à droite, à gauche, je pris finalement... tout droit. Je suis pleine de contradictions, c'est un fait. Derrière moi, sa voix me parvenait, mais il s'essouffla vite et ne parvint à me rattraper. Le seul avantage de n'avoir que ses os à transporter.
"Si tu ne reviens pas tout de suite à la maison, que tu ne travailles pas à ce projet que ton père et moi avons mis en place à ton attention, sois assurée que nous prendrons les mesures nécessaires."
Je fermai les yeux, mes enjambées s'accélérant jusqu'à ce que je me retrouve à plusieurs centaines de mètres de la maison. J'eus la chance de ne pas les croiser, mais Merlin seul savait où ils avaient dû traîner. Ne voulant pas finir ma vie dans un fossé, je repris contact avec l'extérieur et respirai profondément. Peut-être la dernière fois que je respirai cet air, frais et empli de liberté.
"La lettre que nous t'avons envoyée contient un Portoloin. Si tu n'es pas à la maison dans l'heure qui suit son acheminement, ce n'est plus la peine de revenir."
J'aurais aimé lui obéir, ou plutôt lui désobéir, et m'éloigner à jamais de ce Manoir qui me hantait. Mais j'étais suffisamment réaliste pour comprendre que je ne pouvais pas rester seule alors que j'avais à peine seize ans, eusse-je un ami aussi fiable que Potter pour Black. Ce que je n'avais pas. Et je me voyais mal partager la même chambre que cette usine à ronflements toute ma vie.
Dans l'enveloppe brillait une longue clef dorée que je saisis. Je ne savais pas trop comment marchait ce genre de choses, et j'attendis donc quelques minutes que le mécanisme se déclenche. Brusquement, je me sentis tirée par le nombril et emportée dans un tourbillon qui me fit regretter d'avoir pris un petit déjeuner. Je me retrouvai dans le petit salon où m'attendaient quelques domestiques qui m'accueillirent sans mot dire. Ils m'escortèrent jusque dans ma chambre en me disant qu'il fallait que je me change avant le repas. Tout aussi silencieuse, je baissai la tête et fermai la porte.
- Le sel maman, s'il-te-plaît.
La voix de ma sœur me parvenait en sourdine et la réponse de ma mère également. Y avait-il seulement eu une réponse ? Mon père, au bout de la table, lisait la Gazette, indifférent à la situation. Et je le haïssais pour ça, je le détestais de m'avoir fait espérer une aide qu'il n'était pas en mesure de m'offrir.
Mon corset me gênait considérablement et je n'avais pas osé demander pourquoi j'avais trouvé sur mon lit une tenue si élégante. Différente de la robe que j'avais portée à la soirée, il s'agissait cependant de quelque chose qui ne se portait pas de façon quotidienne, mais cette fois je n'avais rien dit lorsque la femme de chambre était venue m'aider. Rien non plus lorsqu'elle se mit en devoir de me coiffer, Paolo étant déjà demandé dans je ne sais quel évènement mondain ringard. J'étais devenue une poupée rigide et j'attendais le coup de marteau qui briserait ma porcelaine.
Ce fut le coup de sonnette.
- Tiens, les voilà, sourit ma mère en s'essuyant la bouche avec grâce.
Les yeux de ma soeur brillèrent de façon étrange et elle se leva à son tour, tandis que la parole à mon égard fut brève et glacée.
- Emily, lève-toi et suis-nous.
C'est en file indienne que nous avons rejoint le hall où venaient d'être accueillis l'homme à la haute taille et la femme aux lunettes que j'avais déjà vus. Les Summers.
- Désolée de vous recevoir ici, minauda ma mère en tendant la main, nous allons monter dans le grand salon de l'étage. Si vous voulez bien me suivre.
Je traînai la patte derrière et fus surprise de sentir une pression sur ma taille.
- Dis-moi, ta crise d'adolescente ne se fait pas dans la dentelle.
Je voulus m'esquiver mais le bras se fit acier.
- A ta place je resterai bien silencieuse et bien obéissante. Tu n'imagines pas combien de temps ta vigoureuse maternelle a passé à convaincre mes parents de ne pas la traîner dans la boue.
- Comme s'ils ne pouvaient pas trouver des centaines d'oies blanches pour ton dîner de noces.
Son sourire s'agrandit et je retrouvai les canines proéminentes.
- Tu serais surprise de la pénurie de volailles en ce moment.
Je ne répondis pas et nous les suivîmes jusqu'à la pièce richement tendue de velours vert où les meubles d'acajou frottés chaque matin brillaient comme des diamants. Ma mère m'engagea d'une œillade sans réplique à prendre place à ses côtés tandis que l'autre famille s'était laissée tomber avec grâce sur le canapé face à nous.
- Nous estimons que vous nous avez gravement manqué de respect, commença Mrs Summers d'un ton bref et sec.
- Voir votre fille quitter sa soirée de fiançailles avec le jeune Black, qui plus est en faisant une scène devant tous ces invités suite à notre accord, c'est plus que ce que nous pouvons supporter, ajouta Mr Summers avec une dignité risible.
Pensez-vous, j'avais osé dire que leur fiston n'était pas un bon parti.
- Cependant, continua sa femme, imperturbable, nous ne sommes pas du genre à briser ce qui a été formé, et qui plus est notre fils s'est montré très persuasif quant à sa fiancée qu'il semble apprécier tout particulièrement.
Clin d'œil ironique de Summers dans ma direction, frémissement de ma part. Le salaud.
- Je comprends tout à fait, et j'en suis navrée, sachez que je...
- Il faut donc nous donner des garanties solides, la coupa-t-on. Plus jamais votre fille ne devra être en contact avec ce groupe d'énergumènes qui se font appeler - elle renifla de mépris - les Maraudeurs. De plus, le mariage aura lieu à la fin de sa sixième année, même s'ils ne débuteront officiellement leur vie de couple que l'année suivante. Ian passe ses ASPIC cette année, il prendra donc la suite de son père au Ministère et commencera sa carrière de façon à accueillir comme il se doit la future Mrs Summers.
Emily Summers. Mrs Ian Summers. Quelle que soit la manière dont ce nom était tourné, il était affreux.
- Évidemment, se contenta de murmurer ma mère que je voyais pour la première fois muette face à quelqu'un.
C'est alors que tous les regards convergèrent vers moi et je me sentis brusquement stupide. J'étais censée dire quelque chose ? M'excuser ? Non mais qu'ils aillent voir chez Potter si j'y étais.
- Vous viendrez dès la fin de votre septième année habiter chez nous, fut la seule chose que la voix coupante de Mrs Summers me lança, me faisant comprendre qu'il y avait bien un point qui nous réunissait Summers et moi : nous avions tous les deux une mère digne de figurer dans le top trois des monstres de cauchemars.
- Vous n'imaginez pas à quel point j'attends ce moment.
Un coup dans mes côtes par ma soeur et je me forçai à sourire pour calmer le jeu, mon ton ironique les ayant presque fait bondir de leur place. De son côté, Summers avait toujours son sourire aux lèvres. A croire qu'il s'amusait, cet abruti.
La réunion pré-union était donc finie. Trouvant qu'elle ne s'était pas encore traînée suffisamment devant eux, ma mère leur offrit des invitations pour leur prochaine garden-party qu'ils acceptèrent avec toute la politesse de gens qui n'avaient pas la possibilité de dire non, et Summers alla jusqu'à effleurer mes lèvres en me quittant. Bénis soient ses conservateurs de parents. Lorsque la porte claqua, je sentis que l'orage allait éclater.
- Jamais, jamais ! Jamais je n'ai eu aussi honte d'un membre de ma famille !
Elle hurlait presque, les cheveux dressés sur la tête, tandis que ma sœur restait à côté, les bras croisés et l'air satisfait.
- Ce Sirius Black, tu sais ce que je vais en faire ? Le briser comme un fétu de paille, le réduire en morceaux. Tu voulais faire ta maligne en l'amenant? Tu voulais nous défier, me défier ? Tu ne le reverras plus, et je gage qu'il ne passera plus jamais les portes de Poudlard.
Après avoir calmé les battements de mon coeur, je pris un air dédaigneux et décidai de m'appuyer sur la seule faiblesse qu'elle ait jamais eu et qui puisse me servir.
- Vous ne ferez rien. Vous ne ferez rien car sinon je refuse d'épouser Summers.
Elle eut un rire froid en remettant sa coiffure en ordre, calmée.
- Comme si tu avais le choix.
- Je ne l'ai pas, en effet. Mais je gage que les Summers ne résisteront pas à l'envie de faire courir le bruit que notre famille n'est pas en mesure de tenir ses engagements deux fois de suite et que leur fille aînée est du même niveau que l'aîné des Black.
Je sentis que je l'avais touchée mais elle resta immobile, presque absente, excellente actrice.
- Tu sais très bien ce qui arrivera pour lui si tu recommences la même bêtise.
- En revanche, je ne peux pas affirmer savoir ce qui vous arrivera si je le fais.
- En somme, tu me fais du chantage, murmura-t-elle en me regardant droit dans les yeux.
Elle me jaugea un instant sans rien dire. Même Cassandra avait retenu son souffle.
- Tu viens donc de dire que tu ne feras rien pour te libérer de tes fiançailles si je ne fais rien à l'encontre de ce Black ?
Merde. Dans quoi m'étais-je fourrée ?
- Je..
- Tu viens de le dire, n'est-ce pas ? Sinon je serai contrainte de rapporter tout ceci aux Black, qui sont de mes amis, comme tu le sais. Leur fils est peut-être émancipé, il n'en reste pas moins leur fils et un fils mineur.
Sa voix était plus froide que la mort lorsqu'elle posa ses conditions.
- Je ne veux plus que tu le revois. Jamais. Je ne veux plus que tu t'éloignes de Ian un seul instant. Tu es à lui, ou tu le seras d'ici un an. Un seul faux-pas, et c'est un hibou immédiat qui part en direction de leur domicile. Et je ne donne pas cher de la liberté dont il jouit arrogamment dans ce château. Tu me comprends, n'est-ce pas Emily ? Je serai extrêmement vigilante, et sans pitié. Tu ne mesures pas la chance de cette union, mais je vais te forcer à l'admettre.
Elle claqua des doigts et un domestique apparut comme par magie devant elle, tenant un parchemin et une plume. Elle traça avec cette dernière l'ensemble des éléments qu'elle venait d'énoncer et me le tendit.
- Signe.
Ma main ne bougea pas, comme mue par une volonté invisible. Mais ma mère n'avait pas de temps à perdre pour me convaincre et me prit le bras en mettant de force la plume entre mes doigts. Je n'eus pas d'autre choix que d'esquisser une vague signature. Scellé et mis dans un coffre dont elle avait seule la clef et qui ne quittait pas ses appartements, le parchemin lui arracha un sourire qui n'était pas à mon attention. Son regard était d'ailleurs toujours aussi glacial lorsqu'elle se retourna vers moi.
- Monte dans ta chambre. Il ne reste que peu de jours avant la rentrée.
C'est allongée sur mon lit que je pris conscience de la situation et, surtout, de ce qui m'avait amenée à y faire face. J'aurais très bien pu laisser Black mariner dans son jus, et c'est d'ailleurs ce que j'aurais dû faire. Pourquoi ne l'avais-je pas envoyée paître, cette foutue lettre ? Que m'importaient son sort futur et ses possibles mauvais traitements ? Il n'aurait pas fait pour moi ce que j'ai fait pour lui.
Ou peut-être que si.
J'enfouis ma tête dans l'oreiller, me retenant de hurler. J'avais promis. Je me l'étais promis. Il fallait que je l'oublie. Il me l'avait fait comprendre cette année-là, n'est-ce pas ?
- Sirius Black, me dit-il en soulevant ma valise et en me faisant signe de le suivre.
- Emily Tomson, avait-je déclaré avec une voix timide.
- Tomson. Pourquoi ce nom me semble-t-il familier? On se connaît?
- La famille Tomson est une famille de Sang Pur depuis ses fondements, elle et les Black ont dû se rencontrer à maintes reprises, approuvais-je.
Naïvement, je pensais que c'était là le discours qu'il voulait entendre.
Son visage se ferma et les muscles de sa mâchoire se contractèrent.
- Je vois.
Sans mot dire, il monta ma valise et la déposa dans un compartiment vide.
- Te voilà arrivée à destination, me dit-il avec un sourire crispé. Je vais rejoindre mes amis. Si.. Si tu as besoin d'aide, demande-moi.
J'avais décidé il y a bien longtemps que je n'avais pas besoin de lui. Alors pourquoi est-ce que j'avais mis si peu de temps à revenir chez moi, quand j'aurais pu tourner les talons et m'enfuir ? L'excuse de la peur de me retrouver sans toit était plausible, mais peu convaincante. J'avais eu peur pour lui, j'avais eu peur pour ce crétin, moi ! Impensable. Je dirais même... irrecevable. Il était hors de question qu'il l'apprenne et se foute de moi jusqu'à la fin de ma scolarité. J'aurais fait ce que j'ai pu pour retarder ce mariage, même m'abaisser à jouer la niaise énamourée de son Maraudeur, mais j'en avais assez, j'étais vidée. De mes forces, de ma dignité aussi, et même mon coeur était vide.
Ma respiration se calma et je m'endormis.
oOoOo
- Et c'est là qu'il t'a fait sa demande ? C'est tellement romantique !
Me retenant de vomir, je me contentai de sourire, de ce sourire qui pouvait avoir des significations diverses telles que "putain, quel enfer", "sauvez-moi de cette gourdasse, pitié" ou, rarement, "oh oui quel garçon romantique j'avais déniché là". C'est fou ce qu'un simple étirement de lèvres pouvait sauver votre crédibilité.
Vissée sur les genoux de Ian, puisque tel était désormais la façon dont je devais l'appeler - au risque de rendre chacun de mes repas ou de me brûler les lèvres au troisième degré, j'écoutais d'une oreille le récit qu'il leur faisait de sa demande de fiançailles (inventée), de mon immense joie (inventée) et nos projets futurs, genre planter un pommier dans le jardin ou construire une cabane pour les oiseaux (inventés, Merlin soit loué !). Tout était une question d'habitude, finalement. J'avais réussi à supporter le poids de ma nouvelle réputation, un peu moins la sociabilité qui allait avec. N'allez pas cataloguer toutes les Serpentard dans le même panier de froideur et de dédain. Il n'y a pas plus niais qu'un vert et argent, justement parce qu'il n'en a pas le profil. Je ne vous raconte pas combien de "ohhhh" et de "aaaaaah" mes pauvres oreilles ont entendu, ainsi que les nombreuses étoiles dans les yeux de camarades de dortoir qui ne m'avaient tout bonnement jamais parlé.
La rentrée était passée, cela faisait maintenant trois jours que le directeur avait rangé ses cotillons et son orchestre d'attardés, que nos voix s'étaient refroidies après la cacophonie de l'hymne à brailler, et j'étais encore en vie. Dans un sens, je m'admire.
Mais je n'arrivais pas à me sortir Black de la tête. Ou même Potter et Lupin. Même Pettigrow hantait mes nuits, c'est vous dire ! Ils m'avaient fait boire quelque chose, c'est certain.
Il avait voulu me parler, devant la Grande Salle. Comme si de rien n'était. Il s'était avancé, inquiet mais bizarrement heureux, comme s'il avait craint qu'il ne m'arrive quelque chose.
- Tu vas bien ? Pourquoi es-tu partie si précipitamment ?
- Sans même nous laisser un mot ! avait renchéri son frère de cœur.
- Elle courait trop vite pour moi, désolé les gars, marmonna Pettigrow qui semblait encore traumatisé.
Alors que je m'apprêtai à ouvrir la bouche pour leur répondre, Summers était venu et m'avait tiré à lui d'un geste plein d'aisance.
- Un problème avec les rebuts de l'humanité, chérie ?
Je m'étais alors forcée à esquisser un rictus méprisant, mais le temps où j'en faisais ma marque de fabrique était loin.
- Aucun. Ils me bloquent juste le passage.
Serrant les lèvres et tournant rapidement le dos afin qu'ils ne voient pas le supplice sur mon visage, j'étais rentrée dans la salle, entraînant Summers avec moi. Le lendemain, j'avais trouvé du pus de Bulbobulbe dans mes gants de Botanique.
Et l'expéditeur ne m'était certainement pas inconnu.
