Chapitre 21 - Poudlard Express ou le Grand Saut dans la Vie d'Adulte.
Le lendemain matin, lorsqu'Izzie se réveilla, Sally était toujours aux abonnés absents, mais elle ne s'en préoccupa pas encore. Le petit-déjeuner se déroula sans encombre, mais seulement en apparence, car dans la tête d'Izzie, des pensées erraient et s'affrontaient. Comment parler de sa relation avec Dominique à Sally et Amy ? Pourquoi avait-elle tant de mal à leur parler aujourd'hui, alors qu'avant c'était si simple et si naturel d'évoquer son attirance devant elle ? Et, pourquoi avait-elle si peur de leur annoncer ? En fait, elle était terrifiée à l'idée que les filles lui en veuillent de ne pas leur avoir dit avant… Ce qui serait finalement légitime de leur part. Elle se devait de leur dire ! Le plus vite possible !
Une fois son jus de citrouille et ses tartines avalées, la Serpentard remonta au dortoir, où une surprise l'attendait. Toutes les affaires de Sally avaient disparu, même ses épais draps verts et ses produits Wonderful Witch pour la douche. Sally était passée dans la chambre pendant qu'elles étaient entrain de déjeuner ! Elle et Amy l'avaient manqué de peu !
- Amy ! appella-t-elle, sans savoir si cette dernière était dans la pièce commune.
Des bruits de pas retentirent dans le couloir, et la jeune femme arriva, échevelée. Izzie préfèrerait ne pas imaginer ce qu'elle pouvait bien faire.
- Quoi ? Ne crie pas comme ça !
Elle ne semblait pas ravie d'avoir été appelée ainsi.
- Sally, ses affaires, bafouilla Izzie en montrant la chambre de sa main.
- Par Salazard, tu crois qu'on l'a vexé hier ? demanda Amy, soudain inquiète.
- Je n'en sais rien, mais elle a tout pris, j'ignore où elle est… Elle a tout pris !
S'effondrant sur son lit, Izzie pensait à cette fin d'année, alors, ça y est, c'était vraiment fini. Si Sally prenait toutes ses affaires, il ne restait pas un cahier, pas une chausette… Et elle allait devoir faire ses affaires à son tour, prendre une dernière fois le Poudlard Express et rentrer. Mais rentrer où ? Elle voulait tellement avoir son propre appartement, mais elle voulait aussi se rapprocher de sa mère. Elle voulait avoir Dominique près d'elle, mais elle voulait rendre ses parents fières d'elle. Tout cela serait-il possible ? Izzie espèrait ne pas devoir mettre sa famille de côté pour ses envies…
- On la retrouvera sur le quai, déclara Amy.
- Hein ?
Izzie releva la tête, sortant de ses pensées.
- Sally doit probablement être sur le quai, tu sais, pour prendre le train, se moqua Amy.
- Oui, tu as sûrement raison.
Izzie commença à rassembler ses affaires de nombreux bouquins de cours, plusieurs bandes dessinées de Martin Miggs, le moldu fou, des élastiques pour cheveux, un shampooing quasiment vide, et puis, bien sûr, ses vêtements, uniformes, pyjamas et ses rares robes de soirée. Heureusement qu'elle connaissait un sort d'aggradissement pour sa valise !Amy semblait avoir plus de difficulté pour rassembler ses vernis à ongles, ses robes et ses bracelets, et elle avait deux valises ! Izzie descendit dans la salle commune, mais elle était vide, tout le monde finissait ses valises, se faisait des adieux déchirants et ridicules à la fois, ou saluait une dernière fois le château. Elle fit un rapide tour de la pièce, se remomérant des soirées, des moments, ou des instants qu'elle voulait graver à jamais dans sa mémoire. Puis, elle retourna dans le dortoir. La chambre où elle avait passé sept années, avec ses deux meilleures amies. Elle y avait pleuré, rit, elle avait eu peur, elle avait révisé, rêvé, lu. Elle avait vécu pendant sept années dans cette petite pièce, et elle allait la quitter. L'an prochain, des premières années naïves et pressées de vivre prendraient possession de cette pièce, de ces lits, du dortoir qui était le sien pendant encore quelques heures. Il allait falloir s'y faire.
Finalement, après un combat acharné, les deux amies finirent leurs valises, et après un dernier regard en arrière, elles quittèrent le dortoir. Voilà, c'était fini. Izzie était réellement nostalgique et perturbée par cette fin d'année et les changements qui survenaient dans sa vie.
Le quai était bondé de monde, le train était déjà là, mais les portes n'étaient pas encore ouvertes. Les professeurs des diffèrentes maisons essayaient de gérer le brouahah et les débordements, mais cela semblait peine perdue.
- Flint !
La voix se brisa dans la foule, mais la concernée l'entendit. Elle se retourna, étonnée, peut-être même plutôt surprise.
- Professeur Nott ?
- Par ici, s'il vous plaît, dit le maître des potions, en lui faisant un petit signe de main.
La jeune fille suivit celui qui avait été son professeur et directeur de maison pendant sept années à l'extérieur de la foule.
- Bon, Flint, vous n'avez pas vraiment cherché un stage par rapport à votre orientation ou une formation ?
- Non, monsieur, avoua-t-elle, coupable.
- Une bonne amie de ma famille tient un magasin d'apothicaire sur le chemin de Traverse, je peux toujours vous recommander.
- Vous feriez ça ? Oh, ce serait merveilleux ! s'exclama la jeune fille.
- Je vous préviens, ne me décevez pas, dit-il froidement.
- Oh non, monsieur !
Le professeur hocha la tête d'un air satisfait, puis il fit demi tour sans un mot, et il retourna réprimander quelques deuxièmes années un peu trop bruyants. C'était absolument merveilleux, elle allait peut-être avoir un travail. Un sésame pour la liberté ! Izzie resta silencieuse un moment avant de retourner vers Amy.
- Tu ne devineras jamais…
- Tu ne devineras jamais…
Les deux amies explosèrent de rire en se rendant compte qu'elles venaient de dire exactement la même chose.
- Toi d'abord, décida Izzie.
- Sally est là.
Izzie se mit sur la pointe des pieds, et tourna la tête dans tous les sens. Elle la vit enfin. Sally montait dans le train dont les portes venaient juste de s'ouvrir, et sa valise voletait derrière elle. Elle était décidemment très maligne.
- Bon, on sait où la chercher maintenant, il ne nous reste plus qu'à monter dans le train, déclara Izzie.
L'attente fut longue, au vue du nombre d'élèves qui voulaient monter dans le train. Un moment, les Serpentards se retrouvèrent mélangés aux Serdaigles, et Izzie frôla Dominique.
- Bonjour ma belle, murmura-t-elle.
- Bonjour serpent !
- Charmant ! dit Izzie en riant. Je vais parler aux filles. Dès qu'on sera dans le train, je te le jure.
Dominique la regarda, ravie, un sourire jusqu'aux oreilles, et elle l'embrassa furtivement sur la joue.
- Oh, et j'ai peut-être un travail, je t'expliquerais !
- J'ai parlé de toi à ma sœur ! Elle voudrait te rencontrer cette été.
- L'angoisse ! lança Izzie en riant encore une fois.
Elles se quittèrent d'un petit signe de la main, sachant qu'elles se retrouveraient plus tard, dans le train. Chacune rejoignit ses amies, enfin uniquement Amy en ce qui concerne Izzie. Les deux Serpentards finirent par monter dans le Poudlard Express qui les emmenait vers leur avenir…
Les banquettes du compartiment semblaient de plus en plus usées au fur et à mesure des années, les deux filles s'assirent face à face. Elles n'avaient pas réussi à trouver Sally dans les autres compartiments, et elles ne savaient pas quoi faire. Soudain, alors qu'elles discutaient, tout en feuilletant des vieux Sorcières Hebdo, la porte s'ouvrit dans un grand fracas.- Salut !
Sally entra, avec une démarcher d'un naturel déconcertant, et s'assit à côté d'Izzie.
- Où tu étais ?
- Tu te rends compte de la peur qu'on a eu ?
- Tes affaires, toutes disparues !
- Tu n'as pas déjeuné !
- Que s'est-il passé ?
Amy et Izzie parlaient d'une seule voix, sans laisser à Sally le temps répondre. Celle-ci sourit de toutes ses dents, elle semblait étrangement radieuse pour une fille qui vient de s'isoler presque vingt-quatre heures et qui a des cernes violacés sours les yeux.
- Calmez-vous, les filles !
- Raconte nous maintenant ! s'écria Amy.
- Alors, j'étais vraiment perturbée par la discussion avec vous, et puis les mots de Fred, enfin, je me posais plein de questions, quoi.
- Bien ! s'exclamèrent les filles.
- J'ai atteri à côté de lui, et il a commencé à s'énerver en disant que je venais le narguer, que c'était lassant, et encore, et encore… Je l'ai coupé et je lui ai dit oui.
- Oui ?
- Oui pour le revoir, oui me venir à la boutique, enfin je ne sais pas, je voulais qu'il arrête de s'énerver, et cet idiot m'a embrassé !
Izzie et Amy tapèrent dans leurs mains, plus heureuses encore que s'il s'agissait d'elles.
- Bien sûr, je l'ai giflé, continua Sally sans tenir compte des regards de ses amies, et puis il m'a encore embrassé, et puis…
- Et puis ? insista Amy.
- Bah, il embrasse bien, alors…
- Alors, continua Izzie.
- Je l'ai laissé faire ! Ensuite, on a discuté. Vous vous rendez compte, on a parlé toute la nuit ! Bon, j'ai failli le frapper de nombreuses fois, mais je me susi retenue. Et puis, le jours s'est levé, on avait tellement parlé qu'on ne s'était pas rendu compte du temps qui passait, alors on a déjeuné aux cuisines, j'ai dit au revoir aux elfes, et je suis revenue au dortoir où vous n'étiez pas.
- On a déjeuné à la Grande Salle, expliqua Amy.
- Je m'en doutais. Je ne savais pas quoi faire, nous n'avions pas discuté de ce qui arriverait après, alors je suis allée directement sur le quai pour réfléchir.
- Qu'as-tu décidé, alors ?
- Je vais aller le voir pendant les vacances, il faudra que l'on discute de tout ça. Est-ce que l'on commence une histoire, au risque de s'étriper ? Est-ce que ça peut marcher ?
- Je pense que oui, la rassura Izzie.
- Je suis si contente pour toi ! s'exclama Amy.
- Merci les filles !
Izzie regardait ses deux meilleures amies se prendre dans leurs bras, elle regardait ce compartiment aux couleurs rouges, leurs valises pleines à craquer et elle sut que le moment était venu.
- Moi aussi, j'ai quelque chose à vous dire.
Sally et Amy échangèrent un regard complice.
- Vas-y, lança Amy.
- Je… JesorsavecDominique.
- Quoi ?
- Je sors avec Dominique, répéta-t-elle plus calmement.
Voilà, elle l'avait fait ! Ca y est ! Maintenant, elle verrait leurs réactions.
- C'est génial ! Depuis quand ? demanda Sally.
- Après l'épeuvre de métamorphose.
- Oh ! C'est vraiment trop bien !
- Pourquoi tu ne nous a rien dit ? questionna Amy.
- J'avais peur… Et puis, je ne savais pas si Dominique voulait en parler, si elle voulait assumer notre histoire… Enfin, déjà, au début, je ne savais même si on avait vraiment une histoire ou que sais-je d'autre… Mais, elle m'a dit qu'elle en avait parlé à sa sœur, et puis elle voulait vraiment que je vous le dise.
- Maintenant on le sait, et on est ravi ! déclara Amy.
Izzie était réllement soulagée, plus de mensonges, plus de cachoteries, et ses amies étaient heureuses pour elles. C'était le plus important. Il lui tardait maintenant de retrouver Dominique et lui dire que ça y est, elles savaient. Le voyage passa rapidement, et le Poudlard Express arriva en gare de Londres.
Les trois Serpentards descendirent en même temps de leur wagon, et Izzie se précipita vers Dominique, suivi par ses deux meilleures amies.
- On est au courant, lança Sally, qui était d'une discrétion à toute épreuve.
Dominique se retourna en souriant, emplissant le cœur d'Izzie de bonheur. Soudain, elle se sentit pousser des ailes, elle se sentit invicible, elle savait qu'avec le soutien de ses amies, rien ne pourrait l'atteindre, alors elle embrassa Dominique sous les « oh » et les « ah » de Rose, Albus et la clique des cousins de Dominique.
Les deux Serpentards dirent au revoir à Izzie et elles promirent de s'écrire régulièrement, Izzie restait un peu avec Dominique en attendant l'arrivée de sa mère. Elle évita d'embrasser la fille de ses rêves, de peur de voir Daphné Greengrass Flint débarquer.
Celle-ci ne se fit pas attendre, elle arriva légèrement en retard, fidèle à elle-même. Elle portait une robe noire ajustée très classe et une queue de cheval haute. Izzie était obnibulée par cette mère qu'elle ne comprennait pas, que, parfois, elle haïssait, mais qu'elle aimait malgré tout, et plus que tout. Daphné eut un sourire pincée en voyant sa fille entourée de Weasley.
Izzie fit un rapide signe de la main en Dominique ne lui promettant de lui écrire vite, et elle se dirigea vers sa mère. Elle s'éloignait des Weasley pour ne pas forcer sa mère à leur adresser la parole, puisqu'elle ne les appréciait pas. Un jour, Izzie lui dirait tout. Un jour, elle lui parlerait de Dominique. Un jour.
- Bonjour, tout va bien ? questionna Izzie.
- Bien, oui. Où est Cygnus ?
- Je suis là ! s'écria ce dernier, qui s'était visiblement endormi dans le train et qui venait de sortir de son compartiment.
- Vous avez fait bon voyage ? demanda Daphné à ses enfants.
- Oui, très bien, le dernier, soupira Izzie.
- C'est vrai que ma fille est une femme adulte désormais, dit Daphné en souriant réellement.
Doux sourire d'une mère pour sa fille, qu'Izzie n'avait pas vu depuis trop longtemps.
- D'ailleurs, hésita-t-elle, le professeur Nott m'a fait une offre…
- Nous en parlerons plus tard ! coupa Daphné.
Les trois sorciers transplanèrent jusqu'à leur maison familiale, et chacun retrouva son lit. Marcus Flint était encore au travail. Daphné laissa ses enfants rejoindre leurs chambres et ranger leurs affaires.
Izzie ouvrit sa valise, mais elle ne commença pas tout de suite à ranger ses effets. Voilà, cette fois il n'y avait plus moyen de faire machine arrière. Poudlard était maintenant derrière elle, et un jour, peut-être ses neveux ou nièces, ou par miracle, ses enfants, iraient à Poudlard. Et elle retrouverait le quai 9 ¾, la locomotive rouge, les uniformes…
Sa mère avait raison, elle était une femme adulte. Une adulte. Elle avait peut-être un travail, elle devait penser à envoyer un hibou au professeur Nott pour confirmer son envie de travailler dans une boutique d'apothicaire. D'abord, elle resterait chez ses parents, puis, elle chercherait un appartement. Un jour, peut-être, elle s'installerait avec Dominique et elle avouerait sa vie à sa mère. La bonne société sorcière n'acceptait pas vraiment l'homosexualité, mais les temps changaient, les mentalités évoluaient… Izzie avait de l'espoir, oui, un fol espoir de vivre au grand jour sa relation avec la belle Serdaigle. Celle-ci retournait encore à Poudlard, mais elles s'enverraient des lettres, elles se verraient durant les vacances… Izzie avait pu passer si peu de temps avec elle, et elle avait tant d'amour à lui donner !
Tout allait changer, sa vie prenait un autre tournant et finalement, cela semblait une bonne idée à Izzie. C'était début d'une nouvelle vie, quoi qu'il arrive. Il y avait tant à voir, elle n'avait encore rien vécu. La nouvelle vie d'Izzie Flint, ça sonnait bien.
