Résumé : Un fils déçu, de la solitude… un câlin.

Note de l'auteur : Oups, j'avais oublié de faire un petit mot de bon matin. Eh bien euh... bon matin ! Et bonne lecture, moi je retourne travailler. °°

RAR : Merci à toi, Anareys pour ton gentil commentaire ! Je suis heureuse de savoir que ce que j'écris te plait autant ! J'espère vraiment que ce sera le cas jusqu'à la fin, du coup :) Et que le thème d'aujourd'hui te plaira aussi, parce que niveau douceur je crois que j'ai tapé fort !


21 – Câlins après un très, très mauvais jour

« Si tu n'es pas capable d'assumer tes responsabilités, tu ne devrais pas en avoir autant, alors. »

Chat secoua la tête, des larmes de rage coulant sur son visage. C'était véritablement le tableau parfait – une nuit sombre, un ciel couvert de nuages, une ambiance qui tombait sur lui comme une chape de plomb, le clouant un peu plus au sol à chaque bond.
Il n'était plus très loin.
Il fallait juste qu'il arrive là-bas. Après, ça irait.
Encore une fois, sa voix résonna sous son crâne.

« Tu es un Agreste, Adrien. Je n'attends rien de moins que la perfection, venant de toi. »

Mais lui, qu'était-il en droit d'attendre ?!
Pouvait-il seulement espérer un peu de considération ? D'amour ?
Probablement pas.
Pas de lui, en tout cas.
Chat manqua de dégringoler sur ses genoux en atterrissant sur un balcon qu'il connaissait bien. Peu importe – il était arrivé à destination. Il marcha d'un pas pesant jusqu'au bord du vasistas, et sortit avec difficulté une petite clé de l'intérieur de son gant, seul endroit où il était certain de ne jamais la perdre.
La clé de Marinette.
La clé de son refuge.
Jusqu'ici, il n'avait jamais eu à l'utiliser. La jeune fille avait toujours été là, et réveillée, quand il passait. Mais cette nuit… Elle lui avait dit qu'elle sortirait avec ses parents, qu'elle rentrerait peut-être tard, qu'il valait mieux qu'il ne l'attende pas. Il aurait aimé tenir la promesse qu'il lui avait faite.
Il aurait vraiment, vraiment aimé. Seulement, certains n'avaient pas été d'accords.

La serrure céda avec un clic discret. Chat rangea aussitôt la clé à l'abri, contre sa paume, ouvrit la fenêtre et se glissa à l'intérieur. Il fut prompt à tout refermer puis à descendre du lit, désireux de ne pas défaire celui-ci.
Marinette l'avait invité à venir se réfugier dans sa chambre s'il en avait besoin mais… il préférait ne pas rester dans le lit de son amie. C'était son lit, il n'aimait pas y être si elle ne l'y avait pas invité. C'était trop… trop intime pour lui.

Il n'y avait personne dans l'appartement – l'absence de lumière ou de sons parvenant à ses oreilles sensibles le lui confirmait. Pourtant, le héros veilla à faire le moins de bruit possible en descendant de l'échelle, puis en se déplaçant sur le parquet. Il ne tenait pas non plus à alerter d'éventuels voisins, qui pourraient penser à un cambriolage. Ç'aurait été le pompon.
Seul dans cette grande chambre teintée de rose virant au gris dans la pénombre, Chat se sentit soudain désœuvré. Il était venu ici parce que c'était le seul endroit où il se sentait vraiment libre, accepté, aimé. Mais… que pouvait-il faire seul ?
Pas grand-chose. Tout comme il ne voulait pas rester sur le lit de Marinette, il refusait de toucher à ses affaires. Pas sans sa permission.

Tant pis, il attendrait qu'elle rentre.
Se sentir déjà là, au sec, dans cette petite chambre confortable plutôt que dans l'énorme pièce vide de tout sentiment qu'était l'endroit où il vivait, c'était une grande amélioration. Il pouvait respirer l'odeur de sa meilleure amie, sentir son cœur s'apaiser un peu de tout ça.
Abandonnant son amour-propre pour ses réflexes de félins, Chat se laissa aller à même le sol, se roulant en boule sur le tapis rond, au centre de la pièce. Fermant les yeux, il écouta le bruit du vent et du silence, laissant ses larmes mouiller le tissu contre sa joue.

.oOo.

Il ne reprit vraiment conscience du temps que lorsque des voix dissipèrent le silence cotonneux autour de lui, le ramenant à sa solitude, au poids lourd qui lui tenait lieu de cœur, au fond de sa poitrine. Il ne fit pourtant pas l'effort de se redresser, restant obstinément allongé à même le sol, même lorsque des pas résonnèrent dans l'escalier, même lorsqu'une trappe s'ouvrit dans son dos, éclairant une petite portion de la chambre d'une lumière chaude.
Il ne bougea pas en entendant une brusque inspiration de surprise. Pas plus pendant les quelques secondes qui passèrent, immobiles. Ni quand la trappe se referma doucement dans son dos, sans que Marinette ne soit entrée dans la chambre, ou ne lui ai adressé la parole.

Il se contenta de se replier un peu plus sur lui-même, plissant les paupières pour empêcher d'autres larmes de couler.
À peine eut-il conscience, quelques minutes plus tard, que la trappe s'ouvrait à nouveau, accompagnée du pas un peu lourd de Marinette, qui vint bientôt déposer un plateau près de lui. Un plateau rempli de deux tasses fumantes et d'une assiette de cookies. Chat ne trouva cependant pas la force de se redresser ou même de bouger, laissant la jeune fille s'agiter autour de lui, observant sans vraiment voir ce qu'elle faisait. Cette dernière sembla bouger des coussins et d'autres tas de couvertures qu'elle stockait toujours dans un coin pour d'éventuelles visites les soirs d'orages, avant de trainer encore un peu le plateau vers le mur de sa chambre où elle avait entassé le reste.

Quelques secondes après, elle entra dans son champ de vision jusqu'à s'agenouiller près de lui. Il crut un instant qu'elle allait parler, mais elle n'en fit rien. Seule sa main bougea, jusqu'à venir caresser sa joue, son front, sa nuque, se glisser dans ses cheveux, jouer avec les mèches couleur d'or.
Refermant les yeux, il accepta la caresse, s'y coula, s'y oublia jusqu'à avancer la tête, cogner contre le genou de la demoiselle, laisser sa gorge vibrer d'un ronronnement de détresse. Un soupir fit résonner son cœur.

« Chaton… »

Comment, en un seul mot, en un seul geste, pouvait-elle lui communiquer plus d'amour que ce que lui donnait son père en une année entière ?
Cela restait un mystère complet, pour lui. Un mystère à la fois terrible et merveilleux pour ces deux amours qui se faisaient face dans son cœur, pour cette affection dont il dépendait tant, pour ces gestes qu'on lui interdisait et qu'il allait voler ailleurs.
Lentement, il sentit la main sur sa nuque appuyer, le tirer un peu plus vers lui. Quand il répondit au mouvement, Marinette recula – à peine, sur une distance infinitésimale. Un geste qu'elle répéta, encore et encore, le tirant vers elle et se repliant, sans jamais se soustraire à lui, sans jamais lui laisser l'impression qu'il était seul. Jusqu'à ce qu'enfin, il la sente s'adosser contre quelque chose – un mur – tandis qu'elle l'attirait une dernière fois à lui. Il put enfin poser la tête sur ses jambes, calant son nez contre le tissu fin de son t-shirt, fermant les yeux pour inspirer son odeur de cannelle, de sucre et de farine. Il replia le reste de son corps en une boule, désireux d'oublier la pierre qui lui servait de cœur, pulsant comme un puits de lave au centre de sa poitrine. Il se concentra donc sur la main qui continuait de passer et repasser dans ses mèches, grattant son cuir chevelu, caressant l'endroit juste derrière ses oreilles.

Lentement, sûrement, sa respiration se calma.
Les larmes sur ses joues séchèrent, laissant derrière elles des sillons clairs.
Son ronronnement cessa d'exprimer la détresse, pour glisser vers le contentement.
Alors, seulement, il ouvrit les yeux, le regard perdu dans les couleurs douces de son t-shirt.

« Peu importe ce que je fais, peu importe que je sois le fils parfait, ça ne lui suffit jamais. »

Marinette ne répondit rien – mais il sentit à la main dans ses cheveux, à l'autre qui glissait doucement caresser sa nuque du bout des doigts, qu'elle était attentive à chaque mot qu'il prononçait.

« Je… On va bientôt commencer les examens, au collège. Et j'ai… j'ai un emploi du temps très chargé, je te l'avais déjà dit. Je lui ai demandé de l'alléger, pour pouvoir passer plus de temps à réviser. Il… Il m'a répondu que si je n'étais pas capable de faire face à ça, il serait bien plus simple que je quitte l'école publique. Peu importe… »

Il serra les dents, les muscles, les paupières.

« Je m'efforce, chaque jour, chaque heure, chaque minute, de… de faire tout ce que je peux pour être à la hauteur, pour qu'il soit fier de moi. Mais ça ne suffit jamais. Ça ne suffira jamais. Quoi que je fasse, il n'est jamais satisfait, il ne… il ne me regarde jamais. Je ne suis pas assez bon, pas assez… »

Un souffle douloureux.
Les larmes menaçaient de remonter.

« Jamais assez. »

La main sur son crâne attrapa quelques mèches entre ses doigts, serra. Tira doucement en arrière en une demande muette pour qu'il tourne la tête, lève les yeux – rencontre un regard infiniment bleu.
Son cœur hésita à battre devant la tendresse improbable qui noyait ce regard.

« Tu es assez. Tu es plus qu'assez. Tu es merveilleux, Chat. Sensible, gentil, incroyablement altruiste. Tu mets toujours les autres avant toi, que ce soit dans la vraie vie, ou quand tu combats avec Ladybug. Tu t'inquiètes toujours des autres plutôt que de toi, tu fais des efforts immenses pour lesquels ont ne te remercie pas autant que tu le mérites. »

Il voulut ouvrir la bouche, mais elle le coupa.

« Ne laisse jamais personne – pas même lui – te dire que tu n'es pas assez bien. C'est lui qui n'est pas assez bien pour toi. Lui qui ne te mérites pas et ferait mieux de se poser quelques questions, avant que je ne me charge de lui botter les fesses à la façon Marinette. Et crois-moi que mon père m'a bien appris. »

Un rire un peu cassé s'échappa des lèvres de Chat Noir. Quand on voyait quel homme impressionnant était Thomas Dupain, il n'avait aucun doute sur le fait que sa fille pouvait également être très effrayante. Elle possédait une force insoupçonnée et savait très bien s'en servir – il en avait déjà fait les frais.
Le regard de Marinette, qui s'était durci à ses dernières paroles, redevint doux.

« Chat… Tu es mon meilleur ami, mon confident. Comme un partenaire dans la vie. Si tu n'étais pas là, ma vie serait vraiment, vraiment différente. Tu comptes. Tu es merveilleux et tu suffis. Même plus que ça. Si tu n'étais pas là, tout serait terriblement différent. Bien sûr que la vie continuerait. Mais… Mais elle en perdrait toutes ses couleurs. Je t'en prie, crois-moi. »

Pendant longtemps, Chat Noir ne répondit pas.
Il laissa son âme se perdre, se noyer dans la tendresse régnant dans ces deux bulles de ciel bleu, ressortir un peu plus sereine, un peu plus guérie.
Enfin, pour la première fois depuis qu'il était arrivé là, il se sentit la force de lentement se relever, prenant appui sur le sol et le mur près d'eux, se redressant en position assise. Il se pencha en avant jusqu'à s'appuyer contre son amie, jusqu'à glisser ses bras dans son dos et la serrer aussi fort que possible contre lui.

« Je te crois, chuchota-t-il doucement. Je te crois. »

M&CN


:3 Ceux qui auraient pu me connaître au temps des 100 thèmes de John & Karkat le savent peut-être déjà, j'aime bien l'angst... si je peux mettre du fluff réconfort droit derrière. Du coup j'étais trop contente de tomber sur ce thème \o\ J'espère qu'il vous a plu autant que j'ai aimé l'écrire à l'époque ! :3 Et dans tous les cas, rendez-vous demain pour le thème 22 : câlins de jours pluvieux. A demain !