Note de l'auteur : certains mots maçonniques de ce chapitre tels que « chevalier Kadosh » et « necum-necack » sont tirés du livre « La croix des assassins » de Jacques Ravenne et Eric Giacometti, aux éditions France loisirs, pages 193 et 276 (entre autres).

Pour ma propre facilité, j'ai dessiné le plan de l'entrepôt – surtout aussi pour éviter de faire des erreurs ! Malheureusement, ce genre de chose ne passe pas sur le site !

Toutes les erreurs qui pourraient y avoir sont de mon fait, même si j'ai vérifié beaucoup de choses afin de mettre ces meurtres en scène. Mais j'avais besoin aussi que l'histoire se déroule selon mes plans bien établis.

J'ai consulté beaucoup de bouquins, de sites, certains se contredisant ou donnant d'autres versions. Il m'a fallu trancher !

Ceci n'est pas une publication historique mais une fiction !

Orient : là où le soleil se lève, c'est à dire l'est (à droite).

Occident : là où le soleil se couche, c'est à dire l'ouest (à gauche).

Cinétique : relatif au mouvement

Un merci tout particulier à Norah Haboot de « » qui fut ma bêta correctrice pour les chapitres concernant le point de vue technique de la pendaison. Elle a souligné mes oublis et m'a rappelé la rigidité cadavérique que j'avais omise lors de ma toute première rédaction. Elle m'a donné aussi un grand coup de pouce... Je lui avais passé le reste des chapitres, mais, vu qu'elle est aux études (la pauvre !), elle n'a malheureusement pas eu le temps de tout corriger !

Merci à toi quand même !


Chapitre 184 : Noeud coulant (Le 14 décembre)

Le pendu oscillait tout doucement à cause de l'entrée d'air que nous avions provoquée en ouvrant la porte d'entrée.

- Je vous présente le criminel, Thomas MacAuliffe, qui s'est suicidé après son méfait ! me dit Lestrade avec emphase.

- Cela reste à prouver, Lestrade ! lui rétorquai-je en regardant tout autour de moi les dispositions particulières de l'entrepôt.

Il était fort grand, c'est le moins que l'on puisse dire ! Bon, examen de toute la scène :

La grande porte d'entrée se trouvait à ma gauche, donnant sur le préau où se trouvaient les chevaux. Celle par où nous étions entrés, avec le petit corridor, derrière moi.

Devant moi, à quinze mètres, commençaient les anciennes écuries du monastère.

Sur ma droite se trouvaient trois petits bâtiments dans l'entrepôt. Leur toit était plat et assez loin du haut plafond de l'entrepôt général. Il y avait même une sorte de haut rebord, tout le long des petits bâtiments...

- Ce sont des bureaux, Holmes... répondit Lestrade en me voyant lorgner de ce côté là. C'est sans doute là qu'étaient entreposées certaines marchandises qui avaient plus de valeur, dans les bureaux des chefs ou contremaîtres. Le mort avait des papiers d'identité.

Une pancarte pendait devant son torse, les deux extrémités du carton reliées par une longue ficelle. Tout était écrit en anglais, sauf une phrase en latin et un jeu de mots, écrit en français. Lestrade n'avait pas dû le comprendre celui-là !

Je relus encore une fois les mots écrits sur la pancarte :

« Puisqu'il est l'heure et que nous avons l'âge, ouvrons nos travaux :

« Moi, Thomas MacAuliffe, chevalier Kadosh, ai rendu la justice Divine en ce bas monde avant de me donner la mort. Mes compagnons n'étaient pas dignes de fouler cette terre ! Leurs cadavres seront placés d'Orient en Occident ».

« De midi à minuit, tous les trois, je vous ai cité à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment !… Maudits ! Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! Necum-Necack ».

« Dieu n'a-t-il pas dit un jour : « vas et repends-toi ? ».

« Alors, tel Judas l'Iscariote, je me suis donné la mort. Non par remords, mais à cause du poids de ma trahison qui pesait sur mon âme, car je les avais laissé accomplir leurs méfaits... Le tout pour trente deniers ! Pour le reste, je m'en étais lavé les mains. »

Non nobis domine, non nobis sed nomini tuo da gloriam »

- Foutre Dieu ! jura Guillaume dans mon dos. Nous sommes en plein dedans !

Je me promis de lui demander, plus tard, pourquoi il avait prononcé cette phrase.

Le jeu de mot, en français, avait été fait avec la phrase « Dieu n'a-t-il pas dit un jour : vas et repends-toi ?».

Seule une personne parlant la langue de Molière était capable de comprendre que cela tournait autour des verbes « se repentir » et « rependre » qui, lorsqu'ils étaient conjugués à certains temps étaient phonétiquement semblables.

Dans ce cas-ci, c'était le verbe « se rependre » qu'il avait utilisé. Meredith m'avait déjà raconté une blague avec ce jeu de mot...

Levant les yeux, je constatai que la corde avait été accrochée aux poutres qui soutenaient le toit, à une hauteur d'environ trois mètres du sol. Une grande échelle en bois, se trouvant à proximité du corps, avait dû servir à grimper pour attacher la corde à cette hauteur.

Les pieds du pendu se trouvaient à environ nonante centimètres du sol.

Sol immaculé ! J'avais déjà compris beaucoup de choses rien qu'en l'examinant ! Je me mis à plat ventre et sortis ma loupe pour en être sûr.

Ensuite, j'examinai les talons du pendu. Hypothèse encore renforcée !

A l'aide d'une petite règle, qui ne me quittait jamais, je relevai un peu la jambe de son pantalon. Gagné !

L'examen de ses semelles me révéla qu'elles avaient reposé dans la poussière.

Bien, passons à la suite des réjouissances pour confirmer mon hypothèse. Il ne me fallait négliger aucune piste et tout vérifier !

Une petite escabelle avait été prévue par Lestrade et je l'empruntai pour examiner la scène sur les hauteurs.

La corde de chanvre était de qualité banale, ce n'était pas celle particulièrement lisse et de grande qualité que William Marwood, célèbre bourreau chez nous, faisait venir d'Italie ! Par contre, le noeud coulant avait été remplacé par un anneau de cuivre, pour permettre à la corde de glisser plus facilement.

Donc, si l'homme pendu était monté sur l'échelle pour se positionner sur les poutres épaisses qui soutenaient le toit...

Je levai les yeux : il y avait de la place pour qu'un homme puisse se tenir debout sur la poutre... Oui, le toit était à environ un mètre cinquante des poutres... Il fallait se tenir courbé, mais c'était faisable... Il me faudrait aller vérifier certaines choses sur cette poutre.

A l'aide de mon index et de mon pouce, je me pinçai le haut de l'arête du nez.

La hauteur de la chute – si nous avions affaire à un suicide bien entendu – avait donc été de trois mètres...

A cette pensée, j'eus à l'esprit l'image d'une page de livre qui décrivait la technique du « long drop », ou « longue chute ». Mise au point par le bourreau anglais Marwood...

Une technique de pendaison qui consistait à... Oui ! C'est bien ça ! Elle consistait justement à laisser tomber le corps depuis une hauteur d'environ un à trois mètres !

Voyons... Sur cette même page, il y avait un dessin d'anatomie... Les cervicales ! Je devais donc examiner les cervicales du mort !

Si ma mémoire était correcte, et j'en étais certain, le « long drop » provoquait une mort instantanée par rupture brutale des vertèbres cervicales.

Oui, c'était bien ça ! Le troisième paragraphe en partant du bas disait qu'ouvrir la trappe sous les pieds du condamné, depuis une hauteur d'environ un à trois mètres, fournissait une force de cinq cent septante kilogrammes, provoquant la rupture des premières, deuxièmes, troisièmes, quatrièmes ou cinquièmes vertèbres cervicales ! J'en étais certain !

Je savais que suite à certains incidents – tête arrachée à cause d'une trop grande énergie cinétique accumulée lors de la chute – la longueur de la corde était limitée en fonction du poids du supplicié, des « tables de correspondance » avaient d'ailleurs été établies à cet effet par plusieurs bourreaux

Tables auxquelles, malheureusement, je n'avais jamais pu avoir accès ! Mais j'avais pratiqué quelques expériences, avant ma rencontre avec Watson, sur les cadavres non réclamés que me fournissait gracieusement l'hôpital. J'avais donc fait mes propres tables !

Mais dans ce cas ci, je n'en aurais pas besoin... La tête ne s'était pas désolidarisée du tronc.

La raideur cadavérique avait fait son effet et n'avait pas encore disparu. Elle survenait plus lentement dans les morts par asphyxie, comme la pendaison.

De toute façon, ce serait au légiste – l'ami Watson aujourd'hui – de préciser l'heure de la mort par d'autres moyens. La raideur n'était pas toujours une bonne indication de l'heure de la mort. Elle dépendait de trop de facteurs... Ainsi, elle était très peu importante chez le sujet âgé ou émacié, ou lors d'agonies prolongées...

L'ivrogne l'avait découvert peu avant de foncer dans le policier. Leur rencontre s'était produite vers les trois heures du matin. Donc, l'homme avait forcé la serrure vers les deux heures et demie du matin, au plus tôt, et deux heures quarante-cinq, au plus tard. Tout dépendait de sa dextérité pour l'ouverture des serrures...

Il n'était pas loin de dix heures du matin à ma montre gousset... Plus de sept heures s'étaient écoulées entre le moment où l'homme était tombé sur le pendu et notre entrée dans le bâtiment...

Bien, fais appel à tes souvenirs, mon vieux ! Visualise la page de tes notes avec toutes tes études sur la rigidité cadavérique...

Sachant que la rigidité atteignait son intensité maximale entre six et dix heures... Elle se maintenait ensuite entre douze et quarante-deux heures.

Puis, elle disparaissait progressivement, en deux ou trois jours, entre quarante-huit heures et septante-deux heures, lorsqu'apparaissait la putréfaction.

Mais elle était plus lente dans certains décès asphyxiques, tel que la pendaison...

Pratique d'avoir écrit une petite monographie, pour mon usage personnel, sur les rigidités cadavérique. Toutes mes expériences avaient eu lieu à la morgue de l'hôpital St-Bartholomew...

Le corps était sans doute là depuis douze heures, à en juger par l'état extérieur de son pantalon. Cela n'avait pas encore tout à fait durci... malgré le froid.

Ma main palpa l'arrière de son cou à la recherche des cervicales. Pas facile, vu que la rigor mortis commençait par les muscles masticateurs et le haut de la nuque, puis descendait vers les membres inférieurs.

Malgré tout, je distinguai dans son cou des traces qui me permirent confirmer mon hypothèse.

Bien vu ! Je le savais !

Même si Watson allait ensuite nous le confirmer, je savais déjà ce qui c'était passé.

L'odeur dégagée par le cadavre était vraiment infecte ! Jusqu'à présent, elle ne m'avait pas trop incommodé car j'étais concentré sur l'examen du corps.

Après avoir examiné la grande échelle, je la positionnai et montai jusqu'en haut pour admirer le noeud et les traces qui pourraient se trouver sur la poutre.

Noeud de marin, solide et parfaitement exécuté !

Il y avait des traces sur la poutre, notamment celles de deux mains prenant appui dessus, les genoux qui avaient suivi et la trace, fort nette, des semelles de notre pendu.

En admirant le plafond, je constatai qu'il était couvert de toiles d'araignées, certaines avaient été dérangées car leurs toiles épaisses pendaient lamentablement.

Je souris pour moi même : quel sens du détail j'avais, moi !

Notre homme avait oublié de prendre en compte TOUS les détails... pas moi !


Note de l'auteur sur la pendaison et le bourreau Marwood : mes informations viennent en partie de Wikipedia et sur d'autres sites pour recouper les informations.

Pareil pour la rigidité cadavérique. Sans oublier les informations envoyées par Norah Haboot et Skarine. Toutes les deux traitaient elles aussi de la raideur cadavérique dans leurs fic respective (« Harry Potter : l'histoire se réécrit » pour Skarine et « Full Metal Alchemist : la peau sous les os » pour Norah Haboot.

Leurs notes ont recoupées les miennes !

.fr / cours /

/ wiki/Pendaison

/ wiki / Pendaison#Pendaison_par_le_cou

/ wiki / Rigidit%C3%A9_cadav%C3%A9rique

.fr / cours /

.com / la-biblioth%C3%A8que-de-holmes / dater-la-mort /

Note de l'auteur sur les « trente deniers » de Judas : Judas l'Iscariote est passé dans l'Histoire pour avoir livré Jésus contre monnaies sonnantes et trébuchantes. Sa réputation a été éternellement ternie pour du métal brillant.

Du latin, denarius, le « denier » était l'une des monnaies de base de l'Empire romain. Il avait cours dans la majeure partie de l'Europe, la totalité de l'Afrique du Nord et du Proche-Orient et s'est perpétué jusqu'au Moyen-âge dans les Royaumes d'occident et dans de nombreux états arabes sous le nom de dinar. Cette pièce d'argent a été créée en 212 av J.-C. pour financer la deuxième guerre punique qui opposa Rome et Carthage. Dans le système monétaire bimétallique mis en place à cette époque, le denier qui titre 950 ‰ d'argent côtoyait le monnayage en bronze plus classique. A sa création, il pesait 4,51 grammes mais l'inflation monétaire aidant, il fut dévalué vers 140 avant J-C et ne pesait plus alors que 3,96 grammes d'argent.
A l'aune de cette information, Judas l'Iscariote aurait livré le Christ pour 118,8 grammes d'argent, soit près de 3,82 onces.

www . / monnaie / les-30-deniers-de-judas / 859/